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Full text of "Jugemens des savans sur les principaux ouvrages des auteurs"

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■~ 


B!BLfOTH€CA 


M 

t 


51/ 

.B3 


. 


ANTI-BAILLET 

CRITIQUE 

D  U    L  I  V  R  E 

D  E    Mr.    BAILLET, 

INTITULE 

JUGEMENS  DES  SAVANS. 

PAR    Mr.    MENAGE. 

Nouvelle  Edition  augmentée  I  des  Observa- 
t  i  o  n  s  de  Mr.  de  l  a  M  o  n  n  o  y  E  fur  YAnti- 
Baïliet.  II.  des  R  e  f  l  e  x  i  o  n  S  fur  les  Jugemens 
des  Savais,  i  IL  des  R  t  F  L  E  X  i  o  N  S  fur  la  Vie  de 

Defcartes. 

TOME    SEPTIEME, 

PREMIERE  PARTIE.  t 

Monjieur  B  aille  t  fût  un  aaverjairc  w^ne 
de  moi. 

Mais ,  MONSIEUR,  Fous  m'avez 
remontré  qu'il  ne  s'agiffoit  pas  de  iujlifier 
mes  écrits  ;  qu'il  s'agiJJ'oit  de  juflifier  mes 
mœurs  ;  &  que  les  Pères  de  l'Eglife  les 
flus  Saints  n'avoient  pas  dédaigné  de  Ce  dé- 
fendre en  fembtables  rencontres.  J'ai  défé- 
ré à  Vos  remontrances  ;  Et  je  croi ,  MON- 
SIEUR ,  y  avoir  déféré  de  forte  que  Vous 
ferez  fait sfaif  de  moi  de  ce  coîé-là.'Quoi- 
*  2  que 


'&a*n  quia  feci  ego,  quidve  fum  locutusi 
Çurme  tôt  maie  perderent  Libellis? 

Ex  Câtulîo  Epïg.  xiv. 


s'il 

.83 

■ 


Hi 

A    MONSIEUR 

BIGOT. 


ONSIEUR, 

Je  prens  la  liberté  de  Vous  offrir  mes 
Remarques  fur  le  Livre  de  Monjieur  Bail-* 
Ut ,  étant  perfuadé  qu'elles  ne  Vous  dé- 
plairont pas ,  putfque  l/ous  êtes  un  de  ceux 
qui  m'avez  le  plus  excité  à  entreprendre 
cet  Ouvrage.  Quelque  déférence  que  je 
doive  avoir  pour  Vos  confeils  ,  je  Vous 
avoue  ,  MONSIEUR  T  que  ce  n'a  pas 
été  fans  répugnance  que  je  les  ai  fui-vis  en 
iette  occafion.  Outre  que  je  fais  projejjion 
de  méprifer  les  injures ,  &  que  d'un  autre 
côté  je  fuis  devenu  comme  infenfible  aux 
Libelles  par  le  grand  nombre  de  ceux  qu'on 
a  faits  contre  mot  ,  je  ne  croyois  pas  que 
Monfieur  Baillet  fût  un  adverfaire  digne 
de  moi. 

Mais,  MONSIEUR,  Vous  m'avez 
remontré  qu'il  ne  s'agiffoit  pas  de  jujîifier 
mes  écrits  ;  qu'il  s'agifjoit  de  jujîifier  mes 
mœurs  ;  &  que  les  Pères  de  l'Eglife  les 
plus  Saints  n'avoient  pas  dédaigné  de  fe  dé- 
fendre en  fembiables  rencontres.  J'ai  défé- 
ré a  Vos  remontrances  \  Et  je  croi,  MON- 
SIEUR ,  y  avoir  déféré  de  forte  que  Vous 
ferez  faùsfait  de  moi  de  ce  côté-!à.~Quoi<- 
*  2  que 


iv  E    P    I    T    R    E. 

que  fuffe  été  outragé  par  Monfieur  B aille? 
fans  que  je  lui  ujfe  fait  la  moindre  offenfe , 
çjf  que  je  fujje  en  droit  de  lui  dire  à  mon 
tour  des  cbojes  fâcbeufer  ,  fai   réfuté  fe s 
outrages  avec  toute  forte  de  modération  ;  En 
les  réfutant ,  je  l'ai  averti  charitablement , 
par  occafion,  d'un  grand  nombre  de  fautes 
grojjieres,  ou  plutôt  dyun  nombre  infini  de 
monftres  de  fautes ,  qui  font  dans  fon  Li- 
vre: afin  de  le  faire  rentrer  dans  lui-mê- 
me ,  ksf  de  l'obliger ,  en  lui  repréfentant  fon 
néant ,    de  parles  une  autrefois  avec  res- 
pect des  premiers  Ecrivains  du  Royaume 
dont  il  a  parlé  avec  mépris,  fai  mêlé  quel' 
qu'érudition  à  ma  juftification  ,    &  a  ma 
'Critique ,  afin  que  le  Le  fleur  en  lifant  mon 
Livre  apprit  quelqu' autre  chofe  que  les  fau- 
tes &  les  calomnies  de  Monfieur  Baillet. 
Mais  comme  la  méditation  fait  partie  du 
jugement ,  &  que  dans  la  paffion  ou  fétois 
de  faire  promptement    ce  que  vous  defiriez 
que  je  fijfe^  fai  écrit  ces  Remarques  avec 
beaucoup  de  précipitation:  Vous  y  trouve- 
rez quelques  endroits  négligez  ,  que  vous 
txcuÇerez  S  il  vous  plaît  avec  Votre  bonté 
ordinaire. 

Da  veniam  fubïtis:  nondifplicuiflemeretur* 
Feftinat  nimiùm  qui  placuiflfe  tibû 

//  me  refie,  MONSIEUR  ,  à  Vous  fup* 
plier  de  les  recevoir  comme  un  hommage 
que  je  rens  a  Votre  vertu ,  &  comme  un 
témoignage  de  notre  amitié. 

MENAGE. 


AVERTISSEMENT 

Sur   cette   Edition. 

ON   ne  peut   difconvénir  que  le 
defTein  qu'avoit   Mr,  Baiilet  de 
recueillir  les  Jugemens  des  Savans  fur 
les  Auteurs  anciens  &   modernes  les 
plus  célèbres  ,    n'eût  été  fort  utile, 
s'il  avoit  été  bien  exécuté. .  L'En- 
trepreneur fembloit  avoir  pour   cela 
des  talens,  6c  des  fecours  confîdéra- 
bles.  Outre  qu'il  joignoit  à  une  gran- 
de afîiduité  au  travail ,  une  grande  fa- 
cilité de  ftyle,  quoique  fouvent  peu 
correct ,    il   difpofoit   encore    d'une 
Bibliothèque  nombreufe.     Par   mal- 
heur  pour   lui ,   s'étant  propofé  de 
rapporter  les  jugemens  d'autrui  fans 
aucune  partialité  ,  il  fortit  des  bor- 
nes qu'il  s'étoit  preferites.     11  s'éri- 
gea en  juge ,  6c  en   juge  paflk>nné. 
Il  parut   lur  tout  en  vouloir  à  Mr. 
Ménage,  qui  pouffé  à  bout ,   fe  ré- 
folut  enfin   à  lui  répondre.      Com- 
me c'étoit  un  homme  d'une  lecture 
prefque  infinie  ,    fupérieur  de   beau- 
coup à  fon  Adverfaire  en  érudition, 
plus  habile  dans  l'intelligence  des  Lan- 
gues, 6c  mieux  verfé  dans  l'hiiîoire 
*  3  des 


vi  Avertissement. 
des  gens  de  Lettres,  il  ne  lui  fut  pas 
difficile  de  le  convaincre  d'un  grand 
nombre  de  bévues.  Cependant  com- 
me il  avoue  lui-même  avoir  écrit 
avec  précipitation,  qu'on  fait  de  plus 
qu'il  avoit  près  de  (biffante  &  dix- 
huit  ans  quand  il  commença  Ton 
Anti-Baillet,  il  lui  échapa  des  négli- 
gences, 6c  des  méprilés,  dont  on  a 
cru  devoir  purger  un  Ouvrage,  plein 
d'ailleurs,  d'un  bout  à  l'autre,  d'une 
litérature  exquife.  Les  exemplaires 
en  étant  devenus  très -rares  depuis 
la  première  édition,  les  Curieux  fe- 
ront fans  doute  bien  a. (es  d'en  voir 
une  féconde  plus  exacle,  &  accom- 
pagnée des  Obfervations  dont  on  fait 
ici  part  au  public.  L'Obfervateur  ne 
voulant  point  être  connu  ,  je  n'ai 
garde  de  le  nommer  #.  Je  me  conten- 
terai feulement  de  dire  que  c'eft  ce- 
lui-là même,  fous  les  yeux  duquel 
Mr.  Ménage  auroit  fait  paffer  en  re- 
vue les  épreuves  de  fon  Livre  ,  s'il 
avoit  pu  obtenir  la  permifîîon  de  le 
faire  imprimer  à  Paris. 

PRE- 

*  C'eft  Mr.  de  la  MoNNorr,  Les  raifons  qu'a- 
voit  ce  (avant  homme  de  ne  pas  fe  nommer,  lors- 
qu'il compofa  Tes  Obfervations,  ne  iubfiftant  plus', 
©a  a  cru  faire  plarûi  aux  Curieux  de  le  nommer  ici. 


VII 


ïfc£SfcœW^4K®*SZg^ 


PREFACE 

DE  Mr.  MENAGE. 


Onfteur  Bai  l  l  e  t  eft  un 

Prêtre  du  Diocefe  de  Beau- 


sais 


qui 


étcit   ci  -  'devant 


Régent  de  Quatrième  du  Col- 
lège de  la  Ville  de  Èeauvais  ,  £5?  qui 
eft  prefentement  Bibliothécaire  de  Mon* 
fieur  l'Avocat  Général  de  Lan:  oignon  9 
&  Précepteur  de  Monficur  fin  fils.  Ce 
Monfieur  Bailler  publia  il  y  a  deux  ans 
quatre  Volumes  in  douze  d'un  Livre 
qu'il  intitula  Jugcmens  des  Savaiis  fur 
les  principaux  Ouvrages  des  Auteurs; 
ou  fans  refpecl  de  mon  âge ,  ni  du  nom 
que  j'ai  parmi  les  gens  de  Lettres ,  ni 
de  l'amitié  dont  m'honore  Monfieur  l'A- 
vocat Général  de  Lamoignon ,  fon  pa- 
tron ,  ni  de  celle  dont  m'konoroit  Mon- 
fieur le  Premier  Préfident  de  Lamoh 
gnon^  père  de  fon  patron ,  il  me  traita 
indignement.  Il  dit  dans  ces  volumes , 
que  je  fuis  un  pédan  :  que  ma  Morale 
*  4  ^ 


vin         P  r  e'  t  a  c  e 

eft  une  Morale  de  Payen  >  qu'il  ne  fait 
•point  le  Recueil  de  mes  Eloges  comme  il 
fait  celui  des  autres  Ecrivains  ,  -parce 
que  je  lui  ai  épargné  cette  peine  ,  en 
le  féfant  moi-même  9  pour  en  régaler  le 
public  )  afin  de  fat isf  aire  ma  vanité.  Il 
y  dit  que  le  Livre  de  mes  Origines  de 
la  Langue  Françoife  eft  celui  de  tous  mes 
Livres  qui  m'a  le  plus  donné  de  réputa- 
tion ,  mais  que  mes  Envieux  ne  croyent 
pas  que  f  en  fois  l'Auteur.  Il  y  falfifie 
un  pafjage  de  VHiftoire  Philofophique 
de  Jonfius ,  pour  décrier  mes  Com?nen- 
îaires  fur  les  Vies  £5?  fur  les  Sectes 
des  Philofophes  de  La'érce.  Il  y  dit  que 
rma  Requête  des  Dictionnaires  a  été  mal 
reçue  du  public:  ce  qui  eft  très- faux. 
Et  il  avôit  ajouté  *  au  fujet  de  cette 
Requête  ,  ce  que  Monfieur  le  Preftdant 
Coufin ,  Examinateur  de  fon  Livre  de 
la  part  de  Monfieur  le  Chancelier,  lui 
a  fait  ôter  $  que  favois  poftulé  pour  une 
place  de  l'Académie  ,  &  que  j'en  avois 
été  refufé  :  ce  qui  eft  auffi  très- faux, 
Monfieur  Baillet  ne  peut  s'excufer  d'a- 
voir dit  de  moi  toutes  ces  chofes ,  en  di- 
Jant  que  je  V avois  offenfé  :  car  dans  le 
temps  qu'il  publia  ces  quatre  volumes , 
je  ne  favois  pas  qu'il  fut  au  monde:  je 

ne 


de  Mr.  Ménage.         tx 

m  favois  pas  fin  nom:  £5?  peu  deper- 
fonnes  le  favoient.     Et  à  l'heure  même 
que  j'écris  cette  Préface  3  je  n'ai  jamais 
vu  Mon  fie  ur   Baille  t.     Comme  je  fais 
profeffwn  de  méprifer  les  injures ,  étant 
perfuadé  qu'elles  font  plus  de  tort  à  ceux 
qui  les  difent ,  qu'à  ceux  de  qui  on  les 
dit  -y    &  que  d'un  autre  côté  on  a  fait 
un  fi  grand  nombre  de  Libelles  contre 
moi  j   que  je  ne  fuis  plus  fenfible   aux 
libelles  ,  je  lus  fans  émotion  toutes  ces 
chofes  injurieufes  que  Monfieur  Baillet 
avoit  écrites  contre   moi.     Mais  je  ne 
pus  lire  fans  étonnement  qu'un  nouveau 
venu  fur  le  Parnaffe   qui   rf  avoit  ja- 
mais ccnverfé  avec  les  gens  de  Lettres  5 
qu'un    homme  qui    ne  favoit    aucune 
Science  y  qui  ne  favoit  pas  le  Grec  ,  qui 
efi  la  Langue  des  Sciences  >  qui  n' avoit 
lu  aucuns  Originaux ,   £5?    qui   n'étoit 
qu'un  Copifie  de  Copifie ,  ût  la  témérité 
de  juger  de  tous  les  jûuteurs  en  toutes 
fortes  dt  Langues  &   en   toute*  fortes 
de  Sciences  \  &  Vinfolence  de  parler  a- 
vec  mépris  des  plus  célèbres  Ecrivains 
du  Royaume.     Et  comme  j'avois  ton- 
tes  fortes  a" obligations  à  Monfieur  de 
Saumaife  &  à  Monfieur  de  Balzac  j 
car  ils  m'ont  honoré  non -feulement  de 
§  f  leur 


x  Pre'  face 

leur  amitié ,  mais  de  leur  efiime  ;  £5? 
ils  m'ont  adrefjé  de  leurs  Ouvrages  -, 
je  Jus  avec  indignation ,  £5?  les  injures 
atroces  qu'il  y  débitoit  contre  Monfieur 
de  Saumaife^  après  l'avoir  traité  d'i- 
gnorant en  toutes  chofes ,  £5?  ce  qu'il  y 
difoit  calomnieufemeyit  de  Monfieur  de 
Balzac ,  qu'il  avoit  -pris  par  vanité 
dans  [es  Lettres  le  nom  de  Balzac, 
afin  de  faire  croire  qu'il  étoit  de  l'illus- 
tre Maifon  de  Balfac  d'Entragues.  Et 
comme  l'indignation  fait  faire  des  vers, 
je  fis  ces  Hendécafyilabes  fur  le  Livre 
de  Monfieur  Baillet , 

O  dirum  ,  horribilem  ,  &  facrum  libellum  \ 
Donafti ,  L I N  E ,  quo  tuum  Sodalem  ! 
Ulefcilicet,  ille  BAJULETUS; 
Ignotiffimus  ille  Litterator; 
Queis  aiîurgere  débet,  eruditos 
Carpit ,  vellicat ,  &  laceffit  omnes. 
Pindi  nomina  magna  Gallicani, 
Ridet  Salmafios,  Valefiofque; 
Ridet  Petaviofque ,  Labbeofque. 
Te  ludos  quoque  fecit ,  Harduine. 
Nec,  Sirmonde,  tibi,  ô  fcelus  !  pepercit: 
En  cor  Zenodoti ,  en  jecur  Cratetis. 
Sordes,  quifquilias,  ineptiafque 
Omnes,  omnia  colligit  venena. 
Et,  ô  temporal  Vindici  pudoris, 
Csnfori  rigido  LAMONIONI, 

VïCh 


de  Mr.  Ménage.        xi 

Procaciffimus  ille  nuncupavit 

Tara  dirum  ,  horribilem ,  &  facrum  libellum. 

Plufieurs  célèbres  Ecrivains  qui  fe  trou- 
voient  offenfez  par  Monfieur  Baillet , 
ou  dans  leurs  perfonnes  ou  dans  celles 
de  leurs  amis,  firent  des  vers  dans  le 
même  temps  fur  le  même  fujet.  Et  en- 
tr "autres ,  Monfieur  de  Valois,  le  Père 
Lucas  ,  &  le  Père  Commire.  Et  corn- 
me  fiétois  celui  qui  avois  été  le  plus 
maltraité  dans  le  Livre  de  Monfieur 
Baillet ,  le  Père  Lucas  &  le  Père  Com- 
mire m'addrefferent  les  vers  qu'ils  firent 
fur  ce  Livre.  Les  chofes  étoient  en 
cet  état  ,  lorfque  Monfieur  du  Cange 
13  Monfieur  Petit,  qui  font  des  amis 
de  Monfieur  Baillet,  &  qui  font  aufli 
des  miens  ,  me  firent  Vhonneur  de  me 
venir  voir,  pour  me  dire  quils  avoient 
blâmé  Monfieur  Baillet  de  la  manière 
dont  il  en  avoit  ufé  envers  moi-,  que 
Monfieur  Baillet  leur  avoit  témoigné 
qu'il  et  oit  fâché  d'en  avoir  ufé  de  la 
forte,  £5?  qu'il  leur  avoit  promis  de  re- 
parer dans  les  volumes  fuivans  V injure 
qu'il  m'avoit  faite  dans  les  premiers. 
Feu  Monfieur  VAbbê  de  Santeuil,  qui 
étojt  aujjï  de  fies  amis  £5?  des  miens ,  me 
dît  la  même  çhofe  dans  le  même  temps  : 
*  6  {3 


XH  P   R   E*   F   À   C   E 

£5?  il  me  pria  de  ne  point  faire  imprimer 
mes  Hendécafiyllabes  :  ce  que  je  lui  pro- 
mis. Je  fis  davantage  :  je  l'avertis  d'un 
grand  nombre  de  fautes  grojfieres ,  que 
j'avois  trouvées  dans  le  Livre  de  Mon- 
fieur  Bail/et,  afin  qu'il  en  avertît  fin 
ami.  Je  lui  dis  qu'il  y  en  avoit  plufieurs 
autres  femblables ,  mais  que  pour  les 
bien  examiner  il  falloit  être  enfemble  le 
Livre  à  la  main ,  en  préfence  de  V Au- 
teur->  que  je  n'étois  pas  en  état  d'aller 
chez  Monfieur  Baillet ,  à  caufie  d'une 
cuiffe  que  j'avois  eue  démife  £5?  mal  re- 
mife  ,  £5?  que  je  le  priois  de  l'amener 
dîner  chez  moi  >  lui  promettant  de  le 
bien  recevoir  ^  &  de  lui  communiquer 
toutes  les  remarques  que  j'avois  faites 
fur  fbn  Livre.  Ce  procédé  honnête ,  &? 
le  repentir  que  Monfieur  Baillet  avoit 
témoigné  à  Monfieur  du  Cange  £5?  à 
Monfieur  Petit ,  me  firent  croire  que 
Monfieur  Baillet  me  traiteroit  en  effet 
plus  honnêtement  dans  les  volumes  fui" 
vans.  Et  particulièrement  Monfieur 
V Avocat  Général  de  Lamoignon  l'en 
niant  convié:  en  lui  remontrant  l'ami" 
tié  particulière  que  Monfieur  le  Premier 
Préfident  de  Lamoignon  avoit  eue  pour 
moi,     C'ejl  ce  que  j'ai  fu  d'un  homme 

di~ 


t>e  Mr.  Ménage.  xm 
-digne  de  foi  qui  éîoit  prêfant  à  ce  dis- 
cours de  Monfieur  V Avocat  Général  de 
Lamoignon.  Mais  Monfieur  Bail  le  t  m'a 
traité  encore  plus  indignement  dans  fes 
derniers  volumes  que  dans  fes  premiers. 
Il  m'y  attaque  de  tous  cotez  y  du  côté 
de  mon  âge '9  du  côté  de  mes  écrits,  du 
côté  de  mes  mœurs  :  £5?  avec  une  rage  & 
une  fureur ,  qui  n'eft  pas ,  je  ne  dis  pas 
d'un  Prêtre  ,  mais  d'un  Chrétien.  Il 
m'y  traite  de  parjure  ;  il  m'y  traite  de 
profane ,  £5?  d'impénitent-,  plus  profane 
&  plus  impénitent  que  V  Arétin ,  de  qui 
on  a  dit  qu'il  avoiî  dit  du  mal  de  tout 
le  monde  excepté  de  Dieu  ,  (j?  qu'il  s'en 
et  oit  excufé  en  difant  qu'il  ne  le  connois- 
foit  pas.  Il  veut  faire  croire  à  fes  Lec- 
teurs que  j'ai  dit  dans  un  de  mes  Ma* 
drigaux  Italiens  ;  que  Dieu  m'a  fait 
tomber  dans  le  piège  ,  £5?  que  je  l'ai 
accufé  d'être  la  caufe  de  mes  péchez. 
Il  me  traite  d'un  homme  pétri  de  vani- 
té £5?  de  préemption.  Il  dit  que  je  fuis 
a?7ioureux  de  moi-même  :  que  je  parle 
de  moi  fans  cejje ,  £5?  que  j' 'aime  mieux 
en  dire  du  mal  que  de  n'en  point  parler  -> 
£5?  fur  toutes  ces  matières  il  revient  à  la 
charge  contre  moi  en  cinquante  endroits 
de  fon  Livre,     Et  tout  cela?  parceque 

*  7  > 


XIV  P    R    E*    F    A    C    E 

je  me  fuis  loué  en  vers  :   13   que  j'ai 
fait  des  vers  après  avoir  protefté  pu- 
bliquement dans  une  de  mes  Epigrammes 
que  je  n'en  fer  ois  plus  :  13  qu'aïant  une 
penjion  de  quatre  mille  Livres  fur  deux 
Jlbbayies  j'ai  fait  des  vers  de  Galante- 
rie. Veiba  meaarguuntur,  adeo  fao 
torum    innocens   iiim.     Si  ces  chofes 
font  des  crimes ,  Monfieur  Baillet ,  quoi- 
que Prédicateur  fans  Miffwn  ,  pouvoit 
prêcher  dans  fes  Ouvrages  contre  ces  cri" 
mes^  tant  qu'il  lui  plairoit;  fans  nom" 
mer  les  perfonnes.     Et  s'il  me  juge  oit 
coupable  de  ces  crimes ,  il  devoit ,  félon 
le  précepte  de  V Evangile ,  m'en  avertir 
charitablement  en  particulier  :  me  con- 
viant de  m'en  corriger-,  &  ne  me  pas 
diffamer  publiquement  par  toute  l'Eu- 
rope.    Comment  ce  procédé  fi  peu  Chré- 
tien peut -il  s'accorder  avec  fa  qualité  de 
Prêtre?  Monfieur  Baillet  a- 1 -il  pu  é- 
crire  de  moi  toutes  ces  chofes  de  la  même 
main  qu'il  levoit  dans  le  facrifice  de  la 
Meffe  l'Hofiie  &  le  Calice? 

Je  n'ai  rien  à  dire  à  ce  que  dit  Mon- 
fieur Baillet  contre  mes  Ecrits.     Je  les 
lui  abandonne.     Il  dit  que  mes  Vers  ne 
font  que  des  centons  :  que  ma  Poefie  eft 
une  Po'éfie  a  la  Mofaique  :  que  la  plu- 
part 


du:  Mu.  Ménage.        *v 

part  de  mes  Epigrammes  font  plates  & 
infipides.  Il  donne  à  entendre  que  mes 
Poèmes  ne  font  que  du  bouillon  d'eau 
claire  :  que  du  vin  à  huit  deniers  le  pot. 
Il  dit  que  je  ne  fuis  qu'un  Traducleur: 
que  je  n'ai  point  d'invention^  que  je  n'ai 
point  d'élévation.  Je  demeure  d'accord 
de  toutes  ces  chofes.  Je  ne  me  pique 
point  cl" être  Poète  :  &  je  n'ai  fait  des 
Fers  que  par  divertiffement .  C'eft  dont 
je  me  fuis  expliqué  en  termes  formels 
dans  l'Epitre  Dédicatoire  de  mes  Poe- 
fies  à  Monfieur  le  Duc  de  Montau- 
fer. 

J'ai  fait  la  même  chofe  dans  la  Pré" 
face  de  mes  Obfervations  fur  Malherbe , 
&  dans  la  fegonde  Partie  de  mes  Obfer* 
vat ions  fur  la  Langue  Françoife.  Et  ce 
que  Air.  Baillet  allègue  contre  moi ,  que 
j'ai  dit  à  un  Poète  aprentif  ,  fî  vous 
voulez  devenir  bon  Poète,  liiez  Vir- 
gile &  mes  Vers,  eft  une  pure  calomnie 
qui  fe  détruit  d'elle-même.  Je  le  jure 
encore  ici  par  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus 
faint  &  de  plus  facré  dans  le  monde , 
que  nonfeulement  je  n'ai  jamais  rien  dit 
de  femblable  à  qui  que  ce  foit ,  mais  que 
je  n'ai  jamais  parlé  avant ageufement  de 
nies  VerS)  qu'en  vers^  où  les^  louanges 

de 


XVI  P    R    E^    FACE 

de  foi- même  ne  font  pas  feulement  per~ 
mifes ,  mais  bien-féantes. 

Mais  pour  ce  qui  eft  de  mes  mœurs  , 
je  ne  puis  demeurer  d'accord  de  ce  que 
Monfieur  Baillet  en  a  dit.  Je  n'ai  pas 
defjein  d'accufer  ici  Monfieur  Baillet  : 
je  n'ai  deffein  que  de  me  juftifier.  Je  ne 
puis  pourtant  m1  empêcher  de  dire,  que 
fi  on  avoit  fait  une  information  de  fa 
vie  £5?  de  la  mienne ,  je  fuis  comme  as- 
Juré  que  fa  vie  ne  fe  trouver  oit  pas  com- 
par  aile  à  la  mienne  en  probité,  en  pu- 
reté,  enfobriété. 

Si  f  et  ois  coupable  de  la  centième  par- 
tie des  chofes  dont  m'accufe  Monfieur 
Baillet ,  je  ferois  indigne  de  V amitié 
dont  m'honore  Monfieur  de  Lamoignon 
fon  patron.  Etj'eftime  tant  V amitié  de 
ce  grand  Magiftrat ,  que  cette  confidé- 
ration  toute  feule  ût  été  capable  de 
m 'engager  à  réfuter  les  médifances  £5? 
les  calomnies  que  Monfieur  Baillet  a  pu- 
bliées  contre  moi.  Mais  outre  cette  con- 
fi  dération,  j'ai  été  excité  à  les  réfuter , 
non- feulement  par  des  perfonnes  de  gran- 
de vertu ,  mais  par  des  Religieux  :  & 
par  les  Religieux  d'un  Ordre  confidèra* 
ble  par  toute  l'Europe. 

En  les  réfutant ,  j'ai  averti  par  oc- 

caftoH 


de  Mr.  Ménage.       xvit 

cafion  Monfieur  Baillet  d'un  nombre  in- 
fini de  fautes  groj/leres ,   ou  plutôt  de 
monfires  de  fautes  ,    qui  font  dans  fin 
Livre  :  car  je  puis  ajfurer  les  Lecteurs 
de  cette  Préface ,  qu'on  n'a  jamais  im- 
primé de  Livre  ou  il  y  ait  de  fi  grojfes 
fautes ,  &  en  fi  grand  nombre.    Ce  que 
j'ai  fait  non- feulement  pour  déférer  à  la 
prière  que  Monfieur   Baillet  a  faite  à 
fes  Lecteurs  de  l'avertir  de  fes  fautes  r 
mais  par  charité  Chrétienne  ,  afin  de  le 
faire  rentrer  dans  lui-même  9  &  de  Vo- 
bliger  en  lui  répréfentant  fin  peu   de 
capacité,  de  parler  une  autre  fois  avec 
refpecl  des  perfonnes  de  Lettres  à  qui  il 
doit  refpecl:. 

Monfieur  Baillet  a  écrit  dans  fa  Pré- 
face fur  les  Poètes,  que  je  fuis  le  feul 
fui  me  fuis  plaint  de  lui.  Je  m'étonne 
comment  un  Prêtre  qui  fait  profejfion  de 
dire  la  vérité,  a  pu  dire  une  chofe  fi 
contraire  à  la  vérité.  'Tous  les  Pères 
Jéfuites  généralement  en  ont  fait  des 
plaintes  :  £5?  plus  de  vingt  de  leur  Com- 
pagnie ont  fait  des  Vers  contre  fin  Li- 
vre. Le  Père  Bouhours  £5?  le  Père  de 
la  Rué  s'en  plaignent  par  tout.  Et  le 
Père  Bouhours  a  cejfé  de  voir  Monfieur 
de  Lamoignon  dans  famaifon  de  cam- 
pagne % 


xvni         P  r  e'  r  a  c  e 

pagne ,  ^«r   «'^  />#/«/   iw/V   Monfieur' 
Baille  t.    Et  Monfieur  B  aille  t  n'ignore 
pas  que  le  Révérend  Père  de  la  Chaife, 
Confefjeur  du  Roi ,  fe  plaignant  pour 
V intérêt  de  fa  Compagnie  du  Livre  de 
Monfieur  Baillet  à  Monfieur  de  La- 
moignon,  il  lui  déclara  que  fi  Monfieur 
Baillet  continuait  à  maltraiter  les  Je' 
fuites,  il  en  fer  oit  fes  plaintes  au  Roir 
&  lui  en  demander  oit  jufiice.    Mais  les 
Révérens  Pères  Je  fuit  es  ne  font  pas  les 
feuls  qui  fe  plaignent  avec  moi  du  Livre 
de  Monfieur  Baillet.     Madame   Des~ 
houlieres  ,    Monfieur    de    Benférade , 
Monfieur  de   Valois ,    Monfieur  Per- 
rault ,   Monfieur   Quinault-,  Monfieur 
VAbbé  de  Montreuil,  Monfieur  du  Pe- 
rler, Monfieur  de  la  Fontaine,  Mon- 
fieur le  Gallois ,  Monfieur  de  Court  ne- 
veu de  Monfieur  de  Saumaife ,  les  amis 
de   Monfieur  de    Cerifante ,    ceux   de 
Monfieur  de  Pinchefne,  les  parens  de 
Monfieur  Scarron  ,   ceux  de  Monfieur 
de  Marolles ,  s'en  plaignent  avec  éclat. 

Il  eft  vrai  que  je  fuis  celui  qui  ai  le 

plus  de  fujet  de  m'en  phindre.     Il  a  of- 

fenfé  les  autres ->  mais  il  m'a  outragé. 

Mais  quoi  qu'il  m'ait  outragé,  &?  que 

je  fujfe  en  droit  de  lui  dire  à  mon  tour 

des 


de  Mr.  Ménage.       xix 

des  chofes  fâcheufes ,  j'ai  "voulu  en  ufer 
plus  Chrétiennement  qu'il  n'a  fait.  Je 
lui  ai  répondu  avec  toute  la  modération 
pojjîble.     Le  Lecteur  en  jugera. 

Je  finis  ce  Difcours ,  en  prote fiant  à 
Monfieur  Baiïïet  que  je  n'ai  point  û  des- 
fein  de  ïoff enfer  ,  lors  que  j'ai  traduit 
fon  nom  en  Latin  par  le  mot  de  Bajule- 
tus>  13  en  le  fuppliant  de  voir  au  cha- 
pitre 42.  de  ces  Remarques  ce  que  f  ai 
remarqué  à  ce  propos^  pour  juflifier  que 
c'eft  ainfi  que  le  nom  de  Baillet  doit  ê- 
ire  rendu  en  Latin. 


ANTI- 


Pas. 


ANTI-BAILLET. 


PREMIERE  PARTIE. 


Calomnie  de  Monfieur  Baillet  contre  Mon* 
fieur  de  Balzac. 

E  dois  à  Monfieur  de  Balzac 
une  grande  partie  de  ma  répu- 
tation. Quand  je  vins  dans  le 
monde,  Monfieur  de  Balzac 
tenoit  le  premier  rang  dans  la 
France  parmi  les  gens  de  Lettres  qu'on 
appelle  Beaux  Efpnts.  La  dillance  infi- 
nie qui  étoit  entre  lui  &  moi,  ne  lVmpê- 
cha  pas  de  me  donner  des  marques  publi- 
ques de  ion  eilime.  11  fit  en  diverfes  oc- 
cafions  des  Vers  à  ma  louange.  11  m'a- 
dreffa  plufieurs  Lettres  Latines  &  Fran- 
çoifes  dans  le  Recueuil  de  fes  Lettres.  Il 
me  dédia  fon  Barbon  :&  il  avoit  pour  moi 
une  amitié  tendre.  11  dit  dans  une  de  tes 
Lettres  à  Mr.  Chapelain  ,  Je  vous  ai  fait 
-une  infidélité,  car  f  ai  brûlé '  d 'un  autre  feu 
que  du  votre.  Vous  le  connaîtrez  far  la 
Lettre  que  f  écris  à  Mr.  Ménage,  qui  ejî 
toute  pleine  de  pajfion.  Et  dans  une  autre: 
Torn .  VU.  Part.L  A  l^ous 


2  Ant  i-Baillet.  P.  I. 

Vous  ne  me  mandez  rien  de  mes  amours  .* 
je  veux  dire  de  Mr.  Conrart  &  de  Mr. 
'Ménage.  Il  me  dit  dans  une  de  fes  Let- 
tres Latines ,  Valc ,  mi  dulciffime  Menagi: 
ciïjusfafcâius  amor  tant  km  mihi  crefcit  in 
horas  &c.  Toutes  ces  faveurs  m'obligent 
à  commancer  ces  Remarques  par  fa  jutli- 
fication  contre  la  calomnie  de  Mr.  Bail- 
let.  Mr.  Baillet  l'accufe  d'avoir  pris  dans 
fes  Lettres  par  vanité  le  nom  de  Balzac  ; 
qui  étoic  celui  de  fa  Terre;  pour  faire 
croire  qu'il  étoit  de  l'illuflre  Maifon  de 
Balfac  d'Entragues.  Je  raporterai  ici  fes 
propres  termes  ;  afin  qu'on*  ne  croye  pas 
que  je  lui  aye  impofé  dans  une  chofe  aufli 
peu  croyable  qu'en;  l'accufation  dont  je 
viens  de  parler. 

Mr.  de  Balzac  s* imaginant  que  le  nom 
de  Mr.  DE  GUEZ  n'avoit  rien  de  re- 
levé, &  qu'il  n'étoit  point  propre  à  donner 
crédit  à  fes  Lettres ,  a  pris  celui  de  fa  terre 
•prèsd'  Angoulefme  ,pour  tâcher  d'en  rehaus- 
ser le  prix:  croyant  que  ceux  qui  ne  con- 
noitroient  l'Auteur  que  par  ce  nom  ,  lepren~ 
droient  atfément  pour  quelqu'un  de  l'illuftrt 
Maifon  d'Entragues. 

Mr.  Baillet  qui  eft  la  vanité  même,  ac- 
eufe  tout  le  monde  de  vanité.  C'eft  un 
homme  qui  ne  fait  aucune  Science.  Il 
n'eft  ni  Théologien,  ni  Jurifconfulte,  ni 
Philofophe,  ni  Médecin  ,  ni  Mathémati- 
cien. Il  n'eft:  ni  Poète  ,  ni  Orateur  ,  ni 
Hittorïen ,  ni  Géographe.    Il  ne  fait  point 

le 

%  t.  II  y  1  Guez.ii  dans  tous  ces  endroits  &  non  pas 
Cucx.<t\    Cela  parait  une  vétille,  &  c'eft  pourtant 

com- 


Anti-Baillet.  P.  I.  3 

le  Grec;  qui  eft  la  Langue  des  Sciences, 
&  avec  ce  peu  de  capacité  ,  il  a  la  pré- 
fomption  de  croire  qu'il  eft  eapable  déju- 
ger de  tous  les  Livres  qui  font  au  monde  : 
car  il  en  juge  ,  quoi  qu'il  protefte  qu'il 
n'en  juge  point.  N'eft-ce  pas  être  la  va- 
nité même  ?  Et  cet  homme  qui  eft  la  va- 
nité même,  accufe ,  comme  je  viens  de 
le  dire,  tout  le  monde  de  vanité. 

Mr.  de  Balzac  n'a  pu  avoir  la  penfée 
que  lui  attribue  Mr.  Baillet.  Et  la  calom- 
nie de  Mr.  Baillet  eft  fumTamment  réfutée 
par  l'édition  des  Poefies  &  des  Lettres 
Latines  de  Mr.  de  Balzac  ,  où  Mr.  de 
Balzac  a  pris  le  nom  de  Guez.  Joannis 
Ludovici  (i)  Guezœi  Balzacii  Poëmata 
Latin  a.  'Joannis  Ludovici  Guezœi  Bal- 
zacii Liber  Adopttvus.  Joannis  Ludovici 
Guezœi  EpiftoU  Seleélét.  Cette  calomnie 
eft  refutée  de  même  par  les  portraits  de 
Mr.  de  Balzac  gravez  de  fon  vivant ,  & 
par  fes  ordres,  où  il  eft  appelle  de  Guez: 
&  par  une  de  fes  Lettres  Françoifes  qu'il 
a  écrite  à  fon  père ,  avec  cette  infeription, 
à  Moxfieur  de  Guez  ,  &  avec  ces  mots , 
Monjieur  mon  très-cher  Père.  Et  par  l'E- 
loge Latin  de  Mr.  de  Guez  fait  par  Mr. 
de  Girac  à  la  prière  de  Mr.  de  Balzac,  où 
Mr.  de  Guez  eft  appelle  père  de  Mr.  de 
Balzac.  Cet  Eloge  eft  imprimé  dans  les 
Ouvrages  de  Mr.  de  Balzac.  Et  par  une 
Lettre  de  Mr.  de  Guez  écrite  à  Mr.  de 
Balzac  ,  qui   commence  par  ces  mots, 

JMon 
comme  d  je  difois  Jwhs  Cuj&cxut  pour  Jacofai  Ch* 

J4CifiSA 

A   2 


4  Anti-Baillet.  P.  I. 

Mon  très-cher  fils  ,  &  que  Mr.  de  Balzac 
m'envoya  en  m'écrivant  la  Lettre  28.  du 
Livre  XVI.  de  fes  Lettres.  A  quoi  on 
peut  ajouter  que  le  nom  de  la  Terre  de 
Mr.  de  Balzac  s'écrit  par  un  z ,  &  que  ce- 
lui de  la  MaiTon  de  Balfac  d'Entragues 
s'écrit  par  une  f. 

Que  fi  Mr.  Baillet  dit  qu'il  a  Mr.  Sorel 
pour  garant  de  ce  qu'il  a  dit  de  Mr.  de 
Balzac,  on  lui  répondra  qu'il  n'y  a  point 
de  garant  à  mal  faire;  &  que  Mr.  Sorel 
étoit  l'ennemi  déclaré  de  Mr.  de  Balzac; 
&  qu'il  a  écrit  plulieurs  Livres  contre  Mr. 
de  Balzac.  Si  Mr.  Baillet  vouloit  donc 
faire  mention  de  cette  calomnie,  il  de- 
voit  la  rapporter  comme  une  calomnie, 
&  la  réfuter  par  les  raifons  que  je  viens 
de  dire.  Mais  Mr.  Baillet  eft  un  homme 
qui  cil;  ravi  de  trouver  quelque  chofe  d'in- 
jurieux contre  les  Ecrivains  dans  les  écrits 
de  leurs  Adverfaires,  &  qui  va  ramafiant 
tout  ce  qu'il  y  a  de  venin  dans  les  Livres. 

Sordes,  qui/quittas,  mept'iafqut 
Omnes,  cmnia  colligit  venena. 


IL 

Emportement  de  Mr.  Baillet  contre  Mr 
de  Saumatje. 

LE  s  mêmes  raifons  qui  m'ont  obligé 
d'entreprendre  dans  la  Remarque  pré- 
cédente la  défanfe  de  Mr.  de  Balzac  con- 
tre la  calomnie  de  Mr.  Baillet,    m'obli- 
gent de  juftifler  ici  Mr.  de  Saumaife  con- 
tre 


Asti-Baillet.  P.  I.  ? 

tre  fa  médifance.  Car  Mr.  de  Saumaîfe 
m'a  auffi  honoré  de  fon  amitié  ,  &  fi  je 
l'ofe  dire,  de  fon  eftime.  Pour  ne  point 
parler  d'un  grand  nombre  de  Lettres  La- 
tines très-favantes,  qu'il  m'a  écrites,  qui 
m'ont  fait  honneur  dans  le  monde,  il  m'a 
adreflé  fa  Réponfe  à  Mr.  Fabrot,  fur  la 
Queftion  de  l'Aliénation  du  Preft,  &  fa 
DilTertation  fur  YHerodes  infantic'ida 
d'Heinfïus.  De  mon  côté,  je  lui  ai  auiîi 
donné  plulleurs  marques  publiques  de  ma 
vénération  &  de  mon  admiration.  J'ai 
dit  dans  mon  Epigramme  fur  le  Phaleg  de 
Mr.  Bochart, 

D'iùor  m  no/iris  non  Jurgit  pagina  terris: 
Non  ip/a  heroïs  pagina  Salmajii, 

J'ai  dit  dans  une  de  mes  Lettres  à  la  Rei- 
ne de  Suéde,  par  laquelle  je  lui  ai  dédié 
les  Ouvrages  Latins  de  Mr.  de  Balzac, 
que  le  nom  de  Saumaife  étoit  celui  de  la 
Science  même.  Claudius  Salmafius  ,  vir 
undecumque  doéiijjiyyius ,  C5"'  qui  divinis  m 
omni  difciplixa  lucubratiombm  hoc  confecu- 
tus  efi ,  ut  javn  non  bominis  fed  ipfiusmet 
Se  tenu  £  S  A  L  M A  S  IUSvomen  habeatur» 
J'ai  dit  à  peu  près  la  même  chofedans  cet* 
te  Epigramme  Grecque , 

'Eiêuiïe  zra^vf^xêij  "/ox^/ccto  XxXu-cctrtot» 

J'ai  dit  dans  cette  autre  qu'il  avoit  tout  lu, 
tout  retenu,  &  tout  enfeigné. 

A  3  J3*'K 


.6  Anti-Ba.illet.  P.I. 

Hxvt  ùvxyvùç,  nui  -ztxvtcc  pecÛàv ,   Ktct  uxnfi 

Et  j'ai  dit  la  même  chofe  dans  cette  troi- 
iàéme. 

IloùXot  hê'cATuof^tvoç  yr,fiOCTKt  ILoXm  ,  crû  Xi  > 
"Elias  2e«A|tt;6c-/©V>  yvpoirKeti  ,  wav7#  otiïccrxeov. 

Et  ainfi  je  me  trouve  engagé  par  mon  Ju- 
gement, non  moins  que  par  mon  inclina- 
tion ,  à  foutenir  que  Mr.  de  Saumaife  é- 
toit  un  des  plus  Savans Hommes  du  mon» 
de;  &  à  réfuter  Mr.  Baillet  qui  le  traitte 
d'ignorant  en  toutes  chofes  :  en  Théolo- 
gie ,  en  Philofophie  ,  en  Jurifprudence, 
en  Médecine,  en  Mathématique,  en  His- 
toire ,  en  Rhétorique  ,  en  Poélîe ,  &  en 
Grammaire.     Voici  fes  termes: 

Qjielques-uns  des  principaux  &  des  plus 
modérez  de  fa  Communion  même  ^auffi-bien 
que  les  Catholiques  ,    ont  fait  voir  que  la 
"Théologie  n'était  nullement  Jon  fait \     Mr. 
Fabrot  ,  le  fameux  Milton  ,    &  plufieurs 
autres ,  ont  montré  qu'il  étoit  un  fort  mau- 
vais Jurifconfulte.     D^ autres  ont  fait  voir 
combien  les  Obfervations  qui  ont  donné  lieu 
Sujettes  à  de  croire  qiCil  étoit  bon  Médecin  ,font  fujet- 
Verreur,        tes  à  V erreur.     Et  pour  montrer  qu'il  n'é- 
c^n  dC  fa*    tott  nt  ^0n  Philofophe,  ni  bon  Mathémati- 
icrl  ci  en,  il  fuffit  ,  dit-on,  de  produire  fon  Li- 

vre des  Années  Climatériques.  Enfin  quoi- 
que Boxhomius  ait  écrit  qu'il  étoit  très-bien 
verfé  dans  PHiJloïre  ,  perfonne  ne  dit  au- 

jour* 


Anti-Baillet.  P.  f.  7 

jourd'hui  que  Mr.  de  Saumaife  ait  été,  ni        t     .  . 
Hiflorien,  ni  Orateur,  ni  Poète.    Le  voilà  „!LnA;efl1C1 
aonc  redtitt  a  la  qualité  de  bon  Ltrammai-  ni  ct'Ora. 
rien  &  a" habile  Critique:  encore  #V/?  * /7  teur ,  ni 
pas  aifé  de  Vy  bien  maintenir',  car  pour  ce  ^c  *oete* 
qui  regarde  la  Grammaire ,  le  Père  Vavas~ 
feur  remarque  qu'il  et  oit  fi  négligent  &  fi 
étourdi  en  écrivant,  qu'il  a  laijfé  fou  vent 
glijfer  des  fautes  contre  les  règles  de  la  Syn- 
taxe ,  &  que  fa  Latinité  n'efi  pas  toujours 
dans  une  grande  pureté. 

Peut-on  parler  de  la  forte  d'un  des  plus 
favans  hommes  de  nôtre  riécle  ?  D'un 
homme, à  qui  tous  lesSavans  defontems, 
à  la  referve  de  fes  Adverfaires ,  ont  rendu 
des  témoignages  d'eftime,  de  reipect,  de 
vénération  ,  d'admiration  ,  d'adoration. 
Mr.  Baillet  lui-même  a  produit  un  grand 
nombre  de  ces  témoignages.  En  voici 
d'autres  qu'il  a  omis,  ou  qui  ne  font  pas 
venus  à  fa  connoiifance. 

Jofeph  Scaliger  lui  écrit  ,  nunquam  a 
litteris  tuis  nifi  aoéîior  recedo.  C'eit  dans 
la  24S.  de  fes  Lettres.  En  ce  tems-là  Mr. 
de  Saumaîfe  n'avoit  guère  plus  de  vingt 
ans.  Mr  Grotius  lui  donne  encore  de 
plus  grandes  louanges.  Felicem  me  plane 
arhitrarer  ,vir  yfuprà  quàm  nos  vel  agnofee- 
re  poffumus ,  de  omni  litterarum  génère 
mérite ,  fi,  ad  tuos  eeter?iitate  digniffimos  la- 
bores  aliquid  contribuere  pojjem ,  &  inter 
opéras  faite  m  tertias  confiflere.  C'eit  dans 
la  97.  Lettre  ad  Gallos.  Mr.  Rickius  dans 
fa  Préface  fur  Tacite  l'appelle  virorum 
maximus.  Mr.  de  Balzac  a  dit  dans  une 
Lettre  qu'il  mfci  écrite,  non  homini,jed 
A  4  Scie»" 


8  Anti-Baillet.  P.  L 

Scientue  deeft ,  quod  ntfcit  S  aima  fins.  Et 
dans  un  de  fes  Poèmes  Latins  à  Monfîeur 
Maynard  ,  Président  d'Aurillac, il  dit  que 
Mr.  de  Saumaife  rcfîfle  lui  feul  au  Père 
Sîrmond  ,  au  Père  Pétau  ,  &  à  tous  les 
autres  Adverfaires.  Quosille,  &  cunfios, 
fuflinet  watts.  Et  il  a  dit  ailleurs,  Tôt  pe- 
netraffe  locos ,  penetrafje  tôt  abd'tta  rerum , 
&  ndifje  unum  quicquid  ubique  latet ,  laus 
ea  Salmafidœ. 

Il  eft  au  relie  à  remarquer  que  ce  que 
dit  ici  Mr.  Baillet  touchant  la  qualité  de 
Poëte,  a  été  réfuté  par  le  Savant  &  l'Elo- 
quent Mr.  Bayle  dans  fes  Nouvelles  de 
la  République  des  Lettres ,  à  l'endroit  où 
il  a  donné  fon  Jugement  fur  mes  Origi- 
nes de  la  Langue  Italienne.  Ceux ,  dit-il, 
qui  ignorent  que  Mr.  de  Saumaife  fût  faire 
des  1er  s  Latins  d'un  tour  délicat  &  fen- 
tant  Ï* Antiquité ,  l'apprendront  ici.  Car 
on  y  cite  les  1er  s  qu'il  fit  contre  le  Père  Pé- 
tau ,  qui  aïoit  fris  le  nom  de  Kercoëtius 
pour  écrire  contre  lui.  Ces  vers  font  en 
effet  admirables  (i).    Les  voici. 

Cum  depilatis  natîbus  %  V  facie  imprêta  f 
Jdalaque  mente ,  monjïrum  Cercopithecium 
Miros  fe  ludos  ojlenfurum  dixerat 

Non 

%  i.  Il  me  fcmble,  que  ce  que  dit  ici  Saumaife 
(car  c'eft  airiû*  qu'il  faut  dire,  fans  y  ajouter  de) 
contre  le  P.  Fetau  n'eft  qu'une  paraphrafe  de  ces 
quatre  Vers  Grecs  de  Jofeph  Scaliger  contre  Tho- 
mas Lydiat. 

'Avril  iTtts-^xiyuY  fyzw  ih7rfruyn. 

ûfàr 


Anti-Bail  lé  t.  P.  I.  * 

'    8on  ante  vlfos ,  cr  àitm  condir.tr at  ; 
Genveniunt  omnes  Cercopithtci  Simia  : 
Clurin*  pecudes  :  omne  genus  Ctregpium  : 
Qua  funt  caudati.  :  qu&Jîne  caudis  ambulant  l 
Similes  hominibm  befîU  turpi(pm&. 
Tune  fimiorum  extus  cum  effet  maximus,. 
Erat  inter  ilios  ingens  exfpeclatio , 
Quidnam  editurus  z?  miri  ej?  novi  foret 
Tarn  grandium  mïnator  Me  Sifn'ius, 
Brgo  ut  promijfis  faceret  (5?  diclisjidemt. 
Proceram  cum  legijjet  in  campo  arborera  , 
Quam  vidit  unam  ctlfiorem  CAteris, 
Hanc  fubito  afcenfu  aggreffus  petere  proîinus  l> 
Altum  arrependo  ut  arriptret  faftigium  ; 
Sperans  fe  c?  cœium  pojje-jic  contendere. 
Verum  cum  magno  nifu ,  magnis  viribus , 
Sudans,  îaborans ,  djîuans ,  ut  feanderet , 
Summum  ad  cacumen  jam  venijfet  arboris*. 
At  fe  videret  non  pojfe  uhra  progredi, 
Culum  oftentare  cœpit  çr  iurpes  nztes , 
Derifuique  fpeclatoribus  fuit. 

Ce  diftique  Grec  qu'il  fit  fur  le  même 
fujet,  ne  fent  pas  moins  l'Antiquité:. 

C'eft  ce  que  M. Ménage  a  lui-même  remarque' dans- 
les  modi  di  dire  haliani ,  mais  il  n'a  pas  remarqué' 
que  dans  ces  vers  de  SaiHnaife  fur  lefqucls  il  fe  ré- 
crie, celui  ci,  Quœ  funt  cmdat* ,  n'eft  pas  fans  dé" 
faw.    CauAatHf  û'eû  pas  Latixw 

A  - 


io        Anti-Baillet.  P.  T. 

Ces  deux  diftiques,  qu'il  fit  pour  fon 
Epïtaphe  ,  étant  dangereufement  malade 
à  Heidelberg,  âgé  de  19.  ans,&  qu'il  dic- 
ta à  Mr.  de  la  Miltiere  (1),  qui  me  les  a 
communiquez,  font  du  même  caractère: 

Cujus  fies  nondum  tôt  a  ,  mcfamafub  auras 
Vtnerat ,  hoc  condor  marmort  SalmafitH. 

I-itiTSCl  £Kh*VG-CCi)TOjKu)    hôûCOl  VSKpOV  £êéV7û  , 

lîsAAîjv  Tsj  <r<piTtpr,v  «Att/Jos  ,  Secùpuétriov, 

J'ai  des  Hendécafyllabes  de  lui, qui  font 
auffi  du  même  caractère.  Et  Mr.  de  Bal- 
zac dans  une  de  fes  Lettres  à  Mr.  Chape- 
lain, qui  eft  la  4.  du  Livre  23.  fait  men- 
tion d'un  diftique,  que  Mr.  de  Saumaife 
avoit  fait  à  fa  louange.  Je  remarque  tou- 
tes ces  chofes,  parce  que  Mr.  Baillet  par- 
lant des  vers  que  Mr.  de  Saumaife  a  faits 
fur  les  Poe" fies  de  Mr.  Huygens  ,   femble 

en 

«|f  t.  Il  figaoit  de  la  Milleîiére  &  je  le  trouve  ain- 
fi  par  tour. 

%  2.  Je  ne  puis  croire  que  Eucaoan  ait  jamais  e'« 
crit  menai  perfora,  l'inadvertance  ne  va  pas  jufque- 
là,  iur  tout  en  vers  où  il  faut  nécefTairement  de  11 
méditation.    Il  avoit  lans  doute  écrit, 

Ma  mihi  rudibus  ftncend.it  peiïtra  fiammis, 

&  c'eft  ainil  qu'on  le  voit  imprime'  dans  le  Livrtf 
des  Toëlies  adoptives  de  Balzac.  Mihi  fv.ccendit , 
comme  dans  lç  veis  prçcedcftt ,  mihi  difiedtnt,  fie 

«il- 


Anti  -Baillet.  P.  I.         iî 

en  parler ,  comme  fi  Mr.  de  Saumaife 
n'avoit  jamais  fait  que  ces  vers-là. 

A  l'égard  des  Solécifmes  que  le  Père 
Vavaffeur  dit  avoir  trouvez  dans  les  écrits 
de  Mr.  de  Saumaife,  fi  Mr.  de  Saumaife 
en  a  fait,  c'a  été  par  inadvertance:  &  de 
la  même  façon  qucBucanan  a  dit  dans  fon 
Defiderium  Lut  eu  ^^ 

llla    me%m    rudibus  fuccendit  jettera  fam^ 
mis  (2). 

Et  à  l'égard  de  fon  Livre  de  l'Aliéna- 
tion du  Pre(t,  fon  opinion  étant  celle  de 
Charles  du  Moulin,  le  plus  grand  Juris- 
confulte  des  Avocats  de  fon  tems  ,  & 
dont  les  opinions  ,  félon  la  penfée  du 
Prélident  de  Thou,  valoient  des  arrêts, 
il  ne  doit  pas  être  traité,  au  fujet  de  ce 
Livre,  d'un  très -mauvais  Jurifconfulte, 
comme  l'appelle  Mr.  Bailler. 

Mais  où  eil  le  Jugement  de  Mr.  Bail- 
ler, de  juger  de  Mr  de  Saumaife  fur  le 
témoignage  de  fes  Adverfaires  ?  Mr.  de 
Saumaife  écrivant  contre  le  Père  Pétau , 

dit 

cinquante  vers  plus  haut,  mihi  frigêre  feStm  congelât* 

En  profe  ce  n'eft  pas  de  même,  la  précipitation  j 
fait  échaper  quelquefois  de  groflèe  fautes.  Erafmc 
dans  fon*Cicéronier.  a  remarqué  des  Solécifmes  de 
cette  nature  dans  Cicéron  ,  &  l'on  n'en  fauroit  re- 
marquer d'un  autre  genre  dans  les  Auteurs  du  boa 
flécle.  Mais  pour  les  Modernes  ,  quelque  Savant 
d'ailleurs  qu'ils  foient,  il  n'eft  pas  impcfîible  qu'ils 
faiïent  des  Solécifmes  de  pure  ignorance.  Sciep- 
piusen  a  trouyé  pîuficurs  de  tels  dans  Scaliger,  dans 
Lipfe  ,  dans  Cafaubon  ,  dans  M.  de  Thcu,  dan» 
Strada  &c. 

A  6 


il        Anti-Baillet.  P.  I. 

dit  que  c'eft  un  ignorant.  Mr.  Baillée 
ira-t  il  conclure  delà  que  le  PerePétau  eft. 
un  ignorant  ?  Je  renvoyé  là-deilus  Mr. 
Bailler  à  fon  Traité  des  Préjugez. 

Mais  Mr.  Baillet  ne  fe  contente  pa* 
d'acculer  Mr.  de  Saumaife  d'ignorance, 
il  le  fait  accufer  de  vanité,  d'orgueil,  de 
préfomption  ,  de  malignité  ,  d'envie,  de 
haine,  de  tyrannie  ,  de  médifance,  d'in- 
juitice,  de  malhonnêteté,  de  furie,  d'in- 
civilité ,  de  barbarie.  Et  il  ne  fc  contente, 
pas  d'avoir  recueilli  toutes  ces  injures  con- 
tre Mr.  de  Saumaife,  il  veut  encore  farre 
croire  qu'il  eft  damné ,  pour  n'avoir  pas 
voulu  pardonner  en  mourant  à  fes  enne- 
mis. Et  ce  qui  eft  £  extraordinaire ,  dit-il,. 
c'eft  que  cet  illuftre  Chrétien  fut  affez  mal- 
heureux pour  n'avoir  -pas  voulu,  même  à 
la  mort,  relâcher  quoique  ce  foit  de  la  hai- 
ne implacable  qu'il avoit  injuftement  conçue 
contre  quelques-uns.  C'eft- ce  qu'on  peut 
voir  dans  Monfieur  Spizélius  Proteftant. 
Et  fes  Panégyrifîes  mêmes  n'ont  pâ  pallier 
wufin  fi  pitoyable,  &Jï  confirme  a  fa  vie 
Ê5J5  à  fes  écrits. 

Cette  particularité  touchant  la  mort  de 
Mr.  de  Saumaife  eft  une  pure  médifance 

fe 

^T  i.  Sans  renvoier  à  cette  Vie  qui  n*eft  pas  en  co- 
te imprimée,  Se  qui  peur- être  ne  Je  fera  J2mais,  on 
pouvoit  recourir  à  la  54.  page  de  Ja  Préface  qu'An- 
ton.  Clementius  a  mife  au  devant  des  Epitres  de 
Saumaife.  Voici  l'endroit.  Injunxit r.xori ut  <p<e  baiebat 
domi  Çcripîa  jarn  confecia  &  fepofaa  in  cjutxdam  arca  adver- 
fvs  maximts  viras  dudxm  prxlo  parafa ,  omnia  ac  Jîngul* 
fiammis  traderet ,  ne ,  fi  fart»  in  atiorum  manus  devenirent  t 
ifi  publicHm  erumferent ,  i?  magiorHm  virvrffw  famnm 

ptréc* 


Anti-Baillett.  P. I.  13 
&  une  pure  calomnie,  qui  ett  détruite  dans 
la  Vie  de  Mr.  de  Saumaife  faite  par  Mr. 
de  la  Mare  Confeiller  au  Parlement  de 
Dijon  ,  homme  d'une  probité  égale  à  fa 
grande  érudition  (1). 

Mr.  de  Balzac  en  a  ufé  plus  Chrétien- 
nement que  Mr.  Baillet.  Voici  comme  il 
parle  de  la  mort  de  Mr.  de  Saumaife,. 
mort  dans  la  Reî:gion  prétandue  Réfor- 
mée: Bien- foin  de  damner  Mr.  de  Saumai- 
fe dans  mes  vers,  je  veux  croire  d'abord 
qu'il  efl  mort  de  la  mort  des  Jufles.  Je 
veux  croire  enjuite  ,  qu'il  ne  fe  peut  pas 
qu'un  fi  grand  nombre  de  qualitez ,  natu- 
relles &  acquifes\  que  tant  de  richt-ffes , 
tant  de  dons  du  Ciel,  ayent  été  la  proye  & 
le  butin  de  l'Enfer  :  qu'il  n\>  a  point  d'au-      S&lm*Ji* 

•)  «  7  ••##•••  denne  meum 

parance  qu  un  même  homme  qui  éclaire  ici  ngx  0yriidt 
toute  la  Terre  ,  Joit  là  bas  dans  les  Tenc-  infer*.  >  ?«• 
ères.    C'eft  dans  la  dernière  Lettre  à  Mr.  non  LtKim 
Conrart.  f^fiT 

r-y,  s       •  n  v      ,  «         ,  / plendét  m 

C  etoit  au  relie  un  tres-honnete  hom-  trbe juter? 
nie  que  Mr.  de  Saumaife.  Il  étoit  civil, 
obligeant  ,  officieux.  Et  c'étoit  un  des 
hommes  du  monde  dont  la  converfation 
ctoit  la  plus  agréable  :  car  il  avoït  une 
grande  le&ure:  &  il  fe  fouvenoitde  tout 

ce 

ferderent ,  cum  us  grAviffimos  eorum  emres  confutajfet. 
Madame  Saumaife  obéit  à  ces  ordres,  comme  il  pa- 
roit  par  les  reproches  que  lui  en  fait  la  Reine  de 
Suéde  dans  une  Lettre  qu'elle  lui  écrivit.  Il  n'eft 
icfté  en  effet  de  tous  ces  écrits  que  l'Apologie  con- 
tre Milton,  &  cela  apparemment  à  caufe  du  Roi 
d'Angleterre  ,  de  la  défenfe  duquel  auffi  bien  que 
<àc  celle  de  Saumaife  il  s'agiiïbit  en  cet  Ouviagc, 

A7 


14  Anti-Baillet.  P.  I. 
ce  qu'il  avoit  lu:  &  il  le  débitoit  élégam- 
ment. Et  il  étoit  même  plus  agréable 
dans  fa  converfation  que  dans  Tes  écrits  : 
car  dans  fes  écrits  la  vaile  étandue  de  fon 
érudition  lui  fefoit  dire  des  chofes  hors  la 
chofe:  &  dans  fa  converfation  fa  mémoi- 
re ne  lui  répréfantant  que  ce  qui  étoit  du 
fujet,  il  ne  fefoit  point  de  digreiîïons  :  qui 
eft  le  défaut  qu'on  a  remarqué  dans  les 
Ouvrages. 

C'étoit  d'ailleurs  un  homme  de  bonnes 
mœurs,  &  qui  avoit  de  bons  fentiments 
de  la  Religion  dans  fa  Religion.  Voici  ce 
qu'il  dit  de  lui  dans  fa  Préface  fur  Simpli- 
cius.  Id  fané  femper  ftudui  laboravique  y 
ut  non  folum  à  Stoicorum  libris ,  fed  etiam 
à  quibufcunque ,  melior ,  fi  poffem ,  exirem 
potiits  quàm  doéiior.  Quid  fecerim  ,  aut 
quantum proj "eccrim ^aliorum  cflo  judicium. 
lylaîo  id  ex  operibus  mcis,fi  tait  a  ullafunt9 
éefiimari ,  quàm  verbis  vendit  art.  Non  an- 
fim  profeéià  id  de  me  profiîeri ,  me  bac  ipfa 
eorum fcripta ,  quce  illufirare  fum  conatus , 
cum  voluptate  pervohttaffe.  Cruciavit  hoc 
me  fepe  in  il  lis  evolvendis ,  cum  viderem 
tôt  me  adhuc  vitiis  fcatere;  eaque  amare\ 
hominem  melior e  Chrifti  difciplind  imbu 
tum\  quce  homincs  Chrifti  ignari,  & '  folo 
ttaturali  lumine  prcediti ,  tant  opère  averfati 
funt  :  ut  non  contenu  eorum  odium  intrafe 
ccncepiffe^  et'tam  odiofa porro  aliis  ac  invi- 
fa  reddere  ejficacijfimo  fermone  tentav'erint. 
Pudebat  in  fchola  Chrifti  natum  &  educa- 
tum\  qui  non  minus  Ce  ver  a  fuis  ad  emen- 
dationem  vitœ  mandavit  ;  fer  in  Stoïccruxi 
fcriptisfiç  verfatum^  ut  ea  ici pcjjit  emen- 

dare  , 


Anti-Baillet.   P.  I.         iy 

dare ,  tironem  tamen  adhuc  in  utraque  mi- 
lit  ia  deprehendi  ;  necdum  pojj'e  caprœflare 
aâ  quœ  fuifmet  ipfe  viribus  fultus  adfpira- 
'vit  unut  homuncio  ,  Chrifti  nefcius ,  corpo- 
re  mutilus ,  conditione  fer  vu  s ,  l^1  lrus  paw 
pertate. 

Mais  Mr.  Bail I et  ne  fe  contente  pas  de 
recueillir  tout  le  mal  que  les  Adverfaires, 
ou  les  Ennemis  de  Mr.  de  Saumaife  ont 
dit  de  Mr.  de  Saumaife;  il  en  invante;  il 
fallïrle  des  partages  pour  le  décrier.  C'eft- 
cc  que  je  vais  faire  voir  dans  la  Remarque 
fuivante. 

III. 

Falfification  de  Mr.  B aille t  d'un  pafj  âge  de 

lai/ te  de  Mr.de  Peirefc,  pour  décrier 

Mr.  de  Saumiafe. 

M  On  fîeur  Baillet:    Mr.   Peirefc    Tom.  2} 
avoit   rai  fin   de   dire   que  la  France  Partie  2. 
irouvoit  de  quoi  fe  confoler  de  la  perte  de  PaS»*4* 
Mr.   de  Saumaife  dans  Vacquifition  qu'elle 
faifbit  de  Mr.  G  rôti  us  :  puifque  celui-ci  va- 
lait bien  le  double  de  Saumaife  en  tout:  ayant 
même  plus  d'un  avantage  fur  le  Prince  des 
Savans  Jofcph  Scaliger. 

Ménage.  Lorfque  je  lus  cet  endroit 
la  première  fois,  je  crus  que  ce  raisonne- 
ment, puifque  celui-ci  valait  bien  le  dou-  Vie  de  Mr. 
lie  de  Saumaife,  étoit  de  Mr.  de  Peirefc:  dc  Peirc^ 
&  quelque  vénération  que  j'aye  ue  pour  Gafl^ji#dc 
3a  perfonne  de  Mr.  Grotius;  quelque  ad- 
miration  que  j'aye   pour   fes   Ouvrages; 
quelque  obligation  que  j'aye  à  fa  mémoi- 
re 


t6        Anti-Baillet.  P.  î. 

rc  à  caufe  de  l'amitié  particulière  dont  il 
m'a  honoré  ;  je  trouvois  étrange  que  Mr. 
de  Peirefc  l'eût  comparé  avec  tant  d'a- 
vantage à  Mr.  de  Saumaife.  Je  trouvois 
même  qu'il  y  avoit  quelque  efpéce  d'in- 
grat: tude  du  côté  de  Mr.  de  Peirefc:  fa- 
chant  la  vénération  &  la  tendreiTe  que 
Moniteur  de  Saumaife  avoit  pour  lui;  ce 
qui  r>aroît  par  ces  paroles  que  Mr.  de  Sau- 
maife écrivit  à  Mefïteurs  du  Puy  fur  la 
mort  de  Mr.  de  Peirefc  :  Impar  fum  ani- 
mo  firmando  :  qui  animo  plane  defpondeo , 
ftudiâque  nullo  habeo  loco ,  ex  quo  Me  non 
fupereft  ,  qui  illorum  fautor  promotorque 
erat.  Ac  temperareiîtr  qu'idem  defiderium* 
fi  licuijfet  fuperfiiti  teftatum  facere  affec- 
tum ,  quem  ob  collata  bénéficia  merito  jure 
conceperam.  Nunc  autern  eft  m'ihi  morien- 
dum  ingrato ,  quando  Me  eft  grati  animi  fig- 
nificationi%prtemortuus.  Quod  poffum,  il- 
lud  fupereft  ,  ut  ipfius  memoriam  vénéra- 
t'ione  profequar ,  &  fcriptis  mets  eatrans- 
rn'tttam  teftimonia  in  pofieros ,  qnte  incom- 
parabilis  virtus ,  meritâque  nunquam  fatis 
4e fit  manda  depofcunt  ab  homine  qui  illum  , 
dum  vixit ,  fufpexit  ;  pluraque  ab  Mo  bé- 
néficia, quàm  abs  quoquam  mortalium  tu- 
Ut.  Sed  die  ère  pi  ara  non  pofifum  ,  quin 
effluam  tôt  us  in  lachrymas  :  &  necejfe  ejl 
jîylum  hîc  alrumpam.  Mais  comme  je 
ne  me  fie  que  de  bonne  forte  aux  citations 

de 

%  î.  Rien  n'efl:  plus  vrai  qu'en  matie're  d'érudf- 
îioa  Saumaife  ne  vouioit  de  comparaison  arec  qui 
que  ce  Toit.  Une  marque  de  fa  délicateiTe  fur  cet 
article  elt  que  le  Conleiller  Sarrau  fon  intime  ami 

lui  aianc  écrit  ççs  mots  d*as  tiac  Lcttie  après  la 

naoxr 


Anti-Baillet.   P.  I.         17 

de  Mr.  Ballet  ,  ayant  été  voir  l'endroit 
de  la  Vie  de  Mr.dePeirefc,où  je  croyoïs 
qu'il  fût  parlé  de  ce  Jugement  de  Mr.  de 
Peirefc  touchant  Mr.  Grotius  &  Mr.  de 
Saumaife  7  je  trouvai  qu'il  n'y  étoit  du 
tout  point  parlé  de  Mr.  de  Saumaife.  Et 
je  n'y  trouvai  autre  choie,  finon  que  la 
France  avoit  de  quoi  fe  confoler  de  la  per- 
te qu'elle  avoit  faite  de  Scaliger  par  l'ac- 
quiiition  qu'elle  fefoit  de  Mr.  Grotius. 
Tanti  Groùum  duc  ébat,  ut  in  uicem  Sca- 
ligeri  ajfertum  Galliœ  dïceret.  Qui  eft  à 
peu-près  ce  qu'a  dit  depuis  Mr.de  la  Pey- 
raréde: 

G  allia  Scalîgerum  dederas  malt  fana  Bat  avis";  \ 
Grotiaden  reddit  terra  Batava  tib'u 

Ingratam  expertus  patr'iam  ventrandus  uter» 
que  eji. 
Félix  mutato  crevit  utérine  file. 

Voilà  comme  Mr.  Baillet  corromp  les 
palTages,  pour  décrier  les  perfonnes  qu'il 
n'aime  pas.  Il  a  de-même  falfifié  un  pas- 
fage  de  Jonfius  pour  décrier  mes  Com- 
mentaires fur  les  Vies ,  &  fur  les  Sectes 
des  Philofophes  deDiogéne  Lacrce,  com- 
me je  le  fais  voir  au  Chap.  22,.  de  ces  Re- 
marques. Mais  pour  revenir  à  la  compa- 
raifon  de  Mr.  Grotius  avec  Mr.  de  Saumai- 
fe (0  ,  ces  deux  grands  hommes  font 

com- 

mort  de  Grotius.  Solas  ille  (Grotius)  de  principatu  li- 
terarum  tecum  contendere  pejfe  videùatur,  [oins  ergo  jam 
régnas  &c.  peu  s'en  falut  queSaumaile  ne  rompît  en- 
tièrement avec  lui.  C'eft  ce  que  je  reconnois  par 
deux  Lettres  qu'il  lui  écrivit  l'une  du  30.  Oclobre, 

l'autre 


îS         Anti-Baillet.  P.  I. 

comparables  en  ce  qu'ils  font  incompara- 
bles, chacun  en  fon  efpéce.  Pares  magis 
quamfimiles. 

IV. 

Réfutation  de  la  Critique  de  Mr.  Baillet ,  au 
fujet  dun  de  mes  Madrigaux  Italiens. 

MOnfleur  Baillet.  Mr.  Ménage 
a  fait  une  componction  a  Dieu:  oh  il 
témoigne  en  termes  tout-à-fait  touchans  re- 
connoitre  fe s  fautes.  Il  condamne  Ces  enga~ 
gemens  :  £3?  fur  tout ,  V infidélité  avec  la' 
quelle  il  dit  qu'il  avoit  abandonné  Dieu  four 
Pkilis.  Il  pleure  avec  des  gémiffemens  & 
desfoûpirsy  mêlés  de  fanglots ,  ce  qu'il  ap- 
pelle fes  defordres  :  C53  il  syen  aceufe  de  la 
meilleure  grâce  du  monde.  Car  quoi  qu'il 
ne  prétende  nullement  s^exeufer,  il  efpére 
que  Dieu  aura  pourtant  la  bonté  de  Fexcu- 
fer  :  d'autant  plus  volontiers  que  ce  Divin 
Créateur  fembloit  avoir  contribué  a  le  faire 
tomber  dans  le  piège ,  en  créant  Ça  Philis  fi 
belle  &  fi  aimable.  Ceft  franchement  vou- 
loir nous  perfuader  que  Dieu   eft   un  peu 

caufs 

l'antre  du  20.  Novembre  1 645.  aue  j'ai  lues  manus- 
*  Elles  ont  Cl'tcs  *>  dans  la  dernière  defquelles  après  avoir  dé- 
depuiseté  claré  par  une  fauiïe  modeftie  &  au  plus  loin  de  fa 
publiées  W  pcnlée,  qu'il  confent  qu'on  lui  préfère  Grotius,  il 
par  Cre-  témoigne  enfuite  le  peu  d'eftime  qu'il  en  fa;t  Toit 
nius  Pour  ^a  Théologie,  foit  pour  la  Philofophie  ,  foit 

pour  la  Jurifprudence,  ne  faifant  nulle  difficulté  de 
le  mettre  fort  au-delTous  de  Vofïïus  le  père,  &  de- 
meurant feulement  d'accord  que  c'eft  un  grand  Poè- 
te, qualité, à  fou  avis,  de  nulle  confidération  pour 

don- 


Antj-Baillit.  P.  I.        19 

caufe  du  mal  dont  il  s^accufe.  Et  un  trait 
fi  feu  attendu  ,  nous  fait  affez  connoître 
combien  les  Poètes  ,  que  le  zélé  emporte , 
font  quelquefois  dignes  de  compajfion  :  £5? 
combien  ils  ont  befoin  d?  indulgence  dans 
leurs  meilleures  intentions,  comme  dans  les 
plus  mauvaifes. 

Ménage.  Voici  le  Madrigal  dont  elt 
queilion. 

Oime  !  pavento  e  tremo 

11  tribunale  tuo  giuflo  e  fupremo  i 

Paire  del  Ciel  ;  che  da  fielUnli  ch'ioflri 

L'interno  m'irï  de  gli  affetti  noflri. 

Ter  ternna  belta,  caduc  a,  e  fraie, 

Lm  tua  celefte ,  etertia ,  ed  immort  dit , 

Infelice  obliai. 

Te,  per  Filli,  lafeiai. 

Ver  le'i  ;  qutntunque  dura  ; 

Arfi\  ilconfejfo;  nelï  eldfiorita; 

Arfi;  nol  niegt;  ndï  ttà  mntur*» 

O  ffortunata  vitaf 

Tutti  ï  miei  glornï ,  oime  !  v'ijft  ml  fango 

Tra  lit  amorofi  inganni; 

Tra 

donner  le  premier  rang  dans  l'empire  des  Lettre», 
êc  commune  d'ailleurs  à  Grorius  avec  Heinfius  £»: 
Barlarus,  plus  grands  Poètes  encore,  dit-il,  au  fen- 
timent  de  bien  des  gens.  Tout  ce  que  je  viens  de 
rapporter  Te  trouve  à  la  lettre  dans  cette  Epitrede 
Saumaiie  ,  qui  n'accordoit,  comme  il  eft  aifé  de 
roir,  la  préférence  à  Voffius  qu'afin  de  la  retenir 
pour  lui-même,  fâchant  bien  qu'il  auroit  toujours 
inconteftablement  l'avantage  fur  celui-là  ,  au  lici; 
qu'à  l'égard  de  ii.  Grotius  la  chofe  fcioit  affez pro- 
blématique. 


io         Anti-Bail  le  T.  P.I 

Trd  gli  amorofi  ajfanni. 

Or  ne  fofpiro  e  piange. 

jimmollifcano  i  pianti  il  tuo  rigorf. 

Muovan  la  tua  put  aie  i  m'iei  fofpiri. 

G'ik  mille  volte  daW  Amor  delufa , 

Dell'  aima  a  te  rubella 

I  conofco  l'errore,  e  non  lo  fcufç. 

Seufa  lo  tu ,  Signore  ; 

Ch'  a  par  d'Aiba  novella , 

Till't  formajli  Ji  lucente  e  bellti 

Qu'eft-ce  qu'il  y  a  à  dire  à  ces  vers  ?  Ils 
ont  été  approuvez  généralement  de  tous 
ceux  qui  les  ont  lus  :  à  la  referve  de  nô- 
tre Prédicateur  fans  Miiïion  :qui  pour  me 
décrier  dans  la  Caballe  des  Dévots  de 
Profelîion  ,  m'accufe  ici  d'avoir  dit  que 
Dieu  a  contribué  à  me  faire  tomber  dans 
le  piège:  d'avoir  dit,  que  Dieu  eft  la  cau- 
fe  du  mal  que  j'ai  fait.  Où  eft-il  dit  dans 
ces  vers  que  c'eit  Dieu  qui  m'a  fait  tom- 
ber dans  le  piège  ?  Que  c'efl:  lui  qui  eft 
caufe  du  mal  que  j'ai  fait  ?  Mais  quand 
j'aurois  dit  que  Dieu  ,  pour  avoir  créé 
Philis  fi  parfaite,  eft  la  caufe  indirecte,  de 
ma  faute  ,  feroit-ce  une  impiété?  Il  y  a 
cinquante  ou  foixante  ans ,  qu'on  chante 
à  Paris  &  à  la  Cour,  dans  les  compagnies 
des  perfonnes  les  plus  vertueufes  de  l'un 
&  de  l'autre  Sexe  ,  des  vers  qui  di- 
fent  une  chofe  femblable  en  termes  ex- 
près.    Les  voici: 

Si  c'eft  un  crime  de  l'aimer; 
On  n'en  doit  juftement  blâmer 

Que 


Anti-Baillet.  P.  I.         2.r 

Que  les  beautez  qui  font  en  clic, 
La  faute  en  eft  aux  Dieux 
Qui  la  firent  fi  belle, 
Et  non  pas  à  mes  yeux. 

Le  vieux  Boiflet  fit  fur  ces  paroles  un 
air    merveilleux  :   &  je  me  fouviens  que 
Lambert  le  chantant  un  jour  devant  Mr. 
le  Cardinal  de  Retz,  alors  Coadjuteur  de 
Paris,  Mr.  le  Cardinal  de  Retz  le  lui  fit 
répéter  plufieurs  fois  :   ce  qu'il  n'uft  pas 
fait,  s'il  uft  jugé  ces  paroles  impies.     Et 
je  me  fouviens  encore  que  Mr.  le  Cardi- 
nal de  Retz  me  dit  en  ce  tems-là  que  ces 
vers  étoient  du  Poète  de  Lingendes.    Mr. 
de  Charleval  m'a  depuis  confirmé  la  mê- 
me chofe.    Et  ce  Poète  étoit  un  homme 
de  beaucoup  de  vertu ,  &  digne  parant  du 
Père  de  Lingendes  Prêtre  de  la  Compa- 
gnie de  Jefus ,  &  de  Mr.  de  Lingendes  E- 
vêque  de  Maçon.    Il  eft  au-refte  à  remar- 
quer, que  le  mot  de  Dieux;  même  par- 
mi les  Auteurs  Chrétiens,  tant  Profateurs 
que  Poètes;  (îgnifie  Dieu,    Mr.  de  la  La- 
ne  dans  fon  Eglogue  fur  la  première  de 
mes  Eglogues; 

Les  Dieux  juftes  &  bons  ont  mis  vôtre  A- 
marante 

Au-defius  des  flambeaux  de  la  voûte  éclai- 
rante. 

Lambin  dans  une  de  fes  Lettres  à  Mu- 
ret :  Quod  Dit  immort  ailes  omen  alertant. 
Léonard  d'Arezzo  dans  une  des  fïennes 
au  Pogge:  0  DU  immortelles,  çudeat  me 

levi- 


ai  Anti-Baillet.  P.  I. 
levitatem  hominis  referre*  Le  Cardinal 
du  Perron  dans  fa  Conreffion  Amoureufc 
a  dit  quelque  chofe  de  femblable  à  ce  que 
j'ai  dit  dans  la  conclufion  de  mon  Madri- 
gal.    Voici  l'endroit: 

Pour  les  vaines  douceurs  d'un  vain  conten- 
tement 

(Il  parle  à  Dieu.) 

J'ai  péché,  j'ai  parlé,  j'ai  fait  injuftement. 
Mon  penfer,ma  parole, &  mon  effet  m'ac- 
cufe. 

Mais  las!  tous  ces  penfers,  ces  propos,  & 

ces  faits, 
Procèdent  d'un  fujet  qui  parmi  mes  forfaits 
Sans  fa  déloyauté  me  ferviroit  d'excufe. 

Bertaut  Evêque  de  Sais  ,  a  dit  aufîî  a 
peu-près  la  même  chofe  dans  ce  Sonnet  à 
Dieu: 

De  poftpofer  ta  gloire  aux  loix  de  fonfervice: 
De  n'avoir  dans  le  cœur  rien  que  fon  nom 

écrit, 
Et  pour  charmer  un  mal  qui  tous  les  jours 

s'aigrit , 

Lui  faire  ineefTamment  de  mon  cœur  facri- 
fice: 

Seigneur ,  c'eft  un  péché  bien  digne  du 
fupplice; 

Mais  procédant  d'un  cœur  que  l'Amour  at- 
tendrit , 

Ma  foiblelTe  en  ce  crime  eft  ma  feule  com- 
plice. 

Tu 


Anti-Baillet.  P.  I.         23 
Tu  fais  bien  ,  ô  Seigneur ,  que  ,  fi  je 
l'eufle  pu', 

Depuis  maintes  faifons  ce  lacq  j'euffe  rompu, 
Tirant  ma  liberté  d'une  main  ii  cruelle. 
Comme  donc  en  l'aimant  &  fervant  mal- 
gré moi , 

La  contrainte  amoindrit  mon  mérite  envers 

elle, 
Elle  amoindrit  aufïi  mon  offenfe  envers  toi. 

Mon  Madrigal  n'eft  donc  criminel  que 
dans  le  Livre  de  Mr.  Baillet.  Moniieur 
Baillet ,  au  refte  ,  demeurant  d'accord, 
comme  il  fait,  que  mon  intention  eil  bon- 
ne, quand  même  il  y  auroit  quelque  cho- 
fe  à  dire  à  mon  expreffion,  il  n'a  pas  dû 
me  diffamer  pour  cela  ;  puifque  Dieu  en- 
tent le  langage  du  cœur  :  qui  eft  ce  que 
j'ai  dit  dans  mon  Madrigal: 

Padre  del  Ciel ,  cbe  da  JlelUnti  chioftri 
L'interno  mirï  de  gli  affetti  nofir'u 

&  la  Critique  de  Mr.  Baillet  ne  s'accorde 
pas  en  cet  endroit  avec  la  charité  Chré- 
tienne.   Mais  elle  ne  s'accorde  pas  non* 
plus  avec  fes  Jugemens  des  Savans  fur  les 
principaux  Ouvrages  des  Auteurs;  aucun 
Ecrivain  n'ayant  formé  cette  aceufation 
contre  mon  Madrigal.  Et  en  cet  endroit, 
comme  en  plusieurs  autres  où  Mr.  Baillet 
me  critique  ,  Mr.  Baillet  ne  s'eft  pas  fou- 
venu  du  précepte  de  Pline  le  Jeune:  Pri-     Lir.  v« 
mum  ego  officium  Script  «ri  s  exijlimo  ,  ut  Epift.  tx 

titti* 


24  A  N  T  I  -  B  A  I L  L  E  T.    P.  T. 

tttulum  fuum  legat  :  atque  identidem  inter* 
roget  fe  quid  cœperit  fer  ibère.  Il  a  aban- 
donné le  titre  de  fon  Livre.  Et  en  cela, 
il  n'efl:  pas  à  blâmer:  ce  deflein  de  ramas- 
fer  toutes  les  injures,  toutes  les  médifan- 
ces ,  &  toutes  les  calomnies  des  Auteurs 
contre  les  Auteurs,  étant  un  étrange  des- 
fein  pour  un  homme  qui  fe  pique  de  dé- 
votion. 


V. 


Ignorance  de  Mr.  Baillet  dans  la  Langue 

Grecque  ,  dans  la   Latine  ,  ÊjT   dans 

PHiJloire  des  Livres  d'Hippocrate. 

MOnfieur  Baillet  qui  fait  profes- 
sion de  parler  de  tous  les  Auteurs 
Grecs  &  Latins,  fait  peu  de  Grec;  &  il 
ne  fait  guère  davantage  de  Latin. 

Il  dit  à  la  page  35-3.  du  fécond  Tome  Part. 
3.  de  les  Jugemens  des  Savans '.On  a  de  la 
traduction  de  Jules  Scaliger  le  Livre  d'Hip- 
pocrate  des  Infomnies.  Il  dit  la  même  cho- 
fe  à  la  page  5-0.  de  la  2.  partie  du  2. 
Tome. 

Mr.  Baillet  me  permettra  de  lui  dire, 
qu'Hîppocrate  n'a  point  fait  de  Livre  des 
Infomnies.  Le  Livre  d'Hippocrate  que 
Jules  Scaliger  a  traduit,  eit  intitulé  vepï 
êwnvluv:  c'efl-à-dire,  des  Songes.  Ivur- 
viov  'lignifie  Songe  ;  qui  eft  un  mot  compo- 
fc  du  fubftantif  vitvoç  qui  lignifie  Sommeil; 
d'où  vient  Somnus;  &  de  la  particule  ev, 
qui  lignifie  dans.    Et  les  Grecs  ont  ainfî 

appelé 


Anti-Bail  le  t.  P.  I.         if. 

appelé  le  fonge  parce  qu'il  fe  fait  dans  le 
fommeil.  Infomnia,  au  plurier  ,  lignifie 
fonge  s.     Virgile; 

Qua  me  fuftenfam  infomnïa  terrent: 

Et  infomma^xi  fingulier,  fîgnifle  infomniel 
Mr.  Bailler,  qui  ignoroit  la  différence  de 
ces  mots,  &  qui  n'avoit  lîi  que  le  Titre 
Latin  de  Lnfomniis  de  ce  Livre  d'Hippo- 
crate ,  a  traduit  ce  titre  par  ces  mots  Fran- 
çois des  Infomnles. 

Quels  jugemens  peut -on  attendre  fur 
les  Auteurs  Grecs  &  Latins  d'un  Critique 
qui  fait  ft  peu  de  Grec  &  de  Latin?  Mais 
comment  nôtre  Ariltarque  pourra-t-il  ju- 
ger des  anciens  Médecins  Grecs;  de  Ga- 
lien,  d'Arétée,  d'Aêtius;  étant  fi  étran- 
ger dans  la  lecture  d'Hippocrate,  le  Prin- 
ce des  Médecins,  qu'il  ne  fait  pas  même 
le  Titre  de  fes  Livres. 

Il  eft  au  refte  à  remarquer  que  ce  Juge 
Souverain  de  tous  les  Auteurs  juge  fur 
l'étiquette  du  Sac.  Je  veux  dire,  qu'il  ne 
lit  que  les  Préfaces,  &  les  Tables  des  Li- 
vres, avec  les  Eloges  &  les  Vies  des  Au- 
teurs. S'il  avoit  feulement  lu  les  trois" 
premiers  mots  du  Livre  d'Hippocrate  que 
Scaliger  a  traduit ,  il  auroit  vu  qu'il  y  eft 
traité  des  Songes  &  non  pas  des  Intbm- 
nies. 

J'avois  dît  à  Monfîeur  l'Abbé  de  San- 
teuil  d'avertir  fon  amiMr.;Baillet  de  cette 
bévue.  Il  l'en  a  averti  :  &  Monfieur  Bail- 
let  l'a  corrigée  dans  fon  premier  Tome 
des  Jugemens  des  Poètes.  Mais  il  elt 
STw».  VIL  Fart.  I.        B  tou- 


ad  A-kti-Baillet.  P.  I. 
toujours  vrai  de  dire,  que  lors  que  Mr. 
Maillet  a  publié  fes  quatre  premiers  volu- 
mes, il  ne  favoit  ce  que  vouloit  dire  êvfo- 
viov  en  Grec,  &  infomnium  en  Latin,  & 
qu'il  n'^voit  aucune  connoiflance  des  ti- 
tres des  Livres  d'Hippocrate. 

VI. 

Ignorance  de  Mr.  Baillet  dans  la  Langue 

Grecque,  dans  la  Chronologie^  dam 

VH'îJloire  des  Philofophes. 

MOnficur  B  A  i  l  L  E  T  dit  à  la  page 
423.  de  fon  premier  Tome:  Cbrf- 
Jippe  7?  et  oit  proprement  que  le  Singe  d'Epi- 


iffeàoit  deft 
qu'il  v  oy  oit  faire  &  écrire  à  Epicurc.  Ceft 
pourquoi  il  le  copioit  Couvent  ;  {£  quand  il  le 
vouloit  furpajfer  ,  il  alloit  mendier  divers 
paffages  des  autres  Philofophes.  Ce  qui  a 
fait  dire  à  Zenon  &  à  Ariftote ,  que  tous 
fes  Livres  h oient  pleins  de  témoignages  & 
de  paroles  d?  autrui. 

Cette  faute  eft  -épouvantable.  Car  ou- 
tre qu'elle  fait  voir  l'ignorance  de  Mr. 
Baillet  dans  la  Langue  Grecque ,  elle  le 
convainc  d'une  ignorance  extrême  dans 
l'Hiftoire  des  Philofophes  ,  &  dans  la 
Chronologie.  Ariftote  n'a  pu  parler  des 
Livres  de  Chryfippe  (1).    Il  étoit  mort 

avant 

5  2.  IJ  n'j  a  guère  d' apparence  non  plus  que  Ze- 
non 


àhti-3aillet.  P.  T.         27 

avant  que  Chryfippe  fût  au  monde.   Aris- 
tote   mourut  Tan   troifiéme  de  la   cent 
quatorzième   Olympiade  ;    &    Chryfippe 
mourut  dans  la  cent  quarante  -troiliéme. 
Mr.    Baillet  cite  pour    ïa  confirmation 
de  Ton  opinion  Diogéne  Laërce  dans  la 
Vie  d'Epicure  ,    à  la  page  273.  de  l'Edi- 
tion d'Angleterre.     Pvlr.  Baillet  n'a  point 
la  le  Grec  de   cet  endroit  de  Laërce  ; 
car  il   n'entent  pas  affez   le  Grec  pour 
entendre  un  fi   long  paiïàge  Grec:  maisr 
en  ayant  lu  la  verfion  d'Aldobrandus;que 
voici:  Epicuri  multam  feriptionem  Chry- 
fippus  œmulatus  eft  :  quemadmodum  Car* 
neades  ait,  parafitum  ejus  librorum  ipfum 
appellans :  Ji  qu'td  entra  Epie ur us  feriberet, 
tantumdem  feribere  Chryfippus  ob  amula- 
tionem  ftudebat  :   quoeirca  &  eadem  fœpc 
&  ea  quœfibi  in  mentem  illico  veniebant , 
&  feftinatione  parum  emendata  :  teftimo- 
maque  tôt  infant,  ut  eis  folis  libri  referti 
fwt,  quemadmodum  &  apud  Zenonem  & 
apud  Ariflotelem  invenire  lie  et  \  &  l'ayant 
lue  ponâuée  de  la  forte  que  je  viens  de  la 
repréfenter,  &  telle  qu'elle  eft  imprimée 
dans  l'édition  d'Angleterre  ;  il  a  crû  que 
ce  que  difoit  Laërce  de  Chryfippe.  avoit 
été  rémarqué  par  Zenon  &  par  Ariftote; 
&  ces  mots ,  quemadmodum  &  apud  Ze- 
nonem &  apud  Ariftotelem  invenire  lie et , 
veulent  dire   que  ce  défaut  de  rapporter 
trop  de  témoignages  dans  desTraitez  Phi- 
lofophiques ,  qu'on  blâmoit  dans  les  6- 

crits 

non  en  ait  pu  parler,  puifqu'il  mourut  que  Chqr- 
iïppe  u'aroit  encore  que  dix-lept  ans, 

B  2 


28        Anti-Baillet.  P.  I. 

crits  de  Chryiippe  ,  fe  rencontroît  aufïï 
dans  ceux  de  Zenon  &  d'Ariftote  :  ce  que 
j'ai  expliqué  amplement  dans  la  Note  que 
j'ai  faite  fur  ce  païfage. 

Voilà  le  Critique,  qui  a  entrepris  déju- 
ger de  tous  les  Savans;  &  qui  traite  Mr. 
de  Saumaife  d'ignorant  en  toute  forte  de 
Sciences:  En  cor  Zenodoti ,  cnjecurCra- 
ietis. 

J'avois  dit  au  même  Monfieur  de  San- 
teuil  d'avertir  fon  ami  de  cette  faute  hor- 
rible. Mais  foit  qu'il  ne  l'en  ait  pas  averti, 
ou  foit  que  Mr.  Baillet  ait  négligé  ma  ré- 
marque, Mr.  Baillet  n'a  pas  corrigé  cette 
faute  dans  fes  Rétractations. 

VII. 

Ignorance  de  Mr.  Baillet  dans  la  Langue 

Latine.    Faute  de  Jugement  de  Mr. 

Baillet. 

MOnfieur  B  a  i  l  l  e  t  eft  un  grand  lî- 
feur  d'Eloges ,  comme  je  l'ai  déjà 
remarqué.  Ayant  lu  quelque  Eloge  La- 
tin de  Lopé  de  Véga  Carpio,  Gentilhom- 
me Efpagnol,  Prêtre,  &  de  la  Congréga- 
tion de  S.  François,  ce  Eccléfiaftique  de 
l'Ordre  Militaire  de  S.  Jean;  dans  lequel 
Eloge  cet  Auteur  étoit  appelle  Magnus 
Comicus ,  à  caufe  d'un  nombre  prodigieux 
de  Comédies  qu'il  a  faites  :  11  en  a  fait 
dix-huit  cens;  (i  on  en  croit  Nicolas  An- 
tonio, Auteur  de  la  Bibliothèque  des  E- 
crivains  Efpagnols;  &  plus  de  quatre  cens 
Amqs  Saçramentaks.    On  appelle  ainiî  en 

Efpa- 


Anti-Baillet.  P.  I.         29 

Efpagne    ces   Pièces  Dramatiques  qu'on 
récite  le  jour  de  la  fête  du  S.  Sacrement. 
Mr.Baillet,  ayant  lu,  dis-je, quelque  E- 
loge  Latin  où  Lopé  de  Végà  étoit  appelé 
Magnus  Comicus  ,  il  a  crû  que   ce  mot 
Comicus  figninoit  un  Comédien.    Et  dans 
cette  créance  ,  il  l'a  appelé  le  plus  grand 
Comédien   de   la   terre.     C'e/t    à  la   p^ge 
80.  de  fa  Préface  fur  les  Poètes,  au  fujet 
d'une  grande  inveclive  qu'il  fait   contre 
moi,  parce  que  j'ai  fait  des  vers  de  galan- 
terie.    Voici  fes  termes  :  Nous  pourrions 
en  dire  autant  du  fameux  Doéleur ,  Frère 
Lope  de  Véga,  Religieux  Ejpagnol,  le  plus 
grand  Comédien  de  la  terre  :  qui  ne  fe  défit 
peut-être  pas  entièrement  de  fes  habitudes: 
mais  qui  tâcha  du  moins  de  les  régler,  ou 
de  les  réformer  par  des  Ouvrages  de  pieté* 
Je  pardonne  à  Mr.  Baillée  d'avoir  ignoré 
que  Comœdus  (Tonifie  un   Comédien  ,  & 
que  Comicus,  fubttantif,  fignirie  un  Poè- 
te  Comique.     Mais  je  ne  lui  pardonne 
pas  la  faute  de  Jugement  qu'il  a  faite,  en 
refant  monter  fur  le  Théâtre  un  Religieux  J*r-  Bli11*' 
du  Tiers  Ordre  de  S.  François,  un  Doc-  te°snCçs  qua" 
teur ,  un   Prêtre,  un   Gentilhomme,  &  lirez  à  Lo- 
un  Chevalier  de  Malte.  pcdeVcga, 

Voilà  l'homme  qui  eft  venu  juger  les 
vivans  &  les  morts.  Il  n'eit  point  vrai, 
au  relie,  que  Lopé  de  Yégaait  été  Reli- 
gieux. 11  eft  vrai  que  Nicolas  Antonio 
dit  de  lui ,  Tertit  quoque  Ordinis  Santfi 
Francijci  Regulam  profeffus.  Mais  cela 
ne  veut  pas  dire  qu'il  ait  été  Religieux  du 
Tiers  Ordre  de  S.  François ,  mais  ce  qu'on 
B  3  de. 


gp        Anti-Bail  let.  P.  P. 

appelle  en  Efpagnol  Tercero.  C'euVà-dire, 
de  la  Congrégation  de  S.  François.  En 
Efpagne  la  plupart  des  gens  mariez  &  de 
qualké,  font  de  cette  Congrégation.  Et 
quand  Lopé  a  pris,  au  titre  de  quelques^ 
uns  de  fes  Livres,  la  qualité  de  Freyîe , 
cela  ne  veut  pas  dire  Frayle:  qui  en  le 
nom  qu'on  donne  aux  Môkies  en  Efpa- 
gne :  mais  un  Eccléiîaftique  d'un  Ordre 
Militaire.  Lopé  de  Véga  étoit  Eccléfias- 
tique  de  l'Ordre  de  S.  Jean.  Mr.  Baillet 
nTa  pas  la  cette  differance  entre  Freyîe  & 
Frayle. 

Il  me  refle  à  ajouter,  que  Lopé  de  Vé- 
ga n'ignoroit  pas  les  règles  du  Théâtre. 
Ce  qui  paroit  par  la  Comédie  UGuante  de 
Doîia  B  lança  \  intitulée  autrement,  Quatt- 
do  Lofe  quiere\  &  qu'il  a  intitulée  de  la 
forte,  pour  faire  voir  qu'il  ût  pu  toujours 
écrire  régulièrement  s'il  ût  voulu.  Et  ainfi 
on  peut  dire  de  lui  ce  que  Sénéque  le  Père 
a  dit  d'Ovide;  Non  ignoravit  vitia  fua  ,fed 
amavit.  Et  à  ce  propos, je  ne  puis  m'em- 
pêcher  de  rapporter  ici  cet  endroit  de  fcn 
Arte  nuevo  de  bazer  Cowedias  en  ejïe  tïcmpo< 

Verdad  es ,  que  yo  ht  efcrlto  algunas  vez.es. . 

Siguiendo  el  arte  que  conocen  pocos. 

Mas  luego  que  falïr  por  oira  parte  ,- 

Ve$  Us  monflrues  de  apparencïas  llenos, 

A  donde  acude  el  vulgo ,  y  las  mugtres , . 

Que  ejle  trifle  exercïào  canonizan , 

A  aquel  habito  barb.iro  me  buelvo  ; 

T  quando  ht  de  efcriv'ir,  una  Ççmedia , 

En* 


Anti-Baillet.  P.  I.         Ji 

Encierro  los  precetos  cen  fty  llaves  : 
Saco  a  Terencio ,  y  Plaut» ,  de  mi  efludi». 
Para,  que  m  me  den  voz.es ,  que  fuelt 
t)ar  gritos  la  verdad  en  libros  muthos. 
y  efcrivo  pvr  el  arte  que  inventaron 
Los  que  el  vttlgar  aplaufo  pretendieren: 
Porque  como  las  paga  el  vulgo ,  es  jujl* 
Mablarle  en  nech  t  para  darle  gujio. 

Voyez  de  plus  ci- deflb us  ch.  $s* 
VI  IL 

Ignorance  de  Mr.  Bail  Ut  touchant  la  Lan* 
gue  Italienne, 

MOnfieur  Baillet  fait  de  l'Ita- 
lien: mais   il   ne  fait  pas   l'Italien. 
Cette  Remarqué  le  va  faire  connaître  ; 

A  la  page  388.  de  fon  premier  Tome, 
il  appelle  Lilius  Gyraldus  Le  Gyraldi ,par 
un  i  Grec.  La  Langue  Italienne  n'a  point 
d'i  Grec.  Et  c'eft  pourquoi  Meffieurs  de 
Reu,  du  nom  de  Gondi ,  n'ont  pas  û 
raifon  d'écrire  leur  nom  par  un  i  Grec:'  pagef$ 
dont  j'ai  fait  demeurer  d'accord  Mr.  le 
Cardinal  de  Reu  :  comme  je  l'ai  remar- 
qué dans  la  Vie  de  Pierre  Àyrault  Lieute- 
nant Criminel  d'Angers.  Sed  &Joanner 
Francifçus  Paulns  Gandins , Car  âtnalis  Ra- 
defianus ,  Gondii  nomen  per  y  femper  ferip- 
fit  :  quemadmodurn  &  pater  ejus ,  C5*  avusy 
C£f  patrui\  donec  monitus  à  me  fuit,  prê- 
ter rattonem  id  fieri  ;  cum  Italid  ejjent  o- 
B  4  riu** 


3a         Anti-Ballet.  P.  I. 

riundi  Gondii  ;  Italie  a  autem  Lingua  eam 
liieram  non  haberet.  Nunc  vero  cum  ita 
feribat  ut  fribendum  fuit ,idcircone  alterïus 
fam'tl'tœ  dicetur  quam  pater  ejus ,  ç^  avus, 
&  patrui  fuere  ?  Minime  fane. 

Aux  pages  107.  &  12?.  du  To- 
me IL  Part.  I.  &  aux  pages  130.  ijï. 
15-4.  160.  231.  du  Tome  II.  Part.  IL 
&  Part.  III.  du  même  Tome,  pag.  44. 
393.  404.  580.  il  appelle  Giovan  Vit- 
torio  de'  RofTi  Le  Vittorio  de'  Rojfi  & 
à  la  page  125-.  Tome  IL  première  Partie  il 
l'appel  le  Jean  Vincent  le  Roux.  Et  ailleurs 
il  l'appelle  Jean  Viéior  le  Roux.  Premiè- 
rement ;  il  s'appeloit  le  Rouge  ,  &  non 
pas  le  Roux  :  comme  il  paroît  par  fon 
nom  Latin  Erythrœus  :  Joannes  Viéîorius 
Erythraut:  qu'il  a  tourné  de  la  forte  en 
Latin  à  l'imitation  deNicolausErythrœus, 
Auteur  de  l'Indice  fur  Virgile  ,  un  des 
plus  favans  hommes  d'Italie;  qui  s'appe- 
loit auïïï  Le  Rouge.  Puto  ego  iftum  ejje 
ex  familia  Rubeorum  ,  five  de  Roffi ,  quee 
ijlhic  honeftijjima,  C23  à  Senatus  Secretis% 
dit  Ottavio  Ferrari ,  ProfciTeur'célebre  de 
Padouë  ,  dans  une  de  fes  Lettres  au  Sei- 
gneur Daniel  Juftiniani,  Sénateur  de  Ve- 

nife, 

^J  t.  Nous  ne  mettions  point  autrefois  l'article 
devant  les  noms  propres  Italiens,  &  cette  coutume 
s'eft  confervée  à  l'égard  de  Machiavel  parce  que 
cet  Auteur  ayant  de  tout  tems  été  fort  commun 
parmi  nous  on  s'eft  fait  une  habitude  de  prononcer 
fon  nom  fans  article  comme  originairement  on  le 
prononçoit.  Il  en  eft  ainiî  de  Pétrarque  8c  de  Bo- 
cace  dom  les  noms  par  la  même  raifon  s'écrivent 
plutôt  fans  l'amcle  qu'avec  l'article.    Qui  a  jamais 

ouï 


Anti-Baillet.  P.  L  33 
nife,.  en  parlant  de  ce  Nicolas  Erythrée. 
Le  mot  italien  Rojfo ,  dans  là  plus  ordi- 
naire lignification,  fignifie  rouge.  D'ail- 
leurs, Vittorio  étant  un  nom  de  batême, 
il  n'y  faut  point  d'article.  Les  Italiens 
mettent  des  articles  devant  les  noms  de 
famille  :  mais  ils  n'en  mettent  point  de- 
vant les  noms  de  batême.  Ils  difent  Tor- 
quato  "Tajfo^Giovan  Batùfta  Guarini ,  .P/>- 
troBembo,  Lodovico  Ariofto:  mais  ils  ne 
difent  point,  il  'TorquatoTaffo ,  il  Giovatz 
Batùfta  Guarini,  il  Pietro  Bembo,  tl  Lo- 
dovico Ariofte;ôc  en  traduîfant  leurs  noms- 
en  François  ,  nous  fuivons  cette  règle. 
Nous  difons  Le  Tajfe,  Le  Guarin,  Le 
Bembe,  V Ariofto:  &  non  pas,  Le  Tor» 
quat  Tajfe,  Le  Jan  Battifte  Guarin,  Le 
Pierre  Bembe ,  Le  Louis  Ariofte.  Il  faut 
excepter  de  cette  règle  le  nom  de  Àlacbia- 
vel.  On  ne  dit  point  Le  Machiavel  (i)z 
ou  du  moins  on  ne  le  dit  guère.  Il  faut 
encore  en  excepter  le  nom  de  Pétrarque^. 
&  celui  de  Bocace,  &  celui  de  Sannazar, 
&  celui  de  Politien.  On  dit  inditferam» 
ment  Pétrarque  &  le  Pétrarque  ,  Bocace 
&  le  Bocace,  Sannazar  &  le  Sannazar, 
Mr   de  Balzac  dit  ordinairement  Le  Pe- 

trar- 

OUÏ  dire  les  Sonnets  du  Pétrarque?  Le  De'cume'ron  àt* 
Bocace!'  Oi  ne  dit  pas  non  plus  le S*nnazAY)  en  par- 
tie par  cette  raifon,  en  partie  à  caufe  de  fes  Ouvra- 
ges Lat:ns  par  lefquels  il  cft  pour  Je  moins  autant 
connu  que  par  fes  Ouvrages  Italiens,  &  je  m'eton- 
ne  que  M.  Ménage  permette  de  dire  le  S<*nnaz_ar\9 
lui  qui  ne  veut  point  abfolument  qu'on  le  dife  pag. 
529.  de  la  t.  paît,  de  fçs  Obfervations  fm  IzLAnga^ 
Fiiàflcoifc. 


54        Anti-Baillet.  P.  R 

trarque,  &  Mlle  deScudéri,  Pétrarque', 
Pétrarque  &  Sannazar  font  aujourd'hui 
les  plus  ufités.  Mais  on  ne  dit  que  Pc- 
litien  ,  &  la  raîfon  pour  laquelle  on  ne 
dit  que  Poli  tien  ,  eft  que  cet  Auteur  ne 
nous  eft  guère  connu  que  par  Tes  Ouvra- 
ges Latins.  Et  à  ce  propos  il  eft  à  remar- 
quer, que  nous  ne  mettons  point  ordinal 
rement  d'article  devant  les  noms  de  Fa- 
mille des  Auteurs  Italiens,  qui  n'ont  é- 
crit  qu'en  Latin  ,  ou  qui  ne  nous  font 
connus  que  par  leurs  Ouvrages  Latins. 
A  l'égard  de  Dante  (i),  comme  c'eft  un 
nom  de  batême,  &  non  pas-un  nom  da 
Famille,  il  faut  toujours  dire  Dante,  Et 
ceux  qui  difent  il  Dante  en  Italien  ,  &  le 
Dante  en  François,  ne  parlent  pas  régu-> 
liérement. 

Pour  revenir  à  nôtre  Vïttorio  de  Rofîl  -s 
cet  Auteur  s'appelant  Jan  Vider  en  ion 
nom  de  batême,  il  faut  donc  l'appeler  en- 
François  Jan  Vittorio  de  RoJJi  (2)  ,  & 
non  pas  Le  Vittorio  de  RojJi  :  dont  j'avois 
averti  Mr.  l'Abbé  de  Santeuil ,  afin  qu'il 
en  avertît  Mr.  Baillet;  ÎH'en  a  averti; 
&  Mr.  Baillet  s'eft  corrigé  de  cette  faute 
en  quelques  endroits  de  fes  derniers  To- 
mes, je  remarquerai  ici  en  paiTant  qu'à 
l'Imitation  de  Gîovan  Vittorio  Roffi,  qui 
a  rendu  fon  nom  en  Latin  Jaxus  Niciiti 

Ery~ 

^  t.  Volaterran  livre  21.  dit  que  l'Italien  Dante 
eft  corrompu  de  Durante.  Dantes  PohtaFlorentinus ,  è 
lente  xAlahtti&%  Durantes  ab  initio  locatas  ,  intercif» 
deinde ,  «r  fit  in  pueris  vtcAbulo. 

%  z.  Si  J*n  Vittorio  eft  le  nom  François  en  quel- 
le Langue  donc  dit-on  J*n  Yifl«r?  Ce  fl'dt  pas  ea 


A  N  T  I  -  B  A  I  L  L  É  T.   P.  I.  ff 

Ërytbrœus,  Gomberville,  de  l' Académie' 
Françoife  ,  qui  s'appeloit  Marin  en  fon 
nom  de  batême&  le  Roi  en  fon  nom  de  Fa- 
mille, s'eft  appelé  de  même,  autour  de  fa 
Tailledouce,  ThalaJJius  Bafilides. 

Autre    erreur    de  Mr.  Bail  le  t  dans  là 
Langue  Italienne.    Mr.  Baillet  dit  à  là 
page  15-5".  du  premier  Tome '.Un  permet- 
tre au  nombre  des  premiers ,  tous  ces  ridi- 
cules [crapuleux ,  qui  rfofoient  lire  PEcr;~> 
ture  Suinte  de  peur  de r  gâter  leur  beau  La- 
tin: ceux  qui  empe  choient  leurs  amis  de  lire 
les  Epi  ire  s  de  S.  Paul  pour  le  mêmefujet: 
non  contens  de  ne  les  pas  lire  eux-mêmes , 
&  qui  les  traitoient  de  petites  Lettres  de 
néant.     Et  il  meta  la  marge  de  ces  der- 
niers mots  ,  epijljlaccias.     Si  Mr.  Baillet 
fàvoît  l'Italien  ,   il   fauroit   que  tous  ces 
mots  Italiens  terminez' en  accio,  baccia, 
Cbiefaccia,  capcllaccio%  cavalaccio,  librac- 
rio,  &c.  font  des  augmentatifs  :  &  quV- 
pifiolaccia ,  ou  plutôt  piftolaccia,  (car  on 
ne  dit  plus  epiflola)  fignifie  une  grande  vi* 
lame  Lettre.     Mr.  Baillet,  comme  je  l'ai 
àé\ï  remarqué  pluileurs fois, eft  un  Copine 
dé  CopiiTe.  H  cite  pour  fon  garand,  Koiii- 
gîus  dans  fa  Bibliothèque  ancienne  &  nou- 
velle, qui   cite   Scipio  Gentiîis  dans  fon 
Commentaire  fur  l'Epitre  de  St.  Paul  à  Phi- 
k'mon.    Mais ,  ni  Konigius,  ni  '  Scipio 

Ger** 

Latin ,  il  faudroit  Jiannes  Vifior.  Ce  n'eft  pas  en  - 
Italien, il  faudroit  Qi*n  ou  Civz-an  Viitere.  Ce  n'eft 
pas  en  François,  pu'.fque,  fclon  M.  Ménage»  c'èft 
Jén  Vittorio  qui  eft  le  nom  François  &  noû  pas  J*ii 
Vicier.  11  y  a  fans  doute  jci  de  l'embarras.  Viilt* 
rini  d'âiJkiis  et  VOitr  lent  deux  Saifiis-di^içc^ 

B  6 


$6        Anti-Baillet.  P.I. 

Gentilis,  ne  parlent  point  de  petites  Let- 
tres. Voici  les  termes  de  Konigius  :  De 
piet.Je  hominis  ;  il  parle  du  Cardinal  Bem- 
bo  ;  ex  hoc  faéïo  judica  :  quando  amico  a- 
liquando  auéior  fuit ,  ne  Epifîolas  S.  Pau- 
li  ,  qnas  contemptim  Epiilolaccias  appella- 
bat  ;  attingeret:  vel  fi  cœpiffet  légère,  de 
manibus  abjiceret  ;  fi  elegantiam  fcribendi 
&  eloquentiqm  adamaret:  quemadmodum 
laudatus  Scipio  commémorât  (i).  Voici 
ceux  de  Scipio  Gentilis  :  qui  font  du  cha- 
pitre 1 y.  Nam  quid  de  Petro  Bembo  di~ 
cam"\  Is  quidem  Epifîolas  omnes  Pauli pa- 
lam  condemnavit  :  eafque  y  deflexo  in  con- 
tumeliam  zwcabulo,  Epiilolaccias  efl  anfus 
appel/are  :  cum  amico  audor  effet ,  ne  Mas 
attingeret  ;  Tel  fi  cœpiffet  légère  y  de  mani- 
bus abjiceret  ,  fi  elegantiam  fcribendi  & 
eloquentiam  adamaret.  Ce  qui  a  fait  croire 
à  Mr.  Baillet  qu'Epiflolaccia  vouloit  dire 
une  petite  épître,  c'eft  que  l'Epure  de  S. 
Paul  à  Philémon  eft  fort  petite,  c'eft  la 
fource  de  &  bévue". 

IX. 

Erreur  de  Mr.  Baillet  touchant  un  pafjage 

de  Gerfon  ,    ou  il  efl  fait  mention  de 

Rabbi  Mofes ,  fils  de  Maimon. 


M 


Onfïeur  Baillet.    C 'efl  ce  qui  a 
porté  Gerfon  à  mettre  au  nombre  des 

igno- 


%  1.  Cet  ami  qu'on  dit  que  le  Cardinal  Bembe 
vouloit  détourner  de  lire  St.  Paul  étoit  Jaques  Sa- 
dolet  qui  travaillent  en  cetems-'à  fur  PEp-.tre  aus 
B»Qruaius,    Ni  Tua  ai  i'iUîis  û'çtoit  alejs;Caidi- 


Anti-Baillet.  P.  I.         37 

ignorans  Critiques  ceux  qui  n'étaient  habi- 
les qtCen  une  forte  de  fctence  :  parce  qu'il 
efi  difficile  qu'un  ne  trouve  à  examiner  que 
des  chofes  dïune  même  efpéce  dans  un  Li- 
vre. Et  il  prétend  que  c,efl  avec  raifon  que 
Galien  ,tout  bon  Critique  qu'il  et  oit  en  cer- 
taines chofes  r  fut  raillé  par  un  R  ùin  ^tom- 
me Moife ,  pour  s'être  mêlé  de  porter  f on 
"Jugement  fur  ce  qui  étoit  hors  de  fa  fphére, 
&  qui  paffoit  Ces  connoiffances. 

Ménage.  Ce  conte  de  Gerfon  eft 
un  conte;  c'eft-àdire  ,  une  pure  fable. 
Car  comment  Rabbi  Moïfe  auroit  il  pu 
railler  Galien,  puifqne  Galien  &  lui  n'ont 
pas  vécu  en  même  tems.  Galien  vîvoit  fous 
Marc  Auréle  qui  eft  mort  en  180.  Et  Rab- 
bi Moïfe,  Juif  Efpagnol  fils  de  Maimon, 
d'où  il  a  été  appelé  Rambam ,  des  Lettres 
initiales  de  fon  nom  Rabbi  Mofes  Ben 
Maimon ,  (c'eft  -  à  -  dire ,  Rabbi  Moïfe ,  fils 
de  Maimon)  naquit  à  Cordoué"  en  113T. 
félon  l'opinion  commune,  &  il  mourut 
en  Egypte  l'an  de  l'Hégire  605".  &  de  nô- 
tre Seigneur  1 209.  Car  il  ne  faut  pas  douter 
que  ce  que  dit  ici  Gerfon  de  Rabbi  Moïfe, 
ne  doive  s'entendre  du  Maimonide.  Rabbi 
Moïfe  appelé  Moife  de  Gironde,  de  fa 
patrie  ou  de  fa  demeure  de  Gironde  ,  & 
Rabbi  Moïfe  fils  deNachman,  étant  des 
hommes  obfcurs  en  comparaison  de  nô- 
tre Maimonide  :  duquel  on  a  dit ,  à  Mofe 

ad 

nal.  Voicz  Vi&orinus  Strigelius  fur  le  Jfeaume  4. 
pag.  30.  ôc  Melander  qui  le  cite  r.h.  134.  de  fon 
Jico-rerin.  Ces  petits  contes  cependant  me  font  ua 
peu  fufpe&s  venant  de  la  part  des  Protcûans* 


gS  Aktî-Baillet".  P.  B 
ad  Alofcn  non  furrexit  fie  ut  Mofes.  Oc- 
toit  en  effet  un  des  plus  favans  hommes 
de  fon  tems,  C'étoit  un  grand  Phi'ofo- 
phe,  un  grand  Médecin,  un  grand  Juris- 
confulte,  &  un  grand  .Mathématicien  :  & 
qui  au  jugement  de  Scaliger  &  de  Cafau- 
bon  ,  eft  le  premier  des-  R-abbins  qui  a 
ceifé  de  dire  des  badincries.  Ht  iî  Mr. 
Baillet  avoit  û  l'honneur  de  le  connoître, 
il  n'auroit  pas  dit  en  parlant  de  lui,  un 
Rabbin*,  nommé  Moife.  Ce  qui  me  fait 
fouvenir  de  ce  Provincial,  qui  difoit  i.n 
nommé  Tîirenm. 

Du  relie,  le  Sr.  Faret,  de  l'Académie 
Françoife  ,  étoit  allez  de  l'avis  de  nôtre 
Rabbin ,  ayant  écrit  dans  fon  Honnête 
Homme  ,  qu'il  vaut  mieux  être  fuperfl- 
cieîlemcnt  imbu  de  plulîeurs  chofes,  que 
d'en  favoir  une  feuîe  à  fonds  :  un  homme 
qui  ne  fait  parler  que  d'une  chofe,  étant 
obligé  de  fe  taire  trop  fouvent. 

J'avoîs  fait  cette  Remarque  contre  Ger- 
fon,  lorfque  m'étant  tombé  dans  fefprit 
que  Mr.  Bailletpourroit  bien  n'avoir  pas 
entendu  le  paffage  dé  Gerfon,  je  fus  con-^ 
fuiter  l'original  :  Et  je  trouvai  en  effet  que 
Gerfon  ne  difoit  rien  moins  que  ce  que 
Mr.  Bailler,  lui  faifoit  dire.  VoicMes  pa- 
roles de  Gerfon  :  Fuit  'Gaïemts  in  arte  fua 
feritiffimns  MedÀcin-c.  Ce  qui  veut  dire, 
que  Galien  étoit  excellent  Médecin  Pra- 
ticien ;  &  non  pas,  comme  Mr.  Baillet 
l'explique,  bon  Critique  en  certaines  cho- 
fes. Memtni  dum  pueruîus  fi'udcrem  ïrt 
Artibus ,  ipfutn  der'ifum ,  quia pofuit  quar- 
tam  figurant  in  f)  llogi[mi$%    Mittit ,  in~ 

quiuflty 


Aïnti-Ba-illet.  P.  L  q 
fiflunt  ,  falcem  in  meffem  aliénant ,  quia 
non  Logicns  ,  fed  Aledicus  eft.  Remar- 
quez que  ce  ne  fut  pas  Rabbi  Moïfe  qui 
fe  moqua  de  Galien.  Gerfon  ajoute:  Lo* 
quitur  adverfus  Galenum  Rabbi  Moyfes 
medicut:-ct  Rabbi  Moïfe  ctoit  Médecin 
du  Roi  d' Egypte:  quia prœfnmens  de  f ci  en- 
ùa  Mediiinxe  ,  prœfurnpfit  confequenter  de 
multis  :  tanquam  Ma  fient  Medicinam  cog- 
ret  :  tn  quibus  ipfunt  errajfe  notavit. 
Etbic  errer  familiaris  efl  admodum  fapien- 
tibus  bujusféeculi:  qui  du*»  Je  vident  bond; 
rari pro  aliqua  fcientia\  fit  Legumjit  Ca- 
nonum,  fit  induftriœ  mundialis  y  laxant  fa- 
ciliter ora  de  fermonibus  quos  nefciunt\  ut 
de  Theologia  :  quafi  verecundarentur  ali- 
qjtid  ignorare.  Où  eft-il  dit  en  ce  paiTaga 
que  Galien  fut  raillé  par  Rabbi  Moïfe? 
Il  y  efl  dit  feulement  que  Rabbi  Moïfs 
biâmoit  Galien  de  ce  que  fâchant  la  Mé- 
decine, il  croyoit  favoir-  une  infinité  d'au- 
tres chofes.  Loquitur  autem  adverfus  Ga* 
lenum  Rabbi  Moyfes ,  Medicus ,  -  quia  prœ- 
fumens  de  feientia  Medicinœ  ,  prœfumpfit- 
confequenter  de  multis.  On  peut  blâmer 
une  perfonne  après  fa  mort.  Mais  quand 
on  dit  qu'un  tel  fut  raillé  par  un  tel  ,  cela 
emporte  îa  préfence  du  railleur  &  du  rail- 
lé: ou  du  moins  l'exigence  de  l'un  &  de 
l'autre  en  même  tems.  Ce  qui  a  trompé 
Mr.  Baillet,  c'eft  que  Gerfon  s'étant  ex- 
primé par  le  prêtent^  loquitur  autem  ad- 
verfus Galenum  Rabbi  Moyfes  ,  il  a  cru 
que  Galien  &  Rabbi  Moïfe  étoient  con- 
temporains. 


40        Anti -Baille T.-  P.  E 
X. 

Le  Livre  des  Allégories  d'Homère  attribue 

■par  Mr  Bail /et  àHéracl  des  Ponticus , 

n'eft  point  £  Héraclide  s  Ponticus, 

MOnfieur  Baillet  àlap3ge  35-8.de 
fon  fécond  Tome,  Fart.  III.  parlant 
des  Traductions  de  Conrad  Gefner,ditque 
Conrad  Gefner  a  traduit  le  Livre  des  Al- 
légories £  Homère  par  Héraclide  du  Pont. 
Il  faut  dire  Héraclide  d*  Pont.  Mr.  Bail- 
let a  fait  la  même  faute  en  plufieurs  autres 
endroits  de  fon  Livre. 

Ce  I livre  n'eft  point  d'Héraclidés  Pon- 
ticus ,  quoiqu'il  foit  imprimé  fous  fon 
nom.  Je  l'ai  montre  dans  mes  Obferva- 
tions  fur  Diogéne  Laërce ,  à  l'article 
d'Héraclides  Ponticus.  Voici  ma  Remar- 
que: Exilât  hodte  fub  nowine  Heraclidis 
Pontici  liber  'AMvjycp/«i  'O^pMctt  inferip- 
tus ,  &  q  tient  Gefnerus ,  qui  eum  vertit , 
noflri  Heraclidis  Pontici  genuinum  ejfefœ- 
tum  ex::fiimat,  atque  olim  Avcsuv  'O/z.vjp*- 
X«v  inÇcriptum  ,  fed  omnino  eum  falli  cons- 
tat :  Jiquidem  in  eo  libella  mentio  fit  multo- 
rum  ,  qui  pofi  Heraclidem  Ponticum  vixe- 
runt  :  Arati ,  Callirnacbi ,  Apollodori ,  Cra- 
tetis  ;  &  Herodici,  Cratetis  difcipuli ,  £5* 
aliorum.  Fuit  alter  Heraclid.es  Ponticus , 
qui  Caii,  Claudii ,  &  Neronis  temporibus 
lixii  :  de  quo  Suidas  in  'Avréçoeç,  &  in 
'Hpay.Xsl^ç.  C53  tertius  Hijïoricus  ,  cujus 
meminit  Stephanus  in  'Oovjzqç.  Secundi 
iiliîiS)  vel  Tertii,  Heraclidas  Pontici    effe 

iilu'ûi 


Anti-Baillet.  P.  I.        41 

illum  librum  cui  titulus  '>KKhv)yoplcti  'O/jlvj- 
p/x«/,  exiflimabat  Vojfius.  Ex  Bibliolhe- 
câ  Vaticand.  prodiit  nuper  ,  opéra  Leon'ts 
Allatii  ,  Heracïiti  cujufdam  libellas  Ylspl 
ùtt/çcov  infcriptus.  Exiflimabat  vero  vir 
ille  dodus ,  non  alium  effe  Heraclitum  /'/- 
lum  ab  Auéiore  Allegoriarum  Homerica- 
rum.  Idem  &  Lucœ  Holftenio  videbatur ; 
qui  osf  ipfe  ad  Porphyrium  ,  in  Vita  Py- 
th agora  ,  tefiatur  ita  hune  Allegoriarum 
Scriptorem  appellari  ab  Euftathio  adlliados 
alpha:  neenon  in  quibufdam  harum  Aile' 
goriarum  feriptis  Codicibus. 

'  Mr.  Bigot  a  quelque  penfée  que  le  Li-  di§%*gftim 
vre  des  Erreurs  d  Ulyfïe,  intitule  'Lx/ta-  caxio  z„;r. 
fLoç  Aiv,yy(jiç  itç  Tàçytaù^Ofiypov  nhcivctç  rë  rares  viyffit 
'OÏvcfféuç  llstûù  rlvoç  Qeupittç  yÛMurépctç  oà^e*  Ho" 
QiXQKOvvfieLGu. ,  &  publié  2  Haguenau  en  conteMpu- 
1^31.  par  Opfopœus ,  eft  de  ce  même  »»»«  w«r4/i 
Heraclite.  ***** 

XI. 

Fauffe  aliénation  de  Mr.  Baillet  du  Livre 
de  Mr.  Huet  de  Claris  Interpretibus. 

MOnfieur  Baillet.  Lipfe  avoit  une  „  Tom«  2» 
j  t       *»  >  /  /    /•  /  Partie  2. 

demangeaijon  plus   qu  échouer e  pour  _a„  I$_ 

faire  paraître  qu'il  favoit  du  Grec  :  &   il 

faifoit  gloire  d'en  inférer  fouvent  parmi  fon 

Latin.  En  quoi  il  e[i  blâme' avec  beaucoup 

de  jufiiee  par  Cafaubon  :  c'efî -à- dire  par 

Mr.  Huet  :  quoique  cette  bigarrure  parût 

belle  aux  yeux  de  plufieurs  dans  le  tems  de 

la  nouveauté. 

Ménage.  Il  devoit  dire  ,  en  quoi  il 

m 


4*        Anti*  Baillet.  P.  ï. 

a  été  blâmé,  puis  qu'il  ajoute,  quoique  cet* 
te  bigarrure  parût  belle.  Mais  il  n'eft  pas 
ici  queition  de  fautes  de  Langue.  J'en 
traiterai  dans  un  Chapitre  à  part,  où  je 
ferai  voir  qu'il  y  en  a  plus  de  cinq  ou  fix 
cens  dans  les  quatre  premiers  volumes  de 
Mr.  Baillet.  14  eft  queftion  de  faulTe  cita* 
tion.  Cafaubon  ne  dit  rien  de  femblable 
de  Lipfe  dans  le  Dialogue  de  Mr.  Huer. 
Et  Mr.  Huet  auroit  û  grand  tort  de  faire 
blâmer  Lipfe  par  Cafaubon  pour  ce  mé- 
lange de  Latin  &  de  Grec  ;  puifque  c'é- 
toit  le  défaut  dont  on  accufoit  Cafaubon  ; 
comme  Cafaubon  le  témoigne  lui  -  même 
dans  fa  première  Exercitation  contre  Ba- 
ronius.  Voici  fes  termes:  Quod  Latinis 
Grceca  immifceam  :  Il  parle  d'Eudœmon 
Johannes  ,  Candiot  Jéfuite-,  qui  Pavoit 
blâmé  de  cette  bigarrure  :  Novum  crimen, 
Cale  Ccefar.  Nolo  eruditorum  noftri  fœcu- 
li;  T'urneberum ,  Lipjiorum  ,Scaligcrorum% 
exemplo  fa£tum  tuer'u  Nolo  Panigarolcc 
Conc'tones  in  médium  afferre.  "Taceo  mo- 
rem  multïs  àlits  Conclonatoribu*  partiurd 
Romanarum  ho  die  ufurpatum  ;  qui  apud 
indodam  plebeculam  Latina,  Grœca  (ali- 
quando  &  Hebraïcaj  recitant  fepe  :  Laii- 
na  prœfertim ,  fine-  interpretatione.  Certè 
eh  m  Cicero  ad  Poœponium'  Atîicum ,  Grce- 
cJ  doSium  %.ita  fcripfit , ut  ego  ad  Front o-- 
nem  Ducœw.n ,  Grœci  Çermonis  intelligen- 
tem.  Mr.  Manjot,  très-célébre  &  très* 
favant  Médecin  de  Paris,  qui  mêle  ainri- 
beaucoup  de  Grec  parmi  le  Latin  ,  s'en 
excufe  aulîi  par  l'exemple  de  Cafaubon, 
Tout  cela  faitvoir  que  Mr.  Baillet  n'a  ja- 
mais- 


ânti-Baillet.  P.  1.  43 
mais  lu  les  Ouvrages  de  Cafaubon,  & 
qu'il  a  lu  avec  peu  d'attention  le  Dialogue 
de  Mt.  Huet  de  Claris  Interpretibus. 

XII. 

//  n'efi  point  vrai  que  les  Oeuvres  de  Quin- 
tilien ayent  été  trouvées  far  le  Pogge 
Florentin  dans  la  boutique  d'un  Char- 
ctitier, 

MOniïeur  BAiLLET5page34f.de  fa 
1.  Partie  du  2.  Tome:  Pauljove  té- 
moigne qu'on  eft  particulièrement  obligé  au, 
Pogge  de  Florence  d'avoir  déterré  &  mis  au 
jour  les  Livres  de  Cicéron  de  Finibus  ,  & 
deLegibus:  cjf  A?  Quintilien^  qu'il  fauva 
de  la  boutique  d'un  Charcutier. 

Ménage.  Il  eft  vrai  que  Paul  Jov* 
a  écrit  que  le  Pogge  avoit  trouvé  les  Oeu- 
vres de  Quintilien  ,  &  qu'il  les  avoit  trou- 
vées dans  la  boutique  d'un  Chaîrcutier  ou 
Charcutier;  car  on  dit  l'un  &  l'autre, 
quoiqu'on  ne  dife  que  charcuter.  Mais 
cette  dernière  particularité  n'eft  pas  véri- 
table. Ce  fut  dans  le  fonds  d'une  tour 
du  Monaftére  de  S.  Gai  que  le  Pogge 
trouva  ce  tréfor.  14  le  témoigne  lui- 
même  dans  une  de  Tes  Lettres  à  Guérln 
de  Vérone,  écrite  le  17.  de  devant  les 
Calendes  de  Janvier  de  l'année  1417.  & 
datée  de  Confiance,  où  il  fe  trouvoît  a- 
lors  au  fujet  du  Concile.  La  Copie  de 
cette  Lettre  fe  trouva  à  la  tête  d'une 
Copie  du  Quintilien  trouvé  par  le  Pog- 
ge- Laquelle  Copie  de  Quintilien  pa- 
raît 


44         Anti-Baillet.  P.  I. 

roît  avoir  plus  de  200.  ans.  Et  cette  Co- 
pie, qui  étoit  de  la  Bibliothèque  de  Mr. 
Heinfîus;  comme  il  paroît  par  ces  termes 
de  la  page  f.  de  la  2.  partie  du  Catalogue 
de  cette  Bibliothèque,  imprimé  à  Leyde 
en  1682.  Quintiliani  Inflttutiones  Ora- 
torio MS*.  è  Bibliotheca  Monafterii  Sanc- 
ti  Galli  à  Poggio  Florent  i  no  erut<t  ;  eft 
aujourd'hui  dans  celle  de  Mr.  Colbert 
de  Seignelay  ,  nombre  1217.  où  le  la- 
vant &  l'obligeant  Mr.  Baluze  me  Ta 
fait  voir.  Voici  les  termes  de  cette  Let- 
tre Ci)  qui  regardent  cette  particularité: 
Efl  autem  Monafterium  S.  Galli  prope  ur- 
bem  bine  mil.  pas.  viginti.  Itaque  nonnul- 
li\  animi  laxandi,  &  fimul  perquirendo- 
rum  librorum  ,  quorum  magnus  numerui 
ejfe  dicebatur ,  gratin ,  eo  perreximus.  Ibi 
inter  confertijjimam  librorum  copiam ,  quos 
.longum  ejjet  recenser e ,  Quintilianum  com- 
.perimus,  adhuc  falvum  &  incolumem ,  plé- 
num tamenfitu  &  pulvere  jqualentem.  £- 
rant  enim  non  in  "Bibliotheca  l'tbri  illi  ;  ut 
eorum  dignitas  poftulabat  ;  fed  in  teterrimo 
quodam  £9*  obfcuro  carcere  :  fundo  feilicet 
wnius  turris  :  quo  ne  capitales  quidem  rei 
damnât i  retruderentur. 

Léonard  Axétin,  dans  une  de  fes  Let- 
tres au  Pogge,  qui  eft  la  4.  du  Livre  4.  de 

fes 

%  t.  Le  T.  Mabillon  pag.  z\  r.  de  Ton  Iter  Itali- 
eum  imprime  en  1687.  &  que  par  confequent  M. 
Ménage  pouvoit  avoir  vu,  cite  cette  même  Lettre  de 
loge  adrefiee  non  pas  à  Guérinde  Vctoixc,Guarinum 
Verenenfe/n i  mais  ad  Johanntm  amknm  (hum  ,  laquelle 
étoit  dans  la  Bibliothèque  Ambioiiennc  à   la  fin 


Anti-Baillet.  P.  I.  45* 
fes  Lettres,  lui  parle  de  la  de'couverte  de 
ce  tréfor  ,  en  ces  termes  :  (Juintiltanus 
prias  lacer  atque  dtfcerptus ,  cunéla  mcm» 
bra  parte  (z)  recuperavit  :  vidi  eniyn  capi- 
ta  librorum.  T'otus  eft  :  cùm  vix  nobis  mé- 
dia pars  ;  &  ea  ipfa  lacera  fupereJJ'et.  0 
iucrum  ingens  !  in/peratum  gaîid;um  !  Ego 
te ,  Marce  fabi ,  totum ,  tntegrumque  afpi- 
ciam ,  cfT  quanti  tu  mihi  tune  eris  ,  quem 
ego  quamzis  lacerum  crudeliîer  or  a,  oray 
manufque  ambas ,  populataque  temporay 
ruptts  aunbus  &  truncas  inhoneflo  z-ulnere- 
nares ,  tamen  pr opter  décorera  tuum  in  de- 
litiis  habebam.  Oro  te  ,  P°gg*  •>  fac  me 
quam  cita  hujus  defiderii  compotem:  ut  fi 
quid  humanitus  impenderit ,  hune  priùs  vi- 
deri m  quam  è  vit  a  difeedam.  Nam  de 
Afconio  quidem  &  FL:cco  ,  h  cet  uterque 
placent,  tamen  non  ufque  adeo  laborandum 
cxîflrmo  ;  quorum  fi  neuter  unquam  fuijfet, 
nihil  ferè  minus  Latinitatis  haberet.  At 
Quintilianus ,  Rhetoricce pater  eff  Oratoria 
m  agi  fier  ,  ejufmodi  eft  ut  cùm  tti  illo  diu- 
turno  ac  ferreo  barbarorum  c  arc  ère  liber  a- 
tum  hue  miferis ,  omnes  Hetrurice  populi 
gratulatum  concurrere  debea?it.  Mirorque , 
te ,  &  illos  qui  tecum  erant ,  non ftatim  in 
hune  manus  avidas  injecifie  :  quem  ego  pojl 
Ciceronis  de  Republiea  libros ,  plurimum  à 

La- 

d'un  Quintilien  manuferit.  Les  termes  de  cette  Let- 
tre ,  ne  font  pas  tout- à-fait  rapportez  de  même  pat 
Mr.  Ménage  que  par  le  P.  Mabiilon. 

^J  2.  Parte  au  lieu  de  per  te,  eft  une.  faute  qui 
fe  trouve  dans  l'édition  de  Bile  des  Epitres  de  Léo- 
nard d'Aiezzo  pag.  i^y,  &  qu'il  «oit  à  propos  de 
corrige*. 


46        Anti-Baillet.  P.  î, 

Latinis  defideratum ,  & prœcunâïs  déplora-' 
tum ,  affirmare  aufim.  Ces  paroles ,  diuturns 
ce  ferre o  barbarorum  carcere  liberatus  ,  font 
voir  que  ce  manuferit  de  Quintilien  n'a 
pasétc  trouve  dans  la  boutique  d'un  Chair- 
cutier  ,  mais  dans  quelque  Bibliothèque 
de  Moines.  Cette  Lettre  de  Léonardo 
d'Arezzo  eft  écrite  de  Florance  en  1416. 
aux  Ides  de  Septembre.  Il  me  relie  à  re- 
marquer, que  dans  la  Lettre  7.  du  même 
Livre,  écrite  au  même  Pogge,  il  y  a, 
Quint  ilianus  tuus  laboriofiffimè  emendatur. 
Perrault  a  funt  entra  innoflro  vetujlo  codice, 
quœ  addenda  tuo  lideantur:  fed  in  qu'tbus 
locis  vetuflas  deerat,  hoc  eft  infyncopis  ii- 
lis  grandi orib us  pi erij que  in  lucis  infanabilis 
morbus  eft.  J'apprens  de  la  Lettre  précé- 
dante de  Léonard  Aretîn  écrite  du  4.  des 
Nones  de  Janvier  141  $\  au  même  Pogge, 
que  le  Pogge  avoît  trouvé  en  France  des 
Oraifons  de  Ciceron  :  dont  Paul  Jove  n'a 
point  fait  de  mention.  Infuper^  ut  tu  nu- 
p.er  in  G  allia  Orationes  duas  Marci  Tull:i, 
quas  noftra  fecula  nunquam  vider ant ,  tua 
diligent i a  perquœfita^  reperijli:  fie  ego  nu- 
fer  Areti  Epiflolara  (1)  quandam  reperi , 
quâra  te  nunquam  vld'ifje  certè  feio.  In  ea 
non  fine  ftomacho  Tullius  Petrarce  refpon- 
det.  Cette  reponfe  de  Ciceron  à  Pétrar- 
que eft  une  raillerie  fur  la  Lettre  que  Pé- 
trarque a  écrite  à  Ciceron.  Et  j'aprens 
du  Pogge  dans  fon  Dialogue  de  Infelicita- 

te 

ç  t.  Après  Sic  ego  il  me  paroit  qu'il  auroit  falu 
mettre  un  &c.  qui  auroit  été  fuivi  immédiatement 
4e  ces  mots:  Et  forint  du  Fo^e  d*ns fon  L>i*>o*ne 


Anti-Baillet.  P.ï.         47 
fc?  Principum,   page  394.   qu'il  en   avoit 
trouvé  huit  en  Allemagne,  outre  leQuin- 
tilien  &  le  Columelle.     Voici  l'endroit: 
Sufcepit  hic  me  intuens  :  C'eft  Nicolas  Ni- 
colo  qui  parle  au  Pogge:  olim  diligenùam 
&  laborem  pergrandem  Alemamœ  librorum 
perquirendorum  gratta  ,    qui  in   ergaftulis 
apud  illos  reclufi  detinentur  in  tcnebris,  & 
carcere   cœco  :   qua   in  re  multitm  profitât 
Latinis  Mufis  ejus   indu/tria.     Nam    ocîo 
Citerons*  Orat.ones  ;    integrum  Quintiiïa- 
num  ;    Columellam  :  qui  antea  detrunc  ati 
&  déformes  apud  nos  erani  :  &  item  Lu- 
cretii partem:  plurefque  alios  Latine  Lin' 
gux   Auéiores  prœciaros  ,    reftituit   nobis  : 
plurâque  ex  diris  carceribus  ,quibus  v/rviti , 
ohfoleîique  opprimuntur,  cruijfet  :  ftfnt  e- 
nim  multis  vinculis  &  fiedo  carcere  abftru* 
fi,  :    nifi  frrtuna  defuijfent.     H.ec  cùm  ab 
eo  fuijfent  in  lucem  édita,  cumque  uberior , 
C55  quafi  certa  fpes  propdjita  effet  ampliora 
inveniendi ,  nunquam  poftea  aut  Princeps^ 
aut  Pontife x ,  minimum  operœ^  atit  auxi- 
lii ,  adhibuit  ,  ad  liber  an  dos  prœclarijfimos 
illos  viros  ex  ergaftulis  Barbarorum. 

J'oubliots  à  remarquer, que  le  Poccian- 
2.10  dans  Ton  Catalogue  des  Ecrivains 
Florentins ,  au  chapitre  du  Pogge,  a  écrit 
que  le  Pogge  avoit  trouvé  le  Quintilien 
dans  un  Monaftere  de  Confiance  (2).  Il 
s'ell  trompé  à  l'égard  du  lieu  du  Monas- 
tère. 

Je 

&c  parce  que  tout  ce  qui  eft  entre  deux  eft  entle're- 
ment  hors  d'oeuvre,  &  ne  fait  que  brouiller. 
%  z.  U  fuffifoit  d'avoir,  de'courcrt  en  quel  ]jcu 


48        Anti-Baillet.  P.  I. 

Je  remarquerai  ici  en  pafTant,  que  le 
Poccianzio  ,  au  lieu  allégué  ,  appelle  le 
Pogge  Poggius  Brandoltnus  \i)  :  ce  qui 
pourroit  donner  fujet  de  croire,  que  Pog- 
gius auroic  été  le  nom  de  Batême  du  l  og- 
ge,  &  Brandoltnus  fon  nom  de  famille. 
Mais  un  de  Tes  rils  tétant  appelle  lui-mê- 
me Baptifta  Poggius  à  la  tête  de  la  Vie 
qu'il  a  écrite  du  Cardinal  Dominico  Ca- 
pranica,  imprimé  dans  le  3.  volume  des 
Mélanges  de  Mr.  Baluze,  &  un  autre  é- 
tant  appelle  Jacopo  Poggio  dans  la  Lettre 
de  Sehaftiano  de  RoJJi  touchant  la  querelle 

d'en- 

Toge  trouva  le  Quintilien  fans  s'obliger  à  relever 
toutes  les  fautes  des  Auteurs  qui  ont  rapporté  au- 
trement cette  Hiftoire  Gabriel  Naudé  n'eft  pas 
bien  d'accord  avec  lui-même  fur  ce  fait.  Dans  Ion 
Avis  pour  dreffer  une  Bibliothèque,  il  veut  comme 
Taul  Jove,  que  ce  foit  dans  la  boutique  d'un  Char- 
cutier que  Toge  ait  trouve  le  Quintilien,  &  dans 
fon  Addition  à  l'Kiftoire  de  Louis  XI.  pag.  201.  il 
veut  que  ce  foit  dans  une  Bibliothèque  de  Paris, 
ajoutant  que  Poge  vint  étudier  en  cette  Ville  quel- 
que tems  après  Philippe  Béroalde,  bien  qu'il  foit 
fur  que  Béroalde  au  contraire  ne  vint  à  Paris  que 
vingt  cinq  ans  après  la  mort  de  Poge.  Marc  An- 
toine Sabellic  ,  qui  étoit  de  ce  flecle-là  ,  dit,  ce 
femble,  dans  fon  Dialogue  de  reparaît -■ne  Lingua  La- 
tin* que  ce  fut  en  France  que  le  Quintilien  fut  trou- 
vé. Confions  fama  efl  Jluintilianurn  altemm  Lingua  La- 
%in&  lumen  fub  tempus  Cew1a.ntia.ci  Conventus  ab  e» 
(Pogio)  ex  Gallia^omam  déport atum.  Mais  il  eft  vi- 
fible  que  par  le  mot  G  allia,  il  faut,  fuivant  l'an- 
cienne divifîon,  entendre  laGauleCeîtique,  oùl'on 
comprenoit  la  SuilTe,  &  par  conféquent  le  payig 
qu'on  appelle  aujourd'hui  Saint- Gai. 

%  r.  Francefco  Albertini  Ecrivain  beaucoup  plus 
ancien  que  le  Poccianzio  appelle  de  même  loge 
Poggius  Brandslinus ,  mais  Chriftophe  Landin  plu* 
ancien  que  l'Albertini  ,  dans  l'Apologie  qu'il  a 
mile  au  devant  de  fon  CommcûWuc  fui  Dante ,  ap- 
pelle 


ânti-Baillet.  P.  I.         4£ 

d'entre  le  TaiTe  &  l'Académie  délia  Crus- 
aï,  il  eft  confiant  que  fon  nom  de  famille 
croit  Poggius. 

XI II. 

Erreur  de  Mr.  Bai  Met  touchant  les  infcr  lo- 
tions des  Dialogues  de  Platon* 

MOnfieur  BaillET.     Platon  n'a    Tom.  i 
point  donne'  d'autres  titres  à  Ces  Dia-  pag.  502. 
logues  que  les  noms  des  personnes  qui  y  a> 

voient 

pelle  Poge  Po:gio  Braccielini,  &  je  croirois  rolon- 
tiers  que  c'eft  ainfi  qu'il  doit  être  appelle.  La  res- 
femblance  des  deux  mots  a  donné  lieu  à  l'équivo- 
que d'autant  plus  aifément  qu'il  y  avoit  en  ce  teras- 
là  une  famille  de  Brandoli'ni  à  Florence,  témoin 
Lippo  Brandolini  Rehgicux  Auguftm,  dont  nous 
arons  plulleurs  Ouvrages  en  pxofe  Se  en  ven.  Poge 
au  refte  étoit  véritablement  le  nom  de  batême  de 
cet  Auteur.  Si  ç'aveit  été  fon  nom  de  famille,  il 
n*y  auroit  pas  joint  le  furnom  de  Florentin ,  ces  for- 
tes de  furnoms  ne  fe  joignant  jamais  aux  noms  de 
famille.  On  a  dit  Leonardas  ^iretinns,  Barthohmtus 
PUxina  ou  Platintnfit  (ceux  qui  le  nomment  Baptijl* 
fe  trompent)  ^ntonius  Pdnsrmita ,  Bdptijl*  Mantuanus, 
ficc.  ÔC  non  pas  Brunv.s  *Arexinn: ,  Saccas  Plat  in*  ou 
Pidtinenfîs ,  Bononim  Pdnsrrnttd ,  Spugnclus  Muntudnus , 
crc.  Rien  n'étoit  plus  ordinaire'en  ce  tems-là.  Il 
eft  vrai  qu'il  y  a  ceci  de  particulier  à  l'égard  de  Po- 
ge que  ce  nom  de  batême  étant  devenu  illuftre  en 
la  perfonne  de  Poge  Florentin  ,  il  a  pafle  enfuite 
pour  nom  de  famille  en  la  perfonne  de  fes  enfans, 
Se  ce  qui  ne  permet  pas  d'en  douter  eft  que  Giaco- 
po  Poggio  un  de  fes  fils,  fi  connu  par  la  fameufe 
conjuration  des  Pazzi  contre  les  Médicis.de  laquel- 
le il  ctoit  un  des  Chefs,  eft  toujours  appelle  par 
Machiavel  ,  Giacopo  di  Mtjfer  Piggio.  Il  eft  parle 
d'un  Joannes  Francifcus  Poagii  Oratoris  fîlius,  dans 
Pau  lus  Cortcfius  1.  3.  de  CdrdinaUtH  fol.  Ij»8. 

Tom.  VU.  Part.  L  G 


5*o        Anti-Baillet.  P.  I. 

voient  quelque  part  ;  ou  quelque  rapport  ^ 
quel  qu'il  pût  être. 

Ménage.  Il  eft  très-faux  que  Platon 
n'ait  point  donné  d'autres  titres  à  fes  Dia- 
logues que  le  nom  des  perfonnes  qui  y 
avoîent  quelque  part.  Il  leur  a  donné 
double  titre:  l'un  tiré  de  la  perfonne;  & 
l'autre  de  la  chofe.  Ce  qui  a  été  remar- 
qué par  Laérce,  en  ces  termes  :  hnhscTç 
àè  %pvj7#/  tuTç  èTtiyçuOaïç  £KaC8  t«v  $l- 
£A/&v,  7vi  /xiv,  àvà  7g  ôvôfxctTOç ,  tvj  £é, 
«Vo  T8  ^puyfxdTog.  Il  paroît  par  ce  qu'a 
dit  ici  Mr.  Baillet  qu'il  n'a  pas  même  lu 
les  titres  des  Dialogues  de  Platon. 


XIV. 

^  f .  Il  faut  écrire  Scitpplm  comme  Sciappius  lui- 
même  récrit.  Les  Latins  de  même  que  les  Italiens 
prononçant  le  CH  comme  un  K^  11  s'enfuivroit  11 
on  écrivoit  Sch ioppins  qu'il  faudroit  prononcer St^op- 
pius  cequireprefenteroit  mal  la  véritable  prononcia- 
tion du  nom  de  cet  Auteur.  Il  nous  apprend  pag. 
64,  du  Scaliger  hypobolim<ttis  que  fon  nom  etoit  ori- 
ginairement Sch$ppi,  où  le  Cti.  fe  prononçoit  à 
l'Alemande  ôc  à  la  Françoife,  mais  comme  en  Ita- 
lie où  Scitppius  fe  retira  depuis ,  chacun  au  lieu  de 
Schoppi  difoit  Scoppi,  il  fut  obligé  afin  qu'on  pro- 
nonçât moins  mal  fon  nom,  de  l'écrire  Stiuppi,  & 
en  Latin  Scioppim ,  les  Italiens  prononçant  Sciop  à 
peu  près  comme  les  Alemans  Schop. 

H  z.  Voflîus  le  Père  dans  fon  Livre  des  Hifta- 
liens  Latins  elt  le  premier  que  je  fâche  qui  fe  foit 
avifé  d'écrire  que  le  nom  de  famille  d'Ange  Poli- 
tien  étoit  Bajfus.  Scioppius  l'a  tiré  delà  ,  fes  Para- 
doxe* litéiaiies  n'ayant  paiu  qu'un  an  après  l'Ou- 
vrage 


Anti-Baillet.  P.'I. 


r* 


XIV. 

Le   véritable    nom   de  famille  de  Politieti 
ignoré 'par  Mr.  Baillet. 

MOnfieurBAiLLETa  intitulé  le 817.  ?*ge  m. 
Chapitre  de  fon  Livre  des  Jugemens  ^rztTomc' 
desbavans,  Poli  tien  {Ange  Bas  s.)  du    art* 3" 
Mont  Pulcien  :  mort  en  1494.     Et  il  a  é- 
crît  dans  la  Table  des  Auteurs   dont  il  .^J^" 
parle  dans  fon  Livre  ,    POLITIEN,  rôn  voyage 
'Ange  Bajfien.     Qui  a  jamais  dit  que  Po-  d'Italie  p. 
litien  s'appellât  Bas;,  ou  BaJJien  ?  On  a  i7t.lcfait 
dit   qu'il    s'appeloit  Baffo  en  Italien,  &  ™u9ricr,cc£ 
BjJ/us  en  Latin.  (1)  Schioppius  l'appelé  Une  faute 
Baffus  (2)  dans  une  de  les  Lettres  à  Jule  d'imprcs- 
Céfar  Cappacio,  imprimée  dans  fes  Para-  fion* 
doxes  Litéraires,  qu'il  a  publiez  fous  le 

nom 

vrage  de  Vcflïus,  mais  il  eft  difHcile,  comme  dit 
M.  MagHabechi ,  de  déterrer  l'origine  de  ce  Bajfns. 
Voici  ma  conjecture.  Le  fameux  Pomponius  Lae- 
ïus,  admirateur  outré  de  l'antiquité  ,  ayant  inftitué 
à  Rome  une  Académie  de  gens  de  lettres,  invita 
ceux  qui  la  compofoient  à  iubiiituer  ou  ajouter 
quelque  nom  ancien  à  celui  de  leur  famille.  Marco 
Antonio  Coccio  prit  le  nom  de  Sabellicus,  Filippo 
di  fan  Gemignano  celui  de  Gallimachus ,  Angelo 
Colocci  Gentilhomme  de  Je  11  ,  depuis  Evêque  de 
Nocére ,  un  des  plus  habiles  d'entre  eux,  quoi 
qu'il  n'ait  prefque  rien  écrit ,  fe  fit  appeller  ^inge* 
In  s  Baffus,  6c  comme  c'étoit  un  homme  très-poli, 
d'une  érudition  diftinguée  ,  8c  que  les  Savans  lui  * 
ont  donné  beaucoup  de  louanges  dans  leurs  écrits, 
il  fe  peut  faire  que  Voulus  voyant  cet  ^An^elus  Bas~ 
fus  tant  loué,  fans  néanmoins  qu'il  parût  aucun 
Ouvrage  fous  ce  nom,  le  (era  imaginé  que  l'^nçr- 
lus  de  queftion  n'étoit  autre  qu'Ange  Politien  ,  d'où 
il  concluait  que  JîalTus  étoit  le  nom  de  famille, 
C   2 


fl  A  N  T  I  -  B  A I L  L  E  T.  P.  I. 

nom  de  Pafcafius  Grolïppus.  Hic  famen, 
(il  parle  de  Sannazar)  prœ  fe  Angelum 
Baffum  ;  à  patria ,  Polîtiani  nomine  notio- 
rem  ;  non  aliter  quàm  fi  vix  ultima  nota 
Grammatifta  foret ,  contemnere,  &  verfi- 
bus  infediari  aufus  eft  :  quôd  eum  fermonis 
puritate  minime  fibi  parera  ejffe,  reftè  judi- 
caret.  Et  Voflius  le  père ,  l'Auteur  delà 
Bibliographie  curieufe,  &  plufieurs  autres, 
l'ont  appelé  enfuite  de  ce  nom.  Cepen- 
dant il  ell  certain  qu'il  s'appeloit  Cino ,  & 
non  pas  Baffo.  Ce  qui  fe  juftîfie  par  ce 
fragment  d'une  Lectre  de  Mr.  Maglia- 
bechi  à  Mr.  Bigot,  que  j'ai  produit  dans 
mes  Origines  Italiennes  au  mot  Poltziano: 
Nello  feorrere  per  tanto  alcune  feritture  di 
Monfignor  Sommai ,  è  veduto  che  effo  arc 
va.  notato  che'l  Poliziano  era  de'  Cini. 
Il  che  parendomi  uno  fpropofito ,  per  averlo 
fempre  veduto ,  citato  per  de'  Bajfi ,  moflrai 
tal  cofa  al  Signor  Capitan  délia  Rena ,  che 
<ra  àa  me.  Et  il  Signor  Capitan*  fubito  mi 
rifpofe ,  che  veramente  il  Poliziano  era  de* 
Cini:  delche  ne  ave-va  una prova  certijfima 
&  evidentijjima,  allaquale  non  fi  puô  ris- 
fondere.  Cioè  che'/  medefimo  Poliziano  cosi 
appunto  fi  fottofcrïve  nel  Teftamcnto  del 
Pico  délia  Mirandola,  veduto  e  letto  dal 
medefimo  Signor  Capitano.  Mi  rnaraviglio 
del  Vojfio  ,  ed  univerf aiment  e  di  tutti  glt 
altri,  che  concor démente  lo  chiamano  An- 
gélus Baflùs:  non  fapendo  di  dove  fi  cavino 
fuel  Bafïus.  Pour  ce  qui  eft  du  nom  de 
^olitien  ,  il  ne  fe  révoque  pas  en  doute 
que  Politien  n'ait  été  appelé  Pulcien  >  de 
la  Ville  de  Montc-pulciano,  fa  patrie.  San- 

nazar 


An ti- Baille  t.  P.  I.         53 

nazar  l'appelé  Pulicianus,  par  mépris,  au 
lieu  de  Pulcianus ,   ou  Politianus.   Ma- 
chiavel dans  fes  Hïftoires  de  Florence  l'ap* 
pelé  Agnolo  Montepulciano.  Il  changea  en- 
fuite  le  nom  de  Pulciano  en  celui  de  Po~ 
litiano.  C'efr  ce  que  j'ai  appris  de  cet  en- 
droit de  T Apologie  de  Majoragius  fur  le 
changement  de  fon  nom  Antoine  le  Comte 
en  celui  de  Marcus  Antonius  Majoragius  : 
Quid  Politianus  y  vir  ita  facundus  &  or  a* 
tione  politus  ,  Ht  non  fine  cauffa  nomen  il* 
lad  âdfciviffe  fibi  videatur ,  an  non  Ange» 
lus  ar.teà  Ide   Monte    Pulciano  fuit  ?  &  à 
propos  de  cette  polîteiTe,  il  eiï  à  remar- 
quer qu'Erafme  difoit  en  parlant  d'Angc- 
lus   Politianus  ,    Mallem   effe    Politianus 
quam  Angélus.    Mais  comme  Montépul- 
ci  (i)  s'appele  en  Latin  Mons  Politianus^ 
Politien  en  prenant  le  nom  de  Politianus., 
n'a  point  apparemment,  fongé  à  fa  politelfe. 
Mr.  Baillet  peut   bien  juger  par  cette 
Remarque  &  par  la  précédante,  qu'il  n'ût 
pas  mal  fait  de  me  confulter  fur  fon  li- 
vre, comme  quelques-uns  de  fes  amis  lui 
confeilloient. 

XV. 

Ce  que  dit  Mr.  B ai  Ut 't  que  Jules  Scaliger 
a- dédié  fes  livres  des  Caufes  de  la  Lan- 
gue Latine  à  Sébafiien  Gryphe  Imprimeur 
de  Lyon,  n  eft  pas  véritable. 


M 


Onfieur  Bai  LLET.  Jules  Scaliger y  Tome  1, 

pour   témoigner   Veftime   qu'il  faifoit  Pait* II§ 
1  &  J  V        J    '^fc  page  45. 


%.  i.  On  ne  dit  point  MontepuUi  pour  MontepHUiant* 

C  3 


74         ànti-Baillet.  P.  I. 

de  r habileté  ^j3  du  mérite  de  Sébaftien  Gry- 
phe ,  plutôt  que  -pour  l'engager  à  imprimer 
Je  s  Ouvrages,  lui  dédia  les  treize  Livres 
qu'il  fit  des  Caufes  de  la  Langue  Latine 
en  I5"40.  Dans  l'Eritre  qu'il  lui  adrejfe , 
H  dit  qu'il  avoit  voulu  mettre  fon  Ouvrage 
fous  fa protection y  &  lui  en  confier  la  pu- 
blication y  afin  que  comme  la  Poftérité  ne 
manqueroit  pas  d,' avoir  une  eftime  &  une 
vénération  particulière  pour  fa  piété fine  ère  *» 
pour  fa  doéîrine  plus  que  commune  ;  pour 
fon  infigne  honnêteté y&  pour  Ces  autres  qua- 
litez  excellentes  :  on  put  juger  de  l'utilité 
&  de  l'importance  de  fon  Ouvrage  ,  non 
feulement  par  le  crédit  qu'il  plaïroit  a  Gra- 
phe de  lui  procurer ,  mais  encore  par  la  ré- 
putation &  les  ornemens  qu'il  voudrait  lui 
donner  en  le  mettant  au  jour.. 

Ménage.  Il  n'eft  point  vrai  que  Ju- 
les Scalïger  aît  dédié  Tes  Livres  de  Caufis 
Linguœ  Latin<e  à  Sébaftien  Gryphe,  Im- 
primeur de  Lyon.  Il  lui  a  feulement  écrit 
une  Lettre  au  fujet  de  ce  Livre  qu'il  devoir., 
imprimer  (i);par  laquelle  il  lui  cX\t,Tuam 
vero,  mi  Gryphi ,  veram  pietatem,  exceU 
lentem  eruditionem  ,  infigne  m  humanita- 
îem ,  his  nofiris  lucubratiunculis  &  prœeffe 
liolui ,  &  moderari:  Ji  id  tibi  ita  collibuis* 

[et: 

%  i.  Jaques  SadoJet  écrivit  auiTï  tme  Lettre  à 
Sébaftien  Gryphe  pour  lui  recommander  l'impres- 
fion  du  Poème  d'Aonius  Palearius  de  anim$rtnn  imm 
mortalitute.  Cette  recommandation  ne  fut  pas  in* 
utile,  Gryphe  imprima  le  Poème  avec  tout  le  foin 
pofllble,  ce  qui  lui  attira  de  la  part  dePalearius  un 
lemerciment  qui  eft  auiïi  imprimé  au  devant  de  ics 
Oeuvres  en  profe  chez  le  même  Gryphe.  Dans  l'u- 
ne ôc  dans  l'autre  de  ces  Lcures,  cet  Imprimeur  eft 

ex- 


Anti-Baillet.  P.  I.         f/f 

fet  :    ut   Pojîeri  intelligcrent  ,   ejus  frugis 
proventum,  fi  qua  ad  eorum  commoda  per 
nos  exculta  effet ,  a  nolns  tantkm  commen- 
dar'i^  quantum   ex   diligent  i  a  tua,    atque 
auiiorttate  gratta  confequi  potuijfet.  Eft-ce 
là  une  Dédicace  ?  Jules  Scaliger  a  écrit 
de  même  une  Lettre  à  l'Imprimeur  Vas- 
cofan,  pour  lui  recommender  l'édition  de 
fon  livre  de  la  Subtilité.  Outre  que  Jules 
Scaliger  étoit  trop  glorieux  pour  dédier  un 
de  Tes  Livres  à  un  Imprimeur y  il  n'avoir 
garde  de  dédier  à  Gryphe   fes  Livres  des 
caufes  de  la  Lingue  Latine,  puis  qu'il  les 
avoit  adrefTezà  fon  rl!s  aîné  Silvius  Cœfar 
Scaliger:  auquel  il  a  auflï  adreffé  fa  Poé- 
tique.   Jules  Scaliger  a  écrit  à  Sebaftien 
Gryphe  de  la  même  façon  que  Quintilien 
a  écrit  à  Tryphon  le  Libraire  pour  lui  re- 
commender fes  Inftitutions  Oratoires  qu'il 
avoit  dédiées  à  Marcellus;  &  de  la  même 
façon  que   Sccvoîe  de  Sainte  Marthe  a 
adreffé  des  Hendécafyllabes  à  Mamert  Pa- 
tiffon ,  pour  lui  recommender  l'édition  de 
fes  Ouvrages. 

Mais  il  eft  vrai  que  Sébaftien  Gryphe 
étoit  un  homme  favant.  Majoragius  l'ap- 
pelle vir  infigms  ac  Utteratus*  C'eft  dans 
fon    Apologie  touchant    le  changement 

du 

extraordinairement  loué,  de  même  que  dans  une 
Lettre  de  Dolet  à  Jean  de  Boyfïbnné,  &  dans  les 
Phaleuques  qui  commencent,: 

Gryphi  nobilium  lypographortim 
Nobilijfme  ttqut  in  artt  princeps  ; 

imprimez  au  revers  du  premier  feuillet  de  la  bellis- 
iime  édition  des  Odes  Sdlmtmi  Macrini  in  t.  15  57» 
C4 


f6        ànti-Baillit.  P.  Z. 

du  nom  tiAntonius  Maria  Cornes  en  ce* 
lui  de  Marc  us  An  tanins  Major  agi  us.  Et 
Jean  Voûté  de  Reims  ,  dit  en  Latin  Vul- 
têtus ,  a  écrit  dans  une  de  fes  Epigram- 
mes .  qui  eft  du  livre  premier  ,  que  Ro- 
bert Etienne  corrigeoît  fort  bien  les  Livres, 
que  Colinet  les  imprimoit  fort  bien ,  mais 
que  Gryphe  favoit  fort  bien  &  les  impri- 
mer &  les  corriger. 

Inter  tôt  norunt  l:bm  qui  cudere  ,  très  funt 
Infignes.  Languet  utero,  turba  famé. 

Cafiigat  Stephtnus  ,  fculfit  CollnAUS,  utrttm- 
que 
Gryphius  edcfta  mente  manuqut  facit, 

Sébaftien  Gryphe  a  fait  une  Préface  à  fon 
Virgile ,  qui  eft  tout-à-fait  bien  écrite  (i). 
Celle  qu'il  a  mife  devant  fon  Politien,  eft 
auffi  fort  belle. 

Il  y  avoit  à  Venife  en  1557.  un  Impri- 
meur du  nom  de  Jean  Gryphe. 


XVI; 

%  t.  Toutes  ces  louanges  outrées  que  les  Auteurs 
©nt  données  à  Sébaftien  Gryphe  ne  kmr  pas  de  fars 
gaians  de  fon  érudition.  L'on  Tait  allez  de  quoi  uu 
Auteur  eft  capable,  quand  il  a  befoindufecours  d'ua 
Imprimeur  ou  qu'il  veut  lui  témoigner  fareconnois- 
fance.  Je  veux  croire  que  Gryphe  n'étoit  pas  igno- 
rant, mais  qu'il  ait  été  auffi  (avant  qu'on  voudroit 
nous  le  faire  croire,  c'eft  dequoi  je  doute  fort. 
N*eft-ce  pas  one  flatene  ma  ;ifefte  que  celle  de  ce. 
Poète  croté  qui  ofe  le  préférer  à  Robert  Etienne  le 
plus  habile  Imprimeur  &  l'un  des  plus  favans  hon> 
mes  de  fon  tems.     Les  éditions  de  Gryphe  font  3 

la 


Ànti-Baillet.  P.  I.        si 
XVI. 

Ce  que  dit  Mr.  Baillet  que  Grégoire  de  Na± 
zianze  a  été  appelé  le  Jeune  Théolo- 
gien ,  n'eft  pas  véritable. 

MOnfieur  Baillet.  Le  fécond  a  Tome.?; 
qui  on  a  donné  par  honneur  le  titre  Pa8*  *74« 
particulier  de  Théologien  dans  FEglife , 
eft  S.  Grégoire  de  Nazianze  :  qui  Fa  mé» 
rite  par  l'excellence  defes  écrits  en  général', 
&  en  particulier ,  par  les  quatre  ûifcours 
admirables  qu'il  a  faits  fur  la  Théologie:  ou 
H  prouve  a  fonds  la  Doctrine  Catholique  fur 
la  Trinité,  &  ruine  tous  les  faux  rafonne- 
mens  des  Hérétiques.  Et  quand  il  eft  ap- 
pelé par  terum  le  Second  Théologien ,  & 
le  Jeune  par  les  autres  ,  il  faut  entendre 
félon  la  penfée  de  ceux  qui  Vappe'ent  aïnfi\ 
que  c'eft  toujours  par  rapport  a  Si  Jean 
V  Evangelifte  :  qu'ils  appeloient  le  premier 
&  l'ancien  Théologien. 
Mhmge.  Mr.  Baillet  s'eft  tout-à-fait 

mé- 

la  vérité  nettes;  'il  y  en  a  même  quelques-unes  d'u- 
ne beauté  fans  égale,  mais  elles  r.e  font  ni  û  belle* 
généralement  ni  fi  corre&es  ,  que  celles  de  Rob. 
Ltienne.  Qu'on  y  regarde  même  de  pies,  j'ofe  di- 
re qu'on  les  trouvera  la  plupart  toutes  pleines  de 
fautes  Je  n'ai  point  vu  la  Piéface  de  cet  Impri- 
meur fur  Virgile,  j'ai  feulement  vu  celle  qu'il  a  mi- 
le fous  fon  nom  au  devant  de  fon  Politien  de  la  i. 
«dit.  Elle  eft  des  plus  courtes  oc  n'a  rien,  ce  me 
femble,  que  d'allez  commun.  J'y  ai  même  remar- 
qué un  certain  Siabrofus,  wict  conftamment  barba- 
ic,  &  qni  feul  devoit  empccùcr  M,^  Ménage -de 
nouvel  cette  Préface  fi  belle. 


$8        Anti-Baillet.  P.  T. 

mépris  en  cet  endroit.  Il  eft  vrai  qu'on 
ût  pu  appeler  Grégoire  de  Nazianze  véoç 
GsoKoyoç:  de  la  même  façon  qu'on  a  ap- 
pelé novus  Bacchus ,  ou  novus  Liber,  ou 
novus  Dionyfius ,  Marc  Antoine  le  Trium- 
vir, &  l'Empereur  Caracalla;  &  l'Impé- 
ratrice Julie,  &  Sabine,  via  A^vjy^ :  & 
la  fille  de  Germanicus  ,  via  'IsA/«  :  & 
Clcopatre,  via  "lciç\  Mr.  du  Cange  a  ra- 
porté  tous  ces  exemples  dans  fon  Glos- 
saire Grec;  où  il  a  enfuite  remarqué ,  que 
plufieurs  Empereurs  deConftantinopleont 
pris  le  titre  de  Nouveau  Confianîin,  & 
qu'Arrien  de  Nicomédie  fut  appelé  véoç 
Sevo^wv:  &  qu'on  a  ajouté  le  mot  de  véoç. 
aux  noms  propres  de  plufieurs  Saints  , 
pour  les  dîftinguer  des  autres  Saints  de 
leurs  mêmes  noms,  lefquels  les  ont  pré- 
cédez: comme  à  S.  Eftienne,  qui  vivoit 
fous  Copronyme  :  à  S.  Paul  Patriarche  de 
Conftantinople:  à  un  S  Bafîle:  à  un  S. 
Barthelemi:  à  un  S.  Luc  Stylite:  à  un  S. 
Acharion,  &c  Mais  jamais  S.  Grégoire 
de  Nazianze  n'a  été  appelé  ni  le  Jeune  ni 
le  Second  Théologien.  Et  quand  quelqu'un 
eft  cité  fous  le  nom  de  véoç  Qëôhoyoç  c'eft- 
à-dire  ,  de  Nouveau  Théologien  ;  s'il  eft 
vrai  que  quelqu'un  foit  cité  de  la  forte 
Amplement  ;  cela  doit  s'entendre  ,  non 
pas  de  S.  Grégoire  de  Nazianze;  maison 
de  Siméon  le  Métaphrafte  ,  félon  l'opi- 
nion de  jofeph  Evêque  de  Modom,  dans 
fon  Apologie  pour  le  Concile  de  Florance 
contre  Marc  d'Ephéfe:  dont  voici  les  ter- 
mes; Kai  S/pLéwv  $6  ê  véoç  Qsokoyoç  ô  netl 
Mer«$p«ç%  HtttânevQÇf  qui  eftauûi  celle 

du 


Anti-Baillet.  P.  ï.        f$ 
du  Père  Théophile  Renaud  dansfon  Trai- 
té de  Theophilis  :  ou  bien  de  Siméon  Pré- 
voft  de  S.  Marnez  de  Xérocerque,  félon 
l'opinion  de  Léo  Allatius  dans  fa  Diatribe 
de  Simeonum  Scriptîs ,  page  143.  Maie  Ju- 
niorem  Theologum  cîim  Metaphrafle  con- 
fondit   Methonenfis  ,    aliquorum  Codicum 
Manufcriptorum  auéioriiate  deceptus  y   qui 
Traclatulos  Symeonis  Prœpofiti  Sanéii  Ma- 
mentis  fub  hocùtulo  notant  ,tS  NleTcttypeiçis 
nui  vis  Qeohôyg  srspa  •AeQuX&Tce.  Ce  font 
les  termes  de  Léo  Allatius.  Le  Cardinal 
Bona  dans  fa  Notice  des  Ecrivains  citez 
dans  fus  livres  de  la  Pfalmodie,  eft  de  l'o- 
pinion d' Allatius.  S.  Grégoire  de  Na2ian» 
2e  a  été  appelé  Amplement  Le  'Théologien, 
C'eft  ainfî  qu'il  eft  qualifié  à  la  tête  de  tes 
Ouvrages,     ^naftafe  le  Sinaïte  dans  fes 
Queftions  &  Réponfes  fur  l'Ecriture  Sain- 
te, page  62.  &  15-2.  l'apele  du  même  nom, 
Ta  ccyla  Tp^yopis  t£  ésobôys,  &  l'Auteur 
de  fa  Vie  a  écrit ,  qu'il  eft  le  feul  qui  après 
S.  Jefuil'Evangélifte,  a  été  appelé  Qsôhoyoç. 
Voici  la  fource  de  l'erreur  de  Mr.  Bailler. 
Le  Cardinal  Bona  a  dît  au  lieu  allégué: 
Simeonis  Prœpofi  ;  Monaflerii  Sanéii  Ma- 
mantis  :  quem  Grœci  Novum   Theologum 
pofl^  Nazianzenum    vocant.   Ce    qui    doit 
lignifier    que  S.  Grégoire  de  Nazianïe 
aïant  été  appelé  le  Théologien ,  on  a  appe- 
lé enfuite  ce  Siméon,  le  Jeune  Théologien, 
Cela  paroît  par  ces  paroles  du  même  Bo- 
na, à  l'article  de  Grégoire  de  Naïianîe: 
Gregorius   Nazianzenus ,   diclus  Theolo- 
gus.  J'oubliois  à  remarquer  que  S.  Jean 
Climaque   dans  fon  Degré   XXI.  aïant 
C  6  cité 


60  Anti-Baillet.  P.  î. 
cité  Grégoire  le  Théologien  ;  P Auteur 
des  Eclairàilemens  fur  le  livre  de  S.  Jean 
Climaque;  qui  eft  Mr.  le  Maiftre;  a  crû 
^ue  ce  Grégoire  étoit  le  Pape  S.  Grégoir 
rc.  Voyez  fes  raifons. 

XVII. 

Ce  que  dit  Mr.  Baillet,  que  quelques-uns 
ont  crû  que  Cajfiodore  avuit  fait  perdre 
VHiftoire  'Tripartite  d?  Epiphane  le  Scho- 
laftique,  eft' dit  contre  toute  forte  d'ap» 
parancei 

Toftî.  t.  *\  fC  R.  B  A  I L  LE  T.  Plufteurs  ont  cru  ques 
pag.46;.  xS/xCaffiodore  nous  avoit  fait  perdre 
PHiftotre  Tripartite  £  Epiphane  le  Scholas* 
tique  ,  en  l'abrégeant.  Mais  on  n'a  point 
grand  fujet  de  croire  que  la  Compilation  de-. 
Caffiodotv  nous  ait  fait  faire  une  perte  fort 
confidérable ,  puifque  l'Ouvrage  d'Epipbane-, 
le  Se icolaftique  n* étoit  qu'une  verfion  pitoya- 
ble de  S  oc  rate ,  S^zoméne  &  Théodoret  de 
laquelle  on  peut  dire  que  la  privation  nous 
eft  plus  utile  que  la  poffejjion  ne  nous  en  Je- 
roit  avantageufe. 

Ménage,  Mr.  Baillet  ne  fait  pas 
PHiftoire  de  cette  Hitfoire  Tripartite  de. 
Cafllodore.  La  voici:  Socrate,  Sozomé- 
ne,  &  Théodoret,  aveient  compofé  cha- 
cun une  Hiftoire  Eccléfiaftique.  Ces  His- 
toires n'étant  point  tradui  es  en  Latin  du 
tems  de  Cafllodore ,  Cafllodore  pria  fon 
ami  Epiphane  leSchoIaftique  de  les  tradui- 
re. Epiphane  le  Scholaftique  les  traduifit. 
Et  Cafllodore  aïant  enfuite  range  par  l'or- 
dre des  tems  ce  qui  étoit  dans  ces  Hiftoi- 

res 


ànti-Baillet.  P.  ï.  61 
fes;  il  en  compofa  une  Collection,  qu'il 
appela  fHifloïre  Tripartite ,  parce  qu'elle 
étoit  compofée  des  Hiftoires  de  ces  trois 
Auteurs,  Socrate  ,  Sozoméne,  &  Théo- 
doret.  Comment  donc  Caffiodore  auroit-ir 
pu  faire  perdre  l'Hiftoire  Tripartite  d'Epi- 
phanc  le  Scholaftique,  puifqu'Epiphane  le 
Scholaftique  n'a  point  fait  d'Hiiioire  Tri- 
partite; &  que  c'elï  au-contraîre  Caiïiodo- 
re  qui  l'a  faite;  &  que  c'eit  lui  qui  l'a 
nommée  de  la  forte. 

XVIII. 

JMeprîfe  Ae  Mr.  Baillet  touchant  un  Ecrit 
du  Cardinal  Bon  a. 

MOnfieur   Baillet.   Le  Cardinal     Tom. 
Bona  a  fait  voir  qu'il  et  oit  ajfez  judi-  PaS-  sv 
deux  Critique  da?is  le  'Jugement  des  Au- 
teurs Liturgiques  qu'il  a  mis  à  la  tête  de 
fes  livras  de  la  Pfalmodie. 

Ménage.  Mr.  Baillet  n'a  pas  lu  ce 
Jugement  du  Cardinal  Bona.  S'il  l'avoit 
lu ,  il  y  auroit  vu  que  ce  Jugement  com- 
prend généralement  tous  les  Auteurs  ci- 
tez par  le  Cardinal  Bona  dans  fes  livres  de 
la  Pfalmodie,  tant  les  profanes  que  les 
Eccléfîaftiques:  &  que  le  Cardinal  Bona 
y  donne  fon  Jugement  fur  Anacréon  ,  fur 
Pétrone,  fur  Ovide,  fur Perfe,  &c.  Voici 
le  titre  de  ce  Jugement  :  Notifia  Auéîorunr 
&  librorum  qui  in  hoc  Opère  citant ur ,  no- 
tantur  ,  illuflrantur  ;  &  dans  ce  livre  de 
la  Pfalmodie,  du  Cardinal  Bona,  il  n'eft 
point  queftion  d'Auteurs  Liturgiques. 
Mais  comme  ibng-tems  après  avoir  fair 
C  7    '  le 


6*2        Anti-Baillet,  P.  ï. 

le  livre  de  la  Pfalmodie,  le  Cardinal  Bons 
en  fit  un  intitulé  de  Re  Liturgicd;  qu'on 
appelé  en  François  Liturgiques  du  Cardi- 
nal Bona  ;  cela  a  brouillé  notre  hom- 
me,  &  lui  a  fait  parler  d'Auteurs  Liturgi- 
ques. 

XIX. 

Ce  que  dit  Mr.  Bailkt  que  Bodin  a  volé- 
fa  Traduction  des  Cynégétiques  à  Turné- 
be ,  rf eft  pas  véritable. 

c'eft  aînfi  TfcOdin  a  &**  des  Notes  fur  les  Cynégé- 
gu*i  faut    ^tiques  d'Oppian:  &  il  les  a  traduits  en 
dire,  &     vers  Latins.  Mr.  Baillet  dît  que  Bodin  a 
Bon  pas     j0i£  cette  Traduction  &  ces  Notes  à  Tur- 
Tomez.     Rcbe.     Cejl  dommage ,  dît-il  ,  que  Bodin 
Partie  2.     avoit  volé  cet  Ouvrage  à  "ïurnébe.  Quelle 
pag.  iij.    conftru&ion  ?  Maïs  il  n'eft  pas  ici  queftion 
de  fautes  de  Langue.     Pour  juftifier  que 
cette   Traduction  eft   de  Tumébc,  Mr. 
pag.  7S.  Baillet  nous  renvoyé  à  la  France  Orienta- 
le de  Mr.  Colomiés:  mais  où  iln'eft  rien 
dit  de  femblable.  On  y  rapporte  feulement 

une 

«0  1.  On  cite  en  marge  Tutnébe  dans  fa  Préface 
fur  Oppien  (car  j'aime  mieux  Oppien  qu'Oppian 
qui  ent  trop  le  vieux)  comme  fi  c'étoit  dans  une 
Préface  que  Turnébe  fe  fût  plaint  du  vol  de  fes  cor- 
reAions.  11  n'a  point  fait  du  tout  de  Préface  fut 
Oppien.  On  ne  vo:t  de  lui  qu'un  avis  au  Letteur  à 
la  fin  de  cej>  Coire&ions,  &  cet  avis  eft  fi  court 
qu'à  trois  lignes  ptès  M  Ménage  l'a  prefque  cité 
tout  entier.  Ce  qui  peut  avoir  donné  lieu  au  foup- 
çon  qu'0.1  a  eu  de  Bodin ,  eft  qu'il  ne  paiîbit  pas 
poux  un  fort  habile  homme  en  Gicc.    Grotius  dans 

la 


ànti-Baillet.  P.  F.  63 
une  Lettre  de  Bongars  à  Rittershufius,  ou 
Bongars  dit  qu'on  ne  doutoit  point  que 
les  corrections  de  Bodin  fur  Oppian  ne 
fuiïènt  de  Turnébe.  L'édition  de  ce  livre 
de  Bodin  a  précédé  la  mort  de  Turné- 
be de  plufieurs  années  Et  Turnébe  qui  ~  « 
f  a.       1  •        /   \         »         1   *  '  -,  ,      Dans  fa 

s'elt    plaint    (1)    qu'on    lui    avoit    vole  Préface  fia 

quelques-unes  de  fes  corrections  fur  Op-  Oppian,. 
pian  ne  s'eft  point  plaint  qu'on  lui  uft  volé 
cette  Traduction  Sepiem  abhinc  punis 
leitter  emcndaterarn  Oppianum  de  Vena- 
t'tone  ,  partim  animi  conjectura  ,  partira 
libri  veteris  ope  :  Eas  emendationes  quidam 
ufurpavit ,  rǣ  fibi  donavit  :  quas  tamen  non 
putabam  tanti  ut  in  furtivis  rébus  ejfe  de- 
berent.  Eas  à  nobis  vindicatas  &  recupe- 
ratas  cffe  ,  nemo  conqueri  debebit  :  Nam 
rerum  furtivarum  tege  ceterna  eft  au  et  or  i' 
tas.  Scaliger  dans  fon  premier  Scaligera- 
na,  dit  auiïi  que  Bodin  lui  a  pris  de  pages 
entières  de  fon  Varron.  Et  il  eft  allez 
vrai-  fcmblable  que  Bodin  ait  pris  à  Turnébe 
quelques-unes  de  fes  Emendations  fur  Op- 
pian. Mais  il  n'eft  ni  vraifemblable  ni  véri- 
table qu'il  lui  ait  pris  cette  Verfion  en  vers. 

XX, 

la  |j3.  Lettre  de  Tédition  in  fol  appelle  Bodin GV<- 
cis  littrit  vix  imbut"7n.  Je  ne  fais  au  refte  11  Tur- 
nébe a  eu  Bodin  en  vue  dtns  la  plainte  rapportée 
par  M  Ménage  j  tout  ce  que  ie  fais  eft  que  Bodin 
lui-même  s'eft  plaint  de  Turnébe  fans  le  nommer 
quand  il  a  dit  chap.  5.  de  fa  Méthode.  Quo:  ego 
lilr»s  (Oppiani  de  Vei.atione)  cum  Lixint  veru,  & 
Commentariis  i/lujhnjjè/n  ,  quidam  Crammaticuj  tes- 
dtm  libres  Oratitne  fottttâ ,  quantum  lituit  de  meo  Ubt- 
rt    derrabens  ,    iitrum    pervul^xi).       Ce    qui    eft   unt 

plainte  ridicule  ,  ôt  qu'il  n'auroit  ofe  faùc  du  yî- 
varjt  de  Turacbc, 


64         Anti-Bàillet.  P.  I. 

Mr.  Baillet  n'a  point  lu  les  Originaux*. 
Plujieurs  partie ularitez  de  Démojlhéne 
de  Marseille  Médecin  Gaulois ,  ignorées 
par  Mr.  Baille,: 

Tome  t.  \Jf  Onfieur  BaiLLET.  Un  des  plus  re* 
?ag.  310.  J\jL  nommez  d'entre  les  Médecins  Gaulois 
a  été  fans  doute  Démoflhéne ,  dont  il  nous 
eft  refté  quelques  fragmens  dans  les  Oeu- 
vres d'Aëtius  dFAmtae,  Cétoit  un  homme 
d'une  induftrie  toute  extraordinaire  ,  & 
que  Galien  admiroit  particulièrement  pour 
fa  grande  expérience  &  fon  exactitude 
achevée. 

Ménage.  Il  eft  vrai  qu'il  y  a  divers 
fragmens  des  livres  de  ce  Démofthéne 
dans  At-tius  :  &  tous  ces  fragmens  fe 
trouvent  inférez  dans  le  7.  livre  d'Aètius. 

Il  eft  vrai  auffi  que  Galien  a  parlé  de  ce 
Médecin  Gaulois  en  pluiieurs  endroits  de 
fes  Ouvrages.  Mais  il  eft  faux  qu'il  en  a  t 
parlé  avec  cette  admiration  ,  dont  parle 
Mr.  Baillet.  Cette  admiration  ,  &  cette 
grande  expérience  ,  &  cette  exactitude 
T«UéSi°n  ^hevee  ,  font  de  l'invention  de  Céfar 
^AcAdemi-  EgaiTe  du  Boulay  *,  Greffier  de  l'Univer- 
ww«r>-  ficé  de  Paris,  que  Mr.  Baillet  a  cité  pour 
fon  garand.  Mr.  Baillet,  comme  je  l'ai 
déjà  remarqué ,  eft  un  Copifte  de  Copifte. 

mence-  J'ai 

ment  du 

i.Tomede  ^  1.  M.  Colomiez  pag.  113.  de  fon  Recueil  de 
FHiftoiie  particularitez,  1668.  de  l'édition  de  Paris,  parle 
del'Uni-  bien  d'une  ébauche  Que  M,  Ménage  lui  aveit  fart 
ywûté,  vois 


bus  Gallia 
imprimé 

au  corn- 


À  nti-Baillet.  P.  I.        6$ 

J'ai  écrit  l'Hiltoire  des  anciens  Méde- 
cins, &  afin  que  Mr  Bai'llet  ne  m'accu- 
fe  pas  d'impofer  en  cela  à  mes  Lecteurs, 
je  veux  bien  l'avertir  qu'il  eft  fait  mention 
de  cette  Hiftoire  non  imprimée  dans  la 
Préface  de  la  Bibliothèque  des  Médecins 
de  Martînus  Lîpénius  ,  &  dans  une  Let- 
tre de  Henri  Mcibomius  fils  de  Jean,  à 
GeorgeJérômeWolfchius  Médecin  d'Aus- 
bourg.  &  dans  les  Mélanges  Hiftoriques 
(pa^e  86.)  de  Mr.  Colomicx  (i). 

Voici  ce  que  j'ai  remarqué  dans  cette 
Hiftoire  à  l'égard  de  notre  Démofthéne; 
11  étoit  de  Marfeille,  comme  nous  l'appre- 
nons de  ces  mots  de  Galîen,  vupà  à^y-oa- 
bévei  tûj  Mflrcc-aAf «Ty ,  qui  font  du  livre 
cinquième  des  Compoiitions  des  Médî- 
camens  par  les  genres,  à  la  page  391.  li- 
gne f%.  de  l'édition  Grecque  de  Bifle.  Il 
vivoit  fous  Néron:  car  félon  Galien,  li- 
vre 4.  de  la  Différence  des  poux,  page  46. 
de  la  même  édition,  il  étoit  difciple  d'A- 
lexandre furnommé  le  Philaléthe,  lequel 
vivoit  du  tems  de  Strabon  fous  l'Empereur 
Tibère.  Strabon  livre  12.  vers  la  fin: 
cvvêçy  hê  vub  yuâç  hùaMa'Keïw  'HpaCp/- 
hsiov  îuTpïiv  u,êyu  vzo  "Zevhloç,  ttétrfAsfûè 
TdVTa  'Ahe^hx  T£  <fc/«^A8ç.  Et  il  fut 
furnommé  Philaléthe  comme  fon  Maître 
Alexandre,  rë  Av^ccrrlivas,  farWTÛçTu  h- 
^«7KaAo)  Qila'/s/fîsç  êwmlvi&évrùç  ,  dit  Ga- 
lien à  l'endroit  ci-defTus  allégué  du  livre 4. 

da 

roir  du  deflein  qu'il  avoit  d'écrire  l'hiftoiic  des  an- 
ciens Médecins  ,  mais  il  n'en  dit  pas  un  mot  dâRS 
fçs  Me'la/igcs  hiftoriques. 


66         Anti-Baillet.  P.  J. 

de  la  Différence  des  poux.   Galien  produit 
une  des  fes  emplâtres  au  livre  5-.  des  Com- 
portions des  Medicamens  par  les  lieux,  à 
la  page  228.  ligne  21.  de  l'édition  dont  nous 
avons  parlé.     Il  avoit  fait  trois  livres  des 
Maladies  desyeux:  ceque  j'ai  appris  du  li- 
vre 4.  de  la   Différence  des  poux  page 
46.  Et  c'eft:  de  ces  livres  que  font  pris  les 
fragmens  citez  par  Aëtius ,  dont  il  a  été 
parlé.  Et  ces  livres,  félon  le  témoignage 
de  Galien  ,  dans  fon  livre  y.  des  Compo- 
sitions des  Medicamens  par  les  genres, 
page4i5".  étoient  fort  eftimez.  LeMazzo- 
né,  dans  Cm  Commentaire  fur  la  Comé- 
die de  Dante  ,  le  fait  Auteur  du  Poème 
des  Bithyniaques.     Le  cofe  di  Bitinia  rac- 
contate  in  un  Poëma  da  Demojîene  ,  non 
Oratore ,  ma  Medico,  corne  àfcritto  Stefa- 
no.  Ce  Mazzoné  étoit  le  premier  Critique 
d'Italie  de  fon  tems.  Et  le  Saîviati  en  a 
parlé  comme  du  plus  grand  homme  du 
monde,  en  ces  termes:  Uomo^fe  mai  ne 
fh  akuno ,  fcienziato  infupremogrado;  cit- 
tadino  in  tutti  l  îinguaggi  ;  maeftro  perfet- 
tijjimo  in  tutte  le  facuîta  :  che  tanto  Ça  di 
quanto  fi  rammemoria\  di  tanto  fi  ramme- 
rnoria  quanto  egli  a  letto  ;  cotanto  à  îetto , 
quanto  oggi  fi  trova  fcritto.  Cependant  ce 
grand  Critique  s'eft  tout- à-fait  trompé  en 
féfant  Démofthéne   le   Médecin   Auteur 
du  Poème  des  Bithyniaques.  L'Auteur  de 
ce  Poème  c'eft  Démofthéne  de  Bithynie  , 
comme  il  paroit  par  plufieurs  endroits  de 

Ste- 

f.  1.  C'eft  le  même  apparemment  qui  avoit  fait 
ua  Tiaiîé  dei  Ports  trt/j  À/^tva»,  6c  que  le  Scholias- 

te 


Anti-Baillet.  P.  I.  6f 
Stephanus  le  Géographe  ;  duquel  nous 
aprenons  ,  au  mot  'O^Çwv,  qu'il  avoit 
aufli  écrit  des  Origines  des  Villes  (i). 

J'oubliois  à  remarquer  que  nôtre  Dé- 
mofthéne  étoit  de  la  Se&e  d'Hérophile: 
car  fon  Maître  Alexandre  le  Philaléthe 
étoit  de  la  même  Secte  ,  comme  nous 
Paprenons  de  Galien  au  lieu  allégué  da 
4.  livre  de  la  Différence  des  poui. 

XXI. 

Faûjfe  citation  de  Mr.  Baillet  du  livre  de  mes 
Observations  fur  la  Langue  Françoife, 

MOnfîeur  Baillet.  V Amiral  de  Tome?. 
Joyeufe  donna  une  Abbaye  pour  un  ?ag"  s  1% 
Sonnet ,  au  rapport  de  Mr.  de  Balzac.  Et 
Mr.  Ménage  ajoute ,  que  le  même  Amiral 
ne  fit  point  de  difficulté  de  donner  dix  mille 
/eus  pour  uneptécè  î'/ûperttnente  qui  lui  avoit 
plû.  Et  là-defius  il  cite  ,  dans  fes  Preu- 
ves, la  féconde  partie  de  mes  Obfervations 
fur  la  Langue  Françoîfe,  à  la  page  26. 

Ménage.  Je  ne  fai  ce  que  c'eft  que 
cette  Hiftoire  de  l'Amiral  de  Joyeufe, 
dont  Mr.  Baillet  me  fait  PHiftorien.  Et 
je  n'en  ai  jamais  parlé ,  ni  dans  l'endroit 
de  mes  Obfervations  fur  la  Langue  Fran- 
çoîfe cité  par  Mr.  Baillet;  ni  dans  aucun 
autre  de  mes  Ouvrages. 

Mr.  Baillet  m'a  pris  pour  Mr  de  Bal- 
zac: car  c'eft  Mr.  de  Balzac  qui  a  écrit 
cette  particularité  de  l'Amiral  de  Joyeufe: 

& 

te  d'Apollonius  cite  furie  257.  &  534.  vers  du  0. 
livre  des  Argoruutiqucs. 


as        x\nti-Baillet.  P.î. 
&  c'dt  dans  (à  DifTertation   fur  les  deux 
■Sonnets  qu'il  Ta  écrite, au  Chapitre  vnr. 

XXII. 

■Faujfe  citation  de  Mr.  Bat II et  du  Vivre  de 
PHiftoire  Phdofophique  de  Jov/ius.  Ca- 
lomnie de  Mr.  Baille t  au  fujet  de  mon 
Laërce. 

Tome  i.  *\\  Onfîeur  BailleT.  Le  dernier  y 
lage  196.  jlVJ.  le  plus  confidérable  de  ces  Critiques 
(il  parle  des  Commentateurs  de  Laërce) 
eftfans  doute  Mr.  Ménage  :  qui  paraît  néan- 
moins n* être  pas  encore  entièrement  fatisfah 
de  ce  fruit  de  fes  veilles  :  &  qui  témoignait  , 
il  y  a  quelque  tems ,  être  en  difpojition  de 
le  retoucher  pour  une  nouvelle  édition.  Et 
de  fait ,  Jonjius  prétend  que  nonobftant  les 
foins  &  les  obfervations  de  Mr.  Ménage 
(il  falloit  dire  ,  nonobftant  les  correâion-s 
(sf  les  reflitutions)  il  ne  laiffè  pas  d'y  avoir 
emore  des  endroits  Corrompus  ,  de f uni  s  y 
tranfpofez ,  &  mutilez ,  dans  les  livres  de 
Diogéne  Laërce.  Et  là-deffus  il  cite  Jon- 
fîus  à  la  page  278.  du  livre  troifiéme  de 
fon  Hiftoire  des  Philofophes. 

Ménage.  Qui"  n'y  feroit  trompé? 
Quand  mon  Diogéne  Laërce  a  paru,  Jon- 
iius étoit  mort  il  y  avoit  déjà  quelques  an- 
nées :  &  ainlï  Jonfïus  ne  peut  avoir  fait 
me  ition  de  mes  Commentaires  fur  cet 
Au  eur.  Le  livre  de  Jonlïus  fut  achevé 
d'imprimer  en  165-9.  &  mon  Laërce  en 
1664.  Et  Joniius  mourut  avant  la  publi- 
cation de  fon  livre.  Ce  que  Joniius  a  dit 
dans  fon  Hiftoi-re  Philosophique,  au  lieu 
allégué,  que  dans  les  écrits  de  Diogéne 

Laë'r,- 


Anti-Baillet.   P.  I.         6$ 

Laérce  il  y  avoit  encore  des  endroits  cor- 
rompus ,  deiunis  ,  tranfpofez  ,  mutilez  , 
doit  donc  s'entendre  des  éditions  anté- 
rieures à  la  mienne.  Mais  Mr.  Baillet  qui 
attaque  ma  réputation  de  tous  cotez,  a 
été  bien-aife  de  faire  croire  que  mes  Ob- 
fervations  fur  Laérce  ne  méritoient  pas 
les  louanges  que  leur  adonnées  Mr.  Péar- 
fon  Evêque  de  Chefter,  le  plus  favant  des 
Angîois.  Il  eit  vrai  qu'elles  ne  les  méri- 
tent pas  ;  mais  comme  Mr.  Péarfon  me 
loué  de  modération  &  de  candeur,  &  que 
Mr.  Baillet  m'attaque  de  ce  côté- là  à  ou- 
trance, je  demande  permiiïîon  à  mes  Lec- 
teurs de  raporter  ces  louanges  dans  la  Re- 
marque fui  van  te,  afin  de  les  oppoftr  à  la 
calomnie  de  Mr.  Bailler. 

XXIII. 

Ignorante  de  Mr.  Bai II et  dans  fon  meùer 
de  Bibliothécaire ,  au  fujet  de  Mr.  Pe'ar- 
fon ,  Evêque  de  Chefter  en  Angleterre. 

MOniîeur  Baillet  a  écrit  à  la  pa- 
ge 348.  de  la  fegonde  partie  de  fon 
fegond  tome,  que  Mr.  Péarfon  a  donné 
des  Notes  &  des  Corrections  fur  Diogé- 
11e  Laérce  :  ce  qui  e(t  rres-faux  fauf  le  res- 
pect que  je  dois  au  caractère  de  Mr.  Bail- 
let Mr.  Péarfon  n'a  rien  fait  fur  Diogéne 
Laérce:  mais  il  a  fait  imprimer  Diogéne 
Laërce  Diverforum  :  qu'il  a  dédié  au  feu 
Roi  d'Angleterre  Charles  IL  Et  au  fujet 
de  mes  Obfervations  fur  cet  Auteur,  il  a 
ajouté  à  fon  Epître  Dcdicatoire  une  gran- 
de 


70  Anti-Baillet.  P.  L 
de  Lettre  qu'il  m'a  fait  l'honneur  de  mV 
drefTer.  C'eft  dans  cette  Epître  Dédicatoi- 
re,  qu'il  m'a  appelé  ttn  grand  ornement  de 
PEglife  Gallicane:  aïant  remarqué  quel- 
que forte  d'érudition  dans  mes  écrits,  & 
croyant  que  je  fuife  véritablement  Abbé, 
parce -qu'on  m'appeloit  l'Abbé  Ménage. 
Harum  reliquiarmn  (Il  parle  de  l'Hiftoire 
des  Philofophes)  locupletijjiynus  penus  ,  ac 
pane  folus%  eft  Ûiogcnes  Laërtius;  in  quo 
illuftrando  cum  nonnulli  operam  fuam  haud 
maie  collocajfent,  noviffimè  JE  G  l  D  l  U  S 
M  E  N  A  G  I  U  S ,  fngevs  Ecclefiœ  Gallicanes 
ornamentum  ,  pro  eo  quo  eft  ad  bonarum 
lit er arum  ftudia  promovenda  libérait  animo^ 
Obfervationes  fuas  ,fanè  doèJiJJimas ,  in  ha?ic 
Ixfulam  nofltam  imprimendas ,  edendafqne 
mi  fit.  j'ai  fait  le  premier  des  railleries  de 
cette  nréprife.  Mr.  Baillet  a  pris  la  cho- 
fe  férieui'ement.  Il  a  appréhendé  que  la 
Poftérité  fur  le  témoignage  de  Mr.  Péar- 
fon ne  me  prît  pour  le  plus  grand  or- 
nement de  l'Eglife  Gallicane  de  nôtre 
iîécle  ,  au  préjudice  de  Mr.  de  Harlay 
Archevêque  de  Paris.  Et  là-dellus,  il  a 
averti  le  Public  que  Mr.  Péarfon  Prélat 
Protefhnt ,  en  me  donnant  cet  Eloge, 
avoit  û  feulement  égard  à  mon  bénéfi- 
ce :  qui  eft  le  feul  endroit  par  où  j'ai 
quelque  rapport  à  l'Eglife  Gallicane.  Et 
parce  qu'il  a  fû  dépuis  que  je  n'avois 
point  de  bénéfice,  il  en  a  auflî  averti  le 
Public  dans  fes  Rétractations  :  tant  il 
eft  homme  de  bonne  foi. 

Il  me  refte   à  parler  de  la  Lettre  que 
m'a  écrite  Mr.  Péarfon  au  fujet  de  mon 

Laêr- 


Anti-Baillet.  P.  I.        71 

Laërce.     Il    me  dit   dans   cette  Lettre: 
Quid  enim  ?  Qualis  illa  efl  d:\igentia  tam 
varium    Scriptorem   ubique  prejfis  vefligiiï 
fequi\  non  defultoriè  ,  ut  amant  plerumque 
Critici  ,  fed  tenore  perpetuo  explicare:  ad 
'ûùnima  quœque  anïmum  advertere  :  difficul- 
tatem  nullam  dijftmulare  !  Quàm  infinité 
ieclionis  indicium  ,    Catalo^os  ictères  Jup- 
plere:  Autores  cognomines  addere  :  opéra  & 
fcripta  Philcfophorum  omiffa  eruere ,  adno- 
tare ,  congerere  :   un'tus  cujufque  feclarum 
Principes  Difcipulos  hinc  inde  colligere ,  & 
fimul  Lcâoris  adfpectui  exhibere  :  Id  deni- 
que  facere  quod  La'értius ,  tôt  veterum  vb- 
lumintbus  ftipatus  ,    voluit  ,   ne  que  fecit  ; 
Quanta  vis  ingenït ,  tôt  loca  plané  dejpera- 
ta  rejlituere  :  tôt  mendofa  repurgare  :  toi 
obfcura  illuflrare  :  tôt  mutila  refarcire  :  tôt 
errores  colligere  :  omniaque ,  aut  ex  Manus- 
criptorum  fide  ,    aut  certifjimis  conjecluris 
fanare  !    Quantum  vero  Judicium  i?i  ape- 
riendis  Antiquorum  placitis,  dijud.  candi  s- 
que  fententiis  t  plerumque   obfcuritate   in- 
volutis  ,   &  prœ  affeéiata  brevitaie  ,    aut 
methodi  negleéiu  ,  confit  fis  :  in  deligendis , 
excerpendis  ,    afferendifque  ,    iis  pracipuè 
ex  optimis  antiquijfimis  Scriptoribus  eiiam- 
num  exjiantibus  qu<e  ad  utilitatem  potiùs 
quàm    ad   pompant  fpeciant.     Je   ne   re- 
connois  de  toutes  ces  louanges  que  cel- 
les qui  regardent  le  travail  &  la  diligen- 
ce :   car  pour  celles  qui   regardent  l'es- 
prit &  l'érudition,  je  ne  les  mérite  point. 
Mais  je  croi  mériter  celles  que  me  don- 
ne enfuite  Mr.  Péarfon  touchant  ma  mo- 
dération &  ma  candeur.  Les  voici:  Quan- 
ta 


fi         Anti-Baillet.  P.  ï. 

ta  déni  que  animi  modérât  toi  quant  us  can~ 
dur  !  ver  ara  Criticam  cum  nuliius  fam<e 
difptndio  txertere  ;  nuliius  extftimationem 
lœdere  ;  nuliius  erroribus  injultare  ;nus- 
quam  ex  muftaceo  Laureolam  quœrere  : 
per  quos  profeceris  ,  tara  apertè  profiter!  : 
à  viris  doBijfimis  non  n'tjl  faho  ipforum 
honore  unquam  difientire  :  ut  exclamare 
cogar ,  6  jfecur  verè  Criticum  fine  fplene] 

C'eft  le  témoignage  qu'a  rendu  de  mes 
mœurs  &  de  mes  écrits  un  grand  Evêque 
d'Angleterre  ,  &  le  plus  favant  des  A-n- 
glois;  que  j'oppofe  à  ce  que  Mr.  Baîllet, 
qui  elt  un  fimple  Prêtre,  &  qui  n'eft  pas 
fans  doute  Le  plus  favant  des  François, 
a  dît  contre  mes  mœurs  &  contre  mes 
écrits. 

Mr.  Baîllet  ne  manquera  pas  de  m'ob- 
jedler  ici  que  je  parle  de  moi ,  &  que  je 
me  loue.  Et  je  lui  répondrai  que  cVft 
lui,  qui  par  les  chofes  défobligeantes  qu'il 
a  dîtes  de  moi  rauffement,  m'a  obligé  de 
rapporter  cet  endroit  de  la  Lettre  de  Mr. 
Péarfoq,  Evêque  de  Cheiter.  C'eft  ainfî 
que  fe  juitifie  Démofthéne  devant  fes  Ju- 
ges, dans  l'éiorde  de  fon  Oraifon  pour  la 
Couronne  contre  Efchines.  //  eft ,  dit-il, 
naturel  aux  hommes  d'écouter  avec  plaifir 
les  médifances  d?  autrui,  &  avec  indigna- 
tion ,  les  louanges  de  foi-mcrne.  Mon  ad' 
verfaire  s* étant  fait  écouter  agréablement 
par  le  mal  qu'il  a  dit  de  moi ,  */  m'a  laijfé 
le  difcours  odieux  de  mes  louanges.  Mais 
comme  c'efi  lui  qui  me  contraint  à  parler 
de  moi ,  &  à  en  parler  avantageufement , 
ftfpére ,  Mejfieurs  ,  que  vous  ne  r/?atcufe- 

rez 


A  nt  i -Bail  le  t.  P.  I.        73 

rez  point  de  vaine  gloire ,  fi  je  dis  pour  ma 
jufttfication  des  chofes  qui  me  font  avanta-* 
geufes.  Que  fi  cet  exemple  d'un  Payen  ne 
luffit  pas  auprès  de  Mr.  Baillct;  car  Mr. 
Baillet  dit  que  ma  Morale  eft  d'un  Payen; 
je  lui  alléguerai  l'exemple  de  S.  Paul:  qui 
parle  de  lui ,  en  ces  termes  ,  dans  fa  fe- 
gonde  Epître  aux  Corinthiens  :  je  ne  croi 
pas  avoir  moins  fait  que  les  grands  Apôtres. 
Et  enfuite  :  Quand  je  dévrois  paffer  pour 
imprudent,  fofe  dire  que  je  fuis  encore  plus 
qu'eux  Miniftre  de  Jefus-Chrit.  J'ai  plus 
foîiffert  de  travaux  ,  plus  reçu  de  coups  ; 
plus  enduré  de  prifons.  "Je  me  fuis  vu  fou- 
vent  tout  prêt  de  la  mort.  J'ai  reçu  dts 
Juifs  cinq  différantes  fois  trente-neuf  coups 
de  fouet.  J'ai  été  battu  de  verges  par  trois 
fois.  J'ai  été  lapidé  une  fois.  J'ai  fait 
naufrage  trois  fois.  J'ai  pafjé  un  jour  & 
une  nuit  au  fond  de  la  mer.  J'ai  été  fou- 
vant  dans  des  voyages  ;  dans  des  périls  fur 
les  fleuves  ;  dans  des  périls  de  voleurs  ;  dans 
des  périls  de  la  part  de  ceux  de  ma  nation  \ 
dans  des  périls  de  la  part  des  Payens;  dans 
des  périls  au  milieu  des  Villes  ;  dans  des 
périls  au  milieu  des  déferts;  dans  des  périls 
Jur  la  mer  ;  dans  des  périls  entre  les  faux 
frères.  J'ai  fouffert  toutes  portes  de  tra- 
vaux cf  de  fatigues  :  des  veilles  fréquen- 
tes ;  la  faim,  lafoif,  des  jeûnes  réitérez,  le 
froid  eT  la  nudité  Et  ce  qui  fuit.  Et  après  : 
J'ai  été  imprudent  en  me  glorifiant  de  cette 
forte  :  c'efi  vous  qui  m'y  avez  contraint. 
Car  c'étoit  à  vous  à  parler  avant  âge  ufe  ment 
de  moi  :  puifque  je  n'ai  été  en  rien  inférieur 
Tom,  FIL  Part.  I.  D  aux 


74        Ant  i-Baillet.  P.  I. 

aux  plus  éminents  £  entre  les  Apôtres  :  en' 
çore  que  je  ne  fois  rien. 

XXIV. 

Ce  que  Mr.  Bai  lie  t  dit  que  Jofepk  Scàliger 
dit  que  toutes  les  Lettres  attribuées  par 
Laerce  aux  Philosophes ,  font  fuppofées , 
tfejïpas  véritable. 

MOnfieur  Bail  le  t.  "Enfin  S  câliner 
dit  que  toutes  ces  Lettres  que  Dlogéne 
Laerce  attribue  aux  PhVofophcs ,  font  au- 
tant de  pièces  Juppofées ,  ^  que  ce  font  des 
Grecs  pofîérieurs  qui  les  ont  forgées. 

Ménage.  Il  n'efl:  pas  vrai  que  tou- 
tes les  Lettres  attribuées  aux  Philofophes 
par  Diogéne  Laerce  ,  foient  fuppofées. 
Les  trois  grandes  Lettres  d'Epicure  qui 
contiennent  toute  (à  Philofophie,  font  in- 
conteftabîement  d'Epicure.  Et  il  n'elt 
point  vrai  non  plus  que  Scàliger  ait  dit  ce 
que  Mr.  Baillet  lui  fait  dire.  Voici  fes 
termes  :  qui  font,  non  pas  de  la  36..  de 
fes  Lettres,  comme  l'a  écrit  Mr.  Btlilet 
dans  fes  Preuves ,  mais  de  la  306.  clç  Epis- 
t'Ais  Hippocratis  quod ex  me  quxris\\\  par- 
le à  Voiilius,  antiquas  effe  fcio ,  ut  Demo- 
criti  ,  S  Aon:  s  ,  Pitiaci  Mityjemçi  ,  qu,# 
apud  Laertium  leguntur.     Sed  quia  omnes 

qx* 

«Çf  1.  Je  ne  le  croïro's  pas.  Sc:'.!;ger  a  voulu  di- 
re lèukment  que  les  Epitres  attribues  à  Hippocra- 
te  éto;ent  anciennes  au  il]  bien  que  celles  de  Démo- 
crire,  &  aufïï  bien  nue  celles  de  Solon,  de  Thaïes, 
&  de  Fit-tacus,  cjui  ie  lifent  dans  Diogéne  Laè'rcç, 
Cn  ibïte  que  ces  mots:  qu*  apud  LaUrtihût  legun'nry 

ne 


Anti-Baillet.   P.  I.        y  s 

qux  iîiis  Philofpkis  àLaertio  attribuuntur% 
miiltis  argumeutts  confiéîas  à  Grœcis  , 
quibus  n  un  au  ara  raentïendi  voluntas  aut 
facilitas  de  fuit  ,  probare  pofftm  ,  ideo  eur 
&  de  iftis  llippvcratis  dubitera ,  juftijjir/ia 
caufa  eft.  Ce  qui  ne  veut  pas  dire  que 
toutes  les  Lettres  généralement  queLaér- 
ce  a  attribuées  aux  Phîlofophes  dont  il  a 
écrit  les  Vies,  font  fuppofées:  mais  feule- 
ment celles  qu'il  a  attribuées  à  Démocra- 
te, à  Solon,  cv  à  Httacus.  Voilà  com- 
me notre  Critique  cite  &  interprète  de 
travers  les  palfàges.  je  remarquerai  ici 
par  occafion  ,  que  dans  Lae'rce  il  n'y  a 
point  de  Lettres  de  Démocr'te.  Ce  qui 
donne  fujet  de  croire  que  dans  celle  de 
ScaJiger  ci-deffus  alléguée  il  faut  lire  He- 
racliti ,  au  lieu  de  Demccriti  (i).  Dio- 
géne  La j'rce  a  rapporté  une  Lettre  de  Da- 
rius à  Heraclite  ,  &  la  Réponfe  d'Hera- 
clite à  Darius. 

XXV. 

Ignorance    de   Mr.  Bal! Jet   touchant 
Arifîarque. 

MOnfïcur  B  A  i  l  l  e  t.     Le  célèbre 
Arïfl&rqve  de  F  Antiquité  érigea  chez. 
lut  un  bureau-pour  c  en f tirer  les  écrits  des 

ait' 

ne  fe  rapportent  qu'à  Selon' s,  Thatetts,  (mot  que  M. 
Ménage  ne  deroit  pas  omettre)  cr  Pittici.  S'il  y 
avoit  quelque  choie  à  refoimer  dans  le  texre  de 
cette  Epitre  de  Scaligcr,  ce  fcroit  en  cet  endroit , 
;  tffe,  où  je  croirois  qu'on  liroit  avec 
plus  de  juitefle,  critiquas  Mi  feito  ejptt 
D   2 


76         Anti-Baillet.  P.  I. 

autres ,  fans  vouloir  jamais  rien  écrire  lut* 
même  :  pour  ne  point  laifjer  de  matière  de 
cenfurer  aux  autres. 

Ménage.  Nôtre  nouvel  Ariftarque 
n'a  pas  l'honneur  de  connoître  l'ancien 
Ariftarque,  quoiqu'il  fût  iï  célèbre  Criti- 
que que  fon  nom  a  été  employé  par  Ci- 
céron  &  par  Horace  pour  celui  de  Cri- 
tique. Qui  a  dit  à  Mr.  Baillet  qu' Ariftar- 
que avoit  érigé  chez  lui  un  bureau  de  Cri- 
tique ?  ne  feroit-ce  point  celui  qui  lui  a 
dit  que  j'avois  chez -moi  une  Ecole  de 
Poë'fie,  &  que  Mr.  de  Pinchefne  avoit  été 
un  de  mes  Ecoliers  ?  C'eft  une  parti- 
cularité que  ce  bureau  de  Critique,  qui  ne 
fe  trouve  en  aucun  Auteur.  Mais  qui  lui 
a  dit  qu'Ariftarque  n'avoît  rien  écrit?  Sui^ 
das  dit  qu'il  avoit  écrit  plus  de  huit  cens 
volumes  de  feuls  Commentaires  ;  &  fi  on 
en  croit  Libérius  dans  fa  Bibliophilie,  qui 
eft  un  des  Auteurs  favoris  de  Mr.  Baillet, 
il  en  avoit  écrit  plus  de  mille.  Mais  il 
ne  faut  pas  l'en  croire.  Il  faut  s'en  tenir 
à  ce  qu'en  a  dit  Suidas.  Et  comment  A- 
riftarque  n'auroit-il  rien  écrit,  ayant  fait 
une  nouvelle  édition  des  Livres  d'Homé- 
re,  &  les  ayant  divifez  de  la  façon  que 
nous  les  avons  aujourd'hui  ,  fî  nous  en 
croyons  Plutarque;  car  félon  Elian  ,  cela 
eft  dû  à  Pififtrate.  Cette  nouvelle  Edi- 
tion eft  fouvant  citée  par  Euftathius.  Au- 
roit-il  fait  cette  nouvelle  Edition  fans 
rendre  raifon  de  fa  divilion  ? 

Il  avoit  aufîi  fait  des  Remarques  fur 
Pindare  (&  ces  Remarques  font  citées  plus 
d'une  fois  par  le  Scholiaftc  de  ce  Prince 

des 


Anti-Baillet.  P.  Il  77 

des  Lyriques,  vhvivêt  /xjj  K«Tà'Ap/'ç«p%ov, 
vbAa  wtTi  Tôt  eny  toajtu.  C'eft  fur  la  pre- 
mière Olympionique  ,  page  15*.  de  l'édi- 
tion de  Rome  Et  fur  la  fegonde,  page 
24.  \-\p/çtfp%oc  ti}v  xcAiv,  omvffia  iroTaixë 
rp$*T\ry6psvé  (prçs-/.  Et  page  34.  Y.pvQiov  y 
'Âp/çapfcOÇ,  %«p#ST8  ypâQsfApvtycv,  actî 
àxoàliïuci  Kpu4//v.  Et  page  36  fur  la  troi- 
iieme  Olympionique  :  d  £f  '  Ap/çap%ojCp^<7?; 
sr^pà  tc?;  'AypwyzvTt'voiç  àià  Tiy.vfi  thaï 
ûiocAÔpzç.  Et  fur  la  cinquième,  page  47. 
'Api'çapxoç dvAei  Qzeuviïùir/UTypeiiKctustpt- 

Vffi  T/JV  KlfJLVW,   ÙQj  <A.Ç'AUÎ  TtÔhlV  &vo[Lcicbut. 

Comme  cette  faute  eft  une  des  plus 
grandes  de  Mr.  Bailler,  elle  a  été  remar- 
quée par  tout  le  monde:  &  tout  le  mon- 
de l'en  a  averti.  Il  a  voulu  la  pallier,  en 
difant  dans  fes  Corrections  :  Je  ne  fuis 
pas  fortement  perfuadé  qu'il  faille  dis- 
tinguer le  célèbre  Critique  Arifiarque  d'a- 
vec le  Grammairien  ,  à  qui  Suidas  donne 
plus  de  800.  volumes  de  compofition  j  com- 
me je  Vai  remarque'  à  la  page  42T.  c'efi 
pourquoi  f  abandonner  ois  volontiers  les  ga- 
rantis fur  la  foi  defquels  f  ai  dit  que  ce  Cri- 
tique s'/toit  contenté  de  cenfurer  les  écrits 
des  autres  fans  vouloir  rien  écrire  lui-même. 
Qui  font  ces  garands  ?  Mr.  Baillet  a  û 
honte  de  les  nommer.  C'eft  Chriftianus 
Libérius,  Auteur  de  nulle  autorité  en  ces 
fortes  de  matières.  Voici  fes  termes ,  qui 
font  de  la  page  21.  de  fa  Bibliophilie  :  Sic 
Ariflarcbus  Grammaticus  nulles  non  repre- 
hendebat ,  nihil  ipfe  feribens,  ne  ab  aliis  rè- 
prehendi  pojjet.  Mais  qui  a  jamais  diftîn-» 
gué  le  Grammairien  Ariitarque  d'avec  le 
D  3  Criti- 


78  Anti  Baillet,  P.  I. 
Critique?  Et  qui  a  jamais  appelé  Ariftarque 
le  Grammairien,  Arijlarque  le  Critique"1. 
Qu  iqu'il  tût  Critique,  on  ne  l'appeloit 
point  le  Critique:  on  l'appeloit  le  Gram* 
mair':en:  le  métier  des  Grammairiens  n'é- 
tant pas  diitingué  de  celui  des  Critiques. 

xxvi. 

Ce  qu'a  écrit  Mr.  Baillet  que  Platon  avoit 

80.  ans  l.rJjLiiil  mit  au  jour  fes  Dialo- 

gués ,  n'e/l  pas  véritable. 

MOnfieur  Baillet.E»  effet ,  Pla- 
ton avoit  %o.ans  quand  il  mit  au  jour 
fes  Dialogues  qui  renferment  toute  [a  Phi- 
lo fophie  :  après  les  avoir  long-tems  Suppri- 
mez dans  Vobfcurité  de  fon  cabinet. 

Ménage.  Il  eft  vrai  que  Platon  fût 
long-tems  avant  que  de  publier  fes  Ouvra- 
ges. Mais  aucun  des  Anciens  n'a  dit  qu'il 
ne  les  publia  qu'après  la  quatre  vingtième 
année  de  fon  âge:  qui  étoit  une  circons- 
tance à  ne  pas  oublier  li  elle  ût  été  vérita- 
ble. En  ce  cas,  il  les  auroît  publiez  l'an- 
née de  fa  mort  :  car  félon  Hermippus  dans 
Laërce  ,  il  mourut  dans  la  quatre  vintié- 
me  année  de  fon  âge.  Jonlius  ,  qui  eft 
mi  des  Auteurs  favoris  de  Mr.  Baillet ,  a 
écrit  au  chapitre  8.  du  livre  1.  de  fon  His- 
toire des  Philofophes,  que  le  Gorgias  de 
Platon  fût  publié  la  100.  Olympiade.  Et 
ainiï  ce  Dialogue  auroit  été  publié  huit 
ans  avant  la  mort  de  fon  Auteur  :  car 
Platon  mourut  la  première  année  de  la 
joS.  Olympiade. 
Il  elt  au  relie  très-faux  que  Platon  ait  tenu 

fes 


Anti-Baillet.   P.I.        79 

Tes  Dialogues  fupprimez  dans  robfcurité 
de  fon  cabinet.  11  les  lifoit,  &  les  don- 
noit  à  lire  à  tout  le  monde.  Athénée  a 
écrit  au  chapitre  dernier  du  Livre  il.  de 
fes  Dipnofophiiles,  que  Gorgias  ayant  lu 
dans  une  aflemblée  le  Dialogue  de  Platon 
intitulé  le  Gorgias,  il  dit  à  ceux  qui  étoient 
préfents  à  cette  Lecture  ,  qu'il  n'a- 
voit  rien  dit  de  tout  ce  que  Platon  lui  fé- 
foit  dire  dans  ce  Dialogue.  Et  il  ajoute, 
que  Phsedon  avoit  dit  de  lui  la  même  cho- 
fe  après  avoir  lu  le  Dialogue  de  l'Immor- 
talité de  l'Ame,  intitulé  le  Phalon.  Le 
même  Auteur  a  écrit  que  Protagore  ayant 
lu  le  Dialogue  qui  porte  fon  nom,  dît 
quePlatonfavoit  bien  brocarder,  ù:ç  y.aKZç 
fïSs  nAarwv  lctfjL&i%£tv.  Et  Diogéne  dans 
Ja  Vie  de  Platon  dit  que  Platon  ayant  lu 
fon  Dialogue  de  Lyfis  à  Socrate,  Socrate 
dît  en  s'écrîant,  Quels  menfonges  ce  jeune 
homme  dit  de  moi!  Il  dit  aufïi  queFavorin 
avoit  écrit,  que  Platon  lifant  fon  Dialo- 
gue :Je  l'Ame,  tout  le  monde  fe  retira,  à  la 
referve  eTAriûote  qui  l'entendit  tout  entier. 

XXVll. 

Ce  cjue  dit  Mr.  Baillet  que  y  nies  Scaliger 
"il  ûî  mieux  aimé  avoir  fait  PO- 
de  crfioracz  Donec  gratus  eram  tibi, 
que  d'être  Roi  de  Perfe,  ifeft  pas  viri- 
le. Mr.  B aille t  n'a  jamais  lu  toute 
entière  la  Poé:ique  de  Jules  Scaliger  qu'il 
cite  fans  cefj'e. 

On  fîeur  Bail  le  t,   qui  cite  fans 

celle  la  Poétique  de  Jules  Scaliger  , 

D  4  ne 


M 


So  Anti-Baillet.  P.  I. 
ne  Ta  jamais  lue  toute  entière.  Il  dit  à  la 
page  305".  de  la  troifiéme  partie  du  qua- 
trième Tome  :  Jules  Scaliger  témoignait 
qu'il  auroït  mieux  aimé  être  l'Auteur  de  la 
neuvième  Ode  d'Horace  du  3.  livre >  que 
d'être  Roi  de  Perfe  ;  ou  même  avoir  fait  la 
3.  du  4.  livre,  que  d'être  Roi  d  Arragon: 
comme  font  remarqué  a  V  envi  Mr.  Guéret, 
Mr.  D acier ,  Mr.  Teiffier  ;  es5  d'autres  per- 
fores de  Lettres.  Et  à  la  Note  fur  cet  endroit 
L'Ode  qui  au  goût  de  Scaliger  vaut  mieux 
que  le  Royaume  de  Perfe ,  efl  la  9.  du  3.  li- 
vre. CTft  un  Dialogue  d'Horace  &  de  Ly- 
dla,  qui  commance  par  Donec  gratus  eram 
tibi.  Celle  qui  vaut  mieux  que  le  Royaume 
d'Arragon,  eft  la  3.  du  4.  livre  a  Melpo- 
rnéne ,  qui  commence  par  Quem  tu  ,  Mel- 
pomene. 

Jules  Scaliger  n'a  point  parlé  de  ce 
Royaume  de  Perfe.  Voici  fcs  termes  : 
qui  font  du  chapitre  7.  du  livre  6.  de  fa 
Poétique  :  Inter  cœteras  vcro  ,  (il  parle 
des  Odes  d'Horace)  duas  animadverti , 
quihus  ne  ambrofiam  quidem  aut  neéiar 
dulciora  putem.  Altéra  ,  efl  tertia  quartl 
libri  ; 

Quetn  tu,   Melpomene,  femel 
JSafcentem  placido  luminc  vidcris, 

Altéra ,  nona  ex  tertio  ; 

Donec  gratus  eram  ttbi. 

Quarum  fimiles   ntalim   à  me   comportas , 
quàm  Pythionicarum  multas  Pindari,  & 

Ne- 


Anti-Baillet.  P.  I.         82 

Nemeonicarzim:  quarum  Jimiles  compofuis~ 
fe ,  quàm  ej]'e  toùus  Tarracor.enfis  Rex.  Et 
Mr.  Dacier  tur  l'Ode  Donec  gratus  eram 
tibi ,  n'a  fait  mention  ni  du  Royaume  de 
Perfe  ni  de   celui   d'Arragon.     Il    a  fait 
feulement  mention  de  ce  dernier  Royau- 
me fur  l'Ode  Qjtem  tu,  Melpomene.   Mr. 
Teilïier   n'a  point  non  plus  parlé  de  ce 
Royaume  de  Perfe.     Oeft  dans  fon  Elo- 
ge de  Bucanan  par  Mr.  de  Thou ,  où  il  a 
parlé  de   ce  jugement  de  Jules  Scaliger 
touchant  ces  deux  Odes  d'Horace:  mais 
où  il  n'a  fait  autre  chofe  cfue  de  citer  l'en- 
droit de  mes  Obfervations  fur  Malherbe, 
où  j'ai  dit  que  PalTerat  difoit  qu'il  ût  mieux 
aimé  avoir  fait  l'Ode  deRonfard  au  Chan- 
celier de  l'Hôpital  que  d'être  Duc  de  Mi- 
lan, &  que  le  Père  Bourbon  difoit  qu'il 
ût  mieux  aimé  avoir  fait  les  Séaumes  de 
Bucanan,  que  d'être  Archevêque  de  Pa- 
ris :  de  la  même  façon  que  Scaliger  difoit 
qu'il  ût  mieux  aimé  avoir  fait  les  deux  O- 
des  d'Horace  dont  nous  venons  de  par- 
ler,  que    d'être    Roi   d'Arragon.     Pour 
Mr.  Gucret,  il  eft  vrai  que  dans  fon  Li- 
vre de  la  Guerre  des  Auteurs,  à  la  page 
97.  il  a  écrit  que  Scaliger  préféroit  l'Ode 
d'Horace  Donec grat us  eram  tibi  au  Royau- 
me de  Perfe.   Ce  qui  confirme  ce  que  j'ai 
dit  tant  de  fois  que  Mr.  Baillet  ne  cite  pas 
les  Auteurs  de  la  première  main ,  pour  me 
fervir  de  cette  expreffion  de  feu  Mr.  de  la 
Thibaudiere.     Ce  qui  a  brouillé  îa  mé- 
moire de  Mr.  Guéret,  c'eft  ce  vers  d'Ho- 
race, Perjarum  vigut  Rege  beatior. 
Mais  qne  veut^  dire  Mr,  Baillet  en  di- 
D  5  fant  : 


S  2         An  ti-Baillet.  P.  I. 

fant  que  d'être  Roi  de  Perfe ,  ou  même  que 
d'être  Roi  dArragon  ?  Comme  fi  le 
Royaume  d'Arragon  valoit  mieux  que 
celui  de  Perfe.  Il  efi  à  remarquer  que 
Rex  totlus  Tarraconenfis,  lignifie  propre- 
ment Roi  de  toute  l'Efpagne  Tarracon- 
noîfe  (i). 

J'ajoute  à  toutes  ces  remarques,  que  le 
Pcre  VavaiTeur  dans  ion  Livre  de  î'Epi- 
gramme  page  141.  préfère  l'Ode  Donec 
gratus  eram  à  celle  de  Quem  tu  Melpome- 
72e:  parce  que  c'eft  un  Dialogue:  &  qu'il 
s'e'tonne  que  $caliger  n'ait  pas  fait  cette 
remarque. 

XXVIII. 

Ce  que  dit  Mr.  Baiîîet  que  le  Livre  de 
Milïjîa  Romana  imprime'  fous  le  nom 
de  Lipfe  ,  jfefl  pas  de  Lkfe ,  cft  très- 
faux. 


M 


Onfîeur  Baillet    dit    à   la  page 
157.  de  la  fegonde  partie  de  fon  îe- 

gond 


*f  1.  J'airnerois  mieux  Tdrra^tnnoïfe. 

^J  2.  Quoique  dans  le  fend  Lipfe  r.'a't  pas  été 
en  plagiaire ,  £c  que  res  raifons  qu'il  produit  pour 
fa  juiîiiication  dans  l'Epitre  10.  de  la  i.  Centurie 
;J  j  puifTent  iei'v:r  de  réponleà  toutes  les  ac- 
eufitions  non  feulerfieni  du  fréfidént  du  Faur , 
mais  eucoxe  de  Muret,  de  Giphauius  ,  de  Sciop- 
pius,  de  Scaliger,  deRichaid  Montaigu  ,  de  Bou- 
Jenger,  de  Saumaiie,  &c.  (P.  Faber  in  ^4î»niftic«m 
Muret,  èpift.  c.d  L  ;f  G:phan.  epîfi.  tdMuret.  Scioppius 
inPnap.carm.  8.  Scal'gcrana  pofîeriora ,  V.  L'pfas,  &c 
V.  Muret  tu,  Buleugems  Uk.  \z,  bijhfui  tcmporu.Gun- 

thç- 


Anti-B  aillet.  P.  I.  S*f 
gond  Tome  que  le  Livre  de  Militia  Ro- 
marna  publié  par  Lipfe  fous  le  nom  de 
L/pfe  ,  n'cft  pas  d~  Lipfe.  Il  eft  très- 
faux  eue  ce  Lhvre  ne  foit  pas  de  Lipfe. 
Lipfe  n'étoit  point  un  plagiaire  (2).  Et 
tous  ceux  qui  ont  parlé  de  cet  Ouvrage, 
en  ont  parie  comme  de  fon  Ouvrage. 
Daniel  Hl indus,  contemporain  de  Lipfe, 
dans  la  Lettre  qu'il  a  écrite  à  Calaubon 
fur  la  mort  de  Scaliger,  en  parle  comme 
d'un  Ouvrage  de  Lipfe.  Exijlimo  poflre- 
:  morPem  ufus  eji  Aitéîores^ 

n  ,  CT  Lipfii  de  Militia  Romana 
libros fuijj'e.  Ce  qui  a  fat  faire  cette  fau- 
te à  Mr.  B.iil:t.  c'dr  cet  endroit  du  Se- 
cond ScaKgerana,  pa<e  143  hipjius  libro 
de  Militia  Ros/iana,  omnia  cepit  ex  fran- 
fifeo  Piitritio,  qui  Italie è  fcrijpjit  ea  de  re, 
Eiî-ce  à  dire  que  Lipfe  n'eft  pas  Auteur 
dç  ce  Livre?  Par  ce  raifonnement  .\»r. 
B.iîllet  ne  feroit  pas  Auteur  d'un  nombre 
infini  de  Chapitres  de  fon  Livre,  qu'il  a 
pris  des  Féfeurs  d'Eloges. 

XXIX. 

theridj  de  Jure  M*ni«m  22  Saîmidus  tpijl.  93.  fur 
quoi  l'on  peut  voir  Tli»haafîui  <!e  v'f.r'o,  ?c  Jean  Al- 
bert Fabrice  dans  fa  Decus  decadura.)  il  faut  pour- 
tant uvouër  qu'il  auro:t  mieux  fait  d'éviter  ces  for- 
tes de  reproches  en  faliant  quelque  mention  des  Au- 
teurs ,  à  qui  il  ne  pouvoit  difeonvenir  qu'il  n'eût 
quelque  obligation.  Ce  que  perfo:i->e  n'a  rémar- 
qué de  Lipfe  eft  que  pour  illuftier  pluiîeurs  endroits 
du  Traité  de  Sei.e  ;'-ic  4e  Clément  fa,  il  s'ot  fervî  des  S 
mêmes  citations  dent  Calvin  alors  Catholique,  Se 
qui  n'avoir  pas  v:ngt-H'ois  ans  complets,  Vetoit 
lervi  a.'ant  lui  dans  ie  Commentaire  qu'il  lit  in*, 
fumer  à  faiis  fur  ic  même  Traite  l'an  ijj** 

D  6 


84        Anîi-Baillet.  p.L 
XXIX. 

J  unification  des  quatre  vers  que  j'ai  faits 
fur  le  Poème  intitulé Afinus  in  Parnatïb. 

MOnfieur  Bail  le  t.  Mais  nous  ne 
pourrions  pas  produire  un  Poète  plus 
zélé four  la  gloire  de  Mr.  Ménage  que T 'Au - 
teur  du  Songe  appelé  A  fi  nu  s  in  Parnafïb  ; 
fi  toutefois  l'on  peut  dire  que  Mr.  Ménage 
ne  nous  ait  pas  trompé  en  nous  révélant  j'on 
nom  ,  &  en  voulant  nous  perfuader  que 
c'efl  un  François.  Cet  Auteur  adjuge  à  Mr, 
Ménage  le  premier  rang  d'après  Phébus  < 
immédiatement  i  fur  le  Parnaffe  ,  &  lui 
donne  la  préféance  généralement  fur  tous  les 
Poètes  fans  exception.  Mr.  Ménage  dont  la 
modeflte  afouffert  prodigieufement  en  cette 
rencentre ,  s'eft  cru  obligé  d'aller  prompte- 
ment  au  devant  de  la  colère  de  Mr.  de  San- 
teuil  &  de  Mr.  du  Périer -,  à  qui  on  f ai  foi  t 
fine  injure  fi  vifible:  es3  pour  les  appaifer  j 
il  fit  cette  Epigramme  Latine ,  qui  eft  en', 
çtre  un  monument  de  fa  vertu: 

Sacro  in  vertice ,  qui  C  h  or  ut  fedtbaï 
Vatum ,  ultro  mïhi  detulijfe  primas 
Dixit  Ctmmirius.    Quid  invidttu , 
Santoll,  Pererlque  ?  Somniabat, 

Nous  avons  toujours  oui  dire  qu'on  ne  té- 
moigne jamais  mieux  que- Ton  mérite  une 
Dignité ' ,  ou  un  rang  de  diftinètion  ,  que 
lorfqu'o'n  le  refufe  par  un  véritable  fenti* 

mert£ 


A'nti-Baillet.  P.K         8? 

ment  de  modeftie.  Mais  on  n'a  point  donné 
lieu  à  Mr.  Ménage  de  mettre  cette  belle 
vertu  dans  tout  fon  jour  ,  puifqu 'il  n'a  point 
fouffert  de  tentation ,  &  qu'on  ne  lui  a  pré-* 
fente  ce  premier  rang  qu'en  fonge. 

Ménage.  Comme  je  fuis  celui  que 
Mr.  Baillet  a  le  plus  maltraité,  dans  fon 
Livre,  plufieurs  de  ceux  qui  ont  fait  des 
vers  contre  ce  Livre,  me  les  ont  adres- 
fez  :  &  entr'autres ,  le  Père  Lucas  &  le 
Père  Commire  de  la  Compagnie  de  Jefus. 
Celui-ci  m'a  adreilé  un  Poème  intitulé 
Àfinus  in  Parnajfo.  Il  dit  dans  ce  Poème 
qu'étant  endormi ,  il  fongea  qu'il  étoit 
dans  une  Colline  de  la  Montagne  au. dou- 
ble fommet,  où  étoient  les  pins  célèbres 
Poètes  Grecs,  Latins,  &  François:  que 
j'y  étois  aum*  :  &  que  tous  ces  Poètes 
d'un  commun  confentement,  me  donner 
rent  le  premier  rang  après  Apollon, 

In  ait ero  fédère  Parnaffi  jugo 
Videbar.     Adtrant  ingénu  V  fc'ientU 
Quos  lande  claros  fama  fuper  aftra  extulit  ; 
Gr  trique ,  Rcmanique  ;  çr  utriufque  Amuhs 
Quos  Litterarum  Gallia  eduxit  parens  : 
Otnxes  décorum  floribu  s  vincli  caput. 
Jiis  miftm  aderas  tu  quoque  ;  ct"  Phxbo  Ucum 
Tibi  omnU  ultro  proximum  dederat  Chorut. 

Je  fai  bien  que  je  ne  mérite  pas  ces 
louanges:  &  celui  qui  me  les  a  données, 
le  fait  bien  auffi.  Mais  comme  la  Poëfie 
aime  l'Hyperbole  ,  les  Poètes  ont  accou- 
tumé de  donner  de  ces  louanges  hyperboli- 
D  7  ques 


86        Anti-Baillet.  P.  I. 

ques  aux  perfoimes  qu'ils  louent.  Dans 
leur  langage,  tous  les  vaillans  font  auili 
vaillans  que  Mats;  toutes  les  Belles  auffi 
belles  que  Venus;  &  tous  les  Poètes  font 
des  vers  comme  Apollon.  Plus  Mars 
que  Mars  de  la  Thrace:  Telle  tfefl  point 
sa  Cythéree  :  Proxima  Phœbi  verfihus  ille 
fach  Le  Père  Commire  ne  doit  donc 
pas  être  blâmé  de  m'avoir  donné  ces 
louanges  :  &  je  dois  être  loué  de  les  a- 
voir  rejtrttées  ,  par  ces  vers  ,  que  Mr. 
Baillet  a  mal  repréfencez. 

Sacre  in  vertice  qui  fedent  Pott&t 
Vitro  omnes  mihi  dttulijjs  primas , 
Dixir  Commirius.     Quià  invïdetis, 
Smtoll,  Pererlque?  Sommabat. 

Y-a-t-ilau  relie  quelque  chofe  à  dire  à  cet- 
te Epîgramme:  foît  du  côté  du  lens  :  foît 
du  côté  de  l'expreffion:  Toit  du  côté  de  la 
modeftie  ?  J'avoue  ingénument  que  je 
n'ai  pas  afiez  d'efprit  pour  comprendre  la 
flnelle  de  la  raillerie  que  nôtre  Arrftarque 
a  faite  de  moi  en  cette  occifion. 

Le  Père  Commire,  après  avoir  faft  fon 
Afiinus  in  Parnaffo  au  fujet  ces  fgnoran- 
ces  groffiércs  de  Mr.  Bailiet,  rît  en  fuite 
au  fujet  de  fes  jugemens  cornus,  fon  -.'- 
finus  judex.  Ce  Poème  fera  produit  au 
chapitre  30.  il  fît  enfuite  fon  Afinus  ad  /y- 
ram ,  &  un  de  fes  Confrères  ,  dont  le 
nom  n'eft  pas  venu  à  ma  conno-'{]ànce,fit 
depuis  à  fon  imitation,  fur  le  même  fu- 
jet ,  un  Poème  intitulé  Afinus  Piâor.    Et 

c'eù 


Anti-Baillet.  P.  I.  87 
c'eft  à  l'occalion  de  ces  quatre  Poèmes 
qu'on  a  fait  cette  Epigramme,  par  laquel- 
le on  donne  avis  aux  Grammairiens  de  ne 
plus  offanfer  les  Poètes,  comme  a  fait 
Mr.  Baillet. 

Crammaticâm  de  pUbt  unus ,  ludique  Mai%fler, 
Expers  judicii ,  Doclrin&  B  AjUL  US  exfers, 
Vattsque,  ty  Vatum  Janftos  cirpthat  ameres. 
Non  tulit  Vatum  pr  inceps  COMM1RIUS. 

Jp/um 
Carminé  fukUmi ,  vifluro  Carminé  in  £vum , 
Jiicet  in  ftohdum  v'mdtx  mutavit  Afelîum. 
Et  nunc  ecce  i>«cat  Lutecia  tôt  ci  Rudentem , 
Centtmptorem    illum  Vatum  ,    Vatum  illum 

inimicum. 
Vijcite ,  Grammaticl ,  dafios  non  temnere  Vates, 

XXX. 

Répotify  a  la  Réponfe  de  Mr.  Baillet,  au 

fujet  des  Âbe'ùles  du  Parnafje  ,  dont  il 
e/i  parle  dans  l'Aii  nu  s  in  ParnaflTo  du 
p.  Comm.re. 

MOnfieur  Baillet,  dans  fes  E- 
clairciiremens  à  la  page  14.  Quoique 
ers  (il  parle  des  vers  qui  ont  été  faits 
contre  lui ,  par  le  Père  Lucas,  par  le  Pè- 
re Commire,  par  Mr.  de  Valois  le  jeune, 
&  par  Ménage)  folent  du  nombre  des  cho~ 
fes  que  F  on  doit  abandonner  à  la  ri  fée  pu- 
blique ,  &  que  ce  foit  peut  -  être  s,oppofer 
rnal-à-propos  a  leur  mauvaife  fortune ,  que 
0F en  renouveller  la  mémoire  \  je  fuis  dire 

qu'ils 


S8  A  N  T  l  -  B  A  I  L  L  E  T .  P.  î. 

qu'ils  m'auraient  fait  moins  d'honneur  s* Us 
n'ai) oient  point  deshonoré  mes  Adverfalres 
&  mes  Cenfeurs.  Celui  qui  s'eft  chargé  de 
leur  caufe  &  de  leurs  intérêts  dans  le  Son- 
ge Alînus  in  Parnafîb  ,  a  cru  devoir  'em- 
ployer toute  fa  vertu  Poétique  pour  les 
transformer  en  infectes  volans,  &  les  fai- 
re fondre  fur  F animal  que  Morphée  a  fait 
entrer  dans  f  on  imagination.  Mais  il  n'a 
point  tenu  à  lui  que  fon  indifcrétwn  ne  leur 
élit  été  mortelle  :  &  s'il  s'eft  bien  fouvenu 
des  leçons  de  fon  Maître  ,  il  a  du  fuppofer 
que  tous  ces  petits  animaux  auf quel  s  il  com- 
pare mes  Cenfeurs ,  n'ont  pu  me  piquer ,  ni 
me  laiffer  leur  aiguillon  ,  qu'il  ne  leur  en 
ait  coûté  la  vie  animas  in  vulncre  ponunt. 
Grâce  à  l'imprudence  du  Poète  ;  grâce  aujfi 
a  la  conftitution  de  la  nature  de  Fafne\  il 
fe  trouve  enfin  que  le  gros  animal  en  a  été 
quitte  pour  quelques  légères  in  fuit  es  ,  & 
qu'il  a  furvêcu  a  tous  ces  petits  infectes , 
qui  fe  font  précipitez  à  la  mort  de  la  frtk- 
niere  du  monde  la  plus  mal  concertée. 

Ménage.  Comme  le  Baudet  du  Par- 
naiïe  n'eft  pas  mort  des  piqûres  des  Abeil- 
les du  Parnafle;  car  les  aines  ont  la  peau 
plus  dure  que  les  chevaux,  dont  Pline'  a 
dit,  Eft  in  exemplis,  equos  ab  apibus  occi- 
fos;  ces  Abeilles  ne  font  pas  mortes  non 
plus  de  ces  piqûres.  Et  à  ce  propos,  je 
veux  bien  avertir  Mr.  Baillet,  que  tous 
les  Phyfïciens  ne  demeurent  pas  d'accord 
que  les  Abeilles  meurent  de  leurs  piqûres: 
ce  qui  a  été  remarqué  par  Pline.  Mais 
quand  les  piqûres  des  Abeilles  feroient 
mortelles -félon  le  fentiment  d'Ariftote. 

de- 


Anti-Baillet.  P.  I.         Sç 

de  Nicandre,  &  de  Virgile,  ce  qui  a  fait 
dire  à  Seneque :  utinam  qu'idem  homïn'i  lex 
effet ,  quœ  &  apibus  cura  zelo  franger  et  ur 
nec  fapius  Uceret  nocere  quara  ferael. 
Quand ,  dis-je ,  ces  piqûres  feroient  mortel- 
les aux  Abeilles,  le  Père  Commue  ne  fe- 
roit  pas  coupable  d'avoir  fait  piquer  par 
les  Abeilles  l'afne  dont  eft  queftion  ;  les 
Poètes  ne  font  pas  obligés  de  péfer  fcru- 
puleufement  ces  chofes.  C'eft  fur  ce  fon- 
dement que  Mr.  Guiet  un  des  plus  judi- 
cieux Ecrivains  de  fon  tans  a  fait  ce  beau 
diftique  fur  les  Abeilles  des  armes  d'Ur- 
bain VIII. 

Urbani  quid  dpes  facro  meditantur  in  crie  ? 
Dulc'tA  mella  bonis ,  fpicula  acerba  maïis. 

L'illuftre  Mr.  Clément  Confeiller  à  la 
Cour  des  Aides  a  fait  fur  ces  mêmss  A- 
beilles  du  Pape  Urbain  cette  belle  devife  : 

Sfonte  favos ,  tgrefpicula. 

Mais  je  ne  puis  affez  m'étonner  de  ce 
que  dit  ici  nôtre  Docteur,  qu'il  a  furvécu 
ces  Abeilles  qui  le  piquèrent  fur  le  Par- 
naffe;  puifque  long-tems  après  elles  font 
revenues  à  la  charge  ,  excitées  par  ces 
beaux  Hendécafyllabes  du  Père  Commire, 

Mellis  arùHcti ,  va%&  voîucrts, 
Quels  Phœbi  per  amœna  fa  s  virtta  , 
Hormscjue  Aonldmn  xoUre  picîos  : 
Cur  cejfatis,  Apts?  Ad  arma ,  ad  arma. 

Aï- 


90        Anti-Baillet.  P.  I. 

Arc  ai  hâflis  a  défi,     Afellus  Me 
Portitor  Satyri  ebrius  protervi , 
Quem  fatto  agmine  nuper  txptilifiis, 
In  Cyrrham  redit  ultor ,  atque  tant» 
Pares  dcdecori  vîtes  mïnatttr. 
Auditis  frsmitus  feros  rudtntis? 
Utpede,  QJcelus!  atterit  petulc* 
Infcriptos  feins  fuperba  Regum 
Flores  nomma ,  lividoque  denté 
Dis  ipfis  petit  arbores  amatas. 
Etjam  cerea  dijfipare  caflra, 
Vefiros  perdere  jam  parât  labores. 
Moque  ore  fm  vepreta  ,  ©*  hirtos 
Sueto  rodere  car  duos ,  Qlympi 
Miffum  tnuntre  netlxr  inquinabit  ! 
Et  cejjàtis  adhuc .?  Adefte ,  dde/le. 
Tela  firingite  quotqmt  efïis  omnes. 
Kâres ,  iabra ,  oculos ,  ty  hinc  çr  Mine 
Ferite:  ftimulosque  calcitranti 
Alte  figite  :  duplicate  plagas. 
Ut  dura  cute  fit ,  tamen 
Ictus  fentiet  intïmis  adaclcs: 
Capïflro  ey  cupiet ,  moU^ue  rtddi. 

Comment  un  petit  homme  comme  Mr. 
Baillet  peut -il  s'imaginer  d'avoir  vaincu 
en  matière  d'écrits  un  auln  grand  person- 
nage qu'eft  le  PereCommire?  Mais  pour- 
quoi traiter  d'infecles  les  Poètes  figurez 
fous  les  Abeilles?  Tous  les  plus  excellais 
Ecrivains  fe  font  fervis  de  cette  compa- 
raifon.  On  appeloit  Xénophon  F  Abeille 
Afrique:  ce  qui  a  été  remarqué  par  Sui- 
das. 


Ant i-Baillet.  P.  I.  91 
das.  Et  Eunapius  remarque  dans  la  Vie 
d'Gribalius ,  qu'on  appeloit  Abeilles  tous 
ceux  généralement  qui  étant  nez  à  Athè- 
nes, escelloient  en  éloquence. 


XXXI. 

Ce  que  dit  Mr.  Baillet  que  Choppin  ut  mil- 
le pijloles  pour  la  première  partie  de  [es 
Commentaires  fur  la  Coutume  d?JLnjou^ 
n'eft  pas  véritable* 

M Onfîeur  Baillet.  Reni  Choppin 
eut  des  Lettres  de  noblejpe  pour  f%n 
Lare  du  Domaine ,  &  mille  pijloles  pour 
la  première  partie  des  Coutumes  d'Anjou. 

Ménage.  Il  eft  vrai  que  Choppin 
fut  annobli  par  Henri  III.  &  fes  Lettres 
d'annobliiîèment,  qui  font  données  à  Fa- 
ris  au  mois  de  Février  1578-  portent  ces 
claufes  :  ayant  de  long-tems  connoijfance 
des  bonnes  mœurs  ,  vertus  ,  louables  qua- 
lités &  mérites,  qui  font  en  la perfonne 
de  nôtre  cher  &  bien  aimé  René  Choppin , 
natif  de  nôtre  pays  £  Anjou  ;  Vun  des  plus 
fameux  Avocats  de  nôtre  Cour  de  Parle- 
ment de  Paris  ;  &  grands  labeurs  qu'il  a 
pris  toute  fa  vie  en  chofes  louables,  profita- 
bles, &  vertueufes,  ainfi  qu'A  nous  eft  ap- 
paru par  la  compcfitiox  de  plufieurs  Livres 
&  Oeuvres  qu'il  a  faits:  &  lefquels  Li- 
vres il  a  mis  en  lumière  depuis  peu  detems: 
même  un  Livre  Latin  du  Domaine  de  nô- 
tre Couronne ,  &  un  autre  ,  de  la  Police 
Eccléfiaftique  ;  qu'il  mus  a  dédiez,  \  &  pré- 


gi        ânt  i-Baillet.  P.  I. 

fentez  dès  le  mois  de  Mai  dernier  paffé , que' 
nous  étions  en  notre  Ville  de  Blois.  Enquoi 
faifant,  il  a  acquis  beaucoup  de  louanges  ; 
&  mérité  d'être  reconnu  :  comme  dès  le 
même  tems  nous  lui  avons  promis  de  P ho- 
norer du  titre  de  nobleffe.  Mais  il  n'efl: 
point  vrai  qu'on  lui  ait  donné  mille  pifto- 
les  pour  la  première  partie  de  fes  Com- 
mentaires fur  la  Coutume  d'Anjou.  Il 
tfût  d'autre  recompenfe  pour  toute  fa 
Coutume  d'Anjou  que  ce  Décret  de  la 
Ville  d'Angers:  mais  qui  vaut  beaucoup 
mieux  que  mille  piftoles. 

Sur  ce  qu'en  l'Affemhlée  des  Maires  c^ 
Kfchevins  de  la  Ville  d'Angers  ,  tenue  le 
24.  Novembre  15-81.  l'on  eft  entré  en  com- 
mémoration de  ceux  qui.  avoient  bien  mérité 
de  la  dite  Ville  ,  Monfieur  Maître  René 
Choppin,  Sr.  de  Chafton  ,  Avocat  en  la 
Cour  de  Parlement  de  Paris,  y  a  été  mis 
des  premiers  ;  pour  après  autres  beaux  & 
doéies  "Traitez  qu'il  a  expo  fez  en  public ,  a- 
voir  orné  C25  illuftré  de  fes  Commentaires 
la  Coutume  de  ce  pa\s  d'Anjou:  pourquoi, 
la  matière  mife  en  délibération,  a  été  con- 
clu que  le  dit  Sieur  Choppin  ,  pour  avoir 
d'un  tel  œuvre  honoré  fa  patrie,  lui  vouant 
&  dédiant  partie  de  fin  érudition,  rare  & 
exquife ,  fera  au  nom  du  public  remercié  du 
beau  &  digne  Commentaire  qu'il  en  a  fait, 
prié  &  fupplié  de  continuer  ;  nefe  laffant 
point  en  fi  vertueufe  &  généreufe  entrepri- 
se :  par  laquelle  il  rend  fon  nom  ,  &  le 
nom  de  fa  patrie  immortel  {$  per durable  à. 
toujours:  que  pour  ce  bien-fait,  &  coxp>- 
nuéjufqu'à  hui  r  mérite  public ,  les  Maires 


Anti-Baillet.  P.  1-         93 

&  Efchevins  d'Angers  l'ont  tenu  &  tien- 
nent pour  l'un  de  leurs  Confrères  ,Citoyens, 
Efchevins:  CJ5  comme  tel,  l'ont  dès  à  pré- 
Cent  élu  &  élifent  d'un  commun  avis:  lui 
ont  donné  entrée  ,  féance ,  &  délibération 
en  toutes  leurs  Convocations  &  AJfemblées  : 
&  où  les  décendans  de  lui  éliroient  demeure 
&  habitation  en  la  dite  Ville,  la  mémoire 
de  leur  progéniteur  &  prédéceffeur  les  ren- 
dra, &  d' aujourd'hui  les  rend  capables  dç 
tous  les  honneurs,  prérogatives  ,  £3?  préé- 
minences qu'elle  a  h  départir  &  diflribuer  à 
fes  bons  ci?  notables  Citoyens.  Fait  en  P Hô- 
tel &  Maifon  commune  de  la  Ville  d'An- 
gers, fous  le  fél  de  la  Mairie  d' te  elle,  & 
fei;;g  de  nous  J  E  A  N  AïRAULT,  Maire 
&  Capitaine  de  la  dite  Ville  ,1^  de  Maître 
François  Alexandre ,  notre  Greffier  :  le  jour 
&  an  que  de  (Jus. 

Papirius  Maffo,  dans  la  Vie  de  Chop- 
pin ,  a  fait  mention  de  cette  Conclufion 
de  l'Hôtel  de  Ville  d'Angers  :  Mais  ni 
l'ai,  ni  Scévole  de  S.  Marthe,  ni  Claude 
Ménard,  qui  ont  écrit  l'Eloge  de  Chop- 
pin,  n'ont  point  parlé  de  ces  mille  pfljo- 
les.  Et  fes  décendans  qui  m'ont  donné 
des  Mémoires  pour  écrire  fa  Vie  ,  que 
j'ai  écrite  dans  mes  Remarques  fur  la  Vie 
de  Pierre  Ayrault  Lieutenant  Criminel 
dWrigers,  ne  m'en  ont  jamais  auffi  parle. 
René  Choppin  d'ailleurs  n'en  fait  aucune 
mention  dans  fes  Ouvrages.  Et  ainfî,  il 
faut  qu'il  demeure  pour  confiant  que  cet- 
te particularité  eft  tout-à-fait  faufTe. 


XXXII. 


94        Anti-Baillet.  P.  I. 

XXXII. 

Méprife  de  Mr.  B aille t  au  fujet  de  Mes- 
Jieurs  Habert  frères  ;  de  MeJ/ieurs  de 
Montreuil  aujfi  frères  ;  de  MeJ/ieurs  Col- 
letet  ,  père  Q  fils ,  &  de  André  &  de 
François  du  Cbesne,  aujji  père  &  fils. 

MOnfîeur  Baillet  à  h  page  2T2. 
de  la  2.  partie  de  fon  4.  Tome  attri- 
bue à  Mr.  Habert  de  l'Académie  Fran- 
çoife  Abbé  de  Cerify  ,  le  Temple  de  la 
Mort.  Ce  Poème  n'eft  point  de  Mr.  Ha- 
bert Abbé  de  Cerify:  il  eit  de  fon  frère  le 
Commiflnîre  de  l'Artillerie:  comme  Mr. 
Baillet  le  dit  lui-même  à  la  page  70.  de  la 
même  Partie,  au  chapitre  1429.  Ii  faut 
avouer  que  Mr.  Baillet  eft  un  Ecrivain 
peu  exact,  &  peu  judicieux. 

A  la  page  182.  de  la  même  Partie  ,  au 
chapitre  1472  il  parle  de  Jean  de  Mon- 
treuil ,  de  l'Académie  Françoife,  en  ces 
termes  :  ce  que  Pon  a  vu  des  vers  de  Mon- 
treuil n'a  paru  qu  après  ja  mort.  Mais 
quoique  le  nombre  en  [oit  ajjez  grand  ,  /'/ 
f?a  point  été  capable  de  lui  faire  donner  une 
flace  parmi  les  premiers  de  nos  Poètes  Fran- 
çois,   Mr.  Defpréaux  qui  Va  pris  pour  un 

de 

%  T.  En  parlant  de  ce  qu'il  peut  y  avoir  de 
fcciu  parmi  les  Peëfies  de  Montreuil,  il  ne  faloit 
jpas,  ce  roe  femblc  ,  omettre  le  fameux  Madrigal 

Fourquii  me  demandez.-  vont  ttnt 

S* 


Anti-Baillet.   P.  I.        9f 

de  ces  Poètes  qui  fe  foucicnt  moins  de  la 
qualité  que  de  la  quantité  des  vers  ,  fe 
Tante,  que 

On  ne  voit  point  fcs  vers,  à  l'envide  Mon- 
trcuil , 

Groûîr  impunément  les  feuillets  d'un  Re- 
cueil. 

Mr.  Baillet  a  encore  pris  ici  Marte  pour 
Renard.  On  n\i  jamais  imprimé  aucun 
vers  de  Mr.  de  Montreuil  de  l'Académie 
Françoife.  Ceux  dont  on  parle  ici,  font 
de  fon  frère  Mr.  l'Abbé  de  Montreuil, 
nommé  Mathieu  ;  aujourd'hui  vivant  & 
d-meurant  en  qualité  d'Abbé  chez  Mr. 
l'Evêquede  Valence,  nommé  à  l'Arche- 
vêché d'Aix.  Et  parmi  ces  vers,  il  y  en 
a  de  très- beaux  (i;  :  témoin  ce  quatrain; 

Paul  voudroit  nous  perfuader 
Qu'il  faut  beaucoup  d'intelligence 
Pour  exercer  fa  Réfïdence. 
11  ne  faut  rien  que  rélider. 

Et  cçt  autre,  à  Mr.  le  Premier  Préfident 
de  Bellievre; 

Si 

5»  mes  ftux  dureront  &e. 

C'«uroit  été  une  belle  oecafion  à  M.  Ménage  de 
produire  la  traduction  qu'il  en  aroit  faite  en  ita- 
lien &  de  répondre  au  reproche  nue  lui  avoit  fait 
Gilles  Boilea*  d'avoir  dérobé  ce  Madrigal. 


96        ànti-Baillet.  P.  I. 

Si  félon  fon  même  on  tvoit  rccompenfc, 
Tous  mes  vœux  feraient  accomplis; 

Vous  feriez  Chancelier  de  France; 
Je  ferais  aimé  de  Phylis. 

Et  ce  Sonnet.: 

Ne  crains  plus  déformais,  Tyrns,  que  je 
foûpire  : 

Mon  bonheur  a  paffé  celui  de  mes  Rivaux. 
J'ai  bien  des  envieux,  mais  je  n'ai  point  d'é- 
gaux: 

Et  mon  bien  eftfi  grand  que:  je  ne  l'ofedire: 
Tu  fus  le  confident  de  mon  cruel  martire. 

Apprens  donc  mes  plaifirs ,  puifque  tu  fus  mes 
maux. 

Mon  Iris  l'autre  jour  paya  tous  les  travaux 

Que  je  fouffris  jamais  fous  fon  cruel  Em- 
pire. 

La  faveur  que  j'en  eus  ût  contenté  les 
Dieux. 

Elle  ût  charme  les  cœurs  les  plus  ambitieux. 
J'en  demeurai  furpris:  mon  ame  en  fut  ra- 
vie. 
J'en  retiendrai  toujours  &  le  tems  &  le 
lieu. 

J'y 

Ç  x.   Auiïï  n'eft  -  ce  pas  ce  qu'a  entendu  Des- 
préaux quand  il  a  dit  : 

On  ne  voit  peint  mes  vers  à  l'envi  deMontreuil, 
Groffir  impunément  les  feuillets  d'un  recueil. 

Il  a  eu  feulement  en  vue  certains  volumes  de  Poë- 
(ics  choiûes ,  imprimées  chez  Sercy  ,  dans  quel- 
ques- 


Anti-Baiilet.  P.î.         97 

J'y  fongerai ,  Ty  rfis ,  tout  le  tems  de  ma  fie. 
Elle  me  regarda  quand  je  lui  dis  Adieu. 

Et  c'eft  auflï  le  fentiment  du  Père  Ra- 
pin  :  qui  a  dit  dans  fes  Réflexions  fur  la 
Poétique  page  161.  Gombaad  ,  l* Etoile  f 
Montreuil  ,  ont  fait  aujfi  de  petits  vers 
tendres  &  fort  fpirituels.  Il  n'eft  point 
vrai  au  refte  que  ce  Recueil  des  vers  de 
Mr.  l'Abbé  de  Montreuil  contienne  beau- 
coup de  vers  (i).  Il  n'en  contient  guère 
plus  de  deux  mille.  Il  y  a  dans  ce  Re- 
cueil un  portrait  de  l'Auteur,  &  Mr. l'Ab- 
bé de  Montreuil  eft  appelle  Mathieu  dans 
la  Légende  de  ce  portrait  :  ce  qui  fait  voir 
que  nôtre  B:bliothécaîre  n'a  jamais  vu  ce 
Recueil.  S'il  l'avoir  vu,  il  n'auroit  pas 
confondu  Jean  de  Montreuil  avec  Mathieu 
de  Montreuil. 

Mr.  Baillet  a  aufli  confondu  Colletet  le 
fils  avec  Colletet  le  père.  Car  ces  vers 
de  la  Satire  VII.  de  Mr.  Defpréaux, 

Faut-il  d'un  froid  Rimeur  dépeindre  la  ma- 
nie? 

Mes  vers,  comme  un  torrent,  coulent  fur 
le  papier. 

Je  rencontre  à  la  fois  Perrin  &  Pelletier 

Bar- 

ques-uns  deiquels  «n  voir  à  chaque  feuillet  un  Madri- 
gal de  Montreuil ,  ou  deux  au  plus  avec  le  nom  de 
l'Auteur  au  bas  en  gros  caraâére.  Defpréaux  ait 
qu'on  ne  voit  point  les  vers  groffir  de  cette*  forte 
les  feuillets  d'aucun  Recueil  de  *oëiies,  donnant  à 
entendre  par  là  qu'il  n'a  point  affecté  à  la  faveur 
d'un  petit  nombre  de  vers  de  faire  paroiric  fou  nota 
à  chaque  paçe  d'un  Recueil. 

Tom,  FIL  Part.  I.  E 


98        Anti-Baillet.  P.  I. 

Bardou ,  Mauroy ,  Boursfaut ,  Col'ctet ,  Ti- 
trcvillc  : 

Et  pour  un  que  je  veux,  j'en  trouve  plus 
de  mille. 

que  Mr.  Baillet,  au  chapitre  1491.  qui  eft 
de  Guillaume  Colletet  de  l'Académie 
Fraiiçoife,  explique  de  ce  Guillaume  Col- 
letet ,  doivent  s'entendre  de  ion  fils.  11 
en  eft  de  même  de  cet  autre  endroit  des 
Satires  de  Mr.  Defpréaux; 

Tandis  que  Pelletier, croté  jufqu'à  l'échiné, 
Va  mendier  Ton  pain  de  cuilîne  en  cuifine; 

Où  Mr.  Richelet  a  mis  le  nom  de  Colle- 
tet au  lieu  de  celui  de  Pelletier.  Mr.  Ri- 
chelet n'a  pas  voulu  parler  non  plus  de 
Colletet  le  père  Ci).  Ce  Colletet  le  pè- 
re, au  refte,  n'étoit  pas  un  Poète  fi  mé- 
prifable  que  le  fait  Mr.  Baillet. 

A  la  page  143.  de  la  1.  Partie  du  2.  To- 
me, en  parlant  d'André  du  Chefne,  Mr. 
Baillet  l'appelle  André  au  Chefne  Vatfnê ' : 

corn- 

%  1.  Je  n'auroîs  pas  cru  que  M.' Ménage  eût  dû 
jamais  nommer,  &  citer  fans  émotion  Richelet 
dont  il  avoit  11  peu  de  fuiet  d'être  sontent.  Ces 
deux  vers  de  la  Satire  1.  de  Defpréaux 

Tandis  que  Pelletier  crttté ' jufqrf '*  /' échine, 

Va  mendier  fort  pain  de  cuifine  en  cuifine-, 

Se  lifoient  ainfl  dans  la  première  édition  : 

Tandis  que  Colletet  ctotté  jufqu'à  l'échiné, 

S'en  va  chercher  Ton  pain,  de  cuifine  en  cuifine. 

Mais 


À  NTI-B  AILLET.   P.  I.  99 

comme  fi  François  du  Cheiue  qui  eXl  fort 
fils,  étoit  fou  frère  puifné. 

XXXIII. 

Mépriff  de  Mr.  Baillet  dans  fin  métier  de 
Bibliothécaire  aufujet  des  Adverfaria  de 
Mr.  Herauï;  du  Livre  de  "Jules  Scali- 
ger  contre  Cardan  ;  de  P  Indice  Latin  fur 
PHifloire  de  Mr.  de  Thou  ;  &  du  Pru- 
dance  de  Nicolas  Heinfius. 

MOnfieur  Baillet.  Scalîger  dit  que     Tom.  tt 
Défidérius  Hera'dns  s'efl  repenti  d'à-  {^ond* 
votr  fait  ces  Adversaires ,  ou  je  s  grands  Ke-  ge  2r3. 
cueils  m  folio.     Mais  fan  Arnobe  efl  bon. 

Ménage.  Les  Adverfaires  de  Mr. 
Hcraud  eft  un  petit  volume  iu-8.  qui  n'eft 
pas  plus  gros  qu'un  Alraaaac.  Et  Sca- 
lîger ne  dit  point  que  ces  Adverfaires 
foient  in  folio.  Voici  fes  termes:  qui 
font  de  la  page  10$.  de  fes  Segondes  Sca- 
ligeranes  pour  ufer  des  termes  de  Mr.  Bail- 
let: Héraldus  s^eft  repenti  dJ avoir  fait  fes 
Adverfaria.  Son  Arnobe  efl  bon.  Il  pro- 
t  u<i  Tertuilien.    Mr.  Héraud  a  fait  un 

Li- 

Mais  depui-,  a  la  prière  du  célèbre  Prédicateur, 
François  Ogier,  on  mit  Pelletier  pour  Colletet, 
comme  je  l'apprens  du  même  Richelet  paj\  146. 
de  fi  icrf;pcAtio>i  Franfaife,  où  il  ajoute  qu'il  fia i t  la 
choie  d'original  Se  qu'il  en  dira  les  raifens  lorfqu'ii 
fera  imprimer  fes  notes  fur  lf* s  Satires.  Il  faut  vïit 
aufïï  Gueret  pag.  204.  6c  fuivantes  de  la  Guerre  des 
yAuttv.Ys.  Le  nom  de  Colletet  a  été  depuis  rétabli 
à  la  place  de  celui  de  Telletier,  dans  la  Sac.  1.  de 
Defpiéaux. 

BIBLîOTHfC* 

Ottavier**. 


ioo       Anti-Baillet.  P.  I. 

Livre  in-folio,  qui  contient  divers  Trai- 
tez de  Droit.   Mr.  Baillée  a  pris  fans  dou- 
te ce  Livre  in-folio  pour  les  Adverfaria 
dont  parle  Scaliger.     Mais  ce  Livre  ne 
fut  imprimé  qu'en  i6$o.  &  ainli  Scaliger, 
qui  mourut  en  1609.  n'a  pu  en  faire  men- 
tion.    L'édition  des   Adverfaires  eft   de 
iyoo.  à  Paris. 
**g«  *••  &       Moniteur  Baillet.    Les  principaux 
partie  du  2."  Ouvrages  de  Critique  de  Jules  Scaliger, 
Tome.      "  font  fes   Commentaires  CT*  fis  Remarques 
fur  PHifloire  des  Animaux  d'Ariflote  ;  fur 
1er  Livres  des  Plantes  qu'un  attribue  à  ce 
Philofophe\fur  les  Livres  des  Plantes  écrits 
par  Théophrafte  ;  (ur  Hippocrate  des  ïnfom- 
nies  ;  deux  Oraifons  de  Cart  de  bien  dire 
qui  font  des  Inveéïives  contre  le  Cice'ronien 
éPErafme;  les  XI/.  Livres  des  Exercices  & 
Dfputes  de  la  Subtilité  contre  Cardan  \  les 
XL II.   Livres   des    Caîtfis   de    la   Langue 
Latine ;  les  Problèmes  fur  Au/ugelle;  quel- 
ques Lettres  ;  fans  parler  du  Critique  & 
de  l'Hyper  critique  de  fa  Poétique. 

Me- 

%  1.  Jule  Scaliger  n'a  jamais  fait  ,  ni  n'a  ja- 
mais prétendu  avoir  fait  plus  d'un  Livre  d'Exerci- 
tations  contre  Cardan.  Ce  Livre  eft  intitule  Exo- 
tertcarum  Extrcitaticnum  liber  XV.  parce  qu'avant  que 
Scaliger  le  commençât  il  avoir  déjà  compote,  à  ce 
qu'il  dit,  quatorze  autres  volumes  fous  ce  même 
titre,  mais  qui  ne  regardoient  point  Cardan,  Quid 
amplius  vif  (dit  Cardan  ^Aclitn.  in  Calttmniattrem  lim 
brerum  de  Subt:lita*e.)  à  m&ximo  vin  vicius  ero  qui 
jam  quAtuordecim  volurninA  exotericâram  ExtrcitMianum 
fcrip/îjfe  gloriatur,  cum  nulla  a!ia  ttxmen  pndierh  in  lu- 
cem ,  ab  ultimâ  editione  (je  croi  qu'il  faut  lire  editu- 
ttem)  videtur  inchbajfe.  Voyez  parmi  les  Lettres  de 
Jule  Scaliger  celle  qui  s'adreitc  pag.  251.  k  Boè'ce 
Xpo,  où  ces  XIV.  Volumes  qui  n'ont  jamais  vu  le 

jour, 


Anti-Baillet.  P.  I.      ici 
Ménage.  Mr.  Baillet  a  pris  le  quin- 
zième livre  de  Jules  Scaliger  contre  Car- 
dan pour  quinze  livres:  car  nous  n'avons 
qu'un  Livre  de  Jules  Scaliger  contre  Car- 
dan $   qui   eft   le   quinzième  :    les   autres 
ayant  été  perdus;  ou,  ce  qui  eft  plusvrai- 
femblable,  n'ayant  pas  été  faits  (i).    Un 
de  mes    amis    ayant    averti   Mr.  Baillet 
de  cette  bévue  ,   il  demeura  d'accord  de 
l'avoir   faite.     Depuis  ,   il   a   voulu   s'en 
jnm'fier.    Et  voici  comme  il  a  prétendu 
s'en  jui Prier.     On  veut  que  j'aye  dit  que 
les  quinze  Livres  des  Exercices  que  'Jules 
Scaliger  a  faits  delà  Subtilité  contre  Car- 
dan ,    ont  été  imprimez»     C'cjl  néanmoins 
ce  que  ]e  n'ai  point  dit.     Et  quand  je  Mau- 
rois dit ,  je  ne  Vaurois  fait  qu'après  F  Au- 
teur de  fa  Vie ,  ^T  cinq  oufix  Critiques  de 
conféquence  que  je  nommerais  fi  cela  étoit 
néceffaire.     je  pourrais  ajouter  ait Jfi  fur  la 
paro'e  de  M.  Hyde  qu'ils  fe  trouvent  tous 
quinze  imprimez  dans  la  célèbre  Bibliothè- 
que dHOxfort ,  au  parquet  des  Arts ,  tablet- 
te 

jour,  &  quie'toient  fur  des  fujets  particuliers,  font 
nettement  diftinguez  du  quinzie'me  uniquement 
deftiné  à  réfuter  Cardan.  Il  femble  même  quM  en 
eût  entrepris  un  fezïéme  contre  le  Livre  de  varittnte 
rtrum  du  même  Cardan,  autant  que  nous  en  pou- 
vons juger  tant  par  la  Préface  de  ce  féziéme  volu- 
me imprimée  à  Touloufein-4.  avec  d'autres  Opufcu- 
les  du  même  Scaligei  par  les  foins  de  MauiTac,  que 
par  ces  mots  de  l'Epitre  dédicatoire  de  Jean  Cra- 
ton  à  Jofeph  Scaliger  mife  au  devant  des  Exerc  ra- 
tions de  Jule  de  l'édition  d'Allemagne,  Vemm  de 
hit  fortAJfc  Pater  tuus  ,  in  ObfervAxitnibus  &  Caflig*^ 
tioniltus  librorum  de  varier ate  magni  nomiaii  &  t*ff»h 
Cardani  ,  ali<jHi'd  doeïts  eruditt. 

E3 


ici  Ant  i -Baille t.  P.  1. 
tè  S.  nombre  2.  &  parmi  les  Livres  de  Sel" 
den^  tablette  3 '.nombre  28.  j'auruis  lieu 
de  Contenir  la  même  chofe  s'il  étoit  fur  de 
s'en  tenir  aux  éditions  que  je  n'ai  pas 
vues:  comme  de  celles  de  Hanau  ,  £«f  de 
celle  de  Bajl-e  :  qui  en  promet  même  vingt 
&  un  Livres.  Mais  enfin  je  ri* ai  dit  nul" 
le  part  que  ces  quinze  Livres  fujjent  im* 
■primez  :  &  je  ne  le  voudrais  pas  dire  en- 
tore  :  n'ayant  vu  que  deux  éditions  in*  4. 
du  quinzième  de  ces  Livres ,  qui  comprend 
t>lus  de  trois  cens  Difputcs  ou  Exercices, 
C'elt  dans  fes  Corrections.  Il  eft  vrai 
que  Mr.  Bailler,  n'a  pas  dit  en  termes  for- 
mels qu'on  ût  imprimé  quinze  Livres  de 
Jules  Scaliger  contre  Cardan  :  mais  il  Ta 
donné  à  entendre,  n'ayant  parlé,  &  n'a- 
yant û  defTein  de  parler ,  dans  l'endroit  ci- 

defïus 

f  ï.  11  n'eft  point  vrai  que  Jule  Scaliger  n'eût 
compoie  que  quatre-vingts  Livres  ù'Etymologies, 
ou,  comme  il  les  avoit  intitulez,  d'Origines.  Il  en 
avoît  compofé  jufqu'à  fix- vingts.  Lui  même  le 
dit  ainiî  dans  la  Lettre  à  Boëce  Epo:  Suit  praterts 
iibri  Originum  CXX,  quorum  eâitisntm  fréter  molem 
defperAvi,  On  peut  même  dire  que  ces  fix- vingts  Li- 
vres n'étoient  qu'une  partie  d'un  plus  grand  Ouvrage 
dont  il  parle  en  ces  termes  "à  Charles  Sevin  .Lettre 
€1.  Ittm  rtri'.m ,  verborum ,  rituunty  &  originum  ti- 
tras dttidecim  esuibus  prima  pars  perficitur.  ^Aher/im 
ttnU'.m  viginti  liltris  perfeclam  meetim  afferam  ,  ut  publiée 
tb'olvatur.  Tertio,  nondmn  Pcrfeila  eft.  Le  Préfident 
lliuflkc  dans  fa  Préface  des  Commentaires  du  mê- 
me Scaliger  fur  Ariftote  de  Phiftoire  des  animaux, 
écrit  tout  au  long  libri  Originum  cmtum  vtrinri,  2e 
il  eft  furprenant  que  Becman  qui  renvoie  ion  Lec- 
teur à  cette  Préface  ne  compte  néanmoins  quecent- 
dix  livres  de  ces  Origines  Pour  M.  Ménage  ce 
n'eft  pas  d'aujourd'hui  qu'il  n'en  compte  que  qua- 
tre-vingts.  Cette  erreur  le  trouve  dans  l'Epitre  de- 

die*- 


Anti-Baîllet.   P.  I.       103 

défias  rapporté  que  des  Livres  de  Criti- 
que de  Jules  Scaliger  qui  avoient  été  im- 
primez, &  non  pas  de  ceux  qui  avoient 
été  perdus  :  comme  de  Tes  quatre-vingt 
Livres  d'Etymologies  (1).  Ce  que  dit, 
au  relie  ,  Mr.  Bailiet  fur  le  témoignage 
de  Mr.  Hyde,  que  les  quinze  Livres  de 
Sii'jîilïtate  de  Scaliger  contre  Cardan  ont 
été  imprimez,  &  qu'ils  fe  trouvent  dans 
la  Bibliothèque  d'Oxfort  ,  eft  non  feule* 
ment  faux,  mais  ridicule.  S'ils  fe  trou- 
voient  dans  cette  B.'bliothcque  imprimés, 
ii  faudroit  que  l'Imprimeur  n'en  ût  tiré 
qu'un  exemplaire. 

Je  viens  de  découvrir    celui   qui  a  fait 
dire  à  Mr.  Bailiet  que  Scaliger  avoit  fait 
quinze  Livres  d'Obfervations  contre  Car- 
dan, c'elt  Moréri  (2):  qui  a  écrit  la  mê- 
me 

«îicatoire  de  fes  Origines  Françoifes  en  ces  termes  :  Ju- 
les CeiarScalige»-  un  des  premiers  Critiques,  5c  le  pre« 
mier  Philofophe  de  fon  tems,  en  avoit  compilé  jufqu'à 
quatre-vingts  Livres.  Ottavio  Ferrari  n'entendant  pas 
'.François  6c  croyant  que  quatre- vingt  fignifiâe 
▼ingt-qaatiea  réduit  a  ce  dernier  nombre  Jes  Livres 
des  Origines  de  Scaliger.  Sed  ex  mjlituto ,  dit-il 
d.in3  la  Préface  de  fes  Origines  Italiennes  ,  Italie* 
qno]ne  caufas  idem  Julius  Scaliger  ejuettuer  &  viginti  li~ 
l>-!j,  tan:  a  illi  Ittxuriantis  ingenii  fertilités  fait,  com- 
ftixms  fut*tu.  Il  ne  (e  trompe  pas  moin»  quand  il 
croit  que  ces  livres  regardoient  la  Langue  Italien- 
ne. Scaliger  recherchoit  principalement  l'origine 
àcs  mots  Larins,  ce  Al.  Ménage  qualifîoit  mal  cet 
Ouvrage  CtmpiLvion.  Il  paroit  par  plusieurs  de  ces 
Origines  que  Scaliger  a  répandues  dans  les  autres 
Livres,  qu'elles  étoient  de  fon  invention,  &  s'il 
rapporto  t  les  anciennes,  que  ce  n'etoit  que  pour 
les  îefuter. 

fl  2.  Moréri  eft  fort  innocent  de  la  me'prife  de 

Bailler.     11  compte  parmi  les  Oeuvres  de  Jule  Sc-a- 

E  4  liger, 


Ï04      A  nt  i- Bail  le  t.  P.  î. 

me  chofe  dans  fon  Dictionnaire  à  l'article 
de  Jules  Scaliger.  Ce  Dictionnaire  de 
Moréri  eft  un  des  Livres  Favoris  de  Mr. 
Bailler. 

Monfieur  Baillet  dans  Tes  Correc- 
tions. Ces  Mejjieurs  qui  aiment  tant 
a  fe  tourner  en  Latin ,  gâteront  enfin 
toute  l'Orthographe  de  PO  nomatologie  , 
s*  il  ne  fe  trouve  quelque  truchement  pour 
les  expliquer,  y  pour  nous  faire  un  Index 
pareil  à  celui  que  Bejfîn  a  fa:t  des  noms 
propres  qui  fe  trouvent  Latinifez  dans  P  His- 
toire de  Mr.  de  cThou. 

Ménage.  Mr.  Baillet  attribue  enco- 
re ailleurs  cet  Index  à  Berlin.  Si  Mr. 
Baillet  avoit  pratiqué  avec  les  gens  de  Let- 
tres, il  fauroït  que  cet  Index  a  été  fait  par 
Air.  du  Puy,  Prieur  de  S.  Sauveur  de 
Brog.  Pierre  BefTîn ,  fous  le  nom  duquel 
ce  Livre  a  été  imprimé  ;  je  veux  dire, 
fous  le  nom  duquel  lé  privilège  pour  im- 
primer ce  Livre  a  été  obtenu  ;  étoit  un 
Valet  de  Chambre  de  Mr.  de  Thou ,  le  Con- 
feiller  d'E'.at  ,  lequel  ne  favoit  point  du 
tout  de  Latin.  Je  l'ai  connu  particulière- 
ment. Mr.  du  Puy  de  S.  Sauveur  m'a 
dit  plufîeurs  fois  lui-meme  que  c'étoit  lui- 
même 

liger,  Exoterîcarum  ExtrcfUthnum  lih.XV.toit  qu'on 
Jife  libtr  decirnit:  cjt'.intus ,  foit  qu'on  life  libri  qumde- 
<imt  Moiéri  aura  toûjoms  raifon ,  puifque  Scaliger 
avoit  compofé  quinze  livres  d'Exercitations  exoté- 
iiques,  dont  le  dernier,  qui  eft  celui  que  nous  a- 
vons  contre  Cardan,  eft  le  feul  qui  ait  été  confer- 
▼e.  M.  Baillet  avoue  lui-même  ingénument  qu'il 
n'a  fait  cette  faute  qu'après  l'Auteur  de  la  Vie  de 
Jule  Scaliger  inférée  dans  le  Recueil  des  Vies  de 
fluflems  hommes  illuftres  imprimée  in-4.  à  Lon- 
dres, 


Anti-Bai  llet.  P.  I.       iof 

même    qui    avoit    fait    cet    Index. 

Monfieur  Baille t  a  écrit  au  chapi- 
tre de  Daniel  Heinfius,  page  283.  de  la  2. 
partie  du  2.  Tome,  que  Daniel  Heinfius 
avoit  travaillé  fur  Prudance.  Mr.  Baillet 
a  pris  ici  le  fils  pour  le  père.  C'eft  Ni- 
colas Heinfius  qui  a  travaillé  fur  Prudan- 
ce (1).  Il  ajoute,  que  le  même  Daniel 
Heinlius  a  aufli  travaillé  fur  Homère:  ce 
qui  n'eit  pas  venu  à  ma  connoiïlance. 

XXXIV. 

y  unification  du  titre  de  mon  Eglogue  inti- 
tulée Chriltine. 

MOnfieur  Baillet.    Le    Critique  **fe 1** 
que  y  ai   déjà  cité ,  trouve    mauvais    l^Jàu 
que  Mr.  Ménage  ait  dunné  le  titre  de  Chris-  t.  4, 
tine  à   cette  Eglogue  plutôt   que   celui   de 
Menai  que  :   farce  qu'outre  que  Ménalque 
en  eft  le  principal  perfonnage  ,  il  s'y  agit 
particulièrement  de  [on  départ ,  &  qu'il  y 
eft  pour  le  moins  autant  loué  que  la  Reine 
a:  Suéde, 

M  k  s  A  G  e.  Le  Critique  de  Mr.  Baillet 
eft  un  impertinent   Critique.     Première- 
ment 
1 

dres  l'an  168 1.  &  la  vérité  eft  qu'à  la  fin  de  cette 
Vie  de  Scaliger,  il  y  a  un  Catalogue  très-peu  cor- 
left  de  les  Oeuvres  ,  qui  porte  en  tête  Exoteri«*rnm 
Exercit&tionum  lib.  15.  ad  Hitronym.  Cardanv.m. 

f  1.  Dans  le  Catalogue  des  Oeuvres  de  Daniel 
Heinfius  ,  produit  par  Witten  à  la  fin  du  Jifcours 
intitulé  Memon'a  Htinfiana  ,  on  trouve  entre  autiss 
livres,  ^ÀHreLii,  Prudentii  Opéra  cura  not:'s  1637.  m-24, 
^Amdtrodami ,  ij    tf>fQ.    in-iz.      C'eft    ÇÇ    qui    auiâi 

uofnpç  Baillet, 


Iô6  Anti-Ba  illet.  P.  I. 
ment,  il  eft  très-faux  que  dans  PEglogue 
dont  e(t  quefh'on  Ménnlque  y  foit  autant 
loué  que  la  Reine  Chriliine  y  eft  louée; 
les  endroits  de  cette  Eglogue  qui  contien- 
nent leurs  louanges,  feront  rapportés  ci- 
deiïbus  en  quelque  endroit  de  ces  Remar- 
ques. Et  le  Critiqué  de  Mr.  Biiller  a  dit 
en  cela  une  fauffeté ,  pour  me  dire  une  in- 
jure ,  en  difant  que  je  m'étois  loue  ex- 
traordinairement.  Dai!  leurs  ,  quoi  qu'il 
s'agifledu  départ  de  Ménalque,  ce  départ 
eft  pour  aller  en  Sucde  voir  la  Reine  de 
Suéde  Chrîiline.  Et  ainii  ia  Reine  de 
Suéde  Chriftine  eft  le  véritable  fujet  de  la 
Pièce.  Mais  quand  elle  y  auroît  moins 
de  part,  &  que  je  n'aurois  fait  que  la 
louer  de  la  façon  que  je  l'ai  louée,  j'au- 
rois  pu  intituler  mon  Eglogue  de  fon 
nom.  Térence  a  intitulé  une  de  fes  Co- 
médies FEtinupte:  dans  laquelle  fo  •  Eu- 
nuque a  (ï  peu  de  part  qu'il  ne  paroît  pres- 
que pas  fur  le  Théâtre.  Plaute  a  de  mê- 
me thtîtuîé  une  de  fes  Comédie*  Rudens , 
&  une  autre  Trinummus ,  qui  ont  peu  de 
raport  à  leurs  titres  :  ce  qui  a  été  re- 
marqué par  Jules  Scaliger  dans  fa  Poe- 
tique. 

xxxy. 

Ignorance  de  Mr.  B aille t  touchant  la  patrie 
de plufieurs  hommes  de  Lettres» 

MDnfieur  Bail  Jet  dit  à  la  page  43.  du 
Tom     4.    Partie    1.   qu'Ugolinus 
Véiinus ,  &  Michacl  Vcriaus  fon  fils, 

ftoicju 


Anti-Baillet.  P.  t  107 
étoient  de  Florance  ,  ou  félon  d'autres, 
de  rifle  de  Minorque.  Il  eft  confiant 
qu'ils  croient  de  Florance.  Ils  font  dans 
le  Catalogue  de  Michaé'l  Pocciantius  des 
Ecrivains  Florentins. 

Mr.  Bai  Met  dit  à  la  page  260.  de  Ton  4. 
Tome,  1  artie  1.  &  à  la  page  5-80  de  fon 
2.  Tome  Fart.  3.,  que  Bénéd  tto  Varchi 
étoît  de  Fiéfoli.  Il  vouloît  dire  de  Fiéfo* 
U :  ou  u  moins  il  le  dcvoit  dire  (1)  Il 
étoit  de  Florance ,  mais  originaire  de 
Momevarchi.  Il  le  dit  lui-même  dans 
fon  Ercolano,  en  ces  termes  :  Molti  va* 
gitono  cb*io  ,  fi  ben  fut  naio  e  ait  vato  in 
Firenze,  non  fia  Florentino  :  fer  ejjere  mio 
p adre  ve/.uto  a  Frenze  da  Mon'evarchn 
Et  dans  un  de  fes  bonnets  à  Jean  de  la 
Café: 

Ver  voi  l'altère  nlào  vofiro ,  e  mio. 

Jan  de  la  Café  étoît  de  Florance.  Mr. 
Baille!  n'a  point  là  d'originaux.  C'eft  de 
l'Abafé  Ghilini,  dans  fon  Elo^edu  Var- 
chi, qu'il  a  pris  ce  qu'il  a  dît  ici  du  lieu 
de  la  naiiftnce  du  Varchi.  Scûioné  Am- 
mirato  ,  dans  fon  Rirratto  du  Varchi,  a 
écrit  de  même  que  le  Varchi  étoît  de 
Montevarchi  dans  le  Diocéfe  de  Fiéfolé, 
Et  le  Berna  dans  fon  Capitolo  del  Debi- 
to  ,  l'appelle  Montevarc1  i.  11  me  relie  à 
remarquer  que  le  Varchi  fut  ainfi  app-.  lé  de 

'  Mon- 

f  t.  J'en  conviens  ,  c'eft  ?infi  que  les  Tofcans 
patient,  m*is  ptafteari  Auteuis  ltaUeas  ayant  écsi* 
f  /«/•//,  la  faute  eft  çxcufable. 

E  6 


îcS  ànîi-Baii.let.  P.  I. 
Montevarchi ,  lieu  de  lanaiiïance  de  fon 
père.  Lionardi  Sahiati ,  Livre  2.  de  fes 
Averriflèmens ,  article  16.  volume  2.  CV 
Uiliocc;  (Varchi)  nome  di  famiglia  nonfk 
nel  Z'ero  ,  ma  foprannome  :che  dalla  patna  '9 
cioè  ,  dalla  Terra  di  Montevarchi ,  onde 
venne  il  fuo  nafçixnento ,  fi  pofe  nclle  fue 
fcrhture  egli  ftejpa  :  e  dal  confenfo  del  fuo 
fecolo  fi  ricevè ,  e  z \enneg li  confervnato.  Re- 
marquez que  le  Salviati  raie  auiîî  le  Var- 
chi de  M  on  te  varchi  (1).  J'oubliois  à 
remarquer  que  Poccianxio  a  mis  le  Var- 
chi dans  ion  Catalogue  des  Ecrivains  Flo- 
rantins. 

Il  dit  à  la  page  205*.  de  fon  2.  Tome, 
Part.  2.  que  Théodore  de  Marcilly  ;  en 
Latin ,  Theodorus  MarciUus ,  étoit  de  Co- 
logne. Il  étoit  d'Arnhem  en  Gueldre: 
comme  l'ont  très  véritablement  écrit  Va- 
iérius  Andréas  dans  fa  Bibliothèque  Bel- 
gique, &  François  Swertius  dans  Tes  A- 
thénes  Beî^iques;  &  Petrus  Vakns  dans 
l'Eloge  qu'il  a  fait  de  Theodorus  Marci- 
îius  ;  auquel  il  fuccéda  dans  la  Chaire  de 
ProfelTeur  du  Roi.  J'ai  ouï  dire  la  mê- 
me choie  à  mon  père  :  qui  étoit  ami  par- 
ticulier de  Theodorus  Marcilius  ;  comme 
je  l'ai  remarqué  à  la  page  81.  de  la  Vie 
de  mon  père. 

Il  dit  à  la  page  319.  de  la  2.  partie  du 
Tome  2.  que  Jacques  Gronovius,  fils  de 
Frédéric  ,  eit  de  Hambourg.  Il  eft  de 
Déventer.  Il 

^   I.  Onde  venne  il  fuo  nafclmento ,  ne  fignific  pas: 

ce  me  femble,  que  le  Varchi  fêt  ai  à  MeatCYazchiç 
mais  qyil  en  yeaçut, 


Anti -Baille t.  P.  I.  109 
Il  dit  à  la  page  35-4  de  fon  premier  To- 
me, &  à  la  page  495*.  du  4.  partie  premiè- 
re, que  Choppin  étoit  d'Angers.  Il  e'toit 
du  Bailleul  en  Anjou  à  flx  lieues  d'An- 
gers. Ce  que  j'ai  remarqué  dans  mes  Re- 
marques fur  la  Vie  de  Pierre  Ayrault, 
Lieutenant  Criminel  d'Angers,  mon  grand 
père  maternel. 

Il  dit  à  la  page  24S.  du  Tome  4.  partie 
1.  que  Joachin  du  Bellay  étoit  natif  d'An- 
gers. Il  étoit  né  à  Lire,  dans  les  Mau- 
ges,  à  douée  lieues  d'Angers  :  qui  eft  u- 
ne  Terre  qui  lui  appartenoit  du  côté  de  fa 
mère  Renée  Chabot ,  Dame  de  Lire  &  de 
la  Roche-Serviére,  fille  de  Chriftophle 
Chabot.  Jean  Befly,  qui  a  écrit  que  Joa- 
chin du  Bellay  étoit  bâtard,  s'eft  tout-à- 
fait  trompé.  Cette  Terre  de  Lire  ,  dont 
Joachin  du  Bellay  fait  mention  dans  fcs 
Poè'fies  Françoifcs ,  au  Sonnet  3i.defes 
Regrets  ,  eft  d'Anjou  pour  le  temporel, 
&  de  Bretagne  pour  le  fpirituel.  Elle  eft 
du  Diocéfe  de  Nantes.  D'où  vient  que 
Joachin  du  Bellay  eft  appelé  Clerc  duDio- 
céfe  de  Nantes  dans  les  Rentres  de  PE- 
glife  de  Paris.  Joachimus  du  Bellay  Cle- 
ricus  Nannetenjis  Diocejis  >  fuit  receptus 
adCanonicatum&  Prœbendam,  vacantes, 
per  obitum  Magiftri  Johannis  TouJJepa'm , 
Canonici  Parifienfis  &  Archidiaconi. 

Il  dit  à  la  page  364.  de  fon  Tome  4. 
partie  2.  Auguftin  Favoriti,  que  quelques* 
uns  font  de  Luques ,  e'toit  de  Luna  en  Tos- 
cane, du  côte'  de  la  Rivière  de  Gennes.  Il 
étoit  de  Luques,  il  le  dit  lui-même  dans 
le  titre  de  fon  Églogue  au  Pape  Alexari- 
E  7  dre 


ifo       A  nti-Baillet.  P.  I. 

dre  VII.  fur  la  mort  de  Sidronius  Hos- 
fchius.  Aiigu(l';ni  Favori ti  Lucenfis,  -jj c . 
Il  dit  au  chapitre  de  l'Ariofte  pa..,e  139. 
Tome  4.  Partie  1.  que  l'Ariofte  étoit  ne  à 
Ferrare.     Il  étoit  né  à  Reggio, 

Il  dit  à  la  page  67.  de  fon  i.Tome, 
Partie  2.  que  Flamin  étoit  de  J  ours.  Il 
ctoît  de  Montloui's. 

Il  dit  à  la  page  381.  de  fon  2  Tome, 
Partie  3.  que  Gentien  Hervet  étoit  d'Or- 
léans Il  étoit  d'  "lfvet  :  ce  qui  a  été  re- 
marqué par  le  Prélident  de  Thou  dans 
fon  Hïfto'ire ,  &  par  Jean  le  Clerc  dans 
fes  II  lu  (1res. 

Ces  deux  dernières  méprifes  ne  font  pas 
eoniidérabks  :  Olivet  étant  proche  d'Or- 
léans ,  &  Montloui's  n'étant  qu'à  deux 
lieues  de  Tours. 

Il  dit  à  îa  page  425".  du  2.  Tome,  Part. 
1.  &  pag.  83.  Part.  3  que  Raviiius  Tex- 
tor  étoit  de  Noyon  (1).  Il  étoit  de  S. 
Saulge  dans  le  Nivernois,  &  Seigneur  de 
Ravin",  nuifi  dans  le  Nivernois.  Il  s*ap- 
pele  lui-même,  N'oernenjis.  Voyez  Mr. 
de  Launoy  dans  l'Eloge  qu'il  a  fait  de  Ra- 
viiius Textor  dans  Ion  Hiftoîre  du  Collè- 
ge de  Navarre.  Ft  fon  nom  étoit  Jean 
T'ixicr.  Nevers  s'appelle  en  Latin  No- 
i/iodunum\  &  Noyon  ^Novîomagus.  C'eft 
ce  qui  a  troublé  notre  homme,  peu  verfé 
dans  la  Géographie  ,  comme  je  le  ferai 
voir  au  chapitre  74.      < 

Ç  i.  La  faute  touchant  le  pays  de  RaviCus  Tex- 
tor  avoit  ère  reconnue  &  çeiii'gcc  fai  Bailiet  daas 
fes  CoiîcttiQjuss 


Anti-Baillet.  P.  1.       in 

îl  dit  à  la  page  iji.  de  la  première  Par- 
tie de  (on  2.  Tome,  que  Céfar  Egaife  du 
Boulay,  Greffier  de  PUniveriité  de  P  ris 
&  Auteur  de  PHiitnire  de  PUniveriité  de 
Paris,  croit  de  la  Ville  de  Tours.  Il  étoit 
du  Village  de  S.  Ellier,  dans  le  Bas  Mai- 
ne: qui  cft  la  dernière  Paroiife  du  Maine 
du    côté   de   la  Bretagne.     Ce  qui  a  fait 
faire  cette  faute  à  Mr.  Buillet,  c'eft  que 
ce  du  Boulay  étoit  Doyen  de  la  I  ribu  de 
Tours  dans  PUniveriité  de  Paris     II  faut 
expliquer  à  Mr.  Bailla  ce  que  c'eft  que 
cette  dignité.     Il  y  a  quatre  Nations  fon- 
dées dans  PUniveriité  de  Paris:  celle  de 
France:  celle  de  Picardie:  celle  de  Nor- 
mandie: &  celle  d'Allemagne.     Ces  qua- 
tre Nations,  à  la  referve  de  celle  deNor- 
maudie,  font  divifees  en  Tribus.     Celle 
de  France  a  cinq  Tribus:  qui  portent  cha- 
cune le  nom  d'un  Archevêché.    Ces  cinq 
Tribus  font,  la  Tribu  de  Paris:  celle  de 
Sens  :   celle  de  Reims  :  relie  de  Tours: 
&  celle  de  Bourses.     La  Nation  de  Pi- 
cardie eft  auffi  aiviiée  en  cinq  Tribus  ;  qui 
portent  chacune  le  nom  d'un  Evéché:  en 
celle  de  Bemvai\:  en  celle  d'Amiens:  en 
telle  de  Noyon:  en  cePe  de  Laon:  &  en 
celle  de  Térouanne.     Li  Nation  d'Alle- 
magne n'a  que  deux    Tribus  :   qui  <ont, 
celle  desContinens  &  celle  des  Infulaîres* 
J'ai  ouï  dire  à   Mr.  de  Laîr,  Greffier  de 
PUniverlité  de  Paris  &  d'gne  d'une  plus 
grande  charge,  que   la   Nation  de  Nor- 
mandie n'a  point  de   Trious  ,  parce  que 
les  Normans,  comme  gens  adroits  &  Po- 
litiques ,  n'ont  point  emr'eux  de  contefta- 

lions* 


ii2       Anti-Baillet.  P.  I. 

tions.  Les  Suppôts  des  Nations  font  de 
la  Tribu  qui  porte  le  nom  de  l'Archevê- 
ché d'où  ils  font;  ou  de  l'Evêché  où  ils 
font  nez,  relevant  de  cet  Archevêché.  Et 
ainii  ,  Céfar  EgafTe  du  Boullay  qui  étoit 
du  Diocéfe  de  I'Evêque  du  Mans,  qui  eft 
le  premier  Suffragant  de  l'Archevêque 
de  Tours,  étoit  de  la  Tribu  de  Tours» 
Il  dit  à  la  page  4^3.  Tome  4.  Partie  1. 
que  le  Berni  étoit  natif  de  Bibîena  en 
Piémont,  Il  étoit  né  à  Lamporecchio 
dans  le  Florentin.  Voyez  ci-deilbus  au 
chapitre  36. 

XXXVI. 

De  la  Patrie  d'Aymar  Rançonnât. 

CE  que  j'ai  remarqué  au  Chapitre  pré- 
cèdent de  la  Patrie  de  pîulieurs  gens 
de  Lettres,  me  fait  fouvenîr  de  traiter  ici 
de  celle  d'Aimar  Ranconnet  ou  plutôt 
tCAïmar  de  Ranconet  ;  car  c'eft  ainfï  que 
ce  nom  fe  trouve  écrit  dans  la  Chronique 
Eourdeloife.  Dans  les  Poéfies  de  Joa- 
chin  du  Bellay,  au  Recueil  des  Sonnets, 
il  y  a  de  Ranconnet.  Mr.  Bailkt  dit  que 
ce  grand  perfonnage  étoit  de  Bourdeaux. 
C'eft  à  la  page  35-4.  de  fon  1.  Tome.  Ce 
qu'il  a  pris  deMornac,  page  75- .  de  fon 
Feria  Forenfes.  Le  Prélident  de  Thou  au 
Livre  XXIII.  de  fon  Hiftoire  page  707. 
de  l'Edition  de  Genève,  a  écrit  qu'il  étoit 
de  î'érigueux.  Mmarum  Ranconetum, 
Vefanâ,  Petracor'njrnm  ortum.  Il  eft  cer- 
tain qu'il  étoit  de  Bourdeaux.    Ce  qui  a 

été 


Anti-Baiilet.  P.  I.       113 
été  remarqué  par  Gabriel  de  Lurbe  dans 
fa  ChronîqueBourdeloife  en  l'année  15-52. 
&  ce  qui  m'a  été  confirme  par  Mr.  de  la 
BroufTe  Confeilier  célèbre  du  Parlement 
de  Bourdeaux  ;  homme  très-verfé  dans  les 
Antiquitez  de  Bourdeaux ,  &  il  étoit  fils 
d'un  Avocat  de  Bourdeaux  :   comme  l'a 
remarqué   le   même  de  Lurbe  dans  Ton 
de  ïllufiribus  AquHania  Viris.     Ht  il  avoit 
été  Confeilier  au  Parlement  de  Bourdeaux 
avant  que  d'être  Prélident  de  la  quatriè- 
me Chambre  des  Enquêtes  du  Parlement 
de  Paris  ,  fi  on  en  croit  le  Prélident  de 
Thon  :    Primùm    Senator   Burdigalenfis  : 
dein   &    in  Partfienfi   Curia  alterius  In- 
({Hifitionum  Clajfium  Prcefidis[munus  mag* 
na  cum  laudt  exercuit.    Gabriel  de  Lur- 
be a  écrit  dans  fon  de  ïllufiribus  Aquita* 
niœ  Viris  ,  qu'il  avoit  été  fait  Confeilier 
du  Parlement  de  Paris  d'Avocat  du  Par- 
lement  de  Paris.     François  Pithou  dans 
lePithœana,  dit  qu'il  n'étoit  pas  né  riche, 
&  qu'il  avoit  été  comme  le  Correcteur  de 
Robert  &  de  Charles  Etienne.     Il  y  dit 
autîl  qu'il  étoit  comme  l'Auteur  du  Livre 
dts   Formules  du  Préfident   Brilfon.     Il 
me  relie  à  remarquer  que  Blanchard  a  o* 
mis  notre  Ranconnet  dans    fa  Lifte  des 
Confeillers  du  Parlement  de  Paris  :  je  re- 
marquerai ici  par  occafion  ,  qu'il  y  a  aum* 
omis   le  Cardinal  de  Balue  &  René  de 
Pincé. 


XXXVII. 


H4       Anti-Baillet.  P.  i: 
XXXVII. 
De  la  Patrie  du  Bern'uz. 

MOnfieur  Baillet  a  écrit  au  Chapitre 
du  Bernia,  que  le  Bernia  étoit  né 
à  Bibbiéna ,  dans  le  Piémont.  Il  y  n 
deux  Bibbiéna:  l'un  dans  le  Piémont;  qui 
eft  le  tornra  Vibii  de  Pline  ;  d'où  ce  Bib- 
biéna a  été  ainfi  appelé  :  Forum  Vibii,  Fo- 
rum Bibii ,  Forum  Bibianum ,  Bibianum  , 
Bibiana,  BIBBIENA:  &  l'autre  dans 
la  Tofcane;à  l'endroit  où  l'Archiano  en- 
tre dans  l'Ame.  Mr.  Baillet  a  pris  le 
Bibbiéna  de  Piémont  pour  celui  de  Tos- 
cane: car  jamais  pcrfonne  n'a  dit  que  le 
Bernia  fût  Pfémontois.  Et  quand  on  a 
dit  qu'il  étoit  de  Bibbiéna,  cela  doit  s'en- 
tendre du  Bibbiéna  de  Tofcane.  Plufîeurs 
ont  écrit  qu'il  étoit  de  Bibbiéna.  Jean 
Matteo  Tofcano  dans  fa  Defcription  de 
l'Italie,  Livre  3.  page  S.  Bibiena ,  Etru- 
rics  Oppidum,  Berniam  protulit  ,  'Jocoji 
Carminis  Autorem:  qmem  multa  preeelara 
ingénia  [uni  œmulata ,  non  irrito  conatu  : 
nullus  tamen  nativa  il  la  urbanitate,  nul  la 
arte  quafita  fuperavit.  Lilius  Gyraldus, 
dans  le  Dialogue  fécond  des  Poètes  defon 
tans:  Fuere  &  duo  in  fuo génère  arguti , 
&  mordaces ,  non  fine  falibus  :  F  ranci  feus 
Bernia ,  Bibiennas,  &  Mourus  Foroiulien- 
fis.  L'Auteur  de  fon  Epitaphe  :  lequel 
Epîtaphe  fe  trouve  imprimé  parmi  fes 
Poéfies  Latines ,  dans  le  Livre  intitulé 
Carmitta  quinque  Etrufcorum  Poctarum  : 

Po[U 


Anti-Baillet.  P.  I.      115* 

Pojiquam  femel  Bibien*  in  lucem  hune  extulit, 
§uem  nominavit  &tat  acla  Bernium ,  &t. 

Cependant  il  eft  certain  qu'il  e'toit  deLam-     première 
porecchio  dans  le  Florentin  lieu  célèbre  Nouvelle 
par  le  Mafetto  du  Bocace.     Le  Bernia,  j^j^ 
dans  fon  Orlando  Innamorato,  Livre  3-J 
chant  7.  dit  lui-même  que  Lamporecchio 
eft  le  lieu  de  fa  naiflance. 

Quivi  era  non  fi  corne  capitato , 
Un  ctrto  buon  compagno  Tiorentino 
Tu  Florentin ,  e  nobil ,  ben  che  nato 
Tojfe  il  padre ,  e  nutrito  in  Cafentino  c 
Dove  il  padre  ai  lui  gran  tempo  Jîato , 
Sende ,  Ji  fece  quafi  cittadino  ; 
E  tolfe  moglie ,  e  s'accaso  in  Bibbiena  ; 
Cb'  una  Terra  e  fopr  Arno  molto  amena, 
Ce/lui  chf  io  dico  alC  Amporecchio  nacque] 

Ch'e  famojo  Cajicl  per  quel  Alazetto. 

Poifu  condotto  à  Tirenze,  ove  giacque, 

Tin  a  dkiannove  anni  peveretto. 

A  Roîna  ando  ai  poi  corn  a  Dio  piacqut , 

Pien  di  molta  fperanza,  e  ai  concetto  , 

Di  un  certo  Juo  parente  Cardinale , 

Che  non  gli  fece  mai  ne  ben  ne  malt. 

Ft  le  Poccianzio  Ta  mis  au  nombre  des 
Ecrivains  Florantins. 

Je  remarquerai  ici  en  paiïànt  ,  que  le 
Bernia  eft  appelé  indifféremment  Berniy 
Brrma  ,  &  Berna.  Il  ligne  Berna  dans 
pluiïeurs  de  Tes  Lettres  Italiennes  impri- 
mées.   Et  c'eft  ainfi  que  Pappele  FArios- 

te 


n6       ànti-Baillet.  P.I. 
te  dans  fonOrlando  furiofo  canto  46.  Oc- 
tave 12. 


e  par  cb'anco  :o  ci  [cerna  , 


Marc  Antonio  Flaminio  ,  //  Sanga  ,  il  Berné  > 
Le  nom  de  fa  famille  étoit  de  Berni. 
XXXVIII. 
De  la  Patrie  du  Tajfe. 

M  On  (leur  Baillet,  au  Chapitre  du 
TalTe,  a  écrit  (1)  que  le  Tarte  e'- 
toit  né  à  Surrente  au  Royaume  de  Na- 
ples  le  10.  d'Avril  15-44.  Ayant  écrit  la 
même  chofe  dans  mes  Obfervatîons  fur 
l'Amynte  du  Tarte  ,  ce  que  j'avois  pris 
du  Manfo  dans  la  Vie  duTaile;  Mon- 
sieur Marc'  Antonio  Foppa  ,  Ber^amas- 
que,  Frère  de  Al.  Foppa  Archevêque  de 
Bénévent  ,  m'écrivit  le  Sonnet  fuivant 
pour  me  prier  de  m'en  dédire;  &  de  dire 
une  autre  fois  que  le  TaiTe  étoit  Berga- 
mafque,  &  non  pas  Surrentin. 

Si  prega  il  Signor  Mettagio ,  célèbre  Poè- 
ta  e  Scrittore  France fe  ,  cet  1  ogUa  rentier 
Itorquato  T'ajfo  alla  dît  a  di  Bergamo  ,  fua 
Patria:  corne  teftifica  egli  medefimo  in  t.ii 
luoghi  délie  fue  lettere:  e  fpecialmente  nella 

Sup* 

Ç  1.  Ce  chapitre  de  la  patrie  du  Taffe  éroit  as- 
fer  inutile  puifque  dans  le  fond  Meilleurs  Foppa  , 
Ménage  ,  Je  Baillet  font  d'accord  entre-eux.  Le 
premier  convenant  que  le  Tafle  etoit  ne  à  Surren- 

to. 


Anti-Baillet.  P.  I.        ny 

Supplica  ad  effa  Ciith ,  c  ne*  Dialoghi  del 
Paître  di  Fam'iglia,  e  del  Placer  Oneflo,  e 
»^'  Sonetti,  Itf  m  altre  fue  Compofitîoni  che 
fi  public  heranno , 

La  fama  del  tuo  nome ,  onde  la  Senne 
Più  che  d'altrifuoi  pregï  oggi  rifuona , 
Di  te  co  piu  lontani  anco  ragicna, 
A  volo  alzando  la  fublime  penna. 

Ma  non  agguaglia  il  vero:  e/olo  accenna 
Quel  che  plu  chiaro  poi  nelV  opre  Juona  ; 
Ond"  ella  al  nobil  crin  nova  corona 
Tejfe,  e  nov  ait  alla  tua  gloria  impenna, 

le  y  tra  colti  d' ltalia  illuflri  ingegni , 

Bajfo ,  ignoto ,  à  te  m'ergo ,  e  [on  trajlatê 
Al  piié  poflente  e  bel  di  tutti  i  Regni. 

E  con  femplice  flil ,  vie  piu  ch'ornatoy 
Prego  la  dotta  man  che  render  degni 
A'  vicini  del  Brembo  il  gran  lorquatp. 

Pour  réponfe  à  ce  Sonnet ,  j'écrivis 
cette  Lettre  à  Monfieur  Marc'  Antonio 
Foppa. 

Illmo.  Sïgn.  mio,  e  Padrone  col^o. 

jE  gui  molto  tempo ,  cb'el  S'ignore  Otta- 
vio  Falconieri ,   noftro  comune  amico  ,  mi 

diede 

to,  &  les  deux  autres  ne  niant  pas  qu'il  ne  fûtorî- 
ginaiie  de  Bergamc.  D'ailleurs  les  Lertres  Italien- 
nes que  l'on  produit  ici  ne  font  pas  Pièces  nouvel- 
les,  &  il  y  a  long-tems  qu'elles  ont  paru  dans  le* 
Mtjc9i*nije  de  J»l,  Ménage, 


uS      Anti-Baixlet.  P.  I. 

die  de  notizta  partie olare  del  gran  merito  di 
V>  S.  IlL  Onde  io ,  ambiziofo  di  procurar- 
mi  Vonore  de  lia  di  Ici  buona  grazia,  lo  fup- 
plicai  ad  offenrle  da  mia  parte ,  /'/  mio  ojjc- 
quio  ,  e  domandarle  la  fua  amieizia:  il  che 
egl'i  a  poifatto  con  la  fua  folita  gentilezza. 
AlSignore  Ottavio  per  tanto  fono  obligatis- 
fimo  perpià  capi:  mafopra  tutlo  per  aver 
io  col  fuo  mezzo  faito  fi  grand''  acquifto  , 
quale  è  quello  deW  amictz'ta  di  V.  S.  Illuft. 
percio  che  per  Vamor  di  lui,  e  non  per  alcun 
mio  merito ,  ella  s'è  compiaciuta  eiïammet- 
termi  tra  tjervitori  &  ami  ci ,  e  mandarmi 
poi  quel  cortefijfimo  Sonetto  intorno  alla 
patrta  delTaffo:  il  quale  r/?è  ftato  gratijfi- 
moy  non  tanto  per  le  mie  lodi\  délie  quali 
mi  trovo  immeritevole :  quanto per  la  leg* 
giadria  con  che  èfpiegato:  che  veramente 
è  compitiffimo  ne l fuo  génère.  Sarebbe  kffi~ 
cio  mio  di  rifponderle  con  altro  Sonetto  ,  co- 
rne fi  fuolfare :  ma  di graz'ta  ml  perdant  If. 
S.  Illuflr.  perche  fono  io  adejfb  ,  non  pure 
nlieniffimo  dalla  Poe  fia,  ma  affatto  fpoeta- 
to ,  per  cosi  dire;,  efTendo  ii  iungo  tempo 
ch'  io  non  ho  feritto  in  rima,  perdidiMu- 
fam  tacendo.  Tornando  poi  al  fuo  vaghis- 
fimo  Sonetto,  è  cola  ftrana  che'l  Manfo 
fi  fia  ingannato  circa  la  patrïa  del  Tafîb , 
di  cui  era  tanto  famigh are  Çjf  intrinfeco:  Je 
pure  fi  è  ingannato.  Fà  egli  menzione,  non 
folamente  délia  Chiefa  di  Surrento ,  dove  il 
fTaffofk  battezato ,  ma  anco  di  molti  tefti* 
rnoni  di  veduta,  da*  quali  are  a  uditofpeffe 
'volte  raccontare  T'orquato  T'aJJ'o  efjer  nato 
in  Surrento.  Soggiugne ,  che  per  accertar- 
fi  con  gli  Qcchi  proprii  di  quefie  cofe,  non 


Anti-Baillet.  P.  I.       119 

gli  era  rmcrefciuto  iïandar  perfonalmente 
in  Surrento ,  e  dirnorarvï  alcuni  di  :  e  cbe 
di  pik  aveva  voluio  cjjere  intromejfo  ne  lie 
ftejfie  camere  doue  il  Tajjo  nacque.  Il  Gad- 
di  ancby  egli ,  e  l'A  bâte  Ghilini ,  ne  i  loro 
Elogi ,  fcrtfiero  che  era  il  TaJJb  Surrentino* 
Ne  provano  il  contrario  i  pafii  délia  Sup- 
plie a  alla  Città  di  Bergamo,  ne  quelli  del 
Dialogo  del  Piacer  Oneflo  ,  &  altri  accen- 
nati  da  V.  S.  Illuft.  intendendofi  delï*  ori- 
gine ,  e  non  délia  nafcita  del  "Tafifo.  Co- 
munque  fi  fia,  sa  bcne  V.  S.  Illujl.  le  di- 
verfe  opinioni  intorno  alla  patria  di  quel 
gran  Poëta ,  e  che  le  Città  ai  Napoli ,  di 
Bergamo,  di  Surrento,  di  Saler  no  y  conte- 
fero  già  tra  di  loro ,  per  averlo  per  Cittadi- 
no.  Voleva  il  Marini,  Napolitano  3  fofTe 
Napolitano. 

Nacqui  in  Sebeto  :  in  riva  al  Pô  piantai 
Di  mia  verde  Corona  i  primi  ailori , 

dice  egli  in  perfona  del  Taïîb,  in  un  fao 
Sonetto  fbpra  il  ritratto  di  detto  Taiïb. 
Ma  mm  sa  ella  iorfe  cbe  la  Città  di  Ferra- 
ra  anch*  ella  pua  entrare  in  quefia  Vite  ;  il 
Signor  Conte  di  Brienna  il  gwvane  ,  Se- 
gretario  di  Stato  del  Rè  Chrijlianijfimo ,  a- 
vendo  fcritto  in  u:-ia  fita  brève  Relazione 
de"*  fuoi  lunghi  Viaggi  ,  fcritta  in  Latino 
ornât a-<nentc ,  e  vaga-nente ,  e  data  alla  luce 
du<;  me  fi  fono  ,  cbeU  'Tafib  era  Ferrarefe. 
Sic  cbe,  non  pur  per  lafublimità  de1  Verfi, 
ma  per  lo  rifguardo  ancora  di  tante  Città 
cbe  do*>o  la  fua  Morte Ji  vantarono  d'averh 
fer  ÇittadinO)  viens  meritevolmente  cbia- 

mato 


no  Akti-Baillet.  P.  I. 
mato  POmcro  delP  Italica  Favella.  E  co- 
rne fi  difje  d'Omero-,  délia  nafcita  del  quale 
fette  Città  contefero  dopo  la  fua  morte, 
the  mentre  viffe  ,  non  ebbe  ne  cafa  ,  ne 
patria, 

[R-?F7Ù    fitet%0V7O     Xrotetç    VIX.V6S    Vtfl     VUTpl}' 

"EîtAéto  èe  Çavroç  ftyot  ev  cikÎciov, 

(E  un  mio  Epigrammd)  fi  puo  dir  Pifteff** 
cofa  del  TaJ/o:  che  veramente  non  mend'O- 
mero  jù  egli  dalla  fortuna  mal  traitato, 
Prega  in  un  a  fua  Lettera  un  fuo  am.co  a 
preflargli  uno  fcudo  ;  e  non  avendo  danari 
da  comprar  candele  ,  per  ifcrivere  i  fuoi 
Verfi,  prega  in  un  fuo  Sonetto  lafuagatta 
afargli  lume  con  glï  occbi.  Ma  di  queflo 
non  più.  Sento  che  V.  S.  Illufl.  da  più  an- 
ni  in  qua  fi  fia  applicata  ad  una  nuova 
Edizione  di  tutte  le  Opère  di  queflo  famofo 
Scrittore  :  di  che  mi  r allegro  injinïtamente  ; 
cffendo  délie  di  lui  Compofitioni  ammiratore 
quariP  aie  un  altro.  Fia  le  Opère  J  marri  te 
del  Taffo  ,  Fà  menïione  il  Manfo  d'un 
Dialogo  délia  Crudelta ,  e  d'un  certo 
Trattato ,  intitolato ,  //  Civile.  Mi  farà 
caro  d'intendere  fe  V.S.  Illufirif.  abbia  ta- 
li  Compofifcfoni  :  giacche  fer  if]  e  il  Signor 
Falconieri  ch*  ella  n'avea  moite  del  Talïb 
non  più  ftampate  :  e  fe  le  à ,  la  prego  a 
dirmi  che  cofa  lia  quel  Civile.  Frattanto, 
fîami  lecito  di  darle  un  confîglio  intorno 
a  quefta  fua  nuova  edizione:  cioè,  di  f cri- 
ver  la  Vita  di  quel  grand?  uomo  :  poiche  il 
Manfo  che  lafcrijfe^  a  lafeiate  à  dietro  as- 

faiffi- 


A  K  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.  P.  I.  I2T 

faiffinte  cofe  curiofe.  Credo  che  V.  S.  II- 
lu/trif  aura  adefj'u  ricevute  le  mie  OJferva- 
Ztoni  fopra  C  Aminta.  Se  ellafi  degnerà  di 
hggerle ,  la  fupplico  di  fignificarne  gli  erro- 
ri  ai  Signor  Oîtavio  :  acetoebe  ammonito  da 
lui,  10  pojfa  emendargli  ne  lia  féconda  edi- 
zione  chefi  va preparando.  E  qui  per  fine, 
mi  coï/j'ermo  per  fempre , 

Di  V.  S.  Illust. 

Umiliflîmo,  divotiffimo,&  o- 
bligatiffimo  Servitore, 

Egidio  M  en  agio. 


it  mamlo  una  Lertera  origina- 
le del  Tafio,  mandatami  dal 
Si^nor  Giuliano  Pacione. 


Voici  la  Réponfe  que  me  fit  M.  Marc'  An- 
tonio Foppa. 

Illuftmo.  Signor  mio,  e  Padron  colmo. 

Fra  i  molti  oblighi  che  io  o  al  Signor  Ot^ 
tavio  Falconieri ,  uno  de"*  maggiori,  e  fa- 
ver  mi  aperta  la  flrada  di  far  faper  à  V.  S. 
llluft.  foJJ'ervanza  fingolare  che  pvrto  alla 
fua  perfona,  e  Infirma  che  fo  de"*  fuoi  nobi- 
lijfimi  Componimenti,  eJl  defiderio  d'efferle 
Servitore  :  di  che  volli  darle  un  picciolo  e 
debil  fegno  con  quel  Sonetto ,  troppo  lodato 
dalla  fua  cortefia^e  troppo  gradito  dalla  fua. 
gentilezza.  Onde  mi  veggo  accrefciuîo  l'o- 
bi'igo  di  renderle,  corne  fo ,  grazie  infinité  , 

*ïom.  VIL  Part.  L  F  per 


122       Anti-Baillet.   P.  î.  » 
per  tante  drmoftrationi  d'affetto ,  che  V.  S. 
llhift.fi  compiace  cTtifar  meco  :  C25  anco, 
per  fonor  fattomi ,  col  dono  deW  Aminta^ 
tanto  da  me  più  (limât q  ,  per  ventrue*  ac- 
crejctuto  di  pregio  ,  c on  Caggiunte  Note  dél- 
ia fua  dottijfima  mano.     Io  le  fô  offerla  di 
nuovo ,  con  quefte  righe ,  délia  miafomma 
divozione  :  e  la  prego  a  non  ifdegnarla,  & 
à  non  penfar  di  far  mi  altra  grazia  di  quel* 
la  ctf  io  ricevo ,  e  ricevero  jempre  dalf  es- 
fer  da  lei flimato  veto  fuo  Servitore ,  e  non 
mcno  deW  altre  fue  degniffime  condizioniy 
ehe  del  fuo  chïariffimo  ingegno  e  délie  Opère 
parzialiffimo  ammiratore.     Quant o  aW  al- 
tra parte  délia  fua  Lettera,fe  le  cofe  clo*  io 
dettai  al  Signor  Ottauio ,  che  mi  diffe  aver- 
le  fcritte  à  l7.  S.  Illuft.  non  bajlano  à  per- 
fuaderla,  che  volèxdo  Jïriver9  il  vero  délia 
Patria  del  XaJFJ  ->  e^'1  non  debba  effer  chia- 
mato   affoltitamente    Napoliia;:o ,    ma  nell 
ifteffo  tempo  infieme  Bcrgamafco,  io  non  fa- 
prêt  che  p:k  aggiungere.     E  mi  duole  che 
I?.  S.  llluflrif.  in  quefto ,  &  in  altri  parti- 
colari^  notait  nelV  Aminta,  intorno  à  cos- 
tumï  &  alla  Vit  a  del  Taffo  ,  fi  fia  lafciata 
guider  d:il  JSÏanfo  :  il  quale  non  conobbe  il 
jfatfbfe  non  gli  ulùmi  anni  délia  fua  zita: 
rjj1  à  fcritte  moite  bugie  palmari ,  corne  fi 
vedfà  daW  Opère  del  Taffo  chy  io  fpero  di 
publicare.     Dïco  délie  Opère  di  quefto  Au- 
tore  non  pik  Jiampate  :  che  faranno  tre  Vo- 
lumi  :  uno   ai  Dialoghi ,    &    Orazioni  ,  e 
Diforfi:  fra  i  quali  non  e ,  ne  fi  trovo  mai 
quel  délia  C  rude  h  à  :  che  per  errore  délia 
Jiampa   délie  Lettere  del  Taffo ,  dice  délia 
Cruieltà  ,  valezdo  dire  délia  Nobiltà  :  e 

COSi 


ÂNTI-B  AILLE  T.   P.  I.         12^ 

40ii  è  fcritto  neW  Originale,  ne  il  Civile: 
arabe   due   quefie    Opère     immagmate    dal 
Manfo  :  le  quaii  non  furono  mai  jcritte  dal 
Tafjo  :  di  tutte  Opère  del  quale  10  o  .7  Ca- 
talogo,  fcritto  di  fua  propria  mano.     Il  je- 
gondo  Volume  far  a  di  Rime:  fra  le  quaii  Volume  a 
faranno  venti  Canzoni  :  oltre  moite  Ottaze,  ete  >n,pri- 
e  Sonetti.     £7  terzo ,  far  à  di  Légère  :  del-  mé. 
le  quaii  ne  o  quatrocento  :  e  nelle  quaii  non 
rifuona  quafi  mai   altro    nome  che  quel  di 
Bergamo,  corne  di  fua  patria.     E  nelT  0- 
pere  jiampate ,  il  medefimo  Tajjo  non  fi  de- 
nomino  mai  affolutamente  Napolitano  :  ma 
ttcl  Dialogo  del  Padre  di  Famigla,  inter- 
rogato  di  quai  patria  egli  fia,  rtfponde  :  la 
fon  nato  nel  Regno  di  Mapuli  ,  ma  traggo 
^origine  paterna  d*  Bergamo.     Ne  rileva 
Feffer  egli  nato  e  battezzato  m  Surreyiio  ; 
perche  anco  il  Petrarca  nacque  in  Arrezzo, 
e  fAnoflo  in  R.eggio  ,  ne  percio  fon  chia<- 
mati  Aretini ,  o  Reggiani  :  ma  Futio  Fio- 
rcyitino ,  e  V altro  Ferrarefe      Et  appena  è 
crcdibile   che    uomo  prattico  délie  setter  e 
ftavnpate   del   Taffo  ,  nelle    quali  fi  legge-^ 
Bergomo,  patria  di  mio  Padre,  e  mia,  e 
più  volte  fi  répète   lo  ftefj'o ,  pojja  ferivere , 
o  aver  contraria  opimone.     Ùegli  Strittâft 
delta  fua  Vita ,  è  folo  il  Manfo  a  denomi- 
varlo  affolutamente  Napolitano  :  ma  gli  al- 
îri  tutti ,  o  dicon  ch?  egli  e  Bergamafco,  o 
Vuno  e  V altro  :  ne  da  Uro  fi,  parla  délia  fua 
patria,  che  non  fi  comlnci  prima  da  Berga- 
mo     Çofi  dice  il  Cafone:  il  quai  pur  V.  S. 
Illifi.  moftra  favèr  ve'iwto.     Il  Gaddi  lo 
ch'iama  uncialïbus  lit  cris  VIRGILIUS 
B  K  R  G  O  M  A  S  :   il  Tomafino  ,  Nwfê* 
F  2  rïale, 


124  ânti-Baillet.  P.  I. 
ri 'aie ,  Jano  Nicio  Eritreo  ,lo  chiamanBet- 
gamafco,  fe  ben  nato  in  Surrento.  E  Bar- 
tholomeo  Barbato  ne  lia  Vit  a  delTaJ[o,flam- 
pata  in  Padoua  innanzi  alla  Hicrufalem* 
me ,  dtce  Pifteffo  :  e  nelï'  Imagine  ftampata 
in  principio  del  Libro  ,  vi  fcrive  intorno  , 

TORQUATUS  TASSUS,  PA- 
TRICIUS  BERGOMAS,  E- 
TRUSCUS    VIRGILIUS.     Ma 

Nobile  eglifù  veramente  di  Berçamo  :  nel- 
la  quai  Città  è  délie  pin  Nobili  la  Famiglia 
de'  Tajfi  :  e  di  dove  erano ,  non  folamente 
gîi  avoli  finoi,  ma  Bernardo  fuo  Padre  :  il 
quaV  avendo  comunicata  al  figlholo  la  vi- 
ta  e  Vingegno ,  gli  a  comunicata  infieme  la 
patria;  e  vuol  cl?  ejfafia  à  parte  délia  [ua 
gloria.  Et  io  aggiungo ,  che  le  due  [oie  pre- 
dette  Città,  Bergamo  e  Sorrento  che  fi 
comprende  fotto  Napoli ,  pofion  effer  chla- 
mate  patria  delT'ajfo,  e  non  altre.  Et  e- 
gli  medefimo  in  unafua  Lettera  manufcrit- 
ta,  che  fi  Jiamperà,  dice  iïefler  fimile  nel- 
la  patria ,  non  altrimenti  ad  Omero ,  del 
quale  è  incerta  la  patria,  ma  fi  bene  à  Ci- 
cérone, che  ne'bbe  due',  e  certe ,  e  conclu" 
de,  d'efier  infieme  Bergamafco ,  e  Napoli- 
tano ,  cioè  Sorrentinç.  E  la  Le  t  ter  a  è  ori- 
ginale ,  corne  fon  quafi  tutte  quelle  chy  ioho  : 
perche  nonmifondofopramenzogne.  On* 
de  crederei  che  V.  S.  llluft.  con  que  fie  au- 
torité, e  con  quefti  Tejlimoni  potejfe ,  o  ris- 

tam- 

%  t.  J'aurois  mieux  aimé  dire  :  Joachim  du 
Bellay  ,8c  Jean  Ovren  ont  fait  des  Epigrammes  con- 
tre ce  Livre,  parce  qu'en  difant  firent  il  fcmble  que 
cei  deux  Auteurs  ayeat  été  contemporains,  le  qu'ils 

ayeat 


Anti-3aillet.  P.I.       125 

twnpando  V  Aminta.  0  in  altra  marnera^  corn- 
piacerfi  di  far  quefl?  alla  mia  intercejjione , 
CJ2  al  mio  Sonetto^che  richiede  alla  fua  pen- 
na  la  cou  fer  madone  di  quejla  verità  ;  con- 
forme alla  mente  &  aile  fer  Itture  del  Taffo  , 
e  corne  pegno  ficuro  apprejjo  di  me  délia  fua 
defideratijfiûîci  graz'ta.  Et  à  V.  S.  llkiftrif 
per  fine ,  fà  la  débita  river  enza, 

Di  V.  S.  III. 

Umîlifilmo,  divotîlîîmo,  &  oblr- 
gatiiîimo  Servitore, 

Marc'  Antonio  Foppa. 

Di  Rom  a  U  i-j.  di  M*rz,o  \C6i, 


xxxrx. 

Du  Livre  de  Nicolas  Bourbon  ,  V ancien. 
intitulé  Nugas. 

MOnfîeurBAiLLET.  Cet  Auteur  a    Page  137, 
laiffe  huit  Livres  d' Epigrammes  qu'il  Tome  4. 
a  appeliez  fes  Niaiferics.  raitlC  x* 

Ménage.  Joachin  du  Bellay  &  Jean 
Owen  firent  des  Epigrammes  contre  ce 
Livre  (1)  au  fujet  de  ce  titre.  Voici  TE» 
pigramme  de  du  Bellay  : 

Pauh 

ayent  fait  leurs  Epigrammes  contre  Bourbon  dans 
le  même  rems,  quoiqu'Owcn  qui  vivoit  encore  en 
1617.  ne  fût  peut-être  pas  ne  lors  que  du  Bellay 

3U9UIUF. 

F3 


i~x6      An  t  i-Bâillet.  P.I. 

Paule,  tuum  mfcribis  Nugarura  nomine  1À» 
brum  y 
In  toto  Libro  nil  melius  titub. 

Voici  celle  de  Jean  Owen  : 

Ghias  tu  dixijli  Nugas-,  non  ejfe  putajti. 
Non  dico  Nugas  eJJ* ,  ftd  ejfe  pat 9. 

Le  mot  de  Niaiferies  exprime  mal  ce- 
lui de  Nug*.  11  falloit  dire  Badmeries^ 
Bagatelles. 

XXXIX.  bis. 

Ignorance  de  Mr.  Baillet  dans  VH'tftoire 
Eccléfiaflique.  Mr.  Baillet  n'a  jamais 
lu  le  Concile  de  Latran  ni  celui  deBafle* 
Mr.  Baillet  ne  fait  ce  que  c*eft  que  la 
Dignité  de  Théologal. 

MOnfieur  Baillet  a  fait  un  grand 
difcours  des  Préjugez  fuivant  les- 
quels on  a  de  coutume  de  juger  des  Li- 
vres: lequel  il  a  inféré  dans  le  premier 
Tome  de  fon  Livre  des  Jugemens  des 
Savans.  Tout  ce  Difcours ,  qui  dure  de- 
puis la  page  118.  jufques  à  la  page  572» 
peut  être  réduit  à  ce  mot ,  //  faut  juger 
des  Livres  avec  candeur  &  fans  préoccu- 
pation :  Et  c'elt  ce  que  Mr.  Baillet  ne  fait 
pas. 

A  la  page  187.  à  propos  de  rien,  il  dé- 
bite un  grand  lieu  commun  touchant  le  ti- 
tre de  S.bolaftique  parmi  les  Grecs,  les. 
Romains,  &  les  François.  Quelles  pué- 
rfiitcz!  il 


Anti-Baillet.  P.  î.        127 

II  dit  à  la  page  191.     Aitifi  celui  qu'on 

appelait  par   honneur   le   Scholaltique   de 

l'Eglife  ,  n'était  autre  ckofe  que  celui  qui 

s'appelait  en  certains  lieux  le  Prîmicier ,  ou 

le  Maître  de  l'Ecole:  y  en  a' autres  , V E- 

coldtre,  ou  le  Théologal  :   a  la  fonction 

\  il  y  avait  une  irré'jcnde  de  l'Eglife 

attachée  pour fifihfiflance.     Le  vieux  Be- 

noré  aujji  de  cette  qualité  de 

ScholaIlique,^r,7«^  que  d'être  tombé  dans 

des  erreurs.     Mais  ce  n'était  qu\\  caufe  de 

fa  Théologale  de  Saint  Martin  de  Tours. 

il  y  a  ici  autant  de  fautes  que  de  lignes. 
Voici  les  fautes  de  Langue  Le  Maitre  de 
V Ecole.      Il    faut    dire  ,    le   Maiir* Ecole. 
C'elt  ainfi  qu'on  parle  dans  les  lieux  de 
France  où  le  Schoîaftique  s'appelleen  La- 
tin Magifler  Se  ho  la:.  Une  Prébende  de  l'E- 
glife attachée.  Ce  mot  attachée  e(l  équivo- 
que à  celui  d'Eglife  &  à  celui  de  Prébende. 
Tombé  dans  des  erreurs.     Quelle  façon  de 
parler  >  MaiscerSétoit.  Après  avoir  dit,Z>f- 
rençrcr  {lit  honoré  auffi  de  cette  qualité  de 
Scholafîique,  il  falloit  dire,  71  lais  ce  ne  fut. 
Voici  les  fautes  qui  regardent  les  cho- 
fes.     La  Dignité  de  Scholaft'que  &  celle 
de  Théologal  font  deux  Dignité*  différen- 
tes.    Le  Schokllîque  ,   c'elt  le  Chef  de 
l'Ecoîe  :  appelé  en  quelques  lieux  où  il 
y  a  Unîvcrliré,  le  Chancelier  de  CUnivcr- 
■ologal  ,   c'ed  un  Chanoine 
d'une  EgHfc  Métropolitaine  ,  ou  Cathé- 
drale, institué  pour  enfe'gncr  la  Théolo- 
gie à  fes  Confrères,  &  pour  leur  prêcher 
la  parole  de  Dim.     Ces  Théologaux  (ce 
les  (impies  Prêtres  habituez  de  Paris 
F  4  n'i- 


128  Anti-Baillet.  P.  h 
n'ignorent  pas)  furent  inllîtuez  à  l'égard 
des  Eglifes  Métropolitaines  par  le  Conci- 
le Général  de  Latran  tenu  fous  Innocent 
III.  qui  commença  en  ,1215-.  &  à  l'égard 
des  Eglifes  Cathédrales  ,  ils  furent  infti- 
tuez  par  le  Concile  de  Balle  qui  commen- 
ça en  1431.  &  comme  le  Concile  de  Balle 
n'eft  point  gardé  en  France  pour  la  poli- 
ce ,  la  Pragmatique  Sanction ,  au  para- 
graphe Statuimus  (1)  du  Titre  des  Col- 
lations, établit  les  Théologales  dans  les 
Eglifes  Cathédrales  &  Métropolitaines.: 
&  l'Ordonnance  d'Orléans  (qui  eit  du 
mois  de  Janvier  15-60.)  dans  les  Eglifes 
Cathédrales  ou  Collégiales.  Bérenger , 
Archidiacre  d'Angers  ,  qui  vivoit  dans 
l'onzième  fîéclev  ne  peut  donc  pas  avoir 
été  Théologal  de  Saint  Martin  de  Tours. 
Ce  qui  a  brouillé  Mr.  Baillet,  c'eft  que 
Bérenger  étoit  Maîtr'Ecole  &  Chancelier 
de  l'Eglife  de  Saint  Martin  de  Tours: car 
Papirius  Maflb  s'eft  tout-a-fait  trompé  en 
difant  qu'il  n'avoit  jamais  été  Maîtr'E- 
cole de  cette  Eglife.  Dans  un  titre  de 
Saint  Martin  de  Tours  de  1081.  il  figne, 
Berengarius ,  Scholœ  D.  Martini  Magtjler. 
La  Chronique  de  Tours:  Anno  M.  LX. 
cîarebat  Berengarius,  Grammaticus,  Aa- 
degavenfis  Archidiaconu» ,  &  Tbefaurar;ns 
necnon  Mapfter  Schalarum  ,  çjj3  Caméra- 
nus  Sandi  Martin:.  On  prêtant  ,  pour 
le  marquer  en  palïimc  ,  qu'il  a  auffi  été 

Maî- 

Ç    1.   C'eft   au   paragraphe  SepttMtttr.     Il   n'y   a. 
point  de   paragraphe    «Uns   toute  la   Pragmatique 

Swe- 


ànti-Baillet.  P.  I.       129 

Maîtr'Ecole  d'Angers.  C'eft  J'opinion 
de  Papirîus  Maflb  au  Livre  3.  de  fes  An- 
nales de  France  :  de  Louis  Servin  Avo- 
cat Général  du  Parlement  de  Paris,  dans 
Ton  Plaidoié  pour  Hamilton:  de  Claude 
Ménard  Lieutenant  de  la  Prévôté  d'An- 
gers, dans  Ton  Traité  Manufcrit  de  l'U- 
niverfiré  d'Angers  ,  &  dans  l'Eloge  de 
Bérenger:  de  Maam,  dans  fon  Hiftoire 
des  Archevêques  de  Tours  ,  au  chapitre 
d'Hildebert  :  de  Céfar  Egafîe  du  Boullay , 
dans  fon  Hiftoire  de  l'Univeriité  de  Pa- 
ris ;  &  de  Raoul  Moufnier  ,  dans  fon 
Hiitoire  de  Saint  Martin  de  Tours.  Mais 
Mr.  de  Roye,  ProfefTeur  en  Droit  de 
l'Univeriité  d'Angers,  dans  fon  Livre  de 
la  Vie,  ^de  l'Hércfie,  &  de  la  Pénitence 
de  Bérenger  &  Mr.  de  Launoy  dans  fon 
Livre  de  Scholis ,  prétendent  au  contraire 
qu'il  n'a  jamais  été  Maîtr'Ecole  d'An- 
gers, &  qu'il  ne  l'a  été  que  de  Tours: 
fondez  fur  l'endroit  de  la  Chronique  de 
Tours  que  je  viens  de  rapporter.  C'eft 
une  queftion  que  j'ai  traitée  problémati- 
quement  dans  mes  Rémarques  fur  la  Vie 
de  Mathieu  Ménage,  premier  Théologal 
de  l'Eglife  d'Angers  ,  qui  fut  député  au 
Concile  de  Bifle  par  l'Evêque  &  par  le 
Chapitre  d'Angers  ,  &  par  les  Pères  du 
Concile  de  Balle  vers  le  Pape  Eugène 
IV.  Mais  je  croi  préfentement  que  Bé- 
renger n'a  point  été  Maîtr'Ecole  d'An- 
gers. 

Sanûion  qui  commence  par  Stat*,imus.  C'eft  appa- 
remment le  titre  10.  du  Concordat  que  M.  Ména- 
ge vouloit  citer. 

F  -7 


130  Anti-Baillet.  P.  I. 
gers.  Ce  que  Claude  Ménard  a  écrit  que 
dans  les  Titres  de  l'Abaïe  de  Saint  Ni- 
colas d'Angers  il  avoit  pris  la  qualité  de 
Maîtr'Ecole  d'Angers ,  ne  te  trouvant 
~  ^     cftt>'JS  véritable.     Et  dans  le  Titre  du  Don 

Ce  Don  eit'  _    ,    .  .ni  ,  * 

imprimé  de  la  Contefle  Grecia,  qui  eft  dans  la  me- 
dansieKc-me  Abaïe  ,  Bérenger  n'y  prenant  d'autre 
cueil  des  qualité  que  celle  teGrammattcus\  &  un 
tt'teA*  R^inaldus  y  prenant  celle  te  Chancelier  \ 
baïc  par  lccVîl-à-dire  de  Maîtr' Ecch\ 
ïÉlcticr.  A  l'égard  de  la  Dignité  de  Prîmicier 
que  Mr.  Baillet  confond  avec  celle  de 
Scholaftique,  c'étoit  aufîi  une  Dignité 
différente  de  celle  de  Scholailique.  Mr. 
duCange  dans  fon  Glofïaire  rapporte  plu- 
iieurs  lignifications  du  mot  Primicerius  : 
parmi  lefquelles  il  y  en  a  une  tirée  de 
YOrdo  Romanas]  qui  femble  favori  fer  l'o- 
pinion de  ceux  qui  croyent  que  le  Primi- 
cerius avoit  le  foin  d'enfeîgner  les  Ecclé- 
fiaftiques  de  fon  Eglife.  Mais  il  eit  tres- 
vrai-femblable  que  ces  enfeignemens  ne 
fe  doivent  entendre  que  des  Offices  divins, 
je  veux  dire  que  la  fonction  de  ce  Pri- 
micerius étoit  de  montrer  aux  inférieurs 
le  chant  &  les  cérémonies  ,  afin  que  la 
décence  &  l'uniformité  fuiTent  gardées 
dans  TEglife.  Ce  Primicerius  n'étoit  donc 
à  proprement  parler  que  ce  qu'eft  aujour- 
d'hui le  Chantre:  ce  qui  a  été  remarqué 
par  Mr.  du  Gange.  Le 

f  i.  Ceux  qui  ap;ès  Cujas  ont  cru  que  Primî- 
eerim  venoit  Amplement  de  Primus,  &  que  Ceriut 
n'etoit  qu'un*  extenfion  du  mot,  fe  font  trompez, 
cerre  extenfion  feroit  trop  peu  naturelle,  Ou  ae 
jtut  doiitcx  que  Primittrim  ne  vienue  4c  Prim;  s  2c 

de 


Anti-Baille  t.  P.  T.       131 

Le  Primicerius  de  TEghTe  de  Mets; (on 
l'appelle  Princier)  &  qui  l'eft  aafîi  de  l'E- 
glife  de  Toul  &  de  celle  de  Verdun  ;  ce 
qui  eft  remarquable;  n'a  pas  cette  fonc- 
tion.    C'eit  la  première  Dignité  du  Dio- 
céfe  après  l'Evêque.     Et  il  prclîde  même 
aux  AiTembïées  du   Clergé  à  l'exclulion 
de  l'Evêque:  ce  qui  convient  bien  à  Ton 
nom:  car  Primicerius  ,  c'eft  le  premier; 
c'eft  le  Chef:  primas  in  ccra:  c'eil-à-dire 
in  Catahgo  :Ow  trouve  dans  le  Code  Jus- 
tinien,  Primicerius  Domeftrtorum  y  Pro- 
terlrrum  Principis  ;  Primicerius  Fabricen- 
fium  ;    Primicerius  Me n forum  ;   Primice» 
ri::  s  facri   Cribiculi  ;    Primicerius    Officio- 
rum  l^f  Scriniorum  Palatinorum.    Et  dans 
Luitprandus,   Petras  Primicerius  Apoftù- 
:.     On  a  dit  de  même  Secundicerius , 
pour  dire  le  fécond.   Seczindicerius  Nota- 
riarum,  dans  le  Code  Théodofien,  en  la 
Loi  2.  de    Peiitionibus.     V oyez  le  Gios- 
fiire   de   Mr.  du  Cange.     On  a  dit  auiTï 
Qapicerius  :   d'où  nous  avons  fait  le  mot 
de    Cbévecier,     Et    quoique    le  Princier 
&  le  Chévecier  foient  deux  Dîgnitez  Ec- 
cléfîaftiques  différentes  ,   ces  deux  mots, 
quant  à  l'étymologîe.,  font  de  même  li- 
gnification (1).     C'eft  pourquoi  l'Auteur 
de  l'Ancienne  Vcrlïon  Françoife  des  Dé- 
crétales  a  traduit  le  Titre  de  OfficioPrimi- 

cerii 

de  c(ya,  fur  tout  après  ce  pafTaged'Hygin  de  Vmv.ilu: 
■  ■:dr's  pag.  132.  de  l'édition  de  Turnebe.     Has 

con'era.i;i;>ies  ,  fui  !atâ  ferte  ,  quidam  tabulas  appe'lave' 
-  .     Quelques-  ur  s   ont  cru  que  C-pctrius  de 

meme  venoir  de  capy.t  ôc  de  «ffa,  enta  fetlicet  luHikn 

F  6  fi* 


132       Anti-Baillet.  P.  î. 

ceriipav  ces  mois  De  l'Office  de  Chevecier, 
Le  Princier  ,  c'eft  le  premier  de  l'Egli» 
fe  (1).  Le  Chevecier,  c'eft  celui  qui  a 
foin  du  chevet  de  l'Eglife:  c'eft-à-dire,  du 
fonds  de  l'Eglife  depuis  l'endroit  où  la 
clôture  commence  à  tourner  en  rond. 
Dans  le  Nécrologe  de  l'Eglife  de  Paris 
de  1316.  au  18  Juillet;  ce  qui  m'a  été  in- 
diqué par  Mr.  l'Abbé  Chaftelain  ,  Cha- 
noine de  l'Eglife  de  Paris;  le  Capicerius 
eft  appelé  Ca-pHiarius. 

Après  ce  grand  nombre  de  fautes  qu'a 
faites  en  iix  lignes  Mr.  Baillet  dans  l'His- 
toire Eccléfiaft'que  ,  je  croi  que  mes 
Lecteurs  font  bien  perfuadex  qu'il  eft  peu 
informé  de  l'Hiftoire  Ecclénaftique. 

J'oubliois  à  remarquer,  (car  j'écris  ces 
Remarques  avec  beaucoup  de  précipita- 
tion) que  Mr.  Baillet  ne  peut  s'exeufer  de 
la  faute  qu'il  a  faite  d'appeler  Béranger 
'Théologal  de  Saint  Martin  de  Tours  ,  en 
dilant  qu'il  l'a  ainfi  appelé  ,  pareequ'il 

en- 

fcrîbelmtHr  in  capite  cera,  &  ont  pris  droit  de  dire  là* 
deiTus  que  Primicerius  &  Capicerius  etoient  confor- 
mes en  lignification  comme  en  eiymoîogie.  C'a  été 
l'opinion  de  l'Auteur  de  l'ancienne  Verlîon  des  Dé- 
crétais, qui  n'a  pas  pris  garde  que  Chevecier  ne  ve- 
noit  pas  de  Capicerius ,  mais  que  le  Latin  au  con- 
traire avoit  été  fait  pour  exprimer  le  François.  Il 
eft  certain  que  Capicerius  eft  un  terme  Latin-barbare 
qui  n'a  jamais  lignifié  autre  chofe  que  Cbejfecier  ou 
Chevecier.  Primicerius  s'eft  dit  pour  le  premier  de 
chaque  ordre,  de  chaque  clafle  en  quelque  fonction 
que  ce  fût  ,Eccléliaftiquc  ou  Séculière.  On  ne  trou- 
vera nulle  part  Capicerius  en  ce  fens,mais  feulement 
en  celui  qui  a  été  marqué  par  M.  Ménage.  De  Chef 
on  a  fzxtChefet  &  d%$et,en  Latin  Capitiumy  de  Chefet 
■&  chcvtt  on.  a  fait  Ç*Jir«Vr  fc  Chtvtçitr,  eu  Latin 

Ct- 


x\nt  i-Baillet.  P.  I,  133 
enfeignoit  la  Théologie  dans  l'Eglife  de 
S.  Martin  de  Tours.  Ce  qu'il  a  dit,  qu'à 
la  fonction  du  Théologal  il  y  avoit  une 
Prébende  attachée,  ne  permet  pas  de  dou^ 
ter  qu'il  n'ait  entendu  parler  de  nos  Théo- 
logaux :  pour  la  fubiiftance  defquels  l'Or- 
donnance d'Orléans  a  ordonné  qu'on 
prendroit  une  Prébende. 

Voici  les  termes  de  cette  Ordonnance: 
En  chacune  f  gîife  C 'athédrale ,  ou  Collégia- 
le ,  fera  réfervé  une  Prébende  affedée  à 
un  D odeur  en  Théologie.  L'Article  34. 
des  Etats  de  Blois  dit  la  même  chofe.  Et 
la  Pragmatique  Sanction:  dont  voici  les 
termes  :  Taliter  videlicet ,  quod  quilibet 
Collator  ipfarum  Prœbendarum  ieneatur 
cjf  dcbeat  conferrc  Canonicatum  &  Pr<e- 
bendam  cjuamprimum  facultés  Je  abtulerit  7 , 
Cif  i avenir e  poterit ,  &c. 


XL. 

C*pherins  ou  Capitiarins  ,  mais  encore  une  fois  on  n'a 
jamais  dit  Cspictrim  pour  in  capitc  cer*  ,  id  efl ,  taèu- 
U  fcriftusy  éc  ainfi  il  n'eft  pas  vrai  que  ce  mot , 
quanta  l'étymologic,fbit  de  même  lignification  que 
Tfitnictrif.s. 

^f  1.  J'avoue  que  le  Princier,  Primicerius,  fe  prend 
quelquefois  pour  le  premier  de  l'Eglife.  Dans  les 
Gattulaires  par  exemple  de  l'Abbaïe  de  S.  Etienne 
de  Dijon,  l'Abbé  eft  quelquefos  qualifie  Primice- 
rtHs ,  fc  il  eft  alors  indubitable  que  ce  mot  lignifie 
le  premier  de  l'Eglife,  mais  il  eft  indubitable  auflï 
que  Primictrius  fe  prend  plus  ordinairement  pour  le 
Chtntre,  &  dans  cette  lignification  Primictrius  n'eft 
que  Primktritit  C*ntorum ,  &  non  pas  Primictrim  E>_ 


F  7 


134      Anti-Baillet.  P.  î. 

XL. 

Ignorance  de  Mr.  Baillet  dans  la  Jurifpru* 

dence.    Mr.  Baillet  ne  fait  ce  qy.e  tlefl 

que  le  Livre  des  Bafiliques. 

J*Ai  fait  voir  dans  la  Remarque  précé- 
dante que  Mr.  Baillet  avoit  peu  de  con- 
noiflance  de  l'Hiitoire  Eccléliaftique.  Il 
n'en  pas  plus  favant  dans  l'Hiitoire  du 
Droit.  Cette  Remarque  le  va  démon- 
trer. Il  dit  à  la  page  381.  du  2.  Tome . 
Part.  3.  en  parlant  des  traductions  de  Gen- 
tîen  Hervet ,  que  Gentien  Hervet  a  tra- 
duit les  huit  Livres  des  Bafiliques  ou  Con~ 
ftitutions  Impériales  des  ILr/ipereurs  de 
Confiant  impie.  Mr.  Baillet  a  fait  ici  au- 
tant de  fautes  qu'il  a  dit  de  mots.  11  dit 
qu'il  n'y  a  que  huit  Livres  des  Bafiliques: 
&  il  y  en  a  foixante,  &  cet  Ouvrage  a  été 
appelé  JJifK«VT«66X«ç ,  c'eft-à-uire,  les  foi- 
xante  Livres  :  qui  effc  un  titre  qui  a  auffi 
été  donné  à  la  Collection  des  Livres 
d'Hippocrate:  à  la  referve  des  Aphoris- 
mes  ,  du  Serment,  &  des  Pronoftiques: 
comme  nous  l'apprenons  de  Suidas  dans 
Téloge  d'Hippocrate.  Et  l'on  a  encore 
appelé  du  même  nom  la  Collection  des 
Livres  du  Vieux  &  du  Nouveau  Tefta- 
ment.  Du  moins,  c'eft  ainli  que  l'appe- 
lent  Alexius  Ariftinus,  &  Siméon  le  Lo- 
gethéte  dans  l'Epitôme  du  dernier  Canon 
des  Apôtres,  imprimée  dans  la  Bibliothè- 
que du  Droit  Canon  Ancien  de  Mr.  Juftei 
&  de  Mr.  Voël,    Mais  pour  revenir  aux 

Ba* 


Anti-Baillet,   P.  I.       135- 

Bafiliques,  elles  font  appelées  èfawvTtëi- 
fikoç  par  Michaël  Pfellus  dans  Ion  Sywp~ 
fis  Legum  à  l'Empereur  Michel  Ducas 
imprimé  à  Paris  en  1632.  chez  Camufat 
par  les  foins  de  François  Bofquet  Juris- 
confulte  de  Narbonne,  depuis  Evolue  de 
Montpellier. 

Ilffls  74/73/5  f*âfOi  mipvxs?  ùi  iïeœçcc)  rvvTct%a$. 
7En*  c-vvoTTtKMTepsy  tu  Auvtoç  f&tÇxioy , 
Tcrrei»  ifypMiÇ&àotyTTéirrai  7«5  iépusf%eu 

Harmén-opule ,   au  commancement  de 
fon  Manuel  ,  témoigne  qu'elles   étoient 
appelées  du  même  nom.     Et   c'efl   ainfi 
que  les   ont  nommées  enfuite  les  Jurîs- 
confultes   modernes.    Cujas   au  chapitre 
9.  du  VI.  Livre  de  les  Obfervatîons,  fait 
mention  de  cette  appellation  en  ces  ter- 
mes: Bd7;hr/.X-j  Libros  milgo  e^jjK0VT«€i- 
£àov  nâtncupartint ,  qnôd  fmt  LX.  âïvlfi  in 
tsCx'A  fex  :  non  quatuor  ,  tit  flerique  pu* 
tant.     Jofeph  Marie  Suarés  ,   Evêque  de 
Vaifon  ,  a  dit  la  même  chofe  dans  la  doc- 
te Préface  fur  les  Balïliques.    Je  ne  m'é- 
tonne pas  que  Mr.  Bailler  n'ait  point  vu 
ces  partages  de  Pfellus,  d'Harménopule, 
de  Cujas,  de  Suarés;  car  il  n'en  elî  pas 
encore  aux  Jurifconfultes;  &  il  apprend 
la  poterie  fur  le  pot:  Mais  je  m'étonne  r»r  *$pm/à- 
extrémement  qu'étant  Bibliothécaire  d'u-  ■£  *••** 
ne  auiîi  grande  Bibliothèque  qu'eft  celle  *!jw7£c 
de  Mr.  de  Lamoïgnon,  il  n'ût  pas  feule-  Grec, 
ment  vu  lorfqu'il  fît  cette  faute,  la  pre- 
mière feuille  du  Livre  des  Balïliques  ;  qui 
ell   un    Ouvrage   coniîdérable   puïfqu'il 

corn- 


\l&  ânti-Baillet.  P.  I. 
comprend  fept  volumes  in-folio.  S'il  Vût 
vue,  il  y  ût  lu  cette  infcription,  Bar/À*- 
'A&v  Libri  LX.  in  VII.  T'omos  divifi.  Mais 
il  n'avoit  pas  même  lu  en  ce  tems-là  la 
première  feuille  de  la  verfïon  de  Gentîen 
Hervet;  car  elle  fait  auffi  mention  de  ces 
foixante  Livres  des  Bafiliques.  Libri 
VIII.  B«(7iA^wv  àioLTâfcsuv,  id  eft ,  Impe- 
riaiium  Conftitutionum  ;  in  quibus  conti- 
netur  tetum  Jus  Civile  à  Conftantino  Por- 
fhyrogexneta  in  LX.  Libros  redaélum. 

La  fegonde  faute  de  Mr  Baillet,  c'eil 

qu'il  dit  que  Gentîen  Hervet  a  traduit  huit 

Livres  des  Bafïliques:  &  il  n'en  a  traduft 

que  fix:  qui  font,  le  28.  le  29.  le  45-,  le 

46.  le  47.  &  le  48.  ce  qui  a  été  remarqué 

par  Mr.  Fabrot  dans  fa  Préface  des  Bafi- 

iiques:  en  ces  termes:/).?  Libris  XXVIII. 

XXIX.  XLV.  XLVL  XLVIL  XLVIIL 

quos  Gentiauxs  Hervet  us  Latine  verterat , 

hoc  tant  km  dicam ,  Hervetum  doéiijjimum 

qu'idem  fuijfe ,  feâ  nrjn  Juris  :  (c'eft  ce  que 

OnMustvir  Çujas  difoit  de  Conan)  ut  intejrros  vertere 

tri  doaîlfi-  1  *  r  ■  J 

mus  rtànon  mAluerim  ^  quam  verjionem  ejus  emenaare. 

Juris.  Cor-  Jam  Cujacius  in  eruditijjima  Prafatione 
rtmfipttdi-  Libri  LX'.fatis  monuerat  quid  in  ejufmodi 
ttwu*p*r<-  'verfî0'/2e  defideraret.  L'Evêque  de  Vaifon 
dh,cjHHn  en  conte  fept,  mais  il  dit  que  de  ces  fept 
ejus  Com-     \\  n'y  en  a  que  quatre  entiers. 

£T US a'    Cette  faute de  Mr>  Baillet  eft  excufable : 

C'eftdâns  Gentîen  Hervet  ayant  dit  lui-même  dans 

feb  com-  l'infcrîption  de  fa  Verfion  que  cette  Ver- 

raentaires  fion  contenoit  VIII.  Livres  des  Baiîlîques. 

vrc  d£  Ll"  Ge  <H"  a  trompé  Hervet ,  c'eft  que  le  fe- 

Queftions  gond   Tome  des  deux  qu'il  a  traduits, 

de  Papi-  contenoit  tant  de  titres ,  qu'il  a  crû ,  cora- 

**  me. 


A  uti-Bai  llet.  P.  I.  1^7 
me  il  le  dit  lui-même,  qu'il  contenoît  du 
moins  quatre  Livres  comme  le  premier. 

La  troiikme  ftute  de  Mr.  Baillet  dans 
le  paiïage  ci-dcAus  allégué,  c'clt  que  de 
la  manière  qu'il  s'eft  exprimé ,   il  parok 
qu'il  a  crû  que  le  Livre  des  Bafiliques  con- 
tenoît   feulement   les    Conltitutions   des 
Empereurs  de  Conftantinople.  Ce  qui  cft 
très-faux.   Voici  l'Hittoire  des  Bafiliques. 
Les   Bafiliques  ,   rà  BaaKrAà  ,    font   les 
Loix  des  Empereurs  :  comme  les  Epar- 
chiques  ,    toc,  'Ezupxr/à  ,   font  les  Edits 
des  Préfets  du  Prétoire.  Et  les  Livres  des 
Bafiliques  font  les  Loîx  des  Romains  tra- 
duites en  Grec;  c'efl-à-dire  ,  le  Digefte, 
le  Code  Juftinien,  les  Novelles  de  Jufti- 
m'en:  à  quoi  on  a  ajouté  quelques  Edits 
de  Juftinien,  de  Juitin  le  Jeune,  de  Tibè- 
re de  Thracc,  de  Zenon,  &  de  Bafile  le 
Macédonien.   Cette  Traduction  fut  faite 
par  les  ordres  de  l'£mpereur  Léon  le  Phi- 
lofopbe  ,    comme   nous   l'apprenons  de 
Pfellus  dans  fon  Sympfis  Legum,  d'Har- 
ménopule  dans  fon  Manuel,  &  de  Bal- 
famon  dans  fes  vers.  Et  l'Empereur  Léon 
fe  fervit  pour   cet  Ouvrage  de  Sabbatius 
Prorofpatarius,  comme  nous  l'apprenons 
de  Mathieu  BJaltarés.  Et  dans  ce  même 
tems  Phctius,  Patriarche  de  Conftantino- 
ple,  iît  la  Collection  des  Canons,  qu'il 
appela  Nomocamn. Quelques- uns  ont  cru-; 
&  cmr'autres,  François  Balduin;  que  les 
Bafiliques  avoient  été  faites  par  l'ordre  de 
l'Empereur  Bafile,  Père  de  Léon  le  Phi- 
lofophe.  Mais  en  cela  ils  fe  font  trompez. 
nm  ivepta  cfl  opinio^  qui  Bafilio  Bafilî- 

ÇA. 


■138  Anti-Baillet.  P.  ï. 
ca  tribuum  ,  dit  Cujas.  Et  ce  qui  les  3 
trompez  ,  c'eft  que  l'Empereur  Bafile  , 
conjointement  avec  fes  fils  Gonftantin  & 
Léon,  avoit  commencé  à  faire  travailler 
à  la  Verfion  Grecque  des  Loix  Romai- 
nes :  comme  nous  l'apprenons  de  Cédré- 
nus  dans  l'Hiftoïre  de  l'Empereur  Baille, 
Et  c'eft  par  cette  raifon  que  l'Empereur 
Léon  le  Philofophe  dans  fa  Novelle  71. 
attribue  par  honneur  les  Baliliques  à  fon 
père  Baille.  Gar  parlant  dans  cette  Novel- 
le de  l'efpace  qu'il  faut  laiffer  entre  le  bâ- 
timent que  veut  faire  un  particulier  ,  & 
les  terres  labourables,  ou  les  vignes,  d'un 
autre  particulier,  il  dit  que  la  Loi  qui  or- 
donne cet  efpace  a  été  faite  par  fon  père. 
C'eft  la  penfée  de  Gujas  au  chapitre  31.  du 
Livre  XVI II.  de  fes  Obfervatîons.  L'Em- 
pereur Balïle  voyant  beaucoup  de  confu- 
iïon5  &  quelques  défauts,  dans  le  corps 
du  Droit  des  Romains,  avoit  donc  réfo- 
lu,  comme  dît  Gédrénus,  de  le  refondre, 
&  de  le  faire  traduire  en  Grec.  Mais  pré- 
venu par  la  mert,  n'ayant  pu  qu'ébaucher 
cet  Ouvrage,  fon  fils  Léon  l'acheva.  Il 
eft  vrai  néanmoins  que  Balile  acheva  le 
TJpd%f/pcv  vo'jxwv  (c'eft- à-dire  *  le  Manuel 
des  Loix)  conjointement  avec  fes  fils 
Gonftantin  &  Léon.  Et  comme  cet  Ou- 
vrage étoit  divifé  en  60.  Livres,  de  mê- 
me que  les  Baliliques ,   cela   peut   avoir 

côn- 

Ç  1.  Premièrement  "e  ne  fai  s'il  ne  vaudroît  pas 
mieux  faire  Bafiiiques  du  ma'culin,  quard  ce  ne  fc- 
roit  que  pour  éviter  l'équivoque  de  B épique  dans  l.t 
lignification  d'Eglite  ou  de   PaJais.     Secondement 

i« 


Anti-Baillet.   P.î.       139 

contribué  à  faire  croire  que  Bafile  étoit 
Auteur  des  Bafïliques.  Mr.  l'Abbé  Huct, 
nommé  à  l'Evéché  de  SoilTons,  &  digne 
d'une  plus  grande  Dignité  ,  a  écrit  dans 
Ion  Dialogue  de  Claris  Interpreùhus ,  que 
les  Bafiliques  furent  faites  par  l'ordre  de 
B.Uile,  de  Léon,  &  de  Conftantin  le 
Porphyrogennéte  ([)•  A  l'égard  de  Bail- 
le, il  a  cru  par  les  raifonsque  nous  avons 
rapportées  ,  qu'il  avoit  contribué  à  cet 
Ouvrage.  Et  à  l'égard  de  Léon  le  Philo- 
fophe  ,  fils  de  Baille,  il  a  û  en  vue  les 
pafTages  de  Pfellus,  d'Harménopule  &  de 
Balfamon  ,  dont  nous  avons  parlé.  Et  à 
l'égard  de  Conftantin  le  Porphyrogenné- 
te, fils  de  Léon,  il  a  cru  qu'il  avoit  part 
à  cet  Ouvrage  à  caufe  de  ce  qui  eft  dit  dans 
la  Préface  des  Vers  de  Balfamon  ,  que 
Conftantin  le  Porphyrogennéte  eft  Auteur 
de  VAvcuuièctptn-ç.  Mais  Cujas  a  fort  bien 
fait  voir  que  cette  Anacatharfe  de  Cons- 
tantin le  Porphyrogennéte  étoit  feulement 
une  répurgarion  ;  c'efcà=dire ,  une-  cor- 
rection des  Baliliques-de  Léon  le  Philofo- 
phe  ;  &  pour  ufer  des  termes  de  Cujas, 
Bafilica  repetitee  prœleftîonis.  Et  <i  Balfa- 
mon par  cette  Anacatharfe ,  dont  il  parle 
dans  fa  Préface,  avoit  entendu  parler  des 
Baiiliques,  il  fe  feroit  contredit:  cardans 
le  corps  de  fes  vers  il  dit  nettement  que 
Léon  le  Philofophe  eft  l'Auteur  des  Bi- 

liii- 

je  ne  trouve  point  que  M.  Huet  fafTe  la  moindre 
mentiou  de  JïafiJc,  de  Léon,  ni  de  Conftantin ,  en 
aucun  endroit  de  Ton  Dialogue,  du  moins  de  l'édi- 
tion in  4.  i€6r. 


740      ânti'Baillet.  P.  F. 

filiques.  En  un  mot,  il  n'eft  plus  révoque 
en  doute  que  le  Livre  des  Bafiliques  ne 
foit  de  Léon  le  Philofophe.  JEquiores 
AUtem  rerum  yudices  heic  monendi  funt , 
Libros  Bafilicon  in  Libros  fexaginta  a  Leo- 
ne Imper atore  ,  (quo  audorc  cenferentur 
Bafilica ,  anteà  non  canveniebat)  divifos , 
integros  ad  nos  non  perveniffe,  dit  Mr.  Fa- 
brot  dans  fa  Préface  des  Bafiliques.  Et  ce 
qu'a  écrit  Hervet  à  la  tête  de  fa  verfion, 
que  les  Balîliques  avoient  été  divifées  en 
LX.  Livres  par  l'Empereur  Conftantin 
le  Porphyrogennête,  eft  dit  fans  preuve. 
Il  me  refte  à  remarquer,  que  l'Auteur 
du  Catalogue  des  Manufcrits  de  la  Biblio- 
théque  de  faïnt  Laurens  de  Florance,  im- 
primé à  Florance,  &  en  Hollande,  attri- 
bue à  faint  Bafile  le  Livre  des  Bafiliques , 
intitulé  Synopfis  Bafilicuv  ,  &  publié  par 
Léunclavius  :  qui  eft  une  bevuë  épouvan- 
table. J'en  avertis  Mr.  Baillet,  afin  que 
lorfqu'il  parlera  de  cette  Synopfis  ,  il  lia 
faiTe  pas  la.mêmebevuêV 

XLI. 

Quelques  particularitez  touchant  Carnéade. 
£j  Zenon ,  ignorées  par  Mr.  Baillet. 

MOnfieurBAlLLET.  On  dit  que  Ze- 
non le  Père  des  Stoïciens  avoit  corn* 
pofé  705".  Opufcules  différentes',  qui ,  non- 
obftant  leur  multitude  ,  étaient  d'une  fi 
grande  force,  que  Carnéade  de  ly  Académie 
ayant  entrepris  d'y  répondre ,  s^étoit  cru 
obligé  toutes  les  fois  auy il  prenait  la  plume 

pour 


Anti-Baillet.  P.  I.       141 

f*ur  le  réfuter ,  de  prendre  auparavant  de 
F  Ellébore  blanc  pour  fe  purger  &  fsrtifier 
la  tête ,  &  pour  empêcher  que  l'eflomac  ne 
lui  envoyât  de;  vapeurs  au  Cerveau.  Mats 
on  ne  convient  pas  que  tous  ces  Ouvrages  ne 
fuffent  que  d'un  feul  C55  même  Zenon.  Et 
quelques-uns  doutent  que  ce  fût  au  Chef  des 
Stoïciens  qu'en  v&uloit  Carnéade. 

Ménage.   C'eft    de  cet    endroit  de 
Chriftianus  Libérius  dans  fa  Bibliophilie, 
page  6.  que  Mr.  Baillet  a  pris  ce  qu'il  dit 
ici  de  ce  grand  nombre  des  Livres  de  Ze- 
non :  car  comme  je  l'aï  déjà  remarqué 
plulieurs  fois,  Mr.  Baillet  ne  puife  pas 
dans  les  fources:  Zeno  Stoicorum  Pater , 
ufque  ad  feptlngenta  quinque  (TvyypxfA(j.ci- 
tx  ,  five  opufcula  ,   cvulgavit.     Je  ne  fai 
d'où  Libérius  peut  avoir  pris  cette  parti- 
cularité :  Diogene  Laërce  dans  l'énumé- 
ration  des  Livres  de  Zenon,  le  Père  des 
Stoïciens,  n'en  conte  que  douze.    Il  elt 
vrai  néanmoins  que  ce  Père  des  Stoïciens 
^n  a  écrit  davantage  :   &  je  me  fouviens 
d'avoir  remarqué  dans  mes  Obfervations 
fur  Laérce  ,  que  Laërce  même  fait  men- 
tion de  quelques  Livres  de  Zenon,  dont 
il  n'a  point  parlé  dans  l'énumération  des 
Livres  de  ce  Zenon.    Et  dans  fa  Préface, 
il  dit,   que  notre  Zenon  avoit  fait  beau- 
coup de  Livres  ;  que  Xénophane  en  avoit 
plus  fait  que  Zenon,  &  Démocrite  plus 
que  Xénophane;  &  Ariftote  plus  que  Dé- 
mocrite; &  Epicure  plus  qu'Ariftote,  & 
Chrylippe  plus  qu'Epicure.     Et  Epicure, 
comme  l'a  remarqué  Mr.  Baillet,  n'en  a- 
Y.oit  fait  que  trois  cens.    Ce  qu'a  dît  I  i- 

bérîus 


142       Anti-Baillet.  P.  I. 
bérius  de  ce  nombre  des  Livres  de  Ze- 
non, eft  donc  abfolu ment  faux. 

Mr.  Bailler,  dit  qu'on  ne  convient  pas 
que  tous   ces   Ouvrages   ne  fuffent  que 
d'un  feul  &  même  Zenon.    Quelle  façon 
de  parler   pour   un  homme  qui  fe  pique 
de  bien  parler?  Ce  feul  &  même  n'eft  pas 
dit  élégamment.     11  faloit  dire  d'un  même 
Zc'?ion.     Mais  il  n'eft  pas  ici  queftion  de 
langage,  il  eft  queftion  de  chofe.     Qui  a 
dit  à  Mr.Baillet  qu'on  ne  convenoit  pas 
que  ces  705.  Livres  de  Zenon  fuftentd'un 
même  Zenon  ?  C'eft  une  queftion  qui  n'a 
jamais  été  agitée  par  aucun  ancien  ni  par 
aucun  moderne  :  ces  705-.  Opufcules  de 
Zenon  étant  de  l'invention  de  Libérius; 
dont  le  Livre  de  la  Bibliophilie  a  été  im- 
primé à  Utrecht  pour  la  première  fois  en 
i68r.  il  y  au  quatre  Zénons  Philofophes. 
Zenon   Eléate,  Difciple  de  Parménide; 
Zenon  de  Citie ,  qui  eft  le  fondateur  des 
Stoïciens  ;  Zenon  de  Sidon  ,  Philofophe 
Epicurien  ;  &  Zenon  de  Tarfe,  Difciple 
de  Chryfippe.    Ce  dernier  Zenon  avoit 
peu  écrit ,  comme   nous  l'apprenons  de 
Laërce.    Et  perfonne  n'a  dit  que  Zenon 
J'Eléate  ,    &   Zenon    l'Epicurien  uflent 
beaucoup  écrit.    Et  ainfi  tous  les  Livres 
de  ces  quatre  Zénons  ne  peuvent  aller 
jufqu'à  cent. 

Mr.  Baillet  ajoute ,  que  quelques-uns 
doutent  que  ce  fût  au  Chef  des  Stoïciens 
qu'en  voulût  Carnéade.  Je  ne  penfois  pas 
que  Mr.  Baillet  en  fut  tant.  En  effet, 
Jonfius  explique  ce  Zenon  contre  lequel 
ccrivoit  Carnéade,  du  Zenon  de  Tarfe- 

le 


Anti-Baillet.  P.  1.       143 

le  Difciplc  de  Chrylïppe.  Eundem  credo, 
dit-il  ,   en  parlant  de   ce   Zenon,  contra 
quern   Carne  ad:  s  feripturus  ,    Elleboro  je 
prias  purgabat  :  de  quo    PUnius   Hiftoriœ 
Naturalis    XXV.    5-.    Vahrius    Maximus 
Vlll.  7.  Geljius  XVLl.  ïj.  Fulgentius  Li- 
bru  I.  i  l  aj  oûte  :  quod  tamen  Chryfippo  tri' 
huit  perperam  Petronius  in  Satyrico.     Ter- 
tullianui  Libro  de  Anima  cap.  6.     Hiero~ 
nymMS  Commemario  in  Epiftolam  ad  Gala- 
tas.    Je  penfois  que  Mr  Baillet  ût  vifé  à 
cet  endroit  de  Jonlîus  ,   lorfqu'il  a  écrit 
qu'on  doutoit  que  ce  fût  au  Chef  des  Stoï- 
ciens qu'en  vouloit  Carnéade  :  Mais  je 
viens  préfentement  de  lire  dans  fes  Cor- 
rections qu'il  a  û  une  autre  vue.     Voici 
fes  termes:  S.  Auguftin  dit  que  Sétoit  lors- 
que Carnéade  voulait  dtfputer  contre  Chry- 
fippe  qu'il  fe   purgeait  le  cerveau  avec  de 
F  Ellébore  blanc.     Mais  quoique  F  autorité 
de  S.  Auguftin  pour  ces  foi  tes  de  faits  ,  n'ait 
rien  au  defj'us  de  celles  des  Auteurs  profa» 
nés  ;  cela  nous  fait  toujours  penfer  que  la 
plupart  de  ces  relations  font  fufpeéies.  Ceft 
aujfi  ce  que  f  ai  voulu  marquer  Jorfque  j'ai 
ajouté,  après  Oyfélius,  &  quelques  autres, 
que  ce  fut  au  Chef  des  Stoïciens  qu'en  vou- 
lait Carnéade.     Voici  ,  félon  moi,  com- 
me la  chofe  doit  être  décidée.     Carnéade 
étoit  Académicien,  &  les  Académiciens 
en  vouloient  fort  aux   Stoïciens,  &  les 
Stoïciens  aux  Académiciens .    Et  Carnéa- 
de en  vouloit  perionnellement  à  Chrylïp- 
pe, célèbre  Stoïcien.    Cicéron:  Carnca* 
des  Ubenter  in  Stoicos  invehebaiur.     Dio- 

gcaeLaërce;  K*pvf«^ç  rà  TwvSrwftwi 

Pi- 


m       Akti-Baillet.  P.  I. 

&i€k/x  àvceyvxç ,  imfi&éçarct  rà  Xpvïfa- 
7T8,  énicMÛç  àvrcTç  d vréhêys ,  vuî  év^ixépsi 
to<T8tov,  ace  êiteTvo  è'xi'héyeiv,  'Ei  /xvj  yàp 
XpvciTJOç,  8*  £v  vjv  gya.  Il  faut  expli- 
quer ce  Grec  à  Mr.  Baillet:  car  il  ne 
l'entend  pas.  C'ell-à-dire:  Carnéade  ayant 
là  les  Livres  des  Stoïciens  ,  &  très -dili- 
gemment ceux  de  Chryfippe ,  il  écrivit  con- 
tre les  Livres  de  Chryfippe.  Ce  qu'f  lui 
J accéda  fi  bien  qu'il  d'if  oit  ,  fi  Chryfippe 
n'av oit  point  été ', je  Maurois  point  aujji  été. 
Il  n'y  a  donc  point  d'inconveniant  de  di- 
re que  Carnéade  fe  purgeoit  le  cerveau  a- 
vec  de  l'Ellébore  blanc  ,  lorfqu'il  écri- 
voit  contre  Chryfippe,  comme  l'ont  dit, 
Pétrone,  Tertullien,  &  S.  Jérôme,  aux 
lieux  alléguez;  &  S.  Auguftin  au  chapitre 
19.  du  Livre  I.  contre  Crefconius.  Et 
Jonfius  n'a  pas  raifort  de  dire  qu'en  cela 
ils  fe  font  trompez:  &  particulièrement, 
Valére  Maxime  (qui  eft  un  Auteur  an- 
cien) ayant  écrit  la  même  chofe.  C'eft 
Jonfius  qui  s'eft  trompé ,  en  difant  que 
Valére  Maxime  a  nommé  Zenon  &  non 
pas  Chryfippe.  Voici  les  termes  de  Va- 
îére  Maxime:  cum  Chryfippo  difputatums, 
Rlleboro  fe  antè  purgabat ,  ad  exprirnendum 
ingenium  fuum  attentiùs  &  illius  reftllen- 
dura  acrius,  . 

Mais  comme  Zenon  de  Citie  eft  le  fon- 
dateur des  Stoïciens,  il  n'y  auroit  pas  aus- 
fi  d'inconveniant  d'expliquer  de  ce  Zenon, 
le  Zenon  dont  parlent  Pline,  Aulugelle, 
&  Fulgence.  Mais  d'un  autre  côté  Ze- 
non de  Tarfe  le  Stoïcien  étant  Difcîple 
de  Chryfippe,  Carnéade  qui  écrivoit  con- 
tre 


Aîtti-Bà  illet.  P.  Îc       14^ 

tee  Chryiïppe,  peut  avo.r  écrit  contre  ce 
Difciple  de  Chry  lippe. 

XLII. 

Méprife  de  Mr.  Baillet  touchant  V '  Etymo* 
logie  de  jon  Nom  de  B  A I L  L  E  T. 

M  On  lieu  r  Baillet.     Le  mm  qui  Préfteeftc 
m' eft  échu  »e  méritait  pas  d'être  cun-  tes  focics, 
nu  a  eux  :    &   ils   ont  fait  'voir  effective- 

ment  qu'ils  ne  le  cannoijjent  pas  ,  lorjqu'ils 
ont  prétendu  le  tirer  de  l'obfcurité  dans  la- 
quelle f  avais  tâché  de  le  retenir.  Mais 
puifqu'il  s'agit  de  divertir  encore  une  fois 
le  Public,  il  faut  les  tirer  eux-mêmes  de 
la  plaijà^te  erreur ,  où  ils  je  font  précipitez 
par  la  pajfion  déréglée  qu'us  ont  eue  de  me 
rendre  un  jervice  a  u" 'on  »' exigeait  pas  d'eux. 
Il  aurait  donc  été  bon  pour  leur  dejj'cin  q  11  ils 
ufjent  jû  que  ce  nom  qu'ils  ont  voulu  met' 
tre  en  queftion,  ne  marque  autre  chose  qiiu- 
ne  couleur  qui  ne  peut  être  inconnue  qu'à  des 
aveugles.  L'Origine  n'en  eft  pas  trop  obs- 
cure :  CT  f<?ns  aller  chercher  parmi  les  pre- 
miers Egyptiens  du  tems  de  Pharaon ,  com- 
me ont  fait  quelques  \avans,  il  fujfit  de  la 
mettre  chez,  les  Grecs ,  J«jP  de  dire  avec  lûr. 
Ménage  dans  jes  Origines  Italiennes  & 
Franfoifes,  que  du  Grec  ffatfov  vient  le  Ld- 
tin  baû'U  :  iff  puis  les  d  minutifs ,  bndio- 
his ,  badiolettus  :  d'où  vient  le  François 
Baillet.  On  pourrait  ajouter  même  fans 
rien  diminuer  de  la  vérité  de  cette  ét^malo" 
gie  de  fflr  Ménage ,  que  ce  mot  eft' de  ces 
noms  heur,  ux  qui  n'ont  pas  pour  une  feule 
ïom.lh.Part.L  G  ort- 


t 


14(5       Anti-Bail-let.  P.  I. 

origine ,  puifqu'on  lui  en  a  trouvé  encore  fi- 
ne autre ,  qui  n' efl  peut-être  pas  moins  an- 
cienne dans  la  Langue  Grecque ,  &  qu> Ho- 
mère s* en  efl  fervi  dans  lajïgnipcation  des 
chofes  qui  avoient  la  même   couleur.     Du 
Grec  fiuhioç  dont  ilfe  fert ,  efl  venu  le  La- 
tin balius.     De  là  s\fl  formé  le  diminutif 
baliolus ,  qui  a  été  employé  par  Plaute  pour 
marquer  un  homme  de  la   couleur  dont  il 
s*  agit.     Delà  efl  veau  aujfi  le  fécond  dimi- 
nutif-  balioletus ,  &  par  fyncope  balie.us: 
qui  efl  le  nom  dont  Mr.  de  Thou  s'efl  fervi 
dans  fon  Hiftoire  tour  nommer  un  célèbre 
Président  du  Parlement  de  Paris.     Mais 
pour  ne  point  multiplier  nos  idées  fans  né- 
ccjfitê ',  on  peut  foutenir  avec  Voffius ,  que 
badius  £3*  balius ,  cr  par  conféquent  badio- 
letus  ,   balioletus,   balietus  ,    &    baillet 
viennent  tous  d'une  même  four  ce  ;  C5;  qu'ils 
doivent  leur   extraction   au   mot   de  fcctï'ç, 
comme  cet  Auteur  le  fait  voir  avec  affez 
d'étendue  dans  fon  Etvmologicon  de  la  Lan- 
gue Latine,     jfe  n'ai  aucun  befoln  de  F 'au- 
torité de  tous  ces  favans  hommes  ,pour  tour- 
ner en  ridicules  ces  Poètes  qui  ont  prétendu 
faire  des  vers  fur  mon  Nom  fans  le  connoi- 
tre.     Et  celle  de  Mr.  Ménage  feul  efl  plus- 
que  fuffifante  pour  confondre  leur  adrejfe , 
&  faire   voir   l'inutilité  de  leurs  efforts, 
quand  ils  aur oient  été  renforcez  d,e  M.  Mé- 
nage même.     Ceft  à  l" Inventeur  de  Baju- 
letUS,  c'eft-à-dire  du  fpeélre  après  lequel  ils 
ont  couru,  qu'ils  ont  obligation  de  la  matiè- 
re de  leurs  vers.     Ceft  aujfi  à   lui  ,  qtiel 
qu'il  puiffe  être,  qu'il  faut  oppofer  Mr.  Mé- 
nage; quoiqu'il  ne  faille  pas  trop  approfon- 
dir 


Anti-Baillet.  P.  I.        147 

air  la  différence  qui  paroîtroit  Sabord  entre 
ces  deux  perfonnages^  il  faut  tâcher  de  les 
diftinguer ,  au  moins  mentalement',  pour  ne 
les  pas  confondre  tellement  enfemble ,  que  fi 
l'un    s'avifort   de  démentir    l'autre,  le  dé' 
menti  ne  retombât  fur  les  deux  enfemble  ^ 
comme  fur  une  même  perfonne.     Mr.  Mé- 
nage   peut    conva  ncre    d'ignorance    cjT  âe 
ril<té  l'Inventeur    du   }3ajuletus ,    non 
feulement  par   l'étymologie  véritable    qu'il 
vient  de  nous  donner  du  nom  d,ont  il  s'agit^ 
mais  encore  par  celle  qu'il  a  donnée  ailleurs 
de  la  Marotte  de  nos  faifeurs  devers.  J'ap- 
pelle ainfi  leur    Bajuletus,  qui  décend  en 
droite  Urne  de  BajulllS  :  lequel  félon  Mr. 
Ménage ,&  les  autres  Savans  ,fign ifieBz.il- 
Hf,  ou  Bailli,  dont  la  fignification  n'a  pas 
le  moindre  rapport  avec  celle  de  mon  Nom, 
De  forte  que  les  faifeurs  de  Vers,  pour  avoir 
peut-être  eu  trop  b  >nne  opinion  de  leur  nou- 
vel Etymologifle  .  m'ont  laifjé  aller  en  paix, 
&  m'ont  abandonné  pour  fe  jetter  fur  un 
fantôme  ,   Isf  pour  exercer  toutes  leurs  fa- 
culté z.   Poétiques  dans  les  ailufions  que  le 
mot  de  Bajulus  leur  a  donné  lieu  de  faire 
fur  les  fondions  des  Crocheteurs  ;  que  leur 
imprudence  leur  a  fait  attribuer  fort  mal 
à  propos  à  tous  les  Baillifs  du  Royaume,  ou 
A    quelqu'un   qui  porte  le  nom  de  Bailly. 
L'ambiguïté  ou  la  proximité  des  noms  a 
trompé  le  Devin  Pour  cette  fois.    Et  celui  Mr.Mént- 
à  qui  Mr.  de  Balzac  donna  une  faculté  di-  8e* 
vinatrice  pour  l'étymologie  ,   n'étoit  peut- 
être  pas  pour  lors  fur  fon  trépié:  peut-être 
aujfi  ponrroit-il  bien  avoir  reçu   l'rnfpira- 
tion  de  travers ,  ij  fans  y  être  préparé.   Je 
G  Z  ne 


i^S       Anti-Baillet.  P.  [. 

nefçai  aurefle  dans  quelle  vue  l'Auteur  dti 
Songe  Alinus  in  Purnali'o  a -prétendu  nous 
faire  connaître  ce  Devin  d'Rtymologies  :  ni 
■par  quel  motif  il  a  fait  l'injure  à  Mr.  Mé- 
nage  de  vouloir  le  faire  pajjer  dans  le  mon' 
de  pour  ce. Devin,  a  qui  il  attribue  la  fa- 
culté (^interpréter  les  Songes  ,  en  lui  de" 
mandant  F  explication  du  [ten,  qu'il  n' a  pu 
fans  doute  .ejpérer  de  lui  que  par  la  force  du 
mot,  &  l' An.igramme  du  Bajuletus.  Mais 
ce  Poète  n'a  peut-être  pas  fait  réflexion,  en 
faïfant  fon  Songe  ,  qu'il  y  a  bien  de  l'indis- 
crétion à  louer  Mr.  Ménage  d'une  qualité 
qu'il  avoit  autrefois  tant  blâmée  dans  la 
perfonne  du  fameux  Pédant-  Par  afite  Mon- 
mor^  ksf  qui  av oit  fait  voir ,  après  Artémi- 
dore ,  qu'il  n'eft  rien  de  plus  ridicule  &  de 
plus  impertinent ,  que  d'interpréter  les  Son~ 
ges  par  les  Anagrammes ,  &  par  l'explica- 
tion des  noms  propres. 

Ménage.  Que  de  pédanteries  !  Mais 
que  d'ignorances  &  de  puérilitez!  J'ai  ren- 
du en  Latin  le  nom  de  Mr.  Baillet  par 
Bajuletus  ;  qui  eft  fon  véritable  nom  La- 
tin :  car  comme  de  Bajulus  on  a  fait  Bail- 
le :  ce  qui  paroît  par  ces  mots  Baille  de 
Vcmje\  Baille  &  Garde:  &  que  de  Baju- 
livus  on  a  fair  Baillif,  ou  Bailly  ;  on  a 
fait  de  même  Baillet  de  Bajuletus.  Mr. 
Baillet  veut  que  je  me  fois  contredit  dans 
cette  formation  de  nom  :  pareeque  dans 

mes 

^J  t.  On  trouve  autant  de  ces  fortes  de  noms 
fans  l'article  qu'avec  l'article,  témoin  M.  Brua  de 
Befançon  ,  M.  Brunet,  M  Bruneau,  M  Brunel,M. 
Blonde! ,  M  Blondeau,  B  fèt ,  Blanchct  .Blanchard, 
ïlaaciion,  Biaucheton,  Nouot,  YeiUm,  Verdelet, 

Via- 


Anti-Baillet.  P.  î.       149 

rfles  Origines  Italiennes  ôtdans  mesFran- 
çoifes  j'ai  dit  que  le  mot  Baillet  en  la  li- 
gnification de  couleur  violette,  venoit  de 
,  cela  empêche- 1-  il  qu<r  dans  la  li- 
gnification de  petit  Baille  il  ne  vienne  de 
aajulctusk  J'ai  dit  dans  mes  Origines 
Franco: les  que  le  mot  ttarrthkr  dans  la 
lignification  d'aller  l'arable,  reiîOÎt  d'à m- 
Mare;  &  que  dans  la  lignification  de  dé- 
roù  r  il  venoit  d-iftvo/an  ;  eft-ce  que  je 
me  fuis  contredit  dans  ces  deux  étymolo- 
fcies?  Mr.  Baillet  qui  veut  ici  me  ridiculi- 
fer  fur  m.es  étymoiogies .  ne  fait  ce  que  c'eft 
qu'étymologîes.  Balietus  n'eft  point  une 
fyncope  de  Balioletus  De  Balioletus,  on 
feroit  par  fyncope  Balietus  &  le  Bal  etut 
de  Mr.  de  Thou  a  été  formé  par  Mr.  de 
Thou  fur  le  François  Baillet.  Et  le  nom 
propre  Baillet  ne  peut  venir  de  la  contrac- 
tion de  Badioletus  ou  Balioletus  en  la  li- 
gnification de  couleur  violette:  car  en  ce 
cas,  il  faudroit  y  mettre  un  article,  & 
dire  ;  Le  Baillet  (1).  C'eft  ainfi  qu'on 
dit  Mr.  le  Blanc  ,  Mr.  le  Noir ,  Mr.  le 
Gris ,  Mr.  le  Roux,  Mr.  le  Brun;  &  non 
pas,  Mr.  Blanc,  Mr.  Noir,  Mr.  Grisr 
Mr.  Roux  ,  Mr.  Brun.  Mais  que  veut 
dire  notre  Etymologille  en  difant  que  Ba- 
juletus  eft  l'Anagramme  de  Baillet7.  Mr. 
Baillet  qui  juge  de  tous  les  Livres,  ne 
fait  pas  même  ce  que  c'elt  qu'Anagram- 
me. 

Violet,  Rouget,  Rougeot,  Roux,  Ronfler,  Rous- 
fcl ,  RoiïlIc.iU,  Ronflât,  Rouflard  cVc.  qui  (ont  tous 
noms  tirez  de  couleurs,  &:  la  plupart  diminutifs, 
ainli  que  Bailler,  avec  Iclquels  il  eft  très-rare  de 
yoi  l'article. 

G-3 


ifo       Anti-Baillet.  P.  I. 

me.  Voilà  ce  Savant  qui  m'accufe  d*î- 
gnorance  &  de  puérilité  pour  avoir  rendu 
le  nom  de  Baillet  par  Bajuletus  :  qui  dit 
que  je  fuis  un  mauvais  Devin:  que  je  n'é- 
tois  pas  fur  mon  trépié,  ou  que  j'ai  pris 
l'infpiration  de  travers,  quand  j'ai  rendu 
ce  nom  de  la  forte:  qui  dit  que  le  Père 
Commire  m'offenfe  en  me  demandant 
l'interprétation  de  fon  Songe:  laquelle  il 
n'a  pu  efpérer  de  moi  que  par  la  force  du 
mot  &  par  l'Anagramme  de  Bajuletus, 
Comme  s'il  falloir  écre  an  grand  Devin 
pour  deviner  qu1 '  Afmus  in  Irarnajfo  dans 
le  Poème  du  Père  Commire,  c'ell  Bail- 
let Auteur  des  Livres  intitulez  JugerneriS 
Âes  Savant  &c.  Mais  quoique  j'aye  ap- 
pelé Mr.  Baillet  Bajuletus  ,  je  n'ai  point 
prétendu  l'appeler  Crocheteur.  Le  fubs- 
VdX\\\îBajulus  a  été  fait  du  verbe  bajulare% 
qui  fignifie  porter  ,  &  a  été  dit  de  celui 
qui  porte  quelque  chofe.  De  cette  li- 
gnification générale  il  a  pafTé  à  une  parti- 
ticuliére,  &  a  lignifié  un  Nouriffier;  par- 
ceque  les  Nouriffiers  &  les  Nourices  por- 
tent les  enfans  dans  leurs  bras.  Et  com- 
me les  Nouriffiers  ont  foin  des  enfans,  il 
a  auffi  lignifié  un  'Pédagogue ;  ce  qui  pa- 
roît  par  un  paffage  du  Scholiafte  de  So- 
phocle que  j'ai  rapporté  dans  mes  Origi- 
nes 

^1  i.  Baillet  ne  dit  pas  que  Lazare  de  Baïf  ait 
fait  des  Epigrammes,  il  dit  feulement  qu'il  en  a 
introduit  l'uîage  &  le  nom  dans  le  Royaume,  par- 
ce qu'en  introduifant  ce  mot  il  donna  occalion  aux 
beaux  Efprits  de  s'appliquer  à  ce  genre  de  compo- 
sition, ôc  de  publier  des  Livres  entiers  d'Epigram- 
mes  dont  L'uâge,  de  nême  que  le  nom,  etoir  au- 

parte 


Ami   Bail  le  t.  P.  I.       15-1 

nés  de  la  Langue  Françoife  au  mot  BaA* 
lif.  Sous  la  troilicme  race  de  nos  Rois, 
ce  mot  paila  des  Nouriiïîers  aux  Juges  & 
aux  Tuteurs,  comme  je  l'ai  remarqué  au 
Blême  endroit. 

XLIII. 

Ce    que   d't    Mr.    Baillet    q:ie  Lazare  de 

Baïf  a  f.i':t    des    Epigrammes ,    rfeft 

pas   véritable. 

MOnfleur  Baillet,  au  chapitre  de 
Mcîlin  de  S.  Gelais,  page  203.  de 
la  1.  Partie  du  Tome  quatrième:  Mais  il 
avoit  un  talent  particulier  pour  l'Epigram- 
me  :  dont  Lazare  de  Baïf  avoit  introduit 
Pufage  &  le  nom  dans  le  Royaume. 

Ménage.  Lazare  de  Baïf  n'a  jamais 
fait  d'Epigrammes  (1).  Mais  il  eft  vrai 
qu'il  s'ett  fervi  le  premier,  en  François, 
du  nom  tiEpigramme.  joachin  du  Bel- 
lay l'a  remarqué  dans  fon  llluftration  de 
la  Langue  Françoife,  livre  3.  en.  12.  en 
ces  termes:  Lazare  de  Baïf  n'a  pas  feule- 
ment traduit  F  El  étire  de  Sophocle  ,  quafi 
vers  pour  vers  ;  chofe  laborieuse ,  comme 
entendent  ceux  qui  ont  ejfayé  le  femblable  ; 
mais  davantage  a  donné  à  notre  Langue  le 

nom 

paravant  inconnu.  Je  roudrois  bien  favoir  cepen- 
dant, fuppofé  qu'avant  Lazare  de  Baïf  on  ne  lèier- 
vît  point  du  mot  d'Epiçramme,  comment  on  fai- 
foit  quand  on  parloit  des  1  oëlîes  de  Martial?  Et, 
i'il  avoit  falu  traduire  en  François  ces  mots  La- 
tins :  Mirtiatis  nihil  firip/it  prêter  Epigra/nnuî*  ,  Com- 
ment ou  s'en  (croit  ciré  ? 

G4 


15*2       Anti-Baillet.  P.  I. 

nom  ^Epigrammes  &  «^Elégies,  avec  ce 

feau    nom   corn  ofé  aigredoux  ;  afin  qu'on 

n'a  ci  ri  Une  l'honneur  de  ces  chofes  à  quel' 
qu'autre,  Je  démarquerai  ici  en  paiîânt , 
que  R  m  fard  eft  aulTi  le  ptemiet  vjui  s'e£ 
fervi  dans  notre  Langue  du  mot  d'Ode: 
comme  il  s'en  eiï  vanté,  lui-même.  Voyez 
mes  Obfer  varions  fui  Malherbe. 

XL!  v\ 

Vers  attribuez  à  Jules  Scaùger  qui  ne  font 
point  de  lui. 

ta?.  23?.  TE   ûiîs   las   de  reprendre  Mr.  Bailler. 

delai.Par- J  Pour  me  délafTer ,  je  vais  illuftrer  un 

tie du*       encjr  ,}t  de  Ton  Livre. 

Tome.  Monfieur   Bail  LE  T.  Le  Père  Poffe- 

vin  a  prétendu  que  les  Hérétiques  de  Genè- 
ve avaient  u  la  malice  de  fupprimer  les  pré- 
mier es  éditions  des  Epigrammes  de  Jules 
Scaliger  &  de  [es  Poêfies  Sacrées,  CJ3  que 
dans  celle- qu'ils  ont  donnée,  ils  ont  inféré 
des  Pièces  fuppofées  qui  ne  font  nullement 
de  Jules  Scaliger. 

Ménage.  Je  remarquerai  ici  à  ce 
propos ,  que  ce  Diftique  fait  pour  le  Pont 
Notre  Dame  de  Paris,  &  gravé  fur  ce 
Pont, 

Jucundus  geminos  fecit   tibi  ,  Sequana  , 
pontes. 
Jure  tuum  potes  hune  dicere  Pontificem , 

elt  attribué  à.  Jules  Scaliger  par  fon  fils 
Jofeph:  en  ces  termes;,  qui  font  du  Pre- 
mier 


Akti-Baillet.  P.  I.       if§ 

mierScaligerana,  page  ici.  Hahuitjoan- 
n'emjucmdum,  Veroncnfem^  (il  parle  de 
fon  père,  Jules  Scaliger)  qui  illum  prima 
Matbefcos  élément  a  dorni  doc  ait,-  De  quo 
pater  hœc  in  Car  minibus , 

Jucundus  gem'mos  fecit  tibi,  Sequana  ,  pontes. 
Jure  tuum  potes  hune  dkere  Pontificem* 

Et   cependant   ce  Difh'que  ne  fe  trouve 
point  dans  le  Recueil  des  Poefies  de  Jules 
Scaliger,  ni  au  chapitre  de  Jules  Scaliger 
dans  les  Délices  des  Poètes  Italiens:  &il 
fe  trouve  dans  les  Poëiies  Latines  deSan- 
nazar,    de  l'édition  de  Paul  M'anuce  de 
15-50.  &  dans  toutes  les  autres  fuivantes. 
II  eft  à  remarquer,  que  cette  édition  de 
15-30.  e(r  dédiée  par  Paul  Manucc  à  An- 
toine Carloni,  Prince  d'Alifa:  &  qu'il  eft 
dit  dans  l'Epître  Dédicatoire  ,  que  Paul 
Manuce  avoit  fait  cette  édition  fur  la  co- 
pie qui  lui  avoit  été  donnée  par  cet  An- 
toine   Carloni  ,   auquel   l'Auteur  l'avoit 
confiée  en  mourant.     Ce  qui  ne  permet 
pas  de  douter  que  ce  Difh'que  ne  foit  de 
Sannazar. 

Jules  Scaliger,  dans  fes  Satires,  a  dft 
de  Jucundus, 

Pauca  ùhi  narrare  voîo  ,  qu&  dicere  quondam 
Mifolitus  Jucundus,  homo  integer ,  ace r  ,  a- 

mujis  y 
Jtrmentato  judirio,  ingenioque  fubaclo  : 
Quetn  velles  vidijje  adeo  atque  audijje  loquen- 

terni 

G  5  En* 


Ïf4       Anti-Baillet.  P.  I. 

EucUdes  (s1  Vîtruvius  eut  cedere  pojfeni , 
Nam  geminos  pôfuit  pmguis    tibï ,    Sequanaf 

pontes, 
Implevitque  alias  immenfis  mol'.bus  urbes* 

Ce  vers  nam  geminos  pofuit  f  inguis  tibi , 
Sequana,  pontes^  a  pu  faire  croire,  à  Jo- 
feph  bcaliger  (i)  que  le  Dîftique  dont 
nous  avons  parlé,  étoit  de  fon  père. 

XLV. 

Taules  âe  Mr.  Baillet  touchant  la  prof  es* 
fion  âe  plufieurs  Auteurs. 

MOnfieur  Baillet  dit  à  la  page 
143.  de  la  2.  parrie  du  4.  Tome  , 
que  le  p  re  &  le  frère  du  Poète  Maynard 
étoient  Préfîdens  au  Parlement  de  Tou- 
îoufe.  Ils  n'y  étoiVnt  que  Confeillers. 
Voyez  l'Hiitoire  de  l'Académie,  de  Mr. 
Pelliifon. 

Il  dit  à  la  page  464.  de  la  2.  partie  du  4. 
Tome,  que  Mr.  Francius  eft  Profefieur 
à  Utrecht.  Il  eft  ProfeiTeur  à  Amfter- 
dam. 

Il  dit  à  la  page  390.  de  la  2.  partie  du  2. 
Tome ,  que  Mr.  Fabrot  étoit  célèbre 
Avocat  d'Aix  en  Provence.  11  étoit  cé- 
lèbre ProfeiTeur  en  Droit  dans  l'Univer- 

fité 

f  t.  Jofeph  Scaliçer  doit  bien  moins  être  gâ- 
tant de  cette  citation  que  Vertunien  qu;  a  îecueilli 
ce  Scait'gertna  &  qui  ne  fe  fou  venant  pas  du  vers 
4e  Scaligcs  le  pere  y  au»  fubftituc  le  diftique  de 


Ant  i -Bail le  t.  P.  î.      iff 

iké  d'Aix.  11  n'a  jamais  été  Avocat  quW 

honores. 

Il  dit  à  la  page  436.  de  la  2.  partie  du 4. 
Tome,  que  Mr.  Pierre  Halle  a  été  Pro- 
fefteur  du  Roi  en  Eloquence  dans  l'Uni- 
vcrfité  de  Paris.  Cela  eft  très-faux:  quoi- 
que fon  parent  Antoine  Halle  de  Caen 
l'ait  appelle  interpres  Regius  dans  fes  vers 
fur  la  mort  du  Père  Bourbon.  Il  a  été 
Régejut  de  Rétorique  dans  le  Collège 
d'Harcourt.  Il  efl  aujourd'hui  ProfefTeur 
en  Droit  dans  PUniverfité  de  Paris.  Il  eft 
aufTi  Poète  Royal  :  dans  laquelle  dignité 
il  a  fuccédé  à  x\braham  Rémi. 

Il  dit  à  la  page  141.  du  2.  Tome,  Part. 
1.  que  l'illuftre  Scévole  de  Sainte  Marthe 
étoit  Préfïdant  (2)  &  Lieutenant  Géné- 
ral de  Poitiers,  &  Tréforîer  de  France. 
II  n'étoit  que  Tréforier  de  France 

Il  dit  à  la  page  5-92.  Tome  IV ,  partie 
2. ,  que  Charles  Perrault  de  l'Académie 
Françoife,  Premier  Commis  de  la  surin- 
tendance des  Batimens  de  France,  efl 
Médecin.  C'eft  fon  frère  Claude  qui  eft 
Médecin. 

Il  dit  à  la  page  248.  Tome  4.  partie  1. 
que  Joachin  du  Bellay  étoit  Seigneur  de 
Gonnor:  ce  qu'il  a  pris  de  la  Croix  du 
Marne  11  eft  vrai  qu'on  Pappeloit  Mon- 
fieur  de  Gonnor,  du  nom  de  la  >\eigneu- 
rie  de  fon  père  :  &  il  eft  ainfi  appelé  dans 

les 

Sannazar  qu'il  favoit,  &  qui  a  quelque  refTemblan- 
ce  avec  le  paflTage  qu'o     lui  avoit  cité. 

%  z  Faute  reconnue  Se  corrigée  par  Baillct  pag« 
511.  du  tom.  4. paît.  1. 

G  6 


15*6        Anti-Bàillet.  P.  I. 

les  Regîtres  du  Chapitre  de  Paris,  à  l'en- 
droit où  il  eft  parlé  de  fon  inhumation 
dans  i'Eglife  de  Paris  le  2.  Janvier  15 5-9. 
Mais  il  n'a  jamais  été  Seigneur  de  Gon- 
nor.  Il  étoit  fils  légitime  de  Jean  du  Bel- 
lay ,  Chevalier ,  Sgr.  de  Gonnor  ,  fils- 
d'Euftache  du  Bellay,  &  de  Catherine  de 
Beaumont  Dame  du  Pleffis  Mare.  Et  Jean 
Befly  qui  a  écrit  qu'il  étoit  bâtard,  a  été 
mal  informé  de  cette  particularité  :  ce  qui 
a  été  remarqué  ci-deiTus  au  chapitre  35-. 
Son  père  avoit  époufé  Renée  Chabot, 
Dame  de  Lire  :  dont  il  ut  deux  enfansr 
René,  &  Joachin.  René,  qui  étoit  l'ailhé,. 
fut  Seigneur  de  Gonnor.  Joachin  ,  fut 
Seigneur  de  L'ré.  René,  pour  le  marquer 
en  parlant ,  époufa  Catherine  de  Malé- 
troit :  dont  il  ut  Claude ,  qui  mourut  jeu» 
ne, fans  être  marié:  &  par  fa  mort  &  ceK 
îè  de  Joachin  du  Bellay  ,  M  ad  e  laine  du 
Bellay  ,  fœnr  de  Joachin ,  &  de  René  , 
mort  avant  Claude,  &  femme  du  Seigneur 
de  la  Mauvoifmière  ,  hérita  de  tous  les 
biens  de  fa  Branche.- 

Il  dit  au  même  lieu  ,  que  Joachin  du 
Bellay  étoit  Chanoine-  &  Archidiacre  de 
Paris.  Ce  qu'il  a  pris  encore  de  la  Croix 
au  Maine.  Il  n'étoit  que  Chanoine  de  Pa- 
ris. En  laquelle  dignité  il  fut  reçu  le  19. 
Juin  de  l'année  1555.  par  la  mort  de  Jean 
ToufTep3in,  Chanoine,  &•  Archidiacre  de 
Paris.  Et  il  ne  le  fût  que  jufqu'au  i  2.  Juin 
15-5-6.  J'ai  cru  autrefois  fur  le  témoignage 
dé  la  Croix  du  Maine,  &  fur  celui  de 
Jean  le  Clerc,  qu'il  avoit  été  Archidiacre 
de  Paris.  Mais  j'ai  vérifié,  fur  les  Regîtres 

de 


An  ti-Baillet.  P.  I.  157 
ele  l'Eglife  de  Paris  qu'il  ne  l'avoit  point 
été:  car  il  ne  fe  trouve  dans  ces  Regîtres 
d'Archidiacre  du  nom  de  du  Bellay  -  que 
Louïs  du  Bellay  ,  Chanoine  de  Paris,  Tré- 
forîer  d'Angers,  Confeiller  au  Parlement , 
&  Curé  de  S.  Severin  de  Paris,  &  Eufta- 
che  du  Bellay,  depuis  Evefque  de  Paris, 
lequel  fuccéda  à  Louïs  dans  l'Archidiaco- 
né  de  Paris-, 

Il  dit  au  même  lieu,  que  joachin  du 
Bellay  étoit  oncle  d'Euflache  du  Bellay 
Evefque  de  Paris.  Cela  n'eft  pas  véritable. 
Il  n'étoit  que  fon  coutïn  germain.  Eufta- 
che  du  Bellay  ,  Evefque  de  Paris,  étcit 
fils  de  René  du  Bellay  &  de  Marguerite 
de  Laval.  Lequel  René  étoit  frère  aifné 
de  Jean  ,  père  de  Joachin  :  &  ces  deux 
frères  étoient  rîis  d'Euftache  du  Bellay  & 
de  Catherine  de  Beaumont. 

A  la  page»  364.  du  Tome  IV.  Partie  2., 
ayant  appelé  Favoriti  Secrétaire  des  Brefs -, 
il  s'en  dédit  dans  fes  Corrections:  où  il 
dît,  qu'il  étoit  Secrétaire  des  Chiffres.  Il 
eit  confiant  qu'il  a  été  Secrétaire  des 
Brefs  fous  Alexandre  VIL  C'elt  la  qua- 
lité qu'il  prend  dans  le  titre  de  fon  Eglo- 
gue  fur  la  mort  d'HoiTchius.  Auguftïni 
Favoriti  .  Lucenfis  ,  S.  D.  N.  Alexandro 
V H.  ab  Epiftolis  Laiinis. 

Il  dît  à  la  page  286.  du  fegond  Tome, 
Partie  2.  chapitre  5-1 8.  que  Mr.  Guyet  é- 
toit  Abbé  de  S.  André.  Il  étoit  Prieur  de 
S.  Andrade ,  dans  le  Diocéfe  de  Bour- 
deaux.  D'où  il  a  été  appelé  Francifcus 
Andraia  par  le  Père  Bourbon..  Voyez  la 
Lettre  du  Père  Bourbon  à  Francifcus  An- 
G  7  drada, 


1^8       Anti-Baillet.  P.  I. 

drada,  imprimée  dans  les  Additions  des 
Ouvrages  du  Père  Bourbon,  &  l'Hiftoire 
de  l'Académie,  à  l'article  du  Père  Bour- 
bon. Jamais  Mr.  Guyet  ne  s'elï  appelé 
ni  n'a  été  appelé  Abbé. 

A  la  page  41.  de  la  2.  partie  du  1.  To- 
me, il  dit  que  la  Bble  Polyglotte,  impri- 
mée par  Vitré,  eft  du  Préiident  le  Jay: 
contondant  par  une  faure  groffiére  Mi- 
chel le  Jay  (1),  premièrement  Avocat  au 
Parlement  ,  &  enfuite  Doyen  de  Veze- 
Iay,  avec  Nicolas  le  Jay,  Premier  Prési- 
dent du  Parlement  de  Karis.  Ce  qui  fait 
voir  que  Vir»  Baillet  ignore  également  & 
le  grand  monde  &  la  Librairie. 

En  vérité  Mr.  Baillet  eft  nn  Ecrivain 
peu  informé  de  la  vérité  .^es  chofes.  C'eft 
un  homme  qui  met  toute  fa  gloire  à  faire 
beaucoup  de  Livres  en  peu  detems.  Et 
c'eft  ce  qui  a  donné  lieu  à  cette  belle  Fa- 
ble du  Père  Commire. 

Ventofa  Pdlmam ,  perguU  }  faftigie, 
Bis  increpabnt  vocibus  Cucurbita  : 
Quhm  hnta  crefcis  !  Si  ?ua  Ze^byris  eft  fîdts  ? 
Maturus  uvas  decies  Autumnus  tulit , 
Ex  que  feraci  quamvis  agro  conÇua^ 
Vtx  ipfa  fupra  tollis  arbutos  cap  ut  : 
JKec  heri  labores  jufio  penjas   f&non. 
Ego ,  Vere  medio  nata  ,  jam  laù  locutn 
Inumbro  foliis ,  atque  fola  fum  nemus* 
Quin  fpes  colonï  v'mcç  proventu  uberi. 

M'irn- 

%  1.  Faute  reconnue  &    corrigée  par  Baillet  an 
micme  endroit,    La  faute  touchaat  les  noms  de  ba- 
teau 


Anti-Baillet.  P.  I.        if? 
Mirart  foetus;  quis  décor  !  qus.  grandit  as  ! 
Ut  [par [us  oftro  fulget  argenti  nit.r  ! 
I  nune ,  cr  Utis  daclylos  prdfer  tuos, 

Tum  Paima  ;  Cur  inflaris ,  inquit ,  înfolitfc 
Mequc  ore  tumido  non  merentem  de[puis? 
Quia  lente  cre[co  fcdicet ,  neque  auftibus 
Adulta  [ubitis  [urgo.     Quod  vertis  probrc , 
Laudem  mtretur.     Flgo  radiées ,  dm 
Decertaturas  cumfurore  turbtnum. 
Et  iuflra  pofi  permulta  ,  inh&(uras  folt* 
Te  levior  aura  ftirpitus  vul[am  rap'tt  : 
Et  t  furca  ni  te  fulciat ,  repas  humi, 
Toliorum  iny.nem  ,  (lulta,  jilvam  jaâîitas ,. 
€}ua  mox  oient i  computre[cet  infimo, 
lmmnhd&  [ruiïus  dum  tuos  tdent  [ues, 
At  me  [ecundas  daùlylis  menfas  juvat 
Condire  Regum.     Nec  deeft  ramis  honoK 
lllis  trïumphos  C&[ares  ornant  [uos. 

Fabella  ineptis  diùla  [it  Script  oribus , 
g«/  magno  char t s,  er  temporis  dépendit* 
Cr avare  librïs  obfiïnati  f&culum , 
L&ntos  iabores  arguunt  inertie  , 
Sterilique  genio  ddigcntiam  imputant, 
At  cita  [enefcit ,  qua  çlto  venit  gloria, 
Scriptijque  Juper  ejl ,  multa.  qui[crïbit ,  Juin 


XLVIÎ. 

tSme  de  Mr.  Perrault  iité  auffi  corrigée  pag.  j7ff 
eu  ton,  a.  part,  a, 


i6b       Anti-Bàillet.  P.  îi 
XLVII. 

Plufieurs  méprifes  de  Mr.  Baillet  touchant 

Phrynichus. . 

MOnfieur  B  A  I  L  LE  T.  Phrynichus 
compofa  une  efpéce  dé  Dictionnaire 
en  37.  Livres,  fous  le  nom  d'Apparat  So- 
phiftique.-  C'était  un  Recueil  de  Noms  & 
de  Verbes  Attiques ,  dont  ï*  Abrégé  ^  ou  plu- 
tôt l'Extrait  ,  fut  imprimé  en  Grec  a  Pa- 
ris en  I532.  in-S.  puis  à  Ausbourg  eniôoi. 
in-  4.  ave c  les  Notes  de  Pierre  Jean  Nu- 
gnez',  &  de  David  Hœfchelius. 

Ménage.  Mr.  Baillet' prend  ici  à 
fon  ordinaire  marte  pour  renard.  L'Ap- 
parat Sophiftique  de  Phrynichus  &-  fon 
Traité  des  Diclions  Attiques  font  deux 
Livres  différens.  L'Apparat  Sophiftique 
ctoit  un  gros  volume  qui  contenoit, félon 
Photiv.s,  37.  Livres,  &  félon  Suidas  47. 
ou  même  74.  Le  Traité  des  Dictions 
Attiques  étoit  un  petit  volume:  car  félon 
Suidas  il  ne  contenoit  que  deux  Livre?. 
Cet  Ouvrage,  comme  il  paroît  par  l'Ex- 
trait que  nous,  en  avons,,  eft  dédié  à  un 
certain  Cornelianus ,  que  Nugnez. croit 
être  Attidius  Cornelianus  Préfet  de  Syrie; 
duquel  il  eft  fait  mention  en  cette  qualité 
en  la  Vie  de  Marc  Auréle  par  Capitolin. 
Et  l'Apparat  Sophiftique  étoit  dédié  en  gé- 
néral à  l'Empereur  Marc  Aurele,  &  par 
Livres  à  plufieurs  perfonnes  particulières. 
Cet  Apparat  étoit  une  Collection  de  mots 
&  de  phrafes  coupées,  hsfem  cvvttyuyvi 

nui 


ànti-Baillet.  P.  I.       lui 

rai  hôyuv  •AOfjLfietTfAxy.  Et  dans  le  Traité 
des  Dictions  Attiques  il  eit  traite  des 
Àtticifmes.  Ce  Ttaité  fut  imprimé  la 
première  fois  à  Rome  en  1 5-1 7.  par   Za- 

charias  Caliergi  de  Candie  :  &  enfui* 
te  a  Venife  in-folio  en  15- 24.  par  Afu- 
lanus,  à  la  lin  de  Ion  Dictionnaire  Grec- 
Latin  :  &  en  fuite  à  Paris  in  octavo  par 
Michel  Vafcofan,  avec  le  Thomas  Ma- 
gifler,  le  Manuel  de  Mofchopuîus ,  une 
Collection  u'tiian,  &  Urbicius  desMots 
Tactiques.  Et  enluite.,  à  Ausbourg  in-4. 
en  Grec  &  en  Latin  en  1610.  avec  des 
Notes  de  Nugnez  &  de  Hœtchelius.  La 
Verlion  eft  de  Nugnez.  (Quelque  tems  a- 
près  la  publication  de  ce  Livre,  un  hom- 
me très-favant  fit  de  petites  Remarques 
très-favantes  fur-  les  Notes  de  Nugnez. 
Ces  Remarques  turent  imprimées  en  feuil- 
le volante  dans  le  tems  qu'elles  furent -fai- 
tes  :  &  elles  fe  trouvent  dans  quelques 
exemplaires  de  cette  édition  de  Phrynichus 
dont  nous  parlons.  J'ai  ouï  dire  à  Mr. 
Mentel  que  Cafaubon  en  étoit  l'Auteur. 

Mr.  Baillet.  Le  Bibliographe  Ano- 
nyme dit  que  ce  qui  nous  refte  de  Phryni- 
chus eft  tin  Opufcu le  [avant,  mais  fort  dé- 
fectueux: que  Nugnez  y  a  fait  quantité 
d'excellentes  remarqua:  mais  que  Daniel 
Heinfius  les  a  publiées  lui-même  depuis  com- 
me en  étant  lui-même  C  Auteur.  Ce  qui  et 
donne  occafion  à  M.  de  Saumaife  de  le  rele- 
ver, &  de  le  chicaner  dans  fa  Préface  fur 
Simplicités. 

Ménage.  Il  y  a  ici  autant  de  fautes 
que  de  mots.  Il  n'eft  point  vrai  que  Da- 
niel 


\6i  Anti-Baillet.  P.  I. 
niel  Heinlius  ait  fait  imprimer  des  Remar» 
ques  fur  Phrynichus.  Il  n'eft  point  vrai 
qu'Heinfius  ait  volé  les  Remarques  de 
Nugnez  fur  Phrynichus.  Il  n'eit  point 
vrai  que  M.  de  Saumaife  le  lui  ait  repro- 
ché: &  s'il  étoit  vrai  qu'il  eût  fait  impri- 
mer fous  fon  nom  l'Ouvrage  d'autrui,  ce 
ne  feroit  pas  le  chicaner  que  de  lui  repro- 
cher cette  adtïon.  Il  n'eit  au  relie  parlé 
ni  près  ni  loin  de  Phrynichus  dans  la  Pré- 
face du  Simplicîus  de  M.  de  Saumaife. 
M.  Bailler  ne  puife  point  dans  les  four- 
ces.  II  puife  dans  les  ruifTeaux:  &  dans 
les  ruiiîeaux  éloignez  des  fources  &  rem- 
plis d'ordures.  Le"  Bibliographe  Anonyme; 
qui  eft  un  des  Auteurs  Clalïiques  de  M. 
Baîllet,  quoi  qu'il  ne  foit  d'aucune  auto- 
rité parmi  les  Savans;  a  pris  Phrynichus 
pour  Simplicîus,  &  Nunneiius  pourNan- 
lius:  car  c'eft  des  Remarques  de  Nan- 
iîus  fur  Epîdete  dont  parle  Mr.  de  Sau- 
maife dans  fa  Préface  fur  Simplicius;  ao 
cufant  Heinfius  de  les  avoir  prifes.  Qjice 
in  ipfo  Simplicio  ex  fcriptis  codtcibns  emexv 
da  vit ,  talia  Junt  ut  optimum  ,  ac  impen- 
dio  laudabilem  operam  in  editione  Veneîet 
corrigenda  pofuifje  poffet  vider i ,  fi  quid  de 
fuo  in  eam  correthioncm  contulijfet.  Ufus 
efî  Nanfian'i  codice  ab  ipfo  Nanfio  cum 
fcripto  exemplari  collato.  Quœcunque  ad 
oram  fui  libri  notauerat  Nanfius ,  ca  in 
textum  recipienda  curavit  clariffimus 
Heinfius:  ubiqne  dektâ  Nanfii  manu,  C3* 
fui  repojitâ.  Correéliones  &  Conjecturas 
omnes  Nanfii  fuas  fecit)  bonus ,  multafque  ,. 
fuas  textui  donavit. 

XLVIIl. 


A  nt  i- Bai  llet.  P.  I.        163 
X  L  V 1 1 1. 
ineptie  de  M.  Bail  Ut  touchant  Laverna. 

J'Ai  fvt  ane  Epigramme  Latine  &  un 
Madrigal  italien  pour  MademoifUïe  de 
ia  Vergne;  qui  clt  aujourd'hui  Madame 
la  Comtefiè  de  laFaïette;  où  je  fa î s  al- 
luiion  da  Nom  de  fa  Verrue  avec  ceiui  de 
Lavernè)  De'clle  des  Voleurs. 

Voici  t'Epigramme  : 

Omine  felici  nomen  pnfaga  dederê 

Fat  a  tii-i.     Furtis  pulcra  Laverna  pr&eft» 

Tu  Ventres  omnts  cuncîis  formofa  puellis; 
Tu  cunftis  fenfus  furripis  un*  viris* 

Voici  îe  Madrigal  ; 

'Belliffima  Laverna,      Scguendo  il  tnh  dejirel 
Dolce  ladr*  d 'amore ,       Non  l'avrei  negai  io. 
Che  mi  rubafli  il  ccre,     Deh , perche  preferire 
Tc/lo  che  mi  mirajli:       Vuol  la  man  tua  divin* 
Deh, perche  me  Irubajli?  Al  deno  larapinaf 
Ch'  a  te ,  doUe  ben  mio , 

Mr.  Biillet  vent  que  j'aye  offenfé  Ma- 
demoilelle  de  la  Vcrgne  en  l'appellant 
De*eiïe  des  Voleurs.  Voici  fes  termes; 
qui  font  de  fa  Préface  fur  les  Poètes  à 
"  où  il  parle  de  ceux  qui  ont  fait 
des  al  lu  lions  fur  fon  Nom  Latin  Bajule- 
Je  'fie  lois  pas  comment  ils  pourvoient 

abu* 


î^4  Anti-Baillet.  P.  h 
ebufer  des  exemples  de  Malherbe,  qui  a 
changé  ceint  de  Madame  Renée  en  celui  de 
Nerée  ;  de  du  Bellay ,  qui  a  changé  celui 
de-  Madame  Viole  en  celui  d'Olive;  de  Mr. 
Ménage  qui  a  expliqué  celui  de  Mademoi- 
selle de  la  Vergne  par  celui  de  Laverna:  du 
moins  ne  doivent-ils  pas  Çoupçonner  ce  der- 
nier £avor  jamais  VjuIu  faire  allufion  à 
la  Déejfe  des  Voleurs,  lors  qu'il  a  voulu  ho- 
norer la  vertu ,.  la  jcience^-jf  toutes  les  au- 
tres jual  tezde  l'efprit  Éj?  du  corps  qu'il  a 
rencontrées  dans  une  perjonne  des  plus  ac- 
complies du  Royaume. 

Mr.  Baillet,  qui  n'a  sucun  ufage  du 
grand  monde,  croit  que  c'eft  orienter  u- 
ne  tille  que  de  la  comparer  à  laDcefledes 
Voleurs.  Et  c'elt  au  contraire  lui  dir^u- 
ne  douceur  :  car  outre  que  cette  Déefïe 
étoît  belle;  pulchru  Laverna,  da  mihi  fal- 
Ure ,  dit  Horace;  on  dit  des  Belles, qu'el» 
les  volent  la  liberté  des  hommes,  quand 
on  veut  dire,  qu'elles  gagnent  le  cœur  des 
hommes.  Quœ  me  furpnerat  mihi.  dit  le 
même  Poète.  Mais  j'ai  ajouté  dans  mon 
Epïgramme,  que  comme  cette  Belle  vo- 
îoit  les  coeurs  aux  hommes-,  elle  voloit  la 
beauté  aux  femmes  :  ce  qui  n'y  fait  pas 
une  petite  beauté.  Nous  difons  que  les 
belles  effacent  celles  qui  font  moins  bel- 
les qu'elles:  mais  les  Latins,  pour  expri- 
mer la  même  chofe,difent  qu'elles  volent 

la 

f  i.  M.  Ménage  ne  s'eft  pas  fouvenu  de  Ton  E- 
pitaphe  de  Guillaume  Colleter,  ni  de  cet  endroit  de 
fts  hendâcafyllabes  à  Sarasin  : 


Anti-Bail  le  t.   P.  I.       165* 

te  beauté  à  ces  autres  moins  belles.     Ca- 
tulle: 

Lesbia  formofa  ejl  ;  qu&  cum  pulcerrima.  tôt  a  t(lt 
lum  omnibus  una  omnes  Jurrïpuit  ventres. 

Voiture  a  dit  de  même  de  Mademoisel- 
le de  Bouroon  ,  qui  rut  depuis  Madame 
de  Longueville:   Selon  que  j.e  la  viens  de 
dépeindre  t  vous  jugerez  bien  que  c*efl  une 
beauté  bien  différente  de  celle  de  la  Heine 
EpicJoaris  :    mais  fi  elle  nefl  pas  Ji  Egyp- 
tienne  qu'elle ,  elle  ne  laijje  pas  d'être  pour 
le  moins  aujji  voleufe.     Dès  fa  première  en~ 
fance,  elle  vola  la  blancheur  à  la  neige ,  £3* 
aux  perles,  l'éclat  çjf  la  netteté.     Elle  prit 
la  beauté  fcr  la  lumière  des  afires.     Et  en- 
core il  ne  Je  pojfe  guéres  de  jours  qu'elle  ne 
dérobe  quelque  rayon  au  Soleil ,  Qff  quelle 
ne  s'en  pare   à  ta    vue  de  tout  le  monde» 
Dernièrement  ,    dans  une  ajfemblée  qui  fe 
fît  au  Louvre,  elle  ota  la  grâce  &  le  luflre 
à  toutes  les  Dames ,  &  aux  di amans  aui 
les  couvroient.     Elle  n'épargna  pas    même 
les  pierreries  de  la  Couronne  fur  la  tète  de 
la  Reine:  &  elle  en  fût  enlever  ce  qui  y 
étoit  de  plus  brillant  &  de  plus  beau 

Du  refte,  je  fuis  afïez  de  l'avis  de  M. 
Baillet,  en  ce  qu'il  n'aime  pas  ces  allu- 
fîons  aux  noms  propres:  ex  celle  dont  je 
viens  de  parler,  e(l  la  feule  qui  fc  trouve 
dans  tous  mes  Ouvrages  (1)  :  car  il  ne 

faut 

Secmde  ^Âttut ,  nemini  ftcunde, 
tAnico  pnor,  &  prior  Secttndt. 

Deat  le  picmici  vew  paioit  imité  d'une  Epigram- 

me 


i6ô       Anti-Baillet.  P.  ï. 
faut  pas  mettre  au  nombre  de  ces  allufîons 
Je  nom  de  Rkodano  pour    Mademoifelle 
de  Rohan;  aujourd'hui  Madame  la  Prin- 
ceiïè  de  boubife  ;  ni  celui  de   Parmenis 
pour  celui  de  Mademoifelle  Confhntin, 
qui  fe  trouvent  dans  mes  Poëiies  Grec- 
ques :  ce  font  des  interprétations  de  noms, 
&  non  pas  des  al  lu/ions  aux  noms.    Mais 
je  ne  fuis  pas  de  l'avis  de  Mr.  Baillet  en 
ce  qu'il  dit  que  toutes  ces  allufions  font 
puériles,  &  qu'elles  ont  été  généralement 
blâmées  par  tous   les  Critiques   de  bon 
goût.     Mr.  Baillet  a  parlé  en  cela  contre 
fa  confcience.    Ces  allufions  font  de  tous 
les  fiécles  :  &  de  toutes  fortes  de  perfon- 
nes  ;   des  Philofophes ,   des  Poètes,  des 
Orateurs  ,   des  Pères  de  l'Eglife.     Nous 
apprenons  de  Laërce,  qu'Héraclides  Pon- 
ticus   fut    appelé    Heraclides   Pompicus  à 
caufe  de  fes  habits  pompeux  &  magnifi- 
•    ques  :  que  Chryfippe  fut  appelé  Cryppppe  ^ 
à  caufe  que  fa  Itatuë  qui  étoit  fort  petite , 
comme  il  étoit  fort  petit,  étoit  cachée  par 
une  fiatuë  équeftre  voiline  de  la  fienne. 
Suétone.  On  appeloît  Labîénus,i^£//##.f,&  Clau- 
dius  îiberius  Nero,  Caldius  Biberius  Me- 
ro.     Ciceron  a  fait  un  grand  nombre  d'al- 
lufions  fur  le  nom  de  i/errès.    Il  eft  vrai 
qu'il  débitoit  fous  le  nom  du  peuple  les 
plus  froides  de  ces  allufions.     Qnœ  erant 
difla  in  j/errem  frigidihs ,  cœteris  ajfigxa- 

bat 

me  de  Beze  à  l'honneur  de  Jean  Second  laquelle  fi- 
nit par  ces  vers. 

Vntts  quatmor  h<tc  fu  prajlitit  Me  Sectifidus 

Stcmius  Ht  fit  Htminit 

V» 


Anti-Baillet.  P.  I.  167 
bat,  dit  Quintilien.  Mais  toujours  il  ks 
débitoit,  ne  les  voulant  pas  perdre.  Mar- 
tial a  dit  d'une  perfonne  qui  s'appeloit 
Chioné ,  &  qui  étoit  brune  &  froide  , 
qu'elle  étoit  digne  &  indigne  de  ion  nom. 

Dijia  tuo  cur  fis,  indigndque  nomme  dicam-, 
Frigida  es ,  «y  nigra  es ,  non  es  v  es  Chione. 

Ce  nom  a  été  formé  du  mot  Grec  %tèat 

qui  fionitie  de  la  Neige.     Martial  a  enco- 
re fait" d'autres  femblables  allulïons,  dont 
je  parlerai  dans  la  fuite  de  cette  Remar- 
que. Nous  apprenons  de  Ladtance,  qu'on  Dejufthi* 
appeloit  Saint  Cyprien  Coprianus,    Saint  Uv.v. 
Jérôme  appelé  Vigilantius,  Dormitantius. 
Les  anciens  Chrétiens  voulant  exprimer 
ces    noms    de    Nôtre-  Seigneur    Jefus- 
Chrift,  *iy-7èç  Xp/çôç,  èeëvtèç  cwt^p,  l'ex- 
primoicnt  par  les   lettres  initiales   de  ces 
cinq  mots,  qui  fefoient /#ôùc:  &  comme 
iyfiCç  lignifie  un  poirïbn,  les  Pères  de  l'E- 
glife  fe  font  jouez  fur  ce  mot,  B'jnofus, 
ut  fcribit's ,  quafi films  r/Qî/oç  (id  eft ,  pis- 
cis)  éiquafa  petit  ;  dit  S.  Jérôme  dans  fon 
Epître   à  Chromatîus.     Tertullien  ,  Op- 
tât ,  S.  Augultin,  S.  Paulin,  font  defeiTi- 
blables  allouons  fur  le  même  mot.    San- 
nazar  appelé  Politien  Pulicianns. 

Mr.  Bailler  dit  qu'en  blâmant  les  Au- 
teurs de  lemblables  jeux,  il  n'entend  pas 

y 

Un  certain  Cripius  a  loué  Beze  de  cette  allufion, 
mais  Pline  le  jeune  pouvant  qui  avoit  un  fi  beau 
champ  de  fe  jouer  ainfi  fur  fon  nom,  &  fur  celai 
ée  fou  Oncle  ne  à'cft  jamais  avife  de  cette  finefle. 


î6S       An  ti  -Bail  le  t.  P.î. 

y  comprendre  les  Rieurs,  qui  par  raille- 
rie font  de  ces  allulions.  Et  je  lui  de- 
mande ii  lors  que  Mr.  de  Valois  a  dit 
de  lui, 

Quis  hoc  potefl  videre ,   qui  s  pote  fi  patît 
Ut  Me  Bajuletus  ,  tlie  Bajulus  ,  C7£. 

Ce  n'étoît  pas  pour  fe  moquer  de  lui  que 
Mr.  de  Valois  fefoit  cette  alluiion. 

Mr.  Baillet  dit  enfuvte,  que  les  Criti- 
ques prétendent  n'avoir  découvert  aucun 
vaftige  de  ces  allulions  aux  noms  propres 
dans  les  Poètes  Grecs  ;  ni  même  dans  les 
Latins;  julqu'au  cinquième  liécle  de  l'E- 
glife.  Et  il  ajoute:  L'eft  ce  que  Barthius 
ne  fait  psi  fit  dtjfiuultê  d'ajfurer  de  tous  les 
Latins  jiifqt?*  Aufone  k$  Clandien.  Et 
là-deiiùs,  dans  fes  Preuves,  il  renvoyé  le 
Lecleur  à  Vi£rorius,  au  chapitre  24.  du 
Livre  36.  de  fes  dîverfes  Leçons,  &  à 
Barthius,  Livre  57.  de  Tes  Adverlaires 
chapitre  El.  colonne  2699.:  mais  où  ces 
deux  Auteurs  difent  tout  le  contraire  de 
ce  que  Mr.  Baillet  leur  fait  dire  (1).  Car 
Viclorius  jultifie  Euripide  contre  l'accu- 
fation  de  Quînn'lien  au  fujet  de  l'étymo» 
logie  du  nom  de  Pol'nice.  Et  à  l'égard 
de  Barthius,  il  loue  Claudien  &  Auibne 
de  n'avoir  point  ionné  dans  ces  allufions 
de  noms  propres  dans  leurs  Panégyriques, 

quoi- 

%  I,  Pour  Viftorius  ,  j'en  demeure  d'accord, 
mais  pour  Laithius  ,  je  le -nie;  6c  ces  mots  de  Bail- 
ler, CeJ  et  que  Barthius  ne  fait  point  difficulté  d'affa- 
rer  de  tous  tes  Latins  ju  qv? 'm.  JAufone  &  Cfoudien  , 
doivent  être  entendus  d' Auibne  &  de  Claudien  /»- 


Anti-Baillet.  P.I.       169 

quoique  le  nom  de  l'Empereur  Honorius 
ea  fournît  une  belle  occalion  à  Claudien  , 
&  ceux  de  Valentinien,  de  Gratian,  & 
de  The'oJofe  à  Aufone.  Voilà  comme 
Mr.  Baillet  cite  les  Auteurs.  Mr.  Baillet 
devoit  citer  le  Calïelvetro  :  car  c'eft  ce 
Critique  qui  a  fait  l'obfervation  que  Mr. 
Baillet  attribue  à  Barthius.  Mais  le  Cas- 
teivetro  fe  trompe  .  comme  je  l'ai  juflifié 
dans  mes  Obfervations  fur  l'Amynte  du 
TafTe  au  fujet  du  nom  deSilvie.  Voici 
l'endroit  ,  que  je  produis  ici  pour  faire 
voir  à  Mr.  Billet  que  fa  remarque  fur 
Tallulion  des  noms  propres  ,  qu'il  vante 
comme  un  chef-d'œuvre  de  Critique,  elt 
nulle  de  toute  nullité. 

O  COME  A  TE  CONFASSr 
TAL  NOME.  Perchiochè  il  nome  di 
Silvia  dériva  dalla  voce  felva.     Ovidio: 

Silvîus  hîne,  qui  quod  Jilvis  fmtortminaltise 
Silvius  m  Latia  génie  vocatus  erat  ; 

E  lefelve  [on  piene  cTorrore  e  di  crudeltà  ; 
celando,  corne  dïce  il  nojiro  Satiro,  angui  t 
le ont ,  ed  orfi  ,  âentro  il  loro  verde.  R 
qiiindi  è  cbe ,  Selvagçio;  che  da  fèlva  pci- 
r -mente  dériva-,  val  flero  e  crudele.  Oray 
ad  imitazione  del  detto  Satiro ,  allude  an* 
che  Mirtillo  nel  Pttfior  JFido  al  nome  d'A- 
marilli. 

Cr*. 
cl ' vivement,  quoiqu'à  l'égard  d' Aufone  il  foit  vrai 
dédire  qu'ilncs'eft  pas  toujours  abftenu  de  ces  for- 
tes d'allufions,  dont  pluiieuis  de  fe*  Epigràmmes* 
&  quelques  autres  de  i'cs  Pièces  font  toute*  PlciaCS, 
Catulle  s'eft  joué  fur  le  nom  de  Memuia. 

ïom.yiLPart.l.  H 


170       Anti -Baille t.  P.  I. 
Cruda  Amarilli,  che,  col  nome  ancora 
D'amar,  ahi  lafTo  !  amaramente  infegni. 

Sic  corne    Alcippe  ,   neW    Alceo  ,  a    quelh 
^'Eurilla. 

.  Ah  più  cruda  de' venti, 
Onde  prendefti  il  nome. 

E  il  Guarini,  in  un  fuo  Madrigale  ,a  quel- 
h  di  Celia. 

CE  LIA;  fe  ben  V  miro  ; 

Voi  fiete  fi  fugace  e  ritrofetta , 

Che  C  E  L I A  da  cdarvi 

Credo  che  fiate  detta. 

Che  s'avefte  vaghezza  di  nomarvi 

CELIA  dal  Cielo,  imiterefte  lui, 

Che  non  è  bel  quando  fi  cela  altrui. 

E  Monfignor  dell.i  Cafa ,  a  que  Ho  di  Co- 
lonua:  in  quefio  Sonetto, 

"Vivo  mio  Scoglio,  e  felce  alpeftra,  e  dura  : 
Le  cuî  chiare  faville  il  cor  m'anno  arfo: 
Freddo  marmo  d'amor ,  di  pietà  fearfo, 
Vago  quanto  più  puo  formar  natura, 

Afpra  Colonna ,  il  cui  bel  fafTo  indura 
L'onde  del  pianto  da  quefti  occhi  fparfo. 

Ed  a  quejlo  propofito  non  far  h  for  fe  difeon- 
ïienevole  di  riferir  qui  cio  cU  offerva  Lodo~ 
i)tC9  Caftelvetro  ne*  fuo  i  dottijjimi  e  ncntis- 
fimi  Çommenti  fijpra  la  Poïtiça  #Arijhti~ 

le' 


Anti-Baillet.  P.  î.       ijî 

le  :  che gli  antichi  Poêti^  fi  Greci  corne  La- 
tini,  noa  prefero  mai  invenzione    di  lodar 
le  lor  Donne  dalP  origine  e  dalla  Jignifica- 
Ztone  del  nome  :    quantunque    n'aveJJ'e  lor 
potuto preftar  moka:  fpezialmcnte  il  nome 
di  Ciiltia  a  Properzio;  e  qucllo  di  Délia  a 
Tibullo:  e  c'o   allô  "*  montra  i  Poëti  Italiani 
cercaKofcmpre  d*accoflarfi  al  nome  délie  lor 
Donne ,  il  Petrarca  particolarmente  :  il  qua- 
le  tira  argomenii  per  mille  vie  da  riempire 
l:  fine  Rime  col  r.ome  di  Laura.     ha  ragion 
chc  rfadduce  il  Caflelveîro  ,  è  ,  çbfi.  gli  An- 
'riudicarono  lo  jeherzo  intorno  a?  nomi^ 
e  rimenzione  tratta  quindi ,  ejfer  cofe  leg- 
giere ,  e  fapere  pih  dcl  plebeo  che  del  nobile: 
a  chefivede  gP '  Ingegni  deboli  e  vili  averat- 
tefi:  Sic  corne  Marziale  à  fatto.     Là  onde 
(hiintiliano  dijje ,  nani  &  illud  apud  Eurî- 
pidem  frigidum  fané,  quôd  nomen  Poly- 
nicis  ,  ut  argamentum  morum  frater  in- 
ceiïît.     Laquai  cofa  non  par  tanto  bajja  ne 
tanto  vana  nella  Lingua  Italiana^per  leg- 
gtadria  délie  parole  colla  quale  e  flatairat- 
?a?ay  o  per  altra  proprieta  non  coxofciuta , 
cb*  abbia  la  Lingua   Italiana.     Egli  è  ben 
vero  che  tai  feberzi  intorno  a*  nomi  fono  per 
lo  pin  freddi  :  e  fono  flati  da  me  sziandio , 
quanto  da  alcun  al'.ro ,  avviltti  e  v.tuparaù 
nella  Vit  a  di  Mamurra  :  benche  jeritta  da 
me*  nella  mi  a  giovinezza ,  ne l  quai  temps 
piacciono  afjai  fimili  Jc/:erzi  di  parole.     E 
vero  parimente ,  che  di  que1  fcherzi  ve  kc 
[on   di  freddi    apprejfu   Marz-ale.      f/erbi 
grazia,  fopra  i  nomi  di  Chione,  ^Tarino, 
di  Mirtillo,  di  PalînOrO.     E  tanto  meno 
[on  hdcvoli  apprejfo  di  lui,  çtf  ah  uni  dé* 
H  2  nomi 


iji       Anti-Baillet.  P.  î. 

fiomt  intorno  <£  quali  va  fcherzande  ,furono 
da  effo  finti:  fie  corne  egli  ftefjo  lo  teftifica. 
Ma  non  è  altrimenti  vero ,  che  gli  antichi 
Poè'tij  cosi  Greci  corne  Latini,  non  fecero 
mai  allufione  al  nome  délie  lor  Donne.  Ser- 
ve per  teftimonianza  del  contrario  quel  va- 
ghijfimo  Epigramma  di  Macedonio  JopraH 
nome  di  P arment , 

Livre  VII.        Tlctpy.m<;  û*.  lip/a  ràftèi/  otwopctt  kmXm  *k&W$ 
de  l'An-  ._..    ,  y    i,  ,      .      , 

thologie.  lllTecy.r.i,  (ru  de  yol  ■zrix.poTcpii  3-etvenv* 

Kcù  Çevyetç,  y.cct  &  (ptx'eovrci  àtunetç , 

' OQçoc,  -a-aXtv  xe7vov  x&t  Qix'tortot.  ÇÔyyçk 

E  quefto  di  Meleagro ,  fopra  Trifera  ; 

llbid.  N?j  Trti  r^acfisvetv  y^a^xoiq  In  kv^xtiKott^iv^ 

'  En  aa)  poçÇ/Si  oc,   Tpvptpà  ifuftfti, 

Ag^iugno  a  quefii  due  Epi^rammi  quefto  di 
Platone  fopra  la  morte  d?/fftere  ,fuo  dilctto; 

Ban»  'Aripy-sv  -srgiv  'iXxy.xeq  ïv:  £ao7civ  tèHtiç* 

cr  C*  *Zvv  et  B-ctvùv ,  Xt£p.7r$iç  es-riPoç  h  Çêtyévoiç,, 

e  quefto  luogo  di'Teocrito^  nclV  Idilîio  26. 
inùiolato  Bi'/%#/,  '££  oosoç  Tévêrçjxtt,  uul 
8  irevr^u  ,  (pspticrsti.  Ne  Ovidio ,  ch*  era 
di  bellijfimo  e  cVelevaùflmo  ivgcgno ,  ebbe 
afchifo  d'uftir  tai  fcherzi  ft'pra  i  nomi. 

Mirabar  quare  tibi  ncmen  Acdntim  effet. 
Quod  faciat  longé  vulnus ,  acumen  habes. 

dite  appreffo  di  lut  Qiàtppe  nella  Piftola  ad 

Acon- 


àntj-Baillet.  P.I.       173 

Aconzio.  Sch:rzo  parimente  Ftftejfo  Poe» 
ta  t'a  un  fuo  Epgramma  fopra  il  nome  di 
Furia. 

Cur  ego  non  dicam  ,  FURIA,  te  furiara  ?    Quiatili*: 


no 


Qgtanto    a   Euripide  aceufato  di  freddo  da 
Qumttliana   intorno   al  nome  di  Polinice, 
rifpond.gli  il  grand  Ugone  Grozio  ne  lia  fuo- 
bellijfima  e  dottijjima  Prefazione  fopra  le 
Fcn:J[e  del  detto  Poèta  :  dicendo  ,  erat  & 
Iioj  illorum  temporum,  quod  nominibirs 
infamîum    qux   luftrico ,    iive  nominali 
die,  facris  adhibitîs  indebanlur,  vim  quan- 
dam  vaticinam  effe  crederent.     Quod  Ci 
confïderemus  ,   non  tam  frigidum  nobi* 
videbfrur ,  quàm    vifum  eft  Quintiliano, 
quod  nomen  Pohnicis  bis  in  hac  Tragœ- 
dia  ex    ongine   fua  expiîcetur  :   ^fchyli 
exempîo  ,   qui   idem  antè   fecerat:  quod 
nec  Sophocîes  vit?.vit  in   nomine  Ajaciî. 
Giâtjtifita  allrefi  Euripide  ;  ma  con  altre  ra- 
fio:?fy  il  Vîitor'.o  ne  lie  Jue  Varie  Lezioni  y 
L>bro  36.  cap.  24.  dove  è  egli  da  vedere. 
Mé  c:rr.rni:'.Cîo ,  t  rero  cio  che  dtee  lo  Sca- 
ym  zellftte  Ct^ihieîture  fopra  Varrone  or 
ente  145".  che  Euripide  j cher zo  troppo  fo- 
pra  tai  nomi.     Smo  que  (le  le  parole  dello 
ïo   fapra    qncfle    di   Varrone  ,  apud 
ÉiTirium,  Andromach*  nomen  qui  indidit 
reâè  i:iciJlr.    Quapropter  Parim  Paftores 
mine  Aftxanârum  vocant.     Imitari  dum 
volnit  Eurïpidem,  &  ponere  etymon ,  eft 
lapfu*.     Nain  Euripides  quod  Gra:ca  po- 
fuit  ,   onmia  funt  aperta.     Il  le   ait ,  ideo 
nomen  additmn  Andromacha-,  quod  «v- 
H  3  Ipi 


174       Anti-Baillet.  P.  I. 

$pt  [LûL%£7au  Hoc  Ennii  quis  poteft  intel- 
ligere  in  verfu  fignirlcare  ,  Andromachœ 
nomen  qui  indidit ,  reéle  indldh  ?  Sono  dico 
que  [le  che  feguono ,  le  parole  de  I/o  Scaligcro 
fopra  detto  iuogo  diVarrone  :  Crebri  funt 
in  hac  licencia ,  ac  nîmïs  invenufti  Grxci 
Pocfae,  fed  maxime  Eurïpides:  ut  de  Po- 
lynice,  quod  fit  Vêtue  uv  ê^évvfXGç.dc  Pen- 
theo ,  (xy  névùoç  èurôic*  Sôpctnç.  TEfchylus 
de  Proœetheo ,  quod  eum  oporteat  Tpo/xvî- 
èéuç  ex  malis  evolvi:  de  Artapheme,  ni» 
mis  putidè;  quod  Qpévaç  ë%oi  àpr/aç.  Nam 
quis  fanus  Perfico  nomrni  etymon  Gras- 
cum  attribuât?  Sic  Euripides  de  Thyefte , 
i^tavvfjLu  Sefavet  Qvsçs:  ut  citant  Grain- 
matici.     Et  de  Apolline, 

'Cl  %çv<rù<p£*/[is  Ï.XÎ  uç,  f*'  à7rdXeir&ç> 

Citât  Macrobius.  Sophocles  etiam  ali- 
quando,  ut  de  Ajace.  Sed  parciùs,  ut  de- 
cet  fanum  &  fobrium  Poètam,  &  qui  fa» 
ne  princîpem  locum  in  theatro  Grxco  ob- 
tinet.  In  Grœcis  hoc  tolerandum  erat. 
At  quis  ferat  in  hnnio?  Item,  in  Plauto. 

Quià  refett  mihi  Cbryfah  tjje   nomen  ,  nifi 
fattu  probo  ? 

Tolerabile,  quod  dixit  Aufonius  de  Pro- 
tefiîao, 

V'iftïma  quod  Tro}&  prima  futurus  eras. 

At  non  ferendum  ,  quod  ProtefiUum 
videtur  fentire  dic~tum  ,  quod  xp^Toç  thd* 
cuto  tov  ôéov:  cùm  fit  npûroç  *urs  :  & 
TJpuTseiteoç  fimilis  compofitio  cum  pleo- 

nafmo  : 


/ 


An  ti-Baillet.  P.  I.        17? 

nafmo  :  ut  èhuecfaexXoç  ,  cihv.sGÎixupxoç. 
Ma  tornandê  a  Euripide  :  il  fuo  fcherzo 
circa  il  nome  ai  Polinice  a  me  par  piùfcu- 
fabile  ancora  cb*  infiniti  altri  dcl  Petrarca 
fopra  tl  nome  di  Laura.  l/erbi  graziay 
quand*  egli  r  agio;:  a  di  Laura  corne  fi  foffe 
Dafïie ,  Imamat  a  di'Apollo.  Il  che  imita  il 
nojlro  Ronfardo  ;  parlando  anch'egti  ,  aile 
votte ;,  dcllafua  Cajjandra,  corne  je  fojfe  la 
Troiana,  fi^liuol.i  di  Priamo.  Non  è  dun- 
que  danrcnJicre  tl  nojlro  Poêta:  per  aver 
qui  fcherzaio  fopra  il  nome  di  Silvia» 

XLIX. 

Meprife  de  Mr.  Baillet  touchant  les  Pan» 
dettes  de  Gefner. 

MOnfîcur  Baillet.     On  a  de  Ges-     Tome  i; 
ner  deux  principaux  Ouvrages  :  fa-  patrie  r. 
voir  ,  Ja  Bibliothèque,    &  Ces  PandeHes.  PaSCIJ* 
Ce  dernier  Ouvrage  eft  compris  en  XIX. 
Livres  de  Partitions  univcrfelles,  en  deux 
gros  volumes  in  Folio. 

Ménage.  Il  n'eft  point  vrai  que  ces 
XIX.  Livres  foient  en  deux  gros  volu- 
mes. Ce  qui  fait  le  fegond  volume  de  ces 
Pandecles,  n'efl:  qu'un  petit  volumet  :  <Sc 
environ  la  quatrième  partie  de  ce  premier 
contenant  ces  19.  Livres.  Et  ce  fegond 
volume  contient  le  21.  Livre  feulement: 
le  20.  qui  comprenoit  la  Médecine, 
n'ayant  pas  été  imprimé. 

H  4  T, 


176        A  N  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.    P.  T. 

L. 

De  V  Abrégé  de  la  Bibliothèque  de  Gefner 
far  'Jean  Jaque  Fris. 

MOnfieur  Baille  t  dit  en  parlant 
de  cet  Abrégé:  Si  cet  Ouvrage  a  été 
imprimé,  Un'' a  point  fait  grand  bruit  jus- 
qjfici:  il  eft  confiant  qu'il  n'a  point  été 
imprimé.  Et  Mr.  Baillet  ,  qui  eft  un 
grand  Bibliothécaire,  devoir  être  informé 
de  cette  particularité. 

Lî. 

Ignorance  de  Mr.  Baillet  dans  fon  métier 

de  Bibliothécaire  touchant  le  Livre  du. 

Mazzoné  fur  la  Comédie  de  Dante. 

y*$e  «.    "\  >T  Onfieur  Baille  t.    Un  des  plus 
Tome  4.      Xt  A  échauffez  contre  la  Comédie  de  Ûan- 

jpamc  1.  ie  ^  femy\e  avoir  été  ce  Caftravilli ,  contre 
qui  Jacques  Mazzoni  fe  crût  obltgé  de  pren- 
dre la  défenfe  de  Dante ,  au  rapport  défait' 
torio  RoJJi:  qui  dit  que  Mazzoni  mit  fur 
ce  fu:et  deux  Volumes  entiers '  auk,  jour ,  qui 
ne  font  pas  moins  untémo'tgnage  de  fon  éru- 
dition ,  qu'une  Apologie  de  l'Ouvrage  de 
Dante. 

Ménage.  Il  eft  vrai  que  le  RofTidans 
l'Eloge  du  Mazzoni ,  dit  que  le  Mazzoni 
mit  au  jour  ces  deux  Volumes.  Dantls 
Poêtce  patrocinium  adverfus  Cafîraviliam , 
À  quo  oppugnabatur ,  duobus  editis  volumi- 
nibu:.  y   dodè.   eruditeaue  (ufeepit.     Er    il 

cl! 


Asti-Baillet.  P.  ï.  177 
e.'l  vrai  auffi  que  le  Mar/ioni  avoit  com- 
poïé  deux  Volumes  pour  la  deYenfe  de 
Da  .te.  Mais  il  cft  conltant  qu'il  n'a  fait 
imprimer  que  le  premier.  Ce  qui  paroît 
clairement,  &  par  le  titre,  &  par  la  Pré- 
face de  ce  premier  Volume.  Le  fegond 
tft  manu fcrit  dans  la  Bibliothèque  du  feu 
Cardinal  Barberin. 

J'apprens  d'une  Lettre  de  Mr.  Maglîa- 
béchi  à  Dom  Jean  Mabillon,  écrite  de 
Florance  le  22.  Avril  16S7.  qu'on  vient 
comprimer  eu  Italie  ce  fegond  Volume, 
&  qu'on  y  imprime  le  premier.  Voici  les 
termes  de  cette  Lettre  qui  regardent  cette 
particularité:  /*  Çefena^  fe  non.  er}0,  £*<* 
.  k  ho  an  cor  a  aVuto  tl  h'ibro,  è  ftata 
la  fegond*  parte  délia  dlfefa  di 
Dante  del  Mazzoniy  che  non  era  mai  efei- 
ta  in  l;ice ,  e  veniva  ad?  dotti  defideratijji- 

lo  Pavtvç  ferogià  leita  manoÇcriita \t 

:  fi   t-'ciava  in  L:br:ria    d.î Siguor 
C ordinal  fraxeefco  Barberinê,  dalquule  ar- 

Preghi  la  cbiefa  in  prefio  il  Svremji- 
î  R.ùieri.'.ndijfimo  Signer  Principe  Car* 

Lcopold,  e  h  tenne  quh  qua!cbe  tem- 
'.  riftampano  la  brima  Parte  délia 
deîîa  Dtfifa  di  Dar.ie  del  Mazzoni  ,  cU 
c,  a  g:  a  fiât  a  ftampaiar  ma  non  fi frovaya 
pin:  (j/:de  era  Liho  nonjolo  aoito  Ijj  cru- 
dito ,  ma  anche  raro  ajf'ai.  lo  kofcr<lto  h 
cbi  me  ne  hà  data  avvifo ,  che  Çarebb;  be~ 
niflinte  fatto  de  procurajjero  di  trovare  le 
Lezziom  rnanoferitte  che  Pijleffo  Mazzoni- 
fece  fopra  Dante,  fi  dore  il  deito  L.  itt 
deferhe  Vimmaginativa  potenza  délia  nos- 
ïra  anima:  ÇQme  anche fofra  il  feguente fuo* 
II  s 


178       Anti-Baillet.  P.  I. 

verfo,  La  glorfa  di  colui  che'l  tutto  muo- 
ve.  Mentre  che  gli  riefcijfe  il  trovarîe  , 
certo  che  farebbe  à  tutti  gV  eruditi  gratijfi- 
mo  il  vedere  le  dette  Lezzioni ,  che  il  me- 
dejimo  Mazzoni  fece  fopra  i  Brin  dis ,  efpli- 
cando  quel?  Ottava  deW  Ariofto,  che  prin- 
cipia , 

Non  era  Rodomontc  ufato  al  vinor 
Perche  la  Leg&e  fua  lo  vieta ,  e  danna. 

La  notizzia  fuddetta  che  fi  fia  flamp atœ 
la  fegonda  farte  délia  Dtfefa  di  Dante  del 
Mazzoni ,  certo  che farà fommamente  gra- 
io  air  eruditiJJimQ  Stgnor  Abate  Menagio  r 
che  riverifeo, 

LU. 

L*  Liire  de  VElocution  attribue  par  Mr» 

Baillet  à  Démétrius  Phalereus,  n'efi 

pas  de  Démétrius  1?  h  al  ère  us. 

MOnfieur  Baillet  dans  un  nom- 
bre infini  d'endroits  de  fon  Livre, 
attribue  à  Démétrius  Phaléreus,  Je  Livre 
de  TE  locution  ;  autrement  Tîepi  ^(xy^ë/aç. 
Ce  Livre  n'eft  pas  de  Démétrius  Phalé- 
reus. Il  eft  de  Denis  d'Haï  icarnaiïè.  Ce 
qui  a  été  démontré  par  Mr.  de  Valois 
Taîné.  J'ai  rapporté  fes  railbns  dans  mes 
Obfervations  fur  Laërce  au  Chapitre  de 
Démétrius  Phaléreus. 


hllL 


Anti-Bail  le  t.  P.  I.       179 
LUI. 

Addition  au  Chapitre  de  Pierre  de  L,amoi- 

gnon.     Ignorance  de  Mr.  Baillet  dans 

fon  Métier  de  Bibliothécaire. 

JE   donne  avis  à  Mr.  Baillet  d'ajouter  ,  Pagene, 
Germain  Audebert  aux  Auteurs  dont  il  J®1^  J- 
parle,  qui  ont  fait  mention  honorable  de  * 

Piètre  de  Lamoignon  Oncle  de  Mr.  le 
Premier  Président  de  Lamoignon.  Voici 
comme  Audebert  a  parlé  de  ce  Pierre  de 
Lamoiguon: 

jidfult ,  heu  !  fato  nohis  ereptus  iniquo 
Kuper  :  at  ante  diem ,  L  a  m  o  n,i  u  S.   llle  fi» 

débat 
Purpurta  primum  fplendens  in  vefie  Senator > 
Deinde  Libellorum  dignatus  honore  Magiflri, 
Ordinis  ante  alios  tanti  dignijfimus  omnes. 
Nil  tanen  in  toto  gejfit  pr&darius  &vo 
Divin  uni  ,   quàm   quod  juventm  pnduxerit 

Orbi  : 
Cujus  feripta  premunt  veterefque  ,   novofaué 

Poe  tas , 
Et  teneros  fuperanî  juveniîis  pecloris  annos. 
Jiuic  adeo  ajjurpt  Vhcebi  chorus  omn'is^  un* 
jijpjîunt  Charités,  er  plurima  turba  leporum, 
Ttum  procul  ex  alto  taciîus  dtfpeïlat  Olympe 
H&ç  pater ,  k  nato  fuperari  fe  quoque  gandet, 

C'eft  dans  fa  Parthcnope.     De  fon  cô-    - 
té ,.  Pierre  de  Lamoignon  a  aufli  céléhré 
H  6  6«[' 


i5o      Anti-Bail  le  t.  P.  I. 

Germain  Audebert  par  une  épigramme  de. 
douie  vers  ,  imprimée  dans  le  Delicia 
Poëtarum  Gallorum  :  car  c'tft  de  Ger- 
main Audebert  dont  a  voulu  parler  Pierre 
de  Lamoignon  dans  cette  Epigramme. 
Ces  douze  vers  font  les  fculs  de  Pierre  de 
Lamoignon  qui  font  imprimez  dans  les 
Délices  des  Poètes  François:  &  ainli  Mr. 
Baillet  s'eft  tout- à-fait  mépris,  en  difant 
au  chapitre  de  Pierre  de  Lamoignon  ,  Les 
Poëfies  de  ce  jeune  Auteur  ont  été  impri- 
mées à  Paris  in'4\.  &  enfuît e  en  Allema- 
gne Pan  1619.  aufegond  Tome  du  Recueil 
des  Délices  des  Poëfies  Latines  de  la  Fran- 
ce,  par  le  prétendu  Ranutius  Gherus. 

Ii  me  refte  à  remarquer.,  que  ce  Maî- 
tre des  Requêtes  de  Lamoignon  dont  il 
eft  parlé  dans  les  Vers  d'Audebert,  c'eft 
ce  Car  oins  Lamomus  dont  il  ed  parlé  dans 
la  Vie  du  Préfident  deThou,  en  ces  ter- 
mes: Carolus  Lamomus ,  vir  bnus,  & 
cliqua  froximi, raie  cum  pâtre  coKJunélus , 
Libeller um  Supplie um  in  Re^ia  Mdg'fier , 
rei  Çalinar'ne  infpiciendœ  ,  quœ  perperaYH  , 
■per  Dcïjïnatum,  Provinciam ,  &  Septi- 
rnaniam  admimjirari  âicehatur,  cum  dcle- 
gatis  mijfus  fuerat:  hic,,  rogatus  à  pâtre 
ut  filium  in  Urhem  rediens ,  fecum  reduce- 
r et,  eum  %  petit  â  a  Jacobo  Cujacio  veniâ , 
Jecum  Gratianopolim  primurn  dnxit  ;  ubi 
Francifcum  BeUomontium  Adreùum,  vul- 
go  Baronem  ditlunt-  vidït ,  cum  Adretium 
Jalutandum  in  Epifcopi  <edibus  venijfet ,  & 
Salucias  cum  copiis  Regiis ,  quœ  Subalpinœ 
regionis  pnefidiis  deftinatœ  erant ,  proficis- 
œratxr,  Hominem.  tanti  wwin'ts  dura  cum 

la- 


As-rr  Baille  t.  P.  I.  181 
wtio  inhort»  déambula*  et,  atteniis  o- 
cuiîs  conÇfuatus  :  aua  ptngendi  facultate 
ûcibuc  erat  ,  eum,  ubl  abat ,  ex  memoria 
fie  kf/mxit ,  ut  ab  omnibus  dignofeeretur:-. 
Et  ce  qui  fait.  C'eft  à  la  page  6.  de  l'édi- 
tion de  Genève  :  ce  Charle  de  Lamoi- 
gnon  avoit  été  long-tems  célèbre  Avocat 
du  Parlement  de  Paris.  Et  il  en  tft  parlé 
en  cette  qualité  dans  le  Dialogue  des  A- 
voeats  d'Antoine  Loifei. 

LIV. 

Ce  aue  dit  2\lr.  Bail  le  t  que  V Amsnte  du 
.  efi  le  premier  Ouvrage  où  Pott  ait 
introduit  des  Bergers  fur  le  'Théâtre , 
ifeftpas  véritable.  P lujzeur s  f  articula* 
ritez  curieufes  touchant  les  Eglogues  £sf 
les  Pajloraks. 

M  On fieur  B  a  ili.et.    VAmynte  du     Tome  4, 
TjJJ'e  a  été  le  premier  Ouvrage,  ou  Partie  1. 
Von  ait  introduit  des  Bergers  fur  le  Théâtre.  P3^  39%* 

Ménage.  Cela  n'elt  pas  véritable. 
C'a  été  un  certain  Agoftino  Bcccari  de 
Férrire  qui  a  été  l'Inventeur  de  la  Pafto- 
rale.  Son  Sacrificio  ,  Favola  Paflorale, 
eft  de  15-5-3.  &  TArriynte  du  TalTe  n'eft 
que  de  1 573.  J'ai  fait  la-defliis  une  gran- 
de Obfervatîon  dans  mes  Remarques  fur 
rAmynte  du  TalTe.  Et  comme  je  l'ai 
fort  augmentée  &  mîfe  dans  un  plus  grand 
jour  depuis  l'édition  de  mon  Amyntc,  je 
Ja  produirai  en  cet  endroit:  étant  perfua- 
ué  qu'elle  ne  déplaira  pas  à  mes  Lec- 
teurs, 

H  7  i#- 


182       Anti-Baillet.  RI. 

La  Favola  Paflorale,  o  corne  la  cbiama 
il  laffo  ,  la  Favola  Bofcareccia,  è  un  Poi- 
nta Orammatico ,  nel  quale  le  perfone  in- 
trodotte  fono  Paftori  o  Btfolchï ,  Minfe  o  Pas- 
tore  lie.  Non  èjîato  cono feint  o  dagli  Anti- 
chi  :  anzi  è  cofa  moderna.  Giovan  Battis- 
ta  Manfo  ,  Marche fe  di  Villa,  nella  Vita 
del  nojlro  Poêta,  lo  fa  inventore  di  quefto 
génère  di  Poëma.  Et  pare  che  Pifleffo 
T'affo  fe  ne  faccia  anche  V inventore  :  dicen- 
do  in  un  fuo  Sonetto ,  nella  parte  terza  dél- 
ie fue  Rime, 

Arditc  fi,  ma  pur  felicî,  carte 
Vergai  de  vaghi  paftorali  amori, 
Et  fui  coltor  de'  Greci  antichi  allori 
Nellc  rive  del  Pô ,  con  novella  arte. 

ISA  ut  or  de*  duo  Verati  vuole  che  ne  fia 
il  primo  componitore  un  certo  Agoftin  dey 
Beccari  Le  parole  del  Marche  fe  di  Villa 
e  quelle  delP  Autor  dey  Verati ,  corne  quelle 
che  feoprono  l'origine  délia  Pa/lorale ,  e  con" 
tengono  di  pi  à  moite  cir  confiante  curiofe  in- 
torno  al  noflro  Aminta,fono  qui  da  riferire* 
Quelle  del  Marchefe  ,  fon  que  fie  :  Quivi 
{in  Ferrard)  nel  verno  feguente  (1573.) 
compofe  ,  e  fè  rapprefentare  il  fuo  A- 
minta;  ch' egli  cognomînô  Favola  Bofca- 
reccia; con  gênerai  Iode  e  maraviglïa  di 
ciafcheduno  en'  allora  Fudï,o  che  l'a  pos- 
era letto:  cosi  per  l'eccellenïa  del  com- 
ponimento,  gîudicato  per  ogni  fua  parte 
perfettiffimo  in  fe  medelïmo,  corne  per 
l'invenzione  del  Poema  ezîandîo.  Per- 
cioche  ,  quantunque  lia  fecondo  Tuniver- 

fcll 


Anti-Baille  t.  P.  I.        183 

fali  c  antiche  regole  délia Poëtica  compos- 
to,  nondimeno,  quanto  alla  fceti3  &  aile 
perlone   in   eiïa  rapprefentate  ,  &  à  loro 
coftumi ,   non  fe  n'era  fin  à  quel  tempo 
nella  noltra  lingua,  ne  meno  nella  Lati» 
na,  o  nella  Greca,  veduto  un'  altro  taie. 
Onde  fe  ne  puo  fenza  fallo  chiamar  l'in- 
ventore.     Conciolïacofache  colorofra  gli  Cesparoles 
Antichi  che  introdufTero  neîle  Scène  Bos-  ferven'd5 
careccîe  le  Buccoliche  rapprefentazioni,  e  ieq*ucdit 
le  perfone  de'  Paftori  e  délie  Ninfe,  co-  Moiifieur 
me  furono  tra'  GreciTeocrito,  e  tra' La-  fIuct  >  5ue 
tini  Virgilïo,  e  tra'  noftrali  il  Sannazaro,  fcfô«  Cn* 
&  alcuni  altri  Scrittori  d'Egloghe  ;  non  trompez, 
componeflero  Favole  perfette  ,  ne  d'una  attribuant 
intiera  azzione,  ne  del  richiefto  fpazîo  di  ScîiSSSS 
tempo  ,    o   di   convenerole  ligamento  e  raleanBcc- 
fcioglimento  ;  e  moito  meno  con  le  parti  cari,  ou  au 
neceilàrie  délia  quantità  ;  fenza  le  quali  T2flc>  ** 
niun  Poéma  Ç.puô  chiamar  regolato:  ma  mièîaFa*. 
gV  introdufTero  a  femplicemente  favellare  toraleaété 
quel  che  loro  veniva  à  grado,  fenza  fot-  formée  des 
toporfi  ad  altra  regola  ch'  air  oflcrvanza  SgSg 
del  coftume:  onde  i  loro  componimenti  desanciens; 
iî  potrebbono  più  tolîo  una  raunanza  di    C'eftdam 
moite  Scène  ,  che  una  Favola  Scenica  [^^eersta~ 
chiamare,avendo  efii  l'alrre  regole  lafciV  Romans. 
te  alla  Coinedia  &  alla  Tragedia,  che  lo-  LefereRa- 
ro    parvero    maggiormente   capaci   délie  Pir] prétend 
Drammatiche  oifervazioni.     Ma  Torqua-  étYformee 
to,  facendofï  fcena  do'  Bofchi  ,  e  rite-  furie  cy- 
nendo   le  perfone  pallorali  ,  fi  fottopofe  cioped'Eu- 
non  men  al  coirume  dell'  Egloghe  ch7  al-  c^eVdans 
le  rego'e  délia  Comedia  e  délia  Tragedia  fesconfi- 
parimente:  facendo  di  tutte  tre  una  mara-  deiations 
vigliofa  ,  nu  vaghifïïma   e  regolatifïîma  ["qj?  roe" 


1S4       An  ti-Baillet.  P.  I. 

cornpafizione.  Percioche  dall'  Egîogrj^ 
prefe,  corne  ora  dicevamo,  laScena,  le 
perfone  Paftorali,  e'1  coftume:  dalla  Tra- 
gedia,  le  perfone  divine,  l'eroichc,iCho-- 
ri,  il  numéro  del  verfo,  e  la  gravita  dél- 
ia fentenza  :  dalla  Comedia,  le  perfone 
communali,  il  fale  de'  moni  ;  e  la  félici- 
ta del  fine,  più  proprîa  alla  Comedia  ch' 
ali'altre  due.  La  compotizion  poi  di 
quefto  mefcolamento,  quanto  ail'  unîtà  e 
integrità  délia  Favola,  &  al  iuo  circuito, 
e  quanto  alla  protali ,  &  alla  cataltrofe,  & 
air  altre  parti  qoali  e  quante  elleno  devo- 
îîoeffere,  difpofe  egli  fecondo  le  regole , 
e  alla  Tragedia  e  alla  Comedia  ugual men- 
te commuai:  délie  quali  fù  cosi  diligente 
oîTervatore  che  in  tutto  quel  r'oëma  non 
a  potuto  l'Invidia  fteiTa  ritrovar  manca* 
mento  alcutio:  fe  non  è  par  avventura 
ch'  ad  aitri  parvi  afïai  brieve.  Il  che  fece 
egli  à  volontà  del  Duca  Alfonfu  :  e  forie 
ad  imitazione  degli  antichi  Compoiitori 
deir  Egloghe.  Laquai  fua  nobilimma  in- 
venzione  è  ftata  in  modo  dagli  altri  begl' 
Jngegni  del)'  erà  noftra  approvata  ,  che  fi 
corne  egli  fù  il  primo  che  à  fer  ;v ère  di 
quefta  forte  â\  Pocma  11  foiTe  meifo ,  cosi 
molti  pofcia  ftati  fono  coîoro  che  incon- 
tanente  imitandolo,  anno  con  fomma  1er 
îode  la  noltra  Lingua  da  altri  tali  vaghis- 
fimi  componimenti  arrichita.  Offer-verà 
qui  incidentemente ,  che  Clémente  Bartoli 
da  Urhino ,  /'/  quale  faceva  covferva  di  fui- 
te le  Paftorali  Italiane ,  ne  lafciava  vedere 
nel  fuo  gabinctto  fin  al  numéro  di  ottanta^ 
ÇQ'ene  h  tejltfiça  il  ZuççqIq  nel  Pialogo  deW' 


Anti-Baillet.   P.I.       18^ 

EmlneKZ.a  délia  P  a  florale.  Le  parole  delf 
Autor  dé*  Verati  j'ono  quefte  :  Affl  dim- 
que  à  fapere  ,  che  la  Poelia  P.iftorale,  ben- 
chc  'n  quaiuo  alk  perfora:  introdotte  ri- 
conofca  la  lua  primiera  origine,  e  dall' 
Egloga,  e  dalla  Satira  degli  Antichi,  nul- 
ladimeno  quanto  aï  la  forma  &  ordine  puo 
chiamarfi  cofa  modcrna;  eiTendo  che  non 
f\  trovi  apprefîb  l'Antichità  di  tal  favola 
alcuno  eflempio  Greco  o  Latino.  11  pri- 
mo de'  Moderni  che  felicemente  ardifle  di 
farlo,  fù  Agoftin  de'  Beccari ,  onorato 
Cittadin  di  Ferrara:  da  cui  folo  de  rîco- 
nofcere  il  mondo  la  bella  inveniione  di 
tal  Poema*  Avendo  dunque  coflui  vedu- 
to;  e  certo  con  gran  giudizioj  che  l'E- 
gloga  non  è  altro  che  un  brève,  e  corne 
ïuona  la  voce ,  fcielto  ragionamento  di 
dao  Palrori,  in  niuna  altra  cofa  différente 
da  queliaScena  che  i  Latini  chiamau  Di- 
•verbio,  fe  non  nelt'  eifer  unita  indepen- 
dente,  col  fuo  principio  e  fine,  in  fe  lies- 
fi.  E  veggendo  ancor  che  Teocrito,  fa- 
mofifîimo  Greco  e  maeftro  del  gran  Ver- 
giJio,  ufceiido  dcll'  ordinario  numéro  di 
coloro  che  parlano  in  cosi  fatti  componi- 
mewi,  una  ne  fece  (Le  Pompe  d'Adone) 
non  fol  di  moite  perfone,  ma  di  foggetto 
ancor  più  drammarico-  dell'  ufato  ,  e  di 
lunghejza  più  dell'  altre  notabile  ,  con 
cinque  Interlocutori  ;  de'  quali  alcuni 
parlano  prima  fenza  Tintervento  dcgli  al- 
tri ,  e  gli  altri  poi  fopravengono  e  fanno- 
la  parte  loro:  e  finaîmente,  con  quella 
diftim'one-.  e  di  tempi,  e  di  luoghi  ,  e  di 
&tti  ch'è  prepria  del  Poema  Drammatico, 

E 


iS6  Anti-Baillet.  P.  I. 
E  più  oltre  ancora  coniïderando  quel  che 
dice  Ariitotele,  che  la  Tragica  e  la  Comi- 
ca  Poefîa  da  molto  debole  nafcimento 
crebbono  à  quell'  ampiezza  che  tra  noi 
le  veggiamo,  e  che  la  Tragedia  tu  daprin- 
cipio  cofa  molto  imperfetta,  e  che  pati 
diverfe  alterazioni  prima  che  lï  pofaiîè  al- 
la grandezza  dov'  ella  è  ;  che  non  aveva  fë 
non  un  folo  Iftrione,  e  che  il  verfo  fe  fù 
mutato;  e  che  ai  faltatoria  dîvenne  grave: 
il  chefù  detto  ancora  da  Orazio  nelle  fua 
Poë'tica  Piftola  \  e'n  parte  da  Diogene 
Laerzio  nella  Vita  di  Platone:  il  quai  di- 
ce che  da  prîncîpîo  il  Poëma  Tragico  iî 
faceva  col  Choro  folo,  e  che  Tefpi  fù  il 
primo  chegli  diede  un  folo  Iftrione.  E- 
faminando,  dico,  tutte  quelle  cofe  il  Bec- 
cari,  avifô  di  potere  tanto  più  convene- 
volmente  far  lo  ftefïb  anch'  egli  délia  E- 
gloga,  quant'  ella  a,  fenza  dubbio,  con 
la  Paftorale  afTai  maggiore  conformità  che 
non  ebbero  la  Comedia  e  la  Tragedia  co* 
debilirïimi  lor  prencipii;  che  niente  altro, 
per  teftimonîo  del  medefîmo  Ariftotele, 
furono  che  rozzî,  e,  fecondo  che  la  ra- 
gione  ci  perfuade  ,  alTai  brevi  improvifa- 
menti.  E  cosi  occupando ,  non  fenza 
fua  molta  Iode  quefto  bel  luogo,  da  pen- 
na  Greca  o  Latina  non  ancor  tocco,  e 
regolando  molti  Paftorali  ragionamenti 
fotto  una  fola  forma  di  Drammatica  Fa- 
vola  ,  e  dîftînguendola  in  Atti ,  col  fuo 
prîncîpio  ,  mezzo,  e  fine  fufficiente ,  e 
proporzionato  col  fuo  nodo ,  col  fuo  ri- 
volgimento,  col  fuo  decoro,  e  con  Paî- 
tre parti  fue  neceffarie,  fe  non  il  choro 

che 


AnTI-Ba  JLLET.    P.  I.  187 

che  fù  poi  gin n ta  del  Yafïb;  ne  fè  nafce- 
re  una  Comedia;  fe  non  in  quanto  leper- 
fone  întrodottc  fono  Paftori  :  e  per  quefto 
lo  chiama  Favola   Paftotale.     Tal  che  fi 
corne  la  Vita  cittadina  à  il  fuo  Dramma 
che  \\  chiama  Comedia ,  cosi  per  opéra  del 
Beccari,  la  Vita  Paftorale  anch*  eila  à  il 
fuo  che  iï  chiama  pur  Paftorale;  ancor- 
chc  in  forma  Comica  lia  comporta.  La'n- 
venzîone  c  poi  data  con  tanto  applaufo 
ricevuta  dal  monio  ,  e  fi  felicemente  au- 
tentîcata  in  Parnafo ,  che  i  primi  Trova- 
tori  del  noftro  fecolo;  e  fpezialmente  il 
fopranominato  Torquato  Tafïb;  il  quai 
non  puô  negare  d'eiïere  (lato  nel  fuo  bel- 
liflimo   Aminra  imitator  del  Beccari  ;  (î 
fon  recati  a  gran  pregio,  non  folo  lo'm- 
piegarvi  l'opère  loro,  mail  confeguirean- 
cora;  o  fperarne  almeno,  fovrano  onore, 
e  Iode  di  Poè'fia.     Or  quefto  titolo  di  Fa- 
vola Paflorale  ,  non  vuol  dire  altro  che 
azzîone  di  quella  forte  d'uomini  che  Pas- 
fort  fono  chiamati.     E  percioche  ogni  az- 
zione  Drammatica  bifogna  che  lia  Comi- 
ca,  o  Tragica,  o  mîfta,  il  Sacrificio  del 
Beccari  non  a  dubbio  che  in  forma  di  Co- 
media non  fiateiTuta:  avendo  le  perfone 
private,  il  rifo,  il  nodo  ,  lo  fcioglimen- 
to.  e'1  fine  ch'è  tutto  Comico.     Ma  egli 
non  la  voile  chîamar  Comedia.  prenden- 
do  nome  generico  in  vece  dello  fpecifico, 
e  diffe  anzi  Favola  che  Comedia,  per  non 
ufir  impropriamente  quel  nome;  il  quale 
avenga  che  per  la  forma  e  per  Taltre  fue 
parti    ottirnamente  le   convenifie  ,  nulla- 
dimcno  per  eifer  fuori  délia  Città,  e  non 

rap- 


i88  Anti-Baillet.  P.  L 
rapprefentandoiï  cittadini,affai  men  propria- 
mente  dell'  ordinario  col  titolo  dlComedia 
fi-larcbbe  nomata  :  E  poi  corfo  quello  ag- 
gîunto  di  Paflorale  a  col  tempo  acquiftato 
forza  e  iignincato  di  foftantivo.  Tal  che, 
quando  iï  dice  una  Paflorale ,  fenz'  altra 
Compagnia,  s'intende  Favola  di  Paftori. 
E  cosi  per  tutto  è  oggi  quello  nome  rice- 
vuto  &  intefo,  quand  egli  è  folo  :  La 
Paflorale  del  Bec  cari  :  La  Paflorale  del 
7ajb.  E  cosi  ancora  di  tuîte  raltre,ben- 
che  gli  Autori  loro  iî  lien  ferviti  di  qaella 
voce  per  adiettivo,  quando  l'anno  accom- 
pagnata  con  Favola,  che  fignifica  qualité, 
e  non  per  foftantivo  fignificante  azzione 
diftinta  da  quella  Favola:  e  quel  che  fe- 
gue.  Que*  duo  Ver  au,  per  dirlo  di  pajfo , 
fono  Difcorfi  in  diffeja  del  Paftor  Fido  con* 
ira  Giafon  di  Nores ,  nobile  Cipriotto ,  ma 
originario  di  Normaxdia  ,  célèbre  Profes- 
for  di  Filofofia  nello  ftudio  ai  Paâova  ;  il 
quale,  dJfferendo  délia  Poëtica  ,  ave  va  par- 
lato  délie  'Tragicomedie  PaftoraH;  corne  di- 
moftri  ne  lia  Poëtica:  e  furono  cosi  inîilo- 
loti  dal  Verato ,  célèbre  Comediante  di  quel 
tempo  :  fopra  la  morse  del  quale  fece  il  nos- 
tro  Poëta  quel  belUJfimo  Sonetto  che  fi  leg- 
ge  nella  prima  parte  délie  fue  Rime ,  e  c.o* 
mincia  Glace  il  Verato  qui.  E  que*  Dis- 
corfi  fo'fîQ  del  Guarini  ,  came  h  fcrijfe  il 
Tuano  Prefidenie  Tuano  nel  libro  99.  délie  fue  fio- 
Libro         rie.     U A nt or   délie  Anvotazioni  fop'a   il 

Ufiflfto-  Pa*Qr.  Fido->  il  9**Ç  è  VifleJT°  Guarini,  fa 

riapag."      r/ienzione  anc'':?  egli    di  quefto  Agoflin  de* 

loz.  Bec  cari  :  deendo,  che  Torquato  Tafjo  ai 

imitation  di  lui  a  intïodjtto  il  Satiro  nella 

&çe- 


Anti-Baillet.  P.  I.       189 

Scena.  Fù  rifta,,  pata  in  Ferrara  Panne* 
15-87.  quefta  Paftorale  d?  A  go  (lin  d<?  Becca- 
ri  da  Ferrara  :  revtjla  dalf  Autore  ,  e  in  mol- 
ti  luogbt  accrefciuta.  Nella  Prefazione  ,  h 
Stampatore  due  cosi  ;  Ne  molto  palier  à 
ch'  anche  vi  potrei  dare  la  Daine,  Opéra 
Paftorale  del  meudîmo  Autore.  Lequali 
vi  dovrian  fenza  folio  efier  grate,  cosi  per- 
che fono  molto  eilemplari  ed  argute,  co- 
rne perche  vengono  aa  pertona  che  diede 
principio  à  cosi  fatti  componimenti.  Per- 
cioche  avant i  che  il  Signor  Beccari  faces- 
fe  quefto  fuo  Sacrincio;  che  ben  è  da 
trenta  Quattro  anni;  non  fi  leggevano  fe 
non  poche  Egîoghe  rozze:  nellc  quali  fol 
due  ô  tre  perfone  parlavano. 

Ma  tornartdo  ait  origine  délie  FavoleBos- 
chereccie  ,  feriffe  Donato  ,  che  furono  le 
VirgiUane  Eglogke  nella  Scena  rapprefenta- 
te.  Bucolica  triennio,  Afinii  Pollionis 
fuafu  pertecît  :  eoque  iucceiïu  edidit,  ut 
in  Scena  quoque  recîtarentur.  //  Comte 
BaldcfarCafliglione  e  il  Signer  Ce  far  Gon- 
Zaga  fecero  infieme  una  Egloga  iniitolata 
Tirli:  non  folo  di  lungbezza  pià  délie  altre 
notabile:  e  con  interlocutori:  de"*  quali  al- 
cuni  parlano  prima  fenza  Pintervento  degli 
altri  ;  e  gli  altri  foi  fopravengonn ,  e  fanno 
la  farte  loro;  ma  con  un  Cburo  di  Paftori , 
e  con  una  Morefca.  Fece  alirefi  Fran- 
cefco  Berni  la  Cattrina  ,  Atto  Sccnico 
RufticaU. 

Ora  ,  corne  ad  imitazione  deli*  Eglogbe 
di  Paftori  fecero  i  Poèti  moderni  Faiole 
Paftorali  ,  cosi  ad  imitazione  dell*  Eglo- 
ghe  di  Pefciatori,  fecero  Favole  Pefcatone  , 

owerQ 


iço      Ant  i-Baillet.  P.  L 

ovvero  Nautiche.  Il  Signor  Ugone  Gro- 
tio ,  uomo  in  ogni  fcienzia  dottijfimo  , e  ben- 
che  da  tutti  Litterati  fommamente  ,  non 
père  bafievolmente  lodato  ,  vantafi  nel  fu» 
Idillio  Nauttco  d'aver  il  primo  corfo  Par- 
ringo  di  que ft a  forte  cVIdiîlii.  Non  audita 
cano.  Non  fo  il  perche:  nejjuno  potendo 
dubitare  cfr  inanzi  à  lui  Giacobo  Sannaza- 
ro  tfa-ucffe  compojli.  E  per  i  fuoi  Idillii 
Nautki  -vienne  eçli  cellebrato  dalP  ArioJÎQ 
nel  Canto  uitimo  del  Furiofo. 

Giacobo  Sannazar,  ch'  aile  Camene 
Lafciar  fa  i  monte,  &  abitar  l'arène. 

E  dal  Marini  nel  primo  Sonetto  délie  fue 
Rime  Maritime. 

La  nobii  Ceîra ,  ond'  Arion  primier© 
L'Onde  affrcnô  fù  l'animato  legno. 
Indi  d'Auflro  placar  iolea  lo  fdegno 
E'ntenerir  gli  fcogli  il  gran  Sincero. 

Anzt  da  Lilio  Giraldi  nel  Poëma  de  In- 
commodis  Urbans  direptionis,  è  tenut$ 
fer  lo  primo  Autore  di  tali  Poëmi. 

Et  Syncerusabeft,  cecinit  qui  primus  inacla 
Non  priùs   auditum  Carmen  :  quo  gurgite 

ab  alto 
Produit  Triton,  iîmul  &  chorus  Amphi- 

trites. 

Siccome  anche  da  Giovan  Battifla  Crifp» 
tiella  Vit*  del  Samazaro  ;  Fù  il  primo  che 

fcrillc 


Anti-Baillet.  P.  I.        191 

(enfle  Egloghe  Pefcatorie.     Dclche  van- 
tajfi  Fiftejfo  Sannazaro  nella  fua  Egloga 
Lcrdrnando,  Une  a  dit  Calabna. 


* 


Nunc  litorcam  ne  defpice  Mufam  , 

Quam   tibi  poil  fiWas ,  poft  horrida  luftra 

Lycaei, 
Si  quid  id  eft,  {"alfas  deduxi  primus  adundas: 
Aufus  inexpertà  tentare  pericula  cymbâ. 

//  che  non  è  vero  :  effendo  manifefto  che 
rfeocrito  abbia  compofto  un  ïdillto  PeJ'catO" 
no.  Ma  non  avenione  compofto  che  uno  ; 
e  quelf  ifteffo  molto  brève  ;  Ji  pub  dire  che'l 
dZaro  che  ne  kfatto  rnolti ,  e  lunghiffi- 
mi ,  ne  fia  ftaîo  il  primo  componitore.  Il 
che  pure  deefi  intendere  non  alfolutamente  : 
ejfendo  verifimile  che  non  pochi  de'  Poéti 
antichi  ,  dé*  quali  a  noi  non  fort  pervenute 
le  Opère,  abbian  fatto  Poërni  Pefcatorii:  0 
Nantie i  :  Giulio  P  olive  e  iV>  7.  2.  tra  i 
generi  dé1  Poërni  facendo  menzione  dé* 
Nautici.  Ed  a  queft)  propofito  è  da  ojjer* 
vare  che  Ber nard.no  Rota,  Poêta  Napole- 
tano  célèbre  per  le  Poëfie  Latine  e  <Tofcanet 
fit  il  primo  autore  d"Egloghe  Pefcatorie 
nel  a  Lingua  îtaliana,  came  afferma  Sci- 
pïone  Ammirato  in  una  Sua  Le  t  ter  a  pofta 
avant  i  /'  Egloghe  Pefcatorie  del  Rota  Jfiam* 
pato  in  Napoli  Panno  1572.  E  PifteJI<> 
Rota  nella  fua  prima  Egloga  invocando  le 
Ninfe  del  Mare,  dopo  aver  lodato  il  Sari' 
ttazare ,  dice  cosi , 

Dch  raccogliete  intorno  al  voftro  lido 
Il  fuon  de*  nuovi  accenti. 

Quant* 


192,       Anti-Baillet.   P.  I. 

Quant  o  aile  Favole  Pefcatorie ,  il  ffimi 
che  ne  fece ,  fk  Antonio  Ongaro:  il  quale 
fiel  fuo  Alceo  ,  FaveLi  Pefcatcria  e  ftato  cosl 
diligente  Imitator  del  nojlro  Aminta,  che 
queftofuo  Alceo  da  alcu?iiy  Aminto  Bagna- 
to  fi  dommda.  T'orqxato  "TaJJ'o  anch'  egli 
pare  aver  voluto  ferivere  una  Favola  Pes- 
tatoria  :  dicendo  al  Signor  AleJ/andro 
d'EJle, 

O  fanciui  d'alto  ingegno  ,  in  meio  ail' 
onde 
Nacque  la  Dea  che  Pafo  onora  e  Gnido, 
Com'è  di  chiara  fama  antico  grido  : 
Et  ama  ancora  il  Mare ,   e  le  fue  fponde. 

Ne  fol  fra  rozzi  tronchi  e  verdi  fronde 
Di  vaga  felva  ella  fà  dolce  nido  : 
Ma'n  cavernofo  feoglio,  e'n  falfo  nido 
Col  pargoletto  fuo  ulor  s'afeonde. 

Quinci  il  Ciclope  Galatea  fugace 
Chiama  d'un'  alta  rupe,  e  dentro  ail'  acque 
D'amore  ardon  le  Foche  e  le  Balene. 

E  fe  già  célébrai  col  canto  audace 

I  bofchi  ombrofi ,  e'1  canto  audace  piacque, 
Piaccià,  s'eflalterô  l'apriche  arène. 

II  Cavalier  Marin: ,  nella  Dedicatoria 
de"*  fuoi  Idillii^fi gloria  cfefjere  il  primo  ri- 
îrovatore  di  effi  nella  Liagua  Italiana. 
Nientedimeno ,  parecchi  anm  avants  a  lui 
ffaveva  il  Preti  publicato  uno  :  cioè  ,  quel* 
la  d'ella  Salmace.  Ma  fopra  di  cio  traite  • 
nendofi  detto  Cavalière  col  Signor  C  appel- 
lanQ)  gli  difie,  çfceH  Preù  l'aviva  compos- 
te 


Ant  i-Baillet.   P.  I.       193 

to  ad  imitaz'ton  de*  fuoi\  da  fe  a  lui,  corne 
al  fus  parztalijjimo  amtco  ,  communicati 
buoïi  tratto  di  tempo  innanzt  che  fojjero  da* 
tt  aile  /tampe.  Ma  arc  a  al  nome  Italiano 
folameme  fù  ritrovatore  d'Idiilii  il  Mariniz 
che  circa  al  re/io  che  altro  chy  IdilLi  fono 
tante  Egloghe  Drammatiche  e  narrative 
compo/ie  innanzi  al  Marini  ? 

îl  Sannazaro  anctf  egli  nellafua  Arc  a* 
diafi  vanta  d?aver  il  primo  nel  fuo  fecoh 
rifvegliate  le  addormentate  jelve ,  e  mofira. 
ta  à'  Paftori  di  cantare  le  dimenticate 
Canzoni. 

LV. 

Ignorance  de  Mr.  Baillet  dans  fon  Métier 

de  Bibliothécaire ,  au  fujet  de  la  G  a- 

tomachie  de  Lopé  de  Véga, 

M Onfîeur  Baillet.    //  efl  bon  d'à-      Tome  4, 
vertir  le  Lecteur  que  lors  que  Lopé  ïait*  2- 
de  L'éga  voulait  écrire  des  plaisanteries  &  ^'  9' 
def  bouffonneries ,  il  [e  cachoit  fous  un  nom 
emprunté.     Ceft  ce  qui  afa't  qu'on  a  at- 
tribué à  un  fantôme ,  appelé 'Tome  de  Bur- 
giilos,  un  volume  de  Poe  fie  s  fous  le  titre 
de  Rimas  humanas   y  divinas:  qui  efl  de 
Lopé.     Et  il  efl  confiant  auffi  que  c'efl  lui 
qui  a  compofé  fous  le  même  Nom  la  Gato- 
machie ,    ou  le  Combat  des  Chats:  qui  a 
pafjé  fur  le  ventre  à  tout  ce  qu'il  y  a  eu  en 
ce  genre  depuis  fon  tems  jujqujà  la  Batra- 
chomyomachie  d1  Homère. 

Ménage.   Notre    Bibliothécaire  n'a 

jamais  vu  le   Livre  de  Rimas  humanas  y 

Tom,  VIL  Part,  L  I  divi- 


194  Anti-Baillet.  P.  I. 
divinas  de  Lopé  de  Véga:  &  il  n'en  parle 
que  fur  la  de'pofîtion  de  l'Auteur  de  la  Bi- 
bliothèque des  Ecrivains  Efpagnols.  Ce 
Livre  fut  imprimé  a  Madrid  en  1634.  a- 
vec  ce  titre,  Rimas  humanas  y  dtvinas  del 
Zticendiado  Tome  de  Burguillos.  No  fie  a- 
das  de  Bibliotbeca  ninguna  {que  in  Caftel- 
lano  fe  llama  Libreria)  fino  de  pape  le  s  de 
amigos  y  borradores  fuyos.  Al  excelleïitijji~ 
mo  Sefior  D  tique  de  Sejfa,  Gran  Amirauté 
de  Napoles.  Por  Frey  Lope  Félix  de  Vega 
Carpio  del  Avito  de  San  Juan.  Et  il  con- 
tient plulïeurs  fortes  de  Poèmes  :  des 
Sonnets,  des  Chanfons,  des  Silves ,  des 
Efpinelas.  Parmi  les  Sonnets  ,  pour  le 
marquer  en  paffant,  il  y  en  a  un  au  feuil- 
let cinquième  verfo,  qui  commence  par 
ce  vers, 

Caen  de  un  monte ,  y  liquida  lagnna , 

&  qui  finit  par  ceux-ci , 

Yen  ejie  monte,  y  liquida  laguna , 
para  dezir  verdad ,  como  homhre  hsnrado  , 
Marnas  me  fuccedïb  cofa  ninguna, 

Il  y  en  a  un  autre  au  feuillet  28.  qui  com- 
mence par  ce  vers, 

Sebervias  torres ,  altos  edificios, 

&  qui  finit  par  ceux-ci, 

£  V*n  w*fi*h  a  mi  eforanfA  vana, 

8« 


Anti-Baillet.  P.  I.        197 
Que  el  thmpo  que  os  bolvio  brèves  ruinas , 
No  es  mucbo  que  acçabajfe  trii  foîana  ! 

Ces  deux  Sonnets  ont  été  heureufement 
imitez  par  Mr.  Scarron.  Les  Silves,  qui 
font  au  nombre  de  fept ,  font  intitulées 
la  Gatomachia  del  Licendiado  Tome  de 
BurguMos.  Les  Rimes  humaines  &  divi- 
nes de  Lopé  de  Véga  &  fa  Gatomachie 
ne  font  donc  pas  deux  Livres  difterens, 
comme  Ta  cru  notre  Bibliothécaire.  Voi- 
ci le  fujet  de  fa  méprife.  L'Auteur  de 
la  Bibliothèque  des  Ecrivains  Efpagnols, 
dans  le  Catalogue  des  Livres  de  Lopé  de 
Véga,  a  fait  mention  de  fes  Rimas  huma- 
nas  y  divin  a  s ,  en  ces  termes  : 

Rimas  H  u  m  a  n  a  s  yDivi- 
NAS,  Matriti  1634.  in-$.  fub  afeiti- 
tio  Mo  nomine  quo  Lupus  utebatur  in  Jo~ 
cofis  Carmimbus  ,  edi  curavit  :  ludicra 
omnia.  luttr  quœ  feftivijjimum  eft  quod 
nuncupavit  La  Gatomaquia: 
five  Felium  amores  &  pugnas  :  quo  anti- 
quorum  omnium  &  recenttorum  hujufmodiy 
pojî  Homerunt)  authorum  luminibus  obfcu- 
ravit. 

Mr.  Baîllet  a  paffé  par  fur  ces  mots, 
Inter  quee  feftivijjimum  quod  nuncupavit: 
qui  font  voir  que  la  Gatomachie  de  Lo- 
pé de  Véga  féfoit  partie  de  fes  Rimes  hu- 
maines &  divines:  &  comme  ces  mots 
La  Gatomaquia  étoient  à  /*"• 
nea  ,  de  même  que  les  autres  titres  des 
Livres  du  même  Auteur, il  a  crû  que  c'é- 
toit  un  Livre  différent  de  celui  des  Rimes 
humaines  &  divines. 

I  2  Voycx 


196       Anti-Baillet.  P.  I. 

Voyez  ci-defïus  au  chapitre  7.  ce  qui  a 
été  remarqué  touchant  Lopé  de  Véga. 

LVI. 

"Bévue  de  Mr.  Maillet  au  fujet  de  ce  que 
Sidronius   Hoffchius  a   écrit   du   Pè- 
re Pétau. 

Tûgt  T87.  A  M  Onfieur  BAILLET.  Je  veux  finir 
du  Tome  4.  J.VJI  par  la  recommendation  des  beaux  vers 
païue  2.  dH  pere  pé'tau  à  Phonneur  de  Sainte  Ge- 
neviève. Plufieurs  efliment  que  c*cjl  ce 
qu'il  a  promit  de  meilleur  &  de  plus  rele- 
vé. Le  Pere  Sidronius  Hojfchius,  Je  fuite 
célèbre  de  Flandre,  n'y  a  trouvé  rien  à  re- 
dire ,  que  la  négligence  avec  laquelle  il  pré- 
tend qu'il  s'efl  acquit é  du  vœu  qiSil  en  a- 
voit  fait  a  la  Sainte.  Et  fi  nous  voulons 
Ven  croire ,  cette  négligence  a  coûté  la  vie 
au  Pere  Pétau  :  dont  la  punition,  dit-il, a 
été ,  ou  a  paru  ï*  effet  de  la  jujle  févérité  de 
Sainte  Geneviève. 


Nulla   laborantem    teneat    mora.    Magne 
Petavi, 

Terreor  exemplis  erudiorque  tuis. 
Diftuleras  Divae  promiflum  folvere  carmen.' 

Hei  mihi  !  quam  vindex  illa  fevera  fuit. 
Ecce  furens  iterum  febris  depafcitur  artus. 

Aut  fuit  aut  vifaeft,hae  hibipœna  morae. 

M. lis  je  ne  fai  fi  ce  n'eft  point  parler  un 
feu  trop  humainement  CS*  trop  çurieufement 

de 


Asti  Bai  lleî.  P.  I.  197 
de  U  conduite  de  Dieu,  y  du  pouvoir  de 
fcs  Saints  auprès  de  lui. 

Ménagé..  M.  Baillet  s'eft  ici  tout-à- 
faît  mépris  Sidronius  HoiTchius  n'a  ja- 
mais longé  à  dire  que  la  négligence  avec 
laquelle  le  Père  Pdtau  s'étoit  acquîté  de 
fon  vœu  à  Sainte  Geneviève,  lui  ût  coû- 
te la  vie.  Il  n'a  dit  que  ce  que  le  P  Pé- 
tau  a  dit  lui-même  dans  ion  premier  Poè- 
me à  Sainte  Geneviève.  Et  voici  com- 
me le  Père  Pétau  a  parlé  de  ce  vœu  : 

Virginis  obteflor  numen:  funclufque  periclo  ^ 
Votivs  dulci  pro  luce  rependere  verfus 
Po.liceor,  parvaque  animant  mercede  pacifcor, 
Audit  or  anus  gemitus:  vatemque  fubinde 
Ma  luit  ejfe  fuum.     Vives ,  ah  :  C7  rnea  fédii 
Munera  venturïs  proprio  teflata  periclo. 
Hinc  canere  inaptes  voti  reus.     Omrits  ah  illo 
Temport  déterra  geliàs.  formiiine  mortis  t 
Spes  redit ,  es*  morbï  vis  importuna  remit  tit. 
Ver  km    ubi  par  ta  falus  ,  depuifaque   cor  pore 

febris  ; 
Seu  vota  exciderant  animo ,  feu  lenta  labms 
T*diay  Mu/arumque  vêtus  fa/îidia  languor 
Attultt  ;  in  longum  promijfa  piaala  tempus 
Difluieram  :  cum  vix  anno  vertente  récurrent) 
Acrius  bicejftt  morbus ,  rurfumque  benign& 
Virginis  auxilium ,  veniamque  or  are  fubegit. 
Auxilium  t  veniamque  fuo  Genoveva  clienti 
Hil  cuntlata  dédit.     Nec  nos  promifl<i  referrt 
Vr&mia  dijlulimus  tpaftoJque  facramus  honeres, 
I  3  S** 


iç>S       Anti-Baillet.  P.  I. 
€}ua  tu,  Diva  ,  pncer  memoris  monimtnta 
vicijfîm 

Pefîorïs  accipiens,  injlantibus  erue  morhh» 

Et  ce  qui  fuit. 

Ce  Poème  du  Père  Pétau  fe  trouve  im- 
primé dans  le  Recueil  de  fes  Poèïies,  im- 
primé à  Paris  in  douze  en  1620  chez  Se- 
baltien  Chappelet.  L'Elégie  de  Sidronius 
HolTchius  elt  de  Tannée  1646  comme 
nous  l'apprenons  de  l'argument  d'une  E- 
légie  de  Vallius  ,  imprimé  à  la  tête  des 
Poéfies  de  Sidronius  HolTchius  :  &  le  Pè- 
re Pétau  mourut  l'onzième  Décembre 
16^2.  Et  ainfi  il  n'eft  mort  que  plus  de 
33.  ans  après  avoir  fait  le  Poc'me  dont 
nous  venons  de  parler.  Ce  qui  a  troublé 
notre  Critique  ,  c'elt  que  le  Père  Pétau 
peu  de  tems  avant  fa  mort  fit  un  autre 
Poème  à  Sainte  Geneviève, qui  commen- 
ce par  ces  mots ,  Dicebam ,  fuprema  mi- 
hi  jarn  dauditur  atas  ;  &  qui  finit  par 
ceux- ci, 


— ■  —  PetAvïui  *ier 


Cantabat  veteris  qu&rens  folatia  morbi. 

Monlieur  Baillet  ajoute,  que  Sidroniu* 
HolTchius  n'a  rien  trouvé  à  dire  dans  le 
Poème  du  Père  Pétau  que  cette  négligen- 
ce avec  laquelle  ils'eftacquitéde  fonvoeu. 
Où  cela  eft-il  dit  dans  les  vers  de  Sidro- 
nius HolTchius  ?  Sidronius  HolTchius  n'a 
point  examiné  le  Poème  du  Pcre  Pétau. 
Voici  le  titre  de  Ton  Elégie:  Matri  mife» 

rhor- 


A  nt  i- Baille  t.  P.  I.        199 

ricerdiœ  votum  à  létal:  morbo.  Il  dit  dans 
ion  Argument,  Ludtntem  cura  morte  re- 
fpexit  clernentijjima  De:  Mater ,  e ui  Car*> 
rnen  zoveram,  Ji  valetudinem  reâderet.  Et 
par  occalion  il  tait  mention  dans  fon  Elé- 
gie du  Pocme  du  Pcre  Pétau.  Voilà 
comme  Mr.  Baillet  cite  les  Auteurs. 

LVIL 

Ce  que  dit  M.  Baillet  ,  que  Hugue  Mé- 
nard, Moine  Bénédictin,  a  fait  la  Tra- 
duction Latme  de  CEpitrc  de  S.  Barna- 
be, n\ft  pas  véritable. 

MOnHeur  Baillet.    On  a  encore  de    Tome  2; 
Dom  Ménard  des  Remarques  Criti-  partie  2. 
ques  firr    rLpître  attribuée  à  S.  Barnabe  *aSe  252< 
r Apôtre:  qu'il  a  traduite  au Jfi  en  Latin. 

Ménage.  La  Traduction  Latine  de 
l'Epître  Grecque  de  Saint  Barnabe  n'eft 
point  de  Dom  Hugue  Ménard,  Religieux 
Benedi&in  de  l'Abaïe  de  S.  Germain  des 
Prez.  C'eft  une  très-ancienne  Traduc- 
tion ,  trouvée  par  ce  Religieux  dans  un 
manuferit  de  Corbie:  lequel  manuferit  pa- 
roît  avoir  près  de  mille  ans,  au  jugement 
de  Dom  Luc  d'Achery  :  qui  publia  en 
1645-.  après  la  mort  de  Dom  Hugue  Mé- 
nard, &  cette  Lettre  Grecque,  &  cette 
ancienne  Verfion  Latine  ,  &  ces  Remar- 
ques Critiques.  Et  il  n'y  a  rien  de  Dom 
Ménard  dans  cette  Verlïon  Latine  que 
quelques  pages  de  la  fin:  qu'il  y  a  fup- 
pléées  de  l'o  iginal  Grec  :  lequel  lui  fût 
donné  par  le  Père  Sirmond.  Le  Père  Sir- 
I  4  mond 


ioo       Anti-Baillet.  P.  I. 
mond  trouva  à  Rome  cet  original  entre 
les  papiers  du  Père  Tûrianus    ou  Tôrren- 
tius ,  ou   Torré  ,   Je  fuite  Efpagnol.     On 
ne  fait  point  d'où  Tûrianus  l'avoit  û. 

LVIII. 

Erreur  de  Mr.  Bail/et  touchant  les  B  vies 

Ebraïques  de  Daniel Bvmbergu  ,  lm~ 

primeur  d?  Anvers  établi  àl/enife. 

M  On  (leur  Baille  t.  Mr.  Voffius 
(le  jeune)  écrit  que  ceft  la  Boutique 
de  tJombergue  qui  a  donné  la  naijfar.ce  a 
tous  ces  points-voyelles  que  les  Chrétiens 
Rabbimftes  confiàérent  comme  venus  du 
Ciel.  Néanmoins  tous  les  juifs  ne  font  pas 
de  ce  fentiment  :  Cfj3  plu/ieurs  prétend,  nt 
que  les  Editions  de  Bombergue  fout  rem~ 
plies  d'une  infinité  de  fautes  :  fur  tout  dans 
les  points  qui  y  font  fouvent  marquez,  diffé- 
remment dam  les  mêmes  mots  &  dans  le 
même  fens. 

Ménage.  Les  Juifs  n'ont  û  cette 
prétention  qu'à  l'égard  de  la  première  édi- 
tion de  la  Biole  de  Bombergue.  Ils  ont 
tous  loué  fa  Bible  de  la  féconde  édition, 
comme  une  Bible  exacte  dans  les  points: 
ce  qui  a  été  très-véritablement  remarqué 
par  le  Père  Simon. 


LIX 


AnTI-BaILLET.  P.  I.        201 

LIX. 

Addition  au  Chapitre  de  Char  le  Efiienne^ 
Imprimeur  à  Paris, 

MOnfieur  Baillet  n'a  dit  qu'un  mot 
de  cet  Imprimeur:  qui  eft  :  qu'il 
étoit  fils  de  Henri  Ellienne  premier  du 
nom  ,  &  conféquemment  frère  de  Ro- 
bert E'ftienne,  suffi  premier  du  nom: 
qu'il  avoit  du  favoir:  &  qu'il  avoit  corn- 
pofé  des  Livres  très-utiles  tu  Public. 

Voici  ce  que  j'en  fai  davantage.  Il  é- 
toit  Médecin.  Et  en  cette  qualité,  il  a 
compofé  un  Livre  en  Latin  de  PAnatomie 
&  D'ijjeftion  du  Corps  humain,  imprimé 
à  Paris  in  folio.  Vander  Linden  en  fait 
mention  dans  fori  de  Scriptis  Médias.  Et 
c'elt  auffi  en  cette  qualité  que  Bucanan  a 
fait  mention  de  ce  Charle  Eftienne  dans 
fon  Elégie  fur  fa  goûte. 

Sétpe  tnihi  medicas  Grofcollius  explicat  berlasî. 

Et  fpe  ïangumtem  confilioque  juvat. 
Sdpe  tnihi  Stephani  folertia  provida  Carli 

Ad  mala,  frtftntem  trijlia  portât  opemi 

Antoine  B-.Vi'f  en  a  fait  mention  en  la  mê- 
me qualité  dans  fes  vers  adreflez  au  Roi 
Charles  JX.     Voici  l'endroit: 

Je  ne  fus  pas  fi- tôt  hors  de  l'enfance  tendre- 
La  parole  formant ,  qu'il  fut  loi^neux  dç. 
prendre 

1 1  m 


SIeidan 
fait  men- 
tion de  cet- 
te Ambas- 

iade. 


202        AtfTl-BAlLLET.  P.I. 

(Il  parle  de  Lazare  de  Baïf,  fon  père,) 

Des  Maîtres  le  meilleur ,  pour  dès-lors  m'en- 

feigner 
Le  Grec  &  le  Latin ,  fans  rien  y  épargner. 
Charle  Eftienne  premier;  difciple  de  Laxare 
Le  docte  Bonami;  de  mode  non  barbare, 
M'apprint  à  prononcer  le  langage  Romain. 

&c. 
En  l'an  que  l'Empereur  Charle  fit  fon  entrée 
Reçu  dedans  Paris,  l'année  defaftrée 
Que  Budé  trépafla,  mon  père  qui  alors 
Alloit  Ambafladeur  pour  vôtre  ayeul  dehors 
Du  Royaume  en  Almagnc  ,  &  menoit  au 

voyage 
Charle  Eftienne;  &  Ronfard  qui  fortoit  hors 

de  Page  : 
Eftienne,  Médecin,  qui  bien  parlant  étoit: 
Ronfard,  de  qui  la  fleur  un  beau  fruit  pro- 

mettoit. 


C'eft  lui  qui*  a  fait  le  Prœdium  Rufti- 
eum.  Il  l'imprima  à  Paris  en  ifS4-  &  le 
dédia  à  Guillaume  Bailli  Préfident  de  la 
Chambre  des  Comptes  de  Paris,  biiaïeul 
de  Mr.  Bailli  Avocat  Général  au  Grand 
Confeil, auquel  il  a  auffi  dédié  fon  Traité 
de  Nutrimentis.  Et  en  15-77.  il  imprima 
un  Livre  avec  ce  titre ,  De  dherfis  Regu- 
lis  Juris  antiqui ,  Pandeéïarum  libri  quin- 
quagefimi  T^tulus  feptimus  decimus ,  cum 
Tufco  aut  ex  eo  duào  accuratè  collatus  C53 
emsndatus.  In  eumdem  Titulum  vêtus  1 
fed  incerto  auéiore ,  brevis  &  elegans  Corn- 
mentarius  :  ritfi  tu  Placentinum  ejfe  dixe» 


ru, 


Anti-BaiLlet.  P.  I.      203 

ris  :  eo  argumento ,  quod  fequenti  pagina, 
compomiur.  11  dédie  cet  Ouvrage  au  Car- 
dinal Bertrand,  Chancelier  de  France. 
Et  par  fa  Dédicace,  il  paroît  qu'il  avoit 
déjà  fait  une  première  édition  de  ce  Livre. 
Dans  cette  première  édition,  il  prend  la 
qualité  d' Imprimeur  du  Roi.  Il  prend  la 
même  qualité  dans  l'édition  de  fon  Pra- 
dium  Rufîîcum  ;  &  dans  toutes  celles  de 
fes  autres  Livres ,  outre  fon  Diclionnaire 
Grec- Latin,  qu'il  imprima  in-4.  en  1  5*5*4. 
il  a  fait  un  Diclionnaire  Hiltorique- Géo- 
graphique- Poétique.  Et  c'eft  de  ce  Dic- 
tionnaire dont  a  entendu  parler  Cujas  en 
cet  endroit  du  chapitre  3.  du  Livre  27.  de 
fes  Obfervations  :  Ne  etiam  credamus  In- 
dei  Cjroli  Stephani  qui  Pempeiopolin  Ci- 
licite ,  tanquam  ex  Solino ,  poftea  Trajano- 
p'Ain  fui  fie  appellatam  :  mutato  ,  inquit, 
nomine,  poftquam  in  ea  fato  cedere  Tra- 
janus  coac~his  eft.  Car  ces  mêmes  ter- 
mes de  Charle  Eftienne  fe  trouvent  dans 
le  Diclionnaire  dont  nous  parlons ,  au 
mot  Pompeiopûlis.  Pompeiopolis ,  Ciliciœ 
urbs  Mel<£  in  deferiptione  Ciliciœ:  deinde 
urbs  efl  à  Rhodiis,  Argivifque;  pofl  Pira- 
tis ,  Pompeio  ajfignante  ,  poftèfta  :  nunc 
Pompeiopolis:  tune  Soîoe  :  Qji<e  etiam,  So- 
limé  tefle ,  pofteà  Trajanopolis  eft  appellatam 
mutato  nomine  poftquam  in  ea  fato  cedere  ■ 
coaèlus  eft.  Cujas  appelle  Index  ce  Dic- 
tionnaire de  Charle  Eftienne  :  &  c'eft 
comme  il  eft  appelé  dans  la  Préface  au 
Lecteur  de  l'édition  de  1618. 

Notre  Charle  .Eftienne  a  fait  plufîeurs 

autres  Livres  ,  mentionnez  par  la  Croix 

1  6  du 


204      Anti-Baillet.  P.  I. 

du  Maine  &  par  Mr.  Janfon  d'Almelo- 
véen:  &  entr'autres,  XzTbefaurus  Cice- 
ronianus  ,  qu'il  imprima  à  Paris  in  folio 
en  1 5 5*6.  des  Annotations  fur  les  Livres 
de  Baïf  de  Re  Nautica,  &  de  Re  Veft'ta- 
ria:  Des  Scholies  fur  l'Andrie  de  Teren- 
ce:  La  Maifon  Ruftique,  augmentée  par 
Jean  Liébaut  Médecin ,  qui  avoit  époufé 
Nicole  Eflienne  ,  fa  fille.  Cette  Nicole 
Eflienne  étoit  une  perfonne  favante.  De- 
vant que  d'époufer  Jean  Liébaut,  elle  a* 
voit  été  recherchée  ,  en  mariage  par  Ja- 
que Grevin ,  Médecin  de  la  DucheiTe  de 
Ferrare  (i)  ,  lequel  fit  un  très-grand 
nombre  de  vers  à  fa  louange  ;  qu'il  inti- 
tula P  Olympe.  Voyez  la  Croix  du  Maine. 

C'efl  lui  à  qui  l'on  a  l'obligation  du  Re- 
cueil des  Lettres  de  Bunel  :  ce  qui  a 
été  remarqué  par  Scévole  de  S.  Mar- 
the dans  l'Eloge  de  Bunel  :  où  il  appelle 
notre  Charle  Eitienne  virum  de  Iherts  be- 
ne  merïtum. 

C'étoit  un  homme  de  facheufe  humeur: 
ce  qui  paroît  par  une  Lettre  de  Maumon- 
tius  (a)  à  Jules  Scaliger  :  imprimée  par- 
mi 


%  t.  La  Croix  du  Maine  a  ici  trompé  M.  Ména- 
ge qui  auroit  mieux  fait  de  confulter  M.  de  ThoUy 
ou  tout  au  moins  Moreri  &  le  Sr.  de  la  Caille  pag. 
313  de  fon  Hiftoire  de  l'Imprimerie  &  de  la  Librai- 
rie. Jaques  Grevin  étoit  Médecin  de  la  Ducheflede 
Savoie. 

%  2.  J'aurois  mieux  aimé  dire  par  une  Lettre  de 
Jean  de  Maumont.  Parmi  les  Lettres  de  Dolet  il  y 
en  a  une  à  ce  Jean  de  Maumont  qui  etoit  grand  ami 
de  Jule  Scaliger,  8c  pafïbit  pour  habile  homme  fur 
tout  en  Grec,  jufque-là  que  le  Sr.  Gelyot  Avocat 
au  Jailemeat  de  Dijon,  Auteur  de  1'Incjiçe  armo- 
riai 


A  N  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.   P.  L  20f 

mi  les  Lettres  de  Jules  Scaliger. 

J'ai  cité  tous   ces   témoignages  ;  Mr. 
Janfon  ayant  écrit  que  perfonne,  à  la  re-      d'Aimé- 
ïerve  de  Scévolede  Saint  Marthe,  n'avoit  lovccn, 
fait  mention  de  notre  Charîe  EÛienne. 

LX. 

Me'prife  de  Mr.  Baille  t  touchant  un  endroit 
d'Horace  où  il  e/i  parlé  de  Mimnerme. 

MOnfieur  Bai  LLET.  Mimnerme  efî     Tome  3; 
un  des  principaux  Auteurs  du  genre  Partie  *• 
Elegiaque  parmi  les  Grecs  :  mais  ilfemble  ^c  3I3* 
n'avoir   applique'  fes  talens  quyà  des  matie'- 
res  de  galanterie  :  &  tl  avoit  le  [en s  fi  cor* 
rompu  qu'il  ne  croyoit  pas  quyon  pût  rien 
faire  d }  agréable  fans  V  Amour  çjf  les  Jeux , 
au  rapport  d* Horace.   Ceft  peut-être  ce  qui 
a  fait  dire  à  Properce  que  Mimnerme  avoit 
û  l'avantage  fur  Homère  en  ce  point. 

Ménage.  Mr.  Baillet  me  permettra 
de  lui  dire  qu'il  n'a  pas  entendu  l'endroit 
d'Horace  dont  il  parle.    Le  voici: 

Si, 

rial  dans  l'endroit  de  fon  exemplaire  de  la  Biblio- 
thèque de  la  Croix  du  Maine  où  il  eft  parlé  de  Jean 
de  Maumont  a  mis  de  fa  main  cette  note  margina- 
le. //  v  en  a  pli-fleurs  qui  croyent  que  ce  Maumont  Jett  le 
vrai  Traduttcur  de  PLitarcpie ,  &  qu1  ^Amyot  fe  le  Çoit  at- 
tribué, ayant  dérobe  fes  papiers  après  fa  mort.  Mais  je 
fuis  furpris  que  Gélyot  n'ait  pas  réfuté  cette  fable, 
lui  qui  pouvoit  s'appercevoir  oue  Jean  de  Maumont 
qui  vivoit  encore  en  j;$4.  autoit  été  en  état  de  ré- 
clamer le  Pîurarque  publié  long  tems  auparavant, 
s'il  en  avoit  été  le  véritable  Tradutteur.  On  a  dé- 
bité quantité  de  contes  de  cette  nature  fur  cette  Ycx- 
lioa  d'Amyot. 

I  7 


io6        Anti-Baillet.  P.  I. 

Si,Mimnermus  uii  cenfet  ,fine  amore  jtcifque , 

Nil  eft  jucundum ,  vivas  in  amore ,  jocifque. 

Et  voici  l'original  de  Mimnerme,  rap- 
porté par  Plutarque  dans  fon  Traité  de  la 
Vertu  Morale. 

TiQ))C*tVV  ,    CTf   ftfl<   ftTJKÉTt  7UU7eC  [*f\Ot, 

Cela  ne  veut  pas  dire  qu'on  ne  peut  rien 
faire  d'agréable  en  vers  fans  l'Amour  & 
les  Jeux.  Cela  veut  dire,  qu'il  n'y  a  rien 
d'agréable  dans  la  vie  fans  l'Amour  &  les 
Jeux:  qui  eft,  ce  qu'a  dit  Lucrèce,  en 
ces  termes  : 

Nec  fine  te  quicquam  dits  in  luminis  or  as 

Exoritur ,  ne  que  fit  Utum ,    ne  c  amabili  quic- 
quam. 

A  l'égard  de  l'endroit  de  Properce, 

Plus  in  amore  valet  Mimnermi  ver  fus  Homère: 
Carmina  manfuetus  Uni*  qudrit  Amor: 

ce  n'eft  pas  par  la  raifon  que  dit  Mr.  Bail- 
let  ;  qui  eft  que  Mimnerme  ne  croyoit  pas 
qu'on  pût  rien  faire  d'agréable  en  vers 
fans  l'Amour  &  les  Jeux  ;  que  Properce  a 
parlé  de  la  forte:  mais  pareeque  Mimner- 
me parloit  mieux  d'c<nour  en  vers  qu'Ho- 
mère ,  &  que  fes  vers  ctoient  plus  ten- 
dres, plus  touchans ,  plus  paffionnez,  que 

ceux 


An ti -Baille t.  P.  I.  207 
ceux  d'Homère.  Car  Homero  eft  dit  en 
cet  endroit  pour  Homeri  verfibus  :  qui  eft 
une  façon  de  parler  que  Martial  a  imitée, 
en  parlant  des  Géorgiques  de  Julius  Cé- 
réalis:  Rura,  vtl  a  ter  no  proximaVirgilio, 

LXI. 

S'il  eft  vrai  qu'Homère  n'ait  point  dit  d* im- 
piété z.     S'il  eft  vrai  que  Virgile  n'ait 
point  dit  bordures. 

MOnfieur  Baillet.     Enfin  ,  outre     Tome  3; 
toutes   ces  confidérations  qui  doivent  part.  1. 
nous  porter  à  exenfer  Homère ,  te  P.  Rapin  Pa8«  z77»  : 
en  rapporte  encore  une,  qui  eft  fort  impor~ 
tante ,  fi  elle  eft  bien  véritable.     C eft, dit- 
il }  qu'il  n'a  jamais  dit  d'impiétez  ni  d'or- 
dures,  &   qu'il  a  toujours   été  févere  & 
vertueux  comme  un  Philofophe.     Ceft  une 
gloire  qu'il  attribue  aufft  à  Virgile  :  &  qui 
a  été  moins  conteftée  à  ce  dernier  qu'à  Ho- 
mère. 

II  ajoute  enfuite,  à  la  page  281.  Aris- 
tarque  corrigea  le  texte  d'Homère  en  quali- 
té de  Critique  &  de  Grammairien.  Et 
l'on  voit  dans  Plutarque  des  vers  qu'Aris- 
tarque  a  retranchez  d'Homère  a  caufe  de 
l'impiété  o5  de  la  cruauté  de  leur  exprès- 
fion.  Et  ainfi,  lors  que  le  P.  Rapin  a  dit 
qu'Homère  n'avoit  jamais  dit  d'impiétez, il 
faut  entendre  cela  de  l'Homère  corrigé  par 
Ariflarque. 

Ménage.  Homère  eft  tout  plein 
d'impiétez.  Nous  apprenons  d'Hierony- 
mus ,  dans  la  Vie  de  Pythagore  écrite  par 

Laër- 


208       Anti-Baillet.  P.  I. 

Laérce,  que  lorfque  Pythagore  dcfcendit 
dans  les  Enfers,  il  y  vit  l'ame  d'Homère 
pendue  à  un  arbre ,  &  entourée  de  fer- 
pens,  à  caufe  des  chofes  qu'il  avoit  écri- 
tes des  Dieux.  Et  nous  apprenons  de 
Laérce,  que  Xénophane  avoit  écrit  con- 
tre Héiiode  &  contre  Homère  ,  reprenant 
les  chofes  que  ces  Poètes  avoient  dites 
des  Dieux.  Sextus  Empiricus  rapporte 
deux  endroits  de  ces  vers  de  Xénophane 
contre  Homère  &  Héiiode.  Voici  le  pre- 
mier ,  qui  eft  de  la  page  341 .  Adverfus 
Mathematicos  :  tvôev  xcci  ZevoCpdv^g  ûis'Key' 
%m  tûq  iceçi  "Ojxv^pov  nui  'Hr/eîov,  (fifoi, 

Tlûvrec  Bsolç  âv£êrlx.xv'/OfW()oç  0'  'Hrtoiïéç  re  , 
"Ottu,  sra,p  àvêpa7rottrtv  eveideec.  xxt  -^/éyoç  iç-)f 

KX£7TTetV  ffAOlftSUSlV  ?£  3K»l  àX^r^ai  ànclTiCttl, 

Voici  le  fegond,  qui  eft  de  la  page  57.  du 
même  Livre  :  "O^poç  Se  k#/ 'HoVcdcç,  au- 
ra 7ov  KqKoQ&viqv  £evoQdvvi9 

K>\t7TTeiv , y.ot%£Ûetv  it^y.oCi  <*AAj$A#ç  Ù7rx7svetv* 

Et  c'eft  ce  qui  a  fait  dire  à  Ciceron,  Ho- 
merus  hum  an  a  ad  Deos  tranfîulit ,  divina 
maliens  ad  nos.  Jules  Scaliger  dans  fa 
Poétique  n'a  pas  oublié  de  reprendre  Ho- 
mère pour  la  même  chofe.  Voici  l'en- 
droit :  In  Xtt7.  Iliadis  juno  Somnum  oratr 
ut  Jovem  fopitum  reddat.  Quod  ut  fac'tat, 
promi'tit  et  federn,  in  qua  quiefeat  comejfa- 
tondus.     Miferum  Sumnum ,  quem  ad  il- 

luÀ 


Anti-Baillet.  P.  I.      209 

lud  uÇque  terapus  oportuit flante-fi  ciburay 
capere,  more  m.litum.  Jttvé,  £V&£  rravrwv 

/rf#z  (pûff/v  ibyfici  tjl't  comment  éibuntur. 
Quis  enim  éicat primura  raotorera  dormire ? 
At  entra,  inquit,  zâviuv  ôfwv.  Et  fane, 
dira  fomnus  datus  fit  rébus  raateriatis  ad 
l'irium  reparationera  ,  D/V  Horaerici  fi  dor- 
mi unt  ,  et'tarn  pereunt.  I  Teritm  de  il  lis  ip* 
fe,  quod  ajunt  Grœci ,  tfàèv  vyisç.  Et  en- 
fuite:  DU  Horaerici  nihil  audiunt  ,  aut 
fciant ,  nifi  per  nuncios ,  <r#/  quœ  fub  ocuîis 
habent.  Platon  reprend  auffi  Homère, 
pour  avoir  dit  qu'il  s'éleva  par  les  Dieux 
un  ris  inextinguible.  ' AfÇsçoç  yàp  é&ç>T0 
yéXuc  fLttudfiêrai  ùeofoi.  C'eit  dans  fa  Ré- 
publique. Et  nous  apprenons  de  la  Poé- 
tique d'Arillote,  que  d'autres  le  repre- 
noient  pour  avoir  dit  que  les  Dieux  a- 
voient  dormi  toute  la  nuit. 

Pour  ce  qui  eft  des  ordures,  il  n'y  en  a 
point  dans  Homère.  Car  ce  que  dit  Ju- 
les Scaliger  ,  Ufus  eft  impudica  voce  in  ore 
JuMQ*is ,Qivi£[xévcii.  ôxviëi'j  Cane  attura  ip' 
fum  renereum  aliquando  fignificat  :  ut  in 
Vlll.  lliadit  de  raatre  Gorgythion:s ,  eft  dit 
fans  raifon:  ce  mot  fe  prenant  dans  une 
lignification  honnête  parmi  les  anciens, 
comme  les  Interprètes  Grecs  d'Homère 
l'ont  remarqué.  Et  il  y  en  a  beaucoup 
dans  Vîrglle.  Ses  Èglogues  font  pleines 
d'amour  deshonnête.  Nov/mus  &  qui  te 
tr.-nfverfa  tuent  :b  us  birc'ts ,  &c  Forraofum 
Paftor  Corydon  nr  débat  Alex  in.  11  aimoit 
cet  Alexis",  comme  nous  l'apprenons  de 
cet    endroit    de    l'Apologie'  d'Apulée, 

Quan- 


no  Anti-Baillet.  P.  I. 
Quant  o  modefliùs  tandem  Mantuanus  Poe- 
ta,  qui  ,itidem  ut  ego,  puerum  amicî  Pol- 
lionis  BucoUco  ludicro  laudans ,  &  abfli- 
nens  nominum  ,  feje  quidem  Coryâonem , 
puerum  ver 6  Alexin  vocat.  Mais  Apulée 
le  trompe  en  ce  qu'il  dit  que  cet  Alexis 
étoit  le  mignon  de  Pollio:  il  étoit  celui 
de  Mécénas  :  comme  nous  l'apprenons 
de  i'Epigramme  56.  du  Livre  VIII.  de 
Martial.  Il  n'eft  point  parlé  dans  Homè- 
re de  ces  amours  deshonnétes. 

LXII. 

Ignorance  de  Mr.  Baillet  dans  fin  Métier 
de  Bibliothécaire.   Mr.  Baillet  n'a  ja- 
mais lu  le  Digefte. 

Tome  3.  TVyf  0nfieur  Baillet.  Un  Auteur 
partie  ?.  4.YA  anonyme  qut  a  écrit  un  Iraite  Jwgu- 
pag.  230.  lier  de  l'Autorité  d'Homère  parmi  les  Juris- 
COnfultes  ,  dit  que  ce  qui  fait  le  fujet  de 
f$n  étonnement  C55  de  [on  admiration ,  c'efi 
de  loir  que  dans  les  Pandeéies  &  les  Injli- 
tutes  du  Droit  Civil  on  allègue  l'autorité 
d'Homère  feul  beaucoup  plus  fouvent  que 
celle  de  tous  les  autres  Poètes  ensemble ,  & 
que  celle  de  tout  ce  qu'il  y  a  eu  d'Orateurs 
&  de  Philofophes  mêmes,  qui  femblent  a- 
voir  plus  de  liaifon  avec  Us  Jurifconfultes 

que 

f  1.  Il  faut  dire  M.  de  Fermât.  Voyez  Pellis- 
fon  pag.  263.  de  ion  Hiftoire  de  l'Académie  Fran- 
çois, édition  dernière,  8c  le  Journal  des  Savans  de 
l'an  1665.  On  ne  doit  ni  ajouter  le  de  aux  noirs 
propres,  ni  l'en  retrancher  mal  à  propos.     Sauma  - 

f« 


Anti-Baillet.   P.  I.       2IÏ 

que  les  Poètes.  Il  ajoute ,  qu'à  peine  trou- 
•ve-t-on  une  citation  de  Platon  &  cTArifto- 
te  dans  tous  les  anciens  Jurifconfultes  & 
dans  les  Compilations  de  Droit.  On  peut 
dire  que  ni  Démoflhene  ni  Ciceron,  ni  au- 
cun  des  autres  Orateurs  n'y  font  pas  plus  ci- 
tez ,  non  pas  même  Virgile.  Mais  on  s^y 
eft  fervi  des  témoignages  d'Homère  en  plu- 
fleurs  rencontres.  Et  cet  Auteur  prend  oc- 
cafion  de  la  de  le  préférer  a  Virgile ,  comme 
nous  le  verrons  ailleurs. 

Ménage.  Si  Mr.  Baillct  avoit  prati- 
qué avec  les  gens  de  Lettres ,  il  fauroit 
que  cet  Auteur  fans  nom  eft  un  Auteur 
qui  a  un  grand  nom.  Ceft  Mr.  Fermât 
(i)  Confeiller  au  Parlement  deToulou- 
fe,  très-digne  fils  du  grand  Fermât,  auffi 
Confeiller  au  Parlement  de  Touloufe.  Il 
m'a  donné  lui-même  cette  DifTertation  de 
rfuéïoritate  Homeri  apud  Jurifconfultos, 
comme  un  Ouvrage  de  fa  façon.  Et  j'en 
ai  fait  mention  en  cette  qualité  au  chapi- 
tre 43.  de  mes  Aménïtez  de  Droit,  en  ces 
termes:  Obiter  &  hic  obfervandum,  Cla- 
rijjimum  Fermatum,  Senatorem  Tolofa» 
num,  virum  élégant ijjimum  &  doéiijji- 
mum ,  &  verè  rë  nurpoç  70  iceuliov  ,  de 
Auéior'itate  Homeri  apud  jfurifconfultot 
differtationem  diligentijjimc  nuper  fcripjis- 
fe,  yjf  diligentius  multo  Scipione  Gentili, 

qui 

fe  nr  prenoit  point  le  de ,  M.  de  Ferm2t  le  prenoit. 
11  faut  donc  les  appeller  comme  ils  s'appelloient 
eux-mêmes,  &  qui  diroic  M.  Thou,  &  M.  de  Mé- 
nage Ce  rendioit  ridicule. 


212        Anti-Baillet.  P.  I. 

qui  idem  argumentum  traélavit  Libro  2. 
Parergnon  ad  Pandeélas ,  capitibus ,  8.  9. 
10.  il.  12.  13.  14.  Q3*  15-.  Sed  m  qua  ta- 
men  diligentiam  ejus  fiugit  hic  locus  Papi- 
niani  in  Lege  y.  de  Supelleclile  légat  a;  Su- 
pelledtilis  menfas  ,  &c.  Le  même  Mr. 
Fermât  a  fait  depuis  f'imprîmer  cette  mê- 
me DifTertation.  11  elt  vrai  qu'il  n'y  a 
pas  mis  fon  nom.  Mais  il  y  a  tait  men- 
tion de  l'endroit  de  mes  Amcnitez  de 
Droit  :  Suam  prœtereafiententiam  confirmât 
Homeri  Uco  P  apinïanus  lege  IX.  Digeflis  de 
Supelleéiili  legata  :  ut  me  nuper  monuit  vir 
Clarififiimus  &  doclijjimus ,  qui  fceculi  Var- 
ro  nuncupatns  fuit  ab  eximioScriptore,  L)0' 
minus  Menagius ,  libro  cui  Titulus  A;noe- 
nitates  Juris  Civilis,  iterum  edito  Lutetiœ 
Parifurum  anna  1676  Et  aînfî,  il  ne 
peut  être  révoqué  en  dou'.e  que  cette  Dis- 
sertation ne  foit  de  Mr.  Fermât. 

Examinons  maintenant  les  paroles  de 
Mr.  Ba'llet.  On  allègue  l'autorité  d'Ho- 
mère fie ni  beaucoup  plus  Jouvent  que  celle  de 
tous  les  autres  Poètes  enÇemble.  Pourquoi 
ce  mot  de  fieul  ?  A  peixe  trouve-i-on  une 
citation  de  Platon  &  £  Art  flot  e ,  &c.  On 
peut  dire  que  ni  Dèmoflkene  ni  Ciceron, 
&c.  Platon  efl:  cité  par  Calliftrate  dans  la 
Loi  2.  de  Nundinis  :  Ariltote  eft  cité  par 
Julien  en  la  Loi  36.  de  Solutiombus  &  li- 
ber ationibus.  Démofihéneeft  cité  parMar- 
cianus  en  la  Loi  2.  de  Legibus  :  &  par 
Claudius  Saturniens  en  la  Loi  16  de  pœ- 
nis.  Il  e(t  fait  mention  de  Ciceron  par 
Papinien  en  la  Loi  8.  Ad  Legemjulam 
Majefiatis.     Et  par  Pomponius  en  la  Loi 

fe- 


Anti-Baillet.  P.  I.       213 

fegonde,  au  paragraphe  40.  de  Origine  Ju- 
ris.  Et  au  paragraphe  46.  Et  il  elt  cité 
par  Ulpien  au  paragraphe  4.  de  la  Loi  7. 
Quibus  ex  caufis  in  pojjeffionem  fat  HT.  Et 
par  Tryphonin  en  la  Loi  39.  de  Bonis 
damnatorum.  Et  par  Celfus,  en  la  Loi 
96.  de  l/erborum  fignificaiione.  Virgile  elt 
cité  par  Marcianus  en  la  Loi  6.  de  Divi- 
fione  rerum  ^  qualnate.  Xénophon  ell 
cité  par  Gaïus  en  la  Loi  233.  de  Regulis 
ynris.  Et  Théophrafte  par  Pomponius 
en  la  Loi  3.  de  Legibus.  Et  Chryfîppe 
par  Marcianus  en  la  Loi  2*  du  même  ti- 
tre. Il  cil  auffi  parlé  du  Poè'te  Ennius  en 
la  Loi  2.  au  paragraphe  38  de  Origine  Jzi- 
ris.  Et  aii  iï,  il  ne  faut  pas  prendre  à  la 
lettre  ce  qu'a  dit  Mr.  Fermât,  qu'Ho- 
mère eft  ieul  plus  cité  dans  le  Droit 
que  tous  les  Orateurs  ,  les  Philofophes 
&  les  Poètes.  Homère  n'eft  cité  que 
fix  f  )is  dans  le  Digette  ,  &  trois  dans  les 
Inftitutes. 

LXIII. 

Ignorance  de  Mr.  BaMet  dans  fort  métier 

de  B-bliothcc .ire.     Cafaubon  n'a  point 

traduit  Laè'rce, 

QUoique  Mr.  IHllet  fa/Te  fon  étude 
principale  des  Bibliographes,  il  n'en- 
teni  point  la  Biographie.  Je  l'ai  fait 
voir  en  plulieur^  endroits  de  ces  Remar- 
ques. En  voici  une  nouvelle  preuve.  Il 
dit  à  b  pa^e  40^  du  T'orne  2.  Part.  3  que 
Cafaubon  a  traduit  Diogeue  Liérce  :  ce 
qui  n'eit  pas  véritable.    Cafaubon  a  feure- 

ment 


2(4       Anti-Baillet.  P.  I. 

ment  fait  des  Notes  fur  Diogene  Laë'rce. 
Mr.  Baillet  dit  ailleurs  que  Mr.  Pearfon, 
Evêque  de  Cheiter,  a  fait  des  Notes  & 
des  Corrections  fur  Laë'rce:  à  quoi  il  n'a 
jamais  fongé.  Et  dans  fa  Lifte  des  Tra- 
ducteurs ,  il  n'a  point  fait  mention  d'Al- 
dobrandus  ,  Traducteur  de  Laërce  (i). 
Tout  cela  me  fait  croire  que  Mr.  Baillet 
n'a  jamais  lu  le  Laë'rce  de  Londres,  qu'il 
cite  fans  celle. 

LXIV. 

De  la  Traduction  de  Laërce  a"  Ambroife  de 
Camaldoli. 

MOnfieur  Baillet:  page  310.  du 
Tome  2.  Part.  3.  Paul  Joie  ajoute , 
que  taVerfion  de  Laërce  d?  Ambroife  Camal- 
dule  n'a  rien  de  P  éloquente  £ff  de  la  pureté 
de  fa  Traduction  du  Traité  de  la  Hiérar- 
chie 

<fl  1.  Cet  Auteur  fe  nomme  en  Latin  ^Aldobran- 
dinttSy  &  non  pas  ^Idobrandus.  La  même  faute  fe 
trouve  ci-devant  pag.  27.  Dans  un  Ecrit  François 
je  dirois  plutôt  ^IdoBrandik,  &  voudrois  en  ufer 
toujours  ainû  à  l'égard  des  Auteurs  qui  n'ont  écrit 
qu'en  Latin  ,  lorlque  leurs  noms  peuvent  recevoir 
commodément  une  terminaifon  Françoife. 

^J  2.  Pour  peu  que  M.  Ménage  eût  jette  les  yeux 
fur  cette  Verfion  du  Traité  de  la  Hiérarchie  il  ne 
l'eût  pas  trouvée  plus  élégante  que  celle  de  Laërce  par 
le  même  Ambroife,  &  fe  fût  par  confequent  bien 
gardé  de  dire  que  l'obfervation  de  Paul  Jove  eft  vé- 
ritable. 

H  3.  Ambroife  de  Camaldoli  ayant  entrepris 
de  ttaduire  en  Latin  Diogene  Laërce,  &  ne  fe  /en- 
tant pas  de  génie  pour  la  verfification,  pria  Philel- 
fhcfoa  axai,  poçte  de  piofeffion ,  de  vouloir  bien 

lui 


Akti-Baillet.  P.  I.  21? 
chie  de  S.  Denis,  &  qu'il  s*  en  faut  beau- 
toup  qu'elle  foit  limée  &  châtiée  comme 
celle-là. 

Ménage.  L'Obfcrvation  de  Paul  Jo- 
ve  e(t  véritable  (2).     Mais  le  principal  dé- 
faut de  cccte  Verlion  de  Laërce,  c'eft  la 
trop  grande  liberté  avec  laquelle  elle  aété 
écrite.     Ce  que  j'ai   remarqué  dans   mes 
Obfervations  fur  Laërce:  en  ces  termes: 
Supereji  nt  de  variis  Diogenis  uaèrt'u  edi- 
tionibus    differamus.     Primùm   is   Latine 
prodiit  Interprète  Ambrofio,  Monacho  Ca- 
mildulenfi ,  viro  non  inerudito,fed  qui  tan-" 
ta  liceniiâ  in  bis  libris  vertendis  ufus  fuit , 
ut  Scriptorem  potiùs  Htftoriœ  quàm  Hiflo- 
rici  Interprétera  dixeris.    J'apprens  de  ces 
vers  de  Philelfe,  que  cet  Ambroife  Reli- 
gieux de  Camaldoli  (il  fut  depuis  General 
de  fon  Ordre)  l'avoit  prie  de  lui  traduire 
en  vers  Latins  les  vers  Grecs  qui  font 
dans  Laërce  (3)  : 

Am- 

lui  mettre  en  vers  Latins  les  vers  Grecs  répandus 
dans  l'Ouvrage  de  Diogéne.  Philelphe  le  lui  pro- 
mit. Cependant  foit  qu'il  trouvât  la  choie  plus  dif- 
ficile qu'il  ne  l'avoit  crue  d'abord  ,  foit  qu'il  n'eût 
pas  le  loifir  d'y  travailler,  il  ne  s'acquita  point  de 
fa  promeflé:  Ambroife  s'en  plaignit  ôc  c'eft  le  lu- 
jet  de  cette  Satire  de  Philelphe  dans  laquelle  il  ne 
ménage  pas  trop  ce  pauvre  Religieux.  S'il  iVMttfc, 
dit-il ,  de  garder  fi  long-tems  /»*  Ouvrage  [ans  le  publier, 
qu'il  fe  contente  de  traduire  en  profe  ce  qu'il  ne  fauroit 
traduire  en  vers.  Il  peut  mime  en  omettre  plufieurs  qui 
t obligeraient  à  exprimer  bien  des  chofes  indignes  de  fon  f«- 
fuchon  : 

guod  fi  forte  moram  patitur  minus  ipfa  cupid* 
Eienii  decimum  qu*  jam  produxit  in  annum, 
Quod  nequit  ipfe  metro  ptffit  traducere  profâ  , 

r»ftt  item  wtrùs  {fi  m*lit)  omUtttt  vtrfht. 


2i6       Anti-Baillet.  P.  I. 

Dicade  2.         Ambrtfms  queritur  ,    Monachus  ,    quod  legls 
Hecatofti-  amiCA 

ckc  VIL  officium ,  Manette,  mâ/J  ,   nec    nomma 

curcm. 

Tallitur  Ambrefms  :  r,*m  fi  fcrutabere  verum> 
Kommamicku  fanHum  mihi,janù~lus  er  u/us. 
Sed  fugït  Ambrojinm  vis  tanti  muneris  ,  atquc 
Jpjius  natura  rei.  Tantum  utile  anfet, 
Atque  voluptattm ,  qu&  vim  confiant  amorh 
Çonfervetqtte  o?nnem.  Nec  tnim ,  Manette, 
negabo , 

Quod 

Quippe  quibtis  permulîa  fuo  non  dt\na  cv.cuilo 
Suit  verbis  referenda  fuis. 

Ce  fut  une  néceflîté  à  Ambroife  de  prendre  ce  par- 
ti, ians  avouer  néanmoins  que  ce  fut  par  impuis- 
fance  de  mieux  faire.  C'eft  un  plaifir  de  voir  com- 
me i;  tourne  cet  article  dans  ion  Epitre  dedicatoire 
à  Cofme  de  Medicts.  Il  y  a  ,  dit-il,  plujieurs  vers 
dans  i*  original  que  je  n*ai  point  voulu  exprès  traduire  en 
vers  Latins  t  ne  jugeant  pas  que  ce  mélange  de  vers  parmi 
la  profe  convint  autrement  à  U  gravité  de  Chifloire  ^f  ai 
fait  en  forte  feulement  de  ne  rien  altérer  de  la.  fidénte  dit 
fens.  Les  premières  éditions  de  cette  Verilon  Lati- 
ne pannent  donc  toutes  en  profe  Peu  de  tems  a- 
près  Benedetto  Brugnoli  de  Legnago  dans  Je  Véro- 
nois,  appelle  par  cette  railon  tantôt  Liniacenjis , 
tantôt  Vcrminfis,  ayant  été  prié  parles  BadcauNo- 
blés  Vénitiens  de  revoir  cette  mêmeVedion,  <  ans 
les  exemplaires  de  laquelle  il  s'étoit  glifle  quanti- 
té de  fautes,  en  fitf-âre  un  nouvelle  édition  que  dans 
fon  Epitre  dedicatoire  à  ces  Meilleurs  il  leur  garan- 
tit entièrement  conforme  à  l'original  du  Traduc- 
teur aux  vers  près.  Jufque-là  ils  n'avoient  été  ren- 
dus qu'en  proie,  Brugnoli  en  procura  une  traduc- 
tion en  vers  Latins  que  bien  des  gens,  Erafme  en- 
tre autres,  ont  pris  pour  être  d'Ambroil<-.  Mais 
quelque  bonne  opinion  que  Brugnoli  ait  eue  de  foa 
travail,  il  eft  ailé  de  reconnoitre  qu'en  voulant  re- 
toucher i' ancienne  Tiaduftion  il  l'a  gâtée  en  beau- 
coup 


ànti-Ba  illet.  P.  I.       217 

Quod  minus  obfequ'.um  cunflts  in  rébus  arnica 
Pr&(literim  ,  quotitns  intempeftiva  popefcit , 
Aut  confulta  minus.  Si  non  epigramma:a  longi 

Munerïs  in  Latium  nondum  traduximus,  at» 

que 
Eulogia  Argivis  folventes  protinus  or'is , 

Quod  totiens  precibus  ,  totienfque  popofcit  a* 
micus , 

Kon  ideo  nobis  ado  fuccenfeat ,  ut  nil 

Cogitet  officium  quod  fit  rerumque  dieque. 

Si  res  plura  petit  ,patitur  quant  ttmporis  hora, 

Aut 

coup  d'endroits,  les  vers  qu'il  a  fubftituez  à  lapro- 
fe  font  miferables,  &  ceux  qu'a  donnez  depuis  Mi- 
chel Ber.tin,  &  qu'Henri  Etienne  &  d'autres  ont 
cmploiez  dans  leurs  éditions,  ne  font  pas  meil- 
leurs. Ce  Benedetto  Brugnoli  eft  le  Bened:i(v.s  Ptu- 
nmùu  tant  loué  par  Sabeilic  dans  fon  Dialogue  de 
réparât ione  Lingu*  Latin*.  C'eft  le  même  à  qui  Ju- 
le  Scaliger  a  confacré  un  éloge  à  la  fin  de  fes  Hé- 
ros au  lujet  d'un  prétendu  longe  qu'il  déduit  en 
vers  ,  Se  qre  fon  fils  Jofeph  raconte  comme  une 
merveille  dans  fi  longue  Lettre -à  Douza,  quoique 
depu;s  en  fa  réfutation  de  la  fable  des  Bordons  il 
fo:t  oblige  de  recourir  à  un  autre  Bmedetta  ,  ôc  d'a- 
vouer que  fon  Père  avo:t  confondu  l'un  avec  l'au- 
tre. M.  Ménage  au  cujii.pencemenr  de  fes  Obferya- 
tions  fur  Laérce  fait  meut. on  de  Benede'io  Bn*i>ioU , 
mais  il  ne  s'eft  pas  fouvenu,  lors  qu'il  le  fait  pré- 
cepteur de  Jule  Scaiiger,  que  celui-ci  bien  loin  de 
:oitre  Brugnoli  pour  Ion  précepteur,  feint  au 
contraire.,  pour  rendre  fa  viiion  plus  adm.able,  de 
nel'avoT  jamais  connu, ôc  dit  que  quand  cet  hom- 
me vénérable  lui  apparut  en  longe  il  lui  annonça 
qu'il  etoit  Benedetto  Brugtnli  natif  de  Legnago  ,  pré- 
cepteur autrefois  de  fesO.icles  Ôc  de  l'on  Père,  qu'il 
l'avoit  porte  petit  enfant  dans  les  bras.  Se  Btnedic- 
tv.m  B  .  -  ,  domo  Leniaco,  qui  patrem  Btnedic- 

tum   ac  patruos  (itéras   privas    dncu'jfct ,   ipjtim    quitta 
pneriilum  aliquando  inter  v.lna geftdflht. 

îem.VU.Part.L  K 


nS        Anti-Baillet.  P.  I. 

A  ut  quod  tempus  avet  ;  tes  negligit ,  audet  A' 
tnicus 

Officium  culpare  mtum ,  quod  remque  diemque 
JEquali  expendens  trutina,  fie  dueït  utrique 
Se  fecijfe  fatis ,  duce  fi  Laertius  une 
Venerit  in  Latium ,  ne  fi ,  velut  Iris ,  amiclus 
Indutus  varios  y  moveat  novus  hifirio  rifus. 
Cfi.ntio  long*  quidem,  tôt  me  traductreverfus9 
Quot ,  gravïum  vit  as  deferibens  ille  virorum  > 
JRâttulit  interpres.     Si  reddere  qutque  Latina 

Xititur  Ambrofius ,   cur  non  quoque  verftLvs 

ornât 
Scr'ipta  fuis .?  hieirum  nefeit ,  O'c 

Philelfe  dans  une  de  fes  Lettres ,  pro- 
met à  Ambroife  de  Camaldoic  de  lui  tra- 
duire en  vers  Latins  les  vers  Grecs  qui 
font  dans  Laërce.  Et  dans  une  autre, en 
parlant  d'une  Lettre  Grecque  qu'il  avoit 
reçue  de  lui,  il  dit,  jîgXo/xfVGÇ  iAÀrçv/Ç&v, 
huTivlÇei  TQKtipâ'Kuv.  Et  ii  dit  dans  fa 
grande  Lettre  à  Leodryfius  Cribellus,  qui 
eit  la  première  du  Livre  XXVI.  De  Am- 
bro/io  Mo?iacho  nihll  habes  quod  mikl  obji- 
cias.  Islam  ego  Mi,  aut  quandoque  projui, 
cura  terapeftivè  meo  uti  vclutt  ojjicio ,  aut 
rtocu'î  manquant,  Tanquam  fis  oblitus ,  te 
à  nob'is  quandoque  cafiigatum  ,  cura  virura 
Mura  proterviùs  infeitia  carperes,  quod  in 
Dioçene  Laërtio  transferendo ,  interpreta- 
tionera  verfuum  ,  quibus  totum  illud  opus 
refertum  eft ,  pratermiferit.  Et  dans  Let- 
tre 22,.  du  Livre  XXVII.  Sunt  nonnulli 
fui  putant  fie  fore  Grœcè  eruâitos  fi  eas  in+ 

ter- 


Anti-Baillet.  P.  I.       219 

terprctatiunes  accuratiàs  lefiitarint  ac  di-' 
dicerint ,  quas  noftri  Latini  è  bonis  Grœcis 
fccerc  matât  Latinas.  In  quibus  ea  funt 
vel  imprimis  qaœ  ah  Ambrofio,  Camaldu- 
lenfi  Monacho,  traduéia  à  pluribus  haben- 
tur  in  pretio:  At  ego  Dlogenem  Laërtium 
cùm  prtximè  attentlus  legerem  ,  qu<e  Me 
traduxit ,  inveni  errata  propè  in  finit  a  :  ad- 
eo  ut  nibil  effe  ineptius  ,  nihil  corruptius , 
audeam  ajjirmare.  Carebam  enim  Grœco 
codlce:  proindc  utebar  eo  Latino.  Inprœ- 
jeïttixrum  fera  fum  naélus  etiam  Grœcum. 
Si  qui  s  igitur  vêtit  reaifcere,  légat  Traduc- 
ttonem  CamalduLnfis  Ambrofi't. 

Voyez  ce  que  j'ai  écrit  de  ce  Moine  de 
Camaldoli   dans   mes   Remarques   fur  la 

-  de  Mathieu  Ménage. 

LXV. 

Erreurs  de  Mr.  Baillet  touchant  VHiJloire 
Critique  du  Père  Simon. 

MOnfieur  B  ai  llet.     Le  Père  Si-     Tome  r, 
mon  prétend  que  la  plupart  des  Juifs,  Part.  x.  pa- 
C,'   particulièrement   les   Rabin  s  qui  n'ont  &z  lii* 
point  été  animez  de  PEfprit  Saint ,  &  qui 
n'ont  fuivi  que  leurs  lumières   naturelles, 
ont  écrit  fans  folidité:  qu'ils  r? ont  que  des 
puérilité z  cabaliftiques ;  &  que  le  Taimud, 
far  exemple,  contient  un  million  de  fables , 
les   unes  plus  impertinentes  que  les  autres, 
L'Ecriture  Sainte  efl  toute  mvjlique,  toute 
allégorique,  toute  ènigmatiqne .  Et  les  Au- 
teurs facrez,  ayant  voulu  s'accommoder  à 
Pefprit  des  Juifs  ,  parmi  lefquels  &  pour 
K  2  /«- 


*20       Antï-Baillet.  P.  I. 

tefquels  ils  écrivoient ,  n'ont  point  fait  d'f- 
ficuité  d'employer  ces  exprejfions  figurées , 
pour  communiquer  aux  hommes  ce  qu'il 
plaifoit  à  D:eu  de  leur  infpirey . 

Ménage.  Le  Père  Simon  n'attribue 
ces  puérilitez  cabalîfliques  &  ces  allégo- 
ries frivoles  qu'à  une  certaine  cfycce  de 
Juifs:  dont  il  ne  fait  aucune  eftime:  &  il 
loué'  les  autres  Juifs  qui  fuivent  le  fens 
littéral  de  l'Ecriture.  11  eft  à  remarquer, 
que  ces  mots ,  l'Ecriture  Sainte  eft  toute 
-myftique  ,  &c.  fout  de  Mr.  Baiïlet  ,  & 
non  pas  du  Père  Simon. 
Tome  t.  Mr.  Baille  t.  Je  ne  prétens  point 
part.  i.  f^r parler  ici  d'aucun  des  Livres  facrez,  tels 
*e^**  que  font  les  Livres  des  Rois  ;  les  Paralipo- 
mènes;  &  ceux  des  Maccabées.  Quoique 
quelques  Critiques,  fur  tout  entre  les  Mo- 
dernes ,  ayent  voulu,  ce  femble ,  nous  faire 
croire  que  ces  Livres  aur oient  pu  donner 
quelque  lieu  a  la  perte  qu'on  a  faite  des  Li" 
ires  de  G  ad,  d'îddo,  de  Nathan,  du  Pro- 
phète Jéhu,  des  Mémoires  de  Salomon ,  de 
la  Chronique  des  Rois  de  Juda,  de  celles 
des  Rois  d'Ifraèl ,  des  cinq  Livres  de 
Jafon  le  Cyrénien ,  CS3  de  quelques  autres 
dont  ils  fe  fent  imaginez,  que  ces  Livres 
Saints  qui  nous  font  reftez ,  ne  font  que  des 
Extraits )  ou  des  Abrégez. 

Ménage.  Mr.  Bai  llet.  dans  fcs Preu- 
ves, nomme  parmi  ces  Critiques  le  Père 
Simon  dans  fon  Hifloire  Critique  du 
Vieux  Teftamenc.  Mais  il  n'y  a  rien  de 
femblable  dans  cette  Hiltoîre.  Et  le  Père 
Simon  n'y  a  même  rien  rapporte  touchant 
les  Livres  de  Gad,  d'Iddo,  &  de  Nathan, 

qui 


Anti-Baillet.   P.  I.       221 

quî  ne  fe  trouve  dans  les  Pères  Grecs. 

Mr.  Baillet  ,  au  relie,  n'a  qu'entrevu. 
l'Hiiïoire  Critique  du  Père  Simon:  &  il 
n'en  a  jugé  que  fur  ce  qu'en  a  dit  l'Auteur 
de  la  Prc'race  de  l'édition  d'El7.évir,&_fur 
la  Lettre  de  Mr.  Spanheirh.  Cette  Pré- 
face eft  réfutée  dans  celle  de  l'édition  de 
Roterdarn  ,  &  dans  la  Réponfe  du  Père 
Simon  aux  Sentimens  des  Théologiens  de 
Hollande. 

LXVI. 

Ignorance  de  Mr.  Ba'tUet  touchant  le  tems 
que  Pétrarque  a  cejjé  de  faire  des  vers 
d'amour.  Mr.  Baillet  n'a  jamais  lu  Us 
Rimes  de  Pétrarque. 

MOnfîeur  Baillet.  Pétrarque  vé-  **ge  15.  du 
quit  jusqu'à  l'âge  de  40.  ans  dans  les  J6™6,** 
nmufemens  agréables  de  la  Pêëfie ,  &  dans 
les  paffe-tems  de  la  galanterie.  Mais  de" 
puis  ce  tems-là  ,  foit  qu'il  fût  fatigué  ou 
défabufé  dans  les  exercices  de  Vune  &  de 
l'autre ,  foit  qu'il  roulât  bien  fe  faire  vio» 
lence  pour  fouffrir  une  féparation ,  il  renon- 
ça généralement  a  la  bagatelle ,  &  auplai- 
fir  qu'il  y  a  d'être  Poète  &  galant  :  jugeant 
qu'il  était  rems  de  vivre  en  Philofophe  & 
en  Chrétien  :  quoi  qu'on  puiffe  dire  qu'il 
traîna  [es  chaînes  jufqu'à  ce  qu'il  plut  à 
Dieu  de  les  rompre  par  la  mort  de  fa  chère 
Laure ,  qui  arriva  l'an  134S.  quatre  ans  a- 
près  qu'il  eut  pris  la  réfolution  de  changer 
de  vie  C5T  d'études. 

M  t  nage.  Mr.  Bai'let  n'a  pas  l'hon- 
K  3  neui 


>2,a       Anti-Baillet.  P.  I. 

neur  de  connoître  Pétrarque.  Première- 
ment, Pétrarque  n'étoit  point  galant:  il 
étoit  amoureux.  D'ailleurs  ,  il  eft  très- 
faux  qu'il  ait  cefle  à  40.  ans  de  faire  des 
vers  d'amour.  Et  en  troifiéme  lieu  ,  il 
eft  aufîi  très- faux  qu'il  ait  celle  d'être  a- 
moureux  quatre  ans  avant  la  mort  de 
Laure.  Il  devint  amoureux  de  Laure 
dans  l'Eglife  de  Sainte  Claire  d'Avignon 
le  fixiéme  Avril  1327.  comme  il  l'a  écrit 
lui-même.  Et  en  ce  tems-là  ,  il  étoit  âgé 
de  23.  ans,  &  de  quelques  mois.  Laure 
mourut  à  Avignon  le  fixiéme  jour  <ki  mê- 
me mois,  de  l'année  1348.  Depuis  ce 
tcms-là,  il  l'aima  encore  dix  ans.  Les- 
quels dix  ans  ajoutez  à  vingt  &  un  qu'il 
l'avoit  aimée  pendant  fa  vie,  font  trente 
&  un  an.  C'eft  de  lui-même  que  nous 
avons  appris  cette  particularité. 

Sonnet  t$,  Tennemi  Amor  anni  vent'  uno  ,  ardendo 

de  la  deu-  L'iet0  nt\  fuocû     e  mi  ^u9l  p\en  dï  fpemt  : 
xierae  par-  .    ,  .  »,.,.., 

tiCt  Pêi  che  Madonna ,  e  l  mio  cor  Jeco  injerne 

Salir  0  al  Ciel ,  die  ci  altri  anni  piangendi. 

Il  avoit  donc  cinquante-quatre  ans  qu^nd 
il  cefTa  de  l'aimer.  Et  fi  on  en  croit  Lu- 
dovico  Beccadello  Archevêque  de  Ragu- 
fe,  il  l'aima  toute  fa  vie.  Grandemente 
dunqtteVamô:  C51  invita  di  lei,  che  fur 0- 
fjo  anni  21.  e  dopo  morte  fer  fin  ch*  cgli 
viffe;  che  fur  on*  26.  Et  ainfi,  quand  Pé- 
trarque a  écrit, dans  fon  Epître  de  Studio- 
rum  fuorum  fuccejj'u ,  que  la  mort  de  Lau- 
re avoit  éteint  fon  amour  qui  commen- 
çoit  à  fe  rallentir,  cela  doit  s'entendre  de 

fon 


Amti  -Baillet.  P.  I.       22$ 

fon  amour  véhément  :  &  non  pas  de  fon 
amour  en  général.  Pour  ce  qui  eft  des 
vers,  il  en  a  fait  toute  fa  vie:  comme  il 
le  témoigne  lui-même  dans  fon  écrit  à  la 
Poilerité.  Ce  qui  a  été  remarqué  en  ces 
termes,  par  le  même  Beccaddlo:  la  fua 
vecchiezza  fpefe  tutta  in  facre  lezzioni. 
Dice  bene  averji  rifervato  per  fpaff'o  ÊSr  or' 
namen'.v  le  Mufe, 

11  paroît  par  toutes  les  chofes  qu'a  dites 
ici  Mr.  Baillet  qu'il  n'a  jamais  entrevu  les 
Rimes  de  Pétrarque.  S'il  les  avoit  entre- 
vues, il  fauroit  que  ces  Rimes  font  divi- 
fées  en  trois  parties  :  que  la  première 
comprend  les  vers  que  Pétrarque  a  faits 
in  visa  d'i  Madonna  Laura  :  que  la  fegon- 
de  comprend  ceux  qu'il  a  faits  m  morte  di 
Madonna  Laura  :  &  la  troiliéme  ,  les 
Triomphes  :  qui  font  encore  des  vers  fur 
la  mort  de  Madame  Laure  :  qu'il  ne  pu- 
blia pas  de  fon  vivant,  n'y  ayant  pas  mis 
la  dernière  main. 

Il  cil  donc  vrai  de  dire  que  Mr.  Baillet 
n'a  jamais  vu  les  Rimes  de  Pétrarque,  le 
Prince  des  Poètes  Italiens,  &  qui  e(l  d'u- 
ne li  grande  autorité  parmi  les  Italiens, 
que  les  Poètes  qui  font  venus  après  lui 
font  gloire  de  prendre  de  fes  vers  entiers 
dms  leurs  Poèmes.  Et  après  cela,  com- 
ment  Mr.  Baillet  peut-il  juger  des  Poètes 
Italiens  ? 


K4  LXVII. 


A24      Anti -Baillet.  P.  I. 

LXVÏI. 

Mr.  Baillet  n*  a  jamais  lu  le  s  Cor;fi  aérations 
du  Tajjonéfur  tétr arque. 

MOnfieur  Baillet.  Tajfoni ,  (il 
falloit  dire  le  TaJJ'oni)  a  donc  fait  jur 
Pétrarque  des  remarques  ,  dans  lefquelles 
il  le  traite  avec  une  févérité  inexorable.  Il 
n'y  a  prefque  pas  une  locution  ni  un  mot 
dans  toutes  [es  Oeuvres  Poétiques  auquel  il 
veuille  faire  grâce.  Il  y  reprend  générale- 
ment toutes  chofes.  Il  prétend  que  tout  eft 
plein  d'abfurditez  &  de  défauts  inexcufa» 
h  le  s,  &c. 

Ménage.  Puifque  Mr.  Baillet  n'a 
point  lu  Pétrarque,  il  ne  faut  pas  s'éton- 
ner qu'il  n'ait  point  lu  les  Commentateurs 
de  Pétrarque.  Le  Tafîbné  n'eilime  pas 
feulement,  mais  il  admire  un  nombre  in- 
fini des  vers  de  Pétrarque.,  Les  pafîages 
fulvans  le  vont  démontrer.  Page  334.  fur 
le  Sonnet  0  dolci  fguardi,  qui  eft  le  214. 
de  la  première  Partie  :  Io  ammiro  qnsfto 
Sonet to  per  la  maniera  chiara  ,  nobïle  ,  e 
dolce  con  che  èfpiegato. 

Page  22c.  fur  le  Sonnet  Ne  cosi  belh, 
qui  eft  le  cent  onz'éme  de  la  première 
partie:  E'  Sonetto graziofiffimo. 

Et  page  42.  fur  le  S  on  net  Sono  animait  ; 
qui  e(ï  le  16.  de  la  même  partie:  Avanza 
queflo  Sonetto  fenza  alczm  dubbio  tutti  i 
pajjati  di  bentà  :  percioche  non  à  parte  al' 
cuna  difconvenevole  :  è  dijlinto  con  metodo  : 
lo  Ji;le  è  dolce  e  maefiofo;  la  comparazio- 

ne 


Amti-Baillet.  P.  I.        22? 

ne  è  VJga;  e  ri'ponle  di  parte  in  parte. 

Page  433.  fur  le  Sonnet  ConoLbi  ;  qui 
cil  le  63.  de  la  fegonde  partie:  Quefilo  So- 
netto  è  in  ifitle  magnifie 0,  ed  avança  al 
r/110  giudicio  quanti  r.e  componcjfe  il  Poéta 
in  con  fatto  fille. 

Et  page  382.  fur  le  Sonnet  Quanta  /*- 
vidia;  qui  cil  le  32.  de  la  fegoncie  partie: 
E  que  fit  0  pure  è  ai  confetti  ordinari,  non 
piif.to  ord:ï;ar\amente  fpiegati.  E  l'ardine 
con  che  c  te  [fut  0 ,  è  mirabtle ,  fie  fi  conjidera 
\r\età  con  che  ripizlta  Quattro  volte  lo 

M»- 

Ht  à  la  même  page,  fur  le  Sonnet  VaU 
le ,  che  de  Liment  1  mieifiè  piena;  qui  eft  le 
33.  de  la  même  partie:  Vafifietto  grande 
con  che  è  Jpiegato  ed  ejprejfio  quefilo ,  /W- 
Za  tra''  primi ,  e  quanto  piùfii  legge ,  tanto 
più  egli  commuove. 

Et  à  la  même  page,  fur  le  Sonnet  Le- 
vommi\  qui  eft  le  34.  de  la  même  partie: 
E  quefilo  pure  è  délia  medefima  clafifie. 

Page  46.  fur  la  première  Chanfon  de 
la  première  partie  :  Tktte  le  Rime  e  tutti  i 
vcrfi  in  générale  de!  Petrarca  lo  fiecero  Poë- 
ta:  ma  le  Canzoni,  per  quanio  a  me  ne 
pare,  furono  quelle  che  Poëta grande  e  famo- 
fio  lo  fiecero.  Il  y  a  mille  autres  femblables 
jugemens  des  vers  de  Pétrarque  dans  les 
Considérations  du  Taflbné  fur  Pétrarque. 
Il  elt  vrai  néanmoins  que  le  Tafïbné  dans 
fes  Gonlidérations  fur  Pétrarque,  reprend 
fouvent  Pétrarque  ,  &  qu'il  s'en  moque 
même  quelquefois.  Ce  qui  obligea  Jofeph 
degli  Aromatarii  d'écrire  contre  ces  Con- 
fidérations  fous  le  nom  de  Crefcenzio  Pe- 
K  S  pe. 


226  Anti-Baillet.  P.  I. 
pe.  Le  Taffoné,  pour  le  marquer  en  pas- 
fant,  répondit  à  Jofeph  degli  Aromatarii. 
Jofeph  degli  Aromatarii  répondit  à  la  Ré- 
ponse du  Taffoné,  &  le  Taflbné  à  celle 
de  Jofeph  degli  Aromatarii.  Voyez  Léo 
Allatius  dans  Ion  Livre  intitulé  Apes  Ur- 
bance.  Encore  une  fois:  Mr.  Bail! et  n'a 
jamais  vu  ce  Livre  du  Taffoné.  Il  n'a 
pas  vu  non-plus  fes  Diverfi  Penfieri;  fes 
Remarques  iur  THilloire  Ecclefialtique  ;  fes 
Remarques  fur  le  Vocabulaire  dellaCrus- 
ca.  S'il  avoit  vu  ces  Ouvrages,  il  n*au- 
roit  pas  écrit  qu'on  confidéroit  le  Taffo- 
né  comme  un  brouillon  ,  à  caufe  de  fa 
Critique.  Mr.  Bailler,  a  jugé  du  Taffoné 
fur  la  dépolïtion  de  Janus  Nicius  Ery- 
thrasus  dans  l'Eloge  du  Taflbné  ;  car  com- 
me je  l'ai  déjà  remarqué  plufîeurs  fois, 
Mr.  Baillet  n'a  point  lu  les  Originaux. 

LXVIII. 

Guillaume  Morel  Imprimeur  de  Paris , 
faufjement  qualifié  Profeffeur  du  Roi 
par  Mr.  Baillet.  Plufîeurs  particulari- 
sez Cîirieufes  touchant  ce  Guillaume  Mu- 
ret,  ignorées  par  Mr.  Baillet. 

Tome  x.  *\  >T  Onlîeur  Baillet.  Guillaume  Mo- 
Partie  z.      xVJL  rel  et  oh  Normand,  natif  de  Taille  ul, 
PaS*37»       il  eu+  ^Imprimerie  Royale  après  que  Tur- 
nébe  s^cn  fut  démis.     Comme  il  s"1  appliqua 
particulièrement  aux  Auteurs  Grecs,  il  y 
réufit  fort  bien  :  &  fes  Editions  Grecques 
font  efiirnées.     Il  de  voit  en  effet  s* être  ren- 
du habile  en  cette  Langue ,  puif qu'il  rem- 
plirait 


Atttf -Baille t.  P.  L       ny 

plijfoit  une  Chaire  de  Profejfeur  Royal  à 
Paris  pour  l'cnfei^ner.  Et  il  s'eft  aujji 
rendu  Auteur  par  un  Dictionnaire  Grec~ 
Latin  François  ,  qu'il  compofa  au  milieu 
de  lant  d?  occupations. 

MhNAGh:.  Premièrement,  le  lieu  de 
la  naïf  fa  née  de  ce  Guillaume  Morel  s'ap- 
pe'e  le  Teilleul ,  &  non  pas  Tailleul ,  ou 
plutôt  le  Tilleul:  car  ç'eft  ainli  qu'on  pro- 
nonce. Ceft  pourquoi  Monlïeur  f3aillet 
devoit  dire  natif  du  TeilleuL  &  non  pas 
de  Ta  lleul  Et  c'eft  aufïi  comme  a  parlé 
la  Croix  du  Maine;  autrement  Grudé; 
que  Mr.  Blillet  cite  dans  Tes  Preuves, 
pour  jnftifier  ce  qu'il  a  dit  de  ce  Guillau- 
me Morel.  D'ailleurs  ,  il  eft  très-faux 
que  Guillaume  Morel  ait  été  ProfefTeur 
Royal.  Il  n'y  a  û  de  ProfefTeur  Royal  du 
nom  de  Morel  que  Frédéric  Morel  l'an- 
cien ,  &  fon  fils  Frédéric  Morel.  Le- 
quel Frédéric  Morel  l'ancien  ,  pour  le 
marquer  en  partant ,  étoit  gendre  de  Vas- 
cofjn.  Et  Frédéric  Morel  le  fils,  pour  le 
marquer  anfTi  en  paffant,avoit  époufé  lfa- 
belle  du  Chefne,  fille  de  Léger  du  Ches- 
ne  dit  en  Latin  Leoicgarius  à  Quercu, 
Mr.Baillet,  pour  la  confirmation  de  fon 
opinion ,  nous  renvoyé  à  la  Bibliothèque 
de  la  Croix  du  Maine,  page  151.  Et 
pour  la  confirmation  de  la  mienne,  je  le 
renvoyé  au  Catalogue  de  du  Val  des  Pro» 
fefïeurs  du  Roi,  où  Guillaume  Morel  ne 
fe  trouve  point.  Mais  la  Cioix  du  Mai- 
ne ne  dit  point,  comme  Mr.  Baillet  lui 
fait  dire  ,  que  Guillaume  Morel  ait  été 
Fror'efleur  du  Roi.  Voici  fes  termes: 
K  6  Guil- 


22S       AnTi-Bàillet.  P.  I. 
Guillaume   Morel,    natif  de  U 

fille  du  Tailleul  en  Normandie  ,  homme 
doéîe  es  Langues:  &  en  Grec  principale- 
ment. Il  a  compofé  en  Grec ,  Latin  & 
François  un  fort  pénible  çjT  laborieux  Die 
thonnaite,  imprimé  par  lui-même  a  diver- 
fes  fois  :  &  depuis  à  Lyon  :  &  en  autres 
lieux. 

J'apprendrai  ici  à  Mr  Bailler  plufieurs 
particularité?  de  ce  Guillaume  Morel. 

Il  n'y  a  point  de  Ville  en  Normandie 
du  nom  de  'Teille ni  ou  Tilleul.  Mais  il  y 
a  trois  Bourgs  de  ce  nom.  Celui  d'où 
étoit  Guillaume  Morel  eft  celui  qui  eft 
dans  le  Comté  de  Mortain.  J'ai  appris 
cette  particularté  de  Mr.  Bigot  :  duquel 
j'ai  appris  auffi  qu'il  y  a  encore  dans  ce 
Bourg  plufieurs  perfonnes  du  nom  de  Mo- 
rel.  Et  Mr.  Bigot  a  appris  ces  particula- 
rités de  l'Hîftoire  manuferite  du  Comté 
de  Mortain  de  Mr.  de  S.  Jean,  Gentil- 
homme Normand. 

En  f  5-44.  Guillaume  Morel  étoit  Cor- 
recteur d'Imprimerie  à  Paris ,  chez  Louïs 
Tiletan  :  comme  je  l'apprens  d'une  de  Tes 
Lettres  Latines,  par  laquelle  il  dédie  fou 
Commentaire  fur  les  Livres  de  Finibus  de 
Cicéron  à  Jaque  Spifame,  alors  Chance- 
lier de  l' Université  de  Paris,  &  depuis  B- 
vêque  deNevers:  qui  eft  cet  Evêque  de 
Nevers  qui  fe  fit  Huguenot,  &  qui,  fé- 
lon quelques-uns ,  a  donné  lieu  au  pro- 
verbe Devenr  dy Evêque  Meunier  :  ce  que 
j'examinerai  dans  mes  Façons  de  parler 
proverbiales  de  la  Langue Françoife.  Voi- 
ci l'endroit  de  cette  Lettre  où  il  eft  fait 

men- 


Anti-Baillet.  P.  I.      229 

mention  de  cet  emploi  de  Guillaume  Mo- 
rel  :  Ergo ,  utjam  videbar  Gracorum  ins- 
titutiombus  nonnihil  injlruélior  ,  corrigen- 
dis  Chalcographortim  exemplaribus  à  Joan- 
ne  T:letano  ,  Librario  dilige?tîi(Jimo ,  tum 
demum  prœficior  :  naclus  equidem  Spartam 
quam  or»  ire  pro  d.gnitate  ne  doélrma  qu'i- 
dem plufquàm  med.ocri  prœdttus poj/it.    Ce 
Commentaire  fut  imprimé  à  Paris  in-4.  en 
15-45-.  chez  Louïs  Tiletan,  demeurant  vis- 
à-vis  le  Collège  de  Reims.    C'eft  le  pre- 
mier Ouvrage  de  Guillaume  Morel  :  com- 
me il  témoigne  lui-même  dans  fa  Lettre  à 
Spifame.    Pro  tua  igitur  in  omnes  bonarum 
literarum  candidatos  benevolentia,has  meo- 
rum  Jîudiorum  primitias ,  vel  pottùs  tene- 
ros  flores  ,  ac  primos  conatus ,  fufeipe.     Il 
eft  dit  dans  le  Pithœana,  que  cet  Ouvra- 
ge étoit  de  Turnebe:  ce  qui  n'eft  pas  vrai- 
semblable.   Guillaume  More!  donna  en- 
fuite  £1  Table  des  Sectes  des  Philofophes, 
intitulée  Tabula  Compendiofa  de  Origine , 
fucceffione ,  atate ,  veterwm  Philofophorum, 
ex  Plutarcho  ,  Laërtio  ,  &c.  collecla  à  GuiU 
lelmo  Morelio  Tiliano  :  imprimée  première- 
ment à  Paris  in-4.  &  après,  à  Balle  en  1 5-80. 
in  octavo.    Et  il  donna  enfuite  (on  Dic- 
tionnaire, intitulé,  Thefaurus  vocum  om- 
nium Latinarum,  or  aine  alphabetico  diges- 
tarum  ,    quibus  Graae   &  Latin*  refpon- 
dent.     Ce  titre  de  Trefor;  comme  ces  au- 
tres, Tréfor  de  la  Langue  Latine,  'Trefor 
de  la  Langue  Grecque  des  Etiennes,  me 
font  fouvenir  de  ce  mot  de  Domitius  Pi- 
fo  de  la  Préface  de  Pline,  Thefauros  opor- 
tet  ej/ei  non  libros,    Il   eft  à  remarquer 
K  7  que 


230      Anti-  Baille  t.  P.  I. 

que  dans  le  Dictionnaire  de  Guillaume 
Morel  il  y  a  un  nombre  infini  de  paffages 
des  Géoponiques,  de  la  verfion  en  Grec 
du  Livre  de  Ciceron  de  Seneélute  par  Ga- 
2a,  &  de  celle  du  S  omnium  Scipionls  de 
Ciceron,  &  des  Métamorphofes  d'Ovide, 
par  Planudes.  Lefquelles  veriions  de  Pla- 
nudes,  qui  n'ont  point  encore  été  impri- 
mées ,  font  dans  la  Bibliothèque  du  Roi 
(i).  Ce  Dictionnaire  fut  imprimé  la  pre- 
mière rois  en  15-60.  à  Paris  chez  l'Auteur. 
Il  fut  imprimé  enfuîte  à  Genève  en  1608. 
chez  Pierre  de  la  Roviere  avec  quelques 
Additions  d'un  Anonyme ;&  enfuîte  à  Pa- 
ris en  1662.  chez  Savinien  Pigoruiu. 

Guillaume  Morel  au  refte  n'imprimoît 
pas  moins  bien  en  Grec  &  en  Latin,  ni 
moins  correctement,  que  Robert  Etien- 
ne, le  plus  excellent  &  le  plus  lavant  Im- 
primeur de  France.  Et  cependant  il  mou- 
rut ruiné  :  comme  nous  l'apprenons  de 
Turnébe  dans  fon  Epître  Dédicatoire  de 
S.  Cyprien  à  Charle  IX.  imprimé  à  Paris 
par  Guillaume  Des-Bois  in-folio  en  1  564. 
&  de  Lambin  dans  fa  Préface  fur  Démos- 
thene,  achevé  d'imprimer  à  Paris  in-folio 
en  1570.  par  JeanBienné. 

Voici  les  paroles  de  Turnébe:  y am  fé- 
liciter Dionyfîum  (c'eft  Denis  l'Aréopagi- 
te)  (2)  ejufque  Interprétera  &  Para':?hras- 
tem  edtderat  Guiilelmus  More U us  :  Cyrilli 

Ca- 

%  ï.  Des  deux  rerfions  ici  mentionnées,  l'une 
du  S°mn>uvn  Scifitnîi  de  C'ceron  uarPlanudes ,  l'au- 
tre des  Métamorphofes  d'Ovide  par  le  même,  j'a- 
touç  que  la  deiûiejç  a' a  point  caçoie  «tç  imprima 

mai» 


Antj-Baillkt.  P.  I.       231 

Catechefts  ad  umbilicum  perduxertt  :  Cy- 
prianum  multis  undtque  conquifitis  CfT  W" 
rogatts  exemvlaribus ,  libris  ettam  auélum  ; 
propè  abfolverat  ;  cirm  repente  horum  Ane* 
torum  editioni  immortuus  ,  familiam  <ere 
alieno  coopertam  ;  ux'/rem  •rbam  ,  liberos 
inêpes  ,  reliquit.  h  nunc  pro  fua  familta 
Cyprianum,  Rex  Chriftiantjfime ,  ablegat: 
qaem  in  tuo  nornine  apparere  volui  :  per 
eumque  te  jupplex  orat  &  obfecrat  ,fuorum 
nt  t:';erorum  foïitndinis  C55  tnopice  miferea- 
ris  :  aliquidque  elargtaris ,  ad  ces  alienum , 
non  nequitiâ,  fed  jludio  bene  merendi  con- 
tradum ,  luendum  atome  dijjolvendum.  E- 
rant  et  annua  k  pâtre  tuo ,  duguftijfimo  Re- 
ge  ,  Errico ,  confîituta  ;  fed  hifee  proximis 
annis  communium  temporum  iniquitas  £«f 
angu/liœ  ccrarii  non  permijerunt  ut  Ma  li» 
beralitate  frueretur. 

Voici  celles  de  Lambin:  C km  f cirent 
omneshomines  qui  Ut er arum  Gracarnm  flu~ 
dio  deleâantur ,  Demofthenem  à  Guiilelme 
Morelio,  T\pographo  Rcgio ,  viro  expe- 
riente  ac  flrenuo  ;  C55  qttamquam  mn  admo- 
dum  locuplete ,  magnts  tarsien  &  multis  ar- 
tis  Typographies  facultatibus  atque  ad^u- 
mentis  ornato  ;  annis  ab  hinc  circiter  duo- 
detim,  temporibus  Reipublica  etiam  tura 
trancfuitlis  &  pacatis  ,  cœptum  excudi^ 
&c.  Guillelmus  Morelius  annis  aïiquvt  an- 
tequam  Demoflbenis  editionem  fnfeiperet , 

duo 


niais  la  première  l'a  été  à  Venife,  \  Lyon,  8c  à\ 
Strasbourg 

f  z   il  faloic  due:  c'c&JDenys,  le  prétendu  A* 
léopagitc, 


232       Anti-Baillet.  P.  I. 

duo  exempta  ,  unum  Aidinum  Venetiis,  ai' 
terum  Germanicum  Bafilex  imprejjum, 
cum  ocio  vetuflis  Codicibus  manufcriptts  ex 
Bibliotheca  Regia  depromptis ,  diligeniijjï" 
mè  contuierat. 

Guillaume  Mord  mourut  en  IJ64.  & 
lors  qu'il  mourut,  fon  Edition  de  Dé- 
moithene  en  étoit  à  POraifon  de  maie  obi- 
ta  tegatione'.  vers  le  milieu  des  Oeuvres 
de  Démofthene.  Jean  Bienné,  totius  Ins- 
trument} Typographie:  fuccejfor ,  matrimo- 
nio  cum  Vidua  contraélo,  entreprit  d'ache- 
ver l'Ouvrage:  priant  Lambin  de  lui  ai- 
der. Lambin  lui  aida  :  &  Jean  Bienné  a- 
cheva  cet  Ouvrage.  C'eft  ce  que  nous 
avons  appris  de  Lambin  au  lieu  allégué. 

Mr.  Caille  (1),  dans  fon  Hiftoire  Ma- 
nuferite  des  Libraires  &  des  Imprimeurs 
de  Paris  ,  a  fait  mention  de  plufieurs 
de  fes  Ouvrages  dont  nous  n'avons  point 
parlé. 

Etienne  Prévofteau,  Imprimeur  de  Pa- 
ris, a  pris  dans  quelques  Livres  qu'il  a 
imprimez  la  qualité  d'héritier  de  Guillau- 
me Morel  :  ce  qui  donne  fujet  de  croiie 
qu'il  étoit  fon  gendre. 

LXIX. 

De  Robert  Etienne,   Imprimeur  du  Roi, 
Ê5T  de  Jean  Tb;erri%  de  Beauvoijis. 

RObert  Etienne  étoit  fils  de  Henri  E- 
tienne,  premier  du  nom,  Imprimeur 

de 

%  t.  M,  4e  la  Caille, 


Anti-Baillet.  P.  I.       233 

de  Paris.  Il  fit  fon  aprentiffage  fous  Si- 
mon Colinet,  ou  de  Colines,  qui  étoit 
fon  beau-pere:  car  Simon  Colinet,  on  de 
Colines  ,  après  la  mort  de  ce  Henri  E- 
tienne ,  époufa  fa  veuve.  Rob.  rt  Etienne  a 
été  fans  conteitation  le  plus  fu\ant  Impri- 
meur du  monde.  Il  favoit  parfaitement 
le  Grec,  comme  le  témoigne  la  Préface 
Gréque  qu'il  a  mife  devant  fon  Nouveau 
Teftament  Grec.  11  favoit  de  même  le 
Latin  ,  comme  le  témoigne  fon  Tréfor 
de  la  Langue  Latine.  Et  il  n'etoit  pas 
ignorant  de  l'Ebreu;  comme  le  témoi- 
gnent les  Livres  Ebreux  qu'il  a  imprimez. 
Et  il  favoit  auffi  fort  bien  le  François  ;  com- 
me le  témoigne  fa  Grammaire  Françoife. 
Il  ne  faut  pas  oublier  ici  les  Eloges  que 
lui  donne  Paul  Manuce  ;  Mr.  Janrfbn 
d'Almelovéen,  ni  Mr.  Baillet, n'en  ayant 
point  fait  de  mention.  Les  voici  :  Ro- 
bertus  Stepbarius ,  Parifienfis  :  quo  ego  fc 
cundùm  paire  m  meum ,  in  emendandis  at- 
que  edendit  z'eterum  fcriptis  ,  neminem 
feijfe  aut  ejfe  arbitrer  diligentiorem.  C'ett 
fur  l'Epitre  19.  du  Livre  XV.  des  Epîtres 
de  Ciceron  &  fur  l'Epitre  14.  du  Livre 
XII.  Robert  us  Stevhanus  ,  'Typograpïus 
Pari  fie?? fis  diligewùjfimus. 

Mr.  Baillet  a  écrit  qu'il  faifoit  mettre 
fur  les  Quais,  fur  les  Ponts,  &  dans  les 
Places  publiques  de  Paris  les  Livres  qu'il 
imprimoit,  avec  des  affiches  par  lefquel- 
les  il  prioit  tout  le  monde  de  les  vouloir 
lire  &  de  les  corriger  ;  promettant  de 
roifes  fommes  d'argent  pour  récompen- 
ser la  peine  de  ceux  qui  y  remarquèrent 

des 


i 


234       Anti-Baillet.  P.  I. 

des  fautes.  Cela  n'eft  pas  véritable.  Il 
expofoit  fur  la  boutique  fes  feuilles  impri- 
mées &  non  tirées,  &  il  promettoit  des 
fols  &  des  doubles  à  ceux  qui  y  trouve- 
roient  des  fautes. 

-Mais  ce  que  Mr.  Baillet  a  dit  que  Ro- 
bert Etienne  avouoit  ingénument  qu'il  n'y 
avoit  dans  fon  Tréfor  de  la  Langue  La- 
tine que  le  travail  &  rinduftrie  qui  fu fient 
de  lui,  eft  véritable.  Il  fut  aidé  dans  cet 
Ouvrage  ,  premièrement  par  Budée,  par 
Baïf,  &  par  Tuian,  comme  il  le  témoi- 
gne dans  la  Préface  de  fa  première  Edi- 
tion ;  qui  eft  je  croi  celle  de  1 5*36.  (1).  Et 
il  fut  aidé  enfuite  dans  ce  même  Ouvrage 
par  Jean  Thierri,  de  Beauvoifîs  :  comme 
il  témoigne  dans  fa  Préface  de  l'édition  de 
15-43.    On  a  omis  ces  Préfaces  dans  la 

der- 

H  r.  Je  tranfcrïrai  ici  le  commencement  de  deux 
Lettres  de  M.  Bigot,  desquelles  M-  Menace,  à  qui 
elles  font  écrites,  n'a  pas  tu  faire  fon  profit.  L'une 
éft  du  3.  Janvier  1689.  l'autre  du  15.  fuivant.  Voi- 
ci le  commencement  de  Ja  première. 

Il  faut,  Monlieur,  que  je  vous  falTe  part  du  pré- 
fent  que  je  me  fuis  fait  pour  mes  etiénes.  Je  me 
fuis  donne  la  r.  édition  du  Thefiuttus  LinytA  Latin* 
de  Robert  Etienne  en  2.  vol  in  fol.  faite  en  içji. 
Il  eft  vrai  que  dans  le  frontifpice  il  n'a  mis  que 
Di&ionsr$*rm  ,  feu  Laùna  Lingua  Tbef-mrus.  Ce  fu- 
ient fes  amis  qui  lui  concilièrent  d'ajouter  Tbefax- 
r»s  à  Diclionttrium.  Il  le  dit  en  ces  mots:  Ob  iw 
tam  formuUrv.m  Latine  loqutndi  ropiam,  &  varietéttem, 
ntn  nb  re  doclijpmis  quibjh"dam  placutt  bec  noftrnm  opus 
appellare  Latinx.  Linitt*  Thejkmrum,  qnajî  Latini  ferrn,i- 
nis  cjiioddam  prompxuariv.m.  Il  marque  qu'il  fut  deux 
ans  entiers  à  le  compofer,  5c  qu'il  y  travailloit  jour 
&  nuitj  qu'il  conlultoit  les  gens  favans  Quoties 
tsto  mihi  eppido  curjïtandum  fuit ,  ut  ex  dtffiffimis  viris 
modo  banc ,   modo  illwn  de  dvbiis  fubinde  con'v.lerern.      Il 

afluic  qu'il  n'y  a  pas  un  mot  dans  ce  Trcfor,  qu'il 

n'ait 


Anti-Baille  t.  P.  I.  235* 
dernière  édition:  qui  e(t  de  Lyon,  en 
1573.  en  quoi  on  a  û  tort. 

Ce  Jean  Thierri ,  pour  le  marquer  ici 
par  occafion  ,  a  revu  &  corrigé  la  premiè- 
re édition  des  Annotations  de  Budée  fur 
les  Pandeétes  ,  faite  par  Robert  Etienne 
(2)  :  &  ayant  fait  r'imprimer  ces  Annota- 
tions par  Vafcoflm,  il  les  dédia  à  Gilles 
le  Maître,  premier  Prérident  du  Parle- 
ment de  Paris.  Il  a  auîïi  revu  &  corrige 
la  Traduction  Françoife  de  Columelle, 
faite  par  Claude  Cotereau  ,  Chanoine 
de  Paris ,  Auteur  du  Livre  de  Jure  & 
Privilegiis  MMitum.  Cette  Traduction 
revue  par  Jean  Thierri  a  été  imprimée  à 
Paris  in  4.  en  1577.  chez  Jaques  Kerver, 
où  ce  Jean  Thierri,  enfuite  de  fon  Avis 
au  Lecteur, a  mis  ce  di (tique  au  Lecteur, 

F#r- 

n'ait  écrit  de  fa  propre  main. 

Voici  le  commencement  de  la  2.  Lettre. 

Si  j'eufle  cru ,  Moiifieur,  que  vous  euffiez  voula 
faire  une  addition  à  votre  Anci  -Bailler  de  ce  que  je 
vous  ai  mandé  touchant  la  première  édition  du 
Tbtfimrm  L'ngu*  Latin*  de  Robert  Etienne,  je  vous 
aurois  marqué  que  dans  la  Préface  il  dit  que  plu- 
lleuis  de  fes  amis  le  prefloienr  de  rimprimer  le  Ca- 
lepin. Ou'il  s'en  exculoit  difant  qu'il  y  avoit  trop 
de  fautes  à  corriger,  quantité  de  mots  qui  n'é- 
toient  pas  de  bon  Latin  ,  quantité  d'autontez  pri- 
ses d'Auteurs  du  moyen  âge.  Il  aima  mieux  faire 
un  Dictionnaire  nouveau,  que  de  corriger  le  Ca- 
lepin. 

«S  2.  M.  Ménage  veut-il  dire  que  Robert  Etien- 
ne eft  le  premier  qui  ait  imprimé  ces  Annotations 
fur  les  Pandeftes?  Cela  ne  fcroit  pas  vrai,  JoiTe 
B*dius  les  avoit  imprimées  auparavant?  Veut  il 
nous  donner  à  entendre  que  Robert  fc tienne  a  fait 
plus  d'une  édition  de  ces  Annotations 2  Cela  nefe- 
roit  pas  vrai  non  plus,  il  ne  les  a  imprimées  qu'u- 
ne fois. 


236      Anti-Baillet.  P.  I. 

Verterat  hue  olim  Coter&us ,  at  omnia  muli\ 
Integr'ura  tibi ,  Leclor  amice ,  damus. 

Et  il  dit  à  la  page  567.  qu'il  a  mis  dans 
le  Tréfor  de  la  Langue  Latine,  &  dans 
le  Didionarïum  Latmo-Gallicum  des  e- 
xemples  de  mufteus,  de  liber  ^  de  ca/eus, 
&  de  fruélus. 

Jean  le  Frère  de  Laval,  fit  imprimer 
in-folio  à  Paris  en  155-2.  chez  Nicolas 
Chefnau  un  Dictionnaire  François- La- 
tin, corrigé  &  augmenté  par  Maître  Jean 
Thierri. 

Robert  Etienne  demeuroit  à  Paris  dans 
la  rue  de  St.  Jean  de  Beauvais ,  à  l'enfei- 
gne  de  l'Olivier,  vis-à-vis  les  Ecoles  de 
Droit  Canon  :  où  la  Reine  Marguerite  de 
Navarre,  foeur  de  François  I.  &  femme 
de  Henri  d'Albret  Roi  de  Navarre ,  Ta  vi- 
fïté  plus  d'une  fois  (1). 

On  a  omis  dans  le  Catalogue  des  Li- 
vres qu'il  a  imprimez,  les  années  dans 
lefquelles  ces  Livres  ont  été  imprimez: 
ce  qui  n'eft  pas  une  petite  négligence. 

Je  reviens  à  Robert  Etienne.  Je  viens 
d'apprendre  que  la  première  Edition  de 
fon  Tréfor  eft  de  1531.  &  non  pas  de 
1 5*36.  comme  je  le  croyois  :  &  qu'elle  a 
pour  titre  Diclionar'mm  feu  Latinœ  Lin- 
guee  Thefaurus,  Et  j'apprens  de  la  Préfa- 
ce, 

%  x.  Cette  remarque  e'toit  allez  curieufe  pour 
mérter  d'être  appuiee  d'une  citation.  Je  fouhai- 
terois  aufïî  que  Daniel  Heinfius  nous  eût  appris 
d'où  il  tenoit  ce  qu'il  a  écrit  dans  fa  Lettre  à  Pri- 
snerius ,  que  Fxançois  I.  alloit  de  tems  en  tems  voit 


Amti-B  ail  le  t.  P.  I.       237 

ce,  que  ce  turent  fes  amis  qui  l'obligèrent 
à  lui  donner  le  titre  de  Tréfir  de  la  Lan- 
gue Latine.  Ob  tantam  formularum  Lati- 
ne luquendi  copiam  cfT"  varietatem ,  non  als 
re  doéiijfimis  quibufdam  placuit  hoc  nofîrum 
opus  appellare  Latinae  Linguae  Thefaurum: 
quafi  Laîtn't  fermonis  qw.ddam  prompt  ua- 
rïum.  Il  dit  dans  cette  Préface,  qu'il  fut 
deux  an  s. à  compofer  cet  Ouvrage;  qu'il  y 
travailloit  jour  &  nuit,  qu'il  coniultoit 
fur  fes  doutes  les  gens  favans  ;  &  qu'il 
n'y  a  pas  un  mot  qu'il  n'ait  écrit  de  fa 
main. 

LXX. 

Meprifes  de  Mr.  Bat  II  et  touchant  les  Noms 
de  famille  des  Auteurs. 

MOniù  ur  B  a  1  l  l  e  t  n'eft  pas  mieux 
informé  des  Noms  de  famille  des 
Auteurs  que  de  leurs  Noms  de  batême, 
de  leur  patrie,  &  de  leur  profefïîon. 

Au  lieu  de /^r^^  il  dit  toujours  Ran- 
et.     Voyez  à  la  page  342.  du  premier 
Tome. 

Il  dît  aulîi  toujours  Carpantïer ,  au  lieu 
de  Charpantier ,  en  parlant  de  Jaque  Oar- 
pantïer  ,  Médecin  de  Paris  &  ProfeïTeur 
du  Roi  :  voyez  aux  pages  63.  64.  &  35-4.  du 

Tome 

Robert  Etienne,  qui,  lors   qu'il  e'roit  occupé  à  la 
:  on  de  *cs  épreuves,  ne  faifoit  nulle  difficul- 
té de  prier  le  ELoi  d'artendre  un  peu.     f- 

."/'.•/.'.  fe ,    èr  au. 

vacarct,   cy.d    icr;  m    tjmé  turn    edebniitm  emtndatiomùfiJ 

nîcntut  ejfct ,  f>aulnm  txpeCltre  jttJUm, 
i 


238  A  N  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.    P.  I. 

Tome  premier*:  ce  qui  fait  voir  qu'il  ne 
le  connoît  que  par  les  Eloges  Latins 
qu'on  a  faits  de  lui,  où  il  cil  appelé  Car- 
pentarius. 

A  la  page  101.  du  Tome  2.  partie  2.  il 
traduit  Elias  Vinitus  par  Elle  V*~ 
nette.  Il  l'appelé  encore  de  même  à  la  pa- 
ge 384.  du  Tome  3.  Partie  2.  Ce  célèbre 
Profelfeur  de  Bourdeaux  s'appeloit  Vinet, 
C'ell  ainfi  qu'il  ell  appelé  dans  fon  Livre, 
intitulé  Recherche  de  la  plus  ancienne  mé- 
moire de  Saintes ,  imprimé  à  Bourdeaux  en 
1584.  par  Simon  Millanges.  Et  dans  le 
Supplément  de  la  Chronique  Bourdeloife 
en  l'an  1587.  Les  Livres  de  la  Bibliotké- 
ue  de  Mr Minet  furent  achetez,  par  laVil- 
e  ,  &c.  ScCvole  de  Sainte  Marthe  dit 
qu'il  étoit  du  Village  de  Vinct  dans  la 
Saintonge:  E  Vinetorum  pago  apud  Sanc- 
tones ,  in  agro  Barbezienfi  :  ce  qui  donne 
fujet  de  croire  qu'il  avoit  été  appelé  Vinet 
de  ce  Village. 

A  la  page  138.  de  la  fegonde  partie  du 
fegondTome,  en  parlant  de  Ramirés  de 
Prado,  Auteur  Efpagnol,  Commentateur 
de  Martial,  il  l'appelé  Ramirés  del  tra- 
to  f  :  &  à  la  page  237.  du  même  Tome 
il  l'appelé  del  Prado  Ramirés.  Ce  qui 
fait  voir  qu'il  ne  fait  point  la  Langue 
Efpagnole,  quoi  qu'il  fe  pique  de  la-fa- 
voir.  Ramirés  de  Prado ,  ell  une  famille 
noble  d'Efpagne. 

A 

*  [La  faute  ne  fubûfte  qu'à  la  page  3  54.  A  p  d,  de 
VEdit.  cf^mfr.] 
J  [Cette  famé  a  été  corrigée  A  d  ».  dt  CEd.  i'sAmjt.'] 


Anti-Baillet.  P.  I.       239 

A  la  page  127.  du  Tome  2.  partie  1.  il 
appelé  Foglieta  ,  Foillette.  Qucll'  igno- 
rance ! 

A  la  page  403.  du  fegond  Tome,  partie 
fegonde,  en  parlant  de  Michaël  Fayus, 
qui  a  donné  le  Manile  ad  ujum  Deljiniz 
c'eit  ainlî  qu'il  faut  dire,  &  non  pas  Del- 
phine; il  l'appelé  Mr.  de  la  Faye ,  au  lieu 
de  Mr.  du  Fay  (1). 

A  la  page  5-2.  de  fon  Catalogue  des  Im- 
primeurs, il  appelle  Chouet,  l'Imprimeur 
de  Genève  Choùet  ou  Chovet.  Un  auflj 
grand  Bibliothécaire  qu'eft  Mr.Baillet, ne 
devoit  pas  ignorer  le  nom  d'un  aufTï  célè- 
bre Imprimeur  qu'étoit  cet  Imprimeur.  Il 
y  a  encore  aujourd'hui  à  Genève  des  Im- 
primeurs de  ce  nom  ,  qui  ne  font  paj 
moins  célèbres  que  celui  dont  nous  par- 
lons. 

Il  appelé  de  même  Juuel  ou  Ivel,  Jean 
Ivel  Evêque  de  SaHsberi. 

A  la  page  309.  du  Tome  4.  partie  1.  au 
chapitre  de  Bncanan,  il  appelé  Brtand  de 
lai/aliéc  ce  Briandus  Vallias  Confeillerdu 
Parlement  de  Bourdeaux  ,  auquel  Bnca- 
nan a  adrefle  fon  Eiégîe,  intitulée  Pro- 
fana Apologia,  qui  commence  par  ce  dis- 
tique, 

PcJJe  put  et  quifquam  fieri ,  dettiffime  V  a  L  1 1, 
Infarnulas  Veneris  durus  ut  ejfe  queas* 

Et 

f  1.  Faure  reconnue  auparavant  &  corrigée  pat 
Baillet  p^.^oj.  duToiii.  2.  i  ait.  2. 


240      Anti-Baillet.  P.  ï. 
Et  fur  la  mort  duquel  il  a  fait  cette  Epi- 
gramme  : 

Dignus  erat  Pyîîo  canefcere  Vaîlius  ivo  : 
Hofpitefi  tanto  digna  fuijjeî  humus. 

Ergo/em,  quo  nil  metius  ,  nec  doclius ,  erbt 
Immenfo  vidit  Sol ,  Deus  a/ira  dédit. 

Il  s'appeloït  Briand  de  Vallée.  Celt 
aînfi  qu'il  eft  appelé  dans  les  Regîrres  de 
13-44.  du  Parlement  de  Paris,  à  l'endroit 
où  il  eft  parlé  des  CommïiTaires  députez 
du  Parlement  de  Bourdeaux ,  pour  alîis- 
ter  au  procès  du  Chancelier  Poyet.  Con- 
feillers  du  Parlement  de  Bourdeaux  :  Pier- 
re Boucher  ,  Briant  de  Vallée.  Et  dans 
la  Chronique  Bourdeloife  de  Gabriel  de 
Lurbe,  en  i$"39.  Briand  de  Vallée ,  Con- 
feiller  du  Roi  en  la  dite  Cour ,  de  rare  & 
exquis  J avoir,  inftitue  au  Collège  de  Guien- 
ne  une  Leçon  en 'Théologie  le  premier  Di- 
manche de  chaque  mois,  avec  penjion  an- 
nuelle :  laquelle  par  la  négligence ,  tant  des 
héritiers,  que  des  Magi/trats ,  ejfi  perdue. 
Et  c'eft  ce  Brianàus  Val  le  a  ,  Conleiller 
au  Parlement  de  Bourdeaux,  à  qui  Jules 
Scaliger  a  dédié  fon  Fragment  de  l'His- 
toire des  Animaux  (r)  d'Ariftote  appelé 
communément  le  dixième  Livre  de  l  His- 
toire 

%  t.  Jule  Scaliger  n'avoît  pas  feulement  dédié  à 
ce  Conleiller  ie  dizieme  Livre,  mais  tous  les  Li- 
vres de  l'Hiftoire  des  animaux  d'Aiiftore  traduits  en 
Latin  de  fa  façon,  &  enrichis  de  les  Commentai- 
res. Cela  paroit  tant  par  les  propres  mots  de  Syl- 
Yiu.3  Scaliger  produits  par  M.  Ménage,  que  par  l'E- 

pit*e 


Anti-Baillet.  F.  I.       241 

Poire  des  Animaux  d'Arijtùic.  Silvius  Cc- 
far  Scaliger,  [ils  de  Jules,  dans  fa  Préfa- 
ce imprimée  à  la  tete  de  ce  Fragment ,  a 
fait  mention  de  cette  dédicace, en  ces  ter- 
mes: Inter  cœtera  tpfius  opéra  (il  parle  de 
Jules  Scaliger  fon  père)  novem  ae  Htftoria 
an'imalïum  ,  quos  propediem  e  dit  un  fumus  , 
&  hune,  qui,  ut  api»or,  non  reftè  Deci- 
mus  wfçrtbitur,  à  fe  Latinos  facJos  ,  & 
Commentants  tlluflratos,  Briando  Vallcœ, 
Regio  in  Senatu  Burdigalenfi  Confiiiûrio , 
Vtro  nobili  &  erudito ,  die  avérât.  Jofeph 
Scaliger  ,  frère  puîné  de  Silvius  Célar 
Scaliger,a  fait  mention  d'un  Vallius  dans 
fon  premier  Scaligerana,  page  80.  en  ces 
termes:  Goveanus  in  Vallinm,  Senatorem 
Tolofanum  ; 

Dum  tonat,  in  cellas  propero  pede  Vallius 
imas 
Confugit:  in  cellis  non  putat  efle  Dcum. 

Vallius  refpondet: 

Antoni  Goveane  ,  tua  haec  Marrana  pro- 
pago 
In  caelo  &  cellis  non  putat  elle  Deum. 

Je  croi  que  ce  Vallius  eft  notre  Briand 

de 

pitre  de'dicatoire  de  Jule  qui  nous  refte  encore  par- 
mi fes  Lettres ,  Se  que  le  Prefident  Maufiac  a  fait 
imprimer  au  devant  de  ce  diziéme  Livre  de  L'His- 
toire des  animaux.  Outre  cette  Epitre  il  y  en  a  en- 
core trois  autres  Brmndo  Vttllcx  parmi  celles  de  Ju- 
le Scaliger. 

Tom.  FIL  Part.  I.  h 


242.        Anti-Baillet.  P.  I. 

de  Vallée  (1)  ,  &  que  Vertunien  Sr.  de 
Lavau  ,  Médecin  de  Poitiers ,  qui  a  re- 
cueilli ce  Scaligerana,  l'a  appelé  par  inad- 
vertance Confeiller  de  Touloufe  ,  au  lieu 
de  Conseiller  de  Bordeaux*  Et  ce  qui  me 
confirme  dans  cette  créance,  c'eît  ce  que 
m'a  écrit  depuis  peu  Mr.  Fermât,  Con- 
feiller  au  Parlement  de  Touloufe ,  que 
dans  la  Lifte  des  Confeillers  du  Parlement 
de  Touloufe,  il  n'y  en  a  point  du  nom 
de  Vallée,  ni  de  celui  de  la  Vallée ,  ni  de 
celui  de  du  Val.  Il  paroît  par  tous  ces 
pailages  que  nôtre Briant  de  Vallée,  Con- 
feiller  au  Parlement  de  Bordeaux  ,  étoit  un 
homme  illuftre,  &  ainfi  fon  nom  de  fa- 
mille n'a  pas  dû  être  ignoré  par  Mr.  Bail- 
]et.  J'oubliois  à  remarquer  ,  qu'il  étoit 
Sajntqngeois  :  ce  que  j'ai  appris  du  Livre 
de  Viris  illuftribus  Aquitaniœ  de  Gabriel  de 
Lurbe. 

LXXI. 

%  i.  C'eft  lui-même.  L'Epigramme  a  été  con- 
çue en  ces  termes  ,  ôc  avec  cette  Infcription  de 
Bnando  Vallio  ; 

Cnm  tonat ,  ad  cellas  trfpido  ]>ede  Vallîus  iutas 
Conft'.git ,  in  cellis  non  puiat  ejje  Deum. 

Elle  fe  lit  ainfi,  &  dans  les  Poëfies  de  Govean  im- 
primées chez  Gryphe  l'an  1J42.  &  dans  le  premier 
Tome  du  Recueil  fait  par  Léger  du  Chefne,  intitulé 
Tleres  Epigrammatum.  Elle  fe  lit  aufïi  avec  la  répon- 
ie,  pag.  t75.  des  Devifes  de  Paradin  augmentées 
par  F.  d'Amboife.  Voici  le  paifage  tout  au  long. 
Mais  je  recifrai  deux  vers  ej^ejit  Govean  Portugais  a- 
drejjans  à  un  Confeiller  de  Bourdeaux  nommé  Préjant  du 
Val  lefyueh  il  foi  bailla  en  forme  de  f  lacet, 

Cnm' 


Anti-Baillet.  P.  I.       243 
LXXI. 

Meprifes  de  Mr.  Baillet  touchant  le  te  mi 

de  la  naijfance  &  de  la  mort  de  quel' 

que  s  Auteurs  ^2). 

ÏL  dit  à  la. page  443.  Tome  4.  partie  2. 
que  je  fuis  né  vers  la  fin  du  Règne  de 
Henri   IV.  Henri  IV.  mourut  le   14.  du 
mois  de  Mai  de  l'année  1610   &  je  na- 
quis  le  23.  du  mois  d'Août   de  Tannée    Corrïg.  n 
161 3.     Mais  cette   faute  de   Mr.  Baillet  \l'^Z^l 
n'elt  pas  une  faute  d'ignorance:  c'ell  une  »*vol.  1.  ' 
faute  de  malignité.     Il  me  reproche  mon  pag.  322. 
â^e  en  plulieurs  endroits  de  fes  Ou  vraies.  Ed-dePa". 
Mais  plus  je  fuis  *ge,  &  plus  il  me  doit  * 

de  refpeér  :  Semper  in  civitate  xojira  je- 
tée ai  us  venerabills  fuit,  Namque  majores 
nojlri  pœnè  eundem  honorem  fenihus  quera 

Ma* 

Cum  tonat,  ad  cellas  céleri  pede  Vallitts  imas 
Confitgit.     In  ceUis  an  neget  ejje  Deiim? 

Auquel  ce  do&e  Sénateur  célébré  par  Bucanaa  fit 
cette  promte  reponfe  : 

^Antoni ,  gtnus  hoc  veftrum ,  Marrant  propag* 
Et  cœlo,  (?  cellis  abnegat  ejfe  Dettm. 

On  obfervera  ces  différentes  leçons,  &  j'ajouterai 
que  Rabelais  fait  honorable  mention  de  Briand  Ya- 
lee  (Vert  ainfi  qu'il  le  nomme)  en  deux  endro-tsde 
fes  Oeuvres,  favoir  livre  4..  chap.  37.  où  il  le  quali- 
fie rréhdent  ,  c<  1  2.  c.  10.  où  il  l'appelle  liaipie- 
ment  du  Douhet,  du  nom  apparemment  d'une  cet- 
te dont  il  étoit  Seigneur. 

^|  z    Baillet   avoit  déjà    reconnu,  &  çonigé  de, 
lui-même  la  plupart  de  ces  meprifes^ 
L  1 


-344  Anti-Baillet.  P.  1. 
magiftratibus  iribuebant,  dit  Calliflratelc 
Jurilconlulte  en  la  Loi  cinquième  au  Di- 
gelle  de  Jure  immunïtatïs.  Remarquez 
que  je  fuis  le  feul  de  tous  les  Auteurs  s'y- 
vans ,  dont  Mr.  Baillet  a  marqué  la  nais- 
fance,  ce  qui  ne  permet  pas  de  douter  qu'il 
n'ait  marqué  par  malignité  ce  qu'il  a  écrit 
ici  de  mon  âge. 

Il  dit  à  la  page  234.  du  4.  Tome  Part.  1., 
que  Jofeph  Scaliger  mourut  en  1606.  *  Il 
mourut  en  1609. 

Il  dit  à  la  page  -215".  du  Tome  4.  partie 
2.  que  Mr  de  Balzac  mourut  en  165-7.  |  Il 
mourut  en  165-4. 

Il  dit  à  la  page  271.  Tome  2.  Part.  2. 
que  le  Père  Sirmond  mourut  en  165*1. 
&  p.  275".  (0  le  Père  Petau  en  165-3.  ^e 
Ptre  Petau  mourut  l'onzième  Décembre 
en  J65-2.  &  le  Père  Sirmond  en  165*1.  le 
7.  Octobre, 
voyez  la  II  dit  à  la  page  247.  du  2.  Tome,  par- 
Note  .  de  tie  1.  que  Bellarmin  mourut  en  1622.  il 
mourut  en  1621. 

Il 


M.  ^e  U 

Monnoye 

P.    2  4,6. 

347- 


**■  [Cette  famé  &  la  fuivanfe  font  corrigées  dans 
les  endroits  citez.  Add.  de  /' Ed.  tC^Amiî.] 

t  [Cette  faute  eft  corrige'e.  A.DV.de  fEd.  dy^4mft.] 
%  I.  Ou  il  y  a  ici  faute  d'impreflion  ou  M.  Mé- 
nage s'eft  mépris  Baillet  dans  l'endroit  cite  &  ail- 
leurs met  en  1652.  la  mort  du  P.  Sirmond  qui  cer- 
tainement mourut  le  7.  Octobre  iôsr.  Ainfi  M. 
Ménage  au  lieu  de  le  reprendre  d'avoir  marqué  cet- 
te mort  en  1651.  devoit  au  contraire  le  reprendre 
de  ne  l'y  avoir  pas  marqué.  Ce  qu'il  y  a  de  plai- 
fant  c'elt  que  Baillet  ayant  eu  communication  du 
manuferit  de  M.  Ménage  a  cru  avoir  fait  la  faute 
dont  ceiui-ci  le  reprend,  5c  s'aceufant  d'avoir  mis 
JamoK  du  P.  Siimoud  en  16$  u  déclare  qu'il  auroit 

dû 


Anti-Baillet.  P.  f.      24? 

II  dît  à  la  page  203.  Tome  2.  partie  r. 
que  Jonfius,  Auteur  de  l'Hiltoire  Philo- 
fophique,  eil  mort  depuis  peu.  Il  mou-rut 
en   165-9.  Voyez  ci  deifùs  chapitre  22. 

Il  dit  à  la  page  281.  Tome  2.  Part.  2. 
que  Daniel  Hein  fi  US  mourut  en  165-3.  ^ 
mourut  en  165-5- 

Il  dit  à  la  page  160.  du  Tome  2.  partie 
r.  qu'Aubert  le  Mire  mourut  en  1659.  Il 
mourut  en  1640. 

11  dit  à  la  page  221.  Tome  4.  partie  î. 
que  Jean  de  la  Cale  Archevêque  de  Be- 
nevent  (2)  mourut  en  1 5"5"6.  Il  mourut 
en  1579.  comme  l'a  très  -  véritablement 
remarqué  Ferdinandus  Ughellus  dans  fon 
liai  m  Sacra, au.  Cnapitre  des  Archevêques 
de  Binèrent. 

Il  dit  à  la  page  72.  du  Tome  4.  partie  2. 
que  le  Chiabréra  mourut  le  14.  Octobre 
1638.  âgé  de  86  ans.  L'Imprimeur  de 
fes  Poèmes  Héroïques  pofthumes  le  fait 
mourir  la  même  année  dans  la  87.  année 
de  fon  âge; 

11 

dû  la  mettre  en  ieïjz.  Erreur  d'autant  plus  ridicule 
quepa^.  137. du  tom.  6.  part  2  de  les  ^nti,  nefe  iou- 
venaut  plus  de  fa  rétractation  publiée  3.  ans  aupara- 
vant il  dit  que  le  P  Sirmond  mourut  le  7.  O&ebre 
lôji.en  quoiU  a  raifon  &  le  contrediten  même  tems. 
51  2.  Je  croirois  plutôt  qu'il  y  auroit  faute  dans 
Ughellus,  foit  de  1' Auteur,  fo.t  de  l'Imprimeur  qui 
auroit  fait  du  6.  un  9  en  lé  renvertant.  Ces  termes 
d'une  Lettre  d' Al  foule  Cambi  au  Commandeur  An- 
nibal  Caro  datée  de  N^ples  le  8.  de  Décembre  155*. 
marquent  clairement  que  le  Cafa  n'etoit  plus  alors 
en  Vie:  Poube  cred»  cbe  bavuto  bâbbidte  J'opra  co  fjn 
},Unr<[nore,  (cbe  fi*  in  gloria)  il  parle  du  Cafa,  altw* 
r^ionArncni9% 

L  3 


246       Anti-Baillet.  P.  I. 

Il  dit  à  la  page  248.  du  Tome  4,  partie 
i.que  Joachin  du  Bellay  mourut  le  pre- 
mier Janvier  1560.  âgé  de  35.  ans  :  ce 
qu'il  a  pris  de  Scévole  de  Ste.  Marthe.  Le 
Préiident  de  Thou  a  écrit  qu'il  mourut 
ce  jour-la,  mais  dans  la  37.  année  de  fon 
âge;  c'eft  au  Livre  26.  de  fon  Hiltoire, 
&  Belleau  a  écrit  qu'il  mourut  le  1.  jour 
de  l'an  15-5-9.  C'eft  dans  fon  Obfervation 
fur  le  V.  Sonnet  du  ftgond  Livre  des 
Amours  de  Ronfard.  Mais  la  Croix  du 
Maine  dit  qu'il  mourut  le  premier  de  l'an, 
en  Janvier  1 55-9.  ou  félon  aucuns,  1560. 
Il  eft  confiant  qu'il  mourut  la  nuit  du  pre- 
mier Janvier  ISS9-  C'eft  ce  que  j'ai  appris 
des  Regîtres  de  PEglife  de  Nôtre  Dame 
de  Paris:  dans  laquelle  Eglife  il  eit  enter- 
ré en  la  Chapelle  de  Saint  Crifpin  &  de 
Saint  Crifpinien  (1),  du  côté  droit  du 
Chœur ,  proche  le  Tombeau  de  Louis 
du  Bellay  ,  Chanoine  &  Archidiacre  de 
Paris,  Mais  en  îy^o.  Tannée  ne  corn- 
menço't  pas  encore  en  Janvier:  elle  com- 
mençoit  à  Pâques.  L'Ordonnance  de 
Charles  IX.  qui  porte  qu'elle  commence- 
ra en  Janvier,  elt  de  1563.  mais  elle  ne 
fut  obfervée  au  Parlement  de  Paris  que  le 
I.  Janvier  1  567.  félon  la  réformation.  Et 
c'eft  ce  qui  a  fait  cette  diverfité  touchant 
le  jour  de  la  mort  de  Joachim  du  Bellay. 
Scévole  de  Sainte  Marthe  &  le  Préfident 

de 


%  t.  11  me  fembie  qu'on  dît  S.  Crépin  ,  &  S. 
Crépinicn. 

f  2.  Bailler  déclare  lui-même  que  c'eft  contre 
l'opinion  commune  2c  fuivant  celle  de  la  Croix  du 

Mai- 


Anti-Baillet.  P.  I.  247 
de  Thou  ont  û  égard  à  la  façon  de  conter 
les  années  de  leur  tems. 

Il  dit  au  chapitre  de  Dorât;  qui  eft  le 
1337.  Tome  4.  Partie  1.  page  351  que  Do- 
rat  mourut  âgé  feulement  de  71.  ans  contre 
l'opinion  commune  qui  lui  a  donné  jus- 
ques  ici  plus  de  So.  ans  (2).  Cela  n'eft 
pas  véritable  à  l'âge  de  78.  il  fe  remaria 
en  fécondes  noces. 

Il  dit  au  Chapitre  du  Caporali  T.  4.  part. 
2  p  1 16.  que  le  Caporali  eft  mort  vers  la  fin 
du  Pontificat  d'Urbain  VIII.  ce  qui  n'eft 
pas  véritable  Car  Urbain  VIII.  ne  mon- 
ta fur  le  Siège  qu'au  mois  d'Août  de  l'an 
1623.  &  le  Caporali  étoit  mort  dès  l'an 
1601.  étant  né  Tannée  1 5-30-  Son  neveu 
Carlo  Caporali  en  eft  un  témoin  fidèle 
dans  les  notes  fur  les  Poe  fies  de  fon  on- 
cle .  mori  Panno  1 601 .  d\ta  71 .  in  C afllgllo- 
ne  ,(lando  apprejfo  il  Marche  Ce  AÇcagmo  délia 
Corgna  ed  ivi  ne  lia  Ch  -efa  de"*  Padri  Agojlini 
fit  il  corpo  di  lui  depofitato 

Il  dît  à  la  page  295-.  de  la  2.  Partie  du  2. 
Tome  que  Samuel  Petit  étoit  mort  dès 
l'année  165*4.  H  mourut  à  Nifmes  le  12. 
Dec.  1643.  ce  que  j'ai  apris  de  Mr.  Formi 
fon  petit-fils,  homme  de  grand  mérite  en 
toute  forte  de  litérature. 


LXXIÏ; 

Maine  qu'il  fait  nairre  Dorât  en  l'an  1517.  d'où  il 
s'enfuivroit  que  ce  Poète  n'auroit  eu  que  n.  ans 
quand  il  mourut  en  1588.  mais  il  ajoute  que  l'opi- 
nion commune  lui  paroit  cependant  plus  cioiable, 

L  4 


Kortholr. 


24S      Aktl-Baillet.  P. I. 

LXXII. 

Du  Livre  des  trois  Impoffeurs  compofê 
par  Mor'in, 

MOnfîeur  Baillet.  N'cft-ce  point 
aujji  a  une  grande  bizarrerie  d'efprit 
Toms  r.  qu'il  faut  attribuer  V imagination  qu'a  eue 
Part«  r«  un  Ecrivain  de  la  Baffe  Allemagne ,  de  vou- 
Chrïftian  loir  reveiller  en  nous  le  fouvenir  du  détefta* 
ble  Livre  des  trois  Impolteurs  :  en  donnant 
ce  titre  a  un  Livre  au 'il  fit  imprimer  à  Kiel 
l'an  1680.  ayant  choifi  pour  fes  trois  Impos- 
teurs ,  Edouard  Herbert  ,  Thomas  Hobbs , 
&  Benoît  de  fEfpinofa7.  Et  peut- on  s'em- 
pêcher de  prendre  pour  un  vifionnaire  un 
autre  Ecrivain  plus  récent  qui  a  pris  le  mê- 
me titre  des  trois  Impofleurs,  pour  écrire 
contre  trois  Auteurs  Catholiques  de  la  pre- 
mière réputation  ? 

Ce  Vifionnaire,  c'eft  Jean  Morin,  Mé- 
decin, ProfefTeur  du  Roi  en  Mathémati- 
quts  :  &  ces  trois  Auteurs  Catholiques 
font,  Mr.  Gaflèndi,  Mr.  Neuré,  &  Mr. 
Bernier  ,  mon  compatriote,  dît  le  Mogol 
à  caufe  de  fes  voyages  au  Mogol.  Mais 
s'il  eft  vrai  que  ce  Livre  de  cet  Ecrivain 
de  1a  Bade-Allemagne  ait  été  imprimé  en 
1680.  il  eft  faux  que  Morin  foit  un  Au- 
teur plus  récent  que  cet  Ecrivain  Alle- 
man  :  le  Livre  de  Morin  des  trois  Impos- 
teurs ayant  été  imprimé  en  165*4.  *  Paris 
avec  ce  titre  :  Vincentii  Panurgi  Epiftola 

de 

t.  Ce  n'eft  pas  Lingcîsheim,  (car  c'eft  ainfi  qu'il 
faux  due,  &  non  pas  Lingtiheim)  c'eft  Denaifïua 

Ailes* 


Ànti-Baillet.  P.  r."       24? 

de  tribus  Lyjpofîbribus.  Ad  Clarijf.  Virum 
Johannem  Baptiftam  Marin  ,  Doéiorera 
Aledicttm  ,  atyue  Regium  Mathefeos  Pro- 
fejforem  Parifiis.  Apnd  Mattbéum  Bouc- 
lette, in  Collegio  Regio,  C33  Johannem 
Gmillard ,  in  Palatio,  165-4.  Morin  efl 
l'Aut  ur  de  ce  Livre.  Vincent  Panurge 
eft  un  nom  fuppofé. 

LXXIII. 

Du  Livre  de  Lipfe ,    intitulé  Virgo 
Hallenfis. 

MOnfieur  Bail  LE  T.  Les  Proteflans 
ont  tâché  de  décrier  quelques-uns  des 
petits  Livres  que  Lipfe  compofa  pour  fatis* 
faire  fa  dévotion  :  comme  celui  de  Nôtre* 
Dame  de  Hau  ou  Mal. 

M  t  n  âge.  Ce  Livre  de  Nôtre- Dame 
de  Hau,  intitulée  Virgo  Hallenfis ,  eft  une 
e'numc'ration  des  Miracles  faits  par  l'inter- 
ceffion  de  la  Vierge  dans  l'Eglife  de  Nô- 
tre-Dame de  Hau.  Et  c'eft  au  fujet  de  ce 
Livre  de  Lipfe,  &  de  fa  plume  qu'il  dé- 
dia à  la  Vierge  par  une  plume  d'argent', 
que  Scaliger  fit  cette  Epigramme  : 

Poft    opus    expliciium  ,   quzd    tôt    miracafa 
nanat , 

Vtnnam  Lipfixdis  hant  ttbi ,  Virgo ,  d'eau 
2\il  pot ait  livras  pennàtïbï,  Virgo ,  dicare: 

Xi  forte  eft  levius ,  quod  tibi  fcripftt  opus, 

Lingesheim  (1)   fit   contre   ce  Livre-de  ' 

Lipfe 

AfleiTeur  de    la  Chambre  Impériale  de  Spire,    qui  ' 
a  fa't  ce  Livre,  comme  l'a  fort  bien  prouve  rlucS 
ckis  çhap.  z,  de  awnymis  detccîis  n.  51, 

L  :5 


2?o      Anti-Baillet.  P.  I. 

Lipfe  un  écrit  intitulé  de  Idoîo  Hallenfi. 
Voyez  le  fécond  Scaligerana,  page  141, 
&  la  Lettre  315*.  de  Scaliger,  écrite  à  ce 
Lingesheim. 

LXXIV. 

Fautes  de  Mr.  B aille t  dans  la  Géographie, 

Tom.  1.  "\  /f  Onfieur  Baillet  dans  fa  Préface  La- 
ïzit.z,  iyjLtine  .  adreiïeeà  Mr.  l'Avocat  Gé- 
néral de  Lamoignon  ,  met  Narbonne 
parmi  les  Volces  Arécomiques.  Nareo 
Martius,  pro  Voici  s  Arecomicis.  Il  eft 
in  JTblcis  Tedofagibtis. 

Au  même  endroit,  il  met  Arles  in  Be* 
fuviatibus.     Il  eft  in  Salyis. 
.    A  îa  page  260.  du  Tome  4.  partie  1.  & 
à  la  page  jSo.du  2  part.  3.  il  appelle  Fiefo* 
lé,  Fèfoii. 

A  la  page  90.  de  la  2.  partie  du  2.  To- 
me, il  dit  que  les  Popmas,  frères,  et  oient 
Frifïens  :  au  lieu  dédire  Frifons ,  qui  eft. 
le  nom  de  la  Nation  parmi  nous. 

A  la  page  193.  du  2.  volume,  part.  1.  il 
appelé  Breflau  tfratiflan  (1). 

Au  chapitre  du  Bernîa,  il  confond  la 
Ville  de  Bibîena  de  Tofcane  avec  celle  du 
même  nom  qui  eft  dans  le  Piémont. 
Voyez  ci-defïus  le  chapitre  37. 

LXXV. 

•ft  t.  Faute  reconnue  auparavant,  &  corrigée  par 
îaillet  dans  fes  corre&ions. 

^[  2.  Régnier  étoit  grand  imitateur.  Sa  huitJé- 
me  Sar:re  eft  une  imitation  de  la  neuvième  du  pre- 
mier Livre  d'Horace.  Sa  fiziéme  eft  une  Copie  de: 
deûxr<t£//a/j"  du  Mauio  in  dijknot  AtifQmrt , la  ùefcrip  • 

rida 


A nti- Baille  t.  P.  I.        ifp 

LXXV. 

'Jugement  de  Mr.  de  Balzac  t07icfo4int  leCa- 
porali  contraire  à  celui  du  Rojfi. 

MCnlieur  Baillet.  Ce  qu'il  y  a  de  ?age  "7f 
confiant  (il  parle  du  Caporali)  c'efl  duT.emc^ 
qu  n  effaça  le  Berni,  le  l\lol(a,  çjf  gène- 
ralement  tous  ceux  qui  jufqu> alors  s'étoient 
exercé  dans  quelqu'une  des  efpéces  du  gen- 
re  Bur le/que.  Ùeji  au  moins  le  fentiment 
du  Roffi. 

Ménage.  Ce  n'eft  pas  celui  de  Mr. 
de  Bdzac.  Voici  ce  qu'il  a  écrit  du  Ca- 
poral dans  une  de  Tes  Lettres:  qui  eft  la 
5".  du  Livre  vi.  Il  rf-nftruït,  ni  ne  délefie. 
Il  -ne  guérit  ni  ne  flate  les  pajfions  de  ceux 
qui  le  lifent.  Il  n'a  ni  de  iréfor  caché ,  ni 
de  pompe  extérieure.  Et  néanmoins  ,  je 
vous  apprens  ,  que  tout  chétif  &  tout  mtfé- 
rable  qu'il  ejl ,  il  a  été  détroujfé  en  Fran- 
ce. Il  n'a  pu  fe  Jauver  de  nos  Larrons  :  Isf 
voici  de  Ces  dépouilles  que  je  viens  de  décou- 
vrir en  bon  lieu  : 

(i)  Mon  Docteur  de  meneftre  en  fa  mine  r  Cef  7cfr5 

K   '     .       ,  iont  du  S2- 

aIterce  ririqueRe- 

Avoitdeux  fois  autant  de  mains  queBriarée:  gnie:Sa:.x, 

Et 


tion  du  Peidnte  de  Caporal.     La  Pièce  qu'il  a  inti- 
Imfmjpénee  n'eft  pas  feulement,  comme  porte 
le  titre,  une  imitation  d'Ovide,  mais  auflï  de  I«* 
tïOEet 

H  6 


à£2       Anti-Baillet.  P.  I. 

Et  n'étoit,  quel  qu'il  fût,  morceau  dedans 

le  p'at, 
Qui  des  yeux  Se  des  mains  n'eût  un  échec 

&  mat. 
D'où  j'appris  qu'en  la  cuite,  auffi  bien  qu'en- 
ta crue", 
Nôtre  ame  fe  laiffoit  piper  comme  une  gruèV 
E  qu'au  plat ,  comme  au  lit ,  avec  lubricité  , 
Le  péché  de  la  chair  tentoit  l'humanité. 
Devant  moi  juftement  on  plante  un  grande 

potage. 
D'où  les  mouches  à  jeun  fe  fau  voient  à  I* 

nage. 
Le  brouët  étoit  maigre ,  &  n'eft  Noftrada- 

mus, 
Qui,  l'Aftroîabe    err  main-,  ne  demeurât 

camus, 
Si  par  galanterie,  ou  par  fottife  expreffe, 
Il  y  penfoit  trouver  une  étoile  de  graifTc. 
Pour  moi ,  fi  j'eufle  été  fur  la  mer  de  Levant 
Où  le  vieux  Louchali  fendit  fi  bien  le  vent, 

Quand  Saint  Marc  s'habilla  des  enfeignes  de 
Thrace,. 

Je  le  comparerais  au  Golfe  de  PatrafTc , 
Pour  ce  qu'on  y  voyoit  en  rmile  &  mille 
parts 

Les  mouches  qui  flotoient  en  guife  de  fol- 
darts  : 

Qui  morts,  fembloient  encor  dans  les  on- 
des faîées 

EmbrafTer  les  charbons  des  galères  brûlées. 
foi  ce  femble  quelqu'un  de  ces  nouveaux 
Docleurs,, 

Qui 


Anti-Baïllet.  P.  I.       253. 

Qui  d'eftoc  &de  taille  étri'lent  les  Auteurs, 
Dire,  que  cette  exemple  efi:  fort  malafîortie. 
Homère,  &  non  pas  moi,  t'en  doit  la  ga- 
rantie: 
Qui  dedans  Tes  écrits,  en  de  certains  effets, 
Les  compare  peut  être  auffi  mal  que  je  fais. 

Ç?efl-a~âire  à  peu  près  en  Italien: 

Ma  il  cafoè  che  s'interno  avea  Pompeo 

O  il  venerabù  Coda  ch'  al!a  mcnfa , 

Avea  più  braccie  e  m  an  che  Briareo. 

Io  rimafi  talvolta  ftupefatto 

Che  fempre  adocchiai  qualche  boccone, 

Un  di  lor  me  gli  dava  fcaccomatto. 

Si  ch'allor  m'accors'  io,  MefTer  Trifone, 

Che  nella  cotta  e  nella  cruda  il  vitio 

Délia  carne  ci  da  gran  tentazione. 

Ecco  di  brodo  piene  le  fcudelle, 

Dove  non  feppi  mai  d'unto  o  di  grafîb 

Con  Aftrolabio  in  man  trovar  due  (telle; 

Se  foffi  ftato  a  quel  naval  fracafîb , 

Quai'  ebbeil  Turco,  io  potrei  fomigliare 

La  mia  fcodella  al  Golfo  di  Patraflb , 

Perô  ch'  in  elTa  fi  vedeano  andare, 

A  gala  i  corpi  de  le  mofche  leiTe  , 

E  i  converti  in  carbon  legni  del  mare,. 

Qui,  Trifon,  fe  per  cafo  alcun  dice^e; 

Che  la  comparazion  non  gifle  à  fefto. 

E  ch'  io  fuili  obligato  a  l'intereiTe, 

Dite,  che  legga  Omero,  ove  in  uno  tefto> 

Fà-una  comparazion  di  certe  mofche: 

L  7  Ne 


2.;f4       Anti-Baillet.  P.  I. 

Ne  forfe  calza  ben,  lï  comme  in  quelle 
Ma  lafciam  le  queftion  dubbiofe  e  foiche: 
Or  che  fiamo  a  Tinel. 

Vous  voyez,  que  nous  vivons  en  un  fais , 
ou-  il  n'y  a  pas  même  de  fureté  pour  les 
gueux.  Ceux  qut  n'ont  rien  ne  laifient  pas 
d'y  faire  des  pertes  ;  &  on  y  arrache  les 
cheveux  aux  c hautes.  Il  n'efl  point  de  fi 
mauvaise  condition  qui  ne  fait  enviée  de  quel- 
qu'un ,  ni  de  pauvreté  fi  grande,  qui  ne 
donne  lieu  à  quelque  inure.  On  pille  les 
Cabanes  aujji-bien  que  les  Palais:  y  l'A- 
varice cherche  les  grands  gains  :  mais  el- 
le ne  méprije  pas  les  petits. 

Le  Rofïi  au  relie  ,  s'eft  étrangement 
trompé  en  préférant  le  Caporal  au  Berni 
&  au  Molza.  Le  Berni  eft  le  premier  des 
Poètes  Burlefques,  &  par  l'ordre  du  teins 
&  par  l'ordre  du  mérite  (i).     Et  Léonar- 

do 

*î  i.  Four  l'ordre  du  mérite,  j'en  conviens  ;  pour 
l'ordre  du  tems,  c'eft  autre  chofe,  &  il  eft  fur,  mal- 
gré les  diitinftions  du  Salviati,  que  les  Foëiies  du 
Burchiello,  celles  de  Laurent  de  Médicis,  de  Mat- 
tco  Franco,  &  du  Puici  toutes  antérieures  à  celles 
du  Berni  font  de  véritables  Foëiies  burlefques.  Les 
Académiciens  de  la  Ciufca  appellent  eux-mêmes 
Cnpi:y'o  in  \ntrl*  le  Capitolo  de  Laurent  de  Médicis 
intitulé  i  Beoni,  &  je  ne  doute  pas,  il  l'on  vouloit 
examiner  toutes  les  vieilles  Foëiies  Italiennes  qu'il 
ne  fe  trouvât  pludeurs  Pièces  bouffonnes  plus  an- 
ciennes de  beaucoup  que  celles  du  Berni.  Autre 
chofe  donc  eft  Burlefjue ,  autre  chofe  Berni  efcjue.  But' 
Ufcjv.c  c'eft  le  genre,  Berniefijue  c'eft  l'efpece. 

%  z.  M  Ménage  a  fait  voir  deux  choies  l'une 
que  i' Auteur  du  grand  Etymologique  n'avoit  pas 
nom  Nicas,  l'autre  qu'il  vivoit  il  y  a  plus  de  cinq 
cens  ans.  On  en  peut  remarquer  une  troiileme  qui 
eft  que  cet  Auteur  étoit  Chiétien,  comme  il  le  té- 
mot» 


Anti-Baillet.  P.  I.       iss 

do  Salviati  a  dit  de  lui,  que  la  Pocfie  Bur- 
lef^ue  avoit  û  en  lui  finailTjnce&  fa  per- 
fection en  même  tems.  Le  Poëjie  Giocofe 
nel  folo  Berni  anno  avuta  la  naptità  cjT  la 
perfcz,  one  in  un  tempo.  C'clt  dans  fes  A- 
vertillèmens  de  la  Langue  Italienne,  Li- 
vre 2  chapitre  17.  I!  n'y  a  pas  non  plus 
de  comparaifon  entre  le  Molza  &  le  Ca- 
poral. 

LXXVI. 

Nie  as  n'eft  point  l'Auteur  du  Magnum 
Etymologicum. 

MOnfieur  Bai  il  et.     On  croit  que     Tom.  ù 
l'Auteur    du    Grand   Etymologicum  Part-  3- 
Grec  s'appelloit  Nicas.     Mais  on  ne  fait  ce  page  lïi* 
qu'il  et  oit,  ni  quand  il  vivait.     Ce  Livre 

a  eu  de  l'autorité ',  quoique  l' Auteur  n'ait 
point  excellé  dans  la  counoiffance  de  laLa?î- 
gue  (2). 

Me- 

moigne  lui-même  au  mot  AttrtJ*tu<>vi*.     Le  PréG-      D-ffcrt". 
dent  Mauliac  dit  qu'il  l'auroit  <uge  tel  fur  cela  leul  CriricJ  ai 
qu'il  n'a  pas  pris  foin  de  nous  faire  f\voir  Ion  nom,  UArpocrA- 
ajoutant  que  c'etoit  anciennement  la  coutume  des  tionempau 
Moines  de  travailler  à  quantité  de  recueils,  deglos-  ,42> 
faires ,  &  de  compilations  où  ils  ne  mertoient  pas 
leur  nom.     Je  ne  voudrois  pourtant  pas  conclurre 
de  là  que  l'Auteur  du  grand  Etymologique  ait  été       v    *  "  . 
Moine.    Un  homme  qui  fe  plaint,  comme  il  fait,  *TÎ/' 

des  maux  extraordinaires  dont  il  eft  accablé,  &  de  H?'  *f7'  , 
3a  dizette  où  il  fe  trouve  de  toutes  chofes ,  mais  qui  '«,r» "</«"• 
dit  que  l'amour  des  brlles  Lettres  l'oblige  à   fe  re-       &* 
fufer  le  fommeil  nécclTaire ,  dans  la  vue  du  grand 
profit  qu'il  efpére  en  fou  particulier  de  tirer  de  fes 
études,  8c  dans  le  deflein  de  laifler  quelque  chofe 
de  mémorable  à  la  poftérité  ■>  Un  homme,  dis- je, 
qui  parle  de  la  forte  ne  paroit  pas  trop  avoir  l'es- 
prit lïiQnaiiiquc, 


256       Anti*Baillet.  P.  L 

MfiNAGt.  C'eft  Poiitien  qui  a  dît  îe 
premier  que  Nicas  étoit  l'Auteur -de  ce 
Livre.    Et  c'eft  au  chapitre  72.  de  les  Mé- 
langes qu'il  a  fait  cette  remarque.     Et  il 
l'a   faite   en  ces  termes  :  Nicas  autem  in 
Comment ario  quem  per  ordtnem  lit  er  arum 
difpojuit ,  Grâce  ille  quidem ,  fed  in  hune 
ferme  intellect um  Philyram  interpretatur  : 
Philyra,  inquit,  planta:  librum  papyro  fî- 
ntilem  habens:  ex  quo  etiam  runes  com- 
plicant.  Car  le  Grec  de  ces  mots  fe  trou- 
ve-  dans    YEtymologicum    Magnum  ,    au 
mot  Q;Xvpa.     Mr   Voffius,  le  fils -,  a  fait 
enfuite  la  même  remarque  dans  quelqu'un 
de   fes   Ouvrages.     Je  croi  que  c'eft  fur 
ïag.99.   Mêla.   Mais  il  s'en  eft  depuis  dédit:  ayant 
appris  que  dans  le  Manufcrit  qu'avoit  vu. 
Poiirien,  il  y  avoit  un  Labarum,  avec  ces 
paroles,   'EN    TOTTQ  NIKA:   & 
que  ces  mots  'EN-TOïTû  étant  effa- 
cez ,  Poiitien  avoit  pris  le  mot  de  N  IK  A 
qui  reftoit,  pour  le  nom  de  l'Auteur  du 
Livre.     Mr.  Voffius,  le  fils,  a  dit  toutes 
ces  particularisez  à  Mr.  Bigot,  de  qui  je 
*DansuHeles  ai  apprîfes  *.    J'ai  appris   de   plus  de 
Lettre écri- Mr.  Blgot'j  qu'il  a  vu  un  très-beau  Ma- 
tsdeRouen  nu(crît  de  ce  Livre  dans  la  Bibliothèque 
Scp/.'i686.  des  Jacobins  de  St.  Marc  de  Florence:  & 
que  penfant  que  ce  fût  celui  qu'avoir  vu 
Poiitien,  il  y  avoit  cherché  ce  Nl'K  A  , 
&  qu'il  ne  l'y  avoit  point  trouvé.     Eufta^ 
thiu<  fur  l'Iliade  Delta,  page  378.  5-3,  de 
l'Edition  de  Bâle,  &  fur  l'Iliade  Epfilon, 
page  408.  29.  de  la  même  Edition,  cite 
un  Ni'Ai'aç  Grammairien ,  qui  explique  des 
paffages  d'Homère:  ce  que  j'ai  encore  ap- 

priȉ 


Anti-Baillet.  P.  I.  2J7 
pris  de  Mr.  Bigot.  Mais  pour  Njrôg,  il 
n'eft:  cité  nulle  part  dans  Euliathius:&  Mr. 
Bigot  ne  croit  pas  que  ce  foit  un  nom 
Grec.  Mr.  Du  Cange  eft  du  même  avis. 
L'Etymologicum  y  eil  cité  fur  l'Iliade 
Delta  ,  page  342. 49.  ûru  y.uï  Tfjs  $K€,k,/i7£kç 
^  'aeltui  èv  ra>  ,ETV[MOho') wcp.  Et  fur  l'I- 
liade Beta,  p.  203.  36.  &  fur  l'Iliade  Lamb- 
da ,  page  768.  28.  'Eru/x^Aoy/'/ôv  (xéya. 
Et  fur  l'Odylïee  B^ta,  page  93.  29.  Une 
partie  des  chofes  citées  en  ces  endroits,  fe 
trouve  dans  VEtymoIogicum  Magmim 
que  nous  avons  aujourd'hui,  &  l'autre  ne 
s'y  trouve  pas.  Ce  qui  fait  voir  qu'il  y  a- 
voit  du  tems  d'Euftathius  plusieurs  hty- 
mologiques  Grecs.  L'Auteur  du  Grand 
Etymologique  que  nous  avons,  cite  l'E- 
tymologique d'Orapollo.  Cet  Etymolo- 
gique fe  trouve  Manufcrit  dans  quelques 
Bibliothèques  :&  entr'autres,dans  celle  de 
Mr.  Gudius.  C'eft  un  très- gros  volume, 
&  qui  par  fa  groiïeur  mérite  le  nom  d'E- 
TVfLGhoyinov  [Léya.  Euftathius  vivoit  en 
11 80.  Et  puifqu'il  cite  PEtymologicum 
Magnum  que  nous  avons,  on  peut  con- 
clure de  là ,  que  l'Auteur  de  cet  Etymolo- 
gicum  Magnum  vivoit  il  y  a  plus  de  joo. 
ans. 

Il  n'eft:  point  vrai,  au  refte,que  cet  Au- 
teur n'ait  point  excellé  dans  la  Langue 
Grecque.  Il  e(t  bien  vrai  qu'il  n'écrit  pas 
avec  grande  éloquence: Mais  le  fujet  qu'il 
traite  ne  demande  pas  d'éloquence.  Or- 
nari  res  ip/a  negat,  contenta  doceri.  Il  eft 
vrai  auffi  ,  qu'il  a  beaucoup  de  mauvaifes 
éiymologies.  Mais  ces  mauvaifes  étymo- 

logies 


2j8       Anti-Baillet.  P.  I. 

logîes  le  font  encore  moins  que  celles  du 
divin  Platon:  parmi  lefquelles  je  n'en  ai 
pas  trouvé  fix  bonnes:  car  j'ai  fait  fur  les 
étymologies  de  Platon  ce  que  Jofeph  Sca- 
liger  a  fait  fur  celles  de  Varron.  Mais  il 
y  a  dans  ce  Livre  un  nombre  infini  de 
chofes  curteufes  &  fingulieres  :  Et  Mr.  de 
Valois  l'aîné, qui  étoit  un  grand  connois* 
ftur,  l'emmoit  extraordinairement. 

LXXVI. 

Direrfes  particularitez,  curteufes  ton-' 
chant  Suidas. 

MR.  B  a  i L h E  T  a  écrit  à  la  page  113. 
de  fon  2.  Tome  part.  3  que  Suidas 
étoit  un  Moine  Grec.  Ce  qu'il  a  pris  de 
la  Notice  des  Auteurs  citez  par  le  Cardi- 
nal Bona  dans  fon  Liv.  de  la  Pfalmodie. 
Scaliger  dans  fes  Conjectures  fur  Varron 
page  60.  de  l'édition  de  Henri  Etienne  de 
1581.  appelle  auifi  Suidas,  Moine.  Le 
Cardinal  Bona  ajoute,  qu'il  étoit  Moine 
de  Byzance.  Je  ne  fai  d'où  le  Cardinal 
Bona  a  pris  cette  dernière  particularité (1): 
&  Mr.  Baillet  m'obligeroît  fort  de  me  le 
faire  favoir.  Et  pour  l'obliger  à  me  l'ap- 
prendre, je  lui  apprendrai  ici  plusieurs  au- 
tres particularitez  curieufes  touchant  ce 
Grammairien.    Beifarion  ,   dans  fa  petite 

Pré- 

%  t.  Il  l'a  prife  de  Dempfter  dans  la  Table  al- 
phabétique, ôc  critique  des  Auteurs  qu'il  a  mile  au- 
devant  des  Antiquitez  Romaines  de  Rofin  au  mot 
Suidas,  où  il  eft  dit  :  Suidéts  MonAchns  Byz.4ntinus  ,ad- 
mimlilis ,  incomparabilis ,  ttnuf  injlar  omnium  Gram»:*- 


Anti-Baillet.  P.  I.  25-9 
Préface  fur  fa  Traduction  des  Métaphyfi- 
ques  de  Théophralte,  &  Budée  dans  fes 
premières  Notes  fur  les  Pandecles,  &  E- 
rythrée  dans  fon  Indice  fur  Virgile  ,  au 
mot  orichalco  ,  &  Cujas  dans  (es  Obfer- 
vations ,  &  ailleurs,  l'ont  appelé  Sudas. 
Dont  ils  ont  été  repris  par  Cafaubon  dans 
fes  Notes  fur  Laérce,  au  chapitre  d'Ana- 
charlis:  Palluntur viri  doàïjfimi  &  magni 
in  literis  Hominis,  qui  Sudas  Sut  dam  ap- 
pelant. Cafaubon  appuie  fon  opinion  par 
ce  paffage  d'Eulrathius  ,  Ta  ètç  duc  uTfp 
$ûo  cvhhetÇàç  tûdverm ,  oiov  Tifxu%iïciç  Ti- 
liuyjlct ,  r«i'5«ç  £afà#  :  qui  eft  de  la  p. 
33S.  40.  de  l'Edition  de  Bâle.  A  quoi  on 
peut  ajouter  ces  autres  paiTages  du  même 
Auteur.  Iliade  Lambda ,  page  768.  30. 
év  tûj  narà  çoiysTov  iLsy&Kt$  friGhiq  T8  Ea/- 
lu.  Et  OdyfTe'e  Alpha ,  page  99.  42. 
Ea&tfç,  êQiuXeTc,  ®>uheïç.  Il  l'appelle  en- 
core de  même  page  41.  1.  J'ajoute  à  ces 
palTages  d'Euftathius  celui-ci  du  Scholîafte 
d'Apollonius  pag.  26.  Hx'fàxç  yàp  nal  A- 
piçoTÉXyç  ,  Ù  ntefi  'Ev^oiaç  n  ê%  payeur  sv° 
pivot  :  car  quoique  ce  Suidas  ne  foit  pas 
celui  dont  nous  parlons,  ce  pafTage  fait 
voir  que  ce  nom  s'écrivoit  de  la  forte  que 
l'a  remarqué  Cafaubon.  Cependant  Bes- 
farion  .  Erythrée,  Budée,  &  Cujas  ont 
été  fuivis  dans  leur  opinion  par  pluïieurs 
célèbres  Ecrivains  :  &  entre  autres ,  par 

Sca* 

ticorum.  Balthafar  Booiface,  qui  a  copié  en  fix  cha- 
pitres du  quinzième  Livre  de  fon  Hijhria  ludicrtunc 
grande  partie  de  cette  Table  de  Dempfter ,  n'y  a  pas 
oublié  cet  endroit,  CsByz^ntinKs  eft  une  rcveiiedfc 
Dempftei. 


i6o       Anti-Baillet.  P.  h 

Scaliger  dans  fes  Conjeélanca  fur  Varron, 
page  61.  de  l'édition  de  Henri  Etienne,  de 
15-81.  par  Florent  Chrétien  fur  la  Comé- 
die de  la  Paix  d'Ariftophane  page  688.  de 
l'édition  de  Genève: par  Guillaume  Four- 
nier  dans  fon  Seleéîœ  heaumes ,  Livre  3. 
chapitre  21.  &  Livre  2.  chapitre  29.  Et 
dans  les  Additions.  Et  par  Vi&orius  dans 
fes  Diverfes  Leçons,  Livre  premier  cha- 
pitre 11.&  Livre  27.  chap.  18.  Et  par  Ro- 
bortellus  dans  fon  Variorum  locorum  An" 
notationes,  chapitre  3.  page  >8.  Et  Cujas 
a  été  défendu  par  Mr.  Fabrot  à  la  page 
841.  de  la  première  édition  de  fon  Théo- 
phile. Car  c'eft  de  Cujas  dont  il  a  enten- 
du parler,  en  difant,  Viri  docii  Suidant^ 
Sudam  appe liant ,  libris ,  utvidetur,  auc- 
toribus.  Nam  in  Manufcripto  codice  Mem- 
mianofic  habetur.  Je  le  fai  de  lui-même. 
Ce  Manufcrit  de  Mr.  Henri  de  Même 
Préfldant  au  Parlement  de  Paris ,  où  Sui- 
das eft  appel'é  L'g^;,.  efl:  préfentement 
dans  la  Bibliothèque  de  Mr.  Colbert  de 
Se'gnelay,  Segretaire  d'Etat ,  nombre  992- 
jZx'iïuç  efl:  le  véritable  nom. 

Meurfïus  dans  fon  GlofTaire  Grec-Bar- 
bare ,  fai;  mention  d'un  Etymologiquc 
Grec  compofé  par.  Suidas. 


Lxxvnr. 


Anti-Baiilet.  P.  I.       1O1 
LXXVIII. 

Méprife  de  Mr.  Baillct  touchant  l'Opéra  de 
Mr.    Quinaut ,   intitulé   le    Triom- 
phe d'Alcide. 

MOnfieur  Baillet.  Entre  les  Piè- 
ces de  Air.  Quinaut  dont  nous  n'avons 
pas  fait  mention ,  il  y  en  a  une  qui  a  fait 
beaucoup  de  bruit,  &  qMi  a  partagé  les  es- 
prits.    Cejl  la  Tragédie ,  ou  l'Opéra,  qui 
a  pour  titre  ,  Al  celte  ,    ou  le  Triomphe 
d'.Alcide.     Et  il  faut  avouer  qu'elle  aurait 
encore  eu  plus  de  réputation  fi  elle  n'avait 
rencontré  un  Cenfeur  un  peu  trop  intelligent 
dans  les  régies  de  lart  :  Charles  Perrault 
dans  la  Critique  de  l Opéra  d?  Alcefle,  à  la 
fin  de  [es  Oeuvres   mêlées  de  profe  C5T  de 
vers  :  Ce  Critique  prétend  que  la  Pièce  efi 
défeéiueufe  ,  tant  pour  la  conduite  du  fujet , 
que  pour  la  verfification.     U Auteur  écrit 
que  Mr.  Quinaut  a  tout  gâté ,  en  ne  met- 
tant pas  dams  fa  Pièce  ce  qu'il  y  a  de  plus 
beau  dans  Eurvpide  :  çjf  y  ajoutant  des  épi-  Mr.  Baillet 
fodes  peu  nécejj'aires,  mal  liez  Ê33  mal  aJJ'or-  écrit  tou- 
tii  au  fuiet  :  que  les  épifodes  ne  fervent  qu'a  )0"rs  Eury~ 
jaire  remarquer  la  pauvreté  de  chaque  en-  fAn  voir 
droit  :  où  Ion  ne  voit  que  redites  de  certai-  qu'il  n'eft 
nés  rimes ,  &  quantité  de  chofes  qui  fera-  -Pas  8raud 
blent  ne  pouvoir  s* accorder  entièrement  a- 
vec  le  jugement  ^r  le  bon  fens  en  général , 
ni  avec  les  maximes  de  ly art  de  la  Poèfie  mo- 
derne en  particulier. 

Ménage.  Mr.  Baillet  ne  ceïTera-t-il 
jamais  de  faire  dire  aux  Auteurs  le  contrai- 
re 


2<5i       Anti-Baillet.  P.  T. 

re  de  ce  qu'ils  difent?  Mr.  Perrault  a  écrit 
dans  fa  Critique  de  l'Opéra  d'Alcefte  tout 
le  contraire  de  ce  que  lui  fait  dire  ici  Mr. 
Bailler.  Cette  Critique  eit  un  Dialogue 
entre  Cléon  &  Ariib'ppe.  Arifh'ppe  blâ- 
me cet  Opéra:  &  Mr.  Perrault,  fous  le 
nom  de  Cléon ,  le  défend  &  il  tait  enfin 
tomber  d'accord  Arîttippe  que  c'ett  un 
parfa  tement  bel  Ouvrage.  Ce  que  dit  ici 
Mr  Bailler  contre  cet  Opéra,  eit  dit  dans 
cetre  Critique  par  Ariltippe.  &  réfuté  par 
Cléon.  ht  ainli,  encore  une  fois,  Mr. 
Perrault  a  dit  tout  le  contraire  de  ce  que 
lui  fait  dire  Mr.  Baillée. 

Mr.  Perrault  &  Mr.  Quinaut  ont  écrit 
à  Mr.Baillet  pour  le  plaindre  à  lui  de  l'in- 
jure qu'il  leur  avoit  faite  en  cette  occaiîon. 
J'ai  vu  la  Lettre  de  Mr.  Perrault. 

LXX1X. 

Méprife  de  Mr.  Baillet  touchant  la  qualité 
cCAlteffe  des  Princes  d'Italie.  Plu- 
Jieurs  particularitez  curieufes  touchant 
les  deux  Scaltgers. 

MOnfieur  Baillet  La  Républi- 
que des  Lettres  n'étoit  pas  encore  bien 
purgée  de  cette  vermine,  (Il  parle  des  Cri- 
tiques envieux  &  ignorans)  du  tems  du 
Prince  de  la  Mirande  :  quoi  qu'elle  fût  des 
lors  en  aj/ez  bon  état.  Car  on  voit  parmi 
le  nombre  des  Cenfeurs  de  fes  Ouvrages  un 
Critique  fort  ignorant  &  fort  animé  contre 
lui  :  qui,  fans  avoir  égard,  ni  à  la  qualité 
de  fort  Alteffe  ,    ni  à  la  rareté  de  fon  es- 

prit, 


Anti-Baillet.  P.  I.       263 

prit ,  voulait  lui  faire  des  affaires  à  Rome. 
Menagl  Pic  ,  Prince  de  la  Mîran- 
de,  mourut  à  Florence  le  17.  Novembre 
de  l'année  1494.  le  même  jour  que  Char- 
les VIII  y  fit  ion  entrée.   Et  en  ce  tems- 
là  les  petits  Princes  d'Italie,  tel  qu'étoit 
le  Prince  de  la  Mirande,  n'étoient  point 
traitez  d'Alteiïè.     Ce  n'eft   que  peu   de 
tems  avant  l'année  1630.  qu'ils  en  ont  été 
univerfellement  traitez.     Et   c'etl  ce  qui 
obligea  les  Cardinaux   de   fe  faire  traiter 
d'Eminence.     Le  Décret  du  Pape  par  le- 
quel il  fut  ordonné  que  les  Cardinaux  fe- 
raient traitez  de  cette  qualité,  eft  de  1630.  M. Amelot 
du  10.  Janvier:  &  il  eft  imprimé  dans  le  fc££jf" 
XVI.  Tome  du  Mercure  François.     En  fcsiumar- 
ce  tems- là  on  ne  traitoit  d'Alteiïè  enFran-  quesfur 
ce  que  Gallon  de  France  Duc  d'Orléans ,  J^rette 
frère  unique  du  Roi  Louis  XIII.    Mais  deFiaPao- 
comme   quelque  tems  après  le  Cardinal  lo,  le  date 
Infant,   Gouverneur  des  Pays  Bas,  frère  de  163 1, 
de  Philippe  IV.  Roi  d'Efpagne,  fe  fit  trai- 
ter d'Alteiïè  Royale,  Gallon  Duc  d'Or- 
léans, &   Madame  de  Savoye   fa  fœur, 
s'en  firent  auiïi  traiter.     Louïs  de  Bour- 
bon Prince  de  Condé  arbora  enfùite  l'Al- 
teiïe  fimple.     Et  en  fuite  l'AIteile  Sérénis- 
iime:  laiiïant  l'Alteffe  fimple  aux  Princes 
naturalifez  de  France,  aux  Princes  de  Sa- 
voye, &  aux  Princes  de  Lorraine.     Mr. 
Baillet,  au  relie,  qui  e(t  un  grand  Copis- 
te ,  a  copié  cette  Alteffe  de  la  Mirande  des 
écrits  de  Mr.de  Balzac:  lequel,  au  cha- 
pitre VII.  de  fes  Entretiens, parlant  dejo- 
feph  Scaliger,  l'appelle  Son  Alteffe  de  Vé- 
rone*   Ce  que  Mr.  Baillet  a  encore  imité 

à 


264       Anti-Bail  le  t.  P.ï. 

à  la  page  5-3.  de  la  2.  partie  du  Tome  2, 
en  cet  endroit  :  Cette  paffion  penja  dégéné- 
rer en  folie ,  par  l'impatience  qu'ils  témoi- 
gnèrent l'un  &  l'autre  (Scaliger  le  père  & 
Scaliger  le  fils)  autant  pour  rétablir  leur 
AltefJ'e  prétendue  dans  la  Seigneurie  de  Vé- 
rone ,  que  pour  maintenir  leur  Principauté 
dans  la  République  des  Lettres.  Mais  il 
eft  à  remarquer  que  Mr.  de  Balzac  appelé 
Scaliger  Son  Alteffe  de  Vérone  en  raillant, 
comme  Mr.Baillet  au  paflage  que  je  viens 
de  rapporter,  &  que  Mr  Biillet  parle  fé- 
rieufement  à  l'endroit  où  il  traite  Pic  de 
la  Mirande  de  Son  AlteJJe.  Pic  e'toit  véri- 
tablement Prince  de  la  Mirande:  &  la 
Principauté  de  Vérone  des  Scaligers  étoit 
une  Principauté  Chimérique.  J'ai  produit 
à  la  page  5-17.  de  la  dernière  édition  de 
mes  )r;gïnes  Italiennes  l'extrait  des  Let- 
tres de  Naturalité  de  Jules  Scaliger,  qui 
font  du  mois  de  Mars  15-28.  dans  iefquel- 
les  le  Roi  François  I.  ne  donne  d'autre 
qualité  à  Jules  Scaliger  que  celle  de  Jules 
C  ce  far  de  l'Efcalle  de  Bordoms  ,  Doéîeur 
Médecin  ,  natif  de  la  Ville  de  Vérone  en 
Italie  (i).  C'eft- à-dire,  que  Jules  Scali- 
ger n'en  prenoit  point  d'autre  en  ce  terns- 

là, 

^y  1.  Je  fuîsle  plus  trompé  du  monde  fi  dans  ces 
Lettres  de  naturalité  alléguées  par  M.  Ménage  il 
ne  faut  lire  de  Bordonis  8c  non  pas  de  Bordoms.  D'un 
i  joint  à  une  n  il  eft  ailé  de  faire  une  m,  fur  tout 
quand  le  point  de  Pi  ou  n'eft  point  marqué,  com- 
me il  arrive  fouvent  ,  ou  fe  trouve  comme  effacé 
par  la  longueur  du  tems.  C'eft  ce  qui  a  donné  lieu 
de  lire  Bordoms  pour  Bordonis,  en  Italien  Giulio  de9 
Sordoni,  en  Latin  JaLins  de  Bordonis  ,   çoicmc  Mat- 

tbttts 


Anti-B ailt.et.  P.  I.  265- 
M.  Je  remarquerai  ici  en  pafTant,  que 
cette  qualité  de  Docteur  Médecin  que  le 
Roi  François  I.  donne  dans  ces  Lettres  à 
Jules  Scaliger,  fait  voir  que  ce  que  Mel- 
chior  Guillandinus  a  écrit  que  Jules  Sca- 
liger avoit  pris  le  degré  de  Do&eur  en 
-Médecine  dans  l'Univerlité  de  Padouë, 
paroit  vraifemblable  ;  quelque  chofe  que 
ion  fils  Jofeph  Scaliger  ait  dit  au  contrai- 
re dans  fa  Lettre  42S.  ad  reliée  à  Charle 
Labbc,  &  dans  fa  441.  adrellée  à  Jean  de 
Laet ,  &  dans  (on  Confutatio  FabuU  Bur- 
donum.  Ces  mots  de  Bordoms  font  aufîï 
voir  qu'il  s'appeloit,  Quitus  Burdonius, 
comme  l'appelle  Lilius  Gyraldus,  &  non 
pas,  Jmlius  à  Burden,  ou  Cornes  aBur- 
dem ,  comme  fon  fils,  dans  fa  Lettre  à 
Doufa,  &  ailleurs,  prétend  qu'il  s'appe- 
loit. Ce  qui  eft  conforme  à  cet  endroit 
du  Thuana  :  Etant  a  Paionè ,  Auguftimts 
Niphus ,  neveu  de  ce  grand  Philo japhe  Au- 
guft'tnus,  me  parla  de  Scaliger:  &  me  dit 
que  la  veri'é  était ,  qu'il  ne  venoit  des  Sca- 
ligers  de  Vérone  :  &  qu'il  venait  de  Bene- 
detto  Burdone ,  qui  demeuroit  a  la  ftradx 
délia  Scala  à  Venife  :  Cif  m'ajfura  qu'il  était 
ainfi,     Robertus  Titius  le  fait  originaire 

de 


t ha u s  ae  K^jjlictis ,  Frann'fcus  de  Zs.bAre'Is's  ,  Bartbola- 
mxus  de  Bttrigdtris,  &  cent  autres.  Pour  le  lieu  de 
fa  naiflance  qu'on  prétend  être  "Ripa,  il  iuffit  qu'il 
ioit  dans  le  Veronois  uour  jufhfîer  le  titre  de  Ycro- 
nenfu.  Ju'.e  Scaliger  l'a  pris,  &  perfonne  ne  le  lui 
contefte.  Jnlius  Scaliger»  dit  Lilio  Giraldi  ,  cjui 
frius  Burdonis  cognomme  Juit ,  Veronenjîs ,  apprime  ertt- 
ditm  SCC. 


Ton.  VIL  Part.  I.  M 


i66  Anti-Baillet.  P.  1. 
de  Padouë,  Vide  quœ  adnotavimus  in  nos- 
tris  locis  controverjis  ,  ne  deinceps  M  Ajfer* 
tione  pro  iifdem ,  adverfus  malevolum  illum 
obtreéîatorem ,  qui  fe  Gallum  finxit:  citm 
rêvera,  fit  vilis  quifpiam  B  tir  do  ,  in  agro 
Patavino  ortus.  C'en1  fur  la  fegonde  E- 
glogue  de  Nemeiianus ,  page  29.  Mais 
il  fe  trompe,  &  en  difant  que  Jofeph  Sca- 
liger  n'étoit  pas  François ,  &  en  difant 
qu'il  étoît  du  Padouan.  Tout  cela  fait 
voir  que  les  Scaligers  n'étoient  point  Prin- 
ces de  Vérone.  Mais  ils  l'étoient  des  gens 
de  Lettres.  Et  cette  Principauté  eft  bien 
d'une  plus  grande  étendue  que  celle  de 
Vérone. 

Régna,  nu  Oceaxo,  nec flumint  claufa ,  neque 
altis 

Montibus:  ingtnuim  quà  patet ,  Ma  patent. 

Et  comme  difoit  Lîpfe,  félon  le  témoi- 
gnage du  Préfident  de  Thou  dans  leThua- 
na  ,  Ceux  de  Vérone  devraient  plutôt  tirer 
leur  origine  des  Scaligers ,  les  Scaligers  é~ 
tant  plus  nobles  que  la  Ville  de  Vérone. 

Comme  Mr.  Bai llet  me  chicane  fur  tou- 
tes chofes,  il  ne  manquera  pas  de  dire  que 
ce  que  je  dis  ici  contre  la  Principauté  de 
Vérone  des  Scaligers,  eft  contraire  à  ce 
que  j'en  ai  dit  dans  cette  Epigramme 
Grecque  : 

'Hiiï'  'lartiKToç  ,  xettôç  Çûa-euç  ftéyx  B-ccu/uct j 
Tî?  w«Tf  0$  fiéycc^a  "ûs-oCle,  péyicç  i  'Zy.aXxvtç, 

Ei'AfTfl  Z;è>5,  MsrZï  trKiî,.-7~«i  senti  Çspeiv. 

Mail 


Anti- Baillet.  P.  I.       267 
Mais  ces  fortes  de  louanges  font  permi- 
fes  aux  Poètes ,  qui  le  contentent  de  l'ap- 
parence des  choies. 

J'oubliois  à  remarquer,  que  Jules  Sca- 
lîger  n'étoit  pas  né  à  Vérone,  quoi  que  fes 
Lettres  de  naturalisé  le  portent.  Il  étoit 
né  à  Ripa,  près  le  Lac  de  Garde.  Jùltus 
autem  Cccfar  Scal.ger  natus  eft  anno  I484. 
ad  die  m  IX.  Kal.  Maii ,  feriâ  fcxtâ,  annis 
oâûginta  pofl  II  "ilhclmi  Grojjl ,  [ex  autem 
ante  Matthice  Hungarurum  Jiegis  mortem  , 
in  cajîro  Ripa,  ad  caput  Benaci  :  qui  /<?- 
eus  fuerat  haHehus  ditionis  Scaligerorum. 
Ce  font  les  termes  dejofeph  Scaliger,fon 
fils,  dans  fa  Lettre  à  Doufa. 

LXXX. 

Ignorance  de  Mr.  Baillet  dan  fon  métier  de 
Bibliothécaire  touchant  le  Perroniana. 

MOnfieur  Baillet  dit  que  Mrs. 
Du  Puy  ont  fait  imprimer  le  Perro- 
niana; qu'il  appelle  les  Pcrronicnnes.  Ce- 
la n'eft  pas  véritable,  c'a  été  Mr.  Daillé, 
le  fils,  qui  Ta  fait  imprimer:  &  ce  fut  en 
1669.  qu'il  le  fit  imprimer:  &  il  le  fit  im- 
primer à  Rouan.  Pierre  du  Puy,  qui  c- 
toit  l'aîné  des  deux  frères  ,  mourut  en 
j 65*1 .  le  17.  Décembre  (1):  &  Jaque  du 
Puy,  Prieur  de  St.  Sauveur  ,  le  C3det, 
mourut  en  165-6.  le  17.  Novembre.  Ce 
qui  a  troublé  Mr.  Baillet,  c'eft  que  ces 
mots  du  Cardinal  du  Perron  ,  intitulez 

Per- 
f  1.  Le  14.  Décembre. 

M  i 


i 


268      Anti-Baillet.  P.  I. 

Perroniana^  ont  été  recueillis  par  Chrîs- 
tophleDu  PuyT  Procureur  de  laChartreu- 
fe  de  Rome:  le  frère  de  ces  MefTieurs  du 
Puy  :  lequel  étoit  en  ce  tems-là  Aumônier 
du  Roi,  &  adomeftiqué  chez  le  Cardinal 
du  Perron.  Mr.  Baillet  eft  peu  verfé  dans 
l'Hiftoire  des  gens  de  Lettres. 

LXXXI. 

Juftification  de  mon  Livre  Adoptif  :  de 
mon  portrait  infère'  à  la  tête  de  mes  Mis- 
cellanea:  y  de  la  foufcription  de  mon 
portrait. 

JE  fis  imprimer  en  \6si.  un  Livre  in-4. 
intitulé  Mifcellanea.  La  première  édi- 
tion de  mes  Poëfies  fait  partie  de  ces  M  es- 
langes.  J'ajoutai  à  mes  Poëfies  plulieurs 
Vers  en  l'une  &  l'autre  Langue,  qui  m'a- 
voient  été  adreiTez  par  différentes  perfon- 
nes.  Et  j'intitulai  ces  vers,  JEgidii  Me- 
nagii  Liber  Adoptlvus.  Mr.  Baillet  s'écrie 
là-dclfus  contre  moi  comme  fi  j'avois  fait 
la  plus  mauvaife  aclion  du  monde.  En- 
fin Mr.  Ménage  ,  non  content  d'avoir  eu 
tant  denfans  naturels ,  en  a  voulu  encore 
avoir  d  adoptif  s:  à  l'imitation  d'He'mfius: 
Et  ayant  ramajjé  un  Recueil  de  b  oèjics 
À* autres  ,  adrejjées  à  lui  ,  ou  faites  à  fon 
fujet ,  /'/  les  adopta  Cous  le  titre  ^'iEgidii 
Menagii  Liber  Adoptivus:  &  les  fit  im- 
primer avec  les  fiennes  à  Paris  in-^.  l'an 
165*2.  accompagnées  d'un  très'beau  portrait 
de  la  main  de  Nanteuil.  Ce  font  fes  ter- 
mes.   Il  dit  enfuke,  parlant  de  ceux  dont 

ta 


Anti  -Baillet.  P.  1.      169 

les  vers  compofcnt  ce  Livre  Adoptif, 
Nous  pouvons  ajjurer  même  que  tous  les 
François  n'ont  pas  toujours  été  également 
infenfibles  aux  bcautez  des  Poèjies  de  Mr, 
Ménage.  Et  il  fer  oit  aifé d'alléguer  les  Bal' 
Zacs,  les  Coflars,  les  Sarrafins  ,  les  Fer" 
ramus,  les  Des- Murets  ,  les  Halleys ,  les 
Mofants  de  Bricux ,  les  Valois,  les  Hein- 
fius  ,  les  Mambruns ,  pour  faire  voir  du. 
moins  que  la  fympathie  &  C amitié  mutuel" 
le  des  Poètes  efi  bien  capable  par  la  vertu 
de  F  invention  Poétique  de  trouver  dans  Vun 
des  leurs  les  plus  belles  qualité z  qui  font  im- 
perceptibles à  des  Critiques  farouches  &  in- 
traitables. 

Premièrement  :  un  Recueil  de  Poèjies 
d?  autres  adrejfées  à  lui,  eft  très- mal  dit.  Il 
faloît  dire,  un  Recueil  de  Poèjies  de  plu- 
fieurs  Poètes  ,  le f quelle  s  lui  étoient  adres- 
fées.  D'ailleurs,  il  eft  faux  que  Mr.  Cos- 
tar  m'ait  adrefte  des  vers.  Mr.  Coftar  n'a 
jamais  fait  de  vers.  Mr.  Baillet  a  pris  le 
nom  de  Mr.  Cojlar  pour  celui  de  Mr. Ha- 
bert  de  Mommor.  Mais  cela  eft  peu  de 
chofe.  Parlons  du  fonds  de  la  queftion. 
Quand  je  n'aurois  que  l'exemple  de  Daniel 
Heinfius  pour  juftifîer  le  titre  de  mon  Li- 
ber Adoptivus ,  cela  fuffiroît,  Daniel  Hein- 
iius  étant  un  homme  d'une  grande  autori- 
té parmi  les  gens  de  Lettres.  Mais  outre 
fou  exemple,  j'ai  celui  de  Nicolas  Hein- 
fius,  fon  fils,  digue  fiîs  defonpere:  le- 
quel a  fait  auffi  imprimer  dans  fes  Poëfîes 
un  Livre  Adoptif  de  vers  faits  à  fa  louan- 
ge. Et  outre  ces  deux  exemples,  j'ai  celui 
de  Mr.de  Furftemberg,Evéque  deMuns- 
M  3  ter 


270      Anti-Baillet.  P.  I. 

ter  &  de  Paderborn ,  homme  d'une  gran- 
de vertu  &  d'une  grande  piété,  Poète  cé- 
lèbre, &  le  Mécénas  de  notre  iïécle:  dont 
les  Poëiies,  de  fon  vivant ,  &  de  fon  con- 
fentement,  ont  été  publiées  avec  deux  Li- 
vres Adoptifs  de  vers  faits  à  la  louange, 
qui  excédent  de  beaucoup  le  nombre  de 
fes  propres  vers.  Ces  Poëlîes,  dont  il 
m'a  fait  préfent,  furent  imprimées  à  Ams- 
terdam chez  Elzevir  en  1671.  J'ajoute  à 
ces  trois  exemples  celui  de  Mr.  de  Balzac, 
qui  a  ajouté  au  Recueil  de  fes  vers  un  Li- 
vre de  vers  étrangers ,  fous  ce  titre  de  Li- 
ber Adopùvus\  quoique  ces  vers  ne  lui 
foîent  point  adreiîez.  Me  voilà  donc  bien 
jufïiflé  du  côté  du  titre  de  mon  Livre  A- 
doptif.  Pour  ce  qui  eft  delà  chofe,  il  7 
a  deux  mille  exemples  de  Poètes  dont  les 
Poè'fies ,  foit  de  leur  vivant  ,  foît  après 
leur  mort,  ont  été  imprimées  conjointe- 
ment avec  des  vers  d'sutfcs  Poètes  qui 
leur  avoientété  adreifez.  C'eft  ainfî  qu'on 
en  a  ufé  à  l'égard  de  Pétrarque,  de  Bem- 
be,  du  Cafa,  du  Rota,  de  Ronfard,  de 
Du-Bellai ,  de  Belleau  ,  de  Bertaud  ,  de 
Des-Portes,  de  Ste  Marthe,  de  Maynard, 
du  Cavalier  Marin,  de  Ségrais,  de  Halle 
de  Caen,  &c.  Et  Mr.  Bochart,qui  étoit 
la  modeitie  même,  a  fait  imprimer  à  la  tê- 
te de  fon  Phaleg  un  grand  nombre  de 
vers  faits  à  la  louange  de  fon  Livre.  Et  un 
nombre  infini  d'autres  Ecrivains  en  ont 
ufé  de  la  forte  à  l'égard  de  leurs  Ouvra- 
ges. 

Pour  ce  qui  eft  de  mon  portrait  inféré 
dans  mes  Mifcellanea ,  fi  Mr.  Baillée  en 

si 


An-ti-Baïllet.  P.  L  271 
a  voulu  faire  des  railleries  comme  il  fem- 
ble  qu'il  en  ait  voulu  faire,  il  eft  encore 
p!as  mal  fondé  en  cette  accufation  que 
caiiN  celle  dont  je  viens  de  parler  :  les  por- 
traits mis  à  la  tête  ces  Ouvrages  des  Au- 
teurs ,  étant  une  chofe  reçue  générale- 
ment parmi  tous  les  Auteurs.  Et  j'ap- 
prens  de  ces  vers  de  Martial  ,  que  cette 
coutume  fe  pratiquoit  de  ion  tems  : 

§uàm  brevis  immtnfum  ce  fit  membrana  Ma» 
ronem 

lllius  vultus  frima,  tabella  gerii. 

11  me  refte  à  répondre  aux  railleries 
qu'on  a  faites  de  cette  fou feription démon 
portrait,  /Egidius  Menagius 
Guillelmi  Filius.  On  dit  que 
c'eit  expliquer  une  chofe  obfcure  par  une 
plus  obfcure:  obfcurum  per  okfcurius.  Je 
n'ai  pas  un  grand  mérite:  mais  j'ai  une 
gran:e  réputation:  &  je  dois  une  partie 
de  cette  réputation  aux  perfonnes  qui  ont 
écrit  contre  moi.  Pour  ce  qui  eft  de  mon 
père,  comme  il  n'a  rien  imprimé,  quoi- 
qu'il ût  beaucoup  plus  de  mérite  que  moi 
dans  les  Lettres,  (ce  qui  paroît  par  les 
Mémoires  que  j'ai  écrits  de  fa  Vie)  fon 
nom  n'elt  pas  ii  connu  des  gens  de  Let- 
tres que  le  mien.  Mais  il  n'elt  pas  fi  obs- 
cur que  le  prétendent  ceux  qui  ont  fait  ces 
railleries.  Mr.  Des-Marais,  dans  la  Let- 
irc  57.  du  Livre  2.  de  fes  Lettres  Latines, 
a  parlé  c!e  mon  père  en  ces  termes;  qui  a- 
■s  ,    alicr    Scxvola  ,  aut 

M  4  P<*- 


272         Ant  I'BA1L.T,ET.    P.  I. 
Papiniavus ,  habitus  eft.     Le  Père  Vavas- 
leur  a  fait  ces  vers  fur  fon  portrait  : 

En  tïbi  qui  patries  ornât  Menagius  Andes 

Laude  pari,  clams  Juris  v  eloquiiy 
M  G  i  d  i  u  M  ge nuit ,  wc 

Et  Mr.  Petit,  cette  Epigramme  fur  fa 
mort  : 

Pojiquam  pallentes  vifit  Menagius  umbrast 
Andegavum  filult  trijle  repente  Ferum. 

'Slebiïis  amijjum  ploravit  Suada  parentem  : 
Ahjettis  gemuit  lancibus  ipfa  Themis. 

Vixit:  fed  mortis  folamen  grande  reliquit,  &c. 

Mr.  Du  Périer  Ta  aufll  célébré  par  ce 
diftique  fait  pour  PEpftaphe  d'Anne  Mé- 
nage, ma  fœur,  Supérieure  de  la  Maifon 
du  Calvaire  de  Tours: 

Tratribus  Anna  fuis  o1  magno  di^na  parents 
M  e  N  A  g  i  A  ,  bas  &des  Chrifto  qu&  condidit  s 
hic  eft. 

Et  Mr.  de  la  Mare  Confeiller  au  Parle- 
ment de  Dijon,  dans  fa  Vie  de  Cujas, 
non  encore  imprimée  ,  l'a  appelé  homme 
très- docte  &  très-éloquent.  Plulieurs  au- 
tres en  ont  parlé  de  même.  J'ai  produit 
leurs  Témoignages  à  la  tcte  des  Mémoi- 
res de  fa  Vie. 

Le  Père  Commîre  a  fait  depuis  peu  une 
belle  "Epigramme  fur  cette  Vie  de  mon 
Père.    J'en  ferai  part  ici  à  mes  Ledeurs. 

Dam 


Anti-Bajllet.  P.  I.       273 

D.im  patris  aureolo  defcribiî  faHa  libello  , 

Et  mores ,  Sparte  quos  velit  ejfe  fuos , 
M  £  n  a  g  1  v  s  ;   dub'ium  fecit ,    natujne    par 
renti , 

Ah  nato  plus  jam  debeat  ipfe  parent. 
Vit  a  alter  fragilem  mor'ituro  contulït  ufumi 
Viclurum  infcriptis ,  alter  obire  vetat, 

LXXXII. 

Ce  qu'a  écrit  Mr.  Baillei  que  ma  Requête  des 
Dictionnaires  avoit  été  mal  reçue  du  Pu- 
blic ,  m'eft  pas  véritable.  Il  n'ejl  pas  vérita- 
ble non  plus  que  faje  pojlnlé  pour  une 
place  de  l'Académie. 

MOnfieur  Baillet  a  écrit  à  la  pa- 
ge 23  r.  de  fou  fegond  Tome  part. 
3.  que  ma  Requête  des  Dictionnaires  avoit 
été  mal  reçue  du  Public.     Voici  Tes  ter- 
mes :  Avant  que  de  quiter   Mr.  Ménage , 
je  me  crois  obligé  de  parler  encore  d'un  au- 
tre  de  fes  Ouvrages,  qui  regarde  aujji  la 
Langue  Franfoije.     Cefl  [a   Requête    des 
Dictionnaires   qu'il  fit   contre    V Académie 
Franc oife ,  &  qui  Payant  brouillé  d'une  ma- 
nière prefque  irréconciliable  avec  cet  illus- 
tre Corps ,  le  mit  aujji  mal  ai  ce  le  Public, 
Il  eft  faux  que  ma  Requête  dcsDiclion- 
naires  m'ait  brouillé  de  la  foire  avec  l'A- 
cadémie. Tous  ceux  qui  la  compofoient, 
ne  confidérérent  ce  petit  Poëme  que  com- 
me un  jeu  innocent.     Et  la  plupart  de  ces 
Meilleurs  ,  Monfieur    de    Balzac  ,    Mr. 
Chapelain,  Mr.  Godeau,  Mr.  de  Vauge- 
M  s  la*, 


274      Anti-Baillet.  P.  I. 

las, Mr.  de  la  Mothc  le  Vayer , Mr. May- 
nart,  Mr.  Gombaud,  Mr.  Colletet,  Mr. 
de  la  Ménardiére,  Mr.  Cotin,  Mr.  Pa- 
tru,  Mr.  Charpantier,  Mr.  de  Furetiére, 
Mr.  Peiliiïbn,  Mr.  Corneiiie  le  Jeune, 
Mr.  de  Mommor ,  Mr.  de  CafTagne,  Mr. 
de  Benferade,  Mr.  Doujat,  Mr.  Régnier, 
m'ont  donné  depuis  dans  leurs  Ouvrages 
des  marques  de  leur  amitié  &  de  leur  efti- 
me.  Mr.deBoifrobert  efl:  le  feul  de  tous 
les  Académiciens  qui  s'eft  plaint  de  ce 
Poëme.  Je  raporterai  ici  à  ce  propos  l'ex- 
trait d'une  Lettre  .de  Mr.Patru  à  Mr.d'A- 
blancourt,  au  fujct  de  la  viiïte  que  rendît 
la  Reine  de  Suéde  à  l'Académie.  Dabord 
quelle  fut  entrée  dans  le  lieu  ou  on  la  de* 
voit  recevoir  ,  elle  s* approcha  du  feu ,  £3* 
parla  à  Mr.  le  Chancelier  ajfez  bas.  Puis 
elle  demanda  pourquoi  Mr.  Ménage  n*  étoit 
pas- là.  Et  fur  ce  qti'on  lui  dit  qitil  n'était 
pas  de  la  Compagnie ,  elle  demanda  pour- 
quoi il  n'en  étoit  pas.  Mr.  de  Boifrubert 
lui  répondit,  ce  me  femble ,  qrfil  méritott 
fort  dïen  être  :  mais  qitil  s"*en  étoit  rendu 
indigne.  Cette  Lettre  eit  imprimée  parmi 
les  Lettres  de  Mr.  Patru,  imprimées  à  la 
fin  de  fes  Plaidoyez  de  la  féconde  édition. 
Mais  notre  brotiilîerîc  de  Mr.  de  Boifro- 
bert  &de  moi  ne  dura  pas  toujours.  Nous 
nous  réconciliâmes  enfin  :  &  je  fis  des 
vers  à  fa  louange:  &  il  en  fit  à  la  mienne. 
Il  efl:  faux  auffi  que  cette  Requête  ait 
été  mal  reçue  du  Public.  Voici  comme 
en  parle  Mr.  Peilifïbn  dans  fon  Hiftoire 
de  l'Académie:  ha  dernière  de  ces  trois 
Pièces ,  (Il  parle  des  Pièces  faites  contre 

l'A- 


A  H  T  I  •  D  A  I  L  L  E  T.   P.   I.  27? 

l'Académie)   efl  cette  ingenieufe   Requête 
des  Diétionuah  es,  qu'un  Imprimeur  a  attjji 
publiée  uagueres  en  petit ,  avec  beaucoup  de 
fautes:  y  qui  depuis  a  été  imprimée  plus 
correctement  in  quarto.    'l'ont  le  monde  fait 
qu'elle   a    été  compofée  par  Mr.  Ménage, 
homme  non  feulement  fort  f avant    Çjf  fort 
poli ,  mais  encore  plein  d? honneur  &  d'une 
J'Aide  vertu.     Il  Va  toujours  beaucoup  ejli~ 
raée  lui  -  même  ,  &  en  a  parlé  honorable- 
ment en  pin fieurs  de  fes  Ouvrages.    Il  étoit 
auffi   ami  particulier  çjf  intime,  comme  il 
efl  encore  aujourd'hui ,  de  plufieurs  des  A- 
cadémlciens  dont  il  efl  parlé  en  cette  Requê- 
te \   &   ne  F  entreprit,  comme  il  le  protefte 
lui-  même ,  par  aucun  mouvement  de  haine 
ou  d'envie ,  mais  feulement  pour  fe  divertir, 
&  pour  ne  point  perdre  les  bons  mots  qui 
lui  étoient  venus  dans  Fefprit  fur  ce  fujet. 
Auffi    la   fupprima-t  il  après  F  avoir  faite. 
Et  elle  efl  demeurée  plus  de  dix  ans  cachée 
parmi  fes  papiers  :  jujqu^à  ce  qu'une  pcr~ 
fonne  qui  les  avoit  tous  en  garde  ,  fe  laiffa 
dérober  celui- Va  par  quelqu'un  que  nous  con- 
noijïons  ,   qui  en  donna  bien* tôt  après  plu- 
fieurs copies.  Cette  perfonne  qui  avoit  mes 
papiers   en  garde,    c'étoit   Mr.   Giraud,      M**à*xl 
Chanoine  de  l'Eglife  du  Mans.    Et  celui  ^%%g 
qui  lui  déroba  cette  Requête,  c'eft  l'Abbé  noniitetmeù 
de  Montreuil  frère  de  l'Académicien.     Il  ugfu   vo- 
n'eil  point  vrai  au  refte.  pour   le  mar-  J^tS31" 
quer  ici  par  occanon ,  que  j  aye  dit  que  toirc  de 
j'uflè  fait   la  Requête  des   Dictionnaires  mes  Poë: 
pour   ne  pas   perdre   les  bons   mots  qui  fics« 
m'étoient  venus  dans  l'efprit  fur  ce  fujet. 
J'aurois  u  grand  tort  d'avoir  fait  cet  Ou- 
M  6  vrage 


iy6       Ant  i-Baillet.  P.  I. 

vrage  par  ce  motif.  Miferum  efl ,  verbum 
non  pojfe  perdere. 

Mais  Mi\  PellifTon  n'eft  pas  le  feul  qui 
a  donné  des  louanges  à  la  Requête  des 
Dictionnaires.  Voici  comme  en  a  parlé 
l'Hiftoriographe  Scipion  Dupleix  dans 
fa  Préface  fur  fon  Livre  intitulé  Liber- 
té  de  la  Langue  Françoife  dans  fa  pure- 
te'  :  Un  des  plus  gentils  E [prit s  de  ce  tems , 
confidérant  Veffroiable  multitude  de  mots 
qu'ils  ont  condamnez  &  profcrits,  a  pris  de 
là  occajion  de  fe  moquer  de  leur  entreprife , 
aujji  odieufe  que  hardie  ;  par  une  Satyre 
Burlefquey  fous  une  gaillarde  Profopopée: 
dans  laquelle  il  répréftnte  les  Dictionnaires 
François ,  qui  fe  plaignent  du  dommage 
qu'ils  recevraient  par  le  retrancheme?it  dïun 
fi  grand  nombre  de  mots ,  s 'il  n'étoit  pour- 
vu a  ce  defordre. 

Mr.  le  Duc  de  Montaufîer  &  Mr.  de 
Balzac  l'ont  aufli  fort  louée:  ce  qui  pa- 
roît  par  cet  endroit  de  la  Lettre  de  M.  de 
Balzac  au  Père  Vavaffeur,  imprimée  à  la 
fin  de  l'Entretien  XXXVIII.  de  Mr.  de 
Balzac:  Et  s'il  fallait  irrémijjiblement  que 
le  ftile  de  Marot,  &  que  le  genre  Burles- 
que périjfent ,  je  fer  ois  de  P avis  de  Mr.  le 
Marquis  de  Montaufîer.  En  cette  généra- 
le profcription  ,  je  demanderais  grâce  pour 
les  Avantures  de  la  Souris,  pour  la  Requê- 
te de  Scarron  au  Cardinal,  &  pour  celle 
des  Ditlionnaires  à  V Académie. 

Mr.  de  Furetîere  en  a  auffi  parlé  avan- 
tageufement.  C'eft  dans  fa  Nouvelle  Al- 
légorique fur  les  troubles  du  Parnafle.  La 
J9Ûte  du  Cavalier  Ménage  fit  beaucoup  de 

bruit  : 


Anti-Baillet.  P.  I.  277 
bruit:  car  ayant  pris  l'intérêt  de  Nicod  & 
de  Calepin ,  a  qui  il  avoit  quelqu1  obligation, 
il  je  mit  en  lice,  &  fe  préfentd  au  bout  de 
la  Carrière  pour  combattre  tous  venants.  Il 
fit  alors  plufieurs  coups  de  lance,  &  rom- 
pit av$c  plufieurs  des  Quarante  Barons.  Et 
il  leur  donna  de  fi  rudes  atteintes ,  qu'enco- 
re qu'il  n'eût  dcfjeïn  que  de  faire  un  jeu* 
cela  pafja  pour  un  combat  à  outrance ,  &  a 
fer  émoulu. 

Mr. Bail  le t  avoir  ajouté  que  j'avois 
poitulé  pour  une  place  de  l'Académie,  & 
que  j'en  avois  été  refufé  à  caufe  de  cette 
Requête:  ce  que  Mr.  le  Préfîdent  Coufin, 
Examinateur  de  Ion  Livre  de  la  part  de 
M.  le  Chancelier,  lui  fît  ôter.  Il  e(t  faux 
que  j'aye  jamais  poltulé  pour  une  place  de 
l'Académie.  Et  il  e(t  faux  par  conféquent 
quej'en  aye  été  refufé.  Voici  le  fait.  De- 
puis l'établiirement  de  l'Académie,  on  a 
propofé  un  nombre  infini  de  fois  dans  l'A- 
cadémie de  me  faire  de  l'Académie.  Mais 
comme  il  falloit  poftuler  pour  en  être, 
n'ayant  jamais  voulu  poliuler,  je  n'en  ai 
point  été.  M.  de  Mommor  dit  un  jour 
dans  l'Académie  à  ce  propos,  qu'il  fal- 
loit me  condamner  à  être  de  l'Académie 
de  la  même  façon  qu'on  condamne  ces 
jeunes  garçons  qui  ont  diffamé  des  filles 
de  les  époufer.  Ii  y  a  un  peu  plus  dedeux 
ans.  que  deux  places  de  l'Académie  étant 
vacantes;  l'une  ,  par  la  mort  de  M.  Cor* 
neille;  mais  qui  avoit  été  promife  à  fou 
frère,  &  l'autre,  par  la  mort  de  Mr.  de 
Cordemoy;  M.  Régnier,  Secrétaire  per- 
M  7  pétuel 


27&  An  ti  -Bail  le  t.  P.  I. 
pctuel  de  l'x^cadémie,  me  fit  l'honneur  de 
me  venir  voir,  pour  me  dire  que  dans  Ja 
dernière  AfFemblée  de  l'Académie,  on  a- 
voit  propofé  de  remplir  la  place  de  Mr.  de 
Cordemoy  d'un  fujvt  qui  fît  honneur  à 
l'Académie,  &  que  tous  ces  Mrs.  qui 
compofoient  cette  AfTemblée,avoient jet- 
té  les  yeux  fur  moi.  Et  il  me  convia  de 
leur  part  de  vouloir  accepter  cette  place: 
&  il  m'en  convia  avec  des  paroles  iï  obli- 
geantes que  la  modeftie  ne  me  permet  pas 
de  les  rapporter  en  ce  lieu.  Je  répondis 
à  Mr.  Régnier  que  je  ne  méritois  pas 
l'honneur  que  ces  Mrs.  me  vouloient  fai- 
re: mais  que  s'ils  me  fefoient  cet  hon- 
neur, je  le  recevrois  avec  refpeér,  avec 
joye  &  avec  reconnoîifance:  mais  que  je 
ne  voulois  ni  coutelier  contre  perfonne  la 
place  dont  étoit  queftion,  ni  la  folliciter 
auprès  de  qui  que  ce  foit.  Je  dis  la  même 
chofe  à  Mr.  Charpantier,  qui  le  lende- 
main de  la  viûte  de  Mr.  Régnier,  me  vint 
faire  à  peu  près  le  même  compliment  que 
Mr.  Régnier.  Quelques  jours  après,  plu- 
sieurs de  Mrs.  de  l'Académie;  Mr.  Dou- 
tât, Mr.  de  Benferade  ,  Mr.  de  Lavau, 
Mr.  de  Chaumont  Evêque  d'Acs ,  Mr. 
Perrault,  Mr  l'Abbé  Huet;  vinrent  en 
perfonne  m'offrir  leurs  furîrages.  Et  quel- 
ques autres  s'envoyèrent  offrir  à  moi. 
Dans  ce  tems-là,  Mr.  Bergeret,  homme 
de  beaucoup  de  mérite,  qui  avoit  été  A- 
vocat  Général  du  Parlement  de  Metz,  ce 
qui  étoit  Secrétaire  du  Cabinet,  &  Pre- 
mier Commis  de  Mr.  Colbert  de  CroilTy 
Secrétaire  d'Etat,  fongea  à  être  de  l'Aca- 
démie : 


Anti-Baille  t.  P.  I.  279 
demie:  ne  fâchant  point  ce  qui  s'étoft  pas- 
lé  dans  l'Académie  à  mon  fujet  :  car  il  é- 
toîten  ce  tems-là  à  Fontainebleau  où  étoit 
la  Cour  Le  Révérend  Père  de  la  Chai- 
fe, ConfWfeur  du  Roi,  qui  eft  un  des 
hommes  de  France  le  plus  conlîdéré,  fit 
écrire  de  fit  part  le  Père  Verjus,  à  Mr. 
l'Abbé  de  la  Chambra,  à  Mr.  Doujat,  à 
Mr.  Charpantier,  &  à  Mr.  Régnier  pour 
leur  demender  avec  iniïance  leurs  furfra- 
ges  en  faveur  de  Mr.  Bergeret,  qui  elt  fort 
de  fes  amis.  Ces  Mrs.  écrivirent  au  Père 
Verjus  pour  s'exeufer  envers  le  Père  de  la 
Chaife:  difant  qu'ils  s'étoient  déclarez  pu» 
bliquement  pour  moi:  qui  d'ailleurs  étois 
un  fujet  très-digne  de  remplir  la  place  va- 
cante. Mr.  Régnier  &  Air.  Charpantier 
m'apportèrent  leurs  Lettres,  qui  étoient 
toutes  pleines  de  mes  louanges.  Commeje 
m'étois  déclaré  que  je  ne  voulois  concou- 
rir avec  perfonne,  je  priai  ces  MefTienrs 
qui  fongeoient  à  moi,  de  n'y  plus  fonger, 
&  d'abandonner  la  chofe.  Ils  me  répon- 
dirent, que  s'étant  exeufez  envers  le  Père 
de  la  Chaife,  la  chofe  ne  recevoir,  aucune 
difficulté.  Ils^e  dirent  de  plus,  que  ce 
n'étoit  pas  mon  affaire  :  que  c'étoît  celle 
de  l'Académie:  ce  qui  fit  dire  à  Mr.  le 
Préfîdent  Rofe  qu'il  étoit  pour  l'Acadé- 
mie, loriqu'on  lui  demanda  pour  qui  il  é~ 
toit  de  Mr.  Bergeret  ou  de  moi.  Et  en 
erfet,  j'étois  fur  le  point  d'être  élu,  lors- 
que fur  un  bruit  qui  courut  que  M  de 
Louvoi  auroit  bien  agréable  d'être  de  l'A- 
cadémie, on  députa  vers  lui  pour  le  prier 
d'en  vouloir  être.  Mr.  de  Louvoi  s'é- 
tant 


280       Anti-Baillet.  P.  I. 

tant  excufé  d'en  être,  le  Père  de  la  Chai- 
fe,  à  la  prière  de  Ton  ami,  renouvela  fes 
follicitations  avec  toute  forte  d'ardeur;  & 
il  fit  palTer  du  cô>'  de  Mr.  Bergeret  quel- 
ques Académiciens  qui  s'étoient  envoyez 
offrir  à  moi  ,  &  obligea  quelques  autres 
qui  dévoient  m'être  favorables,  de  ne  point 
aller  à  l'Académie  le  jour  de  l'élecîion. 
Toute  la  maifon  Colbert  fit  une  affaire  de 
conféquence  de  cette  affaire.  Mr.  de  Set- 
gnelai,  Mr.  de  CroiïTy,  Mr.  le  Coadju- 
teur  de  Rouan,  Mr,  le  Duc  de  St.  Ai- 
gnan,  Mr.  le  Duc  de  Beauvilîers  follictte- 
rent  en  perfonne  pour  Mr.  Bergeret,  avec 
plulieurs  Dames  de  la  Cour,  qui  y  font 
très-puiffantes.  En  un  mot  ,  comme  de 
mon  côté  on  ne  fefoit  nulles  follicitations, 
&  qu'on  en  fefoit  fans  ceffe,&de  prenan- 
tes, &  de  paillantes,  du  côté  de  Mr.  Ber- 
geret ,  Mr.  Bergeret  fut  élu  à  la  plurali- 
té de  quelques  voix; 

Dont  la  troupe  de  Ménage 
Appeia  comme  d'abus 
Au  tribunal  de  Phœbus. 

C'efr  ce  que  dit  Mr.  de  Benferade  dans 
fon  Pocme  du  Portrait  des  Académiciens 
qu'il  récira  dans  l'Académie  en  préfence 
de  Mr.  Bergeret,  le  jour  même  que  Mr. 
Bergeret  y  rit  fa  Harangue.  Plufieurs  per- 
foqnes  rirent  des  vers  à  ma  louange  fur 
cette  occafion,  comme  fur  une  chofe  qui 
m'avoit  été  fort  glorieufe:  car  ceux  mê- 
mes qui  étoient  contre  moi,  en  parloient 
avec  de  grands  éloges.  Mr.  Petit,  entr'au- 

tres, 


Anti-Baille  t.  P.  I.         28r 

trcs,  fit  à  ma  louange  cette  Epigramme 
Latine:  qui  fera  voir  à  Mr.  Baillet  que  je 
n'ai  point  poftulé. 

Obtu'erat  vacuamfacunda  Academia  fedem 

M  E  n  a  g  i  o ,  tanti  nomme  capta  viri. 
lllt  ultro  ohlatum  non  dedignatus  bonorem , 

Ut  fibijam  parto  tnunere ,  Ut  us  erat. 
Et  méritas  Mis  grates  de  more  parabat 

Pendere  :    Bergeretls  mm  fubito  e 
latebr'is 
Audax  erumpens,  athlett.  occurrere  tanto 

Non  dubitat.     Vacuum  pofeit  at  Mit  locum. 
Et  tandem ,  ô  mores  !  prtnfanti  dum  favtt 
Aula, 

Doclrinam  vincunt ,  ingeniumque ,  prects. 
Eue  indignantur  Graia  ,  LatUque  Camen&  : 

Mufa  indignât  ur  Gallica:  Tufca  Charis.  C'eft  uh 

Defwite  irarum  ,  bona  Numina,dixit  Apollo  :  i»orateur 

Delphinum  talem  non  capit  h^c  patina,  Amphicra- 

r  t  r  tes  :  qui  fe 

-,   .     .       v  ^    .  .     .,      t>,      trouvedant 

J  ajoute  a  cette  Ep:gramme  de  Mr.  re-  p]utarquc 
tit,   cet  endroit  des  Remarques  de   Mr.  en  la  vie 
l'Abbé  de  Marolles  fur  la  Traduction  de  fuesLucul" 
Virgile  de  Mr.  de  Segrai^  :  qui  fera  voir  puas*  g?t 
aufll  à  Mr.  Baillet  que  je  n'ai  pas  été  jugé 
indigne  d'être  de  l'Académie  par  ceux  de 
l'Académie  :  Il  faut  avouer  que  P Acadé- 
mie Françoife  n'eft  remplie  que  d'hommes 
eboifis  entre  tous  les  autres  ;  Uf quels  javent 
parfaitement   Part  de   bien  écrire.     De  là 
vint  fue  l'un  de  ceux  qui  la  compujent^  di- 
f oit  une  f -Ai   à  quelques-uns ,  qu'à  peine  en 

woijjolt-'il  trois  quifufi'ent  capables  d'em 

rem* 


2%z       Anti-Baillet.  P.  I. 

remplir  dignement  des  places.  Entre  les- 
quels il  nommoit  Monfieur  Ménage ,  que 
Von  avoit  propofé  pour  être  le  Précepteur 
de  Mo>i feigne ur  le  Dauphin,  {comme  il  le 
dit  lui-  même  à  Monfieur  de  Méré)  Mr. 
VAbbé  Hédelin  Çjf  feu  Mr.  le  Prieur  Ogier, 
Cet  Académicien  qui  parloir  de  la  forte, 
c'étoit  le  célèbre  Monfieur  d'Ablancourt. 
Et  dans  l'affaire  de  Mr.  Bergeret,  ceux 
mêmes  qui  furent  contre  moi ,  me  ju- 
geoîent  très-digne  d'être  de  l'Académie. 
Mr.  Furetiére  fut  un  de  ceux  qui  furent 
contre  moi.  Et  cependant,  voici  ce  qu'il 
a  dit  de  moi  dans  une  de  fcs  Epigrammes 
contre  l'Académie  ,  adreiïee  à  fon  con- 
frère Mr.  Racine  ,  qui  fut  auffi  contre 
moi. 

L'Académie,  ayant  fruftré  Ménage 

De  l'efpoir  d'être  de  fon  Corps , 
Parceque  fon  favoir  lui  donnoit  de  l'om- 
brage; 

A  fait  en  fuite  fes  efforts 
Pour  en  chafTer  l'Auteur  d'un  beau  Diction- 
naire. 

Racine,  prenez  garde  à  vous , 
Vous  haranguez  fi  bien  au  jugement  de  tous 
Qu'on  ne  vous  y  verra  plus  guère. 

Mais  pour  faire  voir  à  Mr.  Baillet  que 
ma  Requête  des  Dictionnaires  ne  m'a 
point  brouillé  avec  l'Académie  de  la  fa- 
çon qu'il  dit,  c'eft  que  depuis  quinze 
jours  une  place  étant  vacante  dans  l'Aca- 
démie par  la  mort  de  Mr.  le  Duc  de  St. 


Anti  -Baillet.  P.  I.       283 

Aîgnan  ,   Mrs.  de  l'Académie  me  l'ont 
offerte  le  plus  obligeamment  du  monde. 

Et  m'étant  excufé  de  l'accepter  à  caufe 
de  ma  mauvaife  cuiiîe,  qui  ne  m'ôt  pas 
permis  d'aiîîfter  à  leurs  Aiïemblées,  Mr. 
l'Abbé  Huet,  nommé  à  l'Evéché  de  Sois- 
fons,  un  des  plus  dignes  fujets  de  l'Aca* 
demie,  qui  étoît  en  ce  tems-là  en  Nor- 
mandie en  fon  Abbaïe  d'Aunaî ,  me  fit 
l'honneur  de  m'écrire  là-defïus  en  ces  ter- 
mes :  Je  fuis  très  fâché  que  'vous  ayez,  re- 
fufé  la  place  de  F  Académie  qui  vous  avoit 
été  offerte  de  fi  bon  cœur  &  de  fi  bonne 
grâce.  On  me  Vécût  avec  chagrin.  Et  ce 
chagrin  eft  une  preuve  que  vous  ne  la  de' 
viez  pas  refufer.  Voire  mal  de  cuffe  ne 
vous  auroit  pas  empêché  a" aller  à  l'Acadé- 
mie une  ou  deux  fois  par  an.  Ht  quand 
même  vous  ù*y  auriez  été  qnc  le  jour  de  'vo- 
tre réception  ,  cela  auroit  juffi.  Il  falloit 
que  votre  nom  parût  dans  les  Fajles  de  l'A- 
cadémie. Monfieur  Ménage  fe  devoit  À 
l'Académie:  &  ï* Académie  (e  devoit  à 
Monfieur  Ménage. 

LXXXIII. 

Méprife  de  Monfieur  Baillet  au  fujet  des 
vers  de' Mur  et  pris  par  Se  aliter  pour  ceux 
d'un  Ancien  Comique.  Il  n'eft  point  vrai 
que  Muret  ait  demeuré  en  penfion  chez 
fuies  Scaliger.  Plufieurs  particulariîcz 
curie  ufes  tondant  Mur:!. 


M 


Onfieur  Baille  r.  Il  faut  en  effet    Page  311, 

■lue  Muret  ait  fa  bien  parfaitement  Pa;tie  »• 
'  l     J  ■     ■    Tom.  4. 

tmi- 


284       Anti-Baillet.  P.  I. 

imiter  les  Anciens ,  puifque  Jofeph  Scaliger 
qu'il  appel/oit  fon  frère  <C 'adoption ,  &  qui 
connoijjoit  fort  bien  l' Antiquité  s'y  laijja 
prendre ,  lors  qu'il  lui  fit  paffer  une  Epi- 
gramme  qu'il  avoit  faite  pour  l'Ouvrage 
d'un  Ancien  Auteur. 

11  ajoute  dans  fes  preuves:  Janus  Ni- 
dus  Erytbraus  Pinacotheca  1.  pag.  12. 
Cejl  que  dans  le  tems  que  Muret  demew* 
roit  a  Agen  en  penfion  chez  Jules  Scaliger \ 
père  de  Jofeph  ,  Jules  l'appelloit  fon  fils, 
Joseph  Z'ouloit  fe  vanger  de  la  fourbe  d,e 
Muret,  par  une  allufion  affez  froide  qu'il 
fît  au  fupplice  qu'on  préparoit  à  Touloufe 
pour  Muret,  à  caufe  d'un  crime  déte fiable  : 
&F  il  fît  cette  Epigramme , 

Qui  flammas  rigidae  vitaverat  antè  Tolofae 
Rumetus,  fumos  vendidit  ille  mihi. 

Ménage.  J'ai  fait  voir  en  plufîeurs 
endroits  de  ces  Remarques  que  Monfieur 
Bailkt  eft  tout-à-fait  ignorant  dans  l'His- 
toire des  gens  de  Lettres.  Ces  vers  de  Mu- 
ret que  Scaliger  prit  pour  les  vers  d'un 
Ancien,  n'étoient  pas  une  Epigramme: 
c'étoit  un  endroit  d'une  Scène  de  Comé- 
die. Ce  qui  paroit  par  ces  mets  des  No- 
tes de  Scaliger  fur  Varron  de  Re  Ruftica , 
pag.  212.  de  l'édition  de  Henri  Etienne  de 
15-73    où  Scaliger  a  cité  ces  vers  comme 

étant 

%  i.  Le  bon  homme  Conrad  lUttershufius  qui 
ne  raffinoit  pas  trop  en  critique,  Se  qui  apparem- 
ment n'avoir  vu  que  la  première  édition  du  Vairon 
de  ScaJiger,  a  cité  comme  anc;ens,  pag.  25.6.  £c 
257.  de  fes   Commentaires  lui  Oppien  ces  vers  de 

.Mu- 


Anti-Baillet.  P.  f.  23y 
étant  d'un  Ancien  Comique  :  Producam 
autem  locum  veteris  Comici  Trabeœ,  ex 
Fabula  Harpace  ,  ubi  hoc  loqucndi  genus 
ufurpatur\  Il  parle  de  la  façon  de  parler 
auro  contra  :  tum  propter  fcntenîiœ  ele- 
ga/itiam  ,  tum  etiam  quia  vu/go  nondum 
noti  funt. 

Hère,  û  querelis,  eju'atu,  fktibus, 
Medicina  fieret  miieriis  mortalium  , 
Auro  parandae  lacrimse  contra  forent. 
Nunc  hsec  ad  minuenda  mala  non  magis 

valent , 
Quàm  naenia  Praeficae  ad  excitandos  mor- 

tuos. 
Res  turbidae  confilium ,  non  fietum  expetunr. 

Qiiis  en'rm  tara  averjus  a  Mufis  ,  tamque 
kumanitaùs  expers  ,  qui  horum  publicatio~ 
ne  offendatur.  Scaliger  fupprima  ces  vers 
dans  l'Edition  poftérieure  de  fon  Varron 
(i).  Muret  les  a  fait  imprimer  dans  le 
Recueil  de  fes  Poefies  de  l'édition  d'Aide 
de  1575".  Et  il  les  a  fait  imprimer  avec 
ce:te  Note  :  Cùm  veteris  Comici  Grœci 
Philemonis  fetttentiam  a  Phtareho  CS5  à 
Stohxo  acceptant  ,  avimt  caujjâ  exprimera 
tentaffem ,  ciT  dicendi  génère ,  o  numéro , 
veterum  Latinorum  fimillimo  :  placuit  e- 
tiarn  experiri ,  nunquid  eandern  comice  ex- 

tu- 

Muret,  qu'il  a  cru  de  bonne  foi  être  d«  Trabeas  , 
&  d'Attius,  quoi  que  Muret  lut-Taême  plus  d« 
vingt  ans  aupuravant  eût  déclaré  la  luppofition. 
M.  Ménage  a  remarqué  ci- deflous  p.  287.  quelque 
ciioie  de  icmblable  touchant  le  Jeiirne  Seraciusl 


2S6       Anti-Baillet.  P.  I. 

plicare  pojfem.  Vtfum  e(l  utrumque  non 
infeliciter  fuccejjijje.  Per  jocum  itaque 
prioribus  verfibus  Attii ,  pofterwribus  Tra- 
be<e  nomen  afcripfi ,  ut  experirer  aliorum 
judicia ,  &  vider em  num  qui  s  in  eis  ineffet 
vetuftatis  fapor.  Nemo  repertus  eft  qui 
non  ea  pro  veteribus  acceperit.  Unus  etiam, 
&  eruditione  &  jttdicio  acerrimo  prœdi- 
tttïy  repertus  eft ,  qui  ea  à  me  accepta  pro 
veteribus  public  ar  et.  Ne  qui  s  igitur  ara- 
pli  us  jallatur ,  &  rem  totam  detegendam , 
&  carmin  a  tpfa  hîc  fubjicienda  duxi. 

Afficla  Attio. 
Nam  iilamentis  aîlevaretur  dolor, 
Longoquc  fletu  minueretur  mifcria, 
Tum  turpe  lacrumis  indulgere  non  foret, 
FradHque  voce  Divûm  obteftari  fidem, 
Tabifica  donec  pectore  exceffet  lues. 

Nunc  hase  neque  hilum  de  dolore  detra- 
hunt: 

Potiùfque  cumulum  mlferis  adjiciunt  mali. 

Afficla  Trabece. 

Hère,  fi  querellis,  ejulatu,  fletibus, 

Medicina  fleret  miferiis  mortalium  , 

Auro  parandse  lacrumae  contra  forent. 

Nunc  hase  ad  minuenda  mala  non  magis 
valent, 

Quàm  n^enia  Praeficse  ad  excitandos  mor- 

tuos, 
Resturbidse  confiliumnon  fietum  expetunt. 
Ut  imbre  tellus ,  fie  riganda  mens  mero: 
Ut  illa  fruges,  hac  bona  confilia  efferar. 

IJc 


Anti-B  ail  le  t.  P.  I.      2?7 

je  remarquerai  ici  en  paiXant,queNïco- 
laus  Serarius  dans  Tes  Notes  fur  l'Epitrc 
90.  de  Boniface  Archevêque  de  Mayence, 
page  325-.  a  auffi  allégué  ce  vers  de  Mu- 
ret, Auro  paranda  lacrumœ  contra,  forent , 
comme  étant  de  l'Harpacé  de  Trabéa. 

Mr.  Bailkt  qui  n'dr  qu'un  Copilte  de 
faifeurs  d'il  loges,  a  pris  de  l'Eloge  de 
Muret  fait  par  Janus  Nicius  Erythraeus  ce 
qu'il  a  dit  ici  que  ces  vers  de  Muret  é- 
toient  une  Epigramme.  C'elt  aufli  du  mê- 
me faifeur  d'Eloges  qu'il  a  copié  l'Epi- 
gramme  de  Scaliger.  Car  Janus  Nicius 
Erythraeus  a  répréfenté  cette  Epigramme 
de  la  même  façon  que  Monfieur  Baillet. 
Dans  le  Recueil  des  Poélies  de  Scaliger 
fait  par  Scrivérius  fur  les  Originaux  de 
Scaliger,  elle  eit  de  cette  façon,  qui  eft 
meilleure: 

6}«i  ri^'idâ  flammas  evaferat  ante  ToUÇa^ 
Rumctus ,  fumos  vendidit  Me  mihit 

Mais  Monfieur  Baillet  a  ajouté  de  fon 
chef  que  l'ai  lu  lion  étoit  froide.    Monfieur 
Baillet  juge  des  vers  comme  un  aveugle 
des  couleurs.     Et  il  ne  peut  pas  en  bien 
juger,  n'en  ayant  jamais  fait.     Il  n'appar- 
tient qu'aux  Poètes  de  juger  des  Poètes. 
Voyez  ci-deiîbus  le  chapitre  85*.  de   ces 
Remarques.     Cette   Epigramme  eft  très- 
belle:  &  elle  a  reçu  une  approbation  uni- 
verfelle  de  tous  les  connoilfeurs.    Ce  que 
Monfieur  Baillet  dit  enfuiie,  qu'on  pé- 
paroit  à  Touloufe  un  fupplice  à  Muret, 
m'oblige  de   raconter   ici  cette  facheufe 
Hiftoire  de  Muret. 

Mu- 


2?S       Anti-Baillet.  P.L 

Muret  aimoit  un  jeune  garçon  de  Dijon, 

qui  avoit  été  Ion  Ecolier,  nommé  Fran- 

CeFre-  fois  Menge  Fremiot.     C'eft  le  nom  qu'on 

miot,  dan$iuj  donne  fous  l'Epigramme  qu'il  a  faite 

Epigram"   (0  fur  le  portrait  de  Muret,  inféré  à  la 

mes  qu'il  a  tête  du  Commentaire  de  Muret  fur   le 

adrcffcc  à    premier  Livre  des   Amours  de  Ronfard. 

wlTeMu?"  ^ans  ïeDelici*  Poétarum  Gallorum  ,  où 

rct  Ton  pré- font  les  Poëfies  de  ce  Fremiot,  &  dans  le 

cepteur.     Juvenilia  de  Muret,  où  il  y   a  deux  de 

fes   Epigrammes,  il  efl:  appelé  L.  Mem- 

mius  Fremiot  us.     Et  il  eft  appelé  de  mê- 

Tol.so.  me  dans  le  Commentaire  de  Muret  fur 

Catulle.     Ac  memini  equidem,  L.  Mem- 

mium  Fremiotum  ,   nobilijfimum  ,  fummo~ 

fue  ingenio  prœditum  adolefcentem  ,  cuiïi 
oc  carme»  una  evolveremus ,  mïhi  die  ère, 
&c.  Ce  qui  me  fait  croire  ,  qu'il  s'ap- 
peloit  Louis ,  ou  Luc ,  ou  Lambert  Men- 
ge Fremiot.  Je  remarquerai  ici  en  pafTant 
que  Moniîeur  Baillet  a  omis  ce  Fremiot 
dans  fa  Lîlte  des  Poètes  de  France  qui 
ont  fait  des  vers  Latins.  Je  veux  croire 
que  Muret  aimoit  ce  jeune  garçon  d'un 
amour  honnête.  Cependant  il  fut  aceufé 
de  l'aimer  d'un  amour  deshonnête.  Ce 
qui  paroît  par  cet  Extrait  du  fegond  volu- 
me des  Regîtres  Journaux  de  la  Ville  de 
Touloufe  :  Cette  année  (lj^.)  Marc  An- 
toine Muret ,  Limofin,  qui  a  laijjé fes  doc- 
tes Livres  a  la  pofiérité\  &  du  depuis  k 

Rome 

%  i.  Je  ne  fai  dans  quelle  édition  des  Amours 
de  Ronfard  M.  Ménage  a  trouvé  ce  François  Fre- 
miot. Il  y  a  dans  toutes  celles  que  j'ai  vues  L. 
Memmii  Fremiot i  excepté  dans  celle  de  itfio.  in  12. 


ànti-Baillet.  P.  I.      2S9 

Rome  Orateur  du  lape;  fut  brûlé  en  effi- 
gie ai  ce  un  Memmius  fremiot  ,  de  Dijon , 
pour  être  Huguenot  &  Sodomite  :  en  la 
place  St.  George  :  par  fentence  des  C api- 
toux,  confirmée  par  arrêt.  Il  n'y  a  point 
d'apparence  que  cette  Sentence  des  Capi- 
toux  de  Touloufe  ait  été  confirmée  par 
Arrêt  du  Parlement  de  Touloufe.  Car 
ayant  été  donnée  par  contumace,  &  or- 
donnant le  plus  févere  des  fupplices,  il  ne 
peut  pas  y  en  avoir  û  appel  à  minima  de 
la  part  du  Procureur  du  Roi.  J'ai  appris 
de  Monlieur  Baluze  qu'il  avoit  appris  de 
Monlieur  deCafeneuve,  qu'un  Confeiller 
du  Parlement  de  Touloufe,  ami  &  admi- 
rateur de  Muret ,  fut  chez  lui  pour  lui 
donner  avis  des  pourfuites  qu'on  féfoit 
contre  lui  ,  &  que  ne  l'ayant  point  trou- 
vé, il  lui  écrivit  ce  vers,  Heu  fuge  crude- 
les  terras  ,  fuge  littus  azr/rum.  Muret 
fur  cet  avis  s'enfuit  de  Touloufe,  &  s'en 
alla  en  Italie.  Cafaubon  dans  fes  Ani- 
madverflons  fur  Athénée  Livre  x.  en.  1. 
fait  mention  de  cette  fuite  &  de  ce  voyage, 
en  ces  termes:  Accepimus  etiam  à  viris  fi- 
de  dignis  ,  vifas  manifeftb  aures  movere , 
(il  parle  des  hommes  à  qui  les  oreilles  re- 
muent) viro  cuidam  erudttijfimo,  cum  per 
Allobrogum  fines  tranfiens  ,  vivicomburii 
periculum  fibï  à  Magiftratu  imminere  in- 
tellexiffet  :  quôd  diceretur  nefandi  crimi- 

nis 

où  il  y  a  E.  Memmii  Fremiott.  L-e  premier  nom 
de  ce  Fremiot  commençoit  afîurémenr  par  une  L, 
cette  L  renverfe'e  eft  devenue  une  F,  &  de  cette  F 
on  a  pu  ailement  faire  un  E, 

Tom.ni.Part.l.  N 


K)o      Anti-Bai ll et.  P.  I. 

ni  s     reus    l'a  lofa    in     Italiam  fugere. 

J'apprens  d'Antoine  du  Verdier  de  Vau- 
privas  dans  fa  Profopographie  Livre  vin. 
que  Muret  fut  à  Paris  avant  que  d'aller  en 
Italie  &  qu'il  y  fut  fait  prifonnier  au  fujet 
du  même  crime.   Voici  fes  termes;  Marc 
Antoine  Muret  ,   Citoyen    Romain  ,    natif 
en  Lrmofin,  grand  Orateur  &  Poète-,  ain- 
fi  que  jes  Oeuvres  témoignent ,  était  Coufim 
Muret ap-  de  Jean  Dorât,  Poète  du  Roi.     Après  a" 
pelé  Dorât  voir  donné  a  la  France  l'odeur  de  [on  érudi- 
fon  parent  tion     ^  efpérant  de  grands  fruits .  fut  ac- 
dans  fon  r, '   , ,       Jr  ,        •         s         .  J_       j  r\\     r 

Ode  Latine  cuJe  ^  une  domination:  dont  il  fut  prtjon- 
à  Doiat.      nier  auCkâtelet  à  Paris,  &  tenu  fort  é- 
troitement  dans  un  cachot.     Là,fentant  le 
ver  de  fa  confeience,  &  craignant  une  mort 
honteufe  ;   encore    qu'il    devoit   davantage 
craindre  le  jugement  de  Dieu,  1$'  la  mort 
éternelle',  il  fe  délibère  de fe  laijjèr  mourir 
de  faim.     Dorât  me  le  contant,  difoit,  les 
Grecs  appelent  cela  &£0Jiap7£p£fVt     Toute- 
fois  Dieu   eut  pitié  de  fon  ame ,   &  ne  le 
voulut   perdre.     Ses    amis  s"1  employèrent. 
Son  f avoir,  &  Vefpérance  qu'on  avoit  qu'il 
fer  oit  quelque  fruit,    &  fe  repentir  oit,  fit 
qifon  trouva  moyen  de  Voter  de  la:  Mais 
il  lui  fallut  abandonner    le   Royaume.     Il 
prend  fon  chemin  en  Italie  :  où  étant ,  en 
une  Ville  de  Lombardie ,  il  tomba  malade. 
Il  étoit  a/fez  mal  vêtu,  pour  ce  qu'il  s^étoit 
déguifé.     Avec  cela,  il  avoit  un  vif  âge  as- 
fez  grojfier  ,    couperofé  :    tellement   qu'on 
r? eût  jamais  jugé  que  ce  corps  dans  fes  bail- 
Ions  ût  logé  un  fi  bel  efprit.     Il  fa:t  appeler 
lp  Médecin.     Ce  Médecin  V ayant  quelque 
peu  traité ',  trouvant  fa  maladie  douteufe , 

dit 


Anti-  Baillet.   P.  I.       291 
dit  qu'il  falloit  consulter  avec  un  autre  ;  h* 
autre  vient.     Ils  consultent  librement  en  fa 
préfence ,  &  en  Latin ,  pour  ce  qu'ils  n'eus- 
fent  crû  que  François  ût  entendu  Latin ,  e'~ 
tant  fi  mal  de  cwnehe.     Il  ne  perdoit  pas  un 
feul  mot  de  ce  qu'ils  difoient.     Après  avoir 
long-tems  débat u  fur  un  remède  non  ufité , 
Vnmjk  met  a  dire,  faciamus  periculum  in 
corpore  vili  :  &  prenant  cette  réfolution  de 
faire  une  expérience  fur  ce  corps  abjet,  le 
congé  prins  par  les  Médecins,  avec  quelque 
promejje  de  bon  remède  ;  &  lui  ayant  donné 
l'ordre  de  fan  régime',  le  compagnon  qui  fa- 
voit  b:en  autant  de  Latin  comme  eux ,  fe 
levé  ,  paye  fon  hôte ,  &  s^en  va.     Ayant 
fait   quelques    lieues  ,    Pappréhenfion  de  fe 
mettre   entre   les   ma'ns  des  Médecins,  le 
guérit.     Il  arriva  à  Padouë  ,  où  il  trouva, 
ainfi  que  lui-même  écrit ,  un  jeune  Ecolier     Iln'etoït 
Sicilien  ,    qui  n  avait  pas  grande  doéîrine,  Pas  ?'<*■  # 
mais  f ai  foi  t  des  merveilles  par  Fart  de  mé-  cor'^Vo* 
moire.     Il  regretoit  que  cet  Ecolier  n*em-  yez  Muret 
ploiât  fon  art  à  chofes  utiles,  &  que  lui-  dansfesdi- 
même   ne  le  fût.     Il  fe  fit  tant  fon  ami  verfes  Lc* 
aii  il  le  lui  apprit:  &  dit  en  avoir  été  fou- 
tagé grandement ,  quand  il  fallait  haranguer. 
Delà  il  vient  à  Rome  :  où  fa  doéirine  fut 
recueillie  des  Cardinaux ,  &  du  Pape  mè~ 
me,  l$c. 

Etant  à  Padouë  &  à  Venife,  on  prétend 
qu'il  lui  arriva  une  autre  affaire  de  la  mê- 
me nature.  Scaliger  dans  fon  fegond  Sca- 
ligérana  en  parle  en  ces  termes:  Muretus 
fugit  Tolofa:  venit  Venetias  :  fed  quiapri» 
mœ  nobilitatis  filios  volebat  comprimer e,  id- 
eofugit  Romam,  &c.  On  ne  Papas  vou- 
N  2  lu 


292  Anti-Baillet.  P.  ï. 
.lu  endurer  à  Venife  ob  paederaftiam.  Laitt» 
bin  dans  une  de  les  Lettres  à  Muret,  im- 
primée dans  VEptftoU  Cîarorum  virorum , 
en  parle  à  peu  près  en  mêmes  termes. 
«Voici  l'endroit  de  cette  Lettre  qui  regarde 
cette  particularité  :  Muretus  nofter  ,  imr 
quam  ,  quid  agit  ?  Ut  valet  ?  Nihilne  novi 
fer  :  bit ,  quod  alios  deleéîet,  ipfum  laudibus 
œternis  iiluflret  ?  Ille  vero ,  inquit ,  Pata- 
vio  dies  aliquot  abfuit  :  quam  ob  cauÇamn 
nefeio  :  niji  quod  Patavii  diffcmlnatus  efi 
ab  invidis  (opinor)  hominibus  rumor  de  e& 
non  bellus.  Itaque  nobiles  f/eneti  pudentes 
&  boni,  qui  cum  eo  vivebant,  recepiffe  fe 
ad  fuos  dicuntur.  Muretus  autem  cura 
paucts  poft  diebus  illos  confecnîus  effet,  hoc 
çonfilio  ut  fe  purgaret ,  atque  ai  i  quantum 
îemporis  dum  rumor  ille  defervefeeret ,  Ve~ 
petiis  confediffet ,  Patavium  rediit,  triftis 
ne  demiffus  :  diciturque  prioriuus  jcdtbus , 
in  quibus'  laxijfimè  habitabat ,  reliai:: s,  a- 
tias  anguftiores  conduxifje,  Hœc  cum  au- 
diiffem,  v  aide  que  ea  audit  ione  perturbaîus^ 
çjf  propemodum  ex  animât  us,  obflupuiffem, 
&  vix  tandem  me  collegifjem  ,  qucefivi 
certone  feiret  tues  abs  te  difceffiffe:  negavit 
ille  fe  certofeire:  eorum  quœ  diceret ,  ru- 
mor cm  effe  nuncium  ;  prœterca  nerrinem  : 
hoc  unum  [e  exploratorem  habere ,  te  l^ene-* 
tias  profedum  effe ,  ibique  dies  aliquot  cons- 
titifje  :  deinde  Patavium  rêver fum  effe  :  cè- 
des tuas  non  eâ,  quâ  antè  fréquent: a  celc 
hrari.  Hœc  mihi  Theoloçus  ille:  quee  me 
plane  perculerunt  atque  ajfUzerunt  :  neque 
extollar  dut  recreabor  prias  quam  ex  tuis 
iitttris    qmd    aççiderit    mvi  ,    cognovero. 

Quam" 


Ant  i-Baillet.  P.  f.  2^5 
Quamobrem  ,  fi  me  amas ,  fac  ut  de  toto 
ter  ad  me  fcribas  :  ut  fi 
ver  us  fit ,  quod  Dît  im;?:ortales  omen  aver- 
fépft,  nos  Jubveniamus  :  fin  falfus;  quod 
Ipero  &  opto  ;  cura  metuque  liberemur  & 
imin.  Et  ce  qui  fait.  Muret  ré- 
pondant à  cette  Lettre,  dit  à  Lambin: 
Primùm  de  fis  q:tce  iftuc  allât  a  funt ,  metH 
omnï  te  libère.  Ego  Patavïo  pedem  non 
mov'î  :  nifi  quod  nuftr  negotiorum  caufâ^ 
Venetias  profeàlus  fum.  Met  omnes  adhuc 
mecum  funt:  n-fi  quod  très ,  cùm  febri  cor- 
repti  effent,  ad  fuos  fe  contulerunt ,  ut  ibi 
meliits  curareHtur:  Hce  ego,  mi  Lambine , 
am  fum  ad  invidiam  fato. 
Nam  quia  mirum  cfl  ifluc pervewfje  falfus 
quofdam  de  ;;;<.'  rumufculos ,  cùm  Veneîns , 
hoc  eji ,  m  ea  urbe  in  qua  bœc  qnàm  vana 
effent ,  oculis  vider't  poterat  ,  cadem  ilïa 
iftuc  allât  a  ejjfe  fcyibis  ,  diffemtnata  funt, 
La  réponfe  de  Lambin  à  cette  Lettre  de 
Muret  efi  imprimée  dans  le  Recuei!  des 
Lettres  de  Muret  à  Lambin,  &  de  Lam- 
bin à  Muret,  &  dans  VEpifloia  Clarorum 
•ilrcrum.  Muret  fut  enluite  à  Rome,  où 
il  fut  fait  Citoyen  Romain  :  ce  qui  donna 
occafion  à  Bcze  de  faire  contre  lui  une 
Epigramme,  où  il  dit,  que  Muret,  pour 
le  crime  de  non-conformité  fut  chaiîé  de 
i'rance,  &  en  fuite  de  Venife,  &  que  pour 
ce  même  crime  il  fut  fait  à  Rome  Ci- 
toyen Romain.  Tout  cela  foit  dit  fans1 
offenfer  la  mémoire  de  Muret;  pour  la- 
quelle j'ai  toute  forte  de  vénération  :  ayant 
appris  du  Jéfuite  Bencius  ,  que  les  neuf 
dernières  années  de  fa  vie  il  étoit  d'une 
N  j  dé- 


294       Anti-Baillet.   P.  î. 

dévotion  il  fervente  qu'il  pleuroit  en  à\- 
fan t  la  Meffe .  Novem  jsm  Çunt  anni ,  A le- 
ditor es ,  cùm  facris  efi  initiai  us  M.  Anio- 
nius ,  ac  facerdos  faâius  :  ex  quu  tempore 
tam  fepèy  tam  religiose  T  tant  fanât  è  fecit 
rem  divinam,  ut  inîer  Çacrificans.um  net 
lacrimas  teneret  ipfe  &  eafdem  etiam  audi- 
tor'ibus  excuteret.  Ce  qui  détruit  ce  qui 
eft  dit  de  lui  dans  le  premier  Scaligerana: 
qui  fi  tam  bene  crederet  in  Deum,  qukm 
optimè  perfuaderet  effe  credendum  ,  bonus 
effet  Chriftianus  (î).  Je  reviens  à  îa  Let- 
tre de  Lambin  à  Muret.  Muret  &  Lambin 
qui  étoient  amis  à  n'être  qu'une  même 
chofe,  fe  brouillèrent  enfin:  car  c'eft  de 
Lambin  qu'il  faut  entendre  ces  paroles  de 
la  Lettre  de  Muret  à  Nicot:  Hoc  autem 
ccquiore  animo  pajfîis  furn  exftare  aliquas  R» 
pifîolas  meas ,  quhd  quœdam  jam  multis  ab- 

hinc 

ç.  î.  On  n'a  pas  eu  trop  bonne  opinion  de  la  re- 
ligion de  Muret,  jufque  !à  que  Campaneiie  lui  at- 
tribuoit  le  fameux  Livre  de  tribus  impoftcribus.  J**  me 
iouviens  du  moins  l'avoir  lu  ainfi  dans  un  petit  Re- 
cueil in-12.  d'Obfervations  Critiques  d^Henri  Erns- 
tiua,  ne  fâchant  point  d'ailleurs  li  Campaneiie  rap- 
porte rien  de  tel  en  quelque  endroit  de  les  Oeuvres. 
C'eft  a  mon  avis  une  chimère  que  ce  Livre  comme 
je  le  ferai  bientôt  voir  dans  un  D;fcours  où  j'épuife 
cette  matière. 

<fî  2.  Muret  ne  fe  plaint  pas  d'à  ic  Lettre  feule 
fuppofée,  mais  de  plusieurs,  &  après  avoir  remar- 
que que  c'eft  de  Lambin  dont  il  entend  parlerdans 
celle  qu'il  écrit  à  Nicot,  11  n'eft  p:?s  malaile  decon- 
clurre  que  ces  Lettres  prétendues  fuppofées  ne  font 
autres  -que  celles  qui  avoient  paru  dix-huit  ans  au- 
paravant fous  le  nom  de  Muret  à  Lamb:n  parmi  les 
EpiflaU  clarorum  virorum  imprimées  à  Lion  chez  An- 
toine Gryphe  in- 8.  l'an  rj6r.  Une  preuve  convain- 
cante de  cela  eft  qu'elles  ne  fe  trouvent  point  par- 
mi 


A  NT  i-  Bail  le  t.  P.  I.  29? 
èhtc  ann'tf  eâ.tx  fxmt  pro  mets ,  de  quibus 
fcribendis  ego  ne  fer  (Omnium  qu'idem  un* 
qmsm  ctgitàvi,     Conjinxerat  eas  is  ipfc  qui 

tamquam  à  me  ad  Je  mijjds  divulgavcrat  : 
homo  eruditns  il  le  qu'idem  ,fed  imprubus  & 
nuturâ  necendi  ac  malefaciendi  cupidus  : 
cùm  plurima  &  maxima  officia ,  quibus  à 
me  ajftclus  erat ,  fummis  i/ijuriis  compcn- 
fare  v  elle  t.  Qua  de  re  olim  à  me  graviter 
objurgatas,  multis  cum  îacrimis  à  me  ve- 
ntant petiit  :  laqueo  digna  comm'ifijfe  fas- 
fus  :  cùm  ei  fermoni  Hadrianus  Turnebus 
Cjj5  Joannes  Auratus  prjfentes  effient.  Les 
Lettres  que  Lambin  &  Muret  fe  font  é- 
crites ,  ont  été  imprimées  en  un  petit  vo- 
lume à  part.  Je  n'y  trouve  rien  qui  puîife 
fe  rapporter  à  ce  que  dit  ici  Muret:  6c  je 
ne  fai  ce  que  c'eft  que  cette  Lettre  iuppo- 
fée  par  Lambin  à  Muret  (2). 

Il 

mi  les  autres  Lettres  de  Muret 3  suffi  avoir- il  rat- 
fon  de  les  defavouër,  elles  lui  faifoienr  d'autant 
moins  d'honneur  qu'elles  étoient  jointes,  ôc  fer- 
voicnr  de  réponfes  à  ceitaines  Lettres  de  Lan  bin 
d'eu  l'on  tiroir  de  puifiantes  ir.duftions  contre  lui 
fur  le  panchant  qu'il  avoit  au  vice  dont  il  a  été  tant 
accule.  Lambin  érant  à  Lion  dans  le  tëms  qu'An- 
toine Gryphe  faifoir  imprimer  un  Recueil  d'Epities 
d'hommes  :lluftr?s,  lui  en  fournit  bon  nombre  des 
tiennes  parmi  lefquelles  étoient  celles-ci  de  Murer. 
11  n'y  2  pas  d'apparence  qu'elles  ayent  été  fuppo- 
fees.  Ce  qu'on  peut  dire  de  plus  vraifemblable ,  eft 
que  Lambin  ne  fut  pas  fâché  de  trouver  cette  occa- 
fion  de  fe  venger  de  Muret.  Us  avoient  été  les  meil- 
leurs amis  du  monde  ,  &  fur  ce  pié  là  ils  fe  com- 
muniquoient  toutes  chofes.  Lambin  dans  le  defléin 
où  il  eroit  de  publier  fes  Commentaires  fur  Horace 
avoir  f.tir  part  à  Motet  de  fes  ex  pli  ririons  lur  plu- 
fieurs  endroits  difficiles  de  ce  Pi  ëte.  Muret,  à  ce 
que  prêtent  Lambin ,  employa  dans  fes  d'verfes 
N  4  leçons, 


iç6       Anti-Baillet.  P.  î. 

II  me  relie  à  remarquer  que  ce  qu'a  é* 
crit  Monsieur  Baillet  que  Muret  demeu- 
roit  à  Agen  en  penlïon  chez  Jules  Scali- 
ger,  n'eft  pas  véritable. 

Premièrement  :  fî  on  en  croit  Jofeph 
Scaliger  dans  fon  Confutatio  Fabulœ  Bitr- 
donum\  car  cet  Ouvrage  elt  de  Jofeph 
Scaliger  ;  Muret  n'a  jamais  demeuré  à  A- 
gen.  Les  paroles  de  Jofeph  Scaliger  mé- 
ritent d'être  rapportées  en  ce  lieu.     Les 

voici  : 

leçons,  auxquelles  il  travaillent  alors,  la  plupart 
de  as  explications  telles  qu'elles  lui  avoient  été 
communiquées,  &c  pour  s'en  approprier  tout  l'hon- 
neur le  hâta  de  faire  imprimez  ton  Livre.  Lambin 
ne  pouvant  fouffur  une  telle  fupercheiie  en  ht  des  re- 
proches très-aigres  a  fon  ami  da;>.s  une  longue  Lettre 
qu'.l  lui  écrivir  là-deflus,  où  entre  autres  traira  pi- 
quans  celui-ci  mérite  d'être  remarqué.  Dans  le  2t. 
chap.  dus.  Livre  ces  diverfes  Leçons  de  Muret  iieft 
dit  que  les  femmes  Pavantes  font  ordinairement  lu- 
briques} furquoi  Lambin  le  relevant:  je  voudrois  , 
dit  il,  eue  vus  ne  vous  fuiriez  pas  avife  de  traiter 
un  pareil  chapitre,  on  diroit  que  vous  ne  faxczpr.s 
jufqu'olt  va  la  coiére  des  femmes,  cependant,  r,e 
vous  en  déplaife,  Pavanrure  d'Orphée  devoit  un 
peu  vous  faire  fage  là-deflus,  &  vous  apprendre  à, 
ne  pas  irriter  une  nation  u  dangereufe.  f'eltem  Ca- 
pi'.î  XXI.  de  mulierikut  eruditis  £r  Lbtdinofit  a. 
tibi  non  vtn-.fftt  in  mentent.  Videris  içnotare  quant  fit 
iracunium  mutierum  gêmus  $  c.'qui  debelut  te  mîfer*bilh 
Orpbci  ciius  erudirc  ,  &•  a  m:1,  ieribw  irrita.nd.it  déterre- 
te.  Muret  n'eut  garde  de  faire  reponfe  à  une  Let- 
tre de  celiile-là,  il  le  tut,.&  n'en  peufa  pas  moins. 
Quelque- tems  après  il  vint  à  Paris,  où  Lambin  & 
lui  fe  réconcilièrent ,  mais  que  les  ciieonitaacfs  de 
cette  réconciliation  ayent  été  telles  que  Muret  les 
rapporte  ,  que  Lambin  lui  ait  demandé  pardon  la 
larme  à  l'oeil,  avouant  que  ce  qu'il  avot  fair  mé- 
ritoit  la  corde,  c'eft  un  fair  dont,  je  doute  fort.  Les 
témoins  qu'il  en  allègue  à  Nicot  me  lont  du  moins 
très- fufpetts  ,  l'un,  qui  etoit  Turnébe,  étant  mort 
il  y  avo.it  quatorze  ans,  Ôc  l'autre,  fon  compatrio- 
te, 


Anti-Baillet.  P.  I.  297 
voici  :  Mure  tus  nuraquara  triduura  inte* 
grum  Aginni  deg'it  ,  l^c.  Bencius ,  vir 
doéins  &  amœni  ingénu,  mnltaper  conjec» 
t  ht  ara  de  Muret  0  dix  h ,  tant  rncreMbilia 
quant  à  vero  remota'.  cujufmodi illud,Mu- 
retum  adolefcentulum  Aginni  docu'ijj'e.  Res 
tta  habet.  Marcus  Anton'tus  Mmretus  an* 
-nos  natus  18.  Aginnum  venit  "Juliï  falu- 
tandl  cauffù  :  un  de  digrejjus  ad  Aufcios  No* 
.  bulaniœ  fcje  contuiit  :  ubi  in  Collegio 

■  Ar* 

té,  &  Ton  arhï.  Lambfn  qui  «oit  bon,  comme  en 
fait  foi  ie  premier  Scaligerana,ne  manqua  point  de- 
puis cette  réconciliation  aux  devoirs  de  l'amitié, 
parlant  toujours  honorablement  de  Muret,  auquel 
Tannée  lin  vante  il  dédia  fon  Commentaire  fur  le  4. 
Livre  de  Luc;ecc.  Muret  n'en  ufa  pas  de  même  à 
fùn  égard;  outre  ce  qu'il  a  écrit  à  Nicot,il  a  laiiïe 
d'autres  marques  de  fon  reilemiment  dans  trois  de 
fes  Lectres  à  Giphanius  ennemi  juré  de  Lambin, en 
l'une  delquelles  il  dit  qu'il  ne  tient  qu'à  lui  de  con- 
vaincre ce  dernier  d'impudence  &  de  perfidie  en 
publiant  les  Lettres  qu'il  lui  avoit  écrites  pour  le 
remercier  des  Obfervations  dont  il  lui"  étoit  redeva- 
ble, 6c  qu'il  avoit  depuis  réclamées  iî  effrontément 
fur  celui  qui  en  étoit  l'inventeur.  Je  garde,  ajoute- 
r-il  ,  ces  Lettres  foigneufemerrt ,  non  pas  pour  les 
publier  ,  la  choîe  n'en  vaut  pas  la  peine,  je  les  gar- 
de feulement  pour  les  faire  voir  à  mes  amis  dans 
l'occafiun.  Er  eas  l itéras  diligenier  adferio  ,  non  ut 
edam  t  necjue  enim  tanti  ejje  duco ,  fed  ut  ojîendam  îuttr* 
dura  amiiis  fi  (juando  de  me  faÊtLambino  ferma  incidit. 
On  remarquera  cependant  que  parmi  toutes  ces 
plaintes  de  Muret  il  n'y  a  pas  un  feul  mot  toucharft 
cette  fjppofition  dont  il  a  depuis  fait  tant  de  bruit 
écrivant  à  Nicot,  6c  de  laquelle  il  ne  s'eft  avilé  de 
ic  plaindre  que  fept  ans  après  la  mort  de  Lambin. 
Il  y  a  au  Ai  de  l'apparence  que  ce  que  Ciofanusdaas 
{es  notes  fur  le 4.  Livre  des  Métamorpholes  d'Ovi- 
de a  écrir  pour  Muret  contre  Lambin  lui  a  été  ins- 
piré par  le  premier  dont  il  étoit  le  difciple  &  T*^ 
mixateux. 


ïfî         ÂKTI-  B  A  ILLET.   P.  I. 

Archiepifcopali    Ciceronem   &   Terentium 

docere  cœpit :  quo  tempore  Eclogas  in  lau- 

dem  Car  dînait  s  Armaniaci  ,  &  Tragœdiam 

fuam ,  Julium  Cœfarem%  in  illa  urbe ,  edi~ 

dit.     Hinc  profecius  in  oppidum  Nitiobri- 

villeneu-  gum. ,  cui  nomen  Villanova,  ditiffimi  mer" 

vftd'Agen.  cator'ls    de    Brevant   //£*r/j  prœfetfus,  in 

Scholâ  public â  illius  oppidi  Autores  Latinos 

interpretabatur.     Anno  autem    atatts  fuœ 

20.    cum  illis  pueris   difeipulis  fuis  Agir." 

num  fecundo  venii  ,  'Julium  falut an ai  caus- 

[a  ;  femel  antea  vifum  ;  fedfatis  notum  lit» 

ter  arum  commercio  :   eofjue  pueros  ,  cum 

Mur  et  0,  Jofephns  meminit  domi  vidjjèfe, 

annos   natum  [ex.     Bis  y  aut  ter  ,   pofteà 

exceptus  hofpitio  à  Julio  :  .îdque  die  m  u- 

num  aut  biduum  tantum  :  ingenii  fui  pr..?S' 

tantiam ,  cujus  fpecimen  per  litteras  du?:- 

taxat  dederat ,  colloquio  jamihari  compro- 

bavit.     Ex   illo  ,  quia  illum  nojfe  propiùs 

contigerat ,   Julius  amare  eum   cœpit ,  & 

ejus  dotes  animi  Senatoribus  Burdegalenjis 

Curice  per  literas  commendare:  ut  non  ait' 

ter  eum  quàm  jiïYt  nomine  appellaret ^quum 

Burdegalam  ,   relié?  a  Se  ho  la  Viilanovanâ, 

profecJus  ,    ibi  in   unâ   Clajfium    Gymnafii 

Aquitanici  doceret,  cir citer  annum  Chrtfti 

I547.     Ne  que  ex  eo  unquam  aut  Aginnum 

repetivit ,  aut  Julium  pofleà  vidit.     Quo» 

modo  igitur  Aginni ,  aut  quando  docere  po~ 

tu'it  ;  qui  in  tribus  profeélionibus  vix  fex 

feptem  die  s  ibi  fubJUtit"1.   Burdegalâ ,  Lu- 

tetiam\  Lutetiâ ,  T'olofam  pet  Ht]   ubiju- 

ris  Inflitutiones  cum  exponeret,  exercendi 

caufâ^ut  tyronibusjuris  mos  efl ^inde abire 

ç-Qaftus  Venetias [e  contulit.  Quare  qu<eBen- 

ans 


Akîi-Baillet.  P.  I.       2^9 

CtMS  de  eo  retulit ,  quia  ex  conjectura  colle- 
git ,  ea  non  folxm  falf*  ,  /^  etiam  inter- 
d:vn  ridicnîa  funt  :  Ut,  qnod  ait;  Rerem 
Henricum  &  Catharhram  Reginam  'Mitre* 
tum    public  h     docentem     audire    voluijje. 
Numfuam  en. m  In  Athenœo  Rcgio ,  fed  in 
Gymnaflis  doc  ait.     Neque  c  a  urne  erat  cur    Ceraifon- 
â'jceret  enm  Tolofic  Juris  Chilis  primiim  ncmcnt  cft 
docend't  facnltatem ,    deinde  etiam  pofc/la-  J»a"«»î 
te  m  acccpijje.     (Jjtod  quid  Jit  ,  non  capio.  ]a  Reine 
Hoc  fcio,  Ji  ille ,   #£  fXtAff  Bencius  ,  ff.cul-  pouvoient 
tatem  &    poteftatem  Juris  publiée    inter-  entendre 
fretandi  Tblofie  accepijjet,  non  opus  Mi  fui;-  ]csUcolle--S 
fe  eam  Afculo  petere ,  ut  y  us  Romœ  publi-  gcs. 
ce  profiteretur.     Qj'.o  tempore  enim  Ludo- 
vic us  Rupipoz&usKomœ fub  GregorioXlII. 
Chriftianimmi  Rcçis  Legaius  agebat ,  Mu» 
retum    AÇculum    clam  pet'ujje  &  lauream 
Juris  confecutum  fuijje  ,     tara  multis  no- 
tum,  qu'ira  mirum  eji  Bencium  ignoraf/ey 
qui  eo  terapore  Romœ  erat.     Reliqua  que 
finxit  non  pauca,  libens  omitto  :  video  enim 
ab   yofepbo   ceriiora  de    Mureto  peti  poJJ'e 
ou  an  ah  Mo,  quo  plura  neminem  de  Mu- 
ret') [cire  ftobis  certo  confiât. 

Mais  d'aîlleors  ,  quand  Muret  auroît 
demeure  à  Ageri,  h  quand  il  y  auroit  ré- 
genté comme  je  l'ai  crû  autrefois,  il  ne 
s'enfuîvroit  pas  qu'il  y  ût  demeuré  en  pen- 
fion  chez  Jules  Scaliger.  J'ai  écrit  la  Vie 
de  Muret  ;  &  peur  l'écrire  ,  j'ai  lu  foï- 
fffieWemèint  tout  ce  qu'ont  dît  de  lui,  le 
Pr.'lidem  de  Thou,  Sainte  Marthe,  la 
Croix  du  Maine,  du  Verdjer,  Bencius, 
Gabriel  de  Lurbe,  &  le  Roffi  ;  j'ai  lu  foi- 
gneufement  tous  fes  Ouvrages  :  &  je  n'ai 
N  6  trou- 


300       Anti-Baillet.  P.  I; 

trouvé  nulle  part  que  dans  MonfieurBaiî- 
let  qu'il  ût  été  en  penfion  à  Agen  chez 
Jules  Scaliger.  Et  je  puis  afïurer  mes 
Lecteurs  que  Monlieur  Baillet  a  été  mal 
informé  de  cette  particularité. 

J'ai  dit  que  j'avois  crû  autrefois  que 
Muret  avoit  régenté  à  Agen.  Voici  les. 
raifons  fur  lefquelles  je  me  fondois.  Ben- 
cius  dans  l'Oraifon  Funèbre  de  Muret, 
le  dit  en  termes  exprès.  Ut  prïmum  im- 
butus  efl  litteris ,  quibus  informari  ad  hu- 
manhaiem  œtas  puerilis  foletr  m  patrïàjuâ 
Lemovici  primàm,  de  rade  vero  Aginni ,  ea 
docere  inceprt  cùm  effet  adolefcentulus ,  aut 
potius  puer  ,quee  nunc  quidem  commuai 
more  atque  ufitato,  ea  ietaie.fi  qui  s  difceret^ 
in  fumma  laude  poneremus ,  quippe  ut  inge- 
nio  doéiritiam  ,  fie  etia-n  ufu  prœcurrebat 
(tiatem.  Agïnn't  vero  eoàem  tempore  ufus 
eft  Çuorum  duce  &  adjutore  fîudiorum , 
Julio  Ccefare  Scaliger o ,  viro  in  omnt  eru- 
ditionis  atque  humanitatis  génère  perfeéîo 
ac  perpolito.  Hune  Me,  ut  parentem  co- 
lebap:  a  quo  eùam  ut  filius  diligebatur  :  ad* 
mirabaîur  en: m  vtr  omnino  admirabilis  ex- 
cellent ijfrmnm  ingenium  adolefcentis  :  eique 
volens  ac  libens  reciam  ac  brevem ,  quœ  ad 
rerum  fc'tentiam  ferret,  viam  monftrabat , 
&c.  Cum  igitur  aliquandiu  A ginni  fuis- 
jet  ,  ejufque  doflrina  atque  ingenium  om- 
nium fama  &  oratione  celebraretur,  ad  il- 
lud  domicilium  doclrinarum  ,  &  ,  ut  ita 
dicam  ,  orbis  terra  Mufieum  ,  Lutetiam 
profeélus  eft,  &c.  Et  Bencîus  avoit  été 
le  Difciple  favori,  &  il  étoit  l'ami  intime 
de  Muret.    Et  Muret  peu  de  tems  avant 


A-nti-Baille-t.  P.  î.  30Ï 
fa  mort,  lui  dédia  fa  Tradu&ion  Latine 
des  deux  premiers  Livres  de  la  Rhétori- 
que d'Ariftote;  &  il  Te  difoit  Ton  Ecolier 
pour  la  piété.  Mais  ce  qui  m'avoit  obli- 
gé particulièrement  à  croire  que  Muret  a- 
voit  régenté  à  Agen,  c'eft  cet  endroit  du 
fegond  Scaligerana  :  Muret  étoit  de  ce  vil- 
lage qui  fappeiloit  de  ce  nom  :  &  a  été 
Pédan  à  Agen  :  où  Jofeph  Scaliger  dit 
tout  le  contraire  de  ce  qu'il  a  dit  dans  fon 
Confutatlo  Fabula  Burdonum.  Mais  com- 
me cette  Gonfutation  de  la  Fable  des  Bor- 
dons elt  de  Jofeph  Scaliger  ,  &  que  le 
Scaligerana  eft-de  Jean  de  Vaffan,  qui  fé- 
foit  des  Recueils  de  ce  qu'il  entendoit  di- 
re à  Jofeph  Scaliger,  cet  Ouvrage  d'au- 
trui  ne  fait  pas  tant  de  foi  pour  le  témoi- 
gnage de  Jofeph  Scaliger  que  fon  propre 
Ouvrage.  Et  je  croi  que  Jofeph  Scaliger 
avoit  dit  à  Jean  de  Vaffan  que  Muret  avoit 
été  Pédan  à  Villeneuve  d'Agen  ,  &  que 
par  une  faute  de  mémoire  Jean  de  Vaffan 
a  pris  Agen  pour  Villeneuve  d'Agen.  A 
l'égard  de  Bencius ,  il  a  dit  tant  de  fauffe- 
tei  touchant  Muret,  que  fon  témoignage 
n'eft  pas  de  grande  autorité  en  cette  oc- 
cafîon. 

Ce  qui  eft  dit  dans  le  ScaHgerana,  que 
Muret  avoit  été  Pédan  à  Agen,  me  fait 
fouvenir  de  ce  que  Ronfard  difoit  de  Mu- 
ret,  de  Turnébe  (1)  ,  de  Bucanan ,  & 
d'Antoine  Govéan  ,  qu'ils  n'avoient  rien 
de  Pédan  que  la  robe  &  le  bonnet.    J'ai 

appris 

f  1.  A  Tegard  de  Turnébe   voyez  aufli  Montai 
cac  au  chap.  du  fe'dantiime. 

N7 


302        Anti  Baillet  P.  I. 
appris  cette  particularité  de  Monfieur  Te 
Lib.  Hift.  Préiîdent  de  Thou  ;   dont  voici  les  ter- 
76.pag.       mes:  Memini  Petrum  Ronfardum ,  virum 
5*2,  acerrimi  judicii,  qui,  lie  et  in  difpari  for- 

tunâ  conftitutus ,  tôt  a  vit  â  Scho'.aflico  otio 
obleéîatus  fuerat  :  ckm  de  Buchanano ,  Ha* 
driemo  T'urnebo ,  Antonio  Goveano ,  Marco 
Antonio  Mureto,  quibuftwn  aréîà  am'icitiâ 
conj UnÛu 's  fuerat ,  ver ba  face ret,  dicere  fo- 
liturn ,  illos  hommes  nih'tl  pœdagogi.e  pra- 
ter  togam  &  pileum  habuijfe.  Et  tamen 
de  vulgo  pœdagogorum  fie  cenfere  ,  num- 
quam  incorrigihills  ineptiœ  ex  P.edagogid 
contraSics  cbaraBerem  ,  vel  longiffimi  œvi 
c.urriculo,  deîeri  pojfe.  Et  en  effet,  c'efl 
une  chofe  merveflleufe  que  Muret  ,  qui 
avoît  pédantifé  toute  fa  vie  ,  ût  tant  de 
politefle  &  d'élégance,  &  même  tant  d'ur- 
banité. J'ai  fait  autrefois  une  lïile  de  fes 
Régences  :  dont  je  ferai  ici  part  à  mes 
Lecteurs  ;  étant  permadé  qu'elle  ne  leur 
déplaira  pas.  Car  outre  qu'elle  rectifie 
les  paiïages  de  Scalîger  &  de  Bencius  ci- 
deiTus  rapportez ,  &  celui  du  Préiîdent  dé 
Thou  dont  il  fera  par'é  ci-après ,  elle  con- 
tient plulïeurs  chofes  curieufes  qui  ne  font 
fues  que  de  très-peu  de  perfonnes. 

Bencius  a  écrit  que  Muret  avoît  li  pres- 
que plutôt  des  Ecoliers  que  des  Maîtres  : 
car  il  prétend  que  Muret  dans  fon  enfan- 
ces régenta  à  Limoges:  &  dans  fon  extrê- 
me jeunelfe  à  Agen.  Jofeph  Scalîger  dît 
que  tout  cela  eft  faux.  Le  Préiîdent  de 
Thou  a  écrit  que  Muret  régenta  premiè- 
rement à  Paris:  &  enfui'te,  à  Bordeaux: 
&  enfuite  à  Aufch.    Mais  ce  que  Jofeph 

Sca- 


Amti-Baillet.  P.  T.         303 

lîgcr  dit  ,  qu'il  régenta  premièrement  à 
Autch  où  il  fit  imprimer  fa  Tragédie  de 
Jules  Céfar;  &  enfuite  à  Villeneuve  d'A- 
gen; où  il  étoit  Précepteur  domeftique 
des  enfans  d'un  riche  Marchand  nommé 
de  Brevant ,  eft  plus  vraifemblable.  Car 
Jofeph  Scalper  l'a  connu  très- particuliè- 
rement &  très -familièrement  ;  &  Jofeph 
Scaliger  ctoit  né  à  x\gen  :  &  Muret  l'ap- 
peloit  fon  frère.  Scaliger  dans  le  Segond 
Scaligerana  page  163.  Mur  et  us  me  voca~ 
bat  frai  rem  :  quia  pater  illum  vocabat  fi~ 
Hum.  Il  pouvoit  avoir  17.  à  18.  ans  lors 
qu'il  régentent  à  Aufch,  &  1S.  à  19.  lors» 
qu'il  régentoit  à  Villeneuve  d'Agen. 

De  Villeneuve  d'Agen,  il  vint  à  Paris: 
où  on  prétend  qu'il  régenta  la  troifiéme 
au  Collège  du  Cardinal  le  Moine.  Il 
pouvoit  avoir  en  ce  teins- là  19.  a  20.  ans. 
Moreri  a  écrit  dans  fon  Dictionnaire, que 
Turnébe ,  Bucanan  &  Muret  ,  régen- 
tèrent en  même  tems  dans  ce  Collège: 
Turnébe,  la  première  Bucanan  ,  la  fe- 
gonde;  &  Muret,  la  troisième.  J'ai  ouï 
dire  la  même  chofe  au  Père  Bourbon  qui 
étoit  un  bon  Regître  de  femblables  cho- 
fes.  Et  en  me  difant  cette  particularité  , 
il  me  difoit  que  chacune  des  trois  parties 
du  monde  ût  été  bien  partagée  d'avoir  un 
de  ces  grands  hommes.  Et  fi  Bucanan  & 
Muret  ont  régenté  au  Collège  du  Cardi- 
nal le  Moine  dans  le  tems  que  Turnébe  y 
fefoit  la  première,  il  faut  en  effet  que  Bu- 
canan y  ait  fait  la  féconde,  &  Muret  la 
troiiiéme.  Mais  comme  Bucanan  ne  dit 
point  dans  fa   Vie  qu'il  ait  régenté  au 

Col* 


304  Anti-Baillet.  P.  h 
Collège  du  Cardinal  le  Moine;  qui  efl 
un  Collège  plus  célèbre  que  celui  de  Ste. 
Barbe  où  il  dit  qu'il  a  régenté,  quelques- 
uns  doutent  qu'il  y  ait  régenté.  Et  com- 
me Turnébe  a  régenté  au  Collège  de  Ste. 
Barbe;  ce  qui  paroit  par  V Admonïùù  d'Au- 
domarus  Talseus,  ils  prétendent  que  c'eft 
dans  ce  Collège  que  Turnébe,  Bucanan 
&  Muret  ont  régenté  en  même  teins. 
Mais  dans  le  tems  que  Bucanan  régentoit 
au  Collège  de  Ste.  Barbe,  Muret  n'avoit 
guère  plus  de  fept  ou  huit  ans.  Voyez 
la  Vie  de  Bucanan.  Que  fi  Bucanan  a 
régenté  dans  le  Collège  du  Cardinal  le 
Moine  dans  le  tems  qu'y  régentoit  Mu- 
ret, comme  j'en  fuis  très  perfuadé,  non 
feulement  à  caufe  du  témoignage  du  Père 
Bourbon,  mais  auiïi  à  caufe  de  celui  de 
Lambin:  car  Lambin,  dans  fon  Oraifon 
de  reéîa  pronuntiatione  Linguœ  Grxccc, 
en  parlant  des  hommes  illuitres  qui  ont 
régenté  dans  le  Collège  du  Cardinal  le 
Moine,  nomme  parmi  ces  Illudres,  Tur- 
nébe ,  Bucanan  ,  &  Muret  :  S\ ,  dîs-je , 
Bucanan  a  régenté  dans  le  Collège  du 
Cardinal  le  Moine,  il  faut  que  c'ait  été 
depuis  1 5"44-  (qui  eft  la  datte  de  fon  Elé- 
gie à  Taftaeus  &  à  Tévkis)  jufques  en 
15-45-.  car  auparavant  il  régentoit  à  Bour- 
deaux  dans  le  Collège  de  Guyenne:  où  il 
fut  trois  ans,  comme  il  le  témoigne  lui- 
même  dans  fa  Vie;  &  en  15-39.  le  premier 
de  Décembre,  il  y  harangua  l'Empereur 
Charles  Quint  qui  paiToit  d'Efpagne  en 
Flandre.  Et  fi  Muret  avoit  régenté  avant 
ce  tems-là  au  Collège  du  Cardinal  leMoi- 


Anti-Baillet.  P.  I.        30? 

ne  avec  Bucanan  ,  il  faudroit  qu'il  y  ût 
régenté  du  moins  en  15-38  &  en  ce  tems- 
là  il  n'avoit  que  quatorze  ans  (1).  De 
Paris,  il  fut  régenter  à  Poitiers.  Ce  que 
j'ai  appris  de  ce*  endroit  de  fes  Commen- 
taires fur  les  Catilinaires  de  Cicéron;  qui 
eft  une  particularité  qui  n'a  été  remarquée 
par  aucun  de  ceux  qui  ont  écrit  fa  Vie. 
Mactari.  Ufutn  qtiemdam  bujus  1er- 
b't.  panels,  ut  arjbltror.  notkm\  quem  an-  r .  . 
te  ffos  decem  annos  annotant  CiT  publiée  dû'  onLimo- 
cut,  ckm  etiant,  tum  adolefcentulus ,  Li~  nnm,  c'eft 

mini,  quod  PïÛonum  oppidum  efi  ,  huma-  î°me,x,s' . 
r_5  rCr    •    *    J-r     n    j->    félon  Popi- 
n  litteraritm  er  jurts  Lïvtlis  juta-us  nion  co[n. 

mum,  Amphitruonem  Plautlnum  mune:mais 
r,  tradere  hoc  loco  injlitui.  En  qui  eft ré- 
ce  tenu-] à  Muret  pouvoir  avoir  20.  à  21.  ^Xva- 
an.  Car  il  naquit  en  1526.  Et  l'Epitre  îoisdansfc 
Dedicatoire  de  ces  Commentaires  fur  les  Notice  des 
Catilinaires  de  Cicéron ,  adreiïee  à  Léo-  Ga*sc"jg« 
nardo  Mocénigo,  noble  Vénitien,  eft  da-  dans^on  * 

ie  Venife  du  9.  Octobre  1556.    Le  premier 
Préfident  de  Thou  a  é  :rit  que  Muret  a-  Scaiigera- 
voit  étudié  en  Droit  à  Poitiers  &  à  Tou-  ^'  pagc 
loufe.     Il  peut  être  que  régentant  à  Poi- 
tiers les  Lettres  humaines,  il  y  prit  le  de- 
gré de  Licentié  es  Loix.     Quoi  qu'il  en 

,  il  n'a  pu  régenter  publiquement  en 
Droit  à  Touloufe  ,  qu'il  n'ait  été  da 
moins  Licentié  es  Loix.  Et  ainfi,ce  que 
Scaliger  a  écrit  des  degrez  qu'il  prit  à  As- 
coli,  doit  s'entendre  du  degré  de  Doc- 
teur. 

De 

Ç  t.  Muret  étant  né  en  i$z6.  il  faloit  dire  pou* 
compter  juile  qu'en  15} 8.  il  n'avoit  que  12.  ans. 


306       A  nti-Bai  ll  et.  P.  I. 

De  Poitiers,  il  fut  à  Pourdeaux;  ce  qui 
paroît  par  ces  vers  d'une  de  Tes  Elégies  à 
fa  Margaris  : 

Nam  te  PitfemcJL  reùmnt  felicia  terr& 
Oppida  t  qua  Clanus  pinguia  cuit  a  fecat. 

Me  vero ,  invidia  procul  à  te  dentibus  aclum, 
Fortia  lunatA  mxma  BurJegaU. 

Et  ce  qui  paroît  encore  pa*r  ces  mots  de  la 
Chronique  Bourdeloife  de  Gabriel  deLur- 
be:  En  1^47.  Marc  Antoine  Muret  Pro- 
fejfeur  au  Collège  de  Guyenne  avec  gran- 
de réputation  (1).  Car  Muret  étoit  à 
Poitiers  en  i^jô.  II  pouvoit  avoir  21.  à 
22.  ans  lors  qu'il  commença  à  régenter 
à  Bourdeaux  &  ce  fut  apparemment  Jean 
Gélfda,  Efpagnol  de  la  Ville  de  Valence, 
Principal  du  Collège  de  Guyenne  ,  avec 
lequel  il  avoir  régenté  au  Collège  du  Car- 
dinal le  Moine,  qui  l'engagea  à  régenter 
dans  celui  de  Guyenne:  car  Gélida, com- 
me l'a  remarqué  le  Préfident  de  Thou, 
avoît  régenté  la  Philofophie  à  Paris  dans 
le  Collège  du  Cardinal  le  Moine;  &  il 
quitta  cet  emploi  en  iy^.  pour  fuccéder 

à 

%  ï.  C'eft  à  ce  tems-là  qu'il  faut  rapporter  ce 
que  dit  Montagne  chap.  25.  du  L.  t.  de  Tes  Elîais, 
que  Bucanan  &  Muret  étoient  fes  Précepteurs  do- 
mefttques.  Ce  qui  fedoit  entendre  des  inftruftions 
particulières  qu'ils  alloient  règlement  lui  donner 
en  la  maifon  de  Ton  Père.  Montagne  avoit  alors 
quatorze  à  quinze  ans,  &c  ce  qu'il  ajoute  que  Bu- 
canan 5c  Muret  appréhendoient  de  l'accoiter  en  fon 
enfance  à  caufe  de  la  facilité  qu'il  avoit  à  parler 

La- 


A  mti-Baillet.  P.  I.       307 

à  André  Govéan  dans  la  Principalité  du 
Collège  de  Guyenne.  Lequel  André  Go- 
vean  alla  en  ce  term-la  en  Portugal  y  éta- 
blir le  Collège  de  Conimbre  inilitué  par 
le  Roi  Jean  III.  où  il  mena  avec  lui  Geor- 
ge Bucanan  ;  Patrice  Bucanan  frère  de 
George;  Nicolas  de  Gruchy  (2),  dit  en 
Latin  Gruchius\  &  Guillaume  Guérentée, 
Jaque  Tévius ,  &  Elie  Vinet.  Je  corrige- 
rai ici  en  paiîant  une  faute  d'impreflion 
qui  fe  trouve  dans  toutes  les  Editions  des 
Poëfîcs  de  Bucanan  (3).  C'eft  dans  fou 
Elégie  à  Taftseus  &  à  Tévius. 

C&t (raque  ut  cejfent  gelide ,  pia  cura  foddis 
Et  patrii  er  patri&  fungitur  ufque  vlczm , 
Il  faut; 
C&teraque  ut  cejfent ,  Gelids,  f;a  cura  fodalis. 

En  15*5-2.  il  étoit  de  retour  à  Paris:  car 
cette  année- là,  le  cinquième  de  Février 
(ce  que  j'ai  appris  de  l'édition  in  douze  de 
fes  Oraifons)  il  récita  dans  l'Eglife  des 
Bernardins  de  Paris  fa  première  Oraifon , 
qui  eft  intitulée  de  l'Excellence  de  la  Théo- 
logie,  Il  fît  imprimer  à  Paris  en  la  même 

an- 
Latin  fait  voir  qu'il  faloit  que  Muret  eût  fait  d'au- 
tres voyages  à  Kourdeaux. 

^1  2.  Montagne  appelle  le  premier  Nicolas 
Grouchi,  &  le  fécond  Guillaume  Guérente.  Mais 
nous  voyons  que  Gvuchiu*  dans  fes  Ouvrages  Fran- 
çois éc.it  fon  nom  de  Groucbv 

1H  j.  Cette  ûute  ne  le  trouve  point  dans  l'édi- 
tion de  isf>9.  in  8.  chez  Henri  Etienne,  où  une  par- 
tie des  vers  de  Bucanan  a  été  imprimée  avec  les 
loclles  de  Beze. 


3o§  Anti-Baillet.  P.  I. 
année  fes  Poëlïes  ,  intitulées  Juvemlta: 
qu'il  dédia  ï  Monfieur  Brinon  Confeiller 
du  Parlement.  Dans  la  Dédicace  ,  qui 
eit  du  24.  Novembre  de  la  même  année 
iyyi.  il  y  parle  de  fes  Leçons  de  Droit  & 
de  Philoîbphie.  Subfe:iv:s  igitur  kor'is  a- 
liquod  mih'i  tempufculum  à  Philofophiœ  Cif 
Juris  Civilis  Prœlect'iombus  ,  quibus  aj]i~ 
due  (Kcupatus  diftineor ,  efc.  Ce  qui  don- 
ne iujet  de  croire  qu'il  enfeignoit  en  ce 
tems-là  à  Paris  le  Droit  &  la  Philofophie. 
Au  chapitre  i8\  du  Livre  x  de  fes  diverfes 
Leçons,  il  fait  mention  des  Leçons  qu'il' 
fçfbît  à  Paris. 

En  15-5-4.  il  étoit  à  Touloufe  Ci), com- 
me il  paroît  par  l'Extrait  des  Regîtres  des 
Capiteux  de  Touloufe  ci  deuus  rapporté. 
J'apprens  de  Gabriel  de  Lurbe  dans  fo;i 
de  î/ïris  Iïlu$ribus  Aquhama ,  qu'il  y  ré- 
genta en  Droit.  Jofeph  Scaliger  au  lieu 
allégué  a  écrit  qu'il  y  enfeignoit  les  Infti- 
tûtes  pour  s'exercer.  On  apeloit  en  ce 
tems-là  à  Touloufe  Halebardiers •',  ceux 
qui  n'étant  point  ProfeiTeurs,  régentoient 
en  Droit  pour  s'exercer:  ce  que  j'ai  ap- 
pris de  du  Verdier  dans  fon  Eloge  de 
Cujas.  De 

<fî  1.  Avant  que  d'en  venir  à  cet  article,  il  au- 
roit  été  à  propos  de  parler  de  Pemprifonnement  de 
Muret  au  Châtelet  de  Paris,  car  il  faut  que  ce  foit 
en  1552.  ou  1553.  que  cette  difgrace  lui  foit  arrivée, 
puifqu'il  eft  fur  que  Muret  étant  parti  de  Paris  pour 
Touloufe  ne  revint  point  de  Toulcmfe  à  Paris,  mais 
s'enfuit  de  là  par  une  autre  route  en  Italie.  Aufll 
du  Verdier  ne  le  fait-il  point  revenir  de  Touloufe  à 
Paris,  il  dit  feulement  avoir  appris  de  Dorât  que 
Muret  avoit  été  prifonnier  au  Châtelet,  ce  qui  peut 

biea 


Ànti-Baillet.  P.  ï.       %oç 

■DeTouloufe,  il  alla  à  Paris,  (2)  où  il 
fut  prifonnier  au  Châtelet  :  félon  le  témoi- 
gnage de  du  Verdier;  lequel  ne  pein  être 
révoqué  tn  doute. 

De  Paris,  il  fut  à  Venife  &  à  Padoué, 
où  il  régenta  fix  ans  ;  ce  qui  a  été  remar- 
qué par  Monlieur  de  Thou. 

De  Venife  &  de  Padoué,  il  fut  à  Ro- 
me ,  où  il  enfeigna  dîverfes  Sciences. 

Mais  de  Rome  il  revint  à  Paris  en  15-62. 
avec  fon  patron  le  Cardinal  Hippoli  e 
d'Efte  de  Ferrare:  où  il  fit  imprimer  les 
Phi  ippiques  de  Cicéron  ,  qu'il  dédia  à 
Turnébe. 

Et  de  Paris,  il  retourna  à  Rome  en 
15-63  où  il  enfeigna  publiquement  les  Let- 
tres Humaines,  le  Droit,  &  la  Pnilofo- 
phie.  Jl  dit  d  ,ns  quelqu'une  de  fes  Orai- 
fons  qu'il  a  régenté  20  ans  à  Rome,  J'ap- 
prens  d'une  Lettre  de  Claude  du  Puy, 
Confeiiler  au  Parlement  de  Paris,  à  Vi- 
cemio  Pinelli  ,  qui  m'a  été  communi- 
quée par  Mr.  Bigot,  qu'il  y  lût,  en  par- 
ticulier, Thucydide  à  Mr.  d'Abain  de  la 
Rochepofai  ,  AmbafTadeur  de  France  à 
Rome.    Voici  l'endroit  de  cette   Lettre 

qui 

bien  être  vrai ,  maïs  quand  U  ajoute  du  fien  que 
Muret  étant  forti  de  pnfon  avoi.  pafle  de  Paris  en 
Italie,  on  lui  loutent  qu'il  fe  trompe,  &  que  ce 
n'a  pas  été  de  Paris,  mais  de  Touloule  que  Muret 
fe  retira  au  plus  vite  en  Italie.  L'autorité  de  du 
Verdier  qui  n'eit  pas  un  Ecrivain  exact  ne  peut  ^as 
tenir  en  cela  contre  celle  de  Scaliger,  de  Calaubou 
&  de  M.  de  Thou. 

f  z.  Je  croirois  qu'il  faudroit  ôter  tour  cet  ar- 
ticle ,  ôc  reformer  ainû  le  commencement  du  fui- 
yaflt.     De  Ttitltnjt  il  fm  k  Venife  Ùr  aPAdtHï  ôcc^ 


3îo       Anti-Baillet.  P.  I. 

qui  regarde  cette  particularité  :  je  vous  en- 
'voie  une  Parodie  fur  le  Phafcle  de  Catulle , 
faite  pie pa  contre  un  de  nos  amis  de  Rome  , 
tfagueres  jurifconfulte  ,  rjr1  maintenant 
Prêtre.  Cet  ami  de  Rome  de  Claude  du 
Puy  ,  c'eft  Muret  :  Vous  me  mandez  qu'il 
lit  le  Thucydide  à  Mr.  d?  A  bain.  Si  c*ejl , 
ut  morem  gerat  ampliffimo  &  dodliffimo 
Régis  Legato,  il  fait  bien;  mats  s'il  cui~ 
de  lui  pouvoir  enfeigner  quelque  chofe  de 
nouveau  après  Mr.  de  la  Scala ,  lequel  lui 
a  autrefois  expliqué  cet  Auteur,  il  s'abuje 
grandement  :  car  l'autre  le  devance  de  deux 
mille  parafantes  en  cette  matière  de  Let- 
tres :  mémement  je  leur  ay  oui  dire  qu'ils 
furent  deffus  un  hiver  entier. 

Il  mourut  à  Rome  en  1585.  le  4.  Juin 
dans  la  60  année  de  Ton  âge.  Sainte  Mar- 
the &  Jean  le  Clerc,  qui  ont  écrit  qu'il 
mourut  dans  la  57.  ont  été  mal  informez 
de  cette  circonftance.  LXXXIV. 

%  r.  Dans  le  Recueil  des  vers  des  Académiciens  de 
Rome  fur  la  mort  de  Platine  il  y  a  uneEpigramme 
Latine  de  ce  Rhallus  en  vers  Phalcuques  ,  laquelle 
ne  lui  donne  peint  de  démenti  fur  le  jugement  qu'il 
a  fait  de  i'Epigrammc.  Ou  en  voyoit  plulieurs  au- 
tres de  fa  façon  du  tems  de  Lilio  Giraldi,  mais  il 
faloît  que  ce  fût  en  manuferit,  car  elles  n'ont  ja- 
mais été  imprimées.  Il  avoit  anflï  fait  des  Elégies 
dont  fait  mention  Pontan  1.  z.  Baiarum  où  il  l'ap- 
pelle Manlius  Rhallus.  Minltus  ,  M/illiys  ,  Mani- 
lius  fe  trouvent  (ouvent  mis  indifféremment.  Af. 
Ménage  dit  après  Paul  Jove  que  Alanilius  Rhallus 
fut  Archevêque  de  Malvoifie  Ville  de  Tzaconie  an- 
ciennement Lacouie,  mais  Lilio  Giraldi  metlaFré- 
lature  de  ce  Rhallus  en  Candie  ,  Mjrttllo,  dit-il, 
7{fia'li:j  fortuuatior,  quippe  qui  a  Leone  decirno  bis  men~ 
fibus  Cic-cnfiHrn  fit  PontificAtu  honeftatus.  Paul  Corre- 
fius  Lib.  1.  de  CArdin.1b.1u  fol.  2S-  écrit  7^  Il  us ,  mais 

înal.    Nuper  ,  dit-, il ,  mm  Ami  me  a  Mmilim  Câlins 

été- 


A  NTI-B  AILLE  T.  P.  I. 
LXXXIW 


m 


Réflexions  fur   ce  que  Monficur  Baillet  a 
dit  de  mes  Ep.grammes. 

M  On  (leur  Baillet.  Ceux  des  Cri- 
tiques qui  ont  rochcrché  les  moyens  de 
en  quel  genre  de  V »ë fie  Mr.  Ménage 
a  le  mieux  réujfi ,  efliment  que  c'eji  dans 
F  Elégie  &  dans  l'Epigramme.  A  dire  le 
vrai  ,  Mr.  Ménage  paroit  avoir  eu  plus 
(T inclination ,  Ç53  de  talent  même ,  pour  ces 
deux  genres  que  pour  les  autres ,  puis  qu'il 
s'y  efî  appliqué  davantage.  C'efè  ce  qu'on 
peut  ajj'urer  au  moins  de  fes  Epigrammes  ; 
parmi  lesquelles  il  s'en  trouve  de  fort  belles 
dans  un  grand  nombre  de  plates  &  d'in- 
fipides. 

Ménage.  Manilius  Rhallus  (r),  ou 

Rai  la, 

r't*v.s  imfrimù  PoFta  Z<c.  Le  même  Livre  2.  feuil- 
let $6.  S«iis  intelligi  potefî  as  qui  fie  doctrine  dedide- 
runt ,  canfianttus  foltre  fiarnu t Ar i  ,  cum  minus  abduci  à 
vitx  pcrpetuit&te  fj/eant.  Quis  enirn  diutius  cwi  qv.o* 
auam  cjuam  aut  Manilius  T^illus  cum  Mtrco  B-i-rbô  ,  aut 
Bdrtholomxus  Salicetus  cum  .Àfilania  Sftrtia,  five  J.  5. 
^Almn.dia.nv.s  cum  Oliver io  Carrapha  vixtt  ,  qu*rum  dues 
nihil  unauam ,  ni  fi  mors  herilis  ,  ab  aJfeJfando  avocavi;: 
aber  ita  eft  in  famrUndo  confiant ia  continuât  a  fi  du  s  ut 
idem  ei  prope  confiitulus  videatur  ioiwendi,  i"  c.  >  ïandi 
finis.  11  paroit  p<r  là  que  ce  Rhallus  furvécut  au 
Cardinal  Marc  Bavbo  ion  patron  ,mort  le  xi.  Mars 
T490.  C'eto't  Je  ci>ufîn  germain  du  Pape  Paul  II. 
Franco:";  Phiklphe  ,  dans  la  18.  Lettre  du  1-.  Livre, 
parle  d'un  XktJalii  TfyaUb  c'eft  "P*x>.»f ,  ?««*{§ 
prononçant  alors  comme  l'ià-ra)  qui  en  Tan  146t. 
étoit  à  Rome  auprès  du  Delpote  Thomas  Taléa- 
loguc. 


gis       Anti-Baillet.  P.  1. 

Ralla,  comme  l'appelé  Paul  Jove  dans 
l'Eloge  de  Mufurus ,  étoît  un  Savant  de 
Grèce,  quwvînt  en  Italie  après  la  prîfe  de 
Conftantinople.  Je  crois  qu'il  croit  de 
Conilantinopie  :  car  dans  les  Poches 
Grecques  de  Lafcaris ,  il  eft  fait  mention 
d'un  blupyjjio;  PuK>,yg  ,  qui  croît  de 
Conftantinople.  PgAAtjS ,  Rhallus,  Rai- 
lus  ,  &  Rafla ^  eft  le  même  nom.  Ce 
Manilius  Rallus  fut  Archevêque  de  Mal- 
vafie.  Marulle  lui  a  adreiTé  une  Ode  & 
une  Epigramme.  Ce  Savant  difoit  que 
perionne  n'avoît  encore  réuni  dans  TE  pi- 
gramme.  Ce  que  nous  avons  appris  de 
ces  vers  de  MaruI-'Ie: 

A mor  Tibullo  ,  Mars  îiJri ,  Maro  ,  débet, 

Terentio  foccus  levis. 
Cothurnus  clim  nemfah/âtis  multurn 

Horatio ,  Satyra  C7*  Cheiys. 
Natura  magni  vtrfibus  Lucretii , 

Lepore  Muf&o  Miiis. 
Epigramma  caltum ,  te  fie  Rballo ,  aàhuc  nulii, 

Le  Père  Rapin  eft  à  peu  près  du  même  a- 
vis.  Car  voici  comme  il  s'eft  expliqué  fur 
ce  genre  de  Poéiîe  dans  fes  Réflexions  far 
la  Poétique  :  l' Epigramme  eji  de  tous  les 
Ouvrages  de  vers  que  ï*  Antiquité  ait  pro- 
duit ,  le  moins  confîderable  &c.  Ceft  une  des 
efpeces  de  Vers  oit  Von  réujfit  peu  ;  car  c'eft 
plutôt  un  coup  de  bonheur ,  que  d'y  réuffir. 
Une  Epigramme  vaut  peu  de  chofe  ,  quand  el- 
le n'eft  pas  admirable.  Et  il  eft  fi  rare  d'en 
fére  d 'admirables,  que  S  eft  ajjez  d'en  a- 

voir 


Anti-Baillet.  P.  I.       313 

voir  fait  quelques-unes  en  fa  lie.  Et  Mar- 
tial difoic,  que  quand  il  y  avoit  autant  de 
bonnes  Epigramtrujs  dans  un  Livre  d'E- 
pigrammes  que  de  mauvaifes ,  on  pouvoit 
dire  que  ce  Livre  étoit  bon.  Il  eu  eft  de 
même  du  Sonnet ,  qui  ell  une  eipéce  d'E- 
pigramme. 

Un  Sonnet  fans  défaut  vaut  feul  un  long 
Poème. 

Mais  en  vain  mille  Auteurs  y  penfent  ar- 
river, 

Et  cet  heureux  Phénix  eft  encore  à  trouver, 

<îit  Mr.  Defpréaux.  Le  Tolomei,  au  rap- 
port de  Stefano  Guazzo  dans  Ton  D.alo- 
gue  de  la  Poélîe  Latine  &  Tofcane  com- 
paroit  le  Sonnet  au  lit  de  Procrufte.  Voi- 
ci les  paroles  du  Guazzo  :  Fà  quejio  Pro- 
crufte  cofi  fanlaftico   c  beftlale  che  tutti  i 
foreftieri  che  capitavano  al  fuo  albergo  y  far 
ceva  csricar  in  un  certo  letto:  e   à  quelli 
che  cori  la  lunghezza   délia  perfina  fopra- 
vaxzavana  il  letto,  t agitai- a  le gambe  con- 
forme alla  mifura  di  effo  :  à  quelli  c/S  era- 
no  plu  corti ,  tirava  con  le  corde  il  collo  e  le 
gambe  :    fi   che  glungevano    egualmente  à 
quel  la  mifura.     E  pero\  ejfendo  quafi  im- 
poffibile  il  trovar)  Jogetto  che  giuftame-ite 
capifea  nel  corpo  del  Sonetto,  conviene  per 
h  più  ,  0  aggiungervi  parole  oziofe ,  0  îr un- 
car  i  concetti,  in  cofifatta  guifa  cheU  co;n* 
ponimento  riefei ,  0  Unguido^  0  ofeuro ,  là 
onde  Ji  puo  dire  che  h  fatta  una  'non  m:no 
lodevole  che  faticofa  imprefa,  ed  ifalmoh 
Tom.  FIL  Part.  L  O  le- 


3T4      Anti-Baillet.  P.  I. 

legittimo  d'ApoIlo  colui  ilquale  felicemente  à 
tirato  un  Sonetto  con  tutti  quejli  proporzio- 
wati  mezi  al  fuo  debiio  fine.  Et  j'ai  fo vi- 
vent ouï  dire  à  Gombaud,  que  quand  un 
Poète  avoit  fait  un  bon  Sonnet ,  il  pou- 
voit  fe  repofer,  ayant  allez  acquis  de  ré- 
putation. Et  ainiï,  Mr.  Baillet  qui  dit 
que  j'ai  fait  de  fort  belles  Epigrammes 
parmi  un  grand  nombre  de  plates  &  d'in- 
fïpides ,  en  penfant  dire  de  moi  des  cho- 
fes  defavantageufès,  en  dit  de  très-avan- 
tageufes. 

Mais  il  n'eft  point  vrai,  qu'il  n'y  ait 
point,  ou  qu'il  y  ait  peu  de  bonnes  Epi- 
grammes ,   fi  ce  que  Jules  Scaliger  a  dit 
des  tiennes,  eft  véritable.    Voici  comme 
il  en  a  parlé  dans  fa  Lettre  à  Charles  Se- 
-vin;  qui  eft  la  81.  de  fes  Lettres:  proinde 
fie  commutas  ut  temerè  uimis  edenda  jefti- 
Tiarim:  Il  lui  parle  de  l'édition  de  fes  E- 
pigrammes  :  cùm  id  egi  confuho  uti  emen- 
data  arbitratu  tuo  legerentur.     Ex  milli- 
bus  ferè  duobus ,  aut  ampliùs ,  leéia  font  : 
utinam  bonafide*     ld  in  ipjis  curavtmus , 
nti  Ralîus  ,    vir  doéîus ,   meniiretur  ,  aut 
rnutaret  judiciuYa ,  qui  Epigramma  ullum 
cultura  negarat.   Et  il  a  fait  imprimer  plus 

de 

^1  t.  Marulle  en  rapportant  le  fentiment  de 
Tthullus  n'a  pas  voulu  dire  que  généralement  par- 
lant on  n'eût  jamais  fait  de  bonne  Epigramme,mais 
feulement  qu'il  n'y  avoit  point  encore  eu  de  Poète 
Epigrammataire  qui  n'eût  fait  que  de  bonnes  Epi- 
grammes,  ou  qui  eût  du  moins  auflî  bien  réuffi  en 
ce  genre  qu'il  prêtent  que  Térence  a  fait  dans  la 
Comédie  ,  Lucrèce  dans  l'explication  des  chofes 
naturelles,  Catulle  dans  les  Hendecafvllabcs  ♦  Vir- 
gile 


Anti-Baillet.  P.  I.       3[? 

de  mille  Epigrammes.  Mais  parmi  ce 
grand  nombre,  je  foûtiens  qu'il  n'y  en  a 
pas  une  feule,  je  ne  dis  pas  excellente, 
mais  médiocre. 

Il  n'eft  pourtant  pas  vrai  que  perfonne 
n'ait  encore  réutfi  en  ce  genre  de  Poëfie. 
Il  y  a  un  grand  nombre  d'Épigrammes  ad- 
mirables dans  l'Anthologie  (i): parmi  les- 
quelles celle  de  Niobe  de  vivante  faite 
pierre  par  les  Dieux ,  &  de  pierre  faite  vi- 
vante par  Praxitèle  ,  tient,  félon  moi,  le 
premier  lieu.  Il  y  en  a  aufli  un  grand 
nombre  d'excellentes  dans  Catulle;  dans 
les  Priapées  ;  dans  les  Recueils  des  an- 
ciennes Epigrammes  publié  par  Pithou  & 
par  Scaliger;  dans  Maniai,  &  dans  Au- 
fone.  Il  y  en  a  de  très-belles  dans  San- 
nazar  ;  primus  Epigramma  cultum  dedijje 
creditur  à  mbh\  dit  de  lui  Jules  Scaliger 
dans  fa  Poétique:  dans  Politien;  dans  le 
Bembe  ;  dans  Jean  Batille  Amaltée  (2)  ; 
dans  Flaminius;  dans  Bucanan,  &  dans 
le  Père  Vavaffeur. 

Mais  à  propos  du  Père VavafTeur,  com- 
me il  a  fait  deux  gros  Livres  d'Epigram- 
mes, il  ne  fut  pas  fatisfait  de  ce  qu'avoit 
dit  le  Père  Rapin  au  palTage  de  fes  Réfle- 
xions 


gile  dans  le  Poëme  Epique  où  la  guerre  a  le  p-lusde 
part ,  Tibulic  dans  les  vers  d'amour,  Horace  dan» 
l'Ode  &  dans  la  Satire. 

%  2.  Je  croi  que  M.  Ménage  a  voulu  dire  Jérô- 
me. L'Epigramme  du  moins  qu'il  déiigne  &:  qu'il 
loue  pag.  52.  du  2.  tora.  eft  de  Jerôrr.e\\malthéc, 
Se  vaut  mieux  feule  incomparablement  que  toute» 
celles  de  Jean  Baptiite. 


O  1 


3i<5      Anti-Baillet.  P.  I. 

sions  fur  la  Poétique  ci-delïus  allégué. 
Et  c'eft  ce  qui  l'engagea  à  écrire  contre  ce 
Livre  du  Père  Rapin.  J'ai  fû  cette  parti- 
cularité de  lui-même. 


LXXXV. 

Mr.Bailîet  n'ayant  jamais fût  de  versn'eft 
pas  capable  de  juger  des  vers, 

MOnfîeur  B  a  i  l  l  e  t  a  écrit  cinq  vo- 
lumes des  Poètes.  II  ignore  les  fl- 
nefles  des  Langues  dans  lesquelles  ont 
écrit  la  plupart  de  ces  Poètes.  Mais  quand 
il  les  fauroit,  n'ayant  jamais  fait  de  vers, 
il  n'eft  pas  capable  de  juger  des  Poètes.  Il 
n'y  a  que  ceux  qui  font  des  vers,  ou  qui 
en  ont  fait ,  qui  puillent  connoirre  toutes 
les  beautez  &  tous  les  défauts  de  la  Poèiie. 
C'eft  ce  qui  a  été  très-  véritablement  re- 
marqué par  St.  Jérôme  en  fon  £pi;re  26. 
Felices ,  snqu'st  Fabius  ,  effent  art  es ,  fi  de 
îllss  fols  artifices  judicarenî.  Pvètam  non 
potefl  noJJ'e,  nifi  qui  verfum  potefl  ftruere. 
Je  remarquerai  ici  en  pafTant  que  ce  mot 
deQuintiiien  ne  fe  trouve  ni  dans  fes  Ins- 
titutions ni  dans  fon  Dialogue  de  Claris 
Oratoribus:  car  ce  Dialogue  eft  conftam- 
ment  de  Quîntîlien,  &  non  pas  de  Taci- 
te: ce  qui  a  été  depuis  peu  démontré  par 
Mr.  Pichon  dans  fes  Remarques  fur  ce 
Dialogue.  Il  eft  de  la  Poëfïe  comme  de 
!a  Peinture,  dans  laquelle  il  y  a  de  certai- 
nes beautez  qui  ne  peuvent  être  apperçuës 

que 


Anti-Baillet.  P.  I.       317 

que  par  ceux  du  métier.  Omnium  quidcmy 
fed  artificum  pracipuo  miraculo  ,  dit  Pline  ? 
en  parlant  de  la  ligne  d'Apelle  tirée  fur 
celle  de  Protogene.  Et  en  parlant  d'une 
des  peintures  de  Paufias,  il  dit,  Sunt  qui- 
bus  place at  diligentia,  quam  tntelligunt  Jo- 
li artifices.  Je  raconterai  ici  à  ce  propos 
ce  que  dit  (1)  Elian  dans  une  femblable 
occafion.  Le  Peintre  Nieolir2te,  ou  plu- 
tôt Nicomaque;  car  c'ett  ainfi  qu'il  faut 
lire  ce  nom  de  Peintre  dans  Elian,  com- 
me je  l'ai  fait  voir  dans  mes  Gbfcrvations 
fur  Laërce;  ce  Peintre,  dis -je,  contem- 
plant a\ec  admiration  le  portrait  d'Hélè- 
ne fait  par  Zeuxis,  un  particulier  lui  de- 
manda ce  qu'il  trouvoit  de  fi  admirable 
dans  cette  Peinture.  Et  le  Peintre  lui 
répondit,  vous  ne  me  feriez  pas  cette  de- 
mande, fi  vous  aviez  mes  yeux.  C'eft-à- 
dire,  que  pour  bien  juger  de  la  Peinture, 
il  faut  avoir  des  yeux  favans  ;  oculos  erudi- 
tosy  comme  parle  Cîccron  ;  qu'il  faut  a- 
voir  des  yeux  artilans;  TsxyiKÀ  q/x/x#t#, 
comme  parle  Elian. 

Mr.  Baillet  n'ayant  donc  jamais  fait  d« 
vers,  n'eft  pas  capable  de  juger  des  versv 
Et  il  en  juge  aufll  très  mal. 

Mais  n'ayant  jamais  fait  de  vers,  il  a 
cet  avantage  fur  ceux  qui  en  ont  fait, qu'il 
n'y  a  point  de  repréfaille  fur  lui. 

Cerrumpit  fine  talîone  c&Ubi.  Mutât 

Cacus  perden  non  potejl ,  qutd  atiftrt, 

u 

%  1.  Il  faloit  dire  Elit». 

O  % 


3'ïS      Anti-Baillet.  P.  I. 

Tadiùs tfl  U  e^  kien  aifé  de  parler  de  l'art,  mafs 
deartedhe-  il  eft  difficile  de  parier  félon  l'art.  Il  effc 
requàmex    b{en  ajfg   cje  ^fre  ^    £fJ  TerJ  de  Chapelain 

Cuiatilien.  f0/ît  rades  \  ces  vers  de  Chapelain  font 
froids  ;  ces  vers  de  Chapelain  font  languis- 
/ans:  Mais  il  feroit  difficile  à  Mr.  Bai  11  et 
d'en  faire  de  plus  doux,  de  plus  ardans, 
de  plus  animez.  En  un  mot:  je  fuis  très» 
perfuadé  que  Mr.  Baillet  ne  pourroit  pas 
faire  de  fi  bons  vers  que  les  plus  mauvais 
de  ceux  qu'il  reprend.* 

LXXXVI. 

Jufiification  de  ce  que  fat  dit  que  les  li- 
belles qu'on  a  faits  contre  moi,  me  font 
plus  glorieux  que  les  Livres  qu'on  a  faits 
à  ma  louange. 


M 


Onfieur  Baillet.     Cefi  une  pé- 
danterie de  dire  de  fin  propre  Ouvra- 
ge qu'on  peut  l'appeler,  le  Recueil  des  fau- 
tes d'autrui  :  de  Je  croire  fi  peu  (  i  )  faillible^ 
&  fi  fort  à  l'épreuve  de  la  cenfure  que  de 
faffurer  que  les  libelles  q.uyon  fait  contre  un 
homme  qui  travaille  pour  acquérir  de  la  ré* 
■putation ,  lui  jont  plus  glorieux  que  ceux 
qui  ont  éeé  faits  a  fa  louante  y  &  de  ne 
laiffer  pas  de  recueillir  tous  les  témoignages 
Tome  I.  d'eftime  que  les  Savans  ont  rendu  a  [on  mé- 
page  s>î.      rite ,  pour  en  tirer  avantage ,  ç«f  en  entre- 
chspiuc      tenir  fa  propre  vanité. 
**  Ménage.  C'eft  du  Père  Hardouîn, 

Prctre 

%  i.  Tétt'lliblt  n'eft  pas  François  ,  Se  je  fuis  fur- 
pris  que  M,  Ménage  ait  Iaifre'paflsr.  ce  mot  à  M. 

Bail- 


Anti-Baillet.  P.  L       319 

Prêtre  de  la  Compagnie  de  Jéfus ,  dont 
parle  ici  Mr.  Baillet,  en  difant  que  c'efi 
une  pédanterie  de  dire  de  [on  propre  Ouvra" 
ge  qu'on  peut  Rappeler  le  Recueil  des  fautes 
é? autrui.  Car  c'eft  ce  que  ce  Père  a  dit 
dans  la  Préface  de  ion  Livre  des  médail- 
les ,  de  la  première  édition.  Horum  hic 
detegentur  errores  :  qui  cura  fingulis  ferè 
fent  aî'peïfi  paginls,  totum  ah  iis  opus  ER- 
RATA A  n  r  1  q  u  a  R 1  o  R  u  M  ,  ni  tam 
infolenti  titulo  jaélantiœ  fufpitio  adh<ererety 
inferib:  meritb  potuljfet  :  Comment  un  pe- 
tit homme  comme'Mr.  Baillet  peut-il  par- 
ler de  la  forte  d'un  auflï  grand  perfonna- 
ge  qu'elt  le  Père  Hardouin?  En  vérité 
Mr.  Baillet  eft  un  homme  bien  inju- 
rieux  (2). 

Ce  qu'il  a  ditenfuite,  me  regarde  uni- 
quement :  ce  qui  paroît  par  cet  endroit  de 
la  2.  partie  du  Tome  2.  pag.  342.  de  Tes 
Jugemens  des  Savans.  Mr.  Ménage  dit  de 
lui-même  (dans  fa  Préface  fur  Malherbe) 
qu'il  n'y  a  guère  d'hommes  favans  dans 
Ï Europe  qui  ne  lui  ayent  donné  dans  leurs 
écrits  des  témoignages  de  leur  eftime:  & 
que  plufieurs  mêmes  d'entr'eux  lui  ont  fait 
l'honneur  de  lui  adrejjer  leurs  Ouvra- 
ges :  que  néanmoins  tous  les  témoignages 
cCefllme  de  tant  de  grands  hommes  font 
beaucoup  moins  avantageux  à  fa  réputation 
que  les  injures  que  je  ne  fai  combien  de  pe- 
tits envieux  ont  publiées  contre  lui  dans 
leurs  Rhapfodies  :  &  que  b*  libelles  qu'on 

s 

Baillée 

f  u  Injurieux  fe  dit-il  de  la  perfoanc! 

o4 


320       Anti-Baillet.  P.  I. 

a  faits  pour  le  diffamer ,  lui  font  infiniment 
plus  glorieux  que-  tous  les  Livres  qui  ont 
été  faits  a  fa  louange. 

Ce  que  j'ai  dit,  que  les  écrits  qu'on  a 
faits  contre  moi  ,  me  font  plus  glorieux 
que  ceux  qu'on  a  faits  à  ma  louante,  ne 
marque  aucun  caractère  de  pédanterie.  Et 
il  eii  étrange  que  Mr.  Baillet  qui  a  été 
Pédan  au  Collège  de  la  Ville  de  Beauvais, 
&  qui  eft  préfentement  Pédagogue  chea 
Mr.  de  Lamoîgnon,  me  traite  de  Pédan 
à  ce  fujet,  &  fe  connoiïlè  fi  mal  en  pé- 
danterie. Mr.  de  Balzac  qui  n'étoit  pas 
fans  doute  un  Pédan  ,  a  dit  à  peu  près  la 
même  chofe  que  moi.  Si  la  chofe  étoit 
nouvelle  ,  il  fe  peut  que  je  ne  ferais  pas  fâ- 
ché de  la  fupprcffion  du  premier  libelle  qui 
me  diroit  des  injures.  Mais  a  cette  heure 
qu'il y  en  a  pour  le  moins  une  médiocre  B/- 
bliothéque,  je  fuis  prefque  bien  aife  qu'elle 
fe  groffiffe:  CS3  je  prens  plaifir  à  faire  une 
Mon;  oie  des  pierres  que  /' envie  m'a  jettées 
fans  me  faire  mal.  Le  blâme  de  certaines 
ferfonnes  ne  me  femble  pas  honteux ,  parce 
que  leur  eft'tme  ne  me  femble  pas  honnête. 
Livre  t$.  C'eft  dans  une  de  fes  Lettres  à  Mr.  le 
Leurc  4j.  Chancelier  Séguier,  lequel  avoit  réfufé  de 
féeller  le  privilège  d'un  Livre  fait  contre 
lui.  Et  Mr.  Baillet  a  dit  auvll  à  peu  près 
la  même  chofe  de  fon  bon  ami  Mr.  Dcs- 
préaux. 

Mr.Defpréaux  a  toujours  paru  plus  zélé 
pour  ramaffer  &  publier  les  écrits  qu'on  a 
faits  contre  lui  de  tems  en  tems ,  que  les 
autres  ne  le  font  pour  recueillir  ou  écouteur 
les  louanges  qu'on  leur  donne.     Le  noml-re 

et 


ànti-Baillet.  P.  î.       33* 

de  ces  libelles  eft  devenu  fi  grand,  qu'il  fui 
foupçonné d'en  avoir  forgé  plufieur s  lui-mê- 
me ,  pour  décr éditer  encore  (es  ennemis  d'u- 
ne manière  plus  certaine,  &  pour  fe  défai- 
re d'eux-mêmes  par  leurs  propres  mains* 
Et  quoique  pluf:eur s  de  ces  Ecrtts  faits  con- 
tre lui  fuient  allez  a  d autres  ufages  que 
ceux  pour  lefquels  ils  ont  été  faits ,  Mr. 
Dejpréaux  ne  laiffe  pus  de  Je  vanter  encore 
d'en  pouvoir  amaffer  de  la,  rnefure  de  plu  r 
d'un  pied  dans  les  trois  dimenfions.  C'eil 
à  la  page  5*40.  de  la  fegonde  partie  de 
fon  quatrième  Tome.  Et  Mr.  Defpréaus 
lui-même  a  dit  quelque  chofe  de  femblable 
de  lui  même. 

Moi,  qu'une  humeur  trop  libre,  on  efprit 

peu  fournis, 
De  bonne  heure  a  pourvu  d'utiles  ennemis^ 
Je  dois  pins  à  leur  haine;  il  faut  que  je  l'a- 
voue; 

Qu'au  foibb  &  vain  talent  dent  la  France- 
me  loue. 

Mais  Mr.  Baillet  ne  s'eft  pas  contenté 
de  me  traiter  dePédan:  pour  faire  croire 
que  je  fuis  en  effet  un  Pédau ,  il  dit  en 
plufieurs  endroits  de  Ton  Livre  que  j'ai  des- 
Ecoliers.  Voici  les  endroits,  Mr.  Ména- 
ge ne  s' eft  pas  contenté  de  fe  voir  le  Maître 
&  le  Père  nourri/fier  d'une  certaine  race  de" 
Poètes  qu'il  a  élevez,  dans  un  des  quartiers 
du  Parnaifer  où  il  s'' eft  retranché  :  mais  ifi 
s^.ejî  fait  Poète'  lui-même  7  pour  fortifier  les- 
levons  qu'il  leur  a  données  de  fon  Art  P»è- 
tique  1  par  des  exemples  pris  de  lui-même: 
G  %  *fiw 


322       Ànti-  Bail  le  t.  P.  K 

afin  de  les  rendre  plus  efficaces  &  plus  pr$~ 
portionnées  à  fies  difciples,  &c.  Voilà  quel 
a  éié  jufqu'à  préjent  F  état  des  Poëfies  de 
Mr.  Ménage  ;  &  l'on  peut  dire  qu'elles 
font  toute  la  féconde  partie  du  mode  lie  qu'il 
a  préjent é  h  (es  Difciples  ,  êjjv.  C'eft  à  la 
page  444.  &  447.  du  Tome  4  partie  fe- 
gonde.  Et  à  la  même  page  447.  Ce 
M.onfieur  Boileau  dans  le  tems  qu'il  fe 
contait  encore  au  nombre  des  difciples  de 
Mr.  Ménage  ,  lui  avant  demandé ,  com- 
me a  (on  Maître,  C5T<r.  Pag.  448.  Ceux 
qui  faveit  les  obligations  que  les  Maîtres 
ont  de  parler  (auvent  a  leurs  Ecoliers  & 
de  leur  propofèr  leurs  propres  exemples  , 
n'auront  garde  de  foupçonner  Monfieur 
Ménage  <.e  la  moindre  vanité.  Et  à  la 
page  498.  du  Toire  4.  partie  2.  On  peut 
dire  que  PAonfeeur  âe  Pinchefne  eft  un  des 
plus  connus  d'en,  re  les  dijciples  de  Monfieur 
Ménage. 

Je  demande  à  Mr.  Ba:lkt  qui  fait  pro- 
feffion  de  ne  rien  dire  de  ion  chef  dans 
fon  Livre  des  Jugemens  des  Savans  lur 
les  principaux  Ouvrages  des  Auteurs , 
dans  ooel  Auteur  il  a  lu  que  j'étois  un 
Pédan.' 

Ce  n'a  pas  été  dans  Mr.de  Bateac.  Mr. 
de  Bal/ac  a  dit  de  moi  dans  fon  Poème 
fur>Mr.  Guyet,  imprimé  dans  mon  Li- 
vre Adoptif  : 

Mte  t'ibi  p.icato  qui.  funt  referenda  Gukto, 
Ivl  e  n  A  G  r ,  melïora  tua  referentur  ab  artt 
€hm  référés;  fer  et  tam  grato  interprète  CeltA 
ÇêïHs  lk§r  ;fed  Gr  illa  £rebo  Vmns  infidtt  cri; 

lite 


Anti-Baillet.  P.  I.       323 

Jlla  Venus  tingens  facundas  neftare  voees; 
Averfum  pojjet  qud  c&ncïl'iare  Guiitom, 

Et  ailleurs: 

Durabunt  plena  ftcilif  quot  promis  ah  nrtâ9 
Romanufque  lepos ,  Cecropiique  /aies. 

Sic  jubé t  ille  pot  en  s  Genius  qui  fat  a  libellit 
Dividiî;  o>  àulces  hoc  meruere  joc'u 

Ce  n'a  pas  été  dans  Mr.  des  Marets.  K 
a  dit  de  moi  dans  fes  Lettres  Latines, 

Commoda  quis  mfcit  Critices,  urbane  Me- 
na g  1 ,  &C. 

Fac  potius  verfus  :  quod  jam  facis,  Extre  & 
moeni 

Vim  genîi ,  fcribens  ariimo  jucunda* 

Ce  n'a  pas  été  dans  Mr.  deSaumaife.  Mrv 
de  Saumaife  m'a  traité  de  cuhijfimus  da:i3' 
fa  DiiTertation  fur  fHerodes  Infanticide 
d'Heiniïus  ,  qu'il  m'a  fait  l'honneur  de 
m'adrciTer. 

Ce  n'a  pas  été  dans  Mr.  Bochart.  Il  a 
dit  de  moi  dans  fon  Livre  des  Colonies 
des  Phœniciens,  Livre  r.  chap.  35-.  page 
696.  Quoy  in  Irenico  fuo  ,  nuper  ita  al- 
lufit,  elegantiffimi  ingénu  vir  ,  Jbagidius 
Menag'us. 

Ce  n'a  pas  été  dans  Mr  Heiniïus.  Il  » 
dit  de  moi  dans  tes  Pocfies:  Amoenitatum 
promiconde\  Me  N  AGI*  Me  NAG  !,./>*- 
ter  Elcgantiarum. 

Gfc  a'a  pas  été  dans  Mr.  Héraud.  IT 
G  6  Btf* 


324      ànti-Baillet.  P.  T. 

m'a  traité  de  vir  poiîtijjimus ,  &  de  vir  s- 
legantiffimi  ingénu  dans  fes  Animadver- 
Jions  fur  les  Obfervations  de  Mr.  de  Sau- 
maiTe  fur  le  Droit  Attique  &  Romain  r 
Livre  vi.  page  436. 

Ce  n'a  pas  e'té  dans  Mr.  Payen  Profes- 
feur  en  Droit  dans  l'Univerlité  d'Avi- 
gnon. Il  a  dit  de  moi  dans  fon  Prodro- 
mus  Jttfïtniani  ,  page  365-.  Ut  notât  vir 
amikniffimus  JEgidius  Menagius ,  Amœni- 
taium  Juris  c  api  te  33. 

Ce  n'a  pas  été  dans  le  Père  Commire,. 
Il  a  dit  de  moi  dans  fa  Fable  de  la  Folie  :. 

Vtnuft'iorU  elegar-tU  pater , 

Cm  Fabularum  Mufa  dotlarum  artifex 

Molle  C7  facttum  quod  erat  JEfoft,  annuité 

Ce  n'a  pas  été  dans  Mr.  l'Abbé  Huet,, 
nommé  à  l'Evêché  de  Soiffbns.  Il  a  dit 
de  moi  dans  fes  Obfervations  fur  les  Com- 
mentaires d'Orîgéne.  Vide  Laèrtium  in 
Zenone  ,  CS3  *"#  eum  Obfervationes  JEgidii 
Menagït)  viri ,  omni  ur'oanitaùs ,  doèlri- 
nœ  ,  (tf  humanitatis  génère  fiàrenttJfimL, 
Et  dans  une  Lettre  en  vers  Latins  qu'il 
m'a  ad  reliée  ; 


Pater  aime  leporum, 


Si  vdcattZ?  veteris perm'utunt  Jcrïpta  Laèrt'i^ 
Rem  mn  difimiUm  ;  née  lonza  eft  fabula  ;  di/ce,. 

Ce  n'a  pas  été  dans  Mr.Bmméros  de 
Lipiic.  Il  a  dit  de  moi  dans  Ion  Com- 
mentaire fur  h  Loi  Cincia7  chapitre  78... 


Anti-Baillet.  P.  I.  32^ 
éoéhr'tnx  jtixta  ac  morum  elegantiâ  prœftan- 
tiffimns  vir  JE  c  i  d  i  u  s  Me  nagius. 

Ce  ira  pas  été  dans  Mr.  de  Mofant  de 
Rrieux.  11  a  dit  de  moi  dans  une  de  fes 
Epigrammes,  cultiqtu  M  en  a  g  iu  s  orh* 
Et  dans  une  autre: 

Tôt  Charhum  fotcunda  nitent  tua  fcrïpta  M  E~ 

N  A  G  I  , 

BUada-jue  tam  doclo  pollue  fila  moves  ce* 

Ce  n'a  pas  été"  dans  Mr.  le  Moine.  Il 
a  dit  de  moi  dans  fes  Notes  fur  l'Epître 
de  Saint  Polycarpe,  page  395*.  Hoc  non, 
omnlno  probatur  Nie  n  agio  ,bunarum  çjf  ele~ 
guntiorutn  Hier  arum  columini  maxtmo. 

Je  prie  mes  Lecleurs  de  remarquer, que 
torique  Mr.  Baillet  m'a  traité  de  Pédan  & 
d'homme  pétri  de  vanité  ,  je  ne  favois  pa& 
qu'il  fût  au  inonde. 

LXXXVIÎ. 
Des  Adzerfaires  deTnrnébe. 

MOnfieur  Baillet.    Le  principal     Tome 3 
des    Ouvrages   de  Turnébey   efl  [ans  partie  z. 
doute  celui  des  Adverfaires,    ou   Cahiers,  PaS*  é^ 
en  trente  Livres  :  quoi  qu'on  ne  puifje  pas 
dire  qu'il  foi t  achevé.     Il  y  corrige  £3*  il  y 
explique  tant  d^  en  droit  s  difficiles  de  toutes 
fortes  d'Auteurs  Grecs  cfT  Latins  y  &  avec 
tant  de  capacité,  qtSil  efl  difficile  de  dire 
fi  c'efl  l'efpnt  ,  ox  fi  S  efl  la  d.ligence  de 
£  Auteur  qu'on  y  doit  le  plus  admirer  :  fe- 
O  7  lea. 


$16      Anti-Baillet.  P.  F. 

Ion  Mr.  de  Ste.  Marthe.  Et  Seft  ce  qui 
a  fait  dire  aux  Aile  m  an  s  que  c'eft  un  Ou- 
vrage digne  de  ï' ''éternité'.  Néanmoins  Sca- 
liger  qui  favoit  ajfez  bien  le  prix  d.e  Tur- 
nébe ,  conjidéroit  ces  Adversaires  comme  un 
embryon  venu  avant  terme:  &  il  avoit 
coutume  d'appeller  cet  Ouvrage  Pavorton 
de  Turnébe  :  difavi  qu'il  y  reconnoijjoit 
pourtant  les  traits  de  Pefprit  du  vrai  Tur- 
nébe- 

Ménage.  Il  eft  vrai  que  Jofeph  Sca- 
lïger  r  dans  fon  premier  Scaligérana,  a 
fait  ce  Jugement  des  Adverfaires  de  Tur- 
nébe» Turnebus ,  viv '  maxvmus  erat ,  doc- 
tijjimufque.  Cujus  Adverfaria  aboriivuïtt 
fœt'um  joleo  nuncupare  :  potuit  enim  melius 
ferihere ,  agnojeas  tamen  genuh-tum  partum 
Turnebi.  Et  Turnébe  lui-même  parle  des 
douze  premiers  Livres  de  fes  Adverfaires 
à  peu  près  en  mêmes  termes.  Duodecim 
Adverfariorr.m  libros  fubitâ  Qjf  repentinâ 
eperd  confeéîos ,  CS*  pœne ,  immaturo  abor- 
îu  ,  antè  in  lucem  e  dit  os  quam  fat  à  s  atqus 
concept  os  :  &  ce  qui  fuit.  C'eft  dans  fa 
Dédicace  du  2.  Tome  de  fes  Adverfaires 
à  Henri  de  Même.  Mais  dans  fon  Se- 
gond  Scaligérana  pme  126  (1)  il  en  parle 
jvantageufement  en  ces  ternes:  Les  Ita- 
liens T  comme  Viùîorius  cV  Muret \  font  un 
chapitre  tout  entier  ,  en  leurs  diverfes  Le- 
çoxs,  à*une  petite  corjeéîure:  [5  Ce  mot" 
quent  de  Turnébe ,  qui  a  j^lus  dans  un  cha- 
pitre qu'élue  en  tout  un  Livre.     Et  à   la 

page 

f  r.  c.*t  il  fe  rapporte  â  Ttiincbe  *u  lieu  de-  & 
.  fca^QXtc*  a  Sçaiiger, 


ânti-Bait.let.  P.  f.       327 

page  245"  T'urnebus  plura  habet  uno  libro 
quàrn  Vtéiorius  l.bris  triginta  fePtem*  rit 
j'ai  ibuvent  oui'  dire  à  Mr.  de  Sauma'Te 
que  C'j  Livre  n'étoit  pas  alfcz  elh'mé.  Mu- 
ret Peftimoit  infiniment  :  comme  il  paroît 
par  cet  endroit  du  chapitre  29.  du  Livre 
xviir.  de  les  Dîverfes  Leçons:  At  texam 
hutc  obf.rvationi  alinm  valdè  djfimilem* 
Qu'idni  é*trn  tnibs  quoque  Ttspvs&Çeiv  ali~ 
quando  iiceat  ?  Uttnam  quidem  zerè  ac  fe- 
rio  pojjem.  Sed  ut ,  qui  divnas  Ariflui élis 
ac  Platonis  virtutes  im'tari  non poterant  r 
hums  g'.b-urn  ,  itlius  quuadam  oris  in  In* 
qitcr.do  vilium  imiiabantur  .  ut  ,al>juâ  Jal- 
tem  in  re,  ta*torktn  liïrommfimiles  eflent? 
ita  ego  ;  qnando  ad  illam  mfinitam  multi- 
plie t  s  dociïinœ  cnp'am  qua  in  Turnebo  fuity 
afpirare  non  aufin  ;  licentiam  quamdam  il** 
lius  in  dijfimilibî'.s  rébus  conjungendis  hoc 
loco  imitabor. 

Il  me  relie  à  remarquer,  que  Turnébe 
n'avoit  pas  donne  le  titre  tfAdverfaires  à 
ce  Livre.  C'ell  ce  que  j'ai  appris  de  cet 
endroit  de  fon  Epître  Dédicatoire  du  To- 
me 2.  à  Henri  de  Même  :  Nam  prêter- 
quam  quod  non  fatts  liberata  mendïs  & 
purgata  in  apertum  prodierunt  Adverjaria^ 
tumeum,  imprudente  me,  ignaro ,  infeio , 
eis  prajcripferuttt  titulum  ,  qui  arrogant'tâ 
fui  & jluhitiâ  ,  me  perpeuâ  traduccret  a- 
pud  omnes  ordïnes  trifamiâ:  ut  non  tantùm 
mcorum  peccatorum ,  quœ  illis  in  libris  ni" 
mis  multa  feimus  ejje ,  culpa  prœftanda 
effet,  fed  etiam  aliènes  (lultit><e  &  temeri» 
tat'ts  luenda pœxa*  Eum  ego  titulum  Ht  le- 
giy  De&m  immortalem,  quàrn  acerbe  ,gra<* 

vifer» 


328       A  NT  i -Bail  le  t.  P.  I. 

•viterque  tulil  Ut  prepe  aniraum  defpondï  r 
lit  œ  que  renuntiavi  !  Et  taraen  cura  eo  no* 
mine  apud  tanti  malt  auélores  conqttererer  , 
ultro  injuriam  expoflulabant ,  quod  ingra- 
tus  ejjern  in  eos ,  à  quibus  laudatus  &  or- 
natus  ejj'era.  Vos,  inquam,  ifiam  laudem 
ducit'iSy  quâ  qui  affictur ,  turpiiis ,  fœdiui- 
quefe  contaminari  putat,  quant  ullâ  cenfc— 
ri  ci  nota.  Ne  multa:  itajibi  in  ea  infcrip- 
tione  belli  videbantur,  ut  vix  tandem  fura- 
mis  precibus  &  obfervationibus  irapetrare 
potueri/ny  ut  de  Itbri  principio  tara  fœda 
macula  labefque  tôlier  et  ur.  Je  remarque- 
rai ici,  en  paifant,  que  ce  titre  cYAdver- 
faria  ell  demeuré  à  tous  les  Tomes  de. 
cet  Ouvrage  de  Turnébe. 

Je  conjecture,  au  refte,.  par  la  Dédica- 
ce du  Tome  premier  de  ces  Adverfaires 
de  Turnébe  au  Chancelier  de  l'Hôpital , 
&  p;r  ceile  du  Tome  fegond  à  Henri  de 
Même,  que  Turnébe  avoir  intitulé  ce 
Livre  Qbfcrvations..  Et  dans  cette  créan- 
ce ,  je  remarquerai  ici  par  occafion  une 
chofe  aiTez  remarquable  :  qui  efl,  que 
François  Hotman  eit  le  premier  ,  fi  on 
l'en  croit,  qui  s'eft  fervi  de  ce  titre  depuis 
un  certain  Septimius  ,  qui  vivoit  avant 
Quint'.lien*  Voici  les  termes  de  François 
Hotman  ;  qui  font  de  fa  Préface  au  Lec- 
teur fur  fes  Livres  Refyonfionum  Arnica- 
bilium  :  Nunc  envoi  tempm  efl ,  omijjis 
prafationib:is ,  ad  mjïitutwn  nofirum  accé- 
dera dura  taraen  hoc  te,  Leéior  rfi  quid 
jfortè  ad  caufara  intereffe  patabis  r  raaturè 
admonea^a ,  me  pritimm  omnium  huit  va- 
rJartt.n  rcrum  jcn^tioni %.cftm  Argenturatî 

libsir- 


An  ti  -Bail  le  t.  P.  I.  329 
li fallut*  fuemdam  edidiffem  ,  Obfervatio- 
num  nomen  impofufje  cùm  apud  Quintiha- 
legiffem ,  eodem  nomine  libres  à  Sep' 
timio  quo.lam  editos  ac  promulgatos.  L'en- 
droit  de  Quintilien  eit  au  chapitre  premier 
da  Livre  quatrième  de  fes  Inilitutions  O- 
ratoires. 

LXXXVIII. 

Du  L'ivre  du  Tajfe,  intitulé  Difcorfi  deî 
Poëma  Eroico.     Additions  au  chapi- 
tre du  T'ajfe. 

MOnfïeur  Baillet,  Tome  4.  par- 
tie 1.  chapitre  1348.  en  parlant  de$ 
Traitez  de  la  Poé'tie  Italienne  faits  par  le 
TaiTe,  n'a  point  fait  mention  nommément 
de  fes  Difcours  du  Poème  He'roïque  :  ce 
qui  donne  fujet  de  croire  qu'il  n'en  a  pas 
û  connoiirance.  Ces  Difcours  font  très- 
bien  faits:  &  ils  font  d'ailleurs  remplis  de 
doctrine.  Mais  le  Spéroné  les  vendiquoit. 
Voici  comme  il  en  parle  dans  une  de  fes 
Lettres  au  Cavalier  Felicé  Paciotto:Lrf#- 
d»  voi  infinit ame nie  di  voler  ferivere  délia 
Poética:  délia  cfuale  interrogato  moite  fiate 
dal  Tajjb ,  e  rifpondendogli  io  liber  ameute  , 
fi  corne  foglio  .  egli  n'afatto  un  Volume  ,  e 
mandat 0  al  Signor  Scip'to  Gonzaga  per  cofa 
fua ,  e  non  mia  :  ma  ta  ne  chiarirb  il  mon* 
do.  Et  dans  une  autre,  au  même  Paciot- 
to  :  Dal  Signor  Scipione  non  fpero  che  ab- 
biate  nulla  :  perche  a  moflrar  quello  che  fi 
ufurpa  quel  pazzo  (il  parle  du  TaiTe)  fi 
ëjjtetta  chyio  mot  a.     Ma  io  gli  dijji  nella 


330      Anti-Baillet.  P.  I. 

Minerva  ,  che  tutto  era  mio  ;  efenzœ  vcde~ 
re  i  fuoi  fcritti  ,  profetizai  chelfuo  Poëma 
mon  farta  fcritto  colï  artficio  da  lui  notato: 
fegno  che  Parte  non  era  fua. 

Mr.  Baillet  dit  au  même  chapitre,  page 
389.  que  le  P.  Raptn  a  écrit,  qu'il  y  a  du 
bas  &  du  comique  à  l'excès ,  pour  ne  rien 
dire  davantage ,  dans  les  difcours  tendres 
&  galans  qu'il  fait  tenir  h  quelques-uns  de 
fes  Héros:  Ç53  fur  tout  à  Olinde  &  à  So- 
phronie.  Ce  qui  m'oblige  à  remarquer  ici  : 
que  le  TalTe  lui-même  n'a  pas  approuvé 
cet  Epifode  d'Olinde  &  de  Sophronie. 
Volui  genio ,  &  Principi  indulgere.  C'eft 
comme  il  s'en  excufe  âans  une  de  fes  Let- 
tres Poétiques. 

LXXXIX. 

Le  Bonfadio  ,   omis  par  Mr.  Baillet  dans 
fa  hifle  des  Poètes  <£ Italie. 

MOnlieur  B  fv  i  l  l  e  t  a  omis  plus  de 
cent  Poètes  célèbres  dans  fa  Lifte 
4es  Poètes  d'Italie.  Il  a  omis  entr'autres 
Jacopo  Bonfadio  (1)  de  Salone,  près  le 
Lac  de  Garde:  excellent  Poète  Latin  & 
Italien.  C'eft  ce  Jacobus  Bonfadius  qui 
fut  décapité  à  Gennes,  comme  Mr.  de 
Thou  l'a  rrès-vérîtablement  remarqué  au 
Livre  xxvi.  de  fon  Hirtoire,  page  808.  de 
l'édition  deGenéve.  en  l'année  15-60.  (2) 
en    ces   termes  ;   Jacobus   Bonfadius  poft 

eum 

%  ï.  Il  faloit  dire: de  Salo  fur  le  Lac  de  Garde. 
%  z.  Le  Boaudio  fut  exécute  l'an  1551.  com- 
me 


Anti-Baillet.  P.  I.  331 
eum  (Lœlium  Capilupum)  commémorât*-. 
dus  Vernit:  Salonœ  ad  Benacum  natus :  fo- 
luto  pedejlrique  fcribendi  génère  in  fuây 
Latin  aque  Linguâ  clarus.  Sed  tantas  do- 
tes diverfi  mores  corruperunt :  ita  ut,  ob 
rem  tacendam,  Genuce ,  cujus  urbis  Hifto- 
riam  aliquot  annorum  fcripferat  ,  Jecuri 
perçu]] us  fit ,  adhuc  végéta  atate  ,  &  in- 
fraéîo  mentis  robore ,  quod  ad  ultimum  us- 
que  fpiritum  fervavit  :  fcriptâ  fub  id  tern- 
pus  elegantijfimâ  epi/lold  :  quâ,  Socratis 
exemplo ,  animum  tranquillum  &  intrepi- 
dnm  ad  morîem  fe  affcrre  contefiabatur* 
Scipioné  Ammirato  ,  dans  ion  Ritratto 
du  Bonfadio,  a  écrit  qu'il  fut  brûlé,  Voi- 
ci fes  termes:  Non  fia  che  cofajia  gentilez- 
za  neW  arte  &  maniera  dello  fcriver  Let- 
tere ,  chi  non  à  letto  le  Lettere  di  Jacop* 
Bonfadio  :  délie  quali  quella  ove  dpinge  il 
lago  di  Garda ,  dallequali  contrade  egli  du- 
vet te  tirar  lafiua  origine ,  è  maravigliofa- 
mente  bella.  Dato  in  qitefto  modo  faggio 
del  fuo  fehcijfimo  ingegno ,  fù  condotto  da 
Genovefii  per  fcriver  la  loro  Ifioria  :  alla- 
quale  ,  féconda  io  0  udito ,  avea  dato  //obil 
cominciamento.  Ma  trovato  che  egli  t'rra- 
va  la  gioventà  a  governo  contrario  di  quella 
che  allora  fi  era  indiritto ,  fotto  coLre  d?  im- 
pudici  amori  gli  pofer  le  mani  addoffo  :  e 
feravventura  non  trovatolo  fenza  colpa ,  il 
condennarolo  al  fuoco.  Del  cattii  etto  \  *er 
che  foffe  meno  fcufabile  ;  fi  leggono  ans  or  ri» 
me,  le  quai  par  che  rendan  teflimonianza  di 

cotefla 

me   l'a  bien  marqué  le  Ghilini,   &  non  pus   i'an 
»j«o.  comme  Ta  cm  M.  de  Thon  qui  s'eft  trompé. 


332       Anti-Baillet.  P.  I. 

cotefta  fua  inclhazione.  Ma  comunqnr 
tutto  cio  fi  fuffe  avvenuto ,  non  fi  puo  con 
occhi  afciutti  di  lagrime  ricordar  d?uom  taie 
fine  cosi  doForofo  ççf  acerbo.  Onde  far  à  be- 
ne  tra-r  quefîo  ricordo,  non  dover  chi  che 
fia  per  qualunque  fuo  gran  merito ,  vana- 
mente  a  fe  lufwgando  ,  fperar  à  fuoi  mis- 
fatti  perdono  t  o  \cemamento.  di  pena:  poi- 
che  a  di  noflri  con  pari  pajjo,  e  qitefio  mi- 
fera-  c$l  fuoco  in  Genova,  eU  Franco  col  ca- 
peftro  in  Roma*  Tedemmo  terminare  Pinfe- 
lice  lor  vita.  Le  Cavalier  Marin  dans 
deux  Madrigaux  de  Tes  Ritratti  a  écrit  aus- 
Il  que  le  Bonfadio  fut  brûlé.  Voici  1s 
premier  Madrigal. 

jtrfi ,  farfalla  incauta ,  ed  infelke ,' 
In  foz.z.o  foco  di  vietate  voglie. 
Or  vergognofa  e  mijera  fenice , 
Logo  d'infâme  a.furat  ecco  m'accoglie. 
Ma  bencb'  Aftrea,  ch"e  di  Natur*  ultrkt] 
Incenenfca  que/le  immonde  Spoglie, 
Cener  non  fia  pero  ,  che  la  brttttura 
PoJJa  lavar  de  la  mia  fam*  ofim** 

Voici  îe  (ègond  : 

TfQmero  e  Marone  la  fcritturs 
Imitai  pria  vi vende. 


M* 

%  r  Ceux  qui  ont  écrit  qu'il  fut  butlé,  5c  ceux 
qui  ont  écrit  qu'il  fut  décapité  ont  tous  deux  rai- 
fon.  Il  fut  décapité  &  enfuite  brûlé.  Tout  ce  que 
ces  Meflîeurs  qui  follicitérent  pour  lui  purent  ob- 
tenir fut  qu'il,  ne  feroit  point  brûlé  vif.     G'eft  ~e 


Anti-Bai  llet.   P.  I.       333 

Ma  Troia  nell'  incendio ,  #  nell'  arfura 

Imitai  poi  morendo  : 

Ella,  preda  delfoco; 

Iot  de  le  flamme  gioco. 

Ma  divtrfa  cagion  tarder  ne  diede , 

Elena  a  l'una,  at'altro,  Ganimedc. 

Il  eft  vrai  qu'il  fut  condamné  à  être  brû- 
lé: mais  .  à  la  follicitation  de  fes  amis  ;& 
particulièrement  du  jeune  Grimaldi;  ion 
fupplice  fut  changé:  (1)  &  il  ne  fut  que 
décapité.  C'efl:  ce  que  nous  avons  appris 
du  Poëme  Latin  de  Paul  Manuce;  inti- 
tulé Ad  eos  qui  laborarunt  pro  faïute  Bon» 
fadii  ,  imprimé  dans  le  De  lie  ta  poëtarum 
haï  or um.  Voici  l'endroit  de  ce  Poème 
qui  regarde  ce  changement  de  fupplice  : 

Exprimitur  tandem  hoc  invito  a^udke^ivus 
Ne  comburatur  crepitanti  deditus  igni. 
lum  fe  carnifici  fevo  Bonfadius  ultro  , 
Mentt  Deum  fpeclans ,   animo  imper  ter  ùt  ut 

fiffert. 
Ille  minifleriê  properè  funclurus  iniquo , 
Terribilii  rigidam  fufpendit  ad  alta  fecurim. 

Voici 

que  difent  affer  clairement  les  vers  de  Paul  Maau- 
ce  citez  par  M.  Ménage. 

Exprimitur  tandem  hoc  invito  à  Judice  ,  vivftt 

fit  tomi/HTAthr  crtfitMli  deditus  igui,  ; 


334       Anti-Baillet.  P.  I. 

Voici  la  Lettre  qu'il  écrivit  en  mourant  : 

Al  Signor  Giovanbattijla  Grimaldl, 

Mi  pefa  il  morire  :  perche  non  mi  pare 
di  meritar  tanto  :  e  pur  m'acqueto  ciel  voler 
'  d'Iddio:  e  mi  pefa  ancor  a, perche  moro  in~ 
grato  :  non  potendo  render  fegno  a  tanti  o- 
norati  Gentiluomini  che  per  me  anno  fuda~ 
to  &  angufliato ,  {e  majfimamente  aV.  S  ) 
del grato  anima  m'u,.  Le  rendu  con  Veftre- 
mo  fpirito  grazie  infinité:  e  le  rac comman- 
do Bonfadino^  mio  nipote  :  ed  al  Signor  Do- 
menico  Grillo ,  ed  al  Signor  Cipriano  Pala- 
vicino  Sepelliranno  il  corpo  mio  in  San 
Lorenzo,  E  fe  da  quel  mondo  di  la  fi  po* 
trà  dar  qualche fegno fenzafpavento ,  lofa- 
ro.     Refiate  tutti  felici. 

Cette  Lettre  fe  trouve  imprimeV  dans 
un  Recueil  de  Lettres  Italiennes  (i),  in- 
titulé Lettere  di  diverfiUomim  illuftri  rac- 
coite  da  diverfi  libri,  imprimé  in- 8.  ivTrc- 
%'ifo  apprejfo  Fabritio  Zanetti,  en  1603. 

xc. 

De  Théophile  Viaud ,  Poète  François, 

MOnfîeur  B  a  1  l  l  e  t  ,  au  chapitre 
1428.  de  Ton  Livre,  a  écrit  que 
Théophile  ,  furnommé  Viaud,  étoit 
mort  à  Paris  après  deux   ans  de  prifon 

dans 

^  I.  Elle  avoit  paru  dès  Tan  15  $9.  à  Vcnife  dans 
un  Recueil  de  même  titre  chez  Gabriel  Giolito  de* 
Eenaii,    Ce  qui  feit  à  faiie  voix  que  le  ioufadio 

OC 


Anti-Baillet.  P.  I.       33^ 

dans  la  Conciergerie  du  Palas.  Théophi- 
le  mourut  a  Paris  dans  l'Hôtel  de  Mom- 
morency,  (je  l'ai  ouï  dire  à  Des-Barreaux 
qui  le  vit  mourir)  où  Mr.  deMommoren- 
cy,  qui  l'honoroit  de  fa  protection ,  lui 
donna  retraite  quelque- tems  après  l'Arrêt 
du  Parlement  de  Paris  par  lequel  il  fut 
condamné  à  être  banni.  De  la  forte  que 
Mr.  Baillet  s'eit  exprimé,  il  femble  qu'il 
ait  voulu  dire  que  Théophile  mourut  dans 
la  Conciergerie  du  Palais  de  Paris. 

Mr.  Baillet  ajoute,    que  c'eft  particu- 
lièrement contre  les  accufations  du  1ère 
Gara/Te  que  Théophile  a  fait  fon  Apolo- 
gie :   ce  qui  eft  véritable.     Mais  le  Père 
Garafle  n'eft  pas  le  feul  Jéfuîte  qui  ait  écrit 
contre  Théophile.     Le   Père  Théophile 
Renaud  (2)  l'a  encore  plus  maltraité  que 
le  Perc  GaraiTe.     Voici  comme  il  en  par- 
le   dans    fon    Traité    de    Theophitis ,  p. 
229.  Theophilus    VlAUl),  fô^i- 
norum  <evi  noflri ,  &  Atheorum  elancula- 
riorum    ftgnifer ,    omnium    turpitudinum 
reus  faiius   eft:  &  ,-quod  eft   negationis 
Dei  veftibulum ,  de  negatâ  anbn<e  immor- 
talitate  eft  infimulatus,     Cui  macula  abs- 
tergenda  Jibrum  confcripfit  de  Animsc  im- 
mortalitatc  :  fed  adeo  énervera,  utvidea- 
tur  perfuadere  voluijfe,  rêvera  ânîmam  ra- 
t'tonaîem  ejfe  mortalem.     Opus   item  ,  cui 
titulus  eft  ParnafTus  Satyricus:y«/>ra  quas- 
vis  Apuleii ,  Luciani ,  Romantii  à  Rofa^ 

ac 

ne  fut  pas  exécuté  l'an  ij6o. 
fl  2.  C'cft  T^jnahd  qu'il  s'appeloit  &  non  pas 

T^enAud. 


a       Anti-Baillet.  P.I- 
tijjim  >»ge«»  ^f'iflejuventut,  t»- 

rte.?'»!»,*.™ I     *  %%  omnia  d,JJi«u. 
cm  profîerea   /nv.ua   <&   x  N     rais 

?u    longue  »  r*Jf"  JJ„C^   "uCThdoPhilc  <- 


Anti-Baillet.  P.  I.        337 

impietatem ,  itf  Socraticam  noxam  de  ju* 
ventutis  corruptione ,  pncjidio  excellentijfi- 
mi  cujufdam Magnat is ,  (c'eft  Mr.de Mom- 
morency)  ab  hum  ans  hic  tutus  fuit.  Sed 
quia  De  us  non  irridetur  ,  Magnas  Me  ,pau» 
to  pofl  majeftatis  reus ,  capite  minutus  eft. 
Ejus  vero  c liens  yiaudus ,  nihil  minus  ex- 
fpeclans ,  fubita  &  improvifa  morte  abiit  in 
locum  fuum  (  i  )  ;  nullis  expiatus  facramen- 
tis:  magno  injeéio  terrore  omnibus  qui  in 
magifterto  impietatisfub  eo  meruerant:  ne 
forte  praoccupati  ipfi  quoque ,  fubitanea  £5* 
improvifa  morte  in  Lfci  manus  inciderent  z 
ultorem  fenfuri  quem  in  impatientia  expec- 
tantem  defpexerant. 

Le  Père  d'Orléans  de  la  Compagnie  de 
Jefus,ne  l'a  pas  non  plus  épargné.  Voyez 
ce  qu'il  en  a  écrit  dans  la  Vie  du  Perc 
Coton. 

Mr.  de  Balzac  dans  une  de  Tes  Lettres 
à  Mr.  Sébaflien  Boutillier,  Evêque  d'Ai- 
re, qui  elt  la  14.  du  Livre  premier  de  Tes 
Lettres  ,ne  l'a  pas  non  plus  épargné.  Voi* 
ci  comme  il  en  parle  :  fi  Théophile  eûtfui- 
vi  cette  maxime,  il  vivrait  en  fureté  par- 
mi les  hommes,  &  ne  ferait  pas  pourfuivi 
à  outrance  comme  la  plus  farouche  de  tou- 
tes les  bêtes  :  mais  il  a  mieux  aimé  finir 
par  une  tragédie  ,  que  cC  attendre  une  mort 

qui 

traire  à  un  malade  le  lui  refufa ,  &  depuis  s'en  re- 
pentit, diiant,  quand  l'ocdlion  le  prefentoit  d'en 
parler,  que  ces  a^choix  auioient  peut  être  fauve  la 
vie  à  fon  ami,  la  nature  fouhaitant  quelquefois  des 
chofés  qui  toutes  mallaines  qu'elles  paroifl'ent  lui 
feroient  très- falut aires  par  la  difpolition  paitiçulic* 
te  où  elle  fe  trouve. 

ÏM.yiLPart.L  P 


g*S        Anti-Baillet.  P.  I. 

qui  fut  inconnue  au  monde ,  Ç33  ne  faire  rien 
que  des  chofes  ordinaires.     A  ce  que  j'ap- 
prens,  &  fi  le  bruit  qui  court  eft  véritable , 
il  s' eft  imaginé  qu'il pouvait  être  ce  dernier 
faux  Prophète,  dont  la  vieillcjfe  de  l'Eglife 
eft  menacée:  C5*  quoi  qu'il  fait  né  pauvre , 
Ê25  qu'il  eût  peu  de  fortune  ,  il  a  été  fi  pré' 
fomtueux  que  de  fe  prendre  pour  celui-là, 
qui  doit  venir  avec  des  armées  troubler  la 
paix  des  eonfciences ,  &  à  qui  les  Démons 
gardent  tous  les  tréfors  qui  font  cachez  fous 
la  terre.     Du   tems  qu'il  fe  contentait  de 
faire   des  fautes  purement  humaines,   & 
qu'il  écrivait  avec  des  mains  qui  n'étoient 
pas  encore  coupables ,  je  lui  ai  fouvent  mon- 
tré qu'il  ne  faifoit  pas  d'excellens  vers ,  & 
qu'il  s'efiimoit  injuftement   un  grand  per- 
fonnage.     Mais  voyant  que  les  règles  que  je 
lui  propofois  pour  la  rejormation  de  fon  fiy- 
le ,    étaient  trop  févéres ,  Cff  qu'il  ne  pour- 
voit pas  venir  ou  je  le  voulais  mener ,  il  a 
jugé  peut  "être  qu'il  devait  chercher  un  au- 
tre chemin  pour  fe  mettre  en  crédit  à  la 
Cour ,  &  que  de  Poète  médiocre  il  pouvoit 
devenir  grand  Légiflaieur.     Si  bien  qu'on 
dit  par  tout,  qu'après  avoir  renverfé  quan- 
tité de  faibles  efprits,  &  paru  lo.-ig-tems  au 
milieu  d'une  multitude  ignorante  ,  il  a  fait 
à    la  Un  comme  un  homme  qui  fe  jetterait 
dans  un  précipice  ,  pour  acquérir  la  réputa- 
tion de  bien  fauter*    Cette  Lettre  efl:  datée 
du  20.  Sept.  1623.     Théophile  y  a  répon- 
du par  une  Lettre  adreflee  à  Mr.  de  Bal- 
zac.    Cette  Lettre  de  Théophile  mérite 
d'être   lue.     Elle  eft  imprimée  dans  les 
dernières  Editions  des  Oeuvres  de  Théo- 
phile. .  Mal- 


Anti-Baillet.   P.  I.       339 

Malherbe  de  Ton  côté  a  auiïi  fait  men- 
tion de  l'affaire  criminelle  de  Théophile: 
mais  avec  moins  de  véhémence  que  le  Pè- 
re GaraiTe,  le  Père  Théophile  Renaud, & 
Mr.  de  Ba  zac  :  ou  plutôt, fans  véhémen- 
ce.    Car  voici  ce  qu'il  en  a  dit  dans  une 
de   fes  Lettres  à  Mr.  de  Racan  ;  laquelle 
elt  du  4.  Nov  embre  1623.    Pour  'Théophi- 
le, je  ne  faurois  que  vous  en  mander ,  c'eft 
une  affaire  qui ,  felm  la  coutume  ,  fit  un 
grand  bruit  h  fa  nouveauté.     Depuis  il  ne 
s'en  eft  prcÇque  point  parlé.     Ce  qui  m  en 
donne  plus  mauyaife  opinion,  c^eft  la  coït" 
dit  ion  des  ferfbnnes  à  qui  il  a  à  foire.  Il  en- 
tent parler  des  J:  foires:  &  emre  autres, 
du  Pcrc  Voifin  &  du  Pcre  Garaffe.  Pour 
moi ,  je  penfe  vous  avoir  déjà  écrit,  que  je 
ne  le  able  de  rien,   que  de  t?  avoir 

rien  fait  qui  va  die  au  métier  dont  il  fe  mé- 
ïoit.  S'il  meurt  pour  cela  vous  ne  devés 
point  avoir  de  peur:  on  ne  vous  prendra 
pas  pour  un  de  fes  complices.  Quoique 
Malherbe  n'eftimât  pas  les  vers  de  T 
phile,  Théophile  ne  laitfbit  pas  d'eftimer 
ceux  de  Malherbe.  Voici  comme  il  en 
parle  dans  une  de  fes  Elégies: 

Imite,  qui  voudra  les  merveilles  J'autrui. 
Malherbe  a  très-bien  fait, mais  il  a  fait  pour 

lui. 
Mille  petits  voleurs  l'écorchent  tout  en  vie. 

Quant  à  moi ,  ces  larcins  ne  me  font  point 
d'envie. 

j'approuve  que  chacun  écrive  à  fa  façon. 

J'aime  fa  renommée,  &  non  pas  fa  leçon.1 

P  \  Ces 


3<p      Anti-Bai llet.  P.  I. 

Ces  Efprits  mandians  d'une  veine  infertile 
Prennent  à  tout  propos  ou  fa  rime  ou  fort 

ftile: 
Et  de  tant  d'ornemens  qu'on  trouve  en  lui 

fi  beaux , 
Joignent  l'or  &  la  foye  à  de  vilains  lam» 

beaux, 

Pour  paroître  aujourd'hui  d'auffi  mauvaife 
grâce 

Que  parut  autrefois  la  Corneille  d'Horace. 

Ils  travaillent  un  mois  à  chercher  comme 
à  fîs 

Pourra  s'apparier  la  rime  de  Memphîs. 

Ce  Liban ,  ce  Turban ,  &  ces  rivières  mor- 
nes, 

Ont  fouvent  de  la  peine  à  retrouver  leur* 
bornes. 

Cet  effort  tient  leur  fens  dans  la  confufîon , 

Et  n'ont  jamais  un  rais  de  bonne  vilion. 

Il  en  parle  encore  plus  avantageufement 
dans  fa  Prière  aux  Poètes  de  ion  tems. 

Je  ne  fus  jamais  fi  fuperbe 

Que  d'ôter  aux  vers  de  Malherbe 

Le  François  qu'ils  nous  ont  appris. 

Et  fans  malice  &  fans  envie 

J'ai  toujours  lu  dans  fes  écrits 

L'immortalité  de  fa  vie. 

Plût  au  Ciel  que  fa  renommée. 

Fût  auûi  chèrement  aimée 

De  mon  Prince  qu'elle  eft  de  mou 

Soa 


A  m  ti-  Baille  t.  P.  I.       341 

Son  deftin  loin  de  la  commune 
Seroit  toujours  avec  le  Roi 
Dedans  le  char  de  la  Fortune. 

J'ai  remarqué  dans  me»  Obfervatîons 
fur  Malherbe,  que  Théophile  fe  moc- 
quoit  néanmoins  de  ces  vers  de  Malherbe, 
Cette  Aû?ie*ji  belle,  &c.  &  que  pour  les 
tourner  en  ridicules,  il  en  avoit  ainfi  pa* 
rodié  le  premier  couplet, 

Ce  brave  Malherbe 
Qu'on  tient  fi  parfait, 
Donnons  lui  de  l'herbe, 
Car  il  a  bien  fait. 

Mais  comme  Mr.  Baiîlet  Ta  fort  bien 
remarqué  ,  Théophile  pouvoit  conter  au 
nombre  de  fes  difgraces  ,  d'avoir  vécu 
au  même  tems  que  Malherbe;  car  Mal- 
herbe l'obfcfircilîbit  :  ou  plutôt,  il  l'ef* 
façoit. 

Je  reviens  à  fon  affaire  criminelle , 
comme  je  ne  le  tiens  pas  iï  innocent  que 
l'a  cru  Malherbe,  je  ne  le  tiens  pas  non 
plus  li  coupable  que  l'ont  cru  le  Père  Ga- 
raflc  &  le  Père  Théophile  Regnaud  :Mes- 
fîeari  du  Parlement  ne  l'ayant  condamné 
qu'à  un  banniifement.  Jl  eft  au  relie  très- 
conltant  qu'il  n'eft  point  l'Auteur  duPar- 
naflè  Satyrique.  Ce  Livre  ,  comme  les 
Priapées,  cft  un  ramas  de  Pièces  compo- 
fées  par  dîfterens  r\uteurs:  car  je  ne  fuis 
pas  de  l'avis  de  Mr.  Guiet,  qui  croyoit  que 
P  3  Do- 


%42      Anti-Bmllet.  P.  ï. 
Domitius  Marfus  étoit   Tunique  Auteur 
des  Priapées. 

J'ai  ouï  dire  à  une  perfonne  qui  avoit 
connu  Théophile  très- particulièrement, 
qu'il  étoit  l'Auteur  de  la  Sophonîsbe  de 
Mairct;  &  que  Maîret  la  lui  avoit  volée; 
&  qu'il  en  avoit  ouï  réciter  des  vers  à 
Théophile,  comme  étant  fe$  vers.  Il 
peut  être  que  Théophile  ût  commencé  u- 
ne  Tragédie  de  Sophonîsbe,  &  que  Maî- 
ret qui  le  voyoit  familièrement  (car  Mai- 
ret  étoit  Secrétaire  de  Mr.  de  Mommo- 
rency  ,  le  Patron  de  Théophile)  ût  tra- 
vaillé fur  fon  plan  ;  &  même  qu'il  eût 
emploie  quelques-uns  de  fesvers;  mais 
il  n'y  a  point  d'apparence  qu'il  lui  ait  vo- 
lé cette  Tragédie  toute  entière  :  dont  le 
ilyle  d'ailleurs  eft  très-  difiemblable  de  ce- 
lui de  la  Tragédie  de  Pyrame  &  Thisbé  de 
Théophile. 

Théophile,  félon  le  Mercure  François,, 
mourut  !e  25*.  Sept,  de  l'année  1616.'  Sa 
maladie  commença  par  une*  fièvre  tierce 
qui  fe  tourna  en  quarte  par  un  remède  en 
poudre  que  lui  donna  un  Chymifte. 

Il  étoit  de  BoufTeres  Ste.  Radegonde, 
village  fur  la  rive  gauche  du  Lot:  un  peu 
au  defïus  d'Eguillon  :  ce  que  j'ai  appris  de 
cet  endroit  de  fa  Lettre  à  fon  frère: 

Quelque  lacs  qui  me  foit  tendu 
Par  de  fi  fubtils  adverfaires, 
Encore  n'ai-je  point  perdu 
L'efpcrance  de  voir  Boufferes. 
Encore  un  coup ,  le  Dieu  du  jour 

Tout 


A  nt  i -Bail  le  t.  P.  I.      34J 

Tout  devant  moi  fera  fa- Cour 
Es  rives  de  notre  héritage,  &c. 

Ce  font  les  droits  que  mon  païs 
A  mérité  de  ma  naiiîance: 
E:  mon  fort  les  auroit  trahis 
Si  la  mort  m'arrivoit  en  France. 
Non,  non,  quelque  cruel  complot 
Qui  de  la  Garonne  &  du  Lot 
Veuille  éloigner  ma  fépulture, 
Je  ne  dois  point  en  autre  lieu 
Rendre  mon  corps  à  la  Nature. 
Ni  réfigner  mon  ame  à  Dieu. 

Ce  frère  de  Théophile  étolt  Maître 
d'Hôtel  de  Mr.de  Mommorency. 

Le  Père  GaraiTe  Livre  1.  chapitre  14. 
de  fa  Doctrine  Curieufe,  dit  que  Théo- 
phile étoit  fils  d'un  Tavernier  de  village. 
Ce  qui,  félon  Théophile  dans  fon  Apolo- 
gie, eft  une  fuppoiition. 

XCI. 

ù<m  au  chapitre  de  Mamett  Pati£on1 
Imprimeur  de  Paris. 

PAtiJfon  et  oh  £  Orléans ,  &  fui' oit  quel- 
que chofe.  Ce  font  les  termes  du 
Thuana.  François  Pithoa  dans  fon  Pi- 
thœana  minuter  it,  qui  et!  dans  la  Biblio- 
thèque de  Mr.  Peletier  Contrôleur  Géné- 
ral des  Finances  ,  a  aufli  remarqué  que 
Mamert  Patiflbn  étoit  d'Orléans.  Le  Poè- 
te Régnier,  dans  fa  quatrième  Satire,  adres- 
P  4  fée 


§44      Anti-Baillet.  P.  î. 

fée  au  Poète  Motin,  a  fait  mention  de  lui 
en  ces  termes  ; 

Or  que  dès  ta  jenneflfe  Apollon  t'ait  appris  -, 
Que  Calliope  même  ait  tracé  tes  écrits; 
Que  le  neveu  d'Atlas  les  ait  mis  fousfalyre, 
Qu'en  l'antre  Thefpéan  on  ait  daigné  les 
lire; 

Qu'ils  tiennent  du  favoir  de  l'antique  leçon; 
.    Et  qu'ils  foient  imprimez  des  mains  de  Pa- 
tiilbn  ; 
Si  quelqu'un  les  regarde  &  ne  leur  fert  d'obs- 
tacle, 

Eftime,  mon  ami,  que  c'eft  un  grand  mi- 
racle. 

Scévole  de  Ste  Marthe  lui  a  adrefTé  des 
vers  Latins.,  par  lefquels  il  lui  recom- 
mande l'édition  de  fes  Ouvrages.  Jofeph 
Scaliger  lui  a  écrit  la  troifiéme  de  fes  Let- 
tres Latines ,  où  il  le  traite  d'homme  fa- 
vant  (î).  Cette  Lettre  de  Scaliger,  pour 
le  marquer  en  palTant,  eft  écrite,  ce  qui 
eft  remarquable,  contre  un  certain  Fran- 
çois de  rifle  (2),  Procureur  du  Parlement 
de  Paris, lequel  avoit  écrit  en  vers  Latins, 
contre  Jofeph  Scaliger  au  fujet  des  en- 
droits 

«If  r.  Il  ne  l'y  traire  pas  de  favant,  en  termes  ex- 
près, mais  il  lui  écrit  comme  à  un  Savant,  la  Let- 
tre qu'il  lui  adreiTe  fuppofant  en  lui  une  érudition 
plus  que  médiocre. 

f  2.  Dans  le  fécond  Scalirerana  Jean  de  VaiTan  le 
qualifie  Procureur  au  Chârelet. 

fl  3.  Il  mourut  l'an  t6oo.  ce  que  nous  apprenom 
3'une  Lettie  de  Cafaubon  au  Jéfuite  André  Sehoit, 

la- 


Akti-Bxillzt.  Prl.      34^r 

droits  de  Lucain  qui  regardent  l'Adrono- 
mîci  &  lequel,  au  jugement  des  connois- 
feurs,  lui  avoit  porté  des  bottes  franches. 
Voyez  Mornac  dans  fon  Ftriœ  Forenfcs, 
à  l'article  de  FranciJ'cus  Injulanus  page  75*. 
Mamcrt  Patilfon  mourut  avant  Tannée 
1606.  (3).  Car  en  cette  année-là  Philip- 
pe Patiilbn,  qui,  apparemment,  étoit  fon 
fils ,  imprima  le  Recueil  des  vers  d'Amour 
de  Bertaud  ;  &  le  Privilège  pour  l'édition» 
de  ce  Recueil  eft  obtenu  par  la  veuve  Ma* 
mert  Patiilbn. 

XCII. 

Addition  au  chapitre  de  Nivelle. 

COntius,  dans  fa  Préface  fur  k  Corps 
de  Droit  de  Nivelle  de  15-76.  parle  de 
ce  Corps  de  Droit  en  ces  termes:  Si  vero 
miniat* ,  nigrœquc  feripturœ  mixtamjucun- 
ditatem  ,  qu.c &  oculos  &  memoriam  pafc'ti 
&  juvat :  Ji  chartee  minime  bibulœ  bonita- 
t$m  ,  candorem  ac  nttorem  :  fi  charatterum 
multiplie e m  elegantiam  :fi  emendationis  do 
nique  limant  ^  fummamque  fidem  fpecletis , 
fatebiraini  nunquam  hu'tc  Corpori  fimile 
ejufdem  bunitatu  editnm  fuijje  :  &  mecum 

des» 

laquelle  eft  la  2jo.  de  l'édition  d'Alemagne.  Il  y 
eft  parlé  dte  la  mort  de  Patiffon  arrivée  deux  an* 
auparavant,  anu  biennium.  La  Lettre  eft  du  13.  Juil- 
let r6oi.  ce  qui  fait  voir  qu'il  mourut  en  i<îo».  8c 
Sue  le  Patifl'on  dont  il  eft  parlé  dans  la  227.  Lettre 
u  même  Cafaubon  datée  du  1.  O&obre  Uoi-,  ^'çfc 
autic  que  Philippe  fils  de  M.imert. 

p* 


34<5      Anti-Baillet.  P.  I. 

defperabitis   fimile    unquam    editum    ite- 
rum  irii 

Voici  fon  Epitaphe:  qui  eCi  dans  l'Egli- 
fe  St.  Benoît  de  Paris:  Ci-devant  gifent 
honorables  personnes  ,  Sébaflien  Nivelle , 
Marchand  Libraire  "Juré  en  PUniverfitè& 
Bourgeois  de  Paris  :  ^T  Madelaine  Ban- 
deau ,  Ça  femme  :  qui  ayant  vécu  enfemble 
Vefpace  de  cinquante- cinq  ans  ,  [ont  décé» 
dez  :  [avoir  ledit  Nivelle  âge'  de  80.  ans , 
le  19.  Novemb.  1603.  £*f  /<ra/te  Bandeau, 
âgée  de  78. 

XCIII. 

Addition  au  chapitre  de  Jean  Cotta,  Poète 
Latin  d'Italie. 

MOnfîcur  Baillet,  Jules  Scaliger 
d't  que  Jean  Cotta  avait  cornpofé  Ces 
Epigrammes  fur  le  modelle  de  celles  de  Ca- 
tulle ,   rjfc. 

Ménage.  Et  Flaminius  dit  que  les 
vers  de  ce  Cotta  font  encore  plus  doux 
que  ceux  de  Catulle. 

Si  fas  cuiqite  fui  [en fus  expromere  cor  dis , 

Hoc  equidem  dicam  pace,  Catulle,  tua: 

Bfi  tua  Mufa  qu'idem  dulciffima:  Mufa  vi- 
de tur 

Jpfa  tatnen  CottA  âulclor  ejfe  mihu 

Mr. 

%  1.  Le  Cavalier  Marin  a  juge'  cette  Epigramme 
tout  au  moins  pafîable,  plus  indulgent  en  cela  que 
2&i Ménage  qui  pag.  31?,  de  ce  Yolunae  veut  absolu- 
ment 


Anti-Baillet.  P.  I.         347 

Mr.  Biilîet ,  au  refte,  n'a  pas  traduit 
avec  fidélité  les  paroles  de  Jules  Scaliger. 

XCIV. 

Addition  au  chapitre  de  Fracaflor. 

QUand  Fracàftor  vint  au  monde,  Tes 
lèvres  fe  tencient;  à  la  referve  d'une 
petite  ouverture  au  mil-ieu  par  laquelle  il 
prenoît  de  l'aliment.  Un  Chirurgien  les 
lui  fépara  avec  un  rafoir.  Et  là-defïus  Ju- 
les Scaliger  a  fait  cette  Epigramme  (i)  : 

Os  Fracajîorio  najcenti  dtfuit ,  ergo 

Sedulus  attenta  finxit  ApclU  manu. 

Inde    hauri ,    ïvledicufaue    ingens  ,   ingenfquè 
Poe  ta , 

Et  magno  f actes  omn'vt  plena  Deo : 

Laquelle  a  été  ainfi  traduite  en  Italien 
par  le  Cavalier  Marin  : 

Al  Yracaftor  nafcente 

Manco  la  bocca  ,  allora  il  biondo  Die 

Con  arte  diligente 

Di/ua  man  gliela  fece,  e  gliel'  aprtol 

Pot  d\  (e  glieï  emplo. 

Gjuinci  ei  divin  divenne  :  ed  egualmentd 

Di  doppia  gloria  in  un  gtunfe  a,  la  meta, 

E  Fifico ,  e  Po'étt, 

xcv. 

ment  que  de  toutei  les  Epigrammes  de  Jule  Scali- 
ger il  n'y  c«  ait  pas  une  feule  médiocrement  bonce, 

P  6 


34$        Anti-Baillet  P.L 

xcv. 

Mr.  BailUt  m'a  pas  fu  l'Hifloire  du  diffé- 
rent d'entre  le  Cavalier  Marin  &  le 
Murtola. 

Tome  4.  "\  \  Onfîeur  Bail  le  t.     Le  Murtola 
partie  1.      IV A  prétendant  empêcher  le  Cavalier  Ma- 
pag.  s  3  6.     rin ,  nouveau  venu  dans  la  Cour  de  Savoy  e, 
chapitic       £g  s'infinuer  dans  les  efprits  ,  commença  par 
*  *  faire  [a  Vie.     Cétoit  une  Satyre  dans  la' 

quelle  il  déchirait  fa  réputation,  &  tâchait 
de  décrier  fe s  vers,  auffi  bien  que  f es  ac- 
tions.    C'ejl  peut-être  ce  que  l'on  appelle  la 
Marineide,  Rifate,  fi  nous  fuivons  le  Cras- 
fo.     Le  Cavalier  Marin  fit  pour  lui  répon- 
dre la  Murtoleide.,   Fifchîate;  qu'il  rem- 
plit d'un  felfort  acre  £«f  fort  pic  quant.  De- 
jorte  que  bien  que  Murtola  eût  fait  une  ré- 
plique ,  qui  félon  le  Ghilini  &  le  fuftinia- 
ni ,    n'efl  autre   que    la   Marineide  ;  qu'ib 
prétendent  avoir  été  précédée  de  la  Murto- 
leide ,  il  ne  lai/fa  pas  de  demeurer  auffi.  ri- 
dicule que  le  Marini  F  avait  fait.     C'efl  ce 
qui    l'obligea    de   recourir   à    l'arquebufe. 
D'autres  Auteurs  Italiens  donnent  un  autre 
ordre  à  toutes   ces   Pièces  Sa-yriques.     Ils 
di^nt  que  l'arquebuzade  produijit  la  Mur- 
toleide, &    que   Murtola   s' étant  fauve  à 
Rome  au  j or  tir  de  la  prifon,  répondit  de 
loin  par  la  Marineide  :  ce  qui  paraît  plus 
irai-femblable. 

Ménage.  Encore  une  fois, Mr. Bail- 
let  n'a  point  lu  d'orîg-'naux.  Il  n'a  vi),  ni 
la  Murtoleide,  ni  la  Marineide.    S'il  a- 

voit 


Anti -Baille  t.  P.  I.       24? 

voit  vu  ces  deux  Ouvrages  imprimez  en- 
femble  in  douze  à  Francfort  en  1616. 
chez  Jean  Beyer,  il  auroit  appris  par  ce 
titre  de  la  Marinéide,  la  Marinéide,  Ris- 
pofta  che  fa  il  Murtola  al  Marino ,  &  par 
ces  vers  délia  Rifata  prima  t 

lo  mi  rido ,  Marin  ,  di  quante  mai 
Sa: pi  contra  me  far  ver/i ,  0  Tifchiate, 

Que  la  Murtoléide  a  précédé  la  Mari- 
néide. 11  eil  auffi  confiant  que  le  Murto- 
la ne  publia  la  Marinéide  qu'après  le  coup 
d'arquebufe  qu'il  tira  au  Marin.  Ce  qui 
paroît  par  cette  Lettre  du  Marin  au  Con- 
te Fortuniano  San  Vitali. 

Il  Murtola  ,  ancorche  Jl  vedeffe  da  mt 
molto  Jlrappazzato ,  e  beffato  con  tante  fi" 
fchiate ,  e  fi  accorgefie  défier  dhenuto  fa- 
yota e  obbrobrio ,  non  folo  délia  Corte ,  ma 
di  tutta  la  chtà.  il  tutîo  non  dimeno  diffim 
r/iulava  :  e  fe  bene  in  apparenza  fi  vedeva 
turbuto  ,  dimofirava  pero  una  flemmatica 
fojferenza.  Ma  finalmente ,  ejfendo  Jlato 
licenziato  dal  fervizio  di  S»  A.  non  à  fapu-      II  étôit 

to  pin  contenerfi ,  ma  per  aver  perduta  la  Ssgretaire 
r.  .    . .J\  .     *  *.         .  du  Duc  df 

raztone ,  e  diventato  ueramente  rrraztona-  savoyç- 

le.  E  perfaadendofi  effergli  cio  avvenuto 
per  opéra  mia  ;  {corne  s'io  auejfi  tanto  d'au- 
torità  con  quefto  Seren'-jfimo  Prencipe  che 
potefii  fare  e  diffare  ogni  cofd)  ne  fapendofi 
levar  quefla  imprefjione  dalla  mente ,  fenza 
confiderare  il  fuo  poco  merito ,  &c.  Do* 
rnenica  paffata,  che  fu  il  primo  di  Febraio  s 
vigilia  délia  Purificazione  délia  Santiffima 
Vergine ,  giorno  per  me  fempre  memorabik, 
P  7  fù 


55*0       Anti-Baillet.  P.  I. 

fit  la  flrada  maejîra ,  prejfo  la  piazza  pu- 
blic a,  poco  innanzi  aile  24.  ore  ,  mentre 
ch'io  di  lui  non  mi  guardava,  mi  appoftb 
con  una  piflolotta,  carie  a  di  etnque  palle 
ben  groffe ,  e  di  fua  propria  mano  ,  molto 
davicino 9mi  tiré  alla voita délia  vita.  Dél- 
ie palle ,  tre  ne  anâarono  a  colpïre  la  porta 
iïuna  bottega,  ch'ancerafe  ne  vede  fegna- 
ta:  Paître  due ,  mi  paffarono  ftrifeiando  Ju 
per  lo  braccio  (iniftro ,  e  giunfero  àferire  il 
-Bratda,  giovane  virtuojo  ,  ben  nato ,  e  mi 9 
parziale  amico  :  ilquale  mi  era  allora  al  la- 
to ,  e  veniva  meco  paffeggiando'.talchepiac- 
cia  a  Dio  che  la  feampi ,  &c.  Appena  fu 
in  piazza,  che  die  de  tragli  sbirri.  E  non 
oftante  che  fi  ritrovaffe  addoffo  (oltre  la  pi- 
flold)  un  fufetto  lungo  due  palmi,  col  quale 
fi  poteva  per  aventura  difendere ,  infomnta 
fuprefo  :  e  tutto  pefto  dal  popolo ,  fu  con  dot- 
to  in  prigione  :  dove ,  fenza  altra  tortura  , 
fubito  confefjo  e  ratifiée  d'avermi  tirato  con 
animo  deliberato  d?  ammazzarmi  :  affer- 
mando  ,  che  quand@  aveffo  potuto  ,  tutto 
che  fuffe  flato  ficurijjimo  di  morire ,  mi  a- 
irebbe  dato  di  bel  mezzo  di ,  quando  io  era 
in  carroza  col  Dîica  e  coi  Cardinali.  Loda- 
to  Iddin ,  la  cofa  à  riufctta  in  guifa  cttio  la 
poffo  ferivere  e  raccontare.  Quanio  in  ques- 
ta  cofa  fento  d'affanno ,  è  da  una  parte  il 
rnale  deW  amico ,  tiquai  mi  preme  in  fino 
alP  anima  :  parendomi  che  fenza  colpa  ab- 
bia  patito  per  me:  e  4alP  altra,  la  roce 
ïhe  z-a  fpargendo  quel  fîirfavte  ,  per  coprir 
la  fua  invtdia  e  ifeufare  la  Ju?  raalignith, 
ch'io  Vabbia  con  Poëfie  ixgiurio)  e  ï  irSama- 
torie  offefo  neW  onore  dette  forelle.     E  Id- 

dio 


Anti-Baillet.  P.  I.       3^ 

diofa,  fe  malin  alcuna  jcrittura  di  quelle 
mie  burlefche  o  trappafjati  i  termini  del  re- 
dicolo  e  délia  piacevolezza  :  parendomi 
quefto  un  modo  aJJ'ai  dolce  per  mortlfictre 
lajua  arroganza.  Ne  anche  tan?  oltre  far  et 
trafcorfo ,  s'eglifteftb  con  parlamenti  fuperbi 
edodiofï,  non  mi  aveffe  provocato,  &c. 
Deftdero ,  che  fi  fappia  dagli  amici\  e  fpe- 
ciaimente  dal  mio  Signor  SttgVani,  il  qua- 
le  à  da  fcufarmi ,  fi  trafportato  dalle  pajjio' 
ne ,  prefi  di  lui  ilfofpetto  che  prefi  :  poiche 
dopo  il  Juccejfo  di  quefto  fatto  ,  o  faputo 
quel  che  prima  io  non  fapeva ,  cioè  ,  che  cos- 
tui  avea  fatie ,  non  m'tca  délie  compofizioni 
da  hurla  ^  ma  délie  Pafquinate  [facciatiffi- 
me ,  e  mandatele  in  quk  e  in  la.  Bafta  egli 
à  volute  rendermi  fifchiata  per  fifchiata  : 
poiche  in  effetto  ancora  mi  fifchiano  Porec- 
chie  délia  /parafa  che  fece  la  botta  ;  laquale 
parve  quajt  nna  arùiglieria. 

L'Adoné  du  Cavalier  Marin  ctoit  ori- 
ginairement dédie  au  Maréchal  d'Ancre. 
C'efl:  ce  que  j'ai  appris  de  Mr.  Bautru, 
qui  en  avoit  vu  la  Dédicace;  laquelle  il 
m'a  autrefois  récitée. 

J'ai  appris  de  Mr.  Chapelain  ,  que  le 
Cavalier  Marin  étoit  le  premier,  ou  du 
moins  un  des  premiers;  qui  avoit  intro- 
duit les  trois  rimes  dans  les  Tercets  des 
Sonnets. 

Le  Cavalier  Marin  ne  fe  tenoft  pas  in- 
férieur au  TafTe.  C'efl:  ce  que  j'ai  appris 
de  cet  endroit  d'une  Lettre  du  Cavalier 
Marin  à  Bernardo  Caftello:  Sia  mi  leci- 
to ,  in  confidenza,  di  rompere  il  freno  dél- 
ia tnodeftia^  e  di  fmoderare  alquanto  in  ar- 


s 


3f2       Antî-Baillet.  P.  I. 

roganza.  Iddio  mi  doto  ,  la  fua  merc&, 
d'intelietto  taie  ,  che  fi  fente  abile  à  compor- 
re  Poèma  non  meno  eccellente  d'i  quel  che 
fi  abbla  fatto  il  Tafjo  :  e  s'io  dicejfi  che'già 
Vofatto,  e  che  h  far  h  comparire  alla  luce , 
riavuti  cWi'avro  i  miei  fcritti ,  non  direi 
forfe  mentita.    C'eft  à  la  page  178. 

XCVI. 

Addition  au  Chapitre  de  St.  Amant. 

Aint  Amant  récitoit  fort  bien  des  vers, 
mais  il  y  avoit  beaucoup  de  défauts  dans 
ceux  qu'il  féfoit.  Et  c'eft  de  lui  dont 
Gombaud  a  voulu  parler  dans  cette  Epi- 
gramme: 

Tes  vers  font  beaux  quand  tu  les  dis. 
Mais  ce  n'eft  rien  quand  je  les  lis. 
Tu  ne  peux  pas  toujours  en  dire. 
Fais  en  donc  que  je  puilTe  lire. 

Il  ctoit  fils  d'un  Gentilhomme  verrier. 
Et  c'eft  de  lui  dont  a  voulu  parler  Map- 
nard  dans  cette  autre  Epîgramme  : 

Votre  nobleffe  eft  mince; 

Car  ce  n'eft  pas  d'un  Prince > 

Daphnis,  que  vous  fortes. 

Gentilhomme  de  verre, 

Si  vous  tombez  à  terre  r  :^ . 

ftdipiUcs  qualité^ 

XCVII 


Anti-Baillet.  P.  I.       353 
XCVII. 

addition  au  chapitre  de  Ménandre. 

AU  fujet  du  talent  qu'avoit  Mcnau- 
dre  le  Comique  de  bien  caraclérifer 
les  Perfonnages,  Mr.  Baillet  peut  ajouter 
ces  vers  de  ÏVIénandre  le  Byzantin ,  dans 
lefquels  on  demande  à  la  Vie  &  àMénan- 
drequi  d'eux  deux  eft  l'original: 

■  '     ■      ii  Msvuviïçe  ,   xui  Bt'c  , 
HoTipoç  dp'  vpav  ■zroTtpoy  t^t^o-cCTO» 

Ces  vers  font  citez  par  tes  Interprètes 
d'Hermogéne  à  la  page  3.S. 

XCVIII. 

Plufieurs  erreurs  de  Mr.  Baillet  touchant 
le  Poète  Licentius,  compatriote , parent , 
&  difciple  de  St.  Auguftin.  Mr.  Bail- 
let n* eft  point  Janfénifte* 

MOnfîeur  Baillet.  Je  pourrois 
auffi  ne  pas  omettre  Licentius ,  Afri- 
cain d'IIippone ,  l'ami  de  St.  Auguftin  :  qui 
le  conftdéroit  prefque  comme  fon  Maître.  Il 
eft  vrai  que  fes  Hymnes  font  péries  ,  avec 
quelques  autres  de  fes  Pièces.  Mais  il  nous 
eft  refté  de  lui  une  efpéce  de  Poème  galant 
&  profane ,  des  Amours  de  Pyrame  &  de 
ThisbJ  :  dont  le  ftvle,  au  jugement  du  Pè- 
re  Briet,    eft  aJJ'ez   oùfcur   &  ajjez  bas: 

n'ayant- 


Lucilius. 


Cette  Let- 
tre qui  eft 
la  z6.  de 
l'édition 
des  Pères 
Bénédic- 
tins,  eft  la 
39.  de  l'é- 
dition de 
Sâje, 


35-4       Anti-Baillet.  P.I. 

n'ayant  aucune  qualité  qui  puij/'e  le  rendre 
confidérablè. 

M  e  n  a  g  e.  Tout  cela  eft  faux. 

Pergula  piclorum ,  ve ri  nihïl ,  omnia  fifta. 

Il  eft  faux  que  Licentius  fût  d'Hippone, 
Il  étoit  de  Tagafte:  car  &  lui  &  St.  Au- 
guftin étoient  d'un  même  lieu  :  comme  il 
le  dit  lui-même  dans  fon  Poème  à  St.  Au- 
guftin  ,  inféré  dans  la  Lettre  26.  de  St. 
Auguftin,  qui  lui  eft  adrellée. 

Sed  nos  pr&terea  qui  ah  una  exfurgimus  urbe  , 

&c. 

Quos  domus  una  tulit ,  qui  fanguine  tingimur 
uno. 

Et  St.  Auguftin  étoit  de  Tagafte.  Mais 
il  eft  vrai  que  Lilius  Gyraldus  a  fait  Lî- 
centius  d'Hippone:  &  qu'en  cela  il  a  été 
fuivi  par  Gérard  Volîius  &  par  Borrichius 
dans  leurs  Poètes  Latins ,  &  par  le  Père 
Briet  dans  fon  Acutè  diéia  Veterura  Poë- 
tarum.  Et  c'eft  ce  qui  a  trompé  Mr.  Bail- 
let.  Le  Père  Briet ,  pour  prouver  que  Li- 
centius  étoit  d'Hippone ,  &  non  pas  de 
Tagafte  ,  dit  que  St.  Auguftin  l'appelle 
civem  fuum,  h  non  pas  conclvem:  ce  qui 
eft  dit  fans  raifon  :  avis  lignifiant  un  con- 
citoien  :  &  conchis  n'étant  pas  un  mot  La- 
tin ancien 

Il  eft  aufli  faux  que  St.  Auguftin  con- 
fidérât  Licentius  comme  fon  Maître.  C'é- 
toit  au  contraire  Licentius  qui  confidéroit 
St.  Auguftin  comme  fon  Maître.  Et  il 
Tétoit  en  effet.  Ce  qui  paroît  par  ces  vers 
de  Licentius  à  St.  Auguftin, 

5* 


Anti-Baillet.  P.I.         3ff 

—  Jacet  emn'is  enim  rnea  cura  legendi 


Te  non  dante  manum;  v  confurgere  fola  ve* 

retur ,   crc . 
Ferto,  Magifter ,  opem  :    ac  tune  défère  vires 
Invalidas,    ç?c. 
Sed  tecum  reput  ans  tua  candide  vttba  Magisr. 

ter,  a-c, 

Et  par  ces  mots  de  la  Lettre  de  St.  Pau- 
lin à  Romanianus,  père  de  Licentius  :  U- 
tinam  hœc  nunc  Domini  tuba,  quâ per  Au- 
gujlinurn  ini on at ,  fit vù  noflri  Lice  nui  im- 
puîfet  audit us  ,  &c.  l'une  ierè  fibi  fum- 
mus  Chrifii  Pontifex  Auguflinus  videbituri 
quia  fie  (une  &  exauditum  fentiet  ab  excel- 
fo,  fi  quem  tibi  dignum  genuit  in  literis , 
hune  fibi  digne  filium  pariât  in  Ckrifto.  Et 
par  ceux-ci  de  la  Lettre  du  même  Paulin 
à  Licentius:  Audi  ergo,  fili ,  legem  patris 
tut:  id  <?/?,  ftdem  Augujlini  :  q?  nott  re~ 
pellere  conjilia  matris  tua  :  quod  œquè  no- 
men  in  te  Augujlini  pietas  vendicat  ;  qui 
te  tantillum  geftavit  finufuo,  çjf  à  par  vu- 
lis  primo  laâle  fapientiœ  fecularis  imbutum, 
nunc  etiam  fpiritalibus  laélare  &  enutrire 
Domino  geftit  uberibus.  Et  par  ces  autres-: 
qui  font  de  Ton  Elégie  au  même  Licentius: 

Tune  remiriifceris  fruflrà  patris  Augujlini 
Contemffijfe  delens  veridicos  monitus. 

Mr.  Baillet  ajoute  ,  que  les  Hymnes 
de  Licentius  font  pérfes.  Et  moi  je  lui 
foûtîens  que  Licentius  n'a  jamais  fait 
.d'Hymnes.  Lilius  GyralJus  a  trompé  M. 

Bail- 


35*6       Anti-Baillet.  P.  L 

Baillet  (0,  en  difant  qu'il  en  avoit  fait- 
Et  il  a  trompé  de  même  Voïîius,  Borri- 
chius,  &  le  Père  Briet,  qui  fur  fa  foi  ont 
dit  la  même  chofe.  Lilius  Gyraldus  a  é- 
crit  qu'il  avoit  auflî  fait  des  Lettres  envers. 
Il  ne  paroît  point  que  Licenrius  ait  fait 
d'autre  Lettre  en  vers  que  le  Poème  à  St. 
Auguftîn  dont  nous  avons  parlé. 

Mr.  Baillet  ajoute  encore,  que  de  tous 
les  Poèmes  de  Licentius,  il  ne  nous  eil 
refté  que  celui  des  Amours  de  Pyrame  & 
de  Tisbé.  Il  eft  très-faux ,  fauf  le  refpecl: 
que  je  dois  au  caractère  de  Mr.  Baillet, 
que  le  Poème  de  Pyrame  &  de  Tisbé  de 
Licentius  exifte.  Il  ne  s'en  trouve  pas  un 
feul  vers.  Et  il  ne  paroît  pas  même  que 
ce  Poëme  ait  été  achevé.  St.  Auguftîn, 
n'en  parle  que  comme  d'un  Poëme  com- 
mencé. Il  dit  à  Licentius  dans  fon  de  Or- 
dîne,  Livre  premier,  chapitre  quatre:  Ex- 
pugnavi  ne  cum  Pyramo  £3?  Tisbe  çolh~ 
quereris.  Et  au  chapitre  huitième  du 
même  Livre  :  Ubi  fe  Pyramus ,  &  Ma 
ejus  fupra  feminecem  ,  ut  cantaturus  es  in- 
teremer'mt  ,  in  dolore  ipfo  quo  tuum  Car- 
men vehementius  inflammari  decet ,  babrs 
commodijfimam  oportunitatem. 

Ce  que  Mr.  Baillet  a  écrit,  que  îe  ftyle 
de  ce  Poème,  au  jugement  du  Père  Briet, 
eft  allez  obfcur  &  affez  bas,  eft  donc  auflî 
très-faux.     Le  Père  Briet  en  jugeant  du 

ftyle 

f  1.  Peut-être  auflî  eft-ce  Crinitus  qui  a  trom- 
pé &  Gyraldus  &  Baillet. 
f  1.  Ce  vers  n'eft  pas  du  caraitére  héroïque,  les 

mon 


Anti-Baillet.  P.  I.       3$7 

flyle  du  Poème  de  Licentius,  a  entendu 
parler  du  Poème  de  Licentius  adreilé  à 
St.  Augultin,  &  inféré  dans  la  Lettre  de 
St.  Augum'n  à  Lîcentius.  Il  y  a  au  refte 
de  très -beaux  vers  dans  ce  Pocme.  Ce- 
lui-ci entr'autres,  au  fujet  de  Protée,  eft 
admirable  (2), 

Spumat  aper ,  fiuit  unda  ,  frémit  les  ,  fibilat 
anguis. 

Et ,  pour  le  marquer  en  pafTant,  j'ai  quel* 
qu'opinion  que  Bucanan  a  vifé  à  ce  vers, 
en  difant  dans  le  Prologue  de  fa  Tragédie 
de  St.  Jean  Battifte, 

Veteres  Poèt&  fabulant ur  Protea 
^uemdam  fuijfe ,  qui  fe  in  omnes  vtrtertt 
Formas,  nec  ullis  conttneri  vinculis 
Pôffet:  Uquentes  nunc  in  undas  dum  fiuit  ; 
Nunc  flamma  ftridet ,  nunc  férus  rugit  leo , 
Viret  arbor ,  horret  urfus ,  anguis  fibilat. 

Comme  Mr.  Baillet  a  donné  de  gran- 

Ides  louanges  à  ces  Meilleurs  de  Port- 
Royal  qu'on  appelle  Janfjéniftes  ,  &  que 
d'un  autre  côté  il  a  fort  maltraité  les  Ré- 
vérends Pères  Jéfuites,  qui  font  leurs  An- 
agoniftes,  on  a  cru  qu'il  étoit  Janfénîfre; 
Et  en  cela  on  lui  a  fait  beaucoup  d'hon- 
neur. 

•nots  y  font  rapportez  les  uns  aux  autres  avec  trop 
f  affectation.  C'eft  un  vers  de  Grammairien,  un 
rers  technique,  Virgile  n'auroit  eu  garde  d'en  faiiej 
m  pareil, 


3?8  Anti-Baillet.  P.  I. 
neur.  Il  ne  mérite  pas  de  l'être.  Ces  Mes- 
fîeurs  ont  de  l'érudition  :  &  il  n'en  a  point. 
Ils  ont  du  jugement:  &  il  n'en  a  point. 
Ils  ont  de  la  candeur:  &  il  n'en  a  point. 
Ils  écrivent  correctement  :  &  fes  Livres 
font  tous  pleins  de  fautes  de  Langue.  Ils 
ont  de  l'humanité  &  de  l'honnêteté  :  &  Mr.- 
Baillet  eft  un  homme  fauvage ,  qui  orïen- 
fe  tout  le  monde  de  gayeté  de  cœur.  Il 
eft  d'ailleurs  tout-à-fait  étranger  dans  l'his- 
toire des  Livres  Anonymes  de  ces  Mes- 
iîeurs,  &  dans  celle  de  leurs  Livres  impri- 
mez fous  des  noms  fuppofez.  Il  dit  à  la 
page5-04.de  fon  2.  Tome  part.  3.  qu'on  at- 
tribue à  Mr.Arnauld  la  Traduction  du  Li- 
vre du  Sacerdoce  (1) ,  compofé  par  St. 
JeanChryfoftome.  Elle  eft  deMr.  le  Maî- 
tre. Il  dit  à  la  page  fuivante,  que  laTra- 
duclion  du  i.v.  &  du  vi.  Livre  de  PEneïde 
eft  de  Mr.  de  Sacy.  Elle  eft  de  Mr.  Dan- 
dilly.  Il  dit  à  la  page  5-04.  du  même  To- 
me, 


«[J  1.  Ces  méprifes  touchant  les  Auteurs  de  Port- 
Royal  ayant  été  reconnues  Se  corrigées  par  Baillet, 
M.  Ménage  qui  a  vu  ces  corrections  pouvoit  iup- 
primer  fa  remarque. 

51  2.  Defportes  devoit  fa  fortune  à  fa  Poéfie,teut 
le  monde  en  convient.  Elle  lui  avoit  acquis  en  bé- 
néfices &  autres  biens  trente  mille  livres  de  rente. 
Régnier  neveu  de  Defportes  Satire  9.  dit  que  fon 
Oncle  avoit  acquis  par  fes  vers  dix  mille  écus  de 
rente.  Si  Mr.  Baillet  s'étoit  contenté  de  dire  cela, 
il  n'y  auroit  eu  rien  à  glofer ,  &  chacun  demeure- 
xoit  d'accord  avec  lui  de  cette  vérité,  mais  il  l'a  tel- 
lement altérée  en  plufieuis  endroits  de  fes  livres, 
&  a  rapporté  fur  ce  fait  tant  de  circonftances  diffé- 
rentes les  unes  des  autres  qu'on  ne  fait  à  quoi  s'en 
tenir.  Après  avoir  dit,  pag.  565,  du  tome  r.  part.  1. 
car  une  note  qu'il  a  mife  en  marge ,  que  Delpôrtes  a- " 

voit 


Anti-Baillet.  P.  I.        3^9 

me,  que  la  Traduction  de  l'Office  du  St. 
Sacrement,  eft  de  Mr.  de  Sacy,  elle  eft 
de  Mr.  le  Maître. 

Mais  rien  nejuftifie  mieux  que  Mr.  Bail- 
let  n'eft  point  Janfénifte,  que  la  Remar- 
que que  je  viens  de  faire  au  lujet  de  Licen- 
tius.  Car  il  paroît  par  cette  Remarque  que 
Mr.  Baillet  n'a  jamais  vuSt.Augultin,qui 
eft  le  Patriarche  des  Janféniftes. 

XGVIII. 

Ce  que  dit  Mr.  Baillet  que  Defportes  ût  fi- 
ne Àbbayie  de  dix  mille  écus  pour  fes 
vers ,  ri* eft  pas  véritable, 

MOnfleur  Bai  l le t  a  écrit  à  la  page 
$6$.  du  Tome  i.  part.  î.que  Defpor- 
tes ut  pour  fes  vers  une  Abbayie  de  dix 
mille  écus  (2),  ce  qui  n'eft  pas  véritable. 
Il  eft  vrai  qu'il  avoit  dix  mille  écus  ce  ren- 
te 


voit  gagne  à  faire  des  vers  une  Abbaïe  de  dix  mille 
-écus  ,  il  femble  vouloir  fe  corriger  infirmant  pre- 
mièrement qu'il  avoit  entendu  parler  non  d'une 
feule,  mais  de  plufieurs  Abbayies.  Secondement 
en  faifant  voir  qu"  les  diverfes  gratifications  tant 
de  Charles  IX.  d'Uenri  ili.  &;  d'Henri  IV.  que 
de  l'Amiral  de  Joyeufe  n'avoient  pas  peu  contri- 
bué à  faire  ce  revenu  à  Defportes ,  qui  entre  au- 
tres libéralitez  de  L'Amiral  en  avoit  reçu  pour  u- 
ne  fois  celle  de  dix  mille  écus.  Enf.ite  dequo:pag. 
448.  dutom.  4.  part.  i.  comme  s'il  a/oit  entièrement 
oublié  tout  ce  qu'il  avoit  dit  auparavant,  il  n'a  point 
fait  de  difficulté  d'avancer  que  i'Amhal  de  Joyeufe 
pour  un  Sonnet,  ou  pour  quelque  autre  Pièce  de  vers 
d'aufii  petite  importance  fit  pre:ent  a  Defportes  d'un 
bénéfice  de  trente  mille  livres  de  rente.  Cz  qui  a 
enibaralTé  Baillet  elt  un  pailhge  de  Balzac  pa0'.  400. 

du 


$6o      Anti-Baillet.  P.  I. 

te  en  bénéfices:  comme  nous  l'apprenons 
du  Satirique  Régnier,  Ton  neveu. 

Or,  Rapin,  quant  à  moi  je  n'ai  point  tant 

d'efprit. 
Je  vais  le  grand  chemin   que  mon  oncle 

m'apprit: 

LaiiTant  là  ces  Doéteurs  que  les  Mufes  ins- 
truifent 

En  des  airs  tous  nouveaux.    Et  s'ils  font, 

comme  ils  difent, 
De  fes  fautes  un  livre  auiîl  gros  que  le  fien  » 
Telles  je  les  croirai  quand  ils  auront  du  bien, 
Etque  leurj belle  Mufe,  à  mordre  fi  cuifante, 
Leur  donra,  comme  à  lui,  dix  mille  écus 

de  rente. 

Mais 

Dïflert       ^u  ** tcm*  °*e  Pcikïon  i»fak  où  il  dit  j  M.  ?  amiral 

<Phrer  &r*      ^e   J°yeiife  àonna   une  ^Abbayie  pour  un  Sonnet  ,  je  l'ai 

Moral'    22    0Ht   eitre  att-fll  ^'en  yue  x'01'5'  (il  P^rle  à  Conrart;  La, 

jr-rÇ     *        "  feine  que  prit  M.    Defpertes  à  faire  des   vers  lui  acquit 

un  loifir  de  dix  mille  écus  de  rente.     Mon  Père  qui  Pa  vu 

m'en  a  affuré.     Ces  deux  faits  II  clairement  féparcz 

par  Balzac  ont  été  confondus  par  Baillet  qui  a  fup- 

polé  que  cette  Abbayie  donnée  àDelportes  luiavoit 

acquis  ce  loillr  de  dix  mille  écus  de  rente.     Je  fais 

que  Baillet  cite  un  autre  endroit  de  Balzac  qui  le 

ftiflert      trouve  »  la  pag.  590.  du  même  tome  en  ces  termes. 

Cririaue*      ^'  L*  ^r'lira'  ^e  Joyet*fe  donna  dix  mille  écus  à  un  hom- 

VI   >~haD        me  yi'e  ^'l'  conT"*  P0Hr  t"*  avoir  didié  un  discours  de  ce 

VIU 'des       ftyle-là   où   il  n^avoit  pas   oublié  le  z^énit  de  la  vertu,  le 

Rem'araues  Solflice  de  L'honneur,   &  ?  apogée  de  la  gloire  ,    non  plus 

fur  les  deux  V*e  ^  ^ '  <ies  mervei^es->  à"  la  merveille  des  %ois.  Mais 

S     nets         ce  palTage  eft  encore  moins  favorable  que  l'autre  à 

™  '       Baillet,  Se  nul  de  tous  les  Auteurs  qu'jl  appelle  en 

garantie  ne  dit  ni  que  l'Amiral  de  Joyeule  a.t  fait 

prefent  pour  une  fois  de  dix  mille  écus  àDelportes, 

ni  qu'il  lui  ait   donne  une  Abbayie  ,  ni  que  cette 

Abbaïe  valût  dix  mille  écus  de  rente.     M.  Ménage, 

pag.  3 si.  de  foa  Livre  Italien  intitulé  MefcoU»zs> 

aug- 


I 


A  NTI -13  A  ILLET.   P-    I.  361 

Mais  ces  dix  miik  ccus  de  rente  ne  con- 
iiftoient  pas  en  une  feule  Abbayie.  Des- 
portes avoit  trois  Abbayies:  celle  de  Ti- 
ron  ,  celle  deBonport,  &  celle  de  Jofa- 
phat.  Et  avec  ces  trois  Abbayies,  il  a- 
voit  une  Prébende  de  la  Sainte  Gnapelle 
de  Paris. 

XCIX. 

jttftificat'ion  de  ce  que  fat  dit  dans  PEpitrâ 

Lk'dicatotre  de  mes  Poèfies,  que  fans 

Vénus  Apollon  efi  froid. 

JAi  dit  dans  l'Epître  Dédicatoire  de  mes 
Poèfies  :  Amaiorios  verfus ,  pudicos  licet, 
hic  cxcufarem  fi  meum  ejfet  exemplum.  Sic 

fcrip- 

augmente  le  revenu  de  Defportes  de  deux  mille  é. 
eus,  ôc  rapporte  a  (on  (ujet  un  mot  que  je  me  fou- 
viens  avoir  iû  dans  une  Epitre  dédicatoire  de  Mai- 
ret  au  Duc  d'Oflbnne  qui  eft  que  Defportes  avoit 
lui  feul  recueilli  les  recompenfes  de  tous  les  Poètes 
fes  devanciers, les  contemporains,  Se  fes  fuccefléurs. 
Queiq  te  riche  au  refte  que  fût  Defpoites  il  ne  tint 
qu'a  lui  de  l'être  encore  davantage, fi  l'on  en  doit 
croire  l'Apoflat  Antoine  Fufi  p.ig.  171.  de  l'Epirrc 
Apologétique  qu'il  a  mife  au  devant  de  Ton  Franc- 
archer  de  la  vrae  Eglife.  L'^ALbé  de  Tiron  ,  dit-il, 
fut  plaifant  en  une  reponfe  qu'il  fit  à  Henri  III.  lorsqu'il 
refuj'a  d'accepter  de  fa.  main  un  de*  premiers  lArchcvtjïhez, 
de  ce  Royaume.  Le  1{oi  s'enquerant  de  la,  raifen  ,  il  dit 
nu' il  n'aurait  jamais  charge  d'ames.  Voire ,  dit  le  \oif 
&  vous  ejles  lAblé ,  n'avez.- vous  pas  charge  des  âmes  de  vos 
Moines  r  Non,  répondit  Defportes  ,  car  ils  n'en  ont  point. 
Du  Verdier  pag.  958.  de  fa  Biblioth.  imprimée  l'an 
1585.  ne  donne  à  Defportes  que  cinq  à  6000.  écusde 
jette  :  ce  qui  peut  avoir  été  vrai  de  ce  tems-là  ,  Je  re- 
venu du  Poète  n'étant  pas  encore  aufli  grand  qu'il 
le  fut  depuis. 

Tont.VILParU.  Q 


§Ôi       Anti-Baillet.  P.  I. 

fcripfit,  quicumque  ver/us  fer  ip  fit.  Et  pro- 
fedhfine  Venere  friget  Apollo.  Mr.  Baillet 
fait  là-defîus  une  grande  invective  contre 
moi:  comme  iij'avois  dit  la  plus  grande 
impiété  du    monde.   Sur  ce  principe  :  ce 
font  fes  paroles  :    /'/  faudra  conclure  que 
Mon/leur  Ménage  efi  un  excellent  Poète  : 
&  qu'au  contraire  on  n'a  trouvé  jufqu'ici 
que  des  Verfificatetirs  froids  cT  languiffans 
dans  toute  la  Société  des  féfuites  :  fujjent- 
ils  des  Cafîmirs ,  des  Hofjchtus ,  des  Mam- 
bruns,  des  lî'alltus ,  des  Rapins,  des  Corn' 
mires,  ou  d?  autres  de  cette  force  :  qui  bien 
qu'ils  ayent  fait  des  vers  ,    n'ont  pourtant 
pas  jugé  a  propos  d'y  méfier  des  amourettes, 
ni  aucun  amour  profane ,  que  pour  en  ins- 
pirer de  l'averfion,  &  pour  en  découvrir 
ladiformité\  &  qui  n'ont  point  voulu  fouffrir 
que  jamais  Vénus  vint  échauffer  leur  Apollon. 
Je  répons  à  Mr.  Baillet  ,    que  ce  que 
j'ai    dit  d'Apollon  dans  cette   Epitre  ne 
doit  pas  fe  prendre  à  la  rigueur  des  ter- 
mes  &   qu'il  faut  l'entendre   commodé- 
ment.    La  plupart  des  Maximes  de  .Mo- 
rale, la  plupart  des    Règles  de  Droit,  la 
plupart    des     Aphorifmes    d'Hippocrate  , 
s'entendent  de  la  forte.     Il  eil  vrai  qu'on 
peut  réuifir  en   vers   en  traitant  d'autres 
matières  que  celles  d'amour:  &  on  peut 
même  réuffir  en  vers  fur   toute  forte  de 
matières. 

Mais    c'efl:    particulièrement   dans   les 
matières  d'amour  que  réuffiiîent  les  Poètes. 

Hon  hoc  Calliope ,  non  hoc  mihi  diflat  Apollo 
Lngenium  nobh  ipfa puella  fac'a , 

dit 


Antî-Baillét.  P.  I.       363 
4lt  Properce.  Lîv.^; 

Si  dare  vis  nojttx.  vires  ardmofaue  ThalU,  Cg" *■ 

Et  viclura  peu  s  carmin*  ,  da  quod  amem> 
Cynthia  te  vatem  fccît ,  lajcive  Properti, 

lnicnium  GaIU  pulchra  Ljcoris  erat. 
Tama  efi  arytti  X.wejïs  formofa  Tibullu 

Lesbla  dïclavh ,  do cïe  Catulle ,  tlbï. 
Noft  me  PcUgnas ,  ne c  [p émet  Manîua  vatem^ 

Si  qua  Corinna  rr.ihi,  fi  quis  Alexis  erit , 

dît  Martial.  Et  Socrate  dans  'e  bympofe  Lîv.  f  - 
de  Platon  dit  que  l'Amour  n'eft  pas  feu-Ep/yj, 
îemcnt  Poète,  mais  qu'il  fait  les  Poètes: 
&  que  ceux  qui  ont  le  moins  de  difpofi- 
tion  à  la  Poc.ti>,  deviennent'Poctes  deve- 
nant amoureux.  Euripide,  félon  le  té- 
moignage de  Plutarque  dans  fon  Erotique, 
a  dit  à  peu-  près  la  même  chofe.     : 

Voyez  le  chapitre  pénultième  de  ces 
Remarques. 

c 

Addition  au  chapitre  d' Apollonius  :  qui  e(b 

le  1127.  page  <\\o.jle  la  Partie 

première  du  Tome  3. 

MOnlienr  Baill  e  t.  On  a  d'ÂTuiek- 
nés  Schul.es  fur  Apollonius  :  qui  font 
fort  courtes ,  mais  f avant  es ,  &  utiles  :  qa'wz 
croi'  être  de  Tarrb.eus  ,  de  Théon  ,  &  de 
quelques  autres. 

L'édition  nouvelle  que  Jere'mie  Hotzlin 
en  a  donnée  ,  efl  ejlimée  de  quel  que  s- uns  : 
mais  d'autres  rien  font  guère  s  plus  de  cas 
que  de  plujieurs  de  celles  qu'on  appelle  de 
Variorum. 

Q  2  Mfr 


364       Anti-Baillet.  P.  I. 

Ménage.  Le  Scholiafte  d'Apollo- 
nius eft  fans  conteftation  le  plus  lavant 
Scholiafte  que  nous  avions  fur  les  Poètes 
Grecs.  Il  eft  rempli  de  chofes  curieufes, 
&  lingulieres.  Et  il  entre  d'ailleurs  très- 
bien  dans  le  fens  de  Ton  Auteur:  Et  il  en 
explique  aulfi  très- bien  les  hîftoires  :  en 
quoi  il  ne  faut  pas  douter  qu'il  n'ait  été 
fecouru  par  le  Livre  des  Hilloires  qui 
étoient  dans  Apollonius,  écrit  par  un  cer- 
tain Charon  ,  difciple  d'Apollonius.  Ce 
Schoiiafte  parle  de  ce  Livre  à  la  page  115*. 
en  ces  termes  Xccptcv,  ùvt£  78  'Àtoààwv/8 
yv&pifjLCç  êv  t&  T£pi  'Içop/wv  78  'AtoAàwv/8. 

Pour  ce  qui  eft  de  Jérémie  Hotzlin  , 
c'eft  un  miférable  Ecrivain.  Il  eft  tout  en- 
tier dans  les  Ebraïfmes.  Il  affeâe  d'an- 
ciens mots  qui  ne  font  plus  en  ufage:  & 
il  en  invente  de  nouveaux.  Je  remarque- 
rai ici  en  partant,  qu'il  parle  de  Conradus 
Rittershuiïus,  comme  de  ton  patron.  Con- 
radus Rittershufius  ,  janciijfimus  Me  Juris 
i  Interpres  &  vin 'de x  :  idemfue  patron  us 
olim  meus  ,  infigniter  pi  us  ,  &  conflans 
amicus  (1).  C'eft  à  la  page  115-. 

Il  y  a  à  la  fin  de  fon  Edition  d'Apollo- 
nius des  Notes  de  Mr.  Holftein  ,  qui  font 
fort  judicieufes.  Mr  Baillet  n'en  a  point 
fait  mention.  Ce  qui  donne  fujet  de  croi- 
.  re  qu'il  n'a  jamais  vu  cette  édition  &  qu'il 
n'en  a  parlé  que  fur  le  rapport  d'autrui. 

ANTI- 

%  1.  M.  Ménage  ,  qui  doit  cette  citation  à  M.  Bi- 
got j a  lu  dans  la  Lettre  de  ion  ami  du  17.  Septemb. 
'i«l7,"«n/»W»^uoi  qu'il  y  eût  amian  bien  écrit.   Ily 

a 


Anti-Baillet.  P. IL 


ANTI-BAILLET. 

SECONDE  PARTIE. 
CI. 

Les  noms  des  Divinité  z  Payennes  peuvent 
être  employez  dans  les  vers  des  Poètes 
Chrétiens.  Plufieurs  particularitez  tou- 
chant Laurent  Gambara* 

MOnlleur  Baillet.  Laurent  Gam-  Tome  ?. 
bar  a  de  Bretfe  (qui  mourut  Van  1 586.)  ggjf^; 
a  fait  un  Traité  Latin  de  la  manière  de 
rendre  la  Poèfie  parfaite ,  imprime'  à  Rome 
in  4.  r année  de  fa  mort..  Il  prétend  faire 
voir  dans  cet  Ouvrage ,  qu'il  y  a  une  obli- 
gation indifpenfable  à  tout  Poète,  ou  à  tout 
t/erfificateur  &  Rimeur  fc  difant  Poète, 
de  retrancher  ,  non  feulement  tout  ce  qui 
peut  être  mal-honnête  ,  lafcif,  &  libertin 
dans  les  vers ,  mais  encore  tout  ce  qui  Cent 
la  table*  &  le  culte  des  faufjes  Divlnitez* 
M  t  n  a  g  e.  Laurent  Gambara  n'a 
pas  fuivi  fes  préceptes  :  comme  il  paroît 
par  cet  endroit  de  fon  Poème,  intitule 
L,eucon  (1).  JXim 

a  mal  lu  auflî  Jérémie  HotzJin  pour  JérémieHoelzlin. 
^1  1.  La  raiion  n'en    elï   pas  difficile  ;  Gambara. 
n'avoir    pas  er.core  ecrt  fes  préceptes  lois  qu'il  -a. 
fait  Ion  Poéjîie  Limon, 


366       Anti-Baillet.  P.  H. 

Dut»  Venus  injano  Martis  flagrant  amort ,. 
Optatos  Man  fs.pe  toros ,  c?"  amata.  revlfit 
Hojp'ma.  At  poftquam  venant  em  vïdlt  Adc- 
é*i        n'in 

In  filvis  Venus  h  fa,  alfas  jam  peràpit  ;;nes, 
tnv'ifîtmqjte  abolere  citpit  de  peâîcre  Martcm, 
Smttejjh  neva  cura  Des,.    Mars  turhidus  ait  ai 
Sîrymonls  incolu'it  rip4s  ,  Rkodopeiaque  arva. 

Inttrdum    Pbrygu   Anthif*    non   ïmmtmor  , 
Ida  m 

Incol'it  aima  Venus ,  jnolliquè  la  gramme  d:d~ 
c.m 

Inter  z?  amplexus  ducit  walefana  foporem  : 

En  quoi  il  ne  peut  être  blâmé.  Car  vou- 
loir ôter  l'amour  &  les  Fables  de  la  Poë- 
fie,  ce  feroit,  pour  me  fervir  de  l'exprès* 

Aiiftote  fi°n  de  Pericles,  vouloir  ôter  le  printems 
livre '3.  de  de  l'année.  Je  ferai  voir  dans  un  chapitre 
faRhet.  à  partï  ^tf\\  n'y  a  jamais  û\  de  Poètes,  à 
IJvû  mu-  ^a  re^erve  de  ceux  qui  font  entrez  jeunes 
xaîJc  ?<>«",  dans  la  Religion ,  qui  n'aient  fait  des  vers 
t*»  vUtht*.  d'amour.  Et  je  vais  faire  voir  ici  cepen- 
*%**"'*£  dant,  que  l'opinion  de  ceux  qui  veulent 
mI/**,™  ôter  les  Fables  des  Païens  à  la  Poé'fie 
ffT»c»>«»i-  Chrétienne,  n'eft  pas  foutenable.  C'eft  ce 
re«iê«T»e  qU'a  t-ort  bien  remarqué  Guilielmus  Cri- 
7nP  ttrtero  P1US  :  en  ces  termes,  qui  iont  de  fa  Pre- 
fafi*  T*  face  fur  Manille  à  Fnmcifcus  Thorius  : 
*ri*trr*  Sed  n'imis  imperilè  mlm  facere  tidentur 
******  homines  quidam  nirnio  plus    religiofi  ,    qui 

P'oêtam  hune  veluî't  impiujn  criminavtur , 

Del'e'dï-  quod  antiqvitatis  ftudiofus,  queedam  qu<e 
tion  de  Pa-  pugnare  il  lis  cum  noftrâ  religione  videntur% 
rht%Knéïi°^eri^us  fHls  îmmilclicrît'    ImpriMis  vero 


A  nt  i- Bail  le  t.  P.  II.       367 

illud  reprehendunt  ,  quod  Jovern  ,  Mar- 
tem  ,  cœterofque  Veterwn  Deos ,  ccrmini- 
bus  fuis  çelebrârtt.  Sed  ii  Ça>iè  hommes  qu'ici 
Poëtica  Artt propojiutm  fit ,  intelligere  mihi 
non  videntur.  Nec  eriim  an'fmadveHftnk  il- 
//  reiigi'yfuli  ,  hfngè  al: ara  î?i  Poè/i  quàm 
Ctcteris  rébus  libertatem  perraitti  :  aliafque 
ejus  legs*  ej/'e  :  quas  qui  tollunt ,  totam- 
Poëfim  eâdem  ope,  a  iollant  oportet.  Non 
vent  as  à  Poeta  ,  fed  obleciatio  exigitur  : 
quam  qui  confequitur  ,  probe  fuo  mitnere 
perfunciut  ejh  Quafi  ver  à  Maruilus  ita  in- 
fa?/us ,  aut  mentis  expers  fuerit  ,  ut,  aut 
yovem  umquam  fuijfe  ,  aut  Msrteïti,  crc 
didertt  ?  Les  Pères  de  PEglife  les  ont  Epïtre  7'. 
emploiées  dans  leurs  Poèmes  :  témoin  ce 
vers  admirable  de  Synefius  ,  Evêque  de 
Ptolémaïde  ,  fur  le  portrait  de  fa  fœur 
Stratonice: 

Tyç  XÇWrrx  ItKm ,  r>  Ku7r£itf«§  ,  îj?  ^ZrpXToyîy^çl 

Sidonius  Apollinaris,  qui  a  été  mis  au 
nombre  des  Saints,  a  non  feulement  em- 
ploie dans  fes  vers  les  noms  honnêtes  des 
Dieux  de  la  Fable  ,  mais  celui  du  Dieu 
des  Jardins:  comme  il  paroît  par  cet  en- 
droit, au  fujet  de  Pétrone  : 

Et  te  hîaffdienfium  psr  hertos , 

S  a  cri  flipUis ,  ARBITER,  colonum  l 

Hellefp»7*îiaco  parem  Priap$. 

Si   j'avoîs   emploie  ce   mot   dans  mes 

vers,  que  diroit  de  moi  le  dévot  Mr.  Biil- 

"ket  ?    rajoute  à    Svnéfius    &    à   Sidonius 

Q  4  AccS 


365  A  N  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.  P.  II. 

Apollinaris  ,  les  Sarbiofchi  ,  les  Jonîns, 
les  Vavaffeurs,  les  Vallius,  les  Hofïchius, 
les  Sautels,  les  Lucas  ,  les  Frifons,  les 
le  Moines  ,  les  Rapins  ,  les  Commîtes, 
&  les  de  la  Rue  de  la  Compagnie  de  Jé- 
fus.  Et  j'ajoute  à  ces  Religieux,  un  grand 
nombre  d'Evêques  de  grande  vertu:  Vi- 
de, Altilius,  Bakhafar  de  Chaftillon,  Go- 
deau,  Huet,  &c.  A  quoi  l'on  peut  enco- 
re ajouter,  ce  que  Dom  Mabillon  a  re» 
marqué  dans  fon  Iter  Itaiïeum,  que  dans 
la  Collection  des  Anciennes  Infcriptions 
de  Raphaël  Fabretti,  il  y  eft  fait  mention 
d'un  Tombeau  d'un  Chrétien  ,  avec  ces 
mots  DIS  Manibus  ;  &  qu'au  deiTus  du 
Tombeau  d'Ottavio  Ferrari  ,  Profeffeur 
de  Padoiie,  mort  en  1684.  lequel  eft  dans 
l'Eglife  de  St.  Antoine  de  Padoiie ,  on  y 
voit  l'effigie  de  la  Renommée  ,  &  celles 
de  Pallas  &  de  Mercure.  Mais  quoi  qu'il 
foit  bienfeant  aux  Poètes  Chrétiens  d'em- 
ploier  dans  leurs  vers  les  noms  des  Divi- 
nités Païennes,  il  ne  leur  eft  pourtant  pas 
permis  d'introduire  ces  Divinitez  dans  des 
fujets  Chrétiens,  ou  Juifs.  C'eft  une  ma- 
tière que  j'ai  traitée  dans  mes  Obferva- 
tions  fur  Malherbe  ,  au  fujet  de  ce  vers 
du  Poème  des  Larmes  de  St.  Pierre,  tou- 
chant les  Innocens.  De  cet  jeunes  Amours 
les  Mères  amoureufes  :  &  que  j'ai  traitée 
en  ces  termes: 

Il  devoit  dire,  De  ces  Anges  nouveaux 
les  Mères  amoureufes ,  pour  ne  point  mê- 
ler les  ch-jfes  facrées  avec  les  profanes.  Cet* 
te  faute  lui  efl  commune  avec  beaucoup 
d 'autres  Poètes  :  &  particulièrement  avec 

k 


Anti-Bailleï.   P.  H.        369 

h  fameux  Hein  fi  us,  qui  a  introduit  des  Fu~ 
ries  dans  fa  Tragédie  d'Hérodes  Infantici- 
da  :  dont  il  a  été  repris  avec  raifon  par  Mr. 
de  Balzac  dans  fa  Differtation  à  JMr.  Zui- 
iicbtm ,  '^r  par  Mr.  de  Saumaife  dans  le  Li- 
vre qu'il  a  fait  fur  cet;e  Tragédie  C53  fur- 
cette  Differtation ,  if?  qu'il  raafait  Hym- 
ne ur  de  rna.irejfer.  Le  Cavalier  Marin  a 
fait  la  même  faute  dans  fn  Poème  intitule* 
Strage  àegii  Innocent!.  Jutes  Scalger 
dans  fa  Poétique  aceufe  Saxazar  d'en  avoir 
fait  une  femblable  dans  fon  P  cerne  de  IfEn- 
favtemtnt  de  la  Vierge:  en  mettant  entre 
les  mains  de  la  Vierge  les  Lhres  des  Sibyl- 
les. Neque  prudente:  pofait  in  Virginis 
manibus  îioros  Stbyllîhos  :  potius  iïaïîfe.. 
Mais  comme  plujieurs  Doéleurs  de  PJEgfiJê 
ou:  pré.  endu  que  divers  myjléres  de  notre. 
Religion  fe  trouvaient  marquez  dans  ces 
Livres,  (j'en:  en  s  parler  des  véritables  Li~ 
vres  de f  Sibylles,  &  non  pas  des  fuppafez\ 

lime  pas  que  ce  grand  Critique  fait 
bien  fondé  dans  fon  accufaùon.  Je  juis  per- 
' :!  reprend  auffi  (ans  raifon  le  Car- 
.'jo,  pour  avoir  ufé du  ynotdesAc- 
ro;  en  parlant  de  Nôtre  Seigneur.  Cùm 
Dominum  Jefum  Herca  vocat,  valdè  me 
commovit  une  vox  ûnp'a.  &  qtroqûe  in- 
digna :  ne  argutetur  qaifpiam  Herocm  è*: 
fèmiflè  Deum,  ex  aUero  femiâè  homi- 
nem.  Non  poilu  nt  moriftrornm  fomen- 
ta vero  Deo  nollro  convenue;  ce  mot  ne- 

int  autre  chofe  en  cet  endroit ',  qu'une 
perfonne  illuftre  féf  extraordinaire.  Ainfi 
les  Poètes  Chrétiens, fe  veux  dire  les  Poè- 
tes qui  traitent  un  fu jet  Chrétien  7  peuvent 
Q  S  fi** 


370       ânti-Baillet.  P. II. 
fans  impiété  appeler  le  pain  Ceres ,  £sP  le 
vin  ,  Bacchus. 

Je  reviens  de  bien  loin  à  Gambara.  Il 
me  refte  à  remarquer  à  fou  fujet,que  Mr. 
Bailler  Ta  omis  dans  fa  Lifte  des  Poètes, 
avec  plusieurs  autres  ,  dont  je  pourrai  bien 
donner  la  lifte  en  quelque  endroit  de  ces 
Remarques.  Mais  peut-être  queMr.Eail- 
let  l'a  omis,  ne  le  jugeant  pas  digne  d'a- 
voir une  place  dans  fon  Livre.  Car,  fé- 
lon Muret,  ce  Poète  étoit  un  miférable 
Poète. 

Brixîa,  Tjeflratis  mer  do  fa  volumina  Vatist 
Non  [tint  nojlrates  ter  gère  àigna  nates. 

Ce  font  des  vers  de  Muret,  écrits  de 
fa  main  à  la  tête  de  fon  exemplaire  des 
Poélïes  de  Gambara,  qui  eft  dans  la  Bi- 
bliothèque du  Collège  des  Jcfuites  de  Ro- 
me :  ce  qui  m'a  été  dit  par  le  P.  Sirmond, 
lequel  avoit  vu  cet  exempla  re  dans  cette 
Bibliothèque.  Mr.  de  Tribu  parle  néan- 
moins de  Gambara  comme  d'un  Poète  non 
méprifàble  (i). 


CIL 

^f  t.  M.  de  Thou  lui  a  fait  plus  d'honneur  qu'il 
o*cn  méritoit.  G'etoit  un  pauvre  Poëte  que  Gam- 
bara ,  langirflant,  &  fans  aucun  agrément  ni -de 
jienfée  nia'expreffion.  Avec  une  très-médiocre  cor.- 
H0iilan.ee  de  la  Laugue  Grecque  il  a  eu  la  témérité 

d'en- 


Anti-Baillet.  P.  II.       372 
CIL 

Ce  qtte  dit  Mr.  B a:  11  et  ,que  MaV-erle  a  etê 
aceufé  de  [implicite  de  ft y  le ,  n'efl  pas  vé- 
. .  C  mfidérmio»fUr  les  vers  de  Mr. 
Chapelain. 

M  On  fleur   Baîllet.    Chapelain  fr      Page  i$ 
■le    de  fa  froideur  &•  de  fa  lan~  Tous»*, 
•rueur  ,  voyant  Malherbe  aceufé  de  /impli- 
cite. 

Ménage  îî  eft  très -faux  que  Mal- 
herbe aie  été  aceufé  par  qui  que  ce  foit  de 
simplicité  deftyle.  Et  s'il  enavoit  été  aceu- 
fé, ç'auroir  été  bien  injuftement:  fa  dic- 
tion étant  très-figurée.  Pour  ce  qui  eft  de 
Ivlr.  Chapelain,  ce  n'ef-  pas  tant  la  froi- 
deurôt  11  langueur  que  ladureté&Ia  non- 
polîteile  qui  ont  fait  blâmer  Tes  vers.  A 
l'égard  de  la  dureté,  le  TaiTe,  qui  ell  le 
Priivc  des  Poètes  3 'Italie,  en  a  auïïî  été. 
accule:  Et  il  s'en  ell  exeufé  par  ces  vers5 

La  mi*  t  trier  a  joie 

Duri  chiama  i  miei  carmi , 

Mâche?  Son  duri, e pur  j on  bd:l  i  marmi , 

Et  Denis  d'Haï  icarnaffe,  dans  ton  Trai- 
té de  l'Elocution ,  dit  que  la  dureté  des 

mots 

d'entreprendre  de  copier  d'après  le  Grec,,  msis  il  a 
gâte  tout  ce  qu'il  a  touché,  corr.me  par  exemple- 
les  Ldyles  de  Bion  &  de  Wdfcho»  ,  &  fui  tout  les 
fcerjreries  deLo;,gus  qui  ne  font  pat  rccooiUMfiàhkfe 

4e  U  mauieie  doiit  il  les  a  défibrées. 


çrntt.   JW- 
<j>»yîa  euv- 

yÛiS    7T01Û 


Livre i . 


ÎT£{  ,    il   *" 

■npiËiix. 
Livre», 
ehap.  i. 


371  Anti-Baillet.  P.  II. 
mots  &  celle  de  la  compolîtion  contre 
buent  à  la  grandeur,  je  veux  dire  à  la  ma- 
gnificence du  difcours.  A  l'égard  de  la 
non-polîtefle  de  Mr.  Chapelain ,  on  peut 
dire  que  la  politeiL-  dans  les  vers  eft  plu- 
tôt une  qualité  d'une  Epi  gramme  ,  d'un 
Sonnet,  d'un  Madrigal,  d'une  Ode,  d'u- 
ne Elégie  ,  ou  de  quelque  autre  petit  Poè- 
me fembtabîe,  que  d'un  Poème  Epique. 
Un  ColofTe  poli  feroit  une  chofe  ridicule.- 
Sa  beauté  confifte  à  être  bien  proportion- 
né. C'eft  ce  qui  a  été  juoicieufement  re- 
marqué par  Strabon  ,  en  ces  termes  :  v,a- 
ôaTfp  ys  h  roTç  uo\ho-(7iiAûï;  ïpyoïç  x  rô 
M«ô'  enctçov  ày.pith  Çîjrs/xéw  ,    ÙKhà    xutf 

TO    ohOV.      STUC    XÙV     T8T01Ç   K0i€i(/èctl      $€? 

7vy  Kpièii.  Denis  d'Halicarnafîe  dans  le 
Livre  que  je  viens  d'alléguer,  a  remarqué 
à  ce  même  propos  que  la  trop  grande  ex- 
actitude étoit  contraire  à  la  iublimité.  Et 
Quintilien  a  dit  au  même  fuj  t  :  Curant 
Terberum  ,  rerum  zolo  eff'e  fallicttudiœtm. 
Major  i  animo  aggredienda  eloquentia  eft: 
qua  fi  toto  corpore  valet ,  ungues  polire  ^ 
capillum  reponere ,  non  exijiimat  ad  curam 
fua'at  p&rti&ene* 


cm. 


De  Robert  Gantier  ,  Poète  Tragique. 

de  Tht 


Tom.4.   *%  yrOnfieur  Raille  t.    Mr.  ae  itou 

part.  1.        j\x  eftime  que  Robert  Gamier  a  arrache 

«Kmo/    la  paime  à  'Jean  de  la  Perufe  &  à  Etienne 

Jodelle.     Et  il  ajoute ,  que  ?  étoit  h  fenti- 

ment 


Anti-Baillet.  P.II.       373 
ment  de  Ronfard:  qui  ne  mettoh  ferfonne 
awdejjus  de  Garnier  pour  ce  genre  d'écrire. 
Ménage.     Voici  l'endroit  de  Ron- 
fard : 

Le  vieux  Cothurne  d'Euripide 
Eft  en  procès  entre  Garnier, 
Et  Jodelïe  qui  le  premier 
Se  vante  d'en  être  le  guide. 

Il  faut  que  ce  procès  on  vuide, 
Et  qu'on  ajuge  le  laurier 
A  qui  mieux  d'un  docte  golier 
A  bu  de  l'onde  Aganippide. 
S'il  faut  épelucher  de  près 
Le  vieil  artifice  des  Grecs, 
Les  vertus  d'un  œuvre  &  les  vices, 

Le  fujet  &  le  parler  haut, 
Et  les  mots  bien  choifis,  il  faut 
Que  Garnier  paye  les  épices„ 

Et  là-deflus  Etienne  Pafquier  a  dît:  Il 
dit  vrai:  &  jamais  nul  des  nôtres  n'obtien- 
dra requête  Civile  contre  cet  Arrêt.  C'eft 
au  livre  &  au  chapitre  feptiéme  de  fes  Re- 
cherches. 

CiV. 
De  Mr.  Rigaud. 

MOnfieur  Baillet.  Nous  avons 
de  Rigaud,  concernant  la  Critique , 
des  Correâïions  &  des  Notes  fur  les  Epi- 
grammes  de  Martial. 

Q  7  Me- 


374      Anti-Baillet.  P.  IL 

Ménage.  Ces  Notes  de  Mr.  Ri-- 
gaud  fur  Martial  font  imprimées  dans  le 
Martial  de  l'édition  de  Fédéric  iVlorel  à 
Paris  in-folio ,  en  1617.  &  dans  fes  Notes 
fur  Artémidore,  imprimées  en  1603.  Il 
dit  en  ces  Notes,  page  5-6.  au  fujet  d'une 
de  fes  interprétations  fur  un  endroit  de 
Martial  :  Sed  negant  rnagiftelli  yttv*o&>jx- 
tv'ASQ,  qui  nafum  una  cum  viro  Martiali 
eripiunt  ,  firnul  &  Notas  fuggillant  quas 
ad  Qram  libri  met  p'ridein  mihi  mtabam,Çed 
inter  alias ,  &  nefcio  cujus  manu  turuidè 
&  ojcitanter  exfcriptas.  Porro  litrerati 
Quirites  ,  ne  cui  ea  res  fraudifiet , .  hafce 
tant  km  ,  quas  hic  recenjeo ,  meas  ejfe  cré- 
dite :  ceteras  autem ,  fuppofititias  çsf  rei- 
culas. 

Je  remarquerai  ici,  en  paffant,  que  Mr. 
Rigaud  éroit  fils  d'un  Médecin  de  Paris, 
&  que  parmi  les  Opufcules  de  Paiferat  à 
la  page  173.  il  y  a  une  Lettre  de  Pallèrat  à 
Mr.  Rigaud  où  il  l'avertit  d'éviter  dans 
fon  ftyle  les  Archaïfmes  trop  fréquents. 
Dum  literas  tuas,  &  libellera  Unà  miffum 
lego  ,  animadverto  te  ftudio  Pîautini  fer- 
raonis  labi  longiks ,  &  ad  pravos  antiquita- 
tis  imitatores  divertere  ,  quibus  omne  Ve- 
nus ejl  :n  priais  glojfematis ,  &  omn'ts  cu- 
ra in  concinnando  tejfellato  Lucillii  Opère. 
Blandum  &  pervicax  malum  ifta  '/avc^- 
hi'u  ;  à  qua  nifi  mature  caves  ,{lylus  ùbi per- 
pétue perierit.  Sapies,  fi  rationem  ita  mu- 
■  tabis ,  ut  eum  tibi  fingas  &  lœvem  C35  ube» 
,  rem  ;  meminerifque  fine  filo  œquabili  or  a* 
tionem  non  reclè  cuntex't.  Aliud  efl  enira 
(cribere ,  aliud  fuere  centones;  quod  qui  fc,~ 

ciunt , 


Anti-Baillet.  P.  II.        37* 

ciunt,  vix  eft  ut  non  in  pervagatum  mor- 
hum  tnctdant ,  cui  jam  oltm  h  Marone  in" 
dttum  nomen  ,  Atticae  febres. 

CV. 

//  n'efl  point  irai  que  Mr.  de  Valois  lejeu- 
ne  ait  écrit  que  [on  frère  ût  empêché  le 
P.  Strmond  iy  le  P.  Pétau  d'écrire  F  un 
contre  Vautre  aufujet  du  Concile  de  Sir- 
mtch.  Calomnie  de  Mr.  Baillet  contre 
Mr.  de  Valois  le  Jeune.  Vers  de  Mr. 
Valois  le  Jeune  contre  le  Livre  de  Mr, 
Baille*. 

MOnfîeur   Baillet.    Mr.  de  Va-    Page  27*. 
lo  s  le  Jeune  qui  a  remarqué  la  même  Tom.2. 
chofe  de  nos  deux  Pères ,  (il  parle  du  Père  P*"162' 
Sirmond  &  du  Pcre  Pétau,  &  des  diffé- 
rents qu'ils  avoient  enfemble)   attribue  à 
Mr.  fin  frère  Henri ,  la  gloire  de  les  avoir 
fouvent  raccommodez  enfemble  ,  &  de  les 
avoir  empêchez  décrire  F  un  contre  l'autre  : 
fur  tout ,  au  fujet  du  Concile  de  Sirmich. 
Ce  qui  ne  fi  pas  entièrement  vrai:  puifque 
Mr.  Baluze  a  publié  depuis  peu  deux  Dis- 
fer  talion  s  fur  ce  fujet,   écrites  par  nos  deux 
Pérès  pour  fe  réfuter  F  un  f  autre. 

Ménage.  Mr.  de  Valois  le  Jeune  n'a 
rien  dit  defemblable.  Voici  fes  termes:  De 
Sirmundo  &  Petavio  in  tranfeurfu  dicam. 
Cùm,  ut  folet  doÛis  accidere ,  nonnum- 
quam  alter  ab  altero  diffentirent  :  alter  <•- 
tiam  adverfus  aîterum  feribere  parati  effent: 
Valefium  ,  communem  amienm  amborum  ; 
hominem    ab  aèulatione  aliennm  ;  libéré , 

que 


376*       A  nt  i -Bail  le  t.  P.  IL 

qUie  fentiret  ,  dixiffe  :  &  lie  et  utrimjue- 
traheretur ,  alterius  probavifje  fententtam  ,. 
alterius  nequidquam  repugnantis  palawt- 
damnavifje  :  tarn  fapïenter  denique  ,  tara 
modejlè  ac  fincerè ,  juvenem  inter  corfum- 
matos  [en  es  de  re  controverfa  ;  vide  lie  et  de 
Synvdo  Sirmienfi  ;  judicavijje  ,  ut  nibilo- 
minus  utriufque  ujum  amicitice  retinuerit. 
Ces  paroles  ne  marquent  point  que  Mr. 
de  Valois  l'aîné  ait  empêché  le  P.  Sirmond 
&  le  P.  Pétau  d'écrire  l'un  contre  l'autre 
au  fujet  du  Concile  de  Sirmich.  Ce  fut 
par  l'ordre  des  Supérieurs  que  les  deux 
DifTertations  du  Père  Sirmond  ne  furent 
point  imprimées  de  fon  vivant  :  car  le  Pè- 
re Sirmond  en  a  fait  deux.  Mr.  de  Baltr- 
ze  les  a  fait  imprimer  à  la  fin  des  Opus- 
cules de  Mr.  de  Marca,  avec  celle  du  Pè- 
re Pétau,  que  le  Père  Pétau  avoit  fait  im- 
primer à  la  fin  de  fon  Rationarium  Tem? 
forum.  De  la  façon  que  Mr.  Baillet  s'eft 
exprimé,  il  femble  qu'il  ait  cru  que  Mr.. 
Baluze  n'a  fait  imprimer  qu'une  des  Dis- 
fertations  du  P.  Sirmond. 
ïage  325.  Mr-  &A  l  L  L  E  T.  Mais  ce  flambeau  r?é- 
&  326.  toit  pas  toujours  fans  fumée.  Quelques-uns 
du  même  remarquent  dans  fes  écrits  un  air  un  peu 
impérieux  osf  chagrin,  &  qui  fait  connaî- 
tre un  efprit  rempli  de  lui-même,  Ce  qui 
revient  affez  avec  la  peinture  que  Mr.  fon 
frère  nous  en  fait  dans  fa  Vie  ;  en  ces  ter- 
mes: Quand  il  avoit  dit  à  quelqu'un  la 
moindre  chofe  concernant  les  belles  Lettres, 
qu  quelqu*  autre  Science ,  il  voulait  non  feu- 
lement qu'on  lui  en  fût  grJ  ,  mais  même 
qu'on  lui  en  témoignât  des  reçonnoiffance? 

pu* 


Tome. 


An  ti-  Bail  le  t.  P.  H.      377 

publiques  dans  Us  Livres  qu'on  imprimoit^ 
&  qu'on  le  fit  toujours  avec  de  grans  élo" 
ges  ,  quoi  que  fouvent  il  n'eut  dit  qu'un  mot 
en  pajjant.  Il  s'attribuait  arrogamrnent 
tout  ce  qu'il  avait  va  ou  qui  lui  était  jamais 
venu  dans  Pcfprit:  -j3  il  vouloit  s'en  ren- 
dre tellement  le  maître  CST  le  propriétaire , 
que  quand  il  voyoit  dans  les  écrits  des  au- 
tres quelques-  unes  de  ces  penfées  ,  ou  de  ces 
mots,  qu'il  s'imaginait  fottement  venir  de 
lui  y  il  fe  mettoit  tout  oie  bon  en  colère  de  ce 
qu'an  ne  lui  en  rendait  point  l'hommage ,  £5* 
qu'on  ne  chantoit  pas  Ces  louanges ,  comme 
il  demandait.  Sur  quoi  fan  frère  le  condam- 
ne ,  &c. 

Ménage.  Mr.de  Valois  le  Jeune  fe 
plaint  fort  de  Mr.  Baillet,  au  fujet  de  ces 
mots ,  //  s'attribuait  arrogamrnent  :  Il  s'i- 
maginait fottement  :  n'ayant  point  dit  ces 
paroles  injurieufes  de  fon  frère.  Et  c'efl: 
apparemment  ce  qui  l'a  excité  à  faire  ces 
beaux  ïambes  contre  Mr.  Bailler. 

§Luis  hoc  poteji  vider e ,  quis  poteji  patiy 
Ni/i  Literis  infeflus  ac  Scient  Us  ? 
Ut  ille  Isajidetus ,  ille  Bxjulus  ; 
Ut  P&dagogus  ille  cum  ferula  truci, 
Obfcurus  atque  indoclus  ;  ai  fidens  fibi , 
Satyris  rnal'tgnls  tentet  inclarefcere  : 
Xova  atque  vetera  dente  car  pat  livido , 
Et  univerfum  rodât  Auélorum  genus* 
Ideone  Juvems  impudens  C7  arrogans , 
E  la  tus  anbm  vanitate  ct*  ingenî , 
Perambulabit  omnium  volumina, 


37&         A  NT  I-B  AILLE  T-    P.  II. 

Ut  fe  ipfe  faciat  ftnguXorum  judicem , 
Cnticumaue ,  Cenfcremque  ,  er  unicum  &rbi- 
îrum  ? 

Severa  Cur'ia. ,  hoc  videbis  xy  feres  ? 
Et  bï  libri  lèvent  ur  Urbe   Régis.  ! 
Et  auàet  al'iquu  h&c  venena  vendere  ! 

Aâeftct   Muf&:  vefira  turbatur  quies: 
Veflri  clientes  mille  luduntur  modis: 
Et  infolenter  aula  veftra  perrumj>it:<r  (r)  ; 
Ni  fuite ,  vel  tndentibus  ,   hotninem  novum  j 
Hom'inem profanum  ;  Monte  dejicitis  Satro. 

CVI. 

Méprife  de  Mr.  Baillet  au  fujet  de  Char- 
les Labbe\ 


Tome  a.  \  Jf  Onfieur  Baillet.  Charles  Labbê 
partie  z-  JVjL  e'crivoit  fort  bien  en  Grec  au  juge* 
page  214.     ment  àe  Scaliger. 

Ménage.  Ces  mots,  au  jugement  de 
Scaliger  ,  font  voir  que  Mr.  Baillet  a  cru 
que  Scaliger  avoft  dit  que  Charles  Labbé 
compotoit  fort  bien  en  Grec  :  &  Scaliger 
n'a  entendu  parler  que  de  récriture  de 
Charles  Labbé.  Voici  les  termes  ,  qui 
font  de  fon  fegond  Scaligerana,  page  134. 
Labb.eus  écrit  fort  bien  en  Grec.  Cefl  un 
honnête  jeune  home ,  doéie  ,  &  infatigable. 
Ce  Charles  Labbé  écrîvoit  en  effet  très- 
bien  le  Grec , dont  je  fuis  un  bon  témoin  : 

car 

^1  t.  Il  faut  lire,  comme  l'a  écrit  l'Auteur,  ir* 
rump'tur .  autrement  il  y  auroit  trop  d'une  fvilafce- 
èàns  ce  vers. 


Anti-Baillet.  P. II.        #9 
car  il  m*a  laiifé  par  fon  Teftament  Ton  fa- 
meux Gloflaire  ,   de   Philoxéne  :  dont  le 
Grec  étoit  admirablement  bien  écrit.  Mr. 
du  Gange  dans  la  Préface  de  ce  GloiTaire, 
a  raie  mention  de  ce  legs  que  m'a  fait  ce 
Mr.    Charles    Labbé.     Ce   Mr.    Charles 
Laobé,  au  relie,  n'a  jamais  compofé  en 
Grec  ni  en  vers,  ni  en  profe.   Mais  com- 
me il  écrivoit  très- bien  le   Grec  ,    il  co- 
pioit  volontiers  pour  l'es  grands  amis,  Ca- 
faubon  &    Scaliger.     Cafaubon    dans  les 
Exercitations  contre  Baronius   page  156. 
parle  de  lui  en  ces  termes:  Collationem  il" 
lam  ante annos  quinque  mftit?teram,{\?L\tt- 
fion  de  Jofephe  Ruffin ,  qu'il  avoit  confé- 
rée avec  le  Grec  fur  le  manuferit  de  la  Bi- 
bliothèque du  Roi)  opéra  adjutus  doéitjfirai 
viri  C52   amicijjïini  Caroli  Labbcei ,  Juris- 
confuiti;  quum  id  à  nabis  illufiriffimus  Sca- 
liger petiijfet ,  de  editione  nobilijjïmi  Scrip- 
tons  tum  cogitans.     A  l'égard  de  Scaliger, 
|  il  paroi  t  par  les  Lettres  que  Scaliger  a  é- 
crites  à  nôtre  Mr.  Labbé,  que  nôtre  Mr. 
Labbé  a  copié  pour  lui  un  nombre  infini 
de  chofes.     Et  de  là  vient  qu'un  Ecrivain 
Alleman  Ta  appelé  V  Amannenfis  de  Sca- 
liger, penfant   Qu'il   fut   fon  domeftique. 
Dottt   Mr.  Labbé  fe   pLignoit:    &   avec 
raifon:  car  il  étoit  de  très-bonne  famille. 
Il  étoit  ri I s  de  Labbé,  Avocat  du  Roi  de 
Bourges  ,  Commentateur  de  la  Coutume 
:4f  Bourges. 


CVIL 


5§o       Anti-Baillet.  P.  IL 
CVII. 

Fautes  de  Mr.  Baillet  touchant  les  noms  dé- 
bat ê  me  de  quelques  Auteurs* 

ÎL  dit  à  la  page  379.Tome2.Partîe2.&à 
la  page  5-47.  du  Tome  2  Part.  3.  que  Mr. 
Perrault,  le  *Médecin,  Traducteur  de  Vi- 
truve  ,  s'appele  Charles  (1).  Il  s'appele 
Claude. 

Il  dit  à  la  page  169.  de  fon  Art  Poéti- 
que, que  Mr.  Sarafîn  s'appeloït  Jean  An- 
to'tne.     Il  s'appeloit  Jean  François. 

Il  dit  à  la  page  98.T0me4.de  la  1.  par- 
tie, chapitre  1245-.  que  Lafcaris  s'appeloil 
Jean  André',  Il  s'appeloit  Ardre  Jean.  Cz& 
a-infi  qu'il  s'appelle  lui-même  à  la  premiè- 
re page  de  fon  Livre  de  la  Milice  des  Ro- 
mains. Liber  utuijjimus  :  ex  Polybit  Mis- 
iorits:  per  A.  Janicn,  Lafcarem '  Rhynda- 
cemum  exceptus.  Qui  appeleroit  Marc  An- 
toine Muret  Antoine  Marc  Muret  ,  feroit 
une  faute. 

CVIII. 

Méprife  de  Mr.  Baillet  touchant  le  Livre 

de    Jean    Nicolas  Pafcal   Alidofi   des 

Docteurs  en  Droit  de  Bologne. 

MCnfieur  Baillet  ne  lit  que  les 
titres   de  la  plupart  des  Livres.  Je 

l'aï 

%  i.  Baillet  a  reconnu  de  lui-même  8c  corrigé 
cette  faute  pag.  379.  de  la  z.  Paît,  du  Tom,  z* 


A  nti-Baillet.  P.  II.       381 

l'ai  démontre:  en  pluiîeurs  endroits  de  ces 
Remarques.  En  voici  une  nouvelle  dé- 
monflration.  Il  dit  à  la  page  129.  delà 
première  partie  du  fegond  Tome  :  Jean 
Nicolas  Pafchal  Aldoji  compofa  un  Recueil 
des  D  odeur  s  de  VUniverfité  de  Bologne, 
qui  avaient  paru  en  Théologie ,  en  Phitofo- 
phie ,  en  Médecine ,  &  dans  les  Arts  liùé' 
raux ,  depuis  Van  lôoo.jufque  en  162 2  U 
en  fit  un  autre  à  part ,  en  Italien,  conte' 
nant  les  Docteurs  en  Vun  &  Vautre  Droit 
jujqu'en  1619.  Ce  dernier  Livre  comprend 
les  Dodteurs  en  Droit  de  Bologne  jufques 
en  1623.  comme  il  paroît  par  la  fegonde 
partie  de  ce  Livre,  intitulée,  Appendice, 
Dicbiarazione,  e  Correttione  al  Libro  délit 
Dottori  BAognefi  di  Legge  Canonica  e  Ci' 
vile,  per  tutto  li  6.  d1  Agofto  1623.  impri- 
mée à  la  fin  de  la  première,  intitulée  Li 
Dottori  Bolognefi  di  Legge  Canonica,  e  Ci' 
vile ,  dal  princtpio  di  ejji  per  tutto  Vanno 
16T9.  Mr.  Baillet  n'a  lu  que  ce  premier 
titre. 

Autre  faute  de  Mr.  Baillet ,  au  fujet 
du  même  Livre.  Mr.  Baillet  remarque 
que  ce  fegond  Livre  d'Ali  joli  e.(\  écrit  en 
Italien  :  ce  qui  donne  fujet  de  croire 
u'il  a  cru  que  le  premier  eft  écrit  en 
«tin.  Et  il  eft  écrit  en  Italien  comme 
ie  fegond. 


CAX, 


382,       Anti-Baillet.  P.IÎ. 

CIX. 

Fautes  de  la  Préface  Latine  de  Mr. 
Baillet. 

PAge  14  [.  Ex  quo  enim  fponfalibus  Ta- 
bulis  ad'udicata  tïbi  eft  ab  Iïluftrijfimo 
parente  locuples  fatis  &  eleéla  Biblivi  cca. 
Si  le  mot  de  fatis  a  été  mis  en  cet  endroit 
pour  le  François  a]fez(\),  ce  que  dit-li 
Mr.  Baillet  eiî.  contraire  à  ce  qu'il  dit  à  la 
page  fuivante,  que  la  Bibliothèque  de  Mr.  de 
Lamoignon  eft  unedes  plus  grandes  du  mon- 
de :  Sapientiùs  igitur  qukm  îjii  tuo  nomlni 
tuœque  dignitati  conÇultum  iifti^quod  mulîi 
faciunt ,  laudare  ingentia  ruralubr,. 
dearis;  -at  exigumn,  quodpauci  \oley* 
Ure  fedulus  tnfiiùtèris  :  fi  tantèn  hllnâ  cxi- 
guum  eft  }    in    quo  omragtna  lïbrorum  fa- 

pelle  x 

%  t.  Le  mot  defatii  a  été  mis  en  cet  endro'tponr 
le  François  égtx.\  &  B.silkt  ne  le  contrarie  point 
dans  la  fuite,  puifque  ce  qu'il  d;t  de  aire  ïi:bi  o- 
théque  regarde  bien  moins,  fa  grandeur  que  celle 
de  Ton  Catalogue  qui  ecanr  conç-i  de  la  manière 
que  la  Prefrce  nous  !«  piopow  doit  être  plus  long 
affurément  que  tout  autre  Catalogue  qui  ait  [  aru 
jufqu'ici  de  la  plus  ampie  B  1  iiotheque.  A  l'égard 
de  fatis  pris  pour  valdè ,  fi  Ferroue, comme  Hadrien 
de  Valois  le  prêtent,  s'en  eft  fervi  dans  ce  Ltr.s ,  il 
s'enfut  que  cet  uiaee  eft  plus  ancien  de  fix  fiécles 
que  M.  Ménage  ne  le  fait.  Car  M.  Ménage  eft  du 
fe  .àmenr  de  ceux  qui  mettent  rétrone  du  tems  de 
Néron,  fit  lui-même  dans  Tes  Origines  lalunnes 
au  mot  affai  croit  que  Pétrone  a  emploie  fiais  pour 
va/dè  prouvant  cle  plus  que  Sidonius  Afollinaris, 
51Û  eft  pointant  mon  dans  le  cinquième  fiécle ,  a- 

veiî 


A  nt i -Bail le  t.   P.  IL       3^ 

pellex  exfpat.atur  :  cujus  etiam  cenfus  am- 
pliffimutn  tôt:  us,  non  Urbïs  modà^fed  & 
Urbis,  Bibliothec arum  Catalogos  longé  ex» 
fuperat.  Que  s'il  a  mis  faits  pour  valdèy 
comme  en  ont  ufé  les  Auteurs  du  vu.  & 
du  vin  (iécle,  ce  mot  en  cette  fignirïca- 
tion  n'elt  pas  de  la  belle  Latinité. 

Page  143.  Voluminum  front em  &  anti- 
pagmentum.~\  Quelle  façon  de  parler? 

Là- même,  ^bornas  ilyde.]  Il  l'appelé 
quatre  lignes  après,  Thomas  Hydanus. 

Pag.  144.  per  pluttorum  ,  forulorurnque 
exigentiam~\  exigenùa  elt  un  mot  tout-à- 
fait  barbare. 

Là-même  :  prœmijfâpriùs.']  Le  prœ  du 
mot  prœmiff»  emporte  \epriùs. 

L'-même.  Priorem  Indtcem,  qui  de  re» 
bus  five  argument'ts  agit,  menfium  nove.71 
(patio  confeceram]  Gallicifme  (2). 

Page   146.  Qucreetani,  five  potius  Du- 

chefne 


voit  fourent  ufé  de  ce  mot  en  cette  fignifîcation. 

2.  M.  Ménage  avertit  qu'il  y  a  là  un  Gillicifroe. 
Il  devoit  k  ijjecifîer.  Apparemment  c'eft  au  mot 
Se  ce  qui  me  le  fait  croire  c'eft  qu'un  peu  plus 
bas  il  remarque  un  ancre  Gallicifme  dans  ces  mots. 
\on  tnm  tura  retfn»  qxim  di ijft  r ration  :>m  ,  a  .'.t  t  racla- 
tu^rn  cl  m'ier  index.      Je  foufflilOÏS  plutôt  ret  dailSÎC 

riremier  paflage  que  clans  le  Second,  pa:ce  que  dans 
c  premier  ce  mot  eft  regardé  comme  fa.'lâUt  une 
oppofition  aux  per  (on  nés,  ou  aux  noms  des  per- 
fonnes  ,  dans  lequel  fens  res  fc  trouve  emploie  pa£ 
les  bons  A'  teurs  Latins  j  mais  dans  le  lecond  pas- 
h  oppofe  à  diffirtdtie  auroir  plus  de  p3ine  à  le 
fauver.  U.i  talu  pourtant  avoir  de  bons  yeux  pour 
m  itre  ces  petites  fautes,  oc  pour  moi  je  me 
ferois  plutôt  apperçu  de  celle  ci:  De  novo  me  (jnam 
frimum  tecingéon.  On  ne  dit  paa  en  Latin  de  v.ovê 
Comme  de  intègre. 


3S4       Akt  i-Baillet.  P.  II. 

chefne  Fr aneie ce  Hiftoriec   Script  or  es.]     Il 
falloir  dire,  Jhe  potiùs  Duchejmi. 

Page  149.  Majora  duodecim,  ut  vocant, 
Gubernamenta]  Il  pouvoit-  fe  fervir  du 
mot  de  Prxfeéittrœ :  &  dire,  majores  duo- 
decira  Prœfeéiurce  :  Gubernamenta  vulgo 
appellant. 

Page  TfO.  Narbo-Martius  ,pro  Arecomi- 
cis  Volcis.]  Narbonne  eft  in  Volets  Tec~ 
tofagibus ,  &  non  pas  in  Volcis  Areco- 
micis. 

Ibidem.  Arclate  ,pro  Dcfuviatibus.]  Mr. 
Baillet  s'ell  encore  ici  trompé.  Arles  eil 
in  Salgis ,  &  non  pas  in  Defuviatibus. 

Page  156.  Non  enim  tam  rerum  quàm 
Dijfertationum ,  aut  Tradaluum,ejl  nofier 
Index."]  Gallicifme. 

CIX. 

D'Olive ,  Maitreje  dejoachim  du  Bellai. 


M 


Oniïeur  Baillet  dans  fa  Prérace 

fur  les  Poètes  ,   page   106.  a  écrit 

Pourquoi  (lue  Malherbe  avoit  changé  le  nom  deMa- 

cemot  de   dame  Renée  en  celui  de  Nérée,  &  du  Bel- 

Madame?    ]ay ,   celui  de  Viole  en  celui  d'Olive  (1). 

Ce 

%  1.  Jaque  Grevin  femble  faire  allufion  au  mot 
TVo/fquiétoit  le  véritable  nom  de  cette  fille  dans  cet 
endroit  de  fon  Ode  pour  le  tombeau  de  du  Bellay. 

Je  battis  dans  ce  platfond , 
Les  deux  croupes  du  haut  mont, 
Dont  il  print  jadis  fa  force, 
Puis  je  fais  à  demi-botte, 
Va  corps  qui  fe  convenir, 

Déjà 


A  N  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.  P.  ï.         $%S 

Ce  qu'il  a  pris  de  cet  endroit  de  mes  Ob-  surîeFr*g- 
fervations  iur  Malherbe:  Nérée  eji  Fana*  m«"t^<« 
gramme  de  Renée.  Et  à  ce  propos,  je  me  ^rf'"ndc 
fouviens  d'avoir  oui  dire  ;  mais  je  ne  me  fou- 
viens  point  à  qui  ;  que  cette  Nérée  dont 
parle  ici  Malherbe ,  et  oit  une  Dame  de  Pro- 
vence, qui  avoit  nom  Renée.  Ce  nom  en 
effet  eji  fort  commun  en  Provence  a  caufe 
de  René  Roi  de  S;c:!e  qui  étoit  Comte  de 
Provence.  Les  Poètes  dégu'fent  d'ordinai- 
re fous  des  anagrammes  les  véritables  noms 
de  leurs  Maitrejfes.  Ainji  du  Bellai ,  par 
nn  renrerÇement  de  Lettres  ,  a  aL  pelé  fa 
Maitrefj'e  Olive  ,  qu>  avoit  nom  Viole. 
J* a  fâ  cette  particularité  de ïï/h'.  Guiei  ,qui 
T  o:t  apprife  d'un  ami  de  du  De  lay.  Mar- 
caiTus  dans  fes  Commentaires  fur  Ronfard, 
dit  au  fil  que  cette  Olive  de  Joachim  du 
Bcliai  s'appeloit  Viole.  Mr.  Guiet  m'a  dit 
de  plus,  que  cette  fille  du  nom  de  V.de 
étôît  parante  de  Guillaume  Viole,  Evê- 
que  de  Paris  :  ce  que  je  ne  croi  pas  :  l'O- 
live de  Joachin  du  BeUay  étant  Angevine, 
comme  i!  paroit  par  p'uiï.urs  endroits  des 
Sonnets  de  l'Olive.  Voyés  Sonnet  3.60. 
62.  75-.  83. 

Je  remarquerai  ici  par  occafion  ,   que 

Joa- 

Déjà  petit  a  p;;:t, 

En  un  Cygne  qui  s'égaie, 

Voyant  fa  celefte  roye, 

lit  qui  ja  femble  imicer, 

Ceiui-là  que  Jup  ter, 

Mit  dans  la  plaine  étoilec, 

Témoin  d'une   *  o.^e 

Htm.VlLPtrt.L  À 


3&6  A  N  T I  --B  A  I  L  L  ET.  P.  II. 
chin  du  Bellay  appela  Olivette,  du  nom 
de  fa  Maîtrefîè ,  la  fleur  qu'on  appelé  en 
quelques  Provinces  la  fleur  de  Nôtre  Da- 
me. Ronfard,  dans  fon  Poème  intitulé 
Le  Voyage  de  Tour  s,  ou  les  Amoureux ;  im- 
primé dans  les  Amours  de  Marie,  Livrer 

Je  meurs,  tu  me  feras  dépecer  ce  bouquet 
(Que  j'ai  cueilli  pour  toi)  de  thym  &  de  mu- 
guet; 
Et  de  la  rouge  fleur  qu'on  nomme  Caffan- 
drette; 

Et  de  la  blanche  fleur  qu'on  appelle  Olivette; 
A  qui  Bellot  donna  &  la  Vie  &  le  nom; 
Et  de  celle  qui  prend  de  ton  nom  le  furnom* 

Belleau,  dans  fa  Note  fur  ce  vers, 

Cafîandie.      Et  de  la  rouge  fleur  qu'on  nomme  Cajfan- 
dntte  : 

Noire  Auteur  ,  pour  donner  louange  im- 
mortelle a  fa  première  Maitre(fe  ,  ne  fa 
pas  feulement  par  fes  vers  célébrée  ,  mais 
aujfi  il  a  nommé  du  nom  d'elle ,  une  belle 
fleur  rouge ,  qui  communément  s"* appelle  de 
la  gantelée.  Du  Bellay  a  fait  le  femblable  : 
nommant  une  fleur  blanche',  qu'auparavant 
en  fouloit  appeler  la  fleur  de  Notre  Dame 
{qui  vient  au  mois  de  Février)  Olivette, 
du  nom  de  s* amie  Olive.  Il  dit  ainfl%  (il 
parle  d'Antoine  de  Baïf)  avsir  nommé  du 
nom   de  fa  Francine  une  belle  fleur  ,  qui 

main' 

-ç  i.  BJchelet  fe  trompe.    Muret  ni  Sce'vole  de 
Sainte  Maithe  n'éroient  point  de  la  Pléiade  de  Ron- 
faid.    Elle  etoit  compofee  des   Poètes  que  Juil- 
let 


Anti-Baillet.  P.II.        387 

maintenant  s'appelle  Francinette  ;  aupara- 
vant appelée  du  nom  Grec  Anémone,  ou 
Coquerets.  Francine  étoit  la  MaitrefTe 
d'Antoine  de  Baïf.  Il  paroit  par  ce  Poè- 
me de  Ronfard,  que  Baïf  devint  amou- 
reux de  cette  Francine  fur  les  rives  du 
Clain  :  c'eft- à-dire,  à  Poitiers,  félon  l'in- 
terprétation deBelleau. 

CX. 

La  Pléiade  des  Poètes  François. 

M  On  (leur  Baillet.     Baïf  étoit  ds    Tome  4. 
la  célèbre  Pléiade  des  Poètes  Fran->.  Partic  "■ 
çois  qui  v: voient  fous  Charles  IX.     Et  elle  ^c  37°" 
avott  été  imaginée  par  Ronfard,  a  ï % imita- 
tion de  celles  des  Poètes  Grecs  dont  nous  a-* 
vons  parlé.     Les  fi x  autres  étoient  ,  Jean 
Dorât  ;  Etienne  Jodelle  ;  Joachim  du  Bel- 
lay \  Rémi  Belleau  ;  Ronfard,  lui-même  ; 
&  Pontus  de  Tkiard. 

Ménage.  Guillaume  Colletet ,  qui 
avoit  écrit  les  Vies  de  nos  Poètes  Fran- 
çois, m'a  dit  fouvent  que  ces  fept  Poètes- 
que  Mr.  Baillet  vient  dénommer,  com- 
pofoient  la  Pléïade  des  Poètes  de  France 
du  tems  de  Ronfard.  Mais  Richelet,  le 
Commentateur  deRonfard,  (1)  en  parle? 
autrement  dans  fa  Note  fur  cet  endroit 
de  l'Ode  xv.  du  Livre  v.  des  Odes  de 
Ronfard: 

Fai 

1er  a  nommez,  &  qui  font  les  mêmes  que  nom- 
me Claude  BiiiCt  dans  la  Vie  de  Pvonfaid. 

R  a 


j88       Anti-Baillet  P.  H. 

Fai-moi  venir  Daurat  ici: 
Fais  y  venir  Jodelle  auffi  : 
Es  toute  la  Muiine  troupe. 

Voici  Tes  termes  :  La  M  usine 
TROUPE.  L 'excellente  Pléiade  des  Es- 
prits de  fon  tems  :  d'Aurat ,  du  Bellay  ,  Bel' 
/eau  ,  Batf ,  Jodelle  ,  Scévole  de  Saint: 
Marthe,  Muret  :  &  notre  Poète,  par  des- 
Jus  tous.  Mais  en  les  contant  de  la  forte, 
il  y  a  huit  Poètes  '.  &  la  Pléïade  ne  peut 
^tre  que  de  fept. 

Mr.Baillet  a  fait  à  fafantaifie  unePléïa- 
de  des  Poètes  Latins  de  France  de  ce 
tems.  C'eft  dans  le  chapitre  fur  Mr.  Pe- 
tit: où  il  dit: 

Afr.  Petit  efï  un  des  fept  illnfîres  Poètes 
Latins  qui  vivent  aujourd'hui  dans  Par  s , 
&  dont  on  fe  met  ex  tête  de  vouloir  faire 
une  nouvelle  Pléiade ,  depuis  qu'on  a  vu 
e'clipfer,  ou  difparoître ,  celle  d'Alexandre 
Vil,  {dite  la  Romaine)  par  la  mort  de  Mr. 
Favoriti  C53  de  Mr.  de  Furftemberg  Evè- 
que  de  Munfîer.  Cette  Con/ieltation  Poè' 
tique  s^  appelle  la  Pléiade  Parifi?nne.  Elle 
efl  composée  de  trois  Jéfuites  ,  [avoir,  le 
Père  Rapin,  le  Père  Comm-re  1$  le  Père 
de  la  Rue  \  d'un  Chanoine  Régulier  Mr.  de 
Santeuil  de  St.  Viclor\  d'un  Abbé  fée  ulier , 

Mr. 

^  t.  Il  en  f.tifoit  peu,  mais  il  en  faifoit,  &  l'on 
*n  trouve  de  fa  façon  dan-s  le  Recueil  de  Tes  Oeu- 
vres. On  pouvott  rema  quer  ici  contre  Baillct 
que  ni  ia  première  f  lri'^de  Parifienne  u'a  été  com- 
pofée  de  Poètes  purement  François,  ni  la  leconde 
de  Poètes  purement  Latins  Dans  la  première, ou- 
ue  Dorât,  d?nt  il  a  été  parlé ,  du  Bellay,  &  Baïf 

BOftt 


Anti-Baillet.  P.  Iî.  3S9 
Mr.  Ménage  ;  &  de  deux  Laïques ,  Mr. 
du  Périer,  Gentilhomme,  \s  Mr.  Petit , 
Médecin.  Ceft  la  fegonde  qu'on  ait  vu  for- 
mer à  Paris.  Et  elle  diffère  de  la  premiè- 
re', qui  e'toit  de  Piment  ion  de  Ronfard ,  & 
qui  parut  au  Jie'de  pajje ,  en  ce  qu'elle 
nejl  que  des  Poètes  Latins ,  tous  virans  1 
an  lieu  que  Vautre  'n  e'toit  que  des  Poètes 
François. 

11  n'eft  p3S  vrai  que  la  Plcïade  que  Mr. 
Raillée  attribue  à  Ronfard ,  ne  fût  que  de 
Poètes  François  :'(c'eit  ainfi  qu'il  faut  dire, 
&  non  pas  des  Poètes  François).  Daurat, 
qui  en  étoit  le  Chef,  ne  fefoit  point  de 
vers  François  (  1  ).  Et  d'un  autre  côté ,  il 
n'etï  point  vrai  non  plus  qu'on  ait  fait  cet- 
te fegonde  Pléiade  Parifienne  dont  parle 
Mr.  Baillet.  Mr.  Baillet  n'a  nommé  ces 
Poètes  qui  la  compofent ,  que  pour  dire 
damai  d'un  d'eux, en  difant  qu'il  y  en  a- 
voit  un  qui  écrivoit  avec  obfcurité.  Je 
voudrois  bien  que  ce  fût  de  moi  dont  il 
tt  voulu  parler. 

Je  reviens  à  la  Pléiade  de  Richelet.  Mu- 
ret &  Ste  Marthe  étoient  très-dignes  d'ê- 
tre de  la  Plcïade  de  Ronfard  :  &  beaucoup 
plus  dignes  que  Baïf  &  Jodelle.  Cepen- 
dant ,  ils  n'en  étoient  point.  A  l'égard, 
de  Muret  ,   je    croi   que  Richelet    l'en 

nous  ont  laifle  un  rolume  de  leurs  Poëfies  Latines»' 
Dorar  même  &  Baïf  faifoient  auîfi  des  veis  Grecs. 
Dans  la  (cconde  Fleïade  M.  Ménage  &  M.  du  Fé- 
rier  ne  lont  pas  des  Poë'es  purement  Latins,  Se 
même  M.  du  Périer  n'étoit  prefque  plus  fur  la  fi* 
qu©  i  oë:e  François. 


3po       Anti-Baillet.  P.  II. 

a  mis  ,  parce  qu'il  étoit  de  la  débaucha 
d'Arcueuîl.  Voyez  Binet  dans  la  Vie  de 
Ronfard  ,  &  Scaliger  dans,  le  Confutatio 
FabuLe  Burdonum. 

J'ai  remarqué  dans  mes  Obfervations  fur 
Laérce ,  que  la  plupart  des  Poètes  de  la 
Pléiade  Grecque  ,  ne  font  prefque  pas 
connus. 

CXI, 

Des  vers  François  me  jurés. 

Tome  4»  \  yffOnfïeur  Baille  t.  Antoine  Baïf 
partie  i.  J.VJL»*  voulut  pas  même  fe  contenter  des 
i»age  37e.  rvers  rimez  comme  les  autres  :  //  tâcha  aus- 
fi  à1  en  introduire  de  me  jurez  à  la  mode  des 
anciens  Grecs  &  Romains.  Et  dans  le 
àejfein  de  faire  mieux  réujjir  la  chofe  ,  il  a- 
voit  établi  dans  Ça  maifon  de  plaifir  qu'il  a~ 
voit  a  un  des  Fauxbourgs  de  Paris  ,  une 
Académie  de  Beaux  Ejprits;  &  particu- 
lièrement de  Muficiens ,  pour  prendre  plus 
jurement  la  mefure ,  les  nombres ,  &  la  *am 
^dance  du  vers  François  [ans  rime. 

Ménage.  Etienne  Pafquier  Livre  vu. 
de  fes  Recherches  chapitre  12.  réfute  l'o- 
pinion de  ceux  qui  ont  cru  qu'Antoine 
Baïf  a  été  l'Inventeur  des  vers  François 
mefurés  :  prétendant  que  cela  eft  dû  à  Jo- 
ddle.  Le  premier ,  dît-il ,  qui  l'entreprit , 
fut  Etienxeyodclle  :  en  ce  Dijiique  qu'il  mit 
en  l'an  15-5-3.  fur  ^es  Oeuvres  Poétiques 
d'Olivier  de  Magny. 

Piicebus ,  Amour,  Cypris ,   veut  fauver, 
nourrir  &  orner 

Ton 


Anti-Baillet.  P.  II.       59* 

Ton  vers  8c  ton  chef ,   d'ombre,  de  fia- 
mc,  de  fleurs. 

Vo-la  le  premier  coup  d\ffai  qui  fut  fait 
en  vers  rapportez  ,    &c .     Ces   deux  vers 

\nî  couru  par  les  bouches  de  ptufieurs 
perjonnes  d'honneur,  le  Comte  Dalfinois  en  Nicolas 
Pan  i  Çff.votdnt  honorer  la  fegonde  impres~  !>«*»«• 
Jkn  de  monMonophile  de  quelques  vershen- 
décasyllabes ,  &c.  Quelques  années  après, 
mt  avec  Raraus\  personnage  dejtktu- 
liere  recommandation, mai  s  anjfi  grandement 
defircux  de  nouveautez\  il  me  fomma  d\n 
faire  un  autre  cffai  de  plus  longue  haleine 
que  les  deux  précédans.  Pour  lui  comptai* 
re ,  je  fis  en  Van  15*  5*6.  cette  Elégie  en  vers 
hexamètres  £sr  pentamètres ,  &c .  neuf  ou 
dix  ans  après ,  'Jean  Antoine  de  Baïf,  mar- 
ri que  les  Amours  qu'il  avoit  première, 
compofez  en  faveur  de  fa  Nié  Une ,  puis  de 
Francine  ,  ne  lui  [uccédo'-ent  eyivcrs  le  peu- 
ple de  telle  façon  qu'il  dejiroit ,  fit  vœu 
ne  faire  de  la  en  avant  que  des  vers  meju- 
rez:  ainfi  appelons-nous  ceux  auxquels  nous 
•fautions  répréfanter  les  Grecs  &  Latins: 
"Toutefois  en  ce  Çujet ,  fi  mauvais  parrai?/ , 
que  non  feulement  il  ne  fut  fuivi  a"  aucun  : 
mais  au  contraire  découragea  un  chacun  de 
s'y  employer:  d'autant  que  tout  ce  qu'il  en 
fit ,  était  tant  dépourvu  de  cette  naïveté  qui 
doit  accompagner  eoj  Oeuvres  ,  qu'auffi-y'jù 
que  cette  Jier.he  Poèfie  vit  la  lumière  ,  elle 
mourut  comme  un  avorton.  Mais  la  iét'u- 
tatiun  de  1  afquier  a  été  réfutée  par  Mor- 
nac  dans  fon  Feria  torenfes  au  chapitre 
d'Antoine  de  BaïF:  ayant  mis  cette  NWe, 
R  4  Con~ 


392      ànti*Baillet.  P. II. 

Contrarium \cripfit  Pajquerius ,  L  7.  f.  12. 
Originum  G  allie  arum  :  fed  frujirày  à  la 
marge  de  ces  vers, 

Tentavit  anxte  eruditns  Ba'ijius 

Pedem  ad  Latïnum  arttarc  rythmos  GaMcm* 

Jteravit  hoc  ipfum  Rapinus  cultior  ; 

lllicii  v  Aonïi  pater ,  Pajjert'm. 

Quajïqut  in  eo  Gallis ,  quod  ipfa  ex  Gricia 

Olïm  ^umtibus  Itceat ,  hocce  patrius 

Vetat  Genius  t  ipfaqut  Minerva  Gallicê. 

Scévole  de  Ste.  Marthe  donne  auilî  la 
loire  de  cette  invention  à  Antoine  de 
aïf ,  non  feulement  dans  PEîoge  qu'il  a 
fait  de  lui,  mais  dans  une  Ode  qu'il  lui 
a  adreffée.  Voici  Tendroft  de  l'Eloge: 
Jfernaculum  fermonem  tantt  fecit ,  ut  non 
contentas  illis  fimiliter  definenttbus  ,  quos 
haéienus  noftri  hommes  coluerunt ,  experiri 
prœterea  voluerit,  num  ad  veterum  Grœco- 
rum  Es3  hatinorum  numéros  carra'tna  GaU 
l'tcè  fingi  poffent.  Rem  profefio  pulcerri- 
mam  ,  &  omnium  applaufii  dignijjimam ,  fi 
ex  fe,  non  ex  inveierata  hom'tnum  opinio- 
ne ,  ponderetur.   Voici  l'endroit  de  l'Ode  : 

Yitis  repertor  Evhyfus  :  frugum  Ceres  r 

Oliv£t  Athenarum  Dea. 
Vina  ojfefunttir  Evhyi ,  farra  Cereri: 

Oliva,  Athenarum  Des, 

Ita 

%  1.  Quelque  cinquante  ans  après  on  fait  que  le 
Tolomei  8c  fes  diiciples  fixent  ce  qu\ls  pment  pour 

et  a- 


A  N  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.  P.  Iï. 

Ita  numéro rum  Gallicorum  principem, 

Ft  art'it  repertorem  novt 
Ks  fas  putarim  te  mfi  prlmum  omnium 

Numéris  falutem  U  allai  s. 

Il  me  refte  à  remarquer  ici  ;  ce  que  'f-àv 
déjà  remarqué  dans  mes  Remarques  fur 
la  V'ie  de  Pierre  Ayrault,  page  197.  que 
Léon  Batiiie  Alberti ,  Architecte  Floren- 
tin, a  été  l'inventeur  en  Italie  de  ces  for- 
tes de  vers,  félon  le  témoignage  du  Va- 
fare  dans  la  Vie  de  ce  Léon  Batîlte  Alber- 
ti (0.  François  Pithou  dit  dans  le  Pi- 
ihoeana,  qu'Antoine  de  Baïf  étoit  un  fou». 

CXII. 

Quelques  perticularltez  curieufes  tGU» 
chant  Marot» 

MOnfîeur  Bail  le  t.  dît  que  Marot  Pags  *$. 
excelloît  particulièrement  dans  l'art  Tome  4. 
de  faire  des  Epigrammes.     Il  n'excelloft  pame"x* 
pas  moins  à  faire  des  Epîtres:  ce  que  Mr. 
Baiilet  a  oublié  de  remarquer.     Celle  qui 
a  pour  titre  ,  Au  Roi ,  pour  avoir  été  déro- 
bé ,   &  cette  autre  qui  eft  intitulée,  An 
Rot,  pour  le  délivrer  dcpnÇon,  font  mer- 
veilleufes.    Je  remarquerai  ici  en  pafïànt 
que  le  Roi  déféra  a  cette  dernière  Epî- 
tre,    comme  il  paroit  par  cet  Extrait  du 
Regîrrc  fecrer  de  la  Cour  des   Aides  de 

Paris„ 

établir  cet»  mauicie  de  vers  parmi  les   îtalieaa^, 

mais  inutilement. 


j9f       Antï«Baillet.  P.H. 
Paris,   commenceant  en  1517.  &  fmiiTant 
en  i^.  côté  B. 

Lundi  14.  jour  de  I^ovembre  1527.  pré- 
fens  Louis  Picot,  Chevalier , Premier  Pr/- 
fident,  Mre.  François  de  Mareillac  ,jecond 
Bréfident\  Benoit  Larcher,  Cif  Clériadus 
de  Ja  Roziére*  Conseillers. 

Ce  jour ,  par  FEfcuier  Cafl'dlon  ont  été 
présentées  à  la  Cour  les  Lettres  mijjïves  du 
Roi:  dont  la  teneur  s' *  enfuit  : 

Nos  amez  &  féaux  :  Nous  avons  été  a- 
vertis  de  l'Emprifonnement  de  nôtre  cher 
&  bien  amé  Valet  de  Chambre  ordinaire 
Clément  Marot:  6:  duement  informés  de 
la  caufe  dudît  emprifonnement  :  qui  efl 
pour  raifon  de  rccoufîe  de  certains  pri fon- 
ciers. Et  pour  ce  qu'il  a  fatisfaît  à  fa  par- 
tie, &  qu'il  n'eft  tenu  que  pour  nôtre 
droit,  à  celte  caufe,  nous  voulons  ,  vous 
mandons, &  très-exprefïèment enjoignons, 
que  toutes  exeufations  çefïàntes  ,  ayés  à 
délivrer  &  mettre  hors  des  prifons.  Si  n'y 
faites  fautes.  Car  tel  efl:  nôtre  plai/îr.  Don- 
né à  Paris  le  i>  Novembre.  Signé  Fran- 
çois. 

Et  au  de/fous ,  Robertet.  Et  au  dos  & 
fuperfeription  ,  à  nos  amez  &  féaux  les 
Généraux  Confeilîers  fur  le  fait  de  la  Jus- 
tice de  ;>os  Aides  à  Paris. 

Après  la  le  Bure  de  [que  lie  s  ,  la  Cour  a 
fait  refpotjfe  audit  Caftillon  ,  que  orne  la 
Partie  &  les  Gens  du  Roi ,  elle  obéirait  au 
vouloir  &  bon  plaifir  du  Roi  ;  a  commis  & 
député  Mr.  Benoît  Larcber  &  Clériadus  de 
la  Rofiére  ,  Conseillers  du  dit  Seigneur ,  pour 
interroger  ledit  Marot;  pour  en  faire  leur 
rapport  le  lendeipaw,  Mardi 


Anti-Baillet.  P.  II.      39j- 

Mardi  5-.  Novembre  içiik 
La  Cour,  après  avoir  vu  les  Charge  s  & 
Inj  rwativws  à  P encontre  du  dit  Marot  :  les 
oratoires  cif  Confefjions  '  les  Conclu- 
fwnsm  du  procureur  Général  du  Roi  :    C2* 
ouïe    la  Partie   Civile  :    a  élargi  par  tout 
ues  ledit  Marot  :  en  faifant  lés  fou- 
us  ,  &  élifant  domicile  en  lu  manière 
accoutumée, 

.  Sçaîiger  a  remarqué  dans  Ton  Segond 
Scaligcrana,  que  Marot  avoir  un  merveil- 
leux talent  pour  la  traducïion. 

J'oubliois  à  remarquer,  que  ce  qu'a  é- 
crit  Mr.  Baillet  au  chapitre  de  Théodore 
de  Beze,  que  Marot  a  traduit  les  5-0.  pre- 
miers Pfeaumes,  n'eft  pas  véritable.  Les 
5-0.  Pfeaumes  que  Marot  a  traduits,  font 
des  Pieaumes  choiiis. 

CXIII. 

j 

Remarques  fur  le  chapitre  cPAriftopbane. 
Ignorance  de  Mr.  Baillet  dans  fou  Mé- 
tier de  Bibliothécaire.  Lifte  des  Editions 
fPAriftaphanç. 

MOnlïeur  Baillet,  tome  3.  partie 
I.  page  397.  dit  qu'il  n'èft  pas  vrat- 
femblable  que'  L'Epigramme  Grecque  fur 
Ariftophane,  attribuée  par  M 'le.  le  Févre 
à  Platon,  foit  de  Platon.  Voici  l'Epi- 
gramme  : 

A<  ^«s:Tfç,  TcV.evoç  71  A«4ot7v,   'oxiç  h%>  b"#- 
Zq-fVÇ-cti ,  fyvM'i  fvpoi  ' ^piçatpÂïXc,'.'  ' 

R  6  La- 


396      Anti-Baillet.  P.  II. 

Laquelle  a  été  ainii  traduite  par  le  Père 
VavalTeur  : 

Irma,  fibi  sternum  qu&reèat  gratU  templum* 
i         Vntm  invenit  peftus  Ariftophanis, 

Je  demande  à  Mr.  Baillet  quelle  raîfon 
il  a  de  croire  que  cette  Epigramme  ne  (bit 
pas  de  Platon.  Elle  eft  très-digne  de  Pla- 
ton :  &  Platon  d'ailleurs  eftimoit  beau- 
coup les  Comédies  d'Ariftophane.  Et  O- 
lympiodore  &  Thomas  Magifter  difent  af- 
firmativement qu'elle  eft  de  Platon.  Voici 
l'endroit  d'Olympiodore:  qui  eft  delà  Vie 
de  Platon,  publiée  depuis  peu  par  Emeri 
Cafaubon  dans  fes  Notes  fur  Laércer 
ix*ip*  àè  k&m  **)  jApiço0uvei  t<£  Kwpu*/âi, 
nui  YtâtppQVi  lap1  «v  ixipi'^aiv  tm  npovèTtuv 
év  toTç  Aiuhéyoïç  eo^fÀvjôvj.  "KêysTUi  de  £tuç 
kvtoTç  %ctlpeiVy  wçe  nui  v^I'au  irehevr^rev , 
svps'Afyai  iv  ry  HhiVia  ccvts  'ApiçoQdvvp  **} 
%é(ppovx  ,  ucii  ê%iypcty,[Lct  de  TQtXTQV  êiç 
'Aptçofyàvyv  vettjtynevï 

Ai  %*pnt<i  )  Tf/ufv«ç  rt  >iftef7y ,  ro  x-ep  £%i  w«~ 
(riîretl  > 

Voici  celui  de  Thomas  Magifter  :  qui 
eft  de  fon  abrégé  de  la  Vie  de  Platon  : 
cciroèavovTct  àê,  sru  UKutuv  èrl^csv  et 
è j/yp^pL/xâJT/  vipuehêyelùp, 

A't  Xaptreç,  repues  rt  h*Çt~r9  cnsç  ti%t.srt- 
Q-iïrttt  , 

Eft 


ànti-Baillet.  P.  If.       397 
Et  c'eft  ,  fans  doute,  fur  ces  témoigna- 
ges que  Lilius  Gyraldus  &  Jofeph  Scali- 
ger  ont  attribué  cette  Epigramme  à  Pla- 
ton. 

Mr.  Baillet.  Pour  ce  qui  regarde 
les  éditions  des  Comédies  a?  Ariftopkane  ,plu- 
Jieurs  témoignent  faire  cas  de  celle  de  Ley- 
de  :  qui  parut  chez  Jean  Maire  avec  les 
Commentaires  de  Scal.ger  ,  &  des  autres. 
Mais  Mr.  Colomiés  prétend  qu'on  n'a  point 
encore  donné  d'édition  de  ce  Poète  qui  foit 
parfaitement  bonne.  Il  eftime  que  la  moins 
mauvaife  efï  celle  qui  parut  Grecque&  La- 
tine in  folio  à  Genève  Fan  1608.  avec  les 
Scbolies  Grecques  de  Marc  Mufure  y  &  les 
Notes  de  Florent  Chrétien ,  £3*  des  autres. 
Cependant  nous  avons  vu  ailleurs  que  cette- 
édition  avoit  été  fort  décriée  par  Claude 
Chrétien ,  fils  de  Florent ,  à  caufe  de  l'infi- 
délité que  ceux  de  Genève  y  ont  commife. 

Ménage.  Nôtre  Bibliothécaire  eft 
mal  informé  des  Editions  d'Ariftophane. 
Scaliger  n'a  point  fait  de  Commentaires  fur 
Arillophane;  &  dans  l'Edition  de  l'Aris- 
tophane de  Leyde  il  n'y  a  aucuns  Com- 
mentaires :  &  les  Scholies  Grecques  que 
nous  avons  fur  ce  Poète,  ne  font  point 
de  Mufure  :  &  la  meilleure  des  éditions 
de  ce  Poète,  c'tft  celle  d'Amfterdam. 
Voici  l'hiftoire  des  éditions  d'Ariftophane, 

En  1498.  Aide  Manuce,  Romain, mais 
Imprimeur  de  Venife,  imprima  à  Venife 
în  folio  neuf  Comédies  d'Arîftophane,  *• 
vec  des  Scholies  Grecques  fur  ces  Comé- 
dies recueillies  de  différens  Manufcrits  par 
Mufure,  Candiot,  homme dodte,  &  qui 
R  7  fut 


3p3       Anti-Baillet.  P.  ÏL 

fut  depuis  Archevêque  de  Malvoîiie.  En 
ce  tems-là  Ariiïophane  n'avoit  point  en- 
core été  imprimé.  Aide  Manuce  dédia 
cette  édition  à  un  certain  Daniel  Clarîus, 
Parmefan,  Profeifeur  en  Lettres  Humai- 
nes à  Ragufe.  Il  dit  nettement  dans  fi 
Dédicace;  que  les  Scholies  Grecques  fur 
Ariltophane  font  anciennes.  Accipe  igi- 
tur  notera  Ar'iftophanis  Fabulas',  nam  de- 
cimim,  hyfiflraten  ,  tdeo  prœtermîfimus , 
quia  vix  dimtd'uita  haberi  a  nobis  poîuit. 
Sint  fatis  h<e  novem  :  cumoptimis -,  &  an- 
tiqu'ts  ,  ut  vides  ,  Commentants.  Cette 
Dédicace  eft  fuivie  d'une  Préface  Grecque 
deMufure:  qui  eflrrout  ce  que  ce  favarrt 
homme  a  fait  de  fon  chef  fur  Ariiïophane. 
Enfuite  de  cette  Préface,  il  y  a  une  Epi- 
gramme  Grecque  de  Scipîon  Cartéroma- 
que,  de  Piiroie.  G'eit  ce  Scîpio  Cartero- 
rnachus  Auteur  du  Difcours  à  la  louange 
de  la  Langu.  Grecque  ,  dédié  a  Daniel 
Réniéri,  Noble  Vénitien,  que  Henri  E- 
tienne  a  fait  tnxpcitnér  à  la  tête  de  fonTré- 
for  de  la  Langue  Grecque.  Et  enfuite  de 
cette  Epigramme,'!  y  a  ir  Extrait  del'En- 
chiri  'on  d'Hephseltion  ,  &  un  autre,  de 
Démétriusl  rie  inius,:ouchant  les  différens 
genres  de  vers:  &  un  autre,  de  Platonius  , 
touchant  la  différence  des  Comédies  h  cel- 
le des  Caractères.  Et  enfuite,  la  Vie  d'A- 

riiio 
f  r,  Il  y  a  Accoîta  à  la  page  fuivante.     Il  faut 

ÀCcoln     .<r  tour 

.  f  :  li  faloi.t  d;re  (jijtnti >  car  J-nt*  c'eft  Je  nom 
^atin.  Mh.c  avaflt  que  de  pafTer  à  Vin  ij2j.  il  é- 
teît  boa  d/obfeiYex  que  Nevizaa  à  la  ûû  du  i.  Li- 

Tie 


Anti-Baillet.  P.  IL  399 
rfilophane  par  un  Anonyme;  &  un  abrégé 
de  Vie  du  même  Poète,  par  Thomas  Ma- 
giller:  &  plufieurs  argumens  du  Plutus; 
faits  en  profe  p.ir  un  Anonyme:  &  un  en 
vers ,  tait  par  Ariltophane  le  Grammai- 
rien: &  la  Lille  des  noms  des  anciens  Co- 
miques, avec  le  nombre  de  leurs  Comé- 
dies. Tout  cela  ett  en  Grec.  Les  Ar- 
gumens en  vers  Grecs  fur  les  autres  Co- 
médies, font  apparemment  du  même  A- 
rillophane  le  Grammairien. 

En  1 51  y.  Bernard  Junta,  fit  imprimer 
in  odavo  à  Florence  chez  Philippe  Junta 
les  ix.  Comédies  d' Ariltophane:  qu'il  dé- 
dia à  Francefco  'Vccolto  (i),  nommé  à 
l'Evëché  d'Ancone.  Il  dit  dans  l'Epître 
Dédica?  oîre  qu'il  avoit  deiTein  d'y  ajouter 
la  dixième  &  l'onzième  ;  mais  que  ceux 
qui  les  lui  avoient  promifes  lui  avoient 
manqué  de  parole. 

En  15-15-.  les  Héritiers  de  Philippe  Jun- 
ta (2)  ,  impr'merent  in  quarto  ,  dans  la 
même  Ville  de  Florence  l' Ariltophane 
d'Aide  :  revu  ïol^neufement  par  Anto- 
nius  Fracinus,  de  Varchi  près  Florence: 
auquel  on  ajouta  quelques  Scholies  ,  & 
un  Indice  des  choies  contenues  dans  le 
Livre.  Antonius  Fracinus  a  dédié  cet 
Ouvra.j ;■:  '••  Benoît  Accolta,  Archevêque 
de  Ravenne.    Il  lui  dit  dans  l'Epitre  Dé- 

dica- 

vre  de  fa  Forejt  nuptiale  rapporte  qu'Alciat  lui  avoit 
mande  d'Avignon  avoir  tiaduit  de  Grec  en  Latin 
le;.  Nuées  d' Ariltophane  ferv.itâ  carmiuu  Uzr.  Or  Al- 
ciat  enfegna  le  Droit  à  Avignûn  depuis  151t.  jus* 
qu'au  commencement  de  1521.  qu'il  ictouxna  à  Mi- 
lan. 


400  Anti-Bail  le  t.  P.  IL 
dicatoire,  qu'il  a  ajouté  environ  60.  vers 
dans  laComédie  de  la  Paix  qui  manquoient 
dans  l'édition  d'Aide,  &  qu'il  a  été  dirigé 
dans  Ton  Ouvrage  par  Arfenius,  Candîot, 
Archevêque  de  Malvoifie.  Cette  édition 
eft  fort  belle. 

En  15-28.  Pierre  Vidouve,  de  Verneuiî, 
imprima  à  Paris  in-4.  ix.  Comédies  d'A- 
rifrophane.  Il  eft  dit  à  la  fin  du  Livre, 
que  ce  Livre  a  été  imprimé  aux  dépens  de 
Gilles  de  Gourmont,  &  par  le  confeil  & 
les  foins  de  Jean  Cheradame,  &  par  le  la- 
beur &  la  dextérité  de  Pierre  Vidouve. 
«tutwÔii  êv  Aev%eT/a  riapp^c/av,«v«Aw^a- 
r/v  'Ey/£/8  r6pju.0VTi8,  èià  nctpaivécêcaç  nui 
ivifiehetaç  'Iwavv8  XeçaSduas  irovq  Se  nxt 
hziOTViTinsTpa'Oviïiictîz,  irêt\  &c.  De- 
vant chaque  Comédie,  il  y  a  des  Epitres 
Dédicatoîres  en  Grec  de  ce  Jean  Che- 
radame. La  première  Comédie  eft  de* 
diée  à  Jean  le  Clerc  Ambaffadeur  en  An- 
gleterre :  la  fegonde,  à  Thomas  Vinter: 
la  troiiiéme  à  Pierre  Danés  :  la  quatrième 
à  Jean  Viole:  la  cinquième,  à  Jean  Tar* 
tafïè:  lafixiéme,  à  Jean  Lapithe:  la  fep- 
tiéme,  à  Jean  Beraut  :  Ce  Jean  Beraut  & 
toit  un  homme  favant  ;  la  huitième,  au 
célèbre  Médecin  Jean  Ruellius •:  &  la  neu- 
vième r 

Ç  1.  11  faut  lire  Gilles  de  Gourmont.  Il  étoit 
frère  de  Robert  Se  de  Jean  ,  mais  c'eft  Gilles  qui 
9'eft  qualifié  Imprimeur  en  Grec  dès  l'an  1507. 
Comme  l'infeription  ordinaire  qui  eft  à  la  fin  de  Tes 
éditions  le  juftifie.  Elle  eft  rapportée  par  Naudé 
pag.  304.  &  305.  de  Ton  Addition  à  l'Hiftoire  de 
Louis  XI-  Se  un  peu  moins  correctement  par  le  S/. 
de  la  Caille  pag,  lo,  de  fon  Hifl,  de  l'Imprime wel 


Anti-Baillet.  P.  II.      401 

viéme,  à  un  Guillaume  Cuinus.  Les  ar- 
mes de  ce  Jean  (i)de  Gourmont  font  gra- 
vées en  plulîeurs  endroits  de  ce  Livre:  ce 
qui  montre  qu'il  étoit,  quoi  que  Libravre, 
homme  de  condition.  Je  remarquerai  ici, 
par  occaiîon,  que  félon  fon  témoignage 
il  fut  le  premier  qui  rit  imprimer  à  Paris 
des  Livres  Grecs. 

En  15-31.  (2)  Ardre  Cratander  &  Jean 
Bébélius  ,  Imprimeurs  de  Francfort  (3), 
imprimèrent  à  Francfort  in-4.  les  neuf 
Comédies  Grecques  d'Ariftophane  dont  il 
a  été  parlé.  Et  ils  ajoutèrent  à  cette  édi- 
tion deux  Comédies  de  ce  Poète ,  non  en- 
core imprimées  :  qui  font ,  les  Femmes 
Sacrifiantes  à  Cerès  ,  &  la  Lyfiftrate. 
Dans  cette  édition  ;  qui  eft  auffi  toute 
Grecque;  il  y  a  une  Préface  Latine  de  Si- 
mon Grynseus. 

En  15-38.  Andréas  Divus,de  Capo  cTIs- 
tria,  fit  imprimer  à  Venife  in-8.  chez  Ja- 
que de  Bourfranc,  de  Pavîe,  la  Traduc- 
tion Latine  en  profe  des  onze  Comédies 
d'Ariftophane  :  qu'il  dédia  au  Cardinal  A- 
lexandre  Farnéfe.  Cette  Traduction  eft 
pleine  d'ignorances,  &  pour  le  Grec,  & 
pour  le  Latin. 

En  la  même  année  15-38.  Barthelemt 

Za- 

%  i.  C'etoit  ici  le  lieu  de  remarquer  qu'en  iîît. 
Thomas  Venarorius  Alcman  fit  imprimer  à  Nurem- 
berg in- 4.  le  Plurus  d'Anftophane  avec  fa  veiûoa 
en  vers  Latins  à  côiédu  Grec  ~4rij}ophams  Plaint». 
(dit  Gcfner.  f.  éit.B.  de  la  Bibl.)  CornaUiam  fdcgtijfim 
mam  Latinis  vtrfikut  rtditi-.t  Ptireim  exeniit  N<.rim* 
b<r£<t  1 5  3 1 .  ri*- 4.  Gra.iè  &   Latine  i  rigione  chartii  IJ» 

f  3.  Imprimeurs  de  Bile. 


\oi       Àntz-Baillet.  P.  IL 

Zanetti  imprima  à  Venife  in- 8.  en  Grec 
les  onze  Comédies  d'Ariflophane. 

En  1544-  Pierre  Brubachius  rimprïma 
in-S.  phane  de  Francfort  de  1 5"32. 

avec  là  Préface  de  Grynseus.  Il  y  ajouta 
là  Yfc  à*  •  •  itophave  de  i*  Anonyme  Grec: 
la  Liite  des  noms  des  Anciens  Comiques, 
avec  le  nombre  de  leurs  Comédies  :  &  le 
Dileours  touchant  la  Comédie  ;  duquel 
il  a  été  parlé. 

Ep,  !f47.  (1)  Sî^ifmond  Gélénius,  de 
Bohême,  difciple  de  Miifure,  fit  impri- 
mer à  Bile,  par  Froben ,  les  onze  Comé- 
dies d'Aritlophane ,  avec  les  Scholies 
Grecques  anciennes,  tant  de  l'édition  dé 
Venife  que  de  celle  de  Florence  .  fur  les 
neuf  premières  Comédies:  car  il  ne  s'en 
trouve  point  fur  la  dixième  &  fur  l'onziè- 
me. Ces  deux  dernières  Comédies  font 
plus  correctes  dans  cette  édition  que  dans 
celles  de  Francfort. 

En  15*49.  Char1es  Girard  (2) ,  de  Bour- 
ges.  Docteur  Régent  en  Droit  dans  l'U- 
niveriîté  de  Bourges ,  fit  imprimer  à  Paris 

in  4. 
« 

^J  1.  Outre  ce  que  Mr.  Ménage  remarque  ici 
pour  l'année  1547.  voici  ce  nue  je  trouve  écrit, 
d'une  main  qui  m'eft  inconnue,  au  devant  de  mon 
exemplaire  d'Ar.ftophane  de  Genève.  Minus  Ca.be- 
dius  yArijlefhanis  Flutum  Latinit  verfitnu  reididh  <Jlgr* 
ffohfâlio  Pi'fdtrit  Tinntkio'rum  Epiùopâ  tfoartnis  III.  Lu- 
fiiania  T^e^is  in  Gtittia  LigAto  avuncttlo  ruo  iica'vit ,  ex- 
cuiit  autem  Vajcofanus  1547,  in  8.  L'Aureur  do  cette 
note  a  mal  interprété  M.  Cabedios,  hfarats ,  au  lied 
de  Mi.h&ël.  Te!  étoit  le  nom  de  batème 
Portugais*  dort  on  peur  ro  r  la  Vie  dans  la  Biblio- 
:héque  d'Efpagne  d'André  Echott  qui  fait  auflï  inen- 


A"  M  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.   P.  II.        4O3 

fïl-4.  par  Chrétien  Véchel  le  Plutus  d'A- 
riltophane,  avec  une  Traduction  en  profe 
Latine  è  regio?ie  du  texte  &  un  gros  Com- 
mentaire fur  le  texte  Grec.  Cet  Ouvrage 
eft  dcdié  à  Janne  Reine  de  Navarre,  fille 
de  Marguerite,  aulfi  Reine  de  Navarre. 

En  15 57.  (3)  on  imprima  in -4.  à  U- 
trecht  le  Plutus,  les  Nuées,  &  les  Cheva- 
liers d'Arifioph^ne,  avec  la  verlion  Lati- 
ne de  Lambertus  Horteniius:  &  en  15-61. 
le  Plutus  &  les  Grenouilles  en  Grec.  C'eft 
ce  que  j'ai  appris  du  Catalogue  des  Livres 
de  Nicolas  Heiniius:  car  je  n'ai  point  vu 
ces  éditions. 

En  15-86.  Jean  Spies  imprima  in- S.  à 
Francfort  fur  le  Mein  l'Ariftophane  Grec 
avec  la  verlion  Latine  en  vers  de  Nicodé- 
me  Frifchlin,  &  avec  la  Vie  d'Ariftopha- 
ne  ,  &  la  Défenfe  d'Ariitophane  contre 
Plutarque,  parle  même  Frifchlin  II  eft 
à  remarquer,  que  Frifchlin  n'a  traduit  que 
!e  Plutus,  les  Chevaliers,  les  Nuées,  les 
Grenouilles,  &  les  Acharnenfes. 

En  1589.  Florent  Chrétien  fit  imprimer 

à 


t'on  de  la  rraduftion  du  Plurus.  Un  Flamand,  nom- 
me en  Latin  H*(iri<inu<  Chimis  Mal It^hemius  ,  a  tra- 
duit en  veis  Latins  le  Plutus  .  imprimez  à  Anvers 
IV    1 5  y  3 .     Voyc2  Sander.  dt  dur.  Bruz.  lib.  i. 

f  2.  Il  s'vîppelloit  Gérard  &  non  pas  Girard, 
Gtr&tdm. 

%  3.  Avant  que  dVn  venir  à  l'année  1557.  on 
pouvoir  remarquer  qu'il  avoit  paru  à  Nulles  in  8. 
l'an  us'  ■  une  verfion  Latine  allez  élégante  au  Plu- 
tus bt  de*  N'ucs  par  Corioh'nus  Marti:anus  de  Co- 
ienec  Evé>]ue  de  (an  Marco,  en  vers  Comiques  Se- 
naires,  imprimée  avec  d'autres  veillons  &  JoëliCs 
du  même  Auteur. 


404         À  N  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.   P.  Iî. 

à  Paris  in-8.  chez  Frédéric  Morel  la  Co* 
médie  d'Ariftophane ,  intitulée  la  Paix  : 
avec  fa  vcrlion  en  vers  Latins,  è  regione 
du  texte  Grec:  à  laquelle  il  ajouta  un 
Commentaire  allez  gros.  Cet  Ouvrage 
eft  dédié  à  Jaque  Augufte  deThou,  fils 
de  Chriftophle. 

En  1607.  iEmilius  PoTtus,fils  de  Fran- 
çois le  Candiot ,  fit  imprimer  in  folio  à 
Genève,  fumptrbus  Caldorïance  Societatis , 
un  Ariftophane  revu  par  fon  père.  Cette 
édition  eft  la  meilleure  (1)  de  toutes  les 
précédentes.  Outre  les  Scholies  Grec- 
ques anciennes  ,  fur  les  neuf  premières 
Comédies ,  elle  a  les  Scholies  Grecques 
d'Odoart  Bifet  ,  Sr.  de  Charlai  ,  fur  les 
onze  Comédies  d' Ariftophane  :  &  celles 
de  Gilles  Bourdin  fur  la  Comédie  des  Sa- 
crifiantes à  Cerès.  Ces  Scholies  de  Gilles 
Bourdin  furent  imprimées  à  Paris  in-l. 
en  if^s-  &  dédiées  à  François  I.  C'eft 
ce  Gilles  Bourdin  ,  qui  a  été  Avocat  & 
Procureur  Général  du  Parlement  de  Pa- 
ris.  Odoart  Bifet  étoit  un  homme  favant 
de  la  Ville  de  Troie  (2).  Et  outre  ces 
Scholies  Grecques,  anciennes  &  moder- 
nes, cette  Edition  contient  le  Commen- 
taire de  Girard  fur  le  Plutus,  &  ceux  de 
Florent  Chrétien  fur  les  Guefpes,  fur  la 
Paix,  &  fur  la  Lyiiftrate,  avec  la  verfion 
Latine  en  vers  de  ces  trois  Comédies. 

L'Ou- 

^[  I.  Il  faloit  dire.  Cette  èditim  ejt  meilleur 
que  tentes  les  précédentes.  Mais  touchant  les  diver- 
ses éditions  d'Ariftophane,  voyez  le  dofte  &  labo- 

xieux 


Anti-Baillet.  P.  II.       405* 

L'Ouvrage  de  Florent   Chrétien   fur    la 
Paixd'Ariitophane  avait  déjà  été  imprimé, 
comme  il  a  été  remarqué.     Ce  qu'il  a  fait 
fur  les  Guefpes  &  fur  la  Lytiltrate,  n'a- 
voit  point  encore  paru.   Claude  Chrétien, 
fils  de  Florent,  envoya  le  tout  à  ceux  qui 
fe  méloient  de  l'édition  de  Genève.  Dans 
une  Lettre  qu'il  a  écrit  à  Jofeph  Scaliger; 
qui  eft  datée  de  Paris  du  20.  Sept,   1610. 
il  fe  plaint  fort  de  cette  Edition  à  l'égard 
de  l'Ouvrage  de  fon  père.    Je  n\fe ,  dit- 
il,  tous  parler  de  lJ  Arijlophane  ,  que  vous 
Avez,   vu  ,  je  m*affuren  premier  que  nous; 
car  F  Ouvrage  eft  fi  laid  que  je  ne  le  puis  a~ 
vouer  pour  parent.     Le  mal  eft  arrive  de 
Vavêir  envoyé  hors  cP.ci:  &  en  Ville  oit  ils 
ne  croient  au:our£hui  que  leur  tête.     Us 
oh'  méprifé  l'ordre  que  je  leur  avois  envoyé: 
ont  retranché  plufieurs  chofes  de  mon  père  ; 
VEpitre  même  à  Mr.  de  Thou  fur  ï*lréhs\ 
imprimée  à  iJaris  Pan  I5"8q.  in  oiiavo  f  a* 
vec  cette  Epitre:   &  y  en  ont  mis  de  gepê 
qui  n'ont  du  t'jut  rien  contribué  à  F  Oeuvre1: 
puiç  ont  tellement  mêlé  ce  que  je  leur  avais 
baillé,  qu'A  femble  que  leur  defjein  ait  été 
plutôt  de  l'étouffer,  que  de  lui  faire  voir  le 
jour.     Il  y  a  dans  cette  Edition  une  Let- 
tre  Latine  d'/Emilius   Porte*   à  Odoart 
Bifet,  &  une  Préface  Grecque,  aux  Lec- 
teurs, &  une  autre  Latine, du  mêmePor- 
tus. 

En 

lieux  Jean  Albert  Fabrice  I.  2.  da  tora.  t.  de  fa  Bi- 
bliothèque Giecque,  c.  21. 

il  1.  ]'a:mcreis  mieux  écrite  Troits  pom  ne  pas 
confondre  !>«*  avec  7>#/*, 


4o5      Anti-Baillet.  P. IL 

En  1624.  Jean  M^re,   Imprimeur  de 
Leyde,  imprima  à  Leyde  in  douze  un  A- 
riltophane  Gec- Latin,  fans  Commentai- 
res   Latins    &  fans  Scholies   Grecques. 
Mais  avec  les  Fragmens  des  Comédies 
d'Ariltophane    non  exilantes  ,    ramaifez 
par  Guillelmus  Cantérus  &  Guillelmus 
Coddasus,  &  une  Préface  d'Andréas  Schot- 
tus  fur  ces  Comédies  d'Ariftophane  non 
exilantes  &  fur  celles  qui  exiiient  :  11  y  a 
outre  cela  une  Vie  d'Ariftophane  en  La- 
tin ,  &  un  Difcours  Latin  de  Nicodéme 
Frifchlin   touchant  l'ancienne  Comédie. 
je  ne  fai  de  qui  eft  la  Vie.    Toutes  ces 
chofes  font  à  la  tête  des  Comédies.    Il  y 
a  à  la  fin  un  Indice  des  Proverbes  allé- 
guez par  Ariftophane,  &  expliqués  par  E- 
rafme,  par  Junius  Cognatus,  &  autres Pa- 
rcemîogr.iphes  :  &  de  très-petites  Notes, 
qui  ne   confident  qu'en   diverfes   leçons. 
Ces  Notes  font  intitulées,  Nota  in  Arts- 
tophanem\  excerpta  ex  variis  Leéîionibus, 
Emendationibus  ,    &  Conjeëluris  virorum 
doéîorum  :  ac  potijfimum  duobus  exempta- 
ribns    manu   Jofepbt   Scattçeri  emendatis* 
E  Bibliotheca  Gerardi  VoJJii.  Chaque  No- 
te de  Scalper  ne  comprend  pas  une  ligne: 
&  toutes  fes  Notes  enfemble  pourroient 
fe  mettre  en  une  feuille  de  papier.     Mr. 
Baillet  qui  appelle  ces  Notes  de  Scaligcr 
&  celles  des  autres  Critiques ,  des  Com- 
mentaires ,  ne  les  a  jamais  vues. 

En  1670.  Jean  Ravefteîn  ,  Imprimeur 
d' Amfterdam ,  r'imprîrna  à  Amflerdamen 
deux  volumes  in  douze  l'Ariftophane  de 
Leyde:  auquel  il  ajouta  des  Notes  &  des 


A  S  T  I  -  D  A  I  L  LE  T.   P.  II.         407 

varions  de  dirîerens  Criiiques:  avec 
nue  vcrlïon  très  élégante  des  Concionatri- 
ccs([J  par  Mr.  le  Févre  ProfeifeurdeSau- 
mur,  &  avec  des  Notes  très-favantes  & 
très-curîeufes  fur  ce;te  Comédie,  du  mê- 
me le  Févre:  dédiées  à  Mr.  Bohéreau, 
Médecin  de  la  Rochelle.  Cette  édition 
elt  ia  meilleure,  pour  le  texte,  de  toutes 
les  Editions  d'Aritîophane. 

En  1654.  M1!*5-  le  Févre,  fille  de  Mr. 
le  Févre  dont  nous  venons  déparier,  & 
qui  eil  aujourd'hui,  Me  Dacier,  fit  im- 
primer à  Paris  in  douze  une  Traduction 
Françoife  du  Plutus  &  des  Nuées,  avec 
des  Notes  fur  ces  deux  Comédies,  &  une 
Préface  fur  Ariftophane.  Sa  Traduction 
eil  très-élégante  :  les  Notes  font  très-fa- 
vantes: &  fa  Préface  eil:  admirable. 

Mr.  B  a  1  l  L  E  T.  Plutarque  ajoute  que  rage 385. 

toute  Pin  banité  que  Von  donne  à  Ariftopha- 

/,v,  n'a  rien  que  d'amer  &  de  trèj-des*a- 

le  :que  Jon  fel  n'a  rien  que  de  piquant^ 

î  ,  de  mordant  :  &  qiCil  ne  fert-qu'à 

ir  les  playes  qu'il  a  faites  lui-même. 

Mknage.   Le   meilleur  morceau  eft 

demeuré  au  plat.    Je  veux  dire  que  Mr. 

:  Baillet  a  omis  ce  qu'il  y  avoit  de  meilleur 

dans  Plutarque  au  fujet  du  fel  d'Arillo- 

phane  &  de  celui  de  Ménandre  :   qui  eft, 

que  le  fel  de  Ménandre  eft  de  la  mer  où 

Venus  a  pris  naiiïance.    Je  me  fuis  fervi 

de  cette   penfée    dans   mon   Epigramme 

Grecque  à  Mr.  Colbert  fur  Mr.  le  Févre 

Profefteur  de  Saumur» 

ro. 

if  nK  Pourquoi  ne  pas  duc  des  Harangneufes  ? 


408       Anti-Baillet.  P.  II. 

Tiwi)TCà*  ursXxyei  3  <*>  Ko7rpii;  iyyéycve. 

Mr.  de  Brieux  s'en  cft  aufli  fervi  dans 
une  de  fes  Epigrammes  à  Mr.  des  Yve- 
teaux  le  Maître  des  Requêtes. 


— — lufufque,  falefyue. 

Sed  natos  ptlago ,   quo  Venus  or  ta,  /aies, 

Mr.  Baillet  a  remarqué  eu  quelque  en- 
droit de  (on  Livre,  que  Mr.  le  Févre  de 
Saumur  ne  croit  pas  que  ce  qu'on  dit  que 
St.  Jean  Chryfoftome  fe  plaifoît  à  ta  lec- 
ture a' Ariftophane,  foit  \  érïtable.  Et  moi 
j'ai  remarqué  dans  la  Préface  de  la  fegonde 
partie  de  mes  Obfervations  fur  la  Langue 

Fran- 

%  i.  Les  Savans   n'ont  pu  fufqu'ici  marquer   au 
vrai  en  quel  tems  Achille  Tace  a  vécu.  Saumaife  a- 
vouë  ingénument  qu'.i  ne  le  fait  pas,  8c  qu'il   ne 
f      ,.        trouve  point  d'Auteur  qui  le  lui  enfeigne.     Quand» 
T  \    5  vixtrit ,  juxta  fao  ct*m  illis  qui  nefciunt ,  qu-a  nec  auc- 

Yl Z  l"j*  torem  hAhe0  9"'  me  td  doieat-  M.  Huet  dans  fonTiaitc 
Itr.tfh.  &  ^e  ^'Origine  des  Roman»  tout  irrefolu  qu'il  paroit 
p'f'^A  *ur  cctte  difficulté  "e  ^'^e  Pas  <*e  Pencher  à  croire 
r  ?a  Achille  Tace  pofterienr  à  Heliodore.     Je  pente  a- 

voir  trouvé  un  moien  fui  de  décider  cette  queftion. 
Achiile  Tace  dont  nous  avon*  les  amours  de  Clito- 
phon  &  de  Leucippe  eft  le  même  qui  a  écrit  de  la 
fphére,  &  dont  il  nous  refte  une  introduction  fut 
les  Phénomènes  d' Arat.  Jule  Firmique  qui  ecr.voie 
fous  Conftance  l  .  fait  mention  ,  livre  4  chap  10. 
de  fes  Aftronomiques,  de  cet  Achille,  d'où  il  s'en- 
fuit que  cet  Auteur  pour  peu  qu'il  eût  précédé  Fir- 
mique etoit  plus  ancien,  ôc  que  St.  Jean  Chryfofto- 
me, ôc  qu'Héliodore  qui  n*ont  vécu  que  fous  le 
grand  Théodofe  8c  fous  les  enrans.  Cela  étant,  la 
xonjc&uK  de  M.  Ménage  touchant  ce  Prêtre  grand 


1*0, 


AXTI-B  AILLET.    P.  IL         40^ 

Françoife  ,  que  l'Auteur  le  plus  ancien 
qui  ait  fait  mention  de  cet  Amour  de  St. 
Jean  Chryfolîome  pour  les  Comédies  d'A- 
rilîophane  ,  c'en  Aide  Manuce  dans  fa 
Dédicace  des  Oeuvres  de  ce  Comique  à 
Daniel  Clarius:  fi  ce  n'eft  qu'on  voulût 
interpréter  de  St.  Jean  Chryfouome ,  ce 
qui  eft  dit  dans  le  Roman  d'Achilles  Ta- 
tttJS  (1),  qu'un  certain  Prêtre,  qui  étoit 
fort  éloquent  ,  étoit  imitateur  d'Ariitcr- 
phane. 


CX IV 

'imitateur  d'Àr'ftophane  ne  peut  avoir  lieu ,  outre 
qu'il  faut  avouer  qu'elle  eft  un  peu  bieii  abftraite. 
11  faut  aufli  conduire  que  (hotius  s'eft  trompe  lors- 
qu'il a  infinité  qu'Achille  avoit  im  te  Héliodore. 
Suivant  notre  calcul  ce  doit  être  tout  leicomraire. 
A  l'égard  ces  infamies  contenuëi  dans  le  Romande 
Clitoplion  &c  de  Leucippe  je  les  regarde  comme  un 
tine  d'arcie^neté.  Avant  que  le  Ghrîftiàniîme  fût 
affermi  les  Ecrivains  etoient  plus  licentieux.  La. 
Religion  Chrétienne,  moins  indulgente ,  en  refor- 
mant les  mœurs,  reforma  les  exprefTions',  de  forte 
que  de*  deux  Romans  celui  d'Helioccre  Auteur 
'Chrétien  étant  le  plus  honnête  doit  1  >ar  confequent 
être  cru  le  moins  ancien.  Le  célèbre  la  Fontaine 
qui  apparemment  ne  s'etoit  pas  donne  le  loin  défaire 
ni  toutes  ces  recherches,  ni  toutes  ces  réflexions, 
n'a  pas  laiflé  de  diie  le  plus  heureulement  du  mon- 
de d*ns  la  Ealade  des  Livres  d'amour: 

shon  a.  le  pas  par  droit  £  Antiquité , 
II  h'id're  peut  par  fort  prix  It  pré  tndre. 

2W  V IL  Par t.L  S 


410       Anti-Baillet.  P.  IL 

CXIV. 

Charge  de  Maître  des  Requêtes ,  donnée  pour 
récompenfe  à  des  gens  de  Lettres. 

Tome  i.  \  Vf  Onfieur  Bail  LE  T.  Charles  V.  Roi 
part.  i.        iSjLde    France,  donna    une    Charge   de 
page 561.     Maître  des  Requêtes  pour  une  'Traduélion 
de  la  Cite'  de  Dieu. 

M  enage.  Budée,dans  fes Commen- 
taires de  la  Langue  Grecque  ,  dit  qu'il  fut 
fait  Maître  des  Requêtes  à  caule  de  la 
connoiiTance  qu'il  avoit  de  la  Langue 
Grecque.  Voici  l'endroit  :  Permultis  an- 
nis ,  antequam  id  munus  à  Rege  fperare  cœ- 
/>/,  (il  parle  de  la  Charge  de  Maître  des 
Requêtes)  utriufque  ipjle  Linguœ  commen- 
datione  accitus  tum  in  Aulam  ;  cum  ani- 
mus  meus  alienijjimus  effet  ab  hoc  inftituto\ 
apud  Principem  tamen ,  tum  corporis  tum 
animi  dotibus ,  regiceque  majeftatis  honefla- 
mentis  &  décor  :b  us,  C23  naturâ,  &  divi- 
nitus  ita  donatum  ,  ut  ampliora  optare  fine 
piaculari  infolentiâ  nullus  ,  me  a  fententiâ, 
pofiît;  (certè  quidem  ingénia  &  facundiâ 
ornatum,  iis  qui  non  norunt,  incredibili) 
miré  valuit  Uterarum  Grœcarum  ftudii  ad- 
miratio  :  quibus  ipfis  hoc  meum  ornamen- 
tum  magis  quàm  Latinis  literis  acceptum 
rttuli. 


CXV. 


Anti-Baillet.  P.  II.      411 
CXV. 

Ce  que  dit  Mr.  Baillet  que  les  Epigram- 
mes  Fabuleufes  font  défedueufes  ,  tfeft 
pas  véritable,  &  eft  contraire  a  la  pra- 
tique de  tous  les  Epigrammataire  s . 

MOnfîeur  Baillet  ne  fe  connoît 
du  tout  point  en  Epigrammes;  ce 
que  je  ne  dis  pas  parce  qu'il  dit  que  la 
plupart  de  mes  Epigrammes  font  plates  & 
in  lipides.  Il  dit  à  la  page  $6i.  du  premier 
Tome,  la  République  de  Venife  femble  a- 
voir  voulu  pjjjer  en  magnificence  Arché- 
laus  &  Caracalla  dans  la  gratification 
qu  elle  fit  à  Sannazar  ?  pour  une  Epigram- 
me  qu'il  composa  à  l'honneur  de  cette  Fille, 
Car  elle  lui  donna  un  grand  nombre  d'écus 
d'or  po.:<r  chaque  vers.  Mais  cette  libéra- 
lité nous  donne  une  plus  grande  idée  de  la 
générofité  &  de  la  reconnoiffance  de  cette 
République  que  de  V excellence  du  Poète  ; 
puifque  fon  Epigramme  eft  défedueufe  ,  é- 
tant  du  nombre  des  Fabuleufes ,  &  qu'on 
ne  l'a  payé  que  paur  fon  Encens.  Et  là- 
deffus  il  cite  dans  fes  preuves  le  Parnafïè 
Réformé.  Il  n'eft  rien  dit  de  femblable 
dans  le  Parnaifè  Réformé.  Mr.  Baillet 
devoît  citer  Monfieur  Lancelot  dans  fou 
Deleùius  Epigrammatum  :  car  c'eft  Lan- 
celot, qui  dans  fon  Delettus  Epigramma- 
tum a  repris  cette  Epigramme  de  Sanna- 
zar, à  caufe  qu'elle  eft  fabuleufe.  Ce  que 
je  fouhaitterois  qu'il  n'eût  pas  fait  ;  ces 
fortes  d'Epigrammes  étant  au  contraire 
S  a  très* 


4'i2  Anti-Baillet.  P.IL 
très-belles  &  très -agréables.  Et  Ton  o- 
pinion  a  été  très-bien  réfutée  par  le  P.  Va- 
vaiFeur  dans  ion  Livre  de  l'Epigramme, 
chapitre  ix.  Les  paroles  du  P.  VavaiTeur, 
méritent  d'être  ici  rapportées.  Les  voi- 
ci :  Neque  inira  res  gejias  &  ver  as  hic  fe 
Poe  ta  contir.ety  fedfiéias  etiam  adfcijfit  a- 
liunde  atque  ampleéiitur ,  eafque  varias  {$ 
multiplkes,  Aut  enlm  tabulas  ex  omni 
Fabularis  Hifloriœ  infirumento  promptas 
habet  &  parafas  quibus  apte  &  in  loco  uta- 
tur  :  aut  ipfe  fingendi  artifex ,  qttod  lubet , 
comminifichur  ,  fibique  fabricat ,  &  fuos  in 
ftfus  convertit.  Rurfum  hoc  utrumque  vel 
ex  totofaciî  ;  ut  aliud  nihil  Epigrammate , 
nififabulofa  perfequatur  :  vel  ex  parte  ;  ut 
ad  aliud  quippiam  traducat  hcec  gênera  faU 
Jî ,  &  ad  infliîutum  fermonem  accommodet 
fplendidum  o3  folers  menduium.  Hœc 
porro  omn'ui  fiers pojfe  ;  licere;  faéîa  déni" 
que  fuiffe  ;  auo  modo  c^  qui  re  melihs  os- 
tendemus  ,  quàm  exemples  veterum ,  cùm 
Grœcorum  tum  Latinorum,  ex  quibus,  ars 
ipfa,  qualis  ea  cunquejit,  petit a  fuit  ;  ar- 
ti  fuafi.de  s  &  aûfioritas  accerfita"1.  Aliqu'id 
efife  in  Epigrammate  fi  ci  i  s  fabulis  &  anti- 
quis  &  r£centibus  ac  novis  loci  ,  prœter- 
auam  fûèd  tôt  exempla  probatijfimorum 
Scriptarum  perfuident  ;  convincit  etiam , 
MoN'TAUSERl  ,  C55  fateri  cogit  ratio. 
Quid  entra  ?  Hu'us  Pocta  carminis  omni 
fiflione  &  commento,  eT  im;tandi  pote  fi  a» 
te  privabitur  :  c.eteris  Poëtis,  nt  fingant, 
non  tantùm  relinquitur  integrum  ac  libe- 
rum  .  verùm  etiam ,  fi  tueri  nomen  fuunt 
a:  fufiinere  velint ,    ncceJJ'arium  judicabi" 

tur  ? 


Anti-Baillet.  P.  IL       413. 
tari   Quid  verô  tara  Epigraramatura  pro- 
pnura,  quod  Fabulas  excludat',  cura  Epi" 
grararnata  munus  exercere  ac  partes  fuas , 
C55  opus  perfccium  habere ,  ut  in  faits  per- 
f'onis ,  ita    in  fiais    rébus  ,    valeant  ?   Aut 
quid  tara  propriura  tabularum,   quod  Epi" 
grararaatis  repugnet\  ckm  tabula,  trattan- 
dis  &  ajjimu tandis  rébus,  vei  ipfara  adju- 
gent veritatemt.   Itaque  nibil  alicnius  un- 
qnara  rai  ht  vifus  cft  fecijfe ,  dura  Poêlas  è 
Re  fua  publica  ejecit ,  Pldto;  quara  quis- 
quis  è  Poëfi  noftra  Fabulas  exterramandas 
ejfe  du xt t.     Etenira  civitas  fine  Po'étis  [la- 
re poieji  ,    opinor  ;  carere   oranino   Fabulis 
Poëfs  qui  pote fï1.   Ne c  fane  in  re  tara  ceria 
taraque  evidenti  dijputarcra  ,  nifi  exortus 
effet  inter  literatos ,  quod  nun quara  fore  pu- 
tajjera  ,  qui  ifïud  tara  nova  tamque  infolen- 
tts  diclrince,  Script  or  &  JM agi  fier  Artis  Cx,r- 
reas  ponere  non  dubitarit  in  prœceptir  fuisy 
nihii  ut  Poëta  nofler ,  nifi  venrm ,  faéiura- 
que ,  adbiberet,  atque  adeo  hifloricura  po- 
tius  &  narratorera ,  quara  fefe  eura  ,  qui 
effe  débet  ,  Puètara  gereret.     Quis  autem 
non  malle  de  beat  aut  proferre  ait  quid  defuo, 
quod  ipfe  non  Uvijudicio  raultaque  artecon- 
finxerit,  aut  confiélum  ab  alio  folcrter  & 
injreniofè  m  ut  u  art ,    quàra  nudara  rera   & 
fimpticera,  ita  ut  fe  rcs  habet ,  ut 7 ue  con- 
fiait ,    aut  tranfacia  efl ,  mandarc  verfibus 
ac  juris  faccre  publia  ? 

j'ajoute  à  la  remarque  du  Pcre  Vavas- 
ftur,  que  les  plus  belïésÉpîgrammes  font 
les  fabuleufes  :  témoin  l'Epî^ramme  de 
Niobe  ,  de  vivante  faire  pîerre  par  les 
Bïeuï,  &  de  pierre  faite  vivante  par  Pra- 
S  3  xitéte: 


4T4       Anti-Baillet.  P.  II. 

u'téle:  témoin  l'Epigramme  de  Vénus  ar- 
mée ;  témoin  l'Epigramme  d'Amaltte: 
Perfpicuo  in  vitro  pulvis  qui  d'vidit  horas: 
&  plufieurs  autres  femblables  dont  l'énu- 
meration  feroit  ennuicufe. 

Ce  jugement  ridicule  que  notre  Ariitar- 
que  a  fait  des  Epigrammes,  a  donné  lieu 
à  cette  belle  Fable  du  Père  Commire: 

ASINUS  JUDEX. 

AnimaVu  imsr ,  erta  cîtm  contentio 
Magna  ejjet  olim,  fedit  Afinus  arbiter  : 
Quippe  aurium  menfura  liberalior , 
Et  cre  tota  fufa  fimplicitas ,  probi 
Atque  patientis  Judicis  fpemfecerant. 

Prim&  ad  tribunal  fe  novum  fifiunt  Afes , 
Direpta  quefla  mella  Fucorum  doîo , 
Cellafque  inanes.     Innocenta  Me  Apes 
Voce  altiore ,  ceu  nocentes ,  increpat  : 
Fucofque  labis  integros  pronuntians , 
.  Dat  habere  ceras,  o1  /avis  Apumfrui. 
Clangore  pojl  htc  An  fer  objîrepens  gravi , 
Dato  libello  fupplice ,  orat  ut  fibi 
Socufque  liceat  flumina ,   çr  lacus  facros , 
Cycnis  repulfis  ,  colère.     Pr&fes  annuité 
Ecce  Philomelam  Gracculus  lacejfere, 
Et  vocis  audax  pofcere  fibi  gloriam. 
Litem,  inquit ,  Afini  finiat  fententia. 
Cubent  ur  ambo  canere.     Lufcinia  incïpit  : 
Animofque  teneris  omnium  ac  fenfus  rnodis 
Demulcet.     Ip{&  carminé  inflex*  caput , 

Et 


Anti-Ba  illet.  P.  II.       41^ 

Et  lenta  motant  brachia  in  numcrum  llices. 
Nequicquum.  Ineptis  plus  probatur  auribus 
Rude  murmur  atque  ftridor  ab[urd&  alitis, 

Quid  multa  ?  Fortem  vicit  Mo  Judice 
Columbus  Aquilam.  Pulcrior  picio  fuit 
Pavene  Corvus  :  Ovis  Lupo  voracior. 

Vulpes ,  iniqua  /cita  fibilantibus , 
Al'tud  ab  Mo  nil ,  ait ,  fperaveram , 
Cujus  palato  carduus  gratum  fapit, 

CXVI. 

Addition  au  chapitre  cFHe/îcde. 

MOnfieur  Baillet  a  remarqué 
qu'on  n'a  prefque  jamais  douté  que 
le  Poème  du  Bouclier  d'Hercule  ne  fût 
point  d'Héiîode.  Cette  remarque  n'eft  pas 
véritable.  Il  eft  vrai  que  Longin  dans 
fon  Traité  du  Sublime,  à  la  fcclion  7.  le 
cite  comme  d'Héliode,  avec  cette  excep- 
tion, y  il  efl  irai  que  ce  Poëmefoit  d'He'* 
fiode.  Et  il  eft  vrai  encore,  que  l'Auteur 
anonyme  d'un  petit  Difcours  Grec  fur  ce 
Poème,  imprimé  dans  l'édition  in  ofiavo 
de  Daniel  Heinfius,  dit  qu'Ariftophane  le 
Grammairien  ne  croioit  pas  que  ce  Poè- 
me fût  d'Héiîode.  Mais  il  ajoute  que 
Megaclès  l'Athénien  le  croioit  d'Héiio- 
de  :  (r)  mais  qu'il  reprenoit  Héfiode  de 
ce  qu'il  y  feloit  faire  le  Bouclier  d'Hercu- 
le 

^1  1.  Il  auroit  été   mieux    de  dire  quoiqu'il  repr!tt 
pour  éviter  ce  fécond  mais  trop  voifin  du  premier. 

S  4 


416       Anti-Baillet.  P.  II. 

le  par  Vulcain;  n'y  ayant  point  d'appa- 
rance  que  Vulcain  ût  voulu  faire  des  ar- 
mes aux  ennemis  de  Junon  fa  mère.  Et 
il  ajoute  encore,  qu'Apollonius  Rhodius, 
&  ou'fichore,  difoient  que  ce  Poëme  e'- 
toit  d'Héfîode. 

je  remarquerai  ici ,  en  paiTant  ,  au  fu- 
jet  de  l'objection  de  Mégaclès  l'Athé- 
M'chdde  n*en  '  qae  quelques-uns  °nt  de  même 
âiontagnc.  trouvé  à  dire  que  Virgile  ût  tait  comman- 
der Vulcain  à  Tes  forgerons  de  faire  des 
armes  pour  Enéequi  étoit  le  bâtard  de  fa 
femme  ,  &  qu'en  fefant  ce  commande- 
ment, il  ût  donné  des  louanges  à  Enée, 
Arma  acri  facïendo  Vtro. 

CXVIL 

Addition  au  chapitre  de  BeJJarion» 

Tome  2.  *|-£  remarquerai  ici  en  paiTant  que  Bejfa- 
ll^.'3'2**'  J  rîon  étoit  le  nom  de  batéme  du  Cardinal 
BefTarion.  Sanâi  Bejfarionis  ,  un  de  i_pfe 
nomen  accepit,  patriœ  parent'is,  ac  patroni^ 
Vitam  diligenter  ac  copiofe  fcripfii  ,  dit- 
Platine  dans  le  Panégyrique  du  Cardinal 
BefTarion.  La  fête  de  St.  Beftàrion  fe  cé- 
lèbre dans  TEglife  Grecque  le  fixiéme 
de  Juin. 

CXVIII. 

Ce  que  dit  Mr.  Bail/et   que  mes  vers  ne 
valent  rien ,  ejî  véritable. 


M 


Onfieur  B  a  i  l  l  e  t  dit  que  mes  vers 
ne  valent  rien  :  que  ce  ne  font  que 

cen- 


An  ri- D  ait;  le  t.  P.  II.      417 

cernons:    que  pièces  de  rapport,  &  à  la 
mofuï'que:que  la  plupart  de  mesEpigram> 
mes  font  plates  &  înfïpides.     Il  dit  que  je 
n'ai  jamais  pu  m'éléver  au-dciTus  du  gen- 
re médiocre.     Et  il  donne  à  entendre  que 
ma  Poê'iie   n'eft   que   du   bouillon   d'eau 
claire;  que  du  Vin  à  huit  deniers  le  pot. 
Je  demeure  d'accord  de  toutes  ces  chofes. 
Et  je  déclare  ici  à  Mr.  Baillet,  que  je  n'ai 
jamais  prétandu  &  que  je  ne  prétans  point 
à  la  qualité  de  Poète.     C'eft  un  aveu  que 
j'ai  fait  publiquement  en  plufieurs  endroits 
de  mes  Ouvrages.     J'ai  dit  dans  la  Dédi- 
cace de  mes  Poëfies  à  Mr.  de  Montau- 
fïer  :  Scripfit  fuwmo  vtr  ingenio  &  fcientia 
finguîari  Philofophus ,  artifices  omÈes  opus 
fttum  adamare  :  Poètas  autem ,  précipite. 
Et  fane  ,  ita  fe  reshabet:  hic,  neficio  quo 
modo  ,    magis  quàm  alibi ,  fua  cuique  ma~ 
ximè  placent:  ac  nerao  unquam  Poéta  fuit, 
qui  quemquam  prcefiiantiorem  quàm  fie  cre- 
deret  ;  quique  fie  non  libenter  cœteris  ante- 
ferret.     Ipfe ,    vel  hoc  nno  ,   me   non   efife 
Po'ctara  intelUgo  :  qui  enim  Carmina  fin  a 
minus  probet  quàm  ipfe  facto ,  inveniri  vix 
quemquam  pofje  arbitror.     Nec  certè  Poe- 
ta  tantum  &  tam  divinum  nomen  meretnr 
/'/,    qui  fcribit,    Utt   nos,    brevia  qmedam  ; 
&  pauca  ;  &  fiermoni  propiora  ;    r^j  quœ 
rare  affiurgunt  \  quœ  mntu  carent:  in  qui- 
bus  nulla  inflammatio  animi  ;  .nullus  nkmi* 
vis  afflatuu 

Ingenium  cui fit, cui mens  divinior,atque  os 

Magna  fonaturum,  des  nominis  hujus  ho- 
norera. 

S  s  ^7-ï° 


4i3       Anti-Baillet.  P.  II. 

Adeo  ver  ton  efl  quod  ajunt*  médiocres  Poe- 
tas  non  ejj'c ,  &  Poêjim  qu<e  admirationem 
non  habet,  nullam  exijlimari.  Nafcuntur 
votes  ,  non  fïunt.  Qui  s  ver 6  unquam  ad 
fcribendos  verfus  minus  quàm  ego  naturâ 
valuh  ?  Qui  s  Numina  ,  quœ  Vatibus  pra- 
funt  ,  m  agi  s  adverja  expert  us  eft  ?  Quin 
Poèticenfolùm  attigi ,  ne,  ut  de  Pompon'19 
Attico  fcripjit  Cornélius  Nepes ,  expers  es- 
fem  illiusjuavitatis.  J'ai  àh  dans  ma  Pré- 
face fur  Malherbe:  Quoique  faye  peu  de 
naturel  à  la  Poe  fie,  &  que  je  ne  fajje  des 
vers,  s'il  faut  ainfi  dire,  qu'en  dépit  des 
Mufcs  ,j*ai  néanmoins  aimé  de  tout  tems  la 
leélure  des  Poètes  J'ai  dit  au  chapitre  4. 
de  la  fegonde  partie  de  mes  Obfervations 
fur  la  Langue  Françoife:  Je  ne  me  pique 
point  d'être  Poêle,  quoique  ï*aye  fait  des 
vers  en  Grec ,  en  Latin ,  en  îtahen,  &  en 
François.  Et  fi  fai  parlé  a  v  ant  âge  uf°.  ment 
de  mes  vers  dans  mes  vers ,  fa  été  par  le 
privilège  qîfont  les  Poètes  de  fe  louer  en 
vers.  Mais  jamais  perfonne  ne  ra'en  a  oui 
parler  avantageusement  dans  le  difc  ours  fa- 
milier. Et  je  dis  ici,  que  je  défie  Mr. 
Baillet  d*em'mer  moins  mes  vers  que  je  les 
cftime. 

Non  potes  in  nugas  dice*e  plur*  meas 
Jpfe  ego  quam  dixi.    Quiâ  dentem  dente  jw 
vahit 
Roder  s  '  Carne  opus  eft ,  Ji  fatur  ejje  vêtis* 

C'elt  ce  que  difoit  Martial  à  un  Baillet 
de  fon  tems.  Que  Mr.  Baillet  me  laifie 
donc  en  paix  de  ce  côté-là:  &  puis  qu'il 


Anti-Baillet.  P.  TI.  419 
a  en  tête  de  décrier  mes  Poefies,  qu'il  c- 
crive  contre  ceux  qui  les  eftiment:  qu'il 
écrive  contre  Mr.  Francius,  le  Prince  des 
Poètes  Hollandoïs,qui  les  a  célébrées  de- 
puis peu  par  cette  belle  Elégie. 

Optabam  lonqi  tibi  mitîere  p'gnus  amont » 

Pars  ego  Vierii  FR  A  KC  IUS  una  chori: 
MESAGII,  mea  Mu  fa  ,  met  pete  limtna,  àixu 

I ,  mta  fer ,  dixi ,  car  mina  ME  N  A  G  10. 
Ecce  h&ret ,  Unique  gênai  Jujfundhur  oflro  ; 

Seu  quia  virgo  pudens;feu  quia  Mufa  meaefl. 
1  tarnen  ,/-,  dixi  :  timidumque  évince  pudorem, 

Ruflica  tam  culto  ne  videare  viro. 
Quod  metuas  non  efi  :  doutas  amat  Me  puellas: 

In  quarum  numéro  tu  quoque  for  fan  eris, 
îlla  nihil;  pautlo  fed  ab  his  animofiort   ivit 

Orba  metu  jujfam  ,  nec  tamen  orba  ,  viam. 
Et  meriib  :  quis  enim  ,  vatum  cultifp.me  vates> 

Judicium  fubeat ,  non  timeatque  tuum  ? 
Th  legeris  toto ,  toto  cantarit  in  orbe  ; 

JEternumque  tibi  dant  tua  feripta  decus  : 
Sive  per  Afïr&s.  campos  fpatiaris  arnoenos , 

Submittit  flores  t?  tibi  Diva  fuos: 
Sive  Sophos  veteres  Stygiis  educis  ab  antris, 

lllorum  explanam  dogmata  ,  facla ,  genus: 
Seu  Franc â y  feu  Tufc&  aperis  cunabula  lingu&i 

Sablol'uve  domus  fïemmata  longa  doces. 
Quod  fi ,  Pegafea  mentem  lymphatus  ab  unda, 

Aoniis  mtvis  neflere  verba  modis , 
Bic  tua  ft  monftrat  virtus  ;  hiç  exerit  omnet 

S  6  If* 


4p.o      Anti-Baillet.  P. II. 

Jngenium  vires  eloquiumque  fuas. 
Te  Themis  ,  zypatrio  rapuit  fat  a  vertice  virgo  .* 

AonU  ante  alias  Jed  rapuere  De£. 
Jnter  Apollineos  numquam  delebile  myftas 

Nomen  habes  :  fcripti  pulcher  in  omne  genus<> 
Nunc  paftorali  carmen  moàularis  avena  : 

JNunc  Lyra ,  nunc  Elegi ,  nunc  Epigramma 
plaunt. 
Nec  fatïs  eft'uvo  d'ici  fermone  difertum: 

Tuundum  linguis  pluribus  ejfe ,  tuum  eft. 
Jam  te  Gr&ca  vocat ,  ]am  te  Romana  Pc'éjis9  . 

Gallica  jam,  jam  te  Tufca  Thalia  juvat. 
O  qucties ,  Gn.co  ludis  dum  carminé ,  nobis 

Battiah  aitt  Tel.cred.ta  Mufa  tua  eft  ! 
Q  quoties  LttVs  numeris  ego  dulcibus  h&fi , 

Et  dixi ,  Numéros  toile,  Tibulle ,  tuos  ! 
O  quotie;  Italis  laudem  valmamque  Po'étis 

Vifus  es,  ty  Gall's pr&rîpuijfe  tuis ! 
Plauditnt  mufdfo  Nymphe  Cephifides  antro* 

Ajfurgit  v.ed'is  11; a  mater  aqu's. 
Sequana  carmin'.bus  fufpenfus ,  flumina  Jîjilt, 

Attonitus  rapidas  fifiit  e?  Arnus  a^uas. 
Si  qua  fides ,  Cytherea  polo  Char'itefque  reliùlé 

In  fcriptis  habitant ,  culte  Poeta ,  tuis, 
Ain  ex  s  ille  Iber  tejlis  mihi.  te  tus  A  mores 

Spirat.  babet  vénères  pagina  qu&que  fuas. 
Hic  in  me  Paphios  Amaryllis  ventilât  ignés. 

Hk 

fl  i.  Idvle  eft  aujourd'hui  du  Féminin. 
%  z.  Il  ne  laiffe  pourtant  pas  d'y  avoir  dans  cet- 
te belle  Ep:gramme  une  grofTe  faute  de  quantité. 
,  K/4»x,  qui  a  la  pénultième  bieve  ,  y  4oû  ayoù 


Anti-Bail  lel  P.  II.      411 

Hic  quod  furripiat  me  rnihi ,   Doris  habet. 
Nunc  verfitilibus  me  Silvia  cttptat  ocellis. 

Flore  levi  piclis  nunc  lelefille  genis» 
Jam  me  pulchra  Corinna  rapit  :  jam  pulchra 
Laver  na  : 

Verfibus  in  c&lum  veâï.i  Laver  na  tuis. 
Hei  rnihi  !  Non  totum  efl  vel  fie  fpeclare  La' 
vernam. 

Pridatur  fenfus  fie  etiam  Ma  meos. 
Uror  io.     Vatis  fli?nmis  ignofeito  vates , 

6)uas  movit ,  numeris  diôia  puella  tuis, 
Qha  nec  vifa  places ,  ut  tu  rnihi  vif  a  plactres , 

Gloria  Sequanici ,  pulchra  Lavernafoli? 
Incedas  Graiâ ,   veftis  te  Gra.a  decebit. 

Incedas  Latiâ,  palia  Latina  decet. 
Indue  Gxlortim  cul/us ,  Italùmve  récentes: 

Convenu  hic  for m&^  convenit  i'ie  tux, 
Jure  tibi ,  qu&  Peligno  camata  PoètA  , 

Invidet ,  çp  docli  Lesbia  vatis  amor: 
Heliaque,   er  Kejnefis ,   Umbrique  puella  Phi. 
let&  : 

Et  q-A&eumque  aliquod  carminé  nomen  ha- 
bent. 

Qu'il  écrive  contre  le  même  Mr.  Fran- 
chis, quia  traité  de  (1)  divin  mon  Idylle 
Grec ,  par  cette  belle  (2)  Epigramme 
Grecque  : 


un  aigu  5c  non  pas-un  circonflexe.  Auflï  Franc:us 
a-t-il  depuis  retouché  fon  vers  de  cette  forte:  Oj 
m*f>\  rit  <h/ajr  Kf7w  if  «t9*yxT»r  i  ce  qui  n'eu  pas 
î*op  bçnt 

S7 


42i       Anti-Baillet.  P.  II. 

GÔpO-tV   XCtl    KopVOMCl   CIXK01VEOI    (A.£   KiXtUttÇ, 

Tvç  y  s  iïicDcpiretv ,  èx.  i/^tt ,  'A  I  T l' A  I  E. 
KocXei  ZJvén  Koçûiïav ,   Qupriç  y.xhù-'.    $7'Ay.«.- 
pv^Xtq  y 
A7u  Ktpr,   @V\?\iç  T3~ÛyX,U.ptÇ ,  Ù(4,Ç)0T'ipX. 

Hr.Tlcç  ùëc&vecTotç  xpt'vot  Uoiptç.   ccÀXcl  pot  ety 
'Ov  zrep\  rat  B-eiav  y.pïpu ,  tcxi  ùÔmxTm, 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Fabrot,  le  pre- 
mier Jurifconfulte  de  fon  tems,  qui  dans 
la  Lettre  qu'il  m'a  écrite  pour  me  dédier 
fes  Differtations  de  Jufto  partu  ,  &  de  nu- 
méro puevferii ,  a  parlé  de  moi  en  ces  ter- 
mes: Hune  autem  animi  fœtum  offere  tibi , 
C  L  A  R  I  S  S  M  E  M  E  N  A  G  I  :  qui  cum  olim 
huud  vulgarem  amicitiam  contraxi.  Née 
immérité:  cum  paucifint  qui  his  ftudiis  co- 
lendis  tecum  pojjint  contendere.  Namjive 
Grœco  ludas  carminé  ,  Jive  Latino  ,  Jive 
G  allie  o ,  fpiritus  altioris  Poëta  diceris  :  fi- 
ve  te  ad  jludia  feveriora  vertas ,  vix  eft  ut 
quidquam  politius  ad  nos  perveniat.  "Jure 
autem  no flro  non  dxpoèr/Zç  imbutus  es  :  ut 
verè  liceat  dicerc ,  virum  te  ejfe  undecum- 
que  doétiflimum. 

Qu'if  écrive  contre  Mr.  Charpantier  de 
l'Académie  Françoife, qui  a  fait  ces  beaux 
S  calons  fur  la  première  édition  de  mes 
Poè'fîes, 

Culti  M  E  n  a  G  i  jam  novus  liber  prodit , 

Carus  puellis ,  nu  minus  viris  car  us  : 

Giuemfalce  numquam  démet  et  fua  Tempus 

Nec  rodet  umquatn  dentibus  fuis  Livor  : 

Tanttim  eft  leporis  intus,  &  venuftatis,  &c. 

Qu'il 


A  N  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.   P.  IL         423 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  de  Mommor 
le  Maître  de  Requêtes  qui  m'a  adrefie 
cette  belle  Epigramme  fur  le  Recueil  de 
mes  vers  : 

Men4  g  1  u  s  ,  decus  Andegavûm,  quemper* 
pete  plaufu 

Agnofcit  Vatem  maxltna  Romafuum: 
Gallica  quem  laurus  Phœbo  texente ,  coronaî  : 

Quem  célébrât  doclis  Attïca  Mu  fa  fonts  t 
Om'inibus  fauftis  facro  fe  vertice  Plndi 

Sijltt ,  ut  Aternum  vivat  in  ore  virum. 
Carmïna  vos  fanclo  comiti ,  pia  turba  Po'éu  , 

Sic   eût   Aternis   fient   vefira   ut   carmin* 

chartis , 
Nec  memori  hAc  &vo  àetrabat  ulla  dies. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  de  Balzac,  qui 
dans  le  tems  que  je  commençai  à  faire  des 
vers  ,  m'appela  une  nouvelle  lumière  du\ 
Pin  de: 

Succenftt  lux  exoriem ,  nov*  gloria  Vindi% 
Fies  juvenum ,  wc 

C'eft  dans  fon  excellent  Pocme  intitulé 
Crudelis  Umbra:  &  qui  a  dit  dans  fon 
Poème  au  Cardinal  de  Reu ,  alors  Coad- 
juteur  de  Paris: 

Vïdiego  mentis  opes  alt&\  chartafque  difertal 

Miratus ,  Socio  invidi ,  cui  talia  credis 

f  ignora, ,  nafcentefque  datur  cegnofcerg  curas 

G  OH- 


424         A  N  T  I  -  B  Ai  LLET.   P.  ïî. 

Gondiadis.  felicem  operum  fub  Principe^ 

tanto 
Artem  Menagi,   & fauflos  quofcunquela- 

beres  ! 
llle  poteft  veri  cacas  aperire  latebras , 
Et  Graios  cenfere  Sophos  ->  v  mafcala  fcrîpta 
JEneadum ,  par  Scaligeris:  square  M  u- 

RETOS 

Dîcendi  virtute  poteft  ;  v  coniere  Carmen 

6£uod  Chrtstina  probet ,  prifcA  Virgo  a- 
mula  Rom  a  ,  vc 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Halle  Profes- 
icur  de  Caen  en  Rhétorique,  qui  a  dit  de 
moi  dans  une  de  fes  Epigrammes: 

Dum  lego  Menagi  numéros ,  mir orque  La- 
t'mos  t 

Car  mini  s  hune  patriï  fufpïcor  ejje  ruàem. 
Sin  prius  mfplcïam  Franco  quA  carminé  lufit , . 

Romanas  jurem  non  tetigijfe  fides. 
Me  quoque  Menagi^   me  rapit  Aiùca 
Sir  en  y 

Ut  rear  haud  alios  edidicijfe  mod&u 
Nulli  quippe  datam  vari.is  decerpere  l%uros 

Undant  Cyrhdi  quels  juga  celfa  Dei: 
Haclenus  c?  paucis  quos  tquus  amavit  Apollot 

Laurea  pr&cinxlt  de  tribus  una  zaput. 
Carminé  tergemino  excellit  MenaGIus  tt- 
nus: 

Giuâque  béant  alios  Jîngula ,  cimcla  beat  : 

€ajh  apis  in  morem  ,   G*Uis_  fmticantia  in 
cris  . 

Lilia:  . 


Anti-Baillet.  P.  II.       425- 

Lilia  ,  Psfliin.is  Aufcnïafyue  rofas: 
Cumque  thymo,  Atl&i  flores  populatus   Hy- 
metti  f 

Inde  merum  exprejfit ,  ncSlar  V  ufnue  flutnsi 
Qualia  Dis,  ipjique  y ov'i  pofi  fulmina  fejjo , 

Proplnat  niveâ.pulcra  Juventa  manu,  z?c. 

Et  qui  a  dit  de  moi  dans  le  Poème  qu'il 
a  fait  fur  la  mort  du  Père  Bourbon ,  en 
parlant  de  ceux  qui  ont  fait  des  vers  fur 
cette  mort  : 


Vit  faftus  ad  unguem 


Menagius  :  Mufi.  Andïno  cui  molle  de- 
corumque 
Andïni  annuerunt  Vatis  ,   tenerique   pudicas 
Nafonis  ventres* 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Halle  le  Pro- 
felTeur  en  Droit  de  l'Univeriîté  de  Paris-, 
qui  a  commencé  un  de  Ces  Poèmes  par  ce 
vers,  Erroné,  nojirorum^  Menagi-,»** 
tidijfime  Vatum. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Mofant  de 
Brieux ,  qui  a  fait  cette  Epigramme  à  ma 
louange  : 

Tet  Charitum  fœcunda  nitent  tua  fcripta  M  E- 
N  ag  1, 

Blandaque  tam  dcâîo  pollue  fila  moves, 
Ut  te  miretur  ,  von/que  ardentibus  ingens 

Exoptet  vnltus  cerner  e  Rom  a  tttos. 
Nempe  Orco  reducem  crédit,  quemque  expulit 


olim 

JUaJontm  revocAt  jam  pia  Romafuum. 


Et 


4i6       Anti-Baillet  P.  II. 
Et  qui  a  dit  ailleurs: 

Cyrrhvs  quondam  ,   nunc   Francis  nctus  m 
arvis 

Parnafus ,  duplici  tendit  ad  afira  jugo. 
Hic  magni  HalUus ,  cubique  Menagius  oris , 

Partito  imperio  red.iere  jura  foknt. 
Aima  ïlii  heroos  cantus  Caïliopeia , 

Huic  molles  elegos  blanda  Thalia  dédit. 
HalUum  mih't  jur.x'it  amor ,  facunde  Menagi 

Et  pxrili  nexu  me  t'ibi  jungat  amor. 
Sic  mihi  Phœbens  optanti  carpere  lawos 

Tota  caballinus  jam  riget  ora  liquor  : 
Et  bifid*  fub  rupe  queam  nunc  ducere  fomnos* 

Si  bifide  rupis  Ntimina  bina  favent. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.Maurus,  qui  a 
dit  dans  fon  Poème  à  Mr.  Dati: 

Namqtte  canebat ,  uti  cunclas  excuit  a  fer  ar- 

tes 
M  E  n  a  G 1 1    mens   dta  :  hic  fontibus  eruit 

imisy 
Vndique  vejîigans ,  patrù  primordia  Lingut; 
Nec  non  cui  teners.  nomen  fecere  capelU  ; 
Virginis  indomita  qui  facla  heroïca  ver  fa 
Condidit  Aterno  pojl  fe  Tajfumque  reliquit  : 
Ambiguam  prope  faclurus  tibi ,  Mantua ,  pal- 

mam  : 
Nobile  par  Vatum  ,  nofirA  duo  lumina  gentis, 
Cet tarent  doclo  certamina  magna  duello, 
Laurs.  utri  mdius  foret  intelleclus  amator , 

Cum 


Anti-Baillet.  P.  II.       417 

Cum  fenfu  anctfui ,  parvo  difcrimïne ,  iixit , 
Torjitan ,  ah  !  Quïd  fpero  ?  lllï  mora  nojira  dt- 
lori  tfi. 

Et  qui  a  dit  ailleurs  dans  une  de  fes  E- 
Fcgîes  à  Mr.  Rédi ,  premier  Médecin  du 
Grand  Duc  de  Tofcane: 

Te,  Citharamque  tuam  M  E  NA  G  I,  t?  con- 
feia  uftor 

Car  a  Peljfoni  tecla ,  lare  [que  mei ,  crc. 
lîllus  ad  menfam  quant  doâïe  rijimus  !  Albos 

Mifcuit  JEGIDIUS,  quâ  Joltt  arte,fales. 

Et  ce  qui  fuit. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  le  Févre,  Pro- 
fefTeur  de  Saumur,  qui  me  dit  dans  une 
de  fes  Lettres  Latines ,  qui  eft  la  47.  du  I. 
volume  de  fes  Lettres:  Venuflijfima  Poë- 
mat'<a,  quee  te  ha  volente  ad  me  mitti  cu- 
r avérât  elegantiffimus  Bluinus,  fex  feptem 
aies  (unt  cum  accepi,  non  plures ,  M  E  N  A- 
G  1  clarijfime.  Videlicet ,  quod  tute  facile 
credas,  ampliffimo  viro  eut  commendata  il- 
lafuerant,  mirificè  placuere  :  quo  effeilum 
eft,  ut  poftquam  fuere  ab  eo  letfa,  non  me- 
cum  ftatim ,  uti  decuerat ,  omnium  primo , 
fed  cum  uno  &  item  altero  ,  atque  adeo 
cum  omnibus  ferè  qui  in  hac  urbe  literas 
fciunt  ,  communicata  fuerint.  Itaque  ad 
me  non  nifi  poft  longos  demum  errores  deve- 
nere.  Hoc  eo  dixi ,  Vir  clarijjime  ,  quo  me 
rufliciorem  paulo  ejje  me  exiflimes  quant 
fim  :  quafi  tara  feiti,  tamque  elegantis  mu- 
nujeuli  vénères ,  honoremque  eximium ,  quo 

me 


428       Anti-Baillet.  P.  If. 
me  ornari  Vêhiîjfi  ,  Jerlùs  quàm  debueri?/. 
videar  fentirc  &  agnofcere.     Et  dans  une 
de  les  Epigrammes  fur  la  Paix  faite  pour 
le  Cardinal  Mazarin, 

Accipe  ;  parva  mora   eji-  ;   decus   imrnortale- 
Sororum  , 

M  E  n  a  G  i ,    Fabro  fotnnia  mijja  tuo ,  &ci 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  de  Valois  le 
jeune,,  qui  m'a  adreilé  ces  beaux  Sca- 
20ns  : 

M  E  N  A  G  i  acute ,  qui  per  omne  ftripttrum 
Gênas  vagaris  ,  ungue  flofculos  carpenst 
<§jul  Gr&ta,  diclas ,  qui  Latina  componis  , 
Patruque  fontes  retegis  abditos  LinguA: 
Pede  quifolutOy  quique  curris  adjirifio,  . 
Et  diïigenti  cnnÏÏa  per  polis  llm* ,  v.c. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Henninîus,qui 
dans  fon  Hdiénifme  a  produit  le  Poème 
Grec  que  j'ai  fait  fur  la  mort  d'Adonis  y 
pour  montrer  que  les  vers  Grecs  font  plus 
doux  &  plus  fonores  que  les  Latins:  & 
qui  en  a  parlé  en  ces  termes:  Et  ne  natu- 
ram  effxtam  putemus ,  habet  &  nofîrum 
feculum  quo  [uperbiat ,  virum  cultïjfimum 
JE  G  I  D  I  U  M  M  £  N  A  G  I  U  M ,  magnum 
Gallice  fnœ  décris  ;  virum  in  omnl  erndttio* 
ne  unlcè  doctum ,  ac  va  utraque  Lirtguafa* 
i'ilè  principem  :  ut  taceam  vernacnlas ,  Ita~ 
licam  Gailicamque :  qu'tbus  non  minor  ex- 
celltt.  Ejus  eft  fequens  Adon'iafmus  ,  noftro 
judicio  &  prœconto  longe  major  :  quem  ad- 

mira*- 


Anti  -Baillet.  P.  II.       429 

mirabundi  non  fine  invidia  veteribus  oppo- 
vere  folemus.     Ita  habet  : 

''Otyjr"A$mtçi   &C. 

&  après  avoir  produit  le  Poëme  tout  en- 
tier,  il  ajoute:  Donabit  nobis  Auéiar  hu- 
manifjimus  hune  errorem ,  quo  ,  abrepti  ad- 
mira'oili  hujus  carmmis  dulced-.ne  &  arte , 
illud,  ceu  gemmulam  quamdam  noftro  ope- 
ri  nullius  fané  momenti  inferuimus ,  exe i- 
taturi  prcsclara  ingénia  tara  illuftri  exemplo 
ad  elegantiffima  Linguœ  fludium      Ne  vi- 
de ar  Letâoribus  diffidere ',  eorum  judicio  & 
auribus  délie atioribus  relinquo  admirandum 
hoc  Carmen.     Ihc  habeo  profiter i ,  quod  fi 
à  perito  Mufico  ,  ad  débitas  pro  re  nata  mo- 
dulas cantetur ,  vix  fore  quemquam  etiam 
Linguœ    Grcccan'iccc    imperittjfimum  ,    qui 
non  aliquo  trifiitia  &  commtferatioms  af- 
fecta ad  lacrimas  ufque  ,   in  Fabella   lie  et 
fiel ~a ,  fit  deducendus.     Mi  rare  itaque  ,  mi 
Leclor  ,    vith  ,    copiam ,    &    eloquentiam 
Grœcifmi.     Quid  enim  fimile  dabit   ulla, 
tut  pojfet  dare  Lingual 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Borrichius  ,quï 
dans  fa  DiiTertation  des  Poètes,  page  116. 
a  parlé  de  moi  en  ces  termes  :  JE^idius 
Menagius ,  prêter  eruditiffimos  in  Dioge- 
fiem  Laèrtium  Comment  arios  ,  {lie et  fer 
ofeitantes  Hofios ,  in  eof'em  varii  Ce  nxvï 
ingefj'erint)  prêter  Itaiiea  m  cira  cultiffima^ 
œîiam  Lxtina  Poèmata  jcripfit ,    varii  & 

ar- 


430       Anti-Baillet.  P.  II. 

argumenù  &  gener'ts  :  omnïa  Mu  fis  appléiu- 
dentibus.  Eum  adbuc  in  v'ivis  effe  puto  : 
&  voveo  :  vel  propter  eam  quam  mihi  Pa- 
rifùs  teflatus  efl  humanitatem. 

Qu'il  écrive  contreMr.de  la  Monnoîe, 
qui  nous  a  régalés  Mr.  Petit  &  moi  de 
ces  beaux  Hendécafyllabes  : 

Qub  d  M  E  n  a  G  i  u  S ,  ille  Varro  no  fier , 
Et  fddi  decus  alterutn  Petitus, 
Suorum  mihi  quos  requirit  orbist 
Tarant  mittere  Carminum  libellai , 
Non  parum  vîdeor  mihi  beatus. 
Vident ur  mihi  fed  beatiores , 
Et  M  E  N  a  G  i  u  s ,  ille  Varro  no  fier , 
Et  f&cli  decus  alterutn  Petitus, 
Ter  quos  fie  ziideor  mihi  beat  us. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Petit,  qui  a  dit 
dans  fon  Ode  à  Apollon  : 

Félix ,  arnica  quem  face  refpicis. 

Non  illum  iniquus  militU  labor; 

Non  arma  y  non  currus  juvabunt 

Part  a  qu&  funeribm  troph&a. 
Non  fies  avaras  infliter  horridis 

Credet  procellis  :  non  rabiem  feri 

Spumabit,  aut  fumet  fecures 

Arbitrio  popularis  aura. 
Std  longe  am&riis  devius  injugis 

Vifet  fréquentes  Cafialidum  chorts  ; 

Quàfons  Meduf&us  fonantes 
Précipites  agit  arnne  lymphas. 


Vifcef 


Anti-Baillet.  P.  II.        431 

Difcet  fub  umbra  ludere  qu&  legant 
Sert  nepotes  :  qualia  candidi 
Tcftudo  décantât  Menagi, 
Andegavis  iteranda  Nytnpbis. 

Et  dans  fes  Poè"u*es,à  la  page  fç.  Hanc 
ipfam  Fabulam  de  Font'ts  Gajjinvillœ  pro- 
prietate ,  illujlris  bnjus  atatis  Scr'tptor  Grœ- 
ce,  ex  fuperiori  P oèmtte  ,  élégant er  ex- 
prejjit  ,hoc  difllcho, 

'Ëvrctàe  àtifjLrMt  Ki-eT*  XyrctTO.  (taxe  êif^crêliv, 

Qu'il  écrive  contre  le  Père  Mambrun, 
qui  dans  lbn  Eglogue  intitulée  Menalcas , 
a  donné  des  louanges  infinies  à  mes  Vers. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  de  Santeuil , 
Chanoine  de  St.  Victor  de  Paris,  qui  a 
dit  dans  Ton  Ode  à  Mr.  Pellifïbn, 

Nunc y    nunc ,  fonantes ,  MïnaGid*  tu- 
bar. 
Tubas ,  Rapini;  cantibus  &mults 

Inflate.     Sat  nobis ,  canendo  , 

Grandiloquos  animajfe  Vates. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  du  Périer,qui 
a  dit  dans  fon  Poème  fur  la  maladie  de 
Mr.  Gaflèndi ,  qu'il  nous  a  adrefle  à  Mr. 
Chapelain  &  à  moi , 

Tuque  illas  jam  tende  fides:  hte  funde,  Me- 
nagi, 
Carmina,   quels  célébras  Chriftint   Principis 
aflrum  :  Ajlrum  , 


Voyez. 

Paiera  E- 
ruditcrum 
de  Lipfic, 
Tome  2. 
pag.428. 
en   l'an 

1682. 


432.       Anti-Bail  le  t.  P.  II. 

Aftrum ,  <j«0  A/at/i  Utantar  Vatibus  :  cr  è^m 
Panditur  affliâîis  fiatio  fecura  Camenis. 

Qu'il  écrive  contre  Daniel  George  Mor- 
hofius ,  le  premier  Poète  d'Allemagne; 
qui  dans  Ton  Traité  Allemand,  de  la  Lan- 
gue &  de  la  Poëfie  Allemande  ,  a  fait 
mention  de  moi  entre  les  premiers  Poètes 
François  de  notre  tems. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Bachot,  qui  a 
fait  ce  diftique  fur  mon  Elégie  à  Mrs.  du 
Perier  &  Santeuil ,  qui  difputoient  en- 
tr'eux  du  Sceptre  Poétique  : 

Dam  tibi  Sandolide,  tribtùt  tibi  Sceptra 

P E RERI 

Mufica  Menagides,  ajjerit  ipfi  (ibu 

Qu'il  écrive  contre  le  Père  Hardouîn^ 
qui  a  écrit  dans  fes  Notes  fur  Pline,  Li- 
vre XX s  iv.  page  213.  In  hanc  Myronis  bn- 
culam  Epigrammata  Gncca  di-oerforum 
Poëtarum  ,  plenijjima  elegantiœ  ac  leporisy 
fermé  quadragena  reperies  in  Anthologia  li- 
era 4-  cap.  7.  Lai'ina  undecim  apud  /Jufo- 
mum,  à  si-  Epigrammate  ad  63.  Illud 
quod  ibi  efl  ord'me  frïmùm  Juvat  hic  refcr- 
re  ob  eleganiiam. 

Bueula  fum ,  cœlo  genitorh  faÛa  Myronis 
JErea  :  net  fattam  me  puio  ,  fcà  genitam. 

Sic  me  taurus  mit  :  fie  proxima  bucula  mugit; 
Sic  vitului  fitiens  ubera  no/ira  petit. 

Miraris,  quodfallo  gregem  ?  Grcgis  ipfe  magijîer 
Inier  patientes  me  nurr.erare  folet. 

Vide 


! 


Anti-Baillït.  P.  II.      435 

Vide  ïsf  Joannem  Tzeizen ,  Chiliadis  8. 
liiftori  194.  verfuyj^.  Feiictus  t  amen  ce" 
teris  lufit  in  eam  Myronis  Buculam  V.  Cl. 
M  £  N  A  G  I  U  S  :  qui  non  hommes  modo  ar- 
tijicio  fuo  fefellijfe  Myronem,  fed'Junonem 
quoque  ipfam  ,  cecinit,hoc  eleganti  difticho} 

Ttjv  yia.\y!r,y ^Hpt}  STdTf  zropriv  \o£tX  Mvp&)Voç3 

Qu'il  écrive  contre  le  Père  Cdmmire, 
qui  a  dit  dans  fa  Fable  de  la  Folie  qui 
conduit  l'Amour, 

Venufiioris  elegantu  pater , 

Cul  Fabulartim  Mufa  doclarum  artifex 

Molle  trfacetum  quod  erat  JEfopi ,  armult  : 

Et  hos  vicijfim  noftri  amoris  objîdes, 

Prompt  ique  tejîes  obfequi,  fenarios 

Habe  M  E  n  a  g  i.     Sunt  tuis  quïiem  impares s 

Taijfe  quoi  Augufii  Libertus  velit. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  de  St.  Génie* , 
Poète  célèbre  d'Avignon,  qui  m'a  adres- 
fé  cette  Epigramme  ,  en  m'envoyant  fes 
Foëlies ,  &  en  me  remerciant  des  mien- 
nes : 

Do  t'ibi  pro  dottïs  quA  funt  mihi  tnijfa  M  £•■ 
n  ag  I , 
Carminlbus  Mu/a  carmin/i  nata  rudi  : 

JNtf»  tamen  kdf  fperms  :  nec ,  qui  pretiofa  li- 
benttr 

Munera  â*t ,  €gre  vilia  fufeipies. 

tm.VTLVarul  T  Et 


434       Anti-Baillet.  P.  N. 

Et   qui   a  fait   cette  autre   fur  celle  que 

je  lui  ai  adreiîee  dans  le  Recueil  de    mes 

Vers  : 

Rujîica  Mufa  mea  ejî:  tamen  banc  dim'iitere 
nollem. 

Et  mérita  :  quamvis  ru/îica ,  chara  mihx  ejl. 
Eliclt  ingrato  jucundos  carmina  cantus , 

Et  facunda  rudi  provocat  or  a  fono. 
llli  doùliloqui  refpondet  Mufa  Menagi, 

Maxima  Cafialii,  primaque  Nympha  chori. 
Hocfatis  efit  ut  me  felicem  Fama  Poetam 

Pr&dicet ,  v  nomen  tollat  ad  aflra  meum. 
jlffequar  Aternas  aliène*  carminé  laudes , 

Nullas  ferre  meo  carminé  qui  mcru'u 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Craflb,  Baron 
de  Pîanure,  qui  dans  fon  Hîftoire  des  Poè- 
tes Grecs,  imprimée  à  Naple  in  folio  en 
1678.  a  parlé  de  moi  en  ces  termes:  Bgi- 
dio  Menagio  hk  chiofato  in  queflz  noflra  etn, 
a  bénéficia  délia  Republica  Letterâr/a  ,Laèr- 
zio  :  e  data  alla  luce ,  con  purità  di  ftile 
ammirabUe ,  diverfe  Poê/ie ,  in  Lingua Gre- 
ca,  Latina,  Italiana ,  e  France fe. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Carlo  Dati, 
Gentilhomme  Florentin,  qui  a  écrit  dans 
fes  Apofiilles  fur  la  Vie  d'Apellès,  page 
144.  Ma  facendo  ritorno  alla  Venere  ira- 
perfetta  d?  A  pelle ,  e  nellafua  imperfezione 
maravigliofa  ,  piacemi  di  port  are  in  que  [la 
luogo  un  argutijfîmo  diftico  d?Egid;o  me- 
nagio ^  alla  cui  erudizione  t  arment  e  [on  te- 
rnits  le  Lettere  Greche,  Latine,  Fraxcefi, 

e  Tos- 


A  n  t  i  - 13  a  i  L  l e  T.  P.  II.       435* 

//j  f//#  amorevoie  corrïfpox- 

de»za  debbo  tanto  prcgiarmu     Ed  è  queflo: 

Non  Venerem  Cois  Csus  perfecit  Apelles. 
Si  perfecijfet ,  fecerat  Me  minus. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Rédi ,  premier 
Médecin  du  Grand  Duc  de  Tofcane,  qui 
a  dit  dans  fon  Incanto  Amorofo; 

E  G  i  d  i  o  ,  un  duolo  eterno 

A;i  ferpe  in  [em\  e  la  m'ta  bella  Bea 

Umprê  gira  a  i  miei  danni  un  guardo  arrière» 

Ver  addoîcir  quel  fiero 

Sdegno-,  per  ammollir  quel  cuor  tiranno , 

1  Carmi  tuoi  V Incanto  mio  faranno. 
Bt  Carmi  tuoi  coïï  arment  celejîi 

Stringi  a  i  Gallici  fiumi 

In  cepp'i  àï  flupor  X argent eo  piede. 

Tu  glorioje  prede 

Ritogli  al  tempo  ,  v  a  i  Jartarei  fiumi 

Bel  muto  Lete  :  E  tu  U  Morte  arrejîi 

Tu  addormentar  fapefti 

B'Invid'.a  il  drago:  e  ai  tant"  Opre  il gride 

Bella  bella  Tofcana  ajforda  il  lido. 

Qu'il  écrive  contre  le  Pape  Clément 
JX.  qui  a  écrit  dans  une  de  les  Lettres  à 
Mr.  de  S  or  bière  :  Frufïrà  queritur  de  luftris 
fuis  Dominus  M  E  N  A  G  I  U  S  ,  quafi  ait- 
qu'td  detraxerint  de  prîft'tno  fuo  fpiritn  ad 
Poêfim.  Nam  Carmen  ipfum  quo  id  que- 
ritur,  &  qm  nomini  tneo  honorera  habuit. 
T  x  fi» 


43*5  A  N  T  I  *  B  A  1 1.  L  E  T .    P .  Iî. 

jeu  *y?us  humeris  mets  impofuit  m'ihi  grave, 
fatis  fuperque  ojîendit  tpjî  in  peragendis 
•verfibus,  ne  que  juvénile  ceflrttm  deejj'e ,  ne- 
que  fenilem  maturitatem  Innotuit  mihi 
iampriaem9  &  fermone  Literatowm ,  & 
eUttts  ah  eo  libris  eîegantijjimis ,  Men  A- 
Gll  nomen:  eut  etiam  Italie  a  Literœ  nos- 
frœ,nifi  ingrat  te  effe  velint ,  multum  debe> 
re  fe  profitebuntur.  Laudarem pluribus  £- 
legiam  ab  eo  feriptam;  eft  enim  perfpicua  , 
feftiva  &  prorjus  vetere  Latio  digna  ;  fed 
cogit  me  ejus  argumentum  non  minus  tenui- 
tatis  me  ce ,  quhm  alieni  ingenii  habere  ra- 
tisnem.  Tu  illi  meis  ver  bis  grattas  âges  : 
fimulque  teflatum  faciès ,  me ,  fi  qutd  erit 
in  quo  me  a  ipfi  opéra  ,  induftriaque  ,  *- 
fui  effe  pojjit ,  occafiones  alacriter  ample- 
xurum. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Antonio  Pé- 
roné Florentin,  qui  m'a  adreifé  cette  bel- 
le Ode: 

Defcende  Pindi  vertice ,  Lesbium 
Diclura  mecum  ,   Melpomene ,  melos , 

Pulcerrimam  quà  Gallitrum 
Sequanicus  rigat  amnis  urbem. 
Dofto  otnendas  nunc  ,  tn'ihi  carminé, 
Lux  Galliarum ,  Menagius  meus  : 

6)ui  vos  colit;  quem  vos  amatis; 
Qui  fuperis  &  amicus  imis* 
Hune  ;  ceu  perennis  vis  fuperantïum 
"Ripas  ajuarum,  plura  per  oftia, 

Kilum  in  procellofos  ruentem , 

JEqwws  jubet  ire  campas  ; 

Vis 


A  nti-Baillet.  P.  II.      437 

lis  magna  mentis,  venayue  nobilis , 
Totumque  zejîri  plénum ,  çr  Apollinis  : 
Per  fax  a  ,  defertafyue  filvas , 
Exped'mnt  ad  amtxna  Plndi. 
Nam  five  Gr&cis ,  feu  Lattis  modh 
Heroas  ajîris  condere  ,  feu  faces 
Cantare  Cyprias  Etrufcâ 
Atit  patna.  pr opérât  loquett; 
Regina  ut  aies ,  defpiciens  humum , 
Tcrtur  fnpremum  clarus  ad  dthera  : 
A#;j  dente  Livoris  premenàus , 
Nen  Stygia  rapïendus  unda* 
Sed  quid  tnels  te  verftbus ,^gidi^ 
Laudare  tento .'  Quid  d*re  linte* 
lam  parva  tam  vajlum  per  A^uor, 
Artis  inops,  viduufqug  rttnhï 
Diiêfis  uno  vate  Rin  erio, 
Summo  Latini  Carminis  alite. 
Ht  Gallic  malit  Camend, 
Aut  fîde  te  ctlebrare  Iberâ  : 
Set*  {auâ  (lupendus)  cogitet  h  al  à  ; 
Namaue  hac  jlupendut  his  auo^nt  Vatibtil 
Qui  pulcra  nati  funt  ad  Ami, 
Qui  liberis  rapila  ai  fluenta. 
\Jirum\ue  veftrâm  fofpltet ,  ah  Precor^ 
Ridens  benigna  luce  Diefpiter: 
Claro/qrte  vos  Fortuna  longum 
Servet,  v  ineolumes ,  per  annosi 
Vt  clara  nofiri  nomina  JacuU; 
Vt  dora  vefirï  Çr^Ua  Prinùpis; 

7  3  H 


43%       Anti-Ba  illet.  P.  IL 

Vt  cunâîa  tcrrarum  can.iîis 
Francigenum  imperio  fubatla. 
Et  ce  qui  fuit. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  van  den  Broe- 
ke,  qui  a  dit  dans  une  de  &s  Lettres  en 
Vers  à  Mr.  Rédi,  par  laquelle  il  le  prie 
de  lui  procurer  mon  amitié  : 

O  cui  Pegafides  facunda  per  oppida ,  vtrfii 
Etrufco  dedtrunt ,   dederunt  placuijfe  Latlno  : 
Cuipmur  Medicas  concefiit  DeLus  artes  : 
Cui  pandit  Natura  finus  ;  arcana  recludit  : 
Qui  Je  F  e  r  r  a  n  d  u  s  (qtto  Yiunc  Etruria  Rege 
le  îa.tefelix,  opibus  cumulât  a  fuperbrs)- 
Et  fe  tutandttm ,  fervandos  z?  dédit  annos. 
Num  qttid viciwis  nunc  tentas  îradere chariis? 
Quod  tuus  ille  amor ,  V  deùli  Jpes  altéra  Phœbi 
Menagius  légat  :  Aonidum  cura  ille  TXearum 
Me  n  a  c  iu  s;ncftriille  ingens  nova gloriafadi: 
Quo  pajfim  unantmis  nunc  tôt  a  Europa  fuperbit, 
LAta  viro:  doclofque  jocos,  lufufque,falefque, 
Qui  felix  reddit  Latio  ;  qui  reddit  AthtnU  : 
■  Sermones  Tu feos  felix  v  Car  mina  Tufca, 
Ceu  média  fatus  Aufoniâ,  Floraquefub  ipfa, 
Qui  condit;  Tufc&que  aperit  cunabuU  Lingu& 
Gallus ,  v  attonitos  FlorA  nunc  ducit  alumnos. 
Si/as ,  docle  R  e  d  i  ;  fi  non  indebiiapofco  ; 
Me  tetum ,  tant&  incenfum  virtutis  amore , 
D  de  viro.    Sinat  ille  fuis  mea  nomma  amlcis 
Qualiacunque  addi. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Tcliitis,  qui 

me 


Anti-Baillet.  P.II.  439 
me  régala  de  ce  diftique  Grec,  en  m'en- 
voyant  Ces  Fortuites  ,  lors  que  je  lui  en- 
voyai un  exemplaire  de  mes  Poéfies, 

Xç'jte'  rira  f«5.'  t  retire  M  £  N  A'  r  I O  2.  «»- 


TaroTriUTn 


Qu'il  écrive  contre  Mr.  Grœvius,  qui 
m'a  dit  dans  une  de  les  Lettres  :  Pcêmata 
'Jfima,  terfijfima,  &  tenerrima, 
r  ;  qui  non  cunt  plaufu 
.     *  illl  irait  t  Mufis  natifunt.  Non 
à  tôt  te  S  ednntur.     Tara    cupide 
ur    ab   elegaMtorlbut   honiinibus  ,   ut 
Aefiderium  emtortira  ex- 
.     Me  qnutfue ,  càm  Ai 
permixtum  vidi  ,  non  potut  non  gatidere  , 
de  immortalitate  nr>m:ms  ,   quant 
m  fperare  tentùtas  ingemi   mei ,  Jed 
qaam  tmmm  m'thi  promitttt ,  ^rattiiar':. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  GodeauEvêque 
de  GralTè  &  de  Vence,  qui  dans  une  Let- 
tre qu'il  m'a  écrite  en  vers  pour  me  félici- 
ter d'avoir  fait  imprimer  les'PoëiiesdeMr. 
de  Balzac,  me  follicite  de  faire  imprimer 
les  miennes  :&  m'en  follicite  par  ces  beaux 
vers: 

A  ces  hommes  fameux  dont  les  Oeuvres  cé- 
lèbres 

Du  tems  &  de  l'oubli  pererront  les  ténèbres, 

Balzac  avec  raifon  joint  fon  nom  au- 
jourd'hui. 

Mais  il  tient  cet  honneur  plus  de  toi  que  de  lui: 

Puis  que  fhuvant  fesVers  d'un  arrêt  trop  fé- 
vere 

T  4  Tu 


440       Anti-Baillet.  P.  II. 

Tu  peux  bien  te  vanter  d'être  leur  fegond  père. 

Quand  pourrons-nous  jouïr  de  la  beautédes 
tiens  ? 

Quand  ces  nobles  captifs  rompront-ils  leurs 
liens  ? 

Ton  efprit  généreux  qui  veut  être  tout  libre, 
Se  promeine  tantôt  fur  les  rives  du  Tibre, 
Et  tantôt  dans  la  Grèce  il  (i)  tire  lestréfors 
Qu'enferme  le  tombeau  de  ces  illuftres  morts. 
Tu  fais  d'un  dofte  choix  qui  confent  l'igno- 
rance 
Faire  de  leur  beauté  la  jufte  difTérance  : 
Et  s'il  t'en  faut  parer,  tu  fais  par  leur  emploi 
Que  d'un  nouvel  éclat  elle  brille  fur  toi. 
Ne  nous  cache  donc  plus  tes  admirables 

veilles: 
Charme  par  tes  beaux  Vers  les  cœurs  &  les 

oreilles  : 
A  ceux  de  ton  ami  donnant  la  liberté, 
Délivre  auffi  les  tiens  de  leur  captivité, 
Et  goûte  promptement  la  grande  renommée 
Qui  va  dans  l'Univers  par  eux  êtrefemée. 
Quand  la  mort  nous  enferme  en  l'éternelle 

nuit , 
-Notre  nom  dans  le  monde  a  beau  faire  du 

bruit , 
Il  ne  peut  pénétrer  l'obfcuritté  profonde. 
Qui  nous  tient  féparez.  du  commerce  du 
monde. 

Ne 


«Ç  i.  Godeau  avoït  mis 

£t  tAn'.ôt  dans  U  Grèce  il  pille  la  tre'firt. 


Mais 


A  N  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.  P.  IL         44T 

Ne  crains  point  la  fureur  des  cenfeurs  en- 
vieux, 

Dont  tes  vives  clartez  éblouiront  les  yeux. 

Plus  le  mérite  eft  grand ,  plus  le  nom  eft  au- 
gufte, 

Plus  on  relient  les  traits  de  leur  fureur  injufte* 

Balzac,  dont  fes  beaux  Vers  doivent  tout 
à  ton  foin, 

N'en  eft-  il  pas  un  noble  &  malheureux  té- 
moin ? 

Sur  qui  jamais  l'envie  avecque  plus  d'ou- 
trage 

A  t-  elle  fait  pleuvoirtous  les  traits  de  farage.* 

Mais  il  a  fagement  méprifé  tous  ces  traits. 

Son  mépris  lui  procure  une  fameufe  paix. 

11  jouît  en  repos  de  Fiilufîre  couronne 

Que  malgré  fes  rivaux  nôtre  Apollon  lui 
donne  : 

Et  fon  nom  qu'ils  penfoient  avoir  mis  atj 

tombeau, 
Après  leurs  vains  efforts  vit  d'un  éclat  plus» 

beau. 

Rîéprife  comme  lui  la  plus- rude  cenfure: 
Ta  louange  croîtra  par  fon  aigre  murmurer 
Et  tes  doclcs  écrits  par  unbien-heureuxfoit 
Te  combleront  d'honneur  fans  attendre  la 
mort. 

La  Mufe  me  l'a  dit  dans- ces  bois  folitaire* 
Où  je  vais  tous  les  jours  confulter  fes  myfléiœ? 

Et 

Mais   Mr.  Ménage  a  bien   fait  de  changer  ce  mol 
^ui  pouvoir,  douaci  uuo  idée  peu  avaaugeufç*. 

T  S 


44i       Anti-Baillet.  P.  II. 

p  Et  fa  main  m'a  montré  deflusle  double  Mont 

Le  laurier  immortel  qui  doit  ceindre  ton 
front. 

"Qu'il  écrive  contre  Mr.  Coîîn,  qui  a 
fait  ce  joli  quatrain  fur  le  Recueil  de  mes 
P  oëiî  es: 

Le  feul  défaut  de  cet  Ouvrage, 
Où  tout  eft  mis  avecque  choix, 
Ceft  que  l'on  ne  fait  fi  Ménage 
Eft  Grec,  ou  Latin,  ou  François. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Gombaud  qui 
m'a  adreffé  cette  Epïgramme  : 

Ménage,  ta  profe  èc  tes  vers 
En  tant  de  Langages  divers 
Etonnent  le  fiécle  où  nous  fommes: 
Et  ton  génie  officieux 
Fait  tout  ce  que  firent  les  hommes 
Que  l'on  a  mis  au  rang  des  Dieux. 

Qu'il  écrive  contre   le   Préfident  Mai- 
nard ,  qui  a  fait  ce  Sonnet  à  ma  louange  : 

Quels  honneurs  éclatans  n'as-  tu  point  méri- 
tez? 

Tu  n'es  qu'aux  premiers  jours  où  l'homme 
eft  vrayment  homme, 

Et  déia  ton  efprit  a  toutes  les  clarteï 

Des  fameux  Ecrivains  d'Athènes  &  de  R< 
me. 

Apollon  me  Ta  dit  :  tu  feras  fans  pareil 


Anti-BàiXxët.  P.  IL       443 

En  l'art  qui  nous   apprant    tant   d'illuflres 

menfonges. 
11  n'ell  point  de   Savant  dont  le  profond 

fommeil 
Sur  la  double  Montagne  ait  fait  de  fi  beaux 

fonges. 
M  e  n  a  g  t ,  fi  tu  vis  autant  que  j'ai  vécu, 
Tu  verrai  à  tes  pieds  !e  Critique  vaincu 
Applaudir  a  ta  Mufe  éloqiunte  &  fertile: 
Et  le  fiécle  préfant,  &  tous  ceux  qui  nais- 

tront, 

Ne  fe  pourront  Iàffer  d'admirer  fur  ton 
front 

La  couronne  d'Homère  &  celle  de  Virgile. 

Qu'il  ccrive  contre  Mr.  Colletet  de 
l'Académie  Françoife,  qui  a  dit  dans  un 
de  fes  Sonnets , 

Ménage,  dont  la  Mufe  &  docte  &  re- 
nommée 

Comme  un  jour  éternel  n'aura  point  d'oc- 
cidant : 

Qui  du  Climat  glacé  jufqu'au  Climat  ardant 
De  L'odeur  de  ton  nom  vois  la  terre  enbau- 
niée,  &c. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  de  Lalane,  qui 
dan>  ion  Eglogue  fur  la  mort  de  fa  fem- 
me, a  parlé  delà  première  de  mes  bgk;- 
gues ,  en  ces  termes  : 

Sous  les  arbres  facrés  de  ce  fameux  vallon 
Où  le  divin  Gondi  répréfante  Apollon  , 

Daphnis ,  renouvelant  fes  fortunes  paiïées 
T  6  fc 


444      Anti-Baillet.  P. il. 

Erroit  à  la  merci  de  fcs  triftes  penfées, 
Et  par  les  fons  plaintifs  de  fa  mourante  voix 
Attendriflbit  le  cœur  des  Nymphes  de  ces 
bois: 

Quand  frappé  tout  d'un  coup  &  ravi  par 

l'oreille 
D'une  douce  Mufiqueà  nulle  autre  pareille, 
Il  fe  traina  fans  bruit  au  travers  des  buiflbns 
Pour  ouïr  de  plus  près  de  fi  douces  chantons. 
Helas  !  il  les  ouït,  &  fon  ame  abatuë 
Loin  d'en  voir  émouffer  la  pointe  quiletue, 
La  fentit  plus  piquante:  &  s' abreuvant  de 

fiel, 
Convertit  en  poifon  les  délices  du  Ciel. 
Ménalque  &  Lycidas  formoient  cette  har- 
monie : 

Etle beau  feu  d'amour  échauffant  leur  génie» 

Tous  deux  amis  parfaits,  mais  plus  parfaits 

amants, 
Découvroient  à  Damon  leurs  divers  fenti- 

mants. 
Devant  lui  chacun  d'eux  avec  d'égales  armes 
Défendoit  fa  Bergère,  eu  exprimoit  leschar- 

mesr 
Et  voulant  acquérir  le  titre  de  vainqueur, 
Appuyoit  de  fa  voix  le  parti  de  fon  cœur. 
Tant  de  rares  beautez  naïvement  dépeintes 
Donnèrent  à  Daphnis  de  mortelles  attein- 
tes, &c. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Sarrafîn.  qui 
a  dit  dans  la  Pompe  Funèbre  de  Voiture 
qu'il  nïa  fait  l'honneur  de  ra'adrefler: 


Anti-Bail  le  T.  P.  M.       w 

Voiture  avait  compofé  en  Latin  quelque  E- 
pitre  &  quelques  Vers  que  l'ancienne  Ro- 
me aurait  approuvez-     Et  pour  l'en  récom- 
penfer  plufieurs  priaient  Tibulle  de  pleurer 
fa  mort  par  une  Elégie,  &  Pline  le  jeune 
d'honorer  fa  mémoire  par  un  Panégyrique, 
Mais  ils  s'en  excufoient   tous   deux  :  l'un- 
parce  qu'il  y  avait  long-tems  qu'il  n'avait 
fait  de  Vers:  Vautre,  fur  ce   qu'il  ne  ha- 
ranguait plus  depuis  qu'il  étoit  mort.      Et 
ils   vous   les  renvoyaient  :  protefiant ,  que 
vous  compofiez    des   Vers  dignes   du  fiécle 
<£  Augufle  ,    &    que    votre    Profe    égaloit 
celle  des  meilleurs  Ecrivains  de  ce  même 
fiécle. 

Qu'il  écrive  contre  Monfîeur   Coftar, 
qui  me  dit  dans  une  de  fes  Lettres:  Vos 
Poêfies  Italiennes  ont  été  leuês  dans  la  peti- 
te famille.     C'a  été  avec  un  plaifir  fenfi- 
ble.     Si  je  m'y  connois,   il  n'efl  rien  de  plus 
pur  &  de  plus  chafie  que  votre  élocution  ; 
rien  de  plus  fin  &  de  plus  fubtil  que  vos 
penfées  :  &  rien  de  plus  harmonieux  que  la 
ftrufture  de  vos  Vers.     Vous  inventez  très» 
heureufement  :  &  vous  imitez  ai  ec  un  pa- 
reil fuccès.     Vos  originaux  méritent  d'être 
copiez  en  toutes  les  Langues',  &  vos  copies 
pafferont  quelque  jour  pour  des  originaux: 
tant  elles  ont  de  naizeté,  de  génie ,  &  de 
hardieffe.     Enfin,  Monfîeur  ,  ce  que  vous 
venez  de  publier ,  pourra  donner  de  la  ja- 
kufic  à  vos  Confrères  de  F  Académie  délia 
Crufca.     Feu   Mr.    de  Nancel  m'a  conté y 
qu'étant  a  Rome,  un  de  fes  amis  l'avertit 
de  ne  plus  faire  de  fi  bons  Vers  Italiens ,  & 
a  us  s'il  continuait,  il  J avait  de  bonne  part 
T  7  que 


44<5       Anti-Baillet.  P.  IL 

que  les  Beaux'Efprits  ,de  ce  pays-là  éroient 
rejoins  de  le  poignarder.  Prenez  ,  Mon- 
fieur ,  vos  mefures  là-dejfus;  &  que  cet 
exemple  ions  fajfe  fage  fi  vous  allez  jamais 
à-.  Florence,  &C.  J'ouùliois  a  tous  dire, 
que  ce  que  vous  avez  mis  de  Pétrarque  an 
comma?icement.d€  votre  volumetto,  efl  fi 
admirablement  fait  pour  votre  fujet ,  &  ap- 
plique avec  une  fi  merveilleuse  juflejje  ,  que 
fai  cru  à?  abord  que  vous  en  étiez  F  Auteur, 
&  que  vous  vouliez  tromper  le  public ,  corn- 
me  vous  me  trompaftes  Vautre  jour ,  quand 
vous  me  fîtes  pajfèr  un  de  vos  Madrigaux 
pour  être  du  Taffe.  En  ces  fortes  de  trom- 
perie ,  il  m'y  a  que  du  plaifir  pour  la  Duppe, 
Ç«f  de  la  glo're  pour  le  Fourïe :  abiîc  verbo 
invidia.  Vous  trouverez  l'hiftoire  de  cette 
tromperie  dans  mes  Mefcolanzè ',  je  vous 
prie  de  la  lire. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  de  Fenne  qui 
a  donné  de  grandes  louanges  à  mes  Poe- 
lies. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Crifpo,  Gen- 
tilhomme Sicilien,  qui  dans  un  Poème  1- 
talîen  qu'il  m'a  fait  l'honneur  de  m'adreiler, 
m'a  appelé  Cigno  d'ogni fiume. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Régnier,  Se* 
crétaire  de  l'Académie  Françoife,  qui  m'a 
traité  d'Apollon  lans  l'Epigramme  Lati- 
ne qu'il  m'a  adreiïee  pour  me  convier  d'al- 
ler dîner  chez  lui,  avec  Mademoifelle  de 
ScudJry,  le  PereRap-n,  &  le  Père  Bou- 
hours. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  de  Segrais:  qui 
a  dit  dans  fa  Préface  fur  Virgile  \Mo»fieur 
Mfc nage,  qui  a  marqué  fan  exaâituà? 


Anti-Baillet.  P. IL        44y 

&  fa  politefje  dans  tous  [es  Ouvrages,  Cif 
qui  co'inoit  parfaitement  le  tour ,  lajujiej/e, 
&  C harmonie  du  Vers,  ÊsrV. 

Qu'il   écrive  contre  Mademoifelle  de 

ry  :   qui  dans  la  Rcponfe  qu'elle  a 

faîteaux  Vers  que  j'ai  faits,  intitulés  £- 

treines  à  Madame  je/le  de  Scudsry ,  a  parlé 

ainli  de  ces  Etreines  : 

Quoi  qu'il  en  foit,  vos  Vers  Ton  excellants, 

Ils  font  ingénieux,  naturels,  &  galants: 
Et  ces  belles  Etreines 

Valent  mieux  que  des  gans,de  l'or, des  por- 
celaines ; 

Ni  que  tous  ces  bijoux  fi  beaux  &  û  jolis 
Dont  on  étreine  lesPhilis, 
Les  Amarantes,  les  C '.y mènes. 

Qu'il  écrive  courre  Mr.  deLongepierre, 
qui  dans  fes  Remarques  de  l'Idylle  de  Bion 
fur  la  mort  d'Adonis,  a  dit,  Je  ne  dois 
pas  finir  ces  Remarques  fans  dire  aupara- 
vant que  le  célèbre  Mr.  Ménage,  dont  la 
grande  érudition  fait  honneur  à  la  France 
dans  unfiécle  oit  elle  a  produit  tant  d'habi- 
les gens  ,  a  traité  cette  Idylle  dans  une  Piè- 
ce qu'il  a  faite  jur  Adonis.  Ce  petit  Ou- 
vrage eft  fort  beau.  Et  un  Auteur  moder- 
ne n'a  point  fait  de  difficulté  de  le  donner 
four  modelle  de  la  douceur  &  de  l'harmonie 
des  Vers  Grecs.  Et  fur  l'Idylle  de  Mos- 
chus  de  l'Amour  fugitif:  On  peut  voit 
plufieurs  ân  ces  imitations  de  Mojchus  dans 
les  agréables  &  favantes  Remarque*  fur 
ï Awynte  par  Mr.  Ménage  ;  qui  a  lui-mê- 
me 


448      Anti-Baillet.  P.  IL 

me  fait  une  belle  Epigramme  fur  ce  fujef. 

Qu'il  écrive  contre  Mr.  Furetiere  de 
l'Académie  Françoife  ,  qui  dans  les  Eflais- 
de  fon  Dictionnaire  Univerfel,  au  mot 
Oifeleur,  a  parlé  de  mon  Idylle  de  TOife- 
Ieur  ,  en  ces  termes:  Ménage  a  fait  une 
belle  Eglogue  intitulée  l'Oifeleur. 

Qu'il  écrive  contre  les  Auteurs  de  F  Ac~ 
ta  Eruditorum  de  Lîpfîc:  qui  ont  dit  dans 
leur  Gazette  littéraire  de  1*682.  page  245-. 
Ceux  qui  favent  connaître  la  bonté  &  la 
beauté  de  la  Poe  fie  Latine,  rendront  au 
mérite  de  Mr.  Ménage  la  louange  que  [es 
Vers  fi  bien  fats  &fi  polis  nous  obligent  de 
lui  donner.  Ses  Poèmes  ent  été  trouvez.- fi 
élégans  que  cyeft  pour  la  feptiéme  fois  quron 
les  imprime.  Cette  dernière  édition  eft  la 
plus  ample  de  toutes  1  puifque  vous  y  trou- 
vez beaucoup  de  Pièces  Latines,  Grecques, 
Françoife  s  ,  &  Italiennes.  Depuis  cette 
édition  (1)  on  en  a  fait  une  huitième  à 
Amfrerdam  ,  &  plus  ample  &  plus  cor- 
recte. 

Enfin,  qu'il  écrive  contre  Mr.  Slanus, 
contre  Mr.  Munkerus  ,  contre  Mr.  le 
Clerc,  l'Auteur  de  la  Bibliothèque  Uni- 
verfel le,  &  contre  un  nombre  infini  d'au- 
tres célèbres  Ecrivains  ,  qui  ont  célébré 
mes  Vers  dans  leurs  Ouvrages  :  &  qu'il 

dife 

fl  1.  On  ayott  déjà  retranché  des  éditions  pré? 
sedentes  ce  d.ftique  Grec: 

nipStmc  'AvJïvsi  BptÇjia>  vréw'  Cytnhuty 


Anti-Baillet.  P. II.  449 
dife  encore  une  fois,  que  tous  ces  éloges 
font  voir  que  la  fympatbie  &  l'amitié  mu- 
tuelle des  Poètes  'eft  bien  capable  far  la  ver- 
tu de  l'invention  Poétique  de  trouver  dans^ 
l'un  des  leurs  les  plus  belles  qualitez,  qui 
font  imperceptibles  à  des  Critiques  farou- 
ches £y  intraitables.  C'elt  ce  qu'il  a  dit 
des  Eloges  qui  compofent  mon  Livre 
Adoptir". 

CXIX. 

Ce  qu'a  écrit  Mr.  Baillet  que  Jean  de  la 
Cafa ,  Archevêque  de  Bénévent  ,  a  fait 
un  Livre  intitulé  de  laudibus  Sodomiae, 
feu  Paederaftiac ,  neft  pas  véritable.  Ce 
que  dit  Mr.  Baillet  que  Scaliger  a  dh 
que  Jean  de  la  Cafa  ne  réuffiffoit  pas  en 
vers  Italiens,  n'eft  pas  véritable, 

MOnfieur  Baillet.  Il  eft  inutile  Tofae^ 
dans  le  tems  où  nous  fommes  de  ca-  P*rt*  **  , 
cher  le  nom ,  la  matière ,  &  la  foi  tune  de 
ce  fameux  &  déteftable  Poème ,  dont  ly Au- 
teur a  cru  pouvoir  fe  juftifier  devant  les 
hommes  ,  puis  que  le  fcandale  en  eft  fini y 
&  que  les  Proteftans  n'ont  pas  jugé  à  pro- 
pos d'en  laiffer  périr  la  mémoire.  Ce  Li- 
vre qui  n'eft  plus ,  ou  du  mjim  qui  mérite 

de 

Non  pas  tant  à  caufe  de  l'imitation  trop  évidente 
de  ce  qui  eft  rapporte  dans  le  15. Livre  del'H^ftoire 
d'Ammien  Marceltin  au  fujet  de  Julien  qu'à  caule 
de  la  'econde  fyllabe  de  nhJiitt abrégée  confie  l'u- 
lage.  Il  refte  encore  une  faute  de  Langue  dans  la 
petite  Ode  à  Corinne,  ok  ipufyitÇu  eft  emploie  deux 
fos  pour  ifvfyte. 


4fo       Anti-Bail  let.  P. IL 
de  n'être  plus  au  monde,  avoit  pour  titre 
de  Laudibus  Sodomise,  feu  Pasderaftise.  // 
Il  faut      parut  à  Ven'fe  l'an  \  5  5-0   chez  Trajan  Nœ- 
Trajan  sa-  vus.     Ceux  qui  font  là ,  nous  apprennent 
**•  que    ce    miférable    Poète  a  prétendu  faire 

voir  quil  n'y  avait  rien  que  d'héroïque  & 
de  divin  dans  le  plus  horrible  de  tous  les  cri- 
mes,  &  qu'il  en  préféroit  F 'exercice  à  tout 
ce  qu'il  y  a  de  plus  abominable  dans  tous  les 
autres  péchez  de  .cette  nature ,  fans  ajouter 
beaucoup  de  foi  a  ce  que  /' 'Ecriture  Sainte 
nous  apprend  de  la  punition  de  cinq  Villes 
atteintes  de  ce  crime.     Quoi  que   Dieu  ait 
fouffert  que  ce  Miniftre  d'iniquité'  fe  foit 
ghjfé  parmi  les  Princes  de  fon  Eglife ,  & 
."il  fe  foit  revêtu   d'une  des  principales 
d'entre  les  Dignitez  Ecclefiafliques ,  il  n'a 
pourt a?it  pas  permis  que  ce  Poème  infâme 
&  fa  De'fenfe  Latine   demeuraient   long' 
iems  dans  l'impunité ;  même  dès  ce  monde. 
Il  s' efi  fervi  de  deux  moyens  ajjez  oppofez 
pour  arriver  à  cette  fin.    Le  premier  eft  ce- 
lui de  la  diferétion  des  Catholiques,  qui  ont 
toujours  été  très-perfuadez  que  la  punition 
la  plus  humiliante  pour  un  méchant  Livre , 
\g  en  même  tems  la  plus  mutile  pour  les  fi- 
délies,  efi  de  l'accabler  fous  le  filence ,  & 
les  horreurs  d'une  éternelle   nuit\  &  tfui 
expérimentent  tous  les  jours  que  la  réfutation 
ou  la  condamnation  éclatante  des  Ecrits  les . 
plus  méchants,  eft  toujours  dangereuse ,  en 
ce  qu'elle  n'éteint  pas  en  nous  la  curiofité 
de  connoître  ce  quia  mérité  ta  cond. 
tion.     Le  fécond  moyen  dont  Dieu  s' eft  fer* 
vi  pour  punir  le  Cafa  en  ce  monde,  efi   ce 
Zèle  extraordinaire  que  la  plupart  des  Pra- 

■  tefi'ants 


\nti-Bajjl  le  t.  P.  II.        45-1 
1  ont  témoigné  pour  révéler  la  turpi- 
tude d'un  homme  dont    la  réputation  pou- 
vait impojer  à  la  pofténté.     Il   a  été  fuff~ 
f imment   décrié  par  leurs  [oins  dans  toute 
l'Europe;  &  dès  fa  naijjancc,  en  Allema- 
gne ,  par  'Jean  Sleidan ,  'Thomas  Naogeor- 
ge ,  cif  Charles  du  Moulin  ,  Jurifconfulte 
tranyois  de  Germanie ,  qui  étoit  lors  à  Tu- 
binge  :  en  Suiffe ,  par  Jofias  Simler ,  Con- 
tinuateur &  Abbrev'iateur  de  Gefner  :   en 
France ,  par  Henri  Eflienne  :  CiT  en  Angle- 
terre ,  par  Jean  Juvel,  ou  Ivel  :  en  E/pa- 
gne ,  par  Cyprien  de  Valera  :  en  Hollande , 
par  Gishert  Voet ,  naturel  dn  pays; par  Jo- 
feph  Scaliger,  par  André  Rivet,  &  quel- 
ques autres  retirez  de  France  :  dont  le  plus 
Jignalé  ejl  fans  doute  Mr.  Jurieu ,  qui  a 
trouvé  depuis  peu  des  couleurs  affez  noires 
pour  nous  dépeindre  cette  production  de  l'es- 
prit corrompu  de  la   Cafa,  dans  un  de  fes 
Livres  contre  l'Eglife  Romaine.     Quelque 
'désobligeante  qu'ait  été  l'intention  de  tous 
ces  censeurs  à  notre  égard,  nous  leur  avons 
toujours  l' obligation  de  nous    avoir  inspiré 
une  forte  horreur  contre  un  Livre  dont  ils 
ont  tâché  de  rétablir  la  mémoire ,  dans   la 
penfée  de  nous  humilier  &  de  nous  faire  du 
déplaifir*     Mais  s'il  m' étoit  permis  de  me 
fervir  d'une  des  expreffions  du  F* ère  Labbe, 
foferois  dire  ,  que  puis  qu'il  y  a  des  Prophè- 
tes  en  Ifraêly  il  n' étoit  pas  fort  néceffaire 
que  nous  allafp.ons  confulter  PÔracle  d'Ac- 
caron.  ni  le  Bcelzébud  des  Philiflins.   Car 
fans  parler  de  ceux  qui  ont  fait  perdre  à 
cet  Auteur  le  Chapeau  de  Cardinal ,  dont 
on  avoit  voulu  couronner  ce  qu'il  avoit  de 

ïnévite 


4fi         A  NT  I-B  AILLE  T.  P.  IL 

mérite  d'ailleurs  ,  nous  n'avons  pas  man» 
que  d'Auteurs  Catholiques  qui  ont  cenfuré 
cet  Ouvrage  ,  &  flétri  le  Poète  avec  une 
féverité  aujfi  aigre  ,  mail  plus  falut aire  pour 
nous ,  que  celle  de  ces  MeJJieurs.  Cefî  mê- 
me une  efpéce  de  consolation  pour  nous ,  de 
voir  qu'un  Proteftant  ait  vangé  FEglife 
Gatholique  de  Pinfuke  de  quelques-uns  de 
[es  Confrère  s, lors  qu'il  a  fait  voir  que  dès  Can 
1 569.  un  iélébre  Critique  de  la  Communion 
Romaine  avoit  cenfuré  le  Poème  de  la  Pé» 
déraftie ,  ou  Sodomie  y  d'une  manière  qui 
tfeft  guéres  plus  indulgente  que  celle  des 
plus  animez  d'entre  nos  Adverfaires. 

Ménage.  Premièrement,  ce  pre'ten- 
du  Livre  de  Jan  de  la  Cafa  ne  peut  avoir 
U  pour  titre  de  Laudibus  Sodomie ,  feu 
P<edera(lia  :  car  félon  Henri  Eftienne, 
Scaliger,  Simlérus  ,  Balasus,  Zuingerus, 
le  Préfîdent  de  Thou  ,  Gisbert  Voet, 
Lanfïus,  Rivet,  &  Mr.  Jurîeu,  il  étôit 
écrit  en  vers  Italiens  ;  &  il  feroît  ridicule 
de  donner  un  titre  Latin  à  un  Livre  Ita- 
lien. D'ailleurs  ,  Jan  de  la  Café  étoPt 
trop  élégant  Ecrivain  Latin  pour  fe  fêr- 
vir  du  mot  de  Sodomia.  Les  élégans  E- 
crivaîns  Latins  de  Ton  tems  ne  fe  fer  voient 
point  de  ces  mots  Barbares,  témoin  Lon- 
golius,  qui  dit  Perfuafio  Chrifiiana^  pour 
Fi  des  Chriftiana:  Legati ,  au  lieu  à*Apos- 
toli:  &  Antiftites  ,  ou  Pontificesy  au  lieu 
tfEpifcopi ,  témoin  Sannazar  ,  qui  dans 
fou  Poème  de  Partu  Virginis  ,  ne  s'eft 
point  fervi  du  mot  de  Chriflus.  Et  en 
troitiéme  lieu  ,  je  foutîens  pofitivement 
que  ce  Livre  n'a  jamais  exifré,  &  qu'on 

L'k 


Anti-Baillet.  P.II.  45-3 
l'a  confondu  avec  le  Poème  Italien  du 
Cafa,  intitulé  Capitolo  del  for»©, qui  exis- 
te; &  dont  il  y  a  plufieurs  éditions;  mais 
qui  eft  fait  fur  l'amour  des  hommes  pour 
les  femmes,  &  que  l'Auteur  fît  dans  fon 
extrême jeuneffe,  &  étant  Laïque:  &  qui 
ne  contient  que  166.  vers. 

On  dit  que  Monfeigneur  de  la  Café  é- 
tant  Doyen  des  Camériers  d'honneur  du 
Pape,  SegreMire  des  Brefs,  Archevêque 
de  Bénévent,  &  Légat  a  Latere  à  Venîfe, 
fit  imprimer  à  Venife  en  i^S.  &  en  I5  5"0. 
fur  la  fin  de  fes  jours  (car  M.  Bailîet  le 
fait  mourir  en  ifjô.)  un  Livre,  intitulé 
de  Laudibus  Sodomia ,  feu  Paderaftiée  ; 
dans  lequel  il  prit  toutes  ces  qualitez  :  & 
que  ce  fut  un  Imprimeur  nommé  Pompée 
Nave  ,  ou  Trojax ,  ou  Trajan  Nuits ,  Na- 
ntis,  Navus  ,  ou  Ncevus  ,  qui  l'imprima 
&  le  débita.  On  ajoute ,  que  Monfei- 
gneur de  la  Café  foutenoit  dans  ce  Livre 
que  la  Pédéraftîe  (c'eft  le  mot  dont  fe  fert 
Mr.  Baillet)  étoît  une  œuvre  non  feule- 
ment bonne,  mais  divine:  qu'il  îe  favoit 
par  expériance:  &  qu'il  s'y  vantoit  d'avoir 
mis  en  pratique  toutes  les  théories  des 
Poftures  de  PAretîn  :  &  qu'il  y  difoîr  que 
de  tous  les  plaidrs  de  la  chair,  c'étoit  ce- 
lui où  il  fe  plaifoit  davantage.  Et  moi,  je 
dis  que  tout  cela  eft  faux  :  &que  Mr.  Bail- 
let qui  eft  un  Prêtre,  doit  être  bien  (1) 
déplaifanr  &  bien  honteux  d'avoir  ainfi 
diffamé  un  Archevêque  &  un  Lé^at:  & 
que  l'adtion  de  Monfeigneur  de  la  Café 

d'avoir 

f  1,  Cela  eft- il  bien  Fian$ois.s 


4^4  Anti-Baillet.  P.IÏ. 
d'avoir  fait  enftjeuneiTe&  étant  Laïque 
le  Capitolo  del  Forno ,  eit  bien  plus  excu- 
fable  que  cette  diffamation  :  car  il  efr  à 
remarquer  que  Mr.  Baillet  a  plus  diffamé 
lui  feul  Mgr.  de  la  Café  que  ne  l'ont 
diffamé  tous  les  Proteitans  :  Moniieur 
Baillet  étant  le  feul  de  tous  les  Ecrivains 
qui  a  dit  que  ce  prétandu  Livre  de  Mon- 
ieigneur  de  la  Café  avoit  pour  titre  de 
Laudibus  Sodomiœ,  Jeu  Pœderajliœ. 

Monfeigneur  de  la  Gafe  n'e'toit  pas  feu- 
lement un  des  plus  (i)  élégans  &  un  des 
plus  éloquents  hommes  du  monde ïja*** 
nés  Cafa,  Archlprccful  TSenevcntanus  ,  ad 
prœclarijjima  natus  officia:  utfcilicet  hond- 
rum  lit er arum  ignaros  redis  habenis  d.  rigc- 
ret  ;  infulfos  ,  terfo  eloquio  erudiret ,  cP 
Pkilofophiœ  fplendore  dejlitutos ,  pulÇa  pro 
cul  caligine  ,  nilidijfimo  fulgore  illumina- 
ret  :  cujus  Çermo  venuftijfimus  diiïtnâ  potiu 
quam  mortali  facunàiâ  compofitus  videba 
tur,  dit  Pocciantius  dans  fon  Catalogu 
des  Ecrivains  Florentins;  il  étoît  encore 
un  des  plus  honnêtes  du  monde. 

Casa  gentil ,  ove  altamente  alberga 

Ognivirtute,  ogni  real  co/lume, 
dit  le  Varchi. 

Casa,  ver  a  magion  del  primo  beno , 
dit  le  Rota. 

Casa,  in  cm  le  virtuti  an  chiaro  al  berge, 

E  pur  a  fede ,  e  ver  a  cortejia , 

dit 
%  x.  Homme  élégant  ne  fe  dit  pas. 


\ 


A  M  T  I  -  B  A  I  L  L  E  T.    P.  II.  457 

dit  le  Cardinal  Bembo. 

Casa  gentil ,  de  con  fi  coite  rime 
Scrivete  i  caftï  e  doUi  affeiti  vofirj, 

dit  le   Capello.     //   mo'to   Reverr.nâo  ,   e 
v  rtH)J:jjlmj  Monfigmore ,  Méfier  Giovanni 
délia  Cafa,  Fiorenttno,    in  uno  non  meno 
grave  e  do'.to  che  ornât o ,  e  leggiad.ro  Sonet* 
to ,  da  hii  nel  primo  fiore  délia  Giovinezza 
fua,    &c.  délia  bonta  e  dottrina  de  II'  Atito^ 
re  di  efio  favellare   corne  fi   richiederehbe , 
tni  vieta  non  meno  la  grande zza  loro  ePin- 
Jujpcienza  mia ,  che  la  Patrta  comttm ,  ^ 
/tf  ma  de  fit  a  fua ,  bencfe  e  Cîtna  e  Valtra  è, 
[on  certo,  notifiima  alla  raaggior  parte  di 
DM,  dit  le  Varchî  dans  fa  Leâtire  fur  le 
Sonnet  de  Monfei.^tieur  de  la  Gafe  de  la 
J  filou  lie,   recite'e  à  Padoue  dans  la  célè- 
bre Académie  degl1  Infiammatii.     ISiriu- 
tes  atetem  il  Le  ::tœ  folidje  ac  firm.v,  quje  H» 
no  omnium  ore  célébrant  ur  ,    ac    mirificos 
fui  mmatoret  cotldle  iviveniunt,  dit  Petrus 
Viâorius  dans  fa  Dédicace  des  Politiques 
d'Arillote  à  Monfeîgneur  de  la  Café.     Et 
quelle  apparance  qu'un  des  plus  honnêtes 
hommes  du  monde  ût  voulu  écrire  ii  ou- 
vertement de  la  matière  du  monde  la  plus 
deshonnête,    &  avec  un  titre  il  infâme? 
Lui,  qui  a  tant  recommandé  l'honnêteté 
des   paroles.    Voici  comme  il    en  parle 
dans  fon  Galatée:  Dee  oltre  a  cio  ciajcun 
Genîiluomo  fugfir  di  dire  le  parole  meno 
-che  onejîe.     E  la  onefla  de'  vocaboli  con/is- 
te  ,  o  nelfuono  e  nella  voce  loro ,  o  nel  loro 
Jignificato.     Conciofiacofacbe    alcuni  nomi 

•a  en- 


■4f6       Anti-Baillét.  P.  Iî. 

'vengano  a  dire  cofa  onefla ,  e  nondimeno  fi 
fente  rifonare  ne  lia  voce  ifteffa  alcuna  difo- 
wefta:  fi  corne  rinculare:  laquai  par o la  ao 
non  oftante  fi  ufa  tutto  di  da  ciafcuno  ;  ma 
fe  alcuno ,  o  nomo  o  femmina ,  dicefje  per 
Jimil  modo  ,  ed  a  quello  medefimo  raggua- 
glio^  il farfi  innanzi  che  fi  dice  il  farfi  tn- 
dietro  ,  allora  apparirebbe  la  dif onefla  di  co- 
tai parala  :  ma  il  nojlro  gufto  per  la  ufan- 
Za  fente  quafi  il  vino  di  quefta  voce ,  e  non 
la  rnuffa. 

Le  man*  alzô  con  amenduo  le  fiche, 

diffe  il  no/lro  Dante.  Ma  non  ardifcono 
di  cosi  dire  le  noftre  Donne  :  anzi  per  ifchi- 
fare  quella  parola  fofpetta  ,  dicono  più  tos- 
to  le  caftagne  :  corne  che  pure  aie  une  poco 
accorte  nominino  affai  fpejfo  difavveduta- 
mente  quello  che  fe  altri  nominaffe  loro  in 
fruova,  elle  arrojfirebbono  :  facendo  men- 
zione  per  via  di  beftemmia  di  quelle  onde 
elle  f on  o  femmine.  E  percio  quelle  che  fono 
o  vogliono  ejfere  ben  coftumate  r  procurino 
di  guardarfi  non  folo  dalle  difonefte  cofe , 
ma  ancora  dalle  parole  :  e  non  tanto  da  quel" 
le  che  fono ,  ma  eziandio  da  quelle  che  pos- 
fono  ejfere ,  o  ancora  parère ,  o  difonefte  ,  « 
feoncie  e  lorde  :  corne  aie  uni  affermant  ejfe~ 
re  quefte  di  Dante , 

InF.  c.  17;  ^e  noD  c^  a*  v^°  »  e  ^  f°tt0  m*  venta. 

*cS£  0p»rq«elle: 

font  mal^  per^  ne  ^tCf  on(j>  £  prefïb  pertugio. 

tez  dans  E  un  di  quegli  fpirti,  difie:  Vieni 


Anti-Baillët.  P.  II.  45'7 
<E  dei  fapere  ,  che  ,  comeche  due  ,  o  più , 
parole  vengano  tal  v  oit  a  a  dire  un  a  me  de fvmx 
€efa  ,  nondimeno  Vuni  farà  più  onefta,  e 
Paîtra  meno:  Ji  corne  e  a  d'ire  con  lui  giac- 
que:  e  délia  fua  perfona  gli  fodisfece:/>c'r- 
cioche  que/la  ijlejjafentenza  detta  con  altri 
•voc  aboli  farebbe  difonejla  cosa  ad  udire.  E 
più  acconciamente  dirai  il  Vago  délia  Lu- 
«a ,  cbe  tu  non  direfti  il  Drudo  :  avvegna- 
<he  amendue  que  fit  V^oc  aboli  import  ino  lo 
Amante.  E  pin  conveneuol  par  lare  pare  a 
dire  la  Fanciulla  e  l'Arnica^ che  la  Con- 
cubina  di  Titone.  E  più  dicevoU  è  a  Don- 
na, e  anco  ad  uomo  cojlumato  ,  nominare 
le  Meretrici  Femmine  di  mondo ,  corne  la 
Belcolore  dijfe  ,più  nel  favellare  vergognofœ 
cbe  nello  adoperare ,  che  a  dire  il  comune  loro 
nome  :  Taide  è  la  puttana.  E  corne  il 
Boccaccio  diffe ,  la  potenza  délie  Meretrici 
e  de'  Ragazzi  :  che  je  con  aveffe  nominato 
daW  arte  loro  i  mafchi,  corne  nomino  le 
femmine ,  farebbe  (lato  concio  e  vergognofo 
il fuo  fave tiare.  Je  prens  la  liberté  de  de- 
mander à  mes  Lecteurs  ii  un  homme  qui 
parloit  de  la  forte  avant  que  d'être  Nonce 
&  Archevêque,  &  avant  que  d'être  avan- 
cé en  âge;  étant  fur  la  fin  de  fes  jours; 
étant  Nonce  &  Archevêque  ;  a  pu  inti- 
tuler un  de  fes  Livres  de  Laudibus  Sodomie  , 
feu  Pœderafiia2.  Je  fuis  très-perfuadé  que 
Monfeigneur  de  la  Café  n'ût  pas  feule- 
ment voulu  prononcer  ces  deux  vilains 
mots.  Mais  quand  Monfeigneur  de  la 
Café  auroit  u  l'cfprit  aufTi  corrompu  eue 
le  dit  Mr.  Baillet  après  Mr.  Juricn  ,'ferort- 
il  vrai  femblable  qu'un  Premier  Came'rkr 
Tom.VlLPart.L  V  d'hon- 


4?S       Anti-Baillet.  P.  IL 

d'honneur  du  Pape,  qu'un  Segretaire  des 
Brefs,  qu'un  Légat  à  Latere ,  qu'un  Ar- 
chevêque, ût  voulu. feproftituer  de  lafor- 
te,  &  ruiner  fa  fortune  avec  fa  réputation? 
Mais  le  Pape  Paul  IV.  qui  étoit  grand 
Zélateur  de  la  Difcipline  Ecck'iiaftique, 
ût-il  fouffert  cette  abomination  r  Car  il  eft 
à  remarquer  qu'auffi-tôt  que  Paul  IV.  fut 
fait  Pape  en  ifSS  c'ell-à-dire  cinq  ans  après 
l'édition  &  la  publication  du  prétandu  Li- 
vre de  Monfeigneur  de  la  Café  de  Laudi- 
hus  Sodomice  ,feu  P 'céder aftice ,  il  fit  venir 
auprès  de  lui  à  Rome  Monfeigneur  de  la 
Café,  ou  plutôt  il  le  força  d'y  venir. 
Voiez  Vi&orius  dans  fa  Préface  fur  les 
Oeuvres  Latines  du  Cafa,  &  dans  fa  Let- 
tre au  Cafa  qui  commance  par  Quant  am 
voluptatem ,  &  l'Hifloire  du  Concile  de 
Trente  du  Cardinal  Palavicin.  Mais  le 
Maginrat  de  Venife  auroit-il  fouffert  l'é- 
dition &  la  publication  de  ce  Livre?  Mon- 
feigneur de  la  Café  n'a  pas  même  fait  im- 
primer le  Capitolo  del  torno.  Ce  qui  par 
roît  évidamment  par  la  première  édition 
de  fes  Capît'Aî,  qui  e'1  de  i$)&  in  8.  à 
Venife  chez  Curtio  Navo,  &  il-s  frères: 
dans  laquelle  on  lit  cet  AvertiiTement  de 
l'Imprimeur  au  Leéteur  :  Curtio  Navo  a 
gli  Letiori.  Vo'i  averete ,  Lettori  m'tei , /'# 
quefto  libretto  tutti  i  Capitoîi  di  Mejjer 
G:o.  Dell*  C*/4i  e  di  Meffer  Btno  :  li- 
quali  abbiam  dati  in  luce,  fi  perche  non 
giacejfcro  indegnamente  difperji  nelle  ténè- 
bre ,  corne  per  non  fraudar  gl"  Antori  délia 
Iode  fua,  conciofiache  aie  uni  di  quefîi  fi 
Uggevano  gia  ftampati  fotto  Faltrui  nome. 


Anti-Baillet.  P. II.      4#> 

Il  che  vedtamo  do-ver  ejfere  non  jolamente  à 
to:  ,  benignijjimi  Lettori ,  ma  eziandio  a 
colora  che  gli  compofero  ,  fommamente 
grato. 

D'ailleurs,  il  eftà  remarquer  que  ce  Li- 
vre iVexille  point.     Mr.  Baillée  le  dit  lui- 
nie  me  :   ce  qui  fait  voir  qu'il  n'a  jamais 
exillé\     S'il  avoit  exifté,  il  exifteroit  en- 
core:  car  comment  auroit-on  pu  fuppri- 
mer  l'édition  de  Venife  de  1548.  &  celle 
de    15*50.?  Qnrle  du  Moulin  dit  qu'en 
1 5-5-2.  on  avoit  à  Bade  un  exemplaire  de  ce 
Livre,  &  qu'en  15"50.  l'édition  de  1570. 
fe  débitoit  à  Venife.     Et  ii  ce  Livre  avoit 
exiité,  non  feulement  on  en  auroit  plu- 
lieurs  exemplaires, mais  plufieurs  éditions. 
Car  comme  Jean  de   la  Café  étoit  fans 
contention   le  premier  Poète  Italien  de 
fo n  tans  pour  la  beauté,    la  nobleife,  & 
la  régularité  de   l'expreffion  ,   on   auroit 
rimprimé  plurîeurs  fois  ce  Livre  en  fegret 
dans  la  plupart  des  Villes  d'Italie. 

Mr.  Baillet  dit  que  Janus  Rurçerfîus, 
ou  plutôt  jofeph  Scaliger,  dans  fon  Con- 
faiatio  Fabhlce  Burdonum,  a  prct.wdu  que 
le  Cafa  ne  réuûKfoit  pas  en  vers  Italiens. 
Cela  eft  très-faux,  fauf  le  refpecl  que  je 
dois  au  caractère  de  Mr.  Baillet.  l!  n'y  a 
rien  de  femblabie  dans  ce  Livre  de  Jofeph 
Scaliger.  Mr.  Baillet  fait  ainli  foavent 
dire  aux  Auteurs  des  chofes  où  ils  n'ont 
jamais  penfé.  Et  ii  Scaliger  avoit  dit  ce 
que  Mr  Baillet  lui  fait  dire,  il  auroit  d't 
une  grande  impertinance.  Le  Cafa  étoit  (î 
grand  Poëte  Italien  ,  que  le  Tafle  le  Prin- 
ce des  Poctcs  Italiens  le  cite  avec  eftime, 
V  2  & 


460  Anti-Bail  le  t.  P.  II. 
&  le  propofe  pour  modelle  en  plufieurs 
endroits  de  fes  Di (cours  fur  le  Poème  E- 
pique,  &  qu'il  n'a  pas  dédaigné  de  faire 
un  Commentaire  fur  un  de  fes  Sonnets  : 
£'eiï  celui  qui  commance  par  Quefta  vit  a 
mortal.  Le  Quérengo  ,  qui  étoit  un 
homme  d'un  grand  mérite  dans  les  Lettres, 
&  fait  auffi  une  DfiTertacion  fur  un  autre  de 
fes  Sonnets  ,  c'etî  celle  qu'il  a  intitulée 
De*  Rcmedi  d'Amore.  Et  il  ne  faut  pas 
s'étonner  n  les  Vers  du  Cala  font  fï  ache- 
vez ,  puis  qu'il  les  limoit  &  relimoit  fans 
.çefTe. 

S'egli  averrà,  cbe  quel  ch'i*  fcrivo ,  0  de  tu 
■    Qon  tanto  Jîudio ,  e  già  fcritto ,  il  difiorno 
\    Ajfaî  fovente ,  e,  corne  ïo  foy  l'adorno 

Penjofo  inmiofelvagglo  ermo  ricetto ,  &c.' 

Ceft  ce  qu'il  dit  de  lui-même  dans  le  52. 
de  fes  Sonnets. 

Je  reviens  au  prétandu  Livre  de  Mon- 
seigneur de  la  Café  de  Laudibus  Sodomia. 
Les  Proteftans  d'Allemagne  de  leur  côté, 
&  ceux  de  Hollande,  &  ceux  d'Angleterre, 
n'auroient  pas  manqué  non  plus  de  le  fai- 
re rimprimer ,  pour  le  reprocher  aux  Ca- 
tholiques. Et  les  Dévots  d'Italie  n'au- 
roient pas  manqué  auffi  de  le  reprocher  à 
fon  Auteur:  comme  Nicolas  Villani  dans 
fon  Difcorfo  Accademico  fopra  la  Poèfia 
giccofd,  imprimé  fous  le  nom  de  V Acca- 
demtco Aldeano ,  lui  a  reproché  fon  Capi- 
iolo  del  Forno  ,  &  quelques  Parodies  de 
l'Arioûe ,  &  aucun  Italien  n'a  fait  men- 
tion 


Anti-Baillet.  P.  Il:  4<5t 
iïon  de  ce  Livre  de  Laudibus  Sodomïce.  Il 
eft  donc  confiant  que  le  prétandu  Livre 
de  Laudibus  Sodomue  de  Monfeigneur  de 
la  Café,  Archevêque  de  Bénévent, Doyen 
des  Camériers  d'honneur  du  Pape  ,  Se- 
gretaire  des  Brefs  ,  &  Légat  ù  Latere  à 
Venife,  n'a  jamais  exifté. 

11  me  refte  à  faire  voir  qu'il  a  été  con- 
fondu avec  le  petit  Poé'me  Italien  de  Jean 
de  la  Café,  intitulé  Capttolo  del  Forno. 
Cela  paroît  clairement  par  les  beaux  ïam- 
bes du  Cafa  adreflez  aux  Allemans  :  car 
je  ne  fuis  pas  de  l'avis  de  Scaliger  qui  les 
traite  de  Vers  froids  &  fans  agrément  : 

Qued  vos  apttdy  dermaniéi  hum*nijji?n& 
Cens ,  culpor  ,  atque  turpioris  flagitii 
Ornajfe  dicor  nefeio  quid  laudibus , 
Jmpuro  id  efi  ab  homme  confiélum  ©•  Uvfa 
Tejlifque  tellus  omnis  efi  mthi  Itala , 
Tantum  me  ab  omnl  abejfe  turphudine , 
Quantum  ille  ab  omni  laude  femter  abfuitr 
Annïs  abhinc  triginta  ,  ejr  ampllks ,  fcio 
Uonnulla  me ,  fortajje  non  cafîijfimis  r 
Lufijfe  verfibus  :  quo.i  £tas  tune  mea 
Rerum  me  adegit  infeia ,  e?  femper  jocis 
Licentius gavifa  ,  cenrejj'u  omnium, 
Cuvent  a;   quod  fecere  ejr  aliï  item  boni. 
At  mine  abït  juventa ,  lufus  permanet. 
Et  Carmini  ilïi  nomen  adfcribunt  meum 
Idem  quod  ante  erat ,  me  adfcribunt  diem 
Eamdemt  trat  quA  quando  ii  elim  lufimus\ 
Cei  quod  puer  peccavit ,  aceufant  fenerri. 

Vermm  box  ut  ut  tam°"  fit,  obfcm'i  nihiV 

V  3  Scrip- 


462       Anti-Baillf.t.  P.  II. 

Scripfiffe  me  fcitote  :  namque  tune  quoqus 
Feftiva  nos  a  turpïbus  fecrevimu-s, 
A  molllbujque  impur  a.     Cumque  verfibus 
Laudavimus  Furnum ,  haud  mares  laudavi* 

mus: 
§luod  Me  ait  per  max'tmam  calumniam  : 
Sed  feminas  pla.e  :  ut  vider e  Carminé 
Ex  ipfo  adhuc  pottfiis.     Atque  moribus- 
Jndujiria,  pudore  ,  continent iâ, 
Lafcivi.im  nos  Carminis  cerreximus 
lliius  :  emendavimufque  fer'iis 
Jccos;  boni  quod  literis  quam  plurimi 
Teftantur  :  inter  quos  fenex  Me  optimus 
Eji  B  e  m  e  u  s.     Is  me  verfibus  USlifpmh 
Crnavit  :  is  pedejîribus  fermonibus  : 
Chm  maxima  effet  dignitate  pr&ditus  : 
Et  fplendiSè  habit  are  in  me  a  dixit  domo 
Virtutem.     Homo  gravis ,  fentelute  ultim&y 
Eburmâ  tu  ,  Flamini,  me  concinis 
Lyrâ:  ct*  libellos  dicis  aureos  meos. 
Victoriu  sque  candtdus  me  laudibut 
Complexus  omnibus,  vereri  vos  vêtit 
Quid  turpe  de  me.     Non  ego  peffum  infici 
Calumni&  caligtne  ulla  turbids. , 
Gjtiando  tuetur  fama  me  confentiens 
Confianfque  Vatum  ,  totaque  teflimonio 
Et  aéla  pure  vit*  luce  in  Urbium 
Clarifftmarum.     Diligit  me  civitas 
Vi&orïus       Be*ta  Venetùm  ,  ut  ddljt  cives  fuos* 
dit  lame-         Quid,  clariorem  h.ibere  quod  me  neminem 
sue  chofe,       ^  jjgfa  ps ^afria  jjryutm  mea  ? 

Qj-tidy 


Anti-Baillet.  P. II.        463 

&luii ,  nohile  oppidum  liononU ,  art'tum 
Caujfâ  bonarum  cognitum  vobis  quoqne  ? 
Exquiritote ,  amabo  vos ,  qmd  [enfuit 
De  me.     Aléa  illa  civitas  nutrix  fuit  : 
Sam  que  trudivU  illa  nos  à  parvulis. 
G}uid  ipfa  Rcma  ?  Pr&dlcanti  ignofcite 
De  me  mihi  :  non  tota  nos  compleclitur 
Arnore  ,  mater  liber  os  uti  finu 
Complexa  gaudet  ?  Qu^re  habere  transfuge 
De  me  fidem  nolite  terditiftmo  : 
Sed  enecate  in  dies  maris ,  fiti 
Ped.ribufqve ,  V  efuritionibus. 
&uod  bdle  adhuc  feci/Je  vos  exiftimo, 
Virtute  natio  O'  fide  atque  indu/lrU 
Et  literis  clara ,  ingenique  gloriâ. 

Car  il  paroi t  par  ces  Vers  que  les  Alle- 
mand n'aceufoient  Monfeigneur  de  la  Ca- 
fé que  d'avoir  fait  le  Capitolo  âel  For-no, 
mais  qu'un  Transfuge  qui  étoit  parmi  eux, 
prétandoit  que  l'amour  des  Nonconfor- 
miftes  étoit  loué  dans  ce  Poème. 

■    i  ■  Cum  que  verfibus 

Laudavimus  Furnum  ,  haud  mares  laudav'fr 


mm 


Quod  Me  ait  per  maximum  calumniam. 

Et  ce  Transfuge,  c'eft  Pietro  Paoîo  Ver- 
gerio,  Evcque  de  Capo  d'Khia  ,  homme 
de  beaucoup  de  mérite  dans  les  Lettres; 
qui  étant  aceufé  d'héréfie  par  le  Pape  Paul 
III.  s'enfuit  en  Allemagne,  où  il  fe  fit 
publiquement  Luthérien.  Monfeigneur 
V  4  de 


4<H  A nti -Baille t.  P.  II. 
de  la  Café  étant  Nonce  à  Venife  en  1^46. 
ut  ordre  du  Pape  de  lui  faire  Ton  procès 
comme  à  un  hérétique  :  &  il  lui  fit  défenfe  de 
retourner  en  fonEvêché.  C'eft  çequen  ou  s 
avons  appris  de  l'Hiftoire  duConcile.de 
Trente  de FraPaolo.  Le  Vergerio,pourfe 
vanger  de  Monfeigneur  de  la  Café,  publia 
dans  toute  l'Allemagne  que  Monfeigneur 
de  la  Café  avoit  loué  l'amour  des  garçons 
dans  fon  Capitoîo  del  Forno.  Et  il  fe  ion- 
doît  ,  fans  doute,  fur  cet  endroit  de  ce 
Poème,  où  il  eft  parlé  en  effet,  en  pas- 
fant ,  de  cet  amour  avec  quelque  forte.de 
louange; 

Tennero  il  Forno- giàir  le  Dmne  foie, 
Oggi  mi  par  che  certi  Garzonacci 
L'abbian  mandate  poco  men  ch'  al  Sole. 

Sp*& 

îi.  Il  y  a  dans  l'édition  de  Venife  1540.  in- S. 
E  fonne  btn  cagion  quefii  frAtacct. 

C'<eft  la  véritable  leçon  ,  l'autre  eft  fuppofée  ôcn'eib 
pas  même  Italienne. 

^1  2.  II.  y  a  dans  la  même  édition  que  je  viens 
de  citer^ 

Con  tutto  che'l  mio  pan  Jîa  pur  pica'no 

ce  qui  eft  plus  élégant. 

f  3.  Les  Froteftans  ont  extrêmement  appuyé, fur 
cette  exprefiion  qu'ils  ont  relevée  comms  un  blas- 
phème. Les  Apologiftes  du  Cafa  ne  l'ont  point 
défendu  là-deïïus,  5c  lemblent  avoir  pafle  condam^ 
îiation  par  leurlîlence.  Je  ne  fai  s'ils  ont  jugé  l'ob- 
jection Ci  foible  qu'ils  n'ayent  pas  daigné  y  répon- 
dre, les  mots  en  effet  divine ,  &  fanto  ,  ne  doivent 
pas  être  pris  à  la  lettre  ,  ce  font  des  manières  po- 
pulaires établies  prefque  dans  toutes  les  Langues 
pour  marquer  l'excellence  5c  la  fingularité  d'une 
ckpfe.     Les  Italiens  fur  tout  en  ufent  Souvent  dans. 

le 


ànti-Baillet.  P.IÎ.        465- 

Spaztinlo  a  po/la  1er  ,    nejjun  non  vacti. 
Bicon  pur  ch'  egli  e  umido  e  mal  netto. 
(1)  E  fono  ben  cagion  quelle  fue  flracci. 

Io  per  me  rade  volte  altrove  il  metto  : 
(0  Con  tu:to  che'l  mïo  pan  fia  pkcolino  , 
E'iforno  délie  Donne  un  po  grandit  to, 

Benche  chifa  que/lo  mejller  div'mo , 
Sa  ben  trovar  dôve  l'anno  ntfcojlo 
Cola  dirieto  un  certe  fornellino, 

Maïs  ce  qui  ne  permet  pas  de  douter  que' 
c'eft  ce  Capitolo  que  les  Allemans  repro- 
choient  à  Jean  de  la  Café,  c'eft  ce  qu'ont 
écrit  du  Moulin  &  Henri  Eftienne  ,  que 
Jean  de  la  Café  appeloit  ce  péché  (3)  une 
Oeuvre  divine  :  qui  eft  ce  qui  eft  dit  dans 
ce  Vers  : 

Benche 

Ve'burlefque,  témoin  le  Lernia  dans  le  Sonnet  O 
fphito  Oiz.zjtrro,  ou  parlant  d'une  méchante  mule  il 
dit  par  ironie 

La  mnla  poi  divîna. 

Le  même  dans  te  Capitolo  del peicaie. 

Ch':<n  pefee  buono  è  un  boccon  divino. 
Et  le  Varchi  dans  le  Capitolo  délie  risette. 

0  cilro piit  xlfamah  ,  pit*  che  divino. 
Le  Dolcc  dans  celui  del  Sputo. 

Lo  fpute  à  in  lui  mille'virtù  fegrete 

De  quai  ciafeuna  Ji pua  dix  divina, 

L'Arétin  dont  Balzac  1.  2.  de  (es  Lettres  à  Chape- 
lain, Lett.-  2.  dirqu'il  ne  peut  comprendre  la  Di- 
vinité, a  pourtant  été  furnommé  le  divin,  &  fou 
Dialogue  délia  vira  délie  fuore  qu'il  dédi;l  à  ion  :  et  t 
Siagc  a  çté  Jtoffi  traité  de  divin  par  le  mêmeDoke. 
V  ;  O 


466       Anti-Baillet.  P.  IL 

Esnche  chi  fa  quefle  me/lier  divïno. 

Mais  ce  qui  néanmoins  en  bonne  Gram- 
maire doit  s'entendre  de  l'amour  des  fem- 
mes, &  non  pas  de  celui  des  garçons. 
Voyez  ce  qui  précède  &  ce  qui  fuit. 
L'Auteur  avoit  dit  de  même  auparavant 
en  parlant  de  l'action  de  l'homme  avec  la 
femme  ,  Soleva  ejfer  gWl  Forno  un  arîe 
fanta:  &  il  dit  enfuite  ,  en  parlant  de  la 
même  action  ,  Dite  qt^dcofa  ai  quel  mcft'ier 
fanto.  Voyez  le  Poème.  Et  c'eft  avec 
vérité  que  le  Cafa  a  dit  Cumque  verfùus 
laudavintus  Furnum  ,  haud  mares  iauda- 
vimus*  Ce  que  Charle  du  Moulin  & 
Henri  Eftienne  ajoutent ,  que  le  Café  a 
dit  dans  cePoë'me,  qu'il  fa  voit  par  expé- 
riance  que  cette  action  e'toit  une  Oeuvre 
divine,  &  que  de  tous  les  piaîlîrs  de  la 
chair  c'étoit  celui  qui  luiplaifoit  davantage 

ne 

0  ^Aretîno  benedttts  voi 
Che  vendete  li  Principi  al  qttattrino  r 
Egli  ftimate  men  d'afini  e  buoii 
E  percic  quel  dialoio  divino , 
Uignoranz.a.  lor  madré  conofcen.io  , 
Driz.z.ajïe  iegnrmenle  al  Ba^ttino. 

II  en  eft  de  même  de  Santo.    Le  Bernia  dans  le  C&- 
fiiela  de*  Ghiozjz.i. 

0  pefci  fenzji  lifcht  y  o  pefci  fanti. 

3^e  Mauro  dans  fon  Via&j*9  di  %omat  parlant  d'un 
excellent  vin. 

Die  conforto  a  ciaflun  quel  liqttor  fanto% 

He  même  ».  Capitol*  del  lelto» 

Mi  ehe  doUczjytfentiria  m  amant 4 


Anti  -Ba  illet.  P.  II.  467 
ne  fe  trouve  point  dans  ce  Poème:  ce  qui 
fait  voir  qu'ils  ne  l'ont  point  vu,  &  qu'ils 
n'en  ont  parlé  que  par  ouï  dire.  Voyez 
leurs  termes  au  chapitre  tuivant.  J'ajoute 
à  toutes  ces  preuves,  que  Gisbert  Voet,  „?n  prl^ 

«.,  «  j    1    »  •    1  XXT   1    l-  nonce  i««ô 

&  1. Auteur  de  ,a  Lettre  citée  par  Wolphius,  enHoliacr 
difent  nettement  que  le  Capitula  del  Forno  de. 
de   Monfei^neur  de  la  Cale  eft  ce  Livre 
plein  d'ordures  qu'on  reproche  à  Monfei- 
gneur  de  la  Café.     Voyez  leurs  termes  au 
chapitre  fuivant. 

Le  Cafi  dit  la  même  chofe  dans  le  Dis- 
cours Latin  qu'il  a  fait ,  fous  un  nom 
étranger,  contre  le  Vergerîo,  Evêque  de 
Capo  d'Klria.  Ses  paroles  méritent, d'être 
rapportées  en  ce  lien.  Les  voici  :  Prœ- 
terea,  fi  qui  funt  paullb  minus  cafli  libelli , 
fer  jocum  aliquibus  in  adolelcent'ta  feripti , 
eas  tu  cuitibi  commodum  fuerit ,  aferibito: 
çu.e  dubia  erunt ,  tn  pejfimam  partem  rapi- 

De  gfi  frtt'îi  dTamor  fenzji  fpogliarfi 
l  toccar  qucl'e  lenz^uola  fante  ? 

Le  Flno,  capir.  de l  mal  Franciofo,  pailanj:  des  effets 
de  ce  mal 

Veigonfï  poi  di  lui  jt  vertuofe 
Opère  y  es  si  belle ,  c  cou  fante ', 
Le  Dolce,  cafrit.  dtlU  fpers.r.z.&. 

Tuito  il  mal  t  cbyè  cjho.  giù  ,  [offre  CarruirÀt 
Solo  per  che  trà  fe  divifa  ,  e  fpcfA 
Trovar  merceïe  da  ine  luci  fante. 

Ce  qui  fait  voir  que  le  reproche  qu'on  a  fair  auG> 
&  de  ces  fortes  d'espteflïons  n'eft  qu'une  pure  du*» 
cane, 

V  6 


4©^     Axti-Baillet.  P. IL 
t»  :  multa  de  tuo  addito  :  quod  de  verficpiii , 
Mis   qui  de  Furni   laudibus   infcripti  jam 
olimfunt,  fecijfie  te  video:  qua/nquam  illos 
me  annis  *b  hinc  qninque  &  vigtnti  éditas, 
alterius  cujufdAm  nomine  infcriptos  ,  legijfe. 
me  memini.     Z^Joanni    Cas  M  attri- 
buts :   quem  tumet  ajfirmare  foies  ornatè ,. 
politique  fcribere  &  verfibus  poffe  &  foluta. 
oraÙ9ne.     ld  quod  video  Bembo  quoque 
&  F  L  A  M  I  N I  O  vifum  effe\  aliifque  multis 
item    bonis  ,    doàlifque  viris  ,    qui  de  ejus~ 
hominis  cum  eloquentia ,  tum  temperantia , 
integritate ,  kumanitateque,  elogiaquœdam 
fcripta    reliquerunt,     Sed  fi    J  o  A  N  s  I  a 
CaSjE  ii  verficuli  funt,  ejus  ego  hominis. 
gravitaîem  &  conjtantiam  laudare  pojjim  \ 
nifi  tu  iratus  illi  de  judicio  tant  opère  fis  ; 
qui    toties   a   te   lacejfitus  ,  ref pondit   tibi 
numquam  :    prœfertim  cum   tribus   verbis 
facere  illi  hoc  Ucuerit  quicumque  eos  verfus 
ludens  fcripfit  :  nam  fi  tu  aliud  atque  tiîè 
dicit,  intelligis,  tua  iflhœc  culpa  eji,  qui , 
non  malè  diéîa^  maie  interpréter is-:  quod 
fi  aliud  dicitur ,  aliud  fignficatur ,  tamen 
îu-  in  aliam  partem  accipis  ac  cogitatum  ab 
ejus  carmin:  s  auôlore  fit  :  féminà  enim  Mis 
verfibus  plané,  non  mares  ,   laudantur,  fi 
modo  quicquam  prœter  Furnum  ipfum  lau- 
datur  ,   neque  tti  ignoras,  fed  vetere  Mo 
tuo  titeris  artificio   Oratorio  :    Comme  ce 
Difcôurs  n'a  jamais  été  imprimé,  &  qu'il 
e(t  rempli  de   chofes  curieufes,   &  très- 
élégamment  exprimées  en  Latin ,  j'ai  jugé 
a  propos  de  l'ajouter  à  la  fin  de  ces  Re- 
marques :&je  prans  la  liberté  d'y  renvoyer 
mes  Lecteurs. 

Apres 


A>ïti-Baillet.  P.  II.  469 
Après  avoir  démontre  que  Monfei- 
,^neur  de  la  Café  n'a  point  fa't  de  Livre 
intitulé  de  Laudibus  S'jdom'iœ ,  feu  Pœde- 
rafliœ,  &  qu'on  a  confondu  ce  prétandu 
Livre  avec  fon  Capitolo  del  Fomo ,  il  faut- 
faire  voir  que  ce  Capitolo  del  Fomo  eft  un 
Ouvrage  de  fa  jeuneiTe,  &  que  Mr.  Ju- 
rieu  qui  a  écrit  le  contraire  ,  a  été  mal- 
informé de  cette  particularité.  Je  n'au- 
rai pas  beaucoup  de  peine  à  le  prouver. 
Le  Cafa  le  dit  lui-même  dans  fes  ïam- 
bes. 

Annis  ab  hinc  tr'iginta ,  O1  ampliùs,  fcio 
Nonnulla  me ,  fortajfe  non  cajliffimis , 
Lufijfe  verfibus  :  quod  &tat  tune  mea 
Rerum  vie  adtgit  infeia ,  cr ,  femper  jocis 
Licentius  gavifa ,  concejfu  omnium , 
Juventa,  z?c. 
Sed  quod  puer  peccavit ,  aceufant  fenem. 

Le  Préfidant  de  Thou  dit  la  même 
chofe.  Ses  Paroles  feront  produites  au 
chapitre  fuivant.  Et  ce  Poème  d'ailleurs 
fe  trouve  imprimé  en  1538.  &  il  efi:  dédié 
à  Marc'  Antonio  Soranzo  Noble  Véni- 
tien ,  camarade  du  Cafa  ;  Et  ce  Marc' 
Antonio  Soranzo  mourut  jeune,  comme 
il  paroît  par  ce  Sonnet  que  le  Cafa  fit  fur 
fa  mort  : 

//  tuo  candido  fil  tojlo  le  amare 
Per  mt3 Soranzo m'w  Marche  troncaro,  ô'c, 
Lajfo  !  ti  paru  tu ,  non  ancor  pieno- 
J  pfimi  fpaz.it  del  corfo  umano, 

V  7  Celt 


470       Anti-Bai  llet.  P.  Iî. 

C'eft  le  domiéme  des  Sonnets  du  Ca- 
fa. J'ajoute  à  ces  témoignages  celui  du 
Poccianzio  dans  fon  Catalogue  des  Ecri- 
vains Florentins.  Edidit  adhnc  juvenis , 
antequam  ad  facrum  Arcbiprœfulatum  à 
Paulo  Tertio  admitteretur  ,  qœ.cdam  ,  &  fi 
jocofa  ,  arguta  tamen  ac  fubtilia  Carm.ïia  , 
Etrufco  fermone  :  car  c'eft  des  Capitoli  du 
Cafa  que  parle  le  Pocciamio  en  cet  en- 
droit. Il  faut  donc  coniïde'rer  ce  Poème 
comme  l'Ouvrage  d'un  jeune  homme. 
In  giovettil  fallire  è  men  vergogna.  Mais  il 
ne  faut  pas  feulement  le  coniîdérer  com- 
me l'Ouvrage  d'un  jeune  homme,  il  faut 
encore  le  confïdérer  comme  l'Ouvrage 
d'un  Laïque.  Mr  de  Thou  l'excufe  par 
la  licence  du  fîécîe  &  celle  du  lieu  dans 
lefquels  il  a  été  compofc.  Et  en  effet,, 
pour  ne  point  parler  du  lieu  de  la  naîs- 
fance  du  Cafa  ,  le  fiécle  dans  lequel  le 
Cafa  a  vécu ,  étoît  extrêmement  corrompu , 
comme  il  paroît  (1)  par  les  vers  de  Pon- 
tanus,  par  ceux  de  Politien,  par  ceux  de 
Sannazar,  par  ceux  du  Cardinal  Bembo. 
Et  ces  Capitoli  in  terza  rima  fur  des  cho- 
fes  honnêtes ,  mais  qui  avoîent  relation 
à  des  chofes  deshonnêtes ,  étoient  en  ce 
tans*là  fort  à  la  mode:  ce  qui  paroît  par 
îe  Capitolo  délia  Fava  du  Mauro;  &  par 
celui  délie  Fiche  du  Molza,  fi  célèbre  par 
le  Commentaire  du  Ser  Agrefto ,  c'efl-à- 
dire,  d'Annibal  Caro.  D'autres  l'excufent 

par 

%  i.  Le  Cafa  n'eft  venu  au  monde  qu'après  la 
mortdepontan,  &  n'a  point  vécu  dans  le  ûeciede 
*«4Uicn* 


Ant  i-Baillet.  P.  II.       478 

par  le  Lafciva  eft  nobis  pagina,  vita  pro- 
ba  eft  ,  &  par  le  Lafcivus  verfn  ,  mente 
puMcus  erat.  Et  il  elt  très-vrai- fcmblable 
en  effet  que  le  Cafa  s'eft  ici  calomnié  lui- 
mefme:  à  l'imitation  de  plulieurs  autres 
Poètes.  Nam  caftiim  eft'e  de  cet  pium  Poë- 
tam  ipfum ,  verfuulos  nih'tl  necejje  eft  :  Oui 
tv.m  deniqut  habent  [aie m  \$  Uporem  ,  fi 
ïmnt  moll  cuit  &  forum  pmdici.  "Mais  de 
toutes  les  exeufes  qu'on  allègue  en  faveur 
du  Cala,  au  fujet  de  Ton  Capitolo  del  For- 
no,  la  meilleure,  félon  moi,  c'eft  ce  qu'il 
dit  qu'il  a  reparé  cette  faute  par  une  vie 


vertueufe. 


Moribus , 


iKdiflriâ,  fudore,  continentia: 
Lafcivia>n  nos  Carmïnis  correximus 
Jllius  :  emenda vlmufaue  f  riis 
Jocos, 

Parmi  fes  Rimes  Italiennes  ,  il  y  à  en 
effet  de  très-beaux  Vers  de  Morale  &  de 
Dévotion.  Et  à  ce  propos,  je fupplie Mes- 
sieurs delà  Religion  prétandue  Reformée, 
de  trouver  bon  que  je  les  falïè  fouvenir 
que  c'eit  ainlï  que  leur  B-ie,  dans  fa  No- 
te fur  le  verfet  19  du  premier  chapitre  de 
St.  Maihieu,  a  exeufé  l'on  Rimnla  difpe- 
ream  ,  ni  mwogramwia  tua  eft  ,  &  fon 
banc  quoefue  quara  quœro ,  Pontice,  ftriéla 
via  eft,  &  fes  autres  vers  licentieux  tou- 
chant fa  mignonne  Candide  &  fon  ami 
Audebm.  Dicitur  ittptthiypKriÇen  inter- 

dura 


47^       Ant  i-Baillet.  P.  iï. 

dum  etiam  quum  a  Judice ,  non  infligit;n« 
pœna.  Ut  apud  1?  lut  arc  hum  Archilochus* 
fcribitur  editis  parum  honeftis  verficulis  fie- 
fe  'Ku^cihsiyixcniTa.i.  Quod  &  mihi  juveni r 
necdum  in  Ecclefiam  Dei  afcito  ,  evenit. 
Quam  iamen  maculam  fpero  me  tara  diéîis 
quam  faéiis  eluijje.  Il  dit  à  peu  près  la 
même  chofe  dans  fa  Réponfe  à  Balduin  : 
Sed  conjicio  fortajfe  quid  velis  ,  objicis  ni- 
mirum  mihi,  quce  paulo  ante  commémora- 
vi ,  Epigrammata  :  de  quibus  paucis  tthh 
rtfpondebo.  Si  tu  qucedara  in  iilis  {neque 
emm  omnia  potes)  ut  impura  &  obfcœna 
reprehendis ,  reclè  facis.  Sednemo  hoc  ante* 
me  fecit;  Nolui  enim  illi  Heliodoro  fimilis 
ejfe  ,  qui  fuara  Xctplxhsiccv  Chriftianifmo 
prcetulit.  Sed  contra  ;  &  voce  çff  fcriptis , 
primus  damnavi,  quœ  ifl'ic ,  Balduine,  ita 
fîudiofè  DoHorum  hominum  manibus  tere- 
ùantur ,  ut  quamvis  multis  èrratis  fcate- 
rent ,  tamen  nemo  effet  {quod  fine  invïdia 
di £lum  fit)  qui  non  in  eo  fcribendi  génère 
mihi  plurimum  tribueret. 

Outre  les  ïambes  adGermanos  que  nous 
avons  rapporte2  ci-delTus,  Monfeîgneur 
de  la  Café,  a  fait  en  profe  Latine  une 
Defenfe  de  fes  mœurs  contre  le  Vergerio. 
Cet  Ouvrage  n'a  pas  été  imprimé.  Mon- 
iteur Maglîabechi,  Bibliothécaire  du  Grand 
Duc  de  Tofcane,  qui  l'a  manufcrit,  m'a 
promis  de  me  l'envoyer:  &  je  fais  état  de 
le  faire  imprimer  à  la  fin  de  ces  Remar- 
ques. 

Je  finis  ce  chapitre,  en  déclarant  à  Mr. 
Balllet,  que  quelque  chofe  que  j'aie  dite 

ici 


Anti-Baillet.  P.  II.      4.73 

ici  en  faveur  du  Cafa,  je  n'approuve  nul- 
lement le  fujet  de  ion  Capitolo  del  Fomo  , 
c\  que  j'en  blâme  très-fort  les  vers  que 
j'ai  rapportez. 

J'oubliois  à  remarquer  que  Mr,  Baillct 
qui  juge  fouverainement  de  tous  les  Poè- 
mes Italiens,  n'a  jamais  lu  ce  Capitolo', 
qui  eft  fi  fameux  ,  qu'il  a  fait  nommer  fon 
Auteur  par  le  Caporali  le  Pourvoyeur  Gé- 
néral de  Ï Armée  a" Apollon.  Il  n'a  pas  lu 
non  plus  les  ïambes  ai  Germavos.  Il  eft 
auffi  à  remarquer  que  Mr.  Baillet  a  omis 
le  Cafa  dans  fa  Lifte  des  Traducteurs.  Le 
Cafa  a  traduit  (1)  en  Latin  plulïeurs  cho* 
fes  de  Thucydide.  Ce  qui  fait  voir  que 
Mr.  Baillet  n'a  point  lu  aufïi  les  Oeuvres 
Latines  du  Cafa. 

CXX. 

ILxamen  des  témoignages  dont  on  fe  fer£ 
pour  prouver  que  y  an  de  la  Café  a  fait 
un  Livre  intitulé  de  Laudibus  Sodo- 
mix,  feu  Paederaftix. 

SLeiDan,  Livrexxi.de  fon  Hiftoï- 
re,  en  l'an  i)"48.  Ille  quem  diximus , 
Archicpifcopus  Beneventanus ,  libellum  con- 
fcripfit  plané  cynœdum  ,  &  quo  nihilfœdius 
excogitari  pojfit.  Nec  enim  puduit ,  fc élus 
longé  omnium  turpijfimum ,  fed  per  Ita- 
liam  nimis  notum  atque  Grœciam^  celebra- 
i  ^iibus. 
Remarquez  ,  que  Sleidan  ne  dit  point 

que 
f  !.  Il  n'en  a  traduit  que.  des  Harangues. 


474  Anti-Baillet.  P.  II. 
que  ce  Lrivre  fût  intitulé  de  Laudibus  S&~ 
domîx  :  &  ce  qu'il  dit,  que  le  crime  de 
Nonconformiré  y  ctpit  loué,  tombe  fur 
ces  vers  du  Capuolo  del  Forno ,  ci-deilus 
rapportez  : 

Tennero  il  Forno  gik  le  Donne  foie ,  vc 

Remarquez  auffi  ,  que  Sleidan  eft  un 
Proteftant:  &  que  ce  qu'il  a  écrit  contre 
Jan  de  la  Café,  il  l'a  écrit  dans  un  Li- 
vre fait  contre  les  Catholiques  Romains. 

(i)  BfcZE  ;  ou  plutôt  Besie;  (c'cii 
ainfi  qu'il  s'appelloit)  dans  la  Dédicace  de 
fes  Poélles  à  André  Duditius;  olim  qu'i- 
dem Hungarici  pfeudocleri  in  T'ridentino 
Conciliabule*  Oratori,  nunc  vero  fido,  Je- 
fu-Chrifti  firvo  ,  de  l'édition  de  Genève 
in  8.  de  l'année  1576.  Exfiat  excufum  So- 
domiœ  Encomium  joannis  a  Cafa ,  Floren* 
tint,  rhytmis  Italicis ,  ut  idonei  tejles  fcri" 
bunt ,  unà  cura  Berniœ  Capitutis,  quce  vo~ 
tant ,  ed'ttum.  Et  tamen  eum  Cacolyci  Be-> 
neventanum  Archiepifcopum  ,  Caméra  //- 
poftolicœ  Decanum ,  çjf  fummum  in  Vene- 
torum  Domin'io  adLutheranos perfequendos 
Lcgatum  defignârunt  :  Papam  etiam  for- 

tûJJÏS 

%  1.  Je  me  fouviens  avoir  vu  une  Chronique  La- 
tine in  fol.  de  Jean  Leiars  Religieux  Céleft;n  im- 
primée chez  Jean  Kerver  à  Paris  1521.  ( L*z.iardi 
Cbronicon)  &  dédiée  fous  le  nom  du  Libraire  à 
Nicolas  de  Beze  Confeiller  Clerc  au  Parlement  Je 
Paris,  oncle  de  Théodore,  où  dans  la  fufcription 
de  la  Dédicace  il  y  aN'colaode  Be'Ve  ,  &  non  pas 
de  Bes  ie,  qu'on  ne  trouvera  nulle  part.  De  Btfz.e  e(ï 
donc  l'ancienne  orthographe  ,  telle  qu'on  la  voit 

enr 


Anti-Baillet.  P.  II.  475* 
ta/fis  futurum ,  nifi  monfirum  iilud  homints 
mors  irîtcrcepijj'ct. 

Remarquez  que  Beze  ne  parle  que  par 
ouï  dire:  &  que  ceux  dont  il  tient  la  cho- 
fe  ,  ont  été  ici-deiîus  réfutez.  11  eft  au 
relie  étrange  ,  que  Beze  dont  les  Poë- 
ties  font  très-licentieufes  ,  ait  parlé  de 
la  forte  de  Mon  fugueur  de  la  Café  y 
un  des  plus  honnêtes  hommes  du  mon- 
de. 

Je  rapporterai  ici  à  ce  propos ,  en  fa- 
veur de  BLjze  &  du  Cafa,  fes  paroles  de 
la  Préface  des    Lettres  Amoureufes  du 
Cardinal  Bembo  :   Se  gï'uomini  naÇceffero 
vecchi,  e  ornati  délie  degnità,  e  de'* gradi  y 
a* quali  Ji  perviene  pot  aile  volte  in  proces- 
fo  di  tempo,   tutte  le  loro  azzioni  douer  eh» 
bono  efiere  d?un  medefimo  ténor  e  \  grave , 
e  coftumato  :  e  fpezialement  le  Scritiure , 
ficome  più  perpétue ,  e  plu  unlverfalmente 
•vedute ,  e  confiderate.  Mapoiche  alla  vec- • 
chiezza  non  fi  puo  ventre  per  altro  cammini, 
che  perla  via  délia  piùfrefca  età  di  mano  in 
manoi  e  poiche  la  fortuna  varia  e  rnnia  le 
noftre  condlzz'toni ,  ed  i  noflri  ftati ,  corne 
le  place  ,  fe  non  e  b:afvmo  che  i  vecchi  e  le 
perfore  graduate  Jcrivino    corne  alla   vec- 

chez- 

encore  dans  l'E^itaphe  que  Théodore  fît  mettre 
pour  Ton  Oncle  à  Paris  en  I'Eglife  S.  Côme  1543. 
Depuis  on  h  communément  écrir  Btz.e ,  &  cetre  or- 
thographe a  prévalu  En  Lat-n  c'eft  prefque  tou- 
jours BtXAt  rarement  BrU,  &  deux  fois  feulement 
Bez,fus ,  l'une  dans  Ptpigramme  ad  Mufas,  l*autre 
dans  l'Epi;ramme  nd  ptdtm  dv.iUdx  ,  où  contre  la, 
rev',1?  de  la  quantité  la  premiéie  de  Be&tus  le  trou- 
ve brève  deruioi  il  a  été  repris  par  du  Menai. 


4>6      Anti-Baille't.  P. If. 

chiezzaed  al  lor  gradofi  richiede ,  perche  fé 
debbe  riprendere  cke  ejfi  abbiano  fcritto  gio- 
veni  e  Jecolari  quelU  ,  ed  in  quel  modo ,  chc 
alla  gioventu ,  ed  afecolari  ,  non  fù  grair 
fatio  difdicevole7.  Le  fcritture  non  d.ivengo- 
no  canuie  con  i  loro  Autori  e  Compofitvr:  1 
ma  fi  rimangono  nella  loro  et  à,  e  nella  loro 
giovinezzafempre:  e  net  ci  muùamo.  Chl 
pub  a  buona  equita  maravigliarfi ,  de  i 
campi  iquali  producono  di  ftate  utili  fruttij 
abbiano  uani  fiori  di  primai' cr  a  gêner ato. 
Il  bue  che  teftè  ara  ,  giovenco  fcherzo.  E; 
Licurgo  e  Sohne ,  e  C atone  e  Mario,  pian" 
firo  ne  lie  cune ,  corne  gl*  altri  fane iulli  fan-' 
no  :  e  non  furono  cofi  feverl ,  ne  coft  rigidr 
nella  prima  et  a  corne  nella-  eftrema.  Colora 
dunque  a  cui  non  difpiacerà  di  leggere  ques- 
ie  Lettere  ,  Jiano  da  noi  caramente  pregati 
di  rammemorarfi  che  elle  furono  dettate , 
non  da  quel  canuto  Signore  che  ejfi  vidde- 
ro  ,  ma  da  un  gtovane  di  privata  condizzio- 
ne,  nella fua  nova  età\ 

Charles  du  Moulin,  Profes- 
feur  en  Droit  à  Tubinge,  dans  l'Oraifonr 
qu'il  récita  le  4.  des  Calandes  de  Mars 
de  l'année  15-5*4.  dans  les  grandes  Ecoles 
de  Tubinge ,  imprimée  premièrement  en 
Allemagne  en  feuilles  volantes ,  &  inférée 
enfuite  par  Mr.  Pinfïbn  Avocat  au  Parle- 
ment dans  la  dernière  édition  de  Paris" 
des  Oeuvres  de  du  Moulin:  Joannes  délia 
Cafa  Archiepifcopus  Beneventanus ,  Papa- 
lis  Camerœ  Decanus ,  C53  in  toto  Veneto- 
rum  dominio  cum  pote  [laie  Légat  i  a  latere 
Légat  us  ,  eâ  Légat  i  on  e  fungens  ,  Venetiis 
librum  compofuit  &  .edidit  de  Ltudibus  So« 


Anti-Raillet.  P.îï.       477 

éômi<e.  Quis  hîc  non  exbcrrefcat?  Sedhor- 
ribtlius  ejt  quod  in  eo  libro  affirmât ,  exe- 
crandiffimum  illud  Sodomice  j  ce  lus ,  cjje  ar- 
Jem  &  opus  divinum ,  idque  etiam  propria 
expcrientiâ  perfuadere  &  facere  credi  niti- 
iur  :  dicens ,  fe  non  aliâ  magis  venere  de- 
ieéîari.  Qiùs  Ethnicorum  ,  etiam  cynœdo- 
rura ,  immo  pathicijjlmorum  Poëtarum ,  tara 
impudenii  &  projeéiâ  liùidinis  prur:entis 
•&  pluj'quam  belluince  liceyitiâ  uti  aujus  eft  ? 
Qjiid  quod  vetcres  illi  Sodomitcc ,  De i  vin- 
-diffâ^  fîtlphuris  CS5  ignis  pluviâ ,  &  abyjfio 
in  Infernum  vivent  es  abforpti  :  Genefis  19. 
jKunquamjcelus  fuum  ita  laudaverant  :  nec 
artem  iff  opus  divinum  efife  dixerant.  Et 
tamen  non  puduit  Legatum  iîlum  &  Ar- 
■chiepifeopura  Papalem  ,  interioris  etiam 
■Confit  ii  Romance  Se  dis  Antejignanum  C53 
Decanum  :  uteiiam  inde  fibi  ,fuifque  Syra- 
iniftis,  tanquam  de  egregio  &  iîli  Curies 
gratifijimo  palmario  plaudat  :  non  clam  ,  fed 
in  totius  crbis  tanquam  libidinibus  Ànti- 
chrifti  fîtbatti  theatro,  noraenque  fuum ,  & 
qualitatem ,  in  honorera  Sedis  &  funélionis 
fuœ  libro  prœfixerit.  Venetiis per  Traiar.um 
Navum ,  publicum  Chalcographum  7  propa- 
lam  impreffio  &  vendito  :  &  nondura  bien- 
Tito  in  Comitiis  Hehetiorum  Badenfibus , 
tam  prodigiofam  fœditatem  execrantium , 
ieclo,  &C. 

Remarquez,  que  Charle  du  Moulin  11e 
dit  point  qu'il  ût  vu  ce  Livre:  &  que  ce- 
la même  qu'il  allègue,  que  l'Auteur  y  dit 
qu'il  favoît  par  fa  propre  expe'ri;mce  que 
la jouiÏÏance  des  garçons  étoit  une  chofe 
divine  ,   &  que  de  tous  les  plaiiirs  de  la 

chair, 


47S       Anti-Baillet.  P.  IL 

chair  ,    c'étoit  celui  qui   lui   plaifoit   da- 
vantage, témoigne  qu'il  ne  Ta  point  vu: 
car   il   n'y  a  rien  de   femblable  dans   le 
Capitolo  del  Forno.   Remarquez ,  que  ces 
mots,  exccrandiffvmurn  illud  Sodomie [ce- 
ins ,   effe  artem ,  &  opus  divinum ,  eft  re- 
latif à  ce  Vers,  Benche  chï  fa  quefto  meftier 
divino.    Remarquez  qu'il    eft  ridicule  de 
croire  que  Monfeîgneur  de  la  Café  étant 
Légat  à  latere  à  Venife,  y  ût  fait  impri- 
mer fous  fon  nom  un  Livre  de  Laudibus 
S»domiœ,  &  qu'il  ût  pris  dans  ce  Livre  la 
qualité  de  Doyen  des  Camériers   d'hon- 
neur du  Pape,   de  Segretaire  des  Brefs, 
de  Légats  latere  à  Venife,  &  d'Arche- 
vêque de  Bénévent.     Remarquez  ,   qu'il 
eft  faux  que  Monfeîgneur  de  la  Café  ait 
compofé  le  Capitolo  del  Forno  étant  Non- 
ce à  Venife.   Remarquez  ,   que   Monfeî- 
gneur de  la  Café  n'étoit  que  Nonce  à 
Venife  ,  &  non  pas  Légat  à  latere.  Re- 
marquez ,   que  Charle   du  Moulin  étoit 
irrité  contre  la  Cour  de  Rome,  qui  avoit 
cenfuré   fes   Livres.     Remarquez  ,    que 
cet  endroit  de  Du  Moulin  rempli  de  faus- 
fetez  &  de  calomnies,  eft  la  caufe  de  la 
plupart  des  fauiTetez  &  des  calomnies  que 
les  Proteftans  ont  débitées  contre  Mon- 
feigneur  de  la  Café. 

Henri  Estienne  dans  fon  Apo- 
logie d'Hérodote,  Livre  i.  chapitre  13 
Car  ceci  ne  fe  doit  taire ,  que  Jan  de  la 
Café  ,  Florentin ,  Archevefque  de  Béné- 
vent,  a  compofé  un  Livre  en  rhytr/ie  Itd' 
Uenne ,  ou  il  dit  mille  louanges  de  ce  péché ', 
auquel  les  vrais  Chrétiens  ne  peuvent  feu- 
le* 


Anti-Baillet.  P.  IL       479 

le  nient  penfer  fans  horreur  ;    &  enfr*  autres 
chofes ,  l'appelle  Oeuvre  divin.  Ce  Livre  a 
été  imprimé  à  VeniÇe  chez  un  nommé  Tro- 
jan  Nantis ,  félon  le    témoignage  de  quel" 
ques  uns ,  lequel  ils  ont  mis  par  écrit.  Or 
efl  r  Auteur  de  ce  tant  abominable  Livre , 
celui-mefne  auquel  f  ai  dédié  quelques  miens 
vers  Latins  pendant  que   f  et  ois  à  l/enife. 
Mais  je  protefle  que  je  commi  cette  faute 
avant  que  le  connoître  tel:  &  qu'après  en 
avoir  été  averti,  la  faute  et  oit  j  a  irrépa- 
rable. 

Remarquez,  que  Henri  Eftienne  n'a- 
voit  point  vu  ce  Livre,  &  qu'il  n'en  parle 
que  fur  le  témoignage  d'aurrui.  Remar- 
quez ,  que  Henri  hllienne  étoit  Protes- 
tant, &  qu'il  parle  de  ce  Livre  dans  un 
Livre  qu'il  a  tait  pour  décrier  les  Catho- 
liques. 

GuillelmusCanterus  dans  fa 
Préface  fur  Properce  de  l'édition  de  Plan- 
tin  :  Qjiis  ferai  ,  quod  fuperjoribus  annis 
accidit ,  Cafalem  qwmd*m  ,  fummum  pro- 
pe  dignïtatïs  in  H:erarchia  gradum  obti- 
nentem,  carminibus  turpiffimis  in  f  and  a  fia- 
gttia  prcedicare'i  En  egregium  familia  di- 
tmcc  cù lumen:  cui  turpitudo  per  Je  magna 
faits  non  ducitur^  nifi  ad  eam  accédât  im* 
pudentiffima  gloriatio. 

Remarquez,  qu'il  n'eft  point  parlé  dans 
le  Capitolo  del  Fomo  de  cette  vanterie  dont 
parle  Camérus.  Je  remarquerai  ici  en  pas- 
sant que  l'édition  de  Pbntin  du  Properce 
de  Canrérus  eft  de  15-69.  &  non  pas,  com- 
me l'a  écrit  Mr.  Baillet,  de  15-99. 
Joseph  Sca'liger  dans  fon  Con- 
fia- 


48o       Anti-Baillet.  P.  II. 

futatio  Fabula  Burdonum:  Et  hoc  quoque 
magnum  fiagitiu 'm  ejl ,  alienos  verfus  licen- 
tiores  vertere ,  quam  proprios  edere  :  quoâ 
fecerunt  Joannes  Cafa  &  Petrus  Bembus , 
ambo  Ecclefiaftici  Ordinis.  Quorum  aller , 
Archiepifcopus  Beneventanus  :  alter ,  Car- 
dinales. Hic  ,  Etrufco  carminé  p  céder  as- 
tiam  celebravit  :  &  quu:n  hoc  nornine  ma- 
ie audiret ,  id  îambo  fatis  frigido  fcj3  illepi- 
do  ad  Germanos  exeufare  conatus  efl  frus- 
tra. 

Et  dans  Je  fegond  Scaligerana  ,  page 
44.  Cafa  a  fait  des  Vers  en  V honneur  de  la, 
Bougrerie.  Les  Allemans  Font  trouvé  fort 
mauvais  :  car  ils  haijfent  ce  vice  a  merveiU 
le.  Cafa  a  fait  un  Scazon  ad  Germanos 
pour  s^en  exeufer.  Il  y  en  a  qui  ont  le  Li- 
vre :  mais  il  ne  Je  trouve  guère  s.  Ce  Sca- 
Zon  n'efî  gueres  bon.  'J'en  voudrais  faire 
de  meilleurs.  On  en  faifoit  bien  e'tat  :  mais 
ce  tfeft  pas  grand  cas. 

Remarquez  ,  que  Jofeph  Scaliger  étoît 
Proteftant,  &  que  dans  cet  endroit  de  la 
Confutation  de  la  Fable  des  Bordons,  il 
parle  contre  les  Jéfuites  qui  le  blâmoient 
d'avoir  traduit  des  vers  licencieux.  Re- 
marquez qu'il  n'avoit  point  vu  ce  prétan- 
du  Livre.  Remarquez  ,  qu'il  dit  que  le 
Cafa  avoit  fait  des  Vers  aux  Allemans 
pour  s'exeufer  de  ce  Livre  ,  &  qu'il  pa- 
roi t  par  ces  vers,  comme  il  a  été  prouvé 
ci-defïus,  qu'il  ne  s'agiiToit  que  du  Capi- 
tolo  del  Forno.  Remarquez,  que  dans  ce 
Segond  Scaligerana  11  appelle  ces  Vers  des 
Scazons ,  qui  font  des  ïambes.  Remarquez , 
qu'il  dit  que  ce  Livre  du  Cafa  ne  fe  trouve 

gue- 


Anti-Bail  le  t.  P.  IL      481 

gueres:  ce  qui  donne  fujet  de  croire  qu'il 
a  cru ,  comme  les  autres  ,  que  ce  Livre 
étoit  un  autre  Livre  que  le  Capitolo  del 
Forno  :  car  dans  le  tans  que  le  Scaligéra- 
na  a  été  compofé,  qui  eft  vers  1606.  il  y 
avoit  plusieurs  éditions  des  Capitoli  du 
Cafa  :  celle  de  Venife  de  Curtio  Navo 
en  15-38.  qui  eft  la  première:  Celle  de 
Venife  en  1 5-42..  celle  de  Florance  par 
Bernardo  Giunta ,  en  la  même  année  1 542. 
Celle  de  Venife  de  ijyo.  par  Trajano 
Navo,  dont  parle  Du  Moulin  (1).  Celle 
de  1572.  par  les  Giunti  à  Florance  : 
Celle  de  Venife  de  1564.  par  Dominico 
Giglio  :  &  plufieurs  autres  qui  ne  fon: 
pas  venues  à  ma  connoilTance. 

G  o  l  d  a  s  t  ,  dans  fes  Collections  page 
71.  au  Sermon  de  St.  Valerien,  de  Bono 
difciplina  ;  Ve  liera  ut  vellemus  ,  &  har.c 
pœnam  in  eos  quoque  porrigeremus  ,  qui 
yoannis  délia  Cafa  ,  Archiepifcopi  Bcne- 
•ventani  libros  de  Laudtbui  Sodomies  fpur- 
cïffimos  illos ,  &  extrême  impi's:  nec  non 
Pétri  Aretini  abominandas  &  deîeftandas 
imagines,  ex  Italia  important ,  ac  diven» 
dunt ,  &c. 

Jan  de  la  Café  n'a  point  fait  de  Livres 
de  Laudibus  Sodomies.  iVlais  il  a  fait,  lit- 
téralement ,  la  louange  du  Four  ,  dans 
un  Capitolo  qui  ne  contient  que  156, 
vers. 

Salmuth,  dans  fes  Commantaîres 

fur 

%  1.  L'année  de  fon  édition  n'eft  point  marcuée 
par  du  Moulin  qui  ne  l'avoit  point  vue ,  &  qui  n'eu 
parloit  que  par  ouï  dire. 

Tom.  VIL  Paru  L  X 


4$i       Anti-Baillet.  P.  II. 

fur  Pancirolle,  partie  i.  titre  47.  de  Din- 
demate ,  page  2.22.  de  l'édition  de  Franc-' 
fort  de  1646.  in-4.  Quœ  tamen  non  deter- 
ruerunt  in  Italia  (ô  tempora  !  ô  mores  !) 
Epifcopum  quemdam  ■N.u.cerimtm,  Jehan- 
non  de  la  Cafa ,  quin  Sodomice  laudes  ne- 
fario  libro  fuerit  compl>xus,  uti  Conradus 
Rittershufius  conqueritur  in  Novellis  Lec- 
iionibus,  part,  12.  cap,. 9.  n.  7. 

Rittershulius,  dans  le  lieu  alle'gué  par 
Salmuth ,  ne  nomme  point  Jan  de  la  Café. 
Voici  fcs- termes:  Plura  de  Sodomia,  (cu- 
jus  etiam  Lzudes ,  nefario  libro ,  complexus 
eft  quidam  in  Italia  Epifeopui)  videantur 
ttpud  Julium  Clarum,  &c.  Il  eft  néan- 
moins vrai  qu'il  a  entandu  parler  du  Cafa; 
mais  il  le  connoiffoit  n*  peu  qu'il  Ta  appe- 
lé Evêque  ,  au  lieu  de  l'appeler  Archevê- 
que. Salmuth  l'a  encore  moins  connu, 
raiant  appelé  Evêque  de  Nocera  ,  au 
lieu  de  l'appeler  Archevêque  de  Béné- 
vent. 

Le*  Présidant  de  Thou  ,  Li- 
vre  xvi.  de  fon  Hiftoire  ,  en  l'an  issi* 
page  4S9.  de  l'édition  de  Genève:  Etiam 
de  Claudio  Efpencao  ,  Parifienfi  "ïheologo., 
&  Joanne  Cafa,  qui  Pontifici  ab  Epiflolis 
erat ,  in  Cardinalicium  Collegium  cooptan- 
dis  tune  aâum.  Utrumque  commendabat 
gêner  is  nobilitas  :  o*  dofirina  ,  quamvis 
diverfa.  Nam  alter  'Theclogicis  Studiis  in- 
nu  tri  fus  ,  in  prefeffione  fua  confenuerai  : 
alter  ,  eloquentiâ  ,  atque  eleganter  Etrufcè 
m  Latine  feribendi  peritiâ  vel  cura  anliqais 
tomparandus  ,  magna  r.egotla  fub  Pontifi- 
itbus  fnmmâ  follertiâ  gejlrat.    Se.d  lonçè 

dis* 


A.nTi-Baillet.  P.  IL       4^3 

dtfpares  utriufque  mores  erant  :  chm  ille 
janélitate  v.'t.e  ac  murum  caflitate  prœfta- 
ret  ;  hic ,  feculi  lïcentiâ  ,  ac  loc't ,  in  qui) 
degebat ,  ibertate  ufus ,  folutus  ferc  vitam 
eg{$et.  Itaque  ab  amulis  uterque  apud 
Ponttficem  Uelatus  :  Efpencœus  qu'idem  , 
quod  quœdam  perperam  ïnter  toncionandum 
de  Aurea  quam  vulgo  appellant  LegcxJa , 
locutus  ,  cùm  Ftrream  pottùs  vocandam 
ejfe  contenderet  ,  poftea  publiée  recantare 
coaélus  fuïjfet  ;  quod  &  a  Roanne  Sleidano 
mémorise  prodttum  efi  :  alter ,  quod.  etïam 
Carminé  rem  nefandam  in  juventute  lau~ 
dajfe  dicereîur.  Sicque  ob  diverjas  longé 
caujfas  uterque  ab  eadem  -digniîate  commo- 
tus  eft. 

Remarquez,  que  le  Préfidant  de  Thon 
ne  parle  de  ce  Poème  Italien  du  Cafa  que 
par  ouï  dire  :  quod  laudajfe  diccretur  :  •& 
qu'il  dit  que  le  Cafa  l'avoit  fait  dans  fa  jeu- 
neife.  Remarquez,  qu'il  dît  qu'en  i$Sf+ 
le  Cafa  étoit  Secrétaire  des  Brefs  du  Pape 
Paul  IV.  ce  qui  ne  permet  pas  de  croire 
que  le  Pape  Paul  IV.  lui  ût  donné  ce 
grand  emploi  s'il  ût  été  vrai  qu'en  15-50. 
ii  ût  compofé  ck  fait  imprimer  un  L'vre 
de  Laudibus  Sodomia.  Et  Henri  II.  Roi  ôc 
France  n'eût  pas  écrit  à  Paul  IV.  pour  !e 
prier  de  faire  le  Cafa  Cardinal,  iï  le  Cafa 
ût  fait  ce  Livre  infâme:  car  j'apprans  par 
le  Recueil»!  m.mufcrit  des  Lettres  du  Ca- 
fà, que  Henri  II.  Roi  de  France  écrivit 
au  Pape  Paul  IV.  pour  lui  faire  cette  priè- 
re. Cependant  il  til  vrai  que  le  Cafa  ne 
put  jamais  être  Cardinal  ,  ni  fous  Paul 
tlL  ni  fous  Paul  I y.  quoique  pov.r 
X    2, 


4$4       Anti-Baillet,  P.  II. 

tenir  cette  dignité  il  ût  fait  toutes  chofes 

poffibles. 

Copra mi  ornai  vermiglia  vefla ,  o  mro 
Manto  ,  poco  mi  fia  gioia  o  dolore  : 
Ch'a  fera  el  mio  discorfo  :  e  ben  l'errore , 
Scorgo  or  del  Vulgo  ,  che  mal  fcerne  il  vero. 

C'eft  ce  qu'il  dit  lui-même  dans  le  48.  de 
fes  Sonnets.  Et  dans  le  p. 

Or  pompa  ed  ojîra,  &  crfontana,  ed  elce  , 
Cercando  ,  a  vefpro  addutta  0  la  mla  vita. 

Et  dans  fa  Seftine: 

Dilà ,  àovt  per  oftro ,  e  pompa ,  ed  orê 
Tra  genti  inermi  a  periglio/a  guerra , 
Tuggo  io  mendico,  efolo:  e  di  quella  efca 
Cb'  ï  bramai  tanto  ,  fazio ,  a  quefie  querce 
Ricorro ,  vago  ornai  di  miglior  cibo , 
Per  aver  pofa  almen  quefii  ultïmi  ann'u 

Petrus  Viclorius  dans  fa  Dédicace  des 
Politiques  d'Ariftote  à  Monfeigneur  de  la 
Café  &  Scipione  Ammîrato  dans  fon 
Ritratto  di  Monfignor  délia  Cafa,  en  at- 
tribuent la  caufe  à  l'étoile.  Voici  les  pa- 
roles de  Petrus  Victorius  :  Virtutes  autem 
illœ  tua  folid.e  ac  firma ,  quœ  uno  omnium 
ore  celebrantur  ,  ac  mirificos  fui  amatores 
cotidie  inventant ,  dira  honore  non  parvo, 
dignitatcque  décorât  ce  fint,  videbantur  ad- 
bue  altiore  gradu  dignœ ,  ut  probi  vin  non 
Jïne  caujju  j'eepe  quejîi  fînt,  tibi  eum  hono-. 

rem 


Anti-Baillet.  P.  IL     àfis 
rem  delatum  non  e]Je ,  ad  quem  alii ,  mino- 
ribus  fortaffe  laudtbus  commendati  ,  facile 
pervenerunt.    Nec    tamen  non   Alexander 
Farnefius  ,  optimus  ac •  clanjfimus  juvenis  y 
tuique  amantijfimus  ,    qui  plurimum  olim 
in  hoc  potuit ,  ac  de  prob'ttate  dodrinaque 
tua  egregiè  femper  fenfit  ,   non  magnoperè 
pro  te  laboravit  ,  ut  mihi  ipfe  crebro  cum 
apud  nos  maneret ,  commemoravit ,  &  tibi 
enim  tpfi ,  honorique  tuo ,  toto  animo  fave- 
hat\  &  banc  rem  avo  fuo  Pontifici  Maxi- 
mo  laudi  datum  tri  intelligebat.  Sed  vincit 
fcepe  omnia  omnium  ftudia  fortune  iniquitas 
ac  fatum  ipfum,  quod  ùbi  nunc ,  non  fine 
damno  fummi  Ordinis  contigit:  cui,  quam- 
zis   ampiijfimo  ,   ac  fanfiijjintis  pluribus  r 
honeftijjimifque   v'iris  fuigenti  ,  fplendoris 
aliquid  decorifque  ïirtutibus  tuis  attuliffes. 
Vera  tamen  laus  efl  ,    dignum  fe  prœbere 
maximis  konoribus ,  non  alùffimum  digni" 
tatis  locum  adipifci.  Voici  celles  de  TArn» 
mirato:  Ma  niuno  m' 'à  fatto  tanto  confer- 
mare  in  quella  credenza  che  in  vano  j'  "ffa- 
ticano  gli  uornini  a  confeguir  gli  onori ,  fe 
non  vt  fono  a'Ulati  dalla  rorlnna,  mini/Ira 
di  Uio  ,    quanto  eglt  :  poiche  coftituito  in 
dignita  Arcivefc ovale,  ricco  £e strate  ,  non 
po-vcro  di  ferrigi  fatti  alla  Chiefa,  ornato 
di  lettere  ,e  finalmente\  procura?ido  di  farlo 
Cardinale  gli   flejfi  nipoti  del  Papa  ,    non 
potè    mai    coxjeguire   il    Cardinalato.    Ces 
ri'fons  du  Vfttori  &  de  FAmminto  font 
les    véritables    nifons    qui    empêchèrent 
Monfeigneur  de  la  Café  d'être  Cardinal  : 
car  il  n'y  a  point  d'apparance  de  croire  que 
Paul  III.  &  Paul  IV.  ne  le  rirent  point 
X   3  Gui-- 


4*&      Anti-3aillet.  P.IF. 

Cardinal  à  caufe  de  Ton  Capitolo  delForna, 
puifque  nonobftant  ce  Poème  Paul  III.  le 
rit  Archevêque  de  Bénévent  &  Nonce  à 
Venife,  &  que  Paul  IV.  le  fit  Secrétaire 
des  Brefs.  Et  fi  ce  que  d:t  Moniïeur  de 
Thou  étoit  véritable,  que  le  Cafa  fut  ex- 
clus du  Cardinalat  par  Paul  IV.  à  caufe 
de  ce  Poème,  pourquoi  Paul  IV.  lui  au- 
roît-il  laiiïe  le  Segrétariat  des  Brefs?  Et 
i>'ii  étoit  vrai  que  le  Cafa  ût  été  exclus 
du  Cardinalat  à  caufe  de  ce  Poème,  le 
Cardinal  Bembo  auroit  été  plus  heureux 
que  lui  :  car  les  vers  licentieux  qu'il  fit. 
dans  fa  jeuneiTe,  &  qui  font  encore  plus 
licentieux  que  ctux  du  Capitolo  del  P'or- 
no  ,  ne  l'empêchèrent  pas  d'être  Cardi- 
nal. Le  Cardinal  Palavîcin  dans  fon  His- 
toire du  Concile  de  Trente  ,  Livre  13: 
chapitre  14.  à  l'endroit  où  il  parle  du 
R-ucceliai  qui  fat  envoyé  en  France  par 
le  Pape  Paul  IV.  pour  y  négotîer  une 
Ligue  avec  le  Roi  Henri  II.  a  écrit  que 
le  Pape  Paul  IV.  fut  détourné  de  faire 
Cardinal  Monfeîgneur  de  la  Café  à  caufe 
de  quelques-uns  de  fes  Vers  Latins  obs- 
cènes, quoique  faits  long-tans  auparavant. 
//  jMejfagio  fu  Annihal  Ruccellai,  nipote  di 
Giûvan  délia  Cafa  Arciz'efcovo  di  Bene~ 
vexto  ,  cheH  Papa  dalla  Nnnziatura  d't 
Vinezzia  aveva  chiarna'.:o  alla  Segreleria 
di  SiÂîo,  corne  perfona  excellentijjima  nelle 
Lettere  umane  ,  e  fia  che  otdinaria  an- 
cor  a  nelle  divine.  A  eut  dicono  T  cke  avend? 

una 

%  1.  Quand  il  en  anroit  été  l'Auteur,  elle  n'au- 
ïojî  pas  au-l'empêchei  d'érre  Cardinal,  pmfqu's» 


Anti-Bail  le  t.  WAt  4^7 
un*  fera  il  Pontefice  deflinata  la  maggiot 
dïgnita  nel  Conct/loro  fitturo,  la  mat  tin* 
feçuente  ne  fà  di'lolia  dalla  lezzione  d^al* 
cum  Latni  verfi  lafifai ,  comtofti  dal  Cala 
in  alîro  tempo ,  e  mofirati  ai  rigorofo  Pur,' 
fefice  per  ruina  de  If  Autore.- 

Remarquez  que  le  Cardinal  Palavicîrr 
ne  parle  que  par  ouï  dire:  dicono:  &  qu'il 
parle  de  vers  Latins,  au  lieu  que  le  Prcli- 
dant  de  Thou  parle  de  vers  Italiens.  Quel- 
ques-uns croient  que,ces  vers  Latins  doi- 
vent s'entendre  deTEpigrammede  la  four- 
mi :  mais  j'apprans  de  Moiîiïeur  Maglia- 
bechi,  que  Monleigneur  de  la  Café  iAft' 
point  (i)  l'Auteur  de  cette  Epigrammf. 
L'Epigramma  délia  Formica  io  /'o  feritto  dt 
quel  medefimb  tempo  col  nr>me  di  Nic:o!:J 
Secco  ,  uoma  dotto  delT  iflrjfo'  tempo  del 
Cafa  :  del  quale  Ji  leggono  altri  verfi  Lati- 
ni  :  corne  anche  alcune  Comme  die  :  e  fra 
ejje  ,  la  célèbre  ,  intitolata  GV  Inganni, 
Jtampata  pik  volte  anche  quà  in  Firenze , 
e  che  en  grand?  applaufo  fit  récit  ai  a  in 
JMilano  ,  alla  prefenza  del  Rè  di  Spagna 
ttlippo  //.  Ce  font  les  termes  d'une  Let- 
tre de  Monlïeur  Magliabechi  à  Monlïeur 
Bigot. 

Jan  Ivel,  Evêque  de  Sarisbcri,  dans 

fon  Apologie  de  l'Eglife  Anglicane,  page 

69.  de  l'édition  de  Londres  15-91.  Après 

avoir  débité  la  fable  de  la  Papeiie  Janne, 

comme  une  hillofre,  il  ajoute  :  Ouïs  non: 

audï>it  quoi  Petrus  Aloif}tts ,  Punit  Tcrtii 

filin  fi 

rapport  du  Ghilini,  la  Sccco  lui-même  l'auroit  cié, 
idas  la  more  qui  le  prévint. 

X  4 


488  An  ti-Baillet.  P.  II. 
films  ,  defignârh  in  Cofinum  Cherium  f 
Epifcopum  Fanenfem  ?  quod  Joannes  Cafa  , 
Archiep'ifcopus  Beneventanus  ,  Legatus 
Puntificis  apud  Venetos ,  Çcripferit  de  hor- 
rendo  fcelere  ?  &  quod  ne  fando  qu'idem 
aud'.ri  debeat  ,  id  verb'is  fpurcijfimis  & 
fceleratâ  eloquentiâ  commendârit.  Et  en- 
fuite;  Joannes  Cafa,  Archiepifcopus  Be- 
neventanus adhuc  vivit*  Immo  etiam  Ro» 
ma ,  &  in  Sanâ'îJJimi  oculis  &  conjpeéïa 
vivit. 

.  Remarquez ,  que  Jan  Ivel  étoit  Protes- 
tant ,  &  furieux  Proteflant  :  &  que  ce 
qu'il  a  dit  contre  Jan  de  la  Café ,  il  Ta 
dit  dans  un  Livre  fait  pour  diffamer  les 
Catholiques.  Remarquez ,  qu'il  ne  dit 
point  que  ce  Livre  de  Jan  de  la  Café  fût 
intitulé  de  haudibus  Sodomiœ  :  que  ce 
qu'il  dit  que  le  Cafa  étoit  auprès  du  Pa- 
pe, réfute  affez  ce  qui  a  été  dit  de  la  pu- 
blication de  ce  Livre  par  le  Cafa  en  iss°- 
Car  quelle  apparance  que  le  Pape  Paul 
IV.  ût  auprès  de  lui  un  Archevêque  & 
un  Légat  qui  peu  d'années  auparavant 
avoit  fait  imprimer  fous  fon  nom,  &  avec 
les  qualitez  de  Légat  &  Archevêque,  un 
Livre  de  haudibus  Sodomies. 

Josias  Simlerus,  dans  fon  E- 
pîtome  de  la  Bibliothèque  de  Gefner: 
joannes  de  Cafa  ,  Romani  Pontificis  Le~ 
gatus  ,  fcripfit  Catalogum  Hœreticorum  ; 
cui  refpondet  Ver^erius.  Pratereà  impu- 
riffimus  hic  nebulo  edidit poëmata  quœdam 
Italica  ,  in  publîcum  Venetiis  excufi ,  in 
qu'ibus  {proh  fie  lus!)  Sodomiam  laudibus 
extollit.  Et  dans  le  même  Livre,  à  l'ar- 
ticle 


Anti-Baillet.P.II.      4S9 

ricle  de  Petrus  Paulus  Vergerius,  en  par- 
lant des  Livres  de  Petrus  Paulus  Verge- 
rius :  Contra  Catalognm  Joannis  délia  Ca- 
fa,  Sodomie  patron:. 

Je  ne  fai  ce  que  c'eir.  que  ce  Catalogne 
des  Hérétiques  :  &  je  n'ai  point  lu  ail- 
leurs ,  (i  ce  ireft  dans  les  endroits  de  Ba- 
Iseus  &  de  Zuingerus  qui  feront  rapportez 
ci-deflbus  ,  que  Monfeigneur  de  la  Café 
ut  fait  ce  Catalogue.  Il  y  a  apparance  que 
ce  Livre  n'étoit  autre  chofe  que  le  Cata- 
logue de  ceux  à  qui  le  Cafa  avoit  fait  le 
procès  comme  hérétiques.  Pour  en  parler 
avec  certitude,  il  faudro:t  voir  la  Reponfe 
de  Vergerius  :  &  je  ne  l'ai  point  vue» 
Monlîgnor  délia  Cafa  a  répondu  à  cette 
Reponfe  :  ce  qui  a  été  remarqué  ci- 
delîus. 

L'Auteur  Anonyme,  d'une  Let- 
tre, intitulée  de  Julii  III.  varia  ratione , 
&c.  tsf  joannis  CaÇœ  libro  :   félon  le  té- 
moignage de  Jan  Wolphius,  dans  fon  Li- 
vre Ledionum  Memorabdtum ,  Centenaire 
xvi.    page    812.    "Joannes  à  Cafa,  patriâ 
Flonenttnus ,  Arckiepifcopus  Bencventanus  r 
Decanus   Camercc  Apoftolicœ  ,    ac   in   tolo 
DominioVenetorum  Nuncius  cum  poteflate 
Légat:  à  latere  'Y  fcripfit   Po'éma    rhytmis 
Italicis ,  quibus  primo  quidem  afpecîu  vide' 
fur  laudes  Furni  celebrare ,  verhm  ubipaulu- 
litm   fueris  ingrejj'us  ,  fenties    eum  laudes      At>ie.- 
Sodomice  (falvo  honore)  fatïs  avertis  ver  bis  J**?w5fT 
decantare:  &  difertè  dicit  fe  eâ  val  de  de'  y  a  dans* 
leéîari  ,    neque    aham    venerem    a?n_fcere.  Zu inge- 
Qu':n  addit  Sodomiam  ipfam  ejfe  npus  d:vi-  1US'  lta'°~ 
Tium  &  artern  divinaru  {ht:  auidem  r J:\t-  r:>r>     l***y 
X   £  mi 


490       Anïi-Baillet  P.  Iï: 

mi  fn er tint  imprejfi  lrenetiis  apud  Traja*- 
num  Navur/i. 

Remarquez,  qu'il  paroît  nettement  par 
cet  Extrait  de  Lettre,  que  Jan  de  la  Café 
n'3  point  fait  de  Livre  intitulé  de  Laudt- 
hus  Sodomiœ,  comme  le  prêtant  Monneur 
Bafllet,  &  que  ce  prétandu  Livre  de  Jan 
de  la  Café  n'efi:  autre  chofe  que  fon  Capï- 
tolo  dei  borna,  comme  je  le  foutiens.  Re-. 
marquez  ,  que  l'Auteur  de  cette  Lettre 
n'avoit  pas  bien  lu  ce  Pocme  ,  comme 
il  paroît  par  ces  mots.  Et  difertè  dicit  fe 
ea  valde  delefiari  ,  neque  aliam  vexèrent 
agnofeere:  Jan  de  la  Café  n'aiant  rien  dit 
de  femblablc  dans  ce  Poëme:  &  y  aiant 
dit  le  contraire,  comme  il  paroît  par  ces 
vers, 

'îènmro  il  Tôt  no  gia  le  Donne  joie.  &zc. 
Stazzinlo  a  pofta  lor ,  nefjun  non  vacci.  &C, 
Jo  per  me  rade  volte  ahrove  il  mette  : 
Con  tutto  che'l  m'io  pan  fia  pïccolino  3 
E'I  for  no  délie  Donne  un  po  grandetto. 

L'Auteur  de  cette  Lettre  s'en  efl  rap- 
porté à  Charle  du  Mouiin,  qui  n'a  parlé 
de  ce  Poëme  que  par  ouï  dire.  Remarquez, 
que  Jan  Wolphius  étoit  un  Protcfîant,  & 
un  Proteilant  furieux.  Cet  Auteur  Ano- 
nyme,  aurefte,  a  été  copié  par  Joanxes 
Zu'iKgerns  :  car  'Joannes  Zuingerus  dans 
fon  Traité  de  Fefio  Corporis  Çfrijty,  Page 
14$.  a  écrit  les  mêmes  chofes  &  en  mêmes 
mots .  que  cet  Auteur  Anonyme.  Ponti- 
fiçc  hoc  régnante  (Paulo  lll.)foruit  in  lta~. 

lia 


Axti-Ba  illet.  P.  II.  49T 
lia  Joannes  à  Cafa ,  patriâ  Florentinus  :  & 
ce  qui  fuit.  Et  après  ce>  mots,  Qui  qui- 
dem  rhxtrai  fuerunt  irapreffi  Vendus  apud 
'Trajanura  Navum,  il  ajoute:  Nerao  du* 
hitavit  SanéiiJJimum  hune  Patrera ,  pro  eo  i 
quem  pnetendebat ,  proraerendœ  glorice  Dei 
Zelo,  Auclorera  y  cura  fuo  Poëraate  ferra 
£sf  fiammis  prefecuturum ,  C553  hae  ratic?:c  , 
capitale  fuum  odiura  in  hujufraodi  Diabolos 
incarnat  os  toti  Mundo  c  orapr  ob  aturura .  Afi 
boxa  ifla  opinio  de  hoc  Pontifice  multùm 
eos  fefellit.  Eventus  entra  docuit ,  eura  in 
graiia  apud  tpfura  raanfijje ,  cura  ejus  opéra, 
in  variis  Legationibus  fuerit  ufus  :  execra- 
biliffimumque  hoc  feriptum  ,nuraquam  fuis* 
fe  à  Pontifie e  cùndentnàtumi  utinec  àfuc- 
cefj'oribus  ipfius  ,  Julio  III.  &  Marcello 
II.  Demum  Pau/us  IV.  raoius  importu- 
nitate  Pauli  Verger  ii  ,  qui  feepiffirae  in 
fuis ,  pneferiira  Italicis ,  fcnpiis  irapurijfi- 
mura  ,  Satan'- cura  a  ne  hune  Archlepifcopum 
exagltarit  ,  PapiÇque  exprobrauit  aboraï- 
nandura  hoc  Poëraa  ,  Caf-alogo  Hceretico- 
rura  ,  libroruraque prohwitorum ,  ar.no  i  j^q. 
inferuit  :  ut  ipfe  Vergerius  refert  in  Anno- 
tationibus  in  hune  Catalogum  ,  pag.  8  II 
eit  vrai  qu'en  155*9  ^s  Poelies  de  Jan 
de  la  Café  furent  mifes  dans  le  Catalogue 
des  Livres  défandus,  Jo.  Cafa:  Poëraata. 
Mais  en  1 564.  fous  le  Pape  Pie  IV.  fon 
nom  en  fut  ôté.  Et  il  n'a  point  été  mis 
dans  les  Catalogues  fubféquants. 

Thomas   Lansius  dans  fa  Con- 

fultation  de    Principatu   inter    Provivicias 

Europee  ,  en  fon  Oraifon  contre  l'Italie: 

Iramo  y  ut   Sodemara  feelere  omnium  tut* 

X  6  pijfi- 


49^       Anti-Baillet.  P.  IL 

ptjfimo  vinceret  Italia  ,  Johannes  Cafust 
Florentinus ,  Archiepfiopus  Beneventanus , 
Apofiolicœ  Caméra:  Decanus  ,  repertus  eft 
qui  Sodomiœ  laudes  Italie o  Carminé  con- 
eelebraret,  in  quo  nefarius  Cyncedus  illud 
fuigitiorum  pojiremum  &  fpurcijfimum  au- 
jus  eft  appel  lare  divinum  opus  :  teftattis 
praterea  illofe  maxime  obleélari ,nec aliam 
ve?;erem  novjfe.  Liber ,  qui  una  cum  au- 
tore  flammis  debuijjet  aboleri,  Venetiis  eft 
typis  exjcriptus  à  Trojano  Navio. 

Remarquez,  que  Lnniius  n'a  point  vu 
le  Poème  du  Cafa,  &  que  tout  ce  qu'il  a 
d't  ici ,  il  Ta  pris  de  Sleidan  &  de  Da 
Moulin. 
On  pro-  Gisbert  Voet,  ProfelTeur  en 
nonce  Théologie  à  Utrecht  r  partie  i.  de  fes 
Hollande.  Dictes  Theologiques ,  Difpute  4.  Ea- 
dem  hac  occafior.e  quwro  de  Johanne  Ca- 
fa  ,  Arch'epiÇcopo  Êeneventano  C5*  Ponti- 
ficis  ad  Venetos  Légat 0  Romano.  Certum 
ejl  eum  edidijje  Poëma  Italicum,  titulo  il 
Forno;  in  quo  h'rrenâum  flagitium  Sodo- 
rniticum  commendat  &  extollit  tanquam 
opus  divinum  &fanâum  :  meft'er  divino  : 
meftier  fanto  ,  quod  obftitijje  dit  refert 
Thuanus  in  Hiftoria,  quominus  fieret  Car- 
dinalis.  Petrus  Vttlor'ius  in  Epiftola  Dedi- 
catoria  prœmijfa  editioni  P oliticorum  Aris- 
totelis ,  Florentin  iffi.  eum  ab  eruditione 
C53  eximiis  virtutibus  profuÇè  commendat* 
Virtutes  autem  iîlae  tuce  folidx  ac  firmae, 
hc.  Poëma  hoc  editum  ab  eo  fatetur ,  ex 
Pontifiais  Thuanks  tomo  2.  hîiftrnartim., 
paçind  6lO.  642.  643.  Hardingus  contra 
ivcllum  ;  fid  fie  lus  Epient  eum  extenuare 

JÎH" 


Ahti-Baillet.  P.  II.       493 

Jîudet ,  quafi  non  tam  laudaffet  quàm  exte- 
nuajjet  flagitium  Sodomiticum  :    quod  fal- 
fijfimum  eft.     Objecerunt    hanc    maculam 
Sanéiitati  Romanorum  ex  noftrts  non  pauci: 
ut  Sleidanus  in  Hiftoria:  Beza  in  Prœfa* 
tione  adPoèmatafua  cditionis  in-Q.  quorum 
aliquos  puto  fuijfe  tejles  oculatos  :  Petrum 
Paulum  Verger  mm  ,  Ivellum ,  Marnixium 
Sancîaldegondium  ;    qui    citant    editionem 
Venetam  apud  Pompeium  Nave.     Carolus 
Molincsus  apud  Wolphium  heèlionum  Me- 
morabilium  Centenario   \6    ait  librum  Ve- 
netiis  editum,  ckm  Caja  ibi  Papce  legatum 
ageret.     Quia  autem  h  P  onti fie  iis  f cèpe  ne*>- 
gari  folet,  noftrique  propterea  mendacii  ar- 
gui,  ind.co  bénéficia  amplijjimi  kujus  Rei- 
publias  Senatons,  nuper  incidijfe  in  editio- 
nem   Pocmatum   aliquot   halicorum  ,  Flo- 
rentice  in-S.  anno  1^48.  apudBernardum 
Juntam,  hoc  tituîo.     Il  primo  libro  delP 
Opère  Burlefche  di  M.  Francefco  Berni, 
di  M.  Gio:  délia  Cafa,  del  Varchi,  del 
Mauro,   di   M.   Bino,   del   Molza,  del 
Dolce     e  del  Firenzuola  :  ricorretto,  e 
con  d'H^enza  riftampato.    Ubi poft  folium 
132    habetur  (celer atum  hoc    Poèma  ,  fub 
hoc  tituîo.     Capitolo  di  Meffer  Giovanni 
délia  Caft  fopra  il  Forno,  conflans  pagi- 
nis  fex,  verfibus  166.  Exemplar  illud  in- 
tuli  in  Bibliothecam  publicam  ,  ut  fub  pu- 
blica  euftodia  perpetuum  Sanilitatis  Roma- 
nce monimentum  exftaret ,  &  perfraélè  né- 
gantibus  oflendi  poffet. 

Remarquez,  qu'il  paroît  par  ce  paflage 

que  Jan  de  la  Café  n'a  point  fait  de  Livre 

intitulé  de  Laadibus  Sodomiœ ,  &  que  ce 

X  7  pré- 


49*      zVmti-Baillet.  P.  H.' 
prétandu   Livre   n'elt  autre  chofe  que  le 
Capital»   ciel  Forno.     Remarquez   que  ce> 
vers  de  ce  Capitolo  , 

So'eva  ejjc-r  gial  Forno  un  artejanta , 
Et  cet  autre, 

Dite  qualcofa  di  quel  mejlier  fanto; 

s'entendent  conftamment  de  l'amour  des* 
hommes  pour  lés  femmes  :  comme  il  a  été 
remarqué  ci-de(Tus.  Du  refte,  ce  Profes- 
lèur  d'Utrecht  a  fort  bien  remarqué  que 
ce  Poème, au  fujet  duquel  on  s'eft  tant  c- 
crié  contre  le  Cala ,  eft  fon  Capitolo  del 
Forno:  &  il  eft  le  feul  de  tous  les  Protes* 
tans,  avec  Zuingerus  ,  qui  paroiiïe  avoir 
îu  ce  Poème. 

André'  R  i  v  e  t ,  Cafligaiionum  NQ- 
tarum  in  Epiflol ara  Mùlinai  ad  Balzacura^ 
chapitre  3.  paragraphe  8,  Ne  quid  autem 
fupereffet  ad  [céleris  complementum;  deve- 
nien  dura  fuit  ad  jummum  gradttm  :  utetiam 
in  koe  facro  feilicet  ordine  pœderaflia  pttbli* 
cura  haberet  laudatorera.  Ex  fiât  Fenetiis 
editum  apud  Traiamtm  Nœvum  anno  I  J5"Ch 
liber  de Lauaibus  Sodomie  Italicis  verjibtts-j 
auèlore  Joanxe  deha  Cafa  :  m  quo  fertbit 
Sodoraiam  effe  arrem  fingîilarem\  otms  bo- 
'aura  ,  immo  divinum  :  feque  hoc  proprid 
experientiâ  corapennra  haberc,  rj?  non  ait  a 
magis  1  entre  deleéïari.  Fuit  taraen  il  le 
délia  Cafa  Archiepifcopus  Benc lentanus , 
Papalis  Ç  amer  ce  Décanta,  &  Lcgatns 
Pontifcius  à  Latere  ad  Sere&'tffir&am  Kern* 
pjiblicam  Vcnetam*    Hac  tara  fada  tain 

hor- 


ânti-Baillet.  F.  H.  49  y 
l'orrenda  à  Carolo  Moiinxo  J.  Cto.  in  Or.i- 
t'wne  habita  Tuiingce  anno  1 5"5'4-  obeéla, 
cùm  in  Apahgia  EcclefLe  Angluanœ'Johan- 
nas  IvcI/uSy  Angliis  Epifeopifs ,  commemo- 
r  affût,  Thomas  Hardmgm qui  Lovanii  A- 
pologiœ  Conflit  atlonem  fufcepit ,  faelum  xe~ 
gare  non  eft  aufus ,  fed  illud ,  quantum  po- 
tu'it ,  elevare  conatus ,  fie  fcnpfit  ad  caprit 
2-  divi flanc  prima:  Si  Johannes  Cafa ,  ju- 
yeuis  adhuCv.Sc  imbetbis,  priufquam  fe  ad 
Cterûra  conrolerat,  adeoque  multo  priùs 
quàm  vel  Archîepifcopatu  vel  Legatione 
Papaî  fungçretur,  amatoria  quxdam  Poë- 
mata  Italicîs  numeris,  ad  imitationem  Pe» 
trarchre  compofuit:  quo  génère,  exercita» 
tionis  caufâ  ,  admodum  capiuntur  fi  qui 
ex  Italîca  juventute  ingcnioiïores  funt;  & 
defîgnato  nominatirh  nemine;  nefario  fa- 
cinori  afîentatoriè  Orationis  fuco,  odiurrv 
potiùs  ademit  quam  laudem  attribuit:  Qua 
tamen  in  re  peccatumab  eo  elfe  fatemur. 
Et  cùm  eximiis  alioquîn  dotibus  animi  es- 
fet  prœditus,  ob  id  ipfum  nih'lominus  a- 
dolefcentîœ  erratum  Cardinalicii  honore 
per  omnem  deinde  viiam  exclufus  efh 
kixe  omnia  C\  concedamus  ,  &  fubdu&a 
ratione  rite  penluemus,  quid  hincChrilH 
Ecclelias  honoris  dépérit  &  Sanéb'tatis? 
Nthil  certè ;  nam  Ecclefia  Chrijii  monjîra 
talia  num  luam  fetens  &  volens  promovet 
ad  di^n'ttiues  EccLfiaflicas  :  numquam  ta- 
lia exeufat  [cèlera,  .vel  exprejas  feelcrum 
laudes  emollit ,  diftinéîijne  inter  Iaudare& 
odïum  adimere  :  numquam  exifiimat  dignoi 
Arckiepifcopatu  Isf  Apojto/ica  Legatione 
qui  ob  Sodomiticum  feelus   excludaniur  à 

Car' 


496      Anti-Bail  le  t.  P.  IL 

Cardinalatu.     Sed  k<ec  funt  gravia  Sodomi* 
tarum  fttpplicia  Rome,  &c. 

Remarquez,  que  Rivet  n'a  point  vu  le 
Capitolo  del  Forno  ,  &  qu'il  n'a  fait  que 
copier  Charles  du  Moulin.  Remarquez, 
que  ce  que  Harding  a  dit  ,  que  le  Cala 
e"toit  jeune  lorfqu'il  fit  ce  Poème ,  eft 
trè^-véritable  :  ce  qui  a  été  démontré  ci- 
defllis. 

Kippingius  dans  fes  Supplémens 
Hiftoriques,  en  l'an  1547.  Vergerius ,  Pa- 
pa; Ntiticius ,  ad  Ev  ange  lie  am  Keligionem 
c on  vert ébat ur ,  chm  altiàs  expenderet  fat  a 
Franc'iÇci  Sïierœ  Veneti  ,  qui  converfus  ad 
Fidém  melîorem  ,  &  rurfum  defertor  ejits , 
coram  Epifcopo  Beneventano  Roanne  délia 
Cafa ,  impnriffimo  homme  qui  de  Laudibus 
Sodom:<e  Ubrura ,  ftammts  dignum ,  fcripfitr 
fu&us\   &t. 

Remarquez  que  Kippingius  n'a  fait  que 
copier  ceux  qui  ont  cru  fauiïèment  que 
Jan  de  la  Café  avoit  fait  un  Livre  de  Lan- 
dïbus  Sodomia:. 

Christianus  Mathias,  dans 
fon  Théâtre  Hiftorique,  page  171.  de  l'é- 
dition d'Amfterdam  :  Unde  Joannes  délia 
Cafa  Ârchicpifcopus  Beneventanus ,  Papa' 
lis  Caméra:  Decanus ,  anno  i^fO.  l^enetiis 
hbrum  de  Laudibus  Sodomie  compojuit ,  e- 
didït  ,  mulùfque  legendum  mifit ,  in  quo- 
horrendum  Stdomiœ  flaghium  ,  artem 
fcripfit  effe  fingularem  ,  tzf  opus  bonum , 
imo  opus  div'mum  :  feqtte  hoc  propriâ  expe- 
rientid  compertum  ha'oere  ,  &  non  alia  ma- 
gis  Venere  deletîari  ;  quemaimoàum  anno- 
taruni  Sleidanus  libro  11 .  &  Carolus  Mo- 

lintus 


Anti-Baillet.  P.  IL       497 
lin  a  us    in  Oraùone    Tubingœ   habita  anno 

Tout  cela  a   été  refuté  à  l'article  de 
Charles  du  Moulin. 

Jan  Bal^US,  de  Scrïptoribus  Mus- 
tribus  Majoris  Britannia,  Centurie  5-.  pa- 
ge 449.  Joannes  Balftariusy  Cathalanus  y 
Carmelitarum  Generalis ,  cire  a  hœc  tempo- 
r&fcripfit  de  novijjimis  ad  Papam,  &  de 
Bello  forti  militantis  Ecclefiœ ,  atqtte  An- 
tic hr'tfti    ipfam    impugnantis.      Sed  timeo 
wiateriam  non  refpondere  operis  argumento: 
quod  Gregorio  H.    Pontifici  Opus  dedica- 
tum  tune  fuerit.     Scio  tamen  nofîris  tem- 
poribus,  hoc  Opus  à  Papiflis  damnari ,  & 
auélorem  inter  Hareticos  poni  :  ut  in  Cata- 
logis   Arcimboldi  Mediolanenfis  Archiepis- 
copi,   &  Joannis  Cafie  Archiepifcopi  Bene- 
ventani  &  Apoftolicce  Caméra  Decani  ,fub 
Julio  III.  patet.     Qui  Cafa  etiam   Poëma 
Italicis  rythmis  ,  fceleftijjlmus  nebulo ,.  de 
Sodomiœ  Laudibus,     Et  à  la  Centurie  8. 
page  682.     Suh  hoc  (Julio  \\\.)  floruit,  at- 
que  ex  illius  îatere  fanéîo  prodiit  ejujdem 
generis  Legatus  Apoflaticus ,  nempe  jfoan- 
nes  à  Caja  ,    Florentinus  ,    Archiepifcopus 
Beneventanus  ,   Caméra  Apoflolicœ  Deca~ 
nus ,  &  in  toto  Venetorum  Dominio  Nun- 
c'tus  fùmmus  ,  cum  plenitudine  poteftatis  ; 
qui£ff  brevi  futurus  crat  Cardin alî s .  Mag- 
nifiais  Me   Papijlici   CTÏibatus   ProfeJJbr , 
mitratus,  rafus ,  &  unelus,  atque  injignis 
Catholtcœ     Romande    Ecelefiœ     Columna  , 
rythmis  Italicis ,  Poëma  fcripfit  :  in  quo  0- 
pere ,  Sodomia,  Papiftarum  Diance  laudes 
ctUbravit  :  tllamque  appel lavit  divinum  0- 

pus% 


498       Anti-Bail  le  t.  P.  IL 

pus ,  atque  affirmavit  fe  ea  plurimum  de* 
leéiari  :  imo  aliam  vénérera  non  cognofcereï 
Proh  pudor  !  Opus  eflVenetiis  imprejjum^ 
apud  Trojanum  Navum.  At  hi  non  funt 
egregiï  Archiepifcopi"1.  His  Judicibur  uîun- 
tur  Papa&Diabolus  in  fuis  Confiftoriiji 
ISlam  hic  potejlatem  habebat  Chriftianos 
Doéîores  pro  Hœreticis  damnare.  Vidi  ego 
C  atalogum  que  m  fectt  in  fua  Légat  io^te  :  tii 
quo  non  altos  connumerat  quam  qui  puni  a* 
te  m  Evangelic<e  dréirinœ  profiiebantur  An 
non  te  pudet .  inquit  Vergerius ,  infelff 
Archîepifcopj  ?  Tune  audes  proiire  ;  or 
iibros  fanclos  damnare?  Tu  s  qui  PcëVna 
fcriplïlti  ,  qui  execranditîimnm  Sodomise 
feelus  extulifti  tanquam  divinum  opus? 
Fateor,  (alibi  inquit)  ha2C,&  longe  plura, 
me  adverfus  eum  fcrîpiîiïe  ,  &c  Hujus 
Ba'yylonici  Carn'ijicis  tyrannidem  met  tiens 
Francifcus  Spiera,  hamo  forenjis  oT  iaujï- 
dicus  Chrifli  veritatem  abnegavit  ,  C55  «• 
fumma  deÇperatione  decejfit  :  ejufque  carni- 
ficinam  v':x  Peirns  Paulus  Venger. us  ,  Jus- 
tinopolitanus  Epifcopus  ,  vit  multce  érudi- 
tion'; s,  evafit.  Ui^ramque  Hiftoriam  Slei- 
danus  habet  :  qui  CS3  Cynadici  ejus  libellé- 
menti  onem  facit  &C 

Tout  cela  a  été  réfuté  ci-defîus. 

Mr.  d  e  B  a  l  i  ac  dans  Tes  DifTerta^ 
tions  Critiques,  Chapitre  vu.  en  parlant 
de  Monfeigneur  délia  Gafa:  Il  étoit  Flo- 
rentin ,  de  très-bonne  es5  de  très- ancienne 
Maifon.  Il  avoit  été  nourri  petit  Garçon 
à  la  Cour  de  Rome  \  oit  d? abord  il  ut  ï* ap- 
probation de  tout  ce  qu'il  y  avoit  d'honnêtes 
gens.  Sous  le  Pontificat  de  Paul  Quatriè- 
me 


A'nti-Baillet.  P.  II.  4Ç9 
me  il  fut  fait  Secrétaire  des  Brefs  ,  &  Ar- 
chevêque de  Bénévent  au  Royaume  de  Na~ 
pics.  Mais  il  ne  fut  pas  fait  Cardinal  Et 
on  lui  donna  Cexclufion  en  plein  Confifloirc, 
mfe  de  je  ne  fit  quoi  que  je  vous  dirai 
a  Vartille.  Jofeph  Scaligcr  a  publié  à  fon 
de  trompe  ce  que  je  voulais  v  us  dire  à  l'o- 
reille. C'efl  dans  un  Livre  qui  a  pour  ti- 
tre Confutatio  Fabula:  Burdonianx:  oh 
vous  trouverez,  ces  paroles  injurienfes.  Joh. 
Cafa  Archiepifcopus  Beneventanus  Etrus- 
co  carminé,  &c.  Et  cùm  hoc  nomme 
ma'è  audiret,  id  lambo  faris  frîgîdo  &  M- 
lepido  ad  Germanos  exeufare  conatus  cfr. 
Je  ne  fuis  pourtant  pas  de  l'avis  de  ce  Prin* 
ce  dédaigneux.  Et  fon  Alteffe  de  Vérone 
me  pardonnera  ,  fi  feflrme  moins  les  vers 
que  nous  avons  d'elle- &  du  Prince  Jules 
fon  Père,  que  ceux  qu'elle  efiime  fi  peu. 

Mr.  de  Balzac  s'eft  trompé  en  difant 
que  Jan  de  la  Café  avoit  été  fait  Archevê- 
que de  Bénévent  par  le  Pape  Pau!  IV. 
Paul  IV.  fat  fait  Pape  en  t 5f f .  le  îo.Juin: 
&]  n  de  la  Cafa  fut  fait  Archevêque  de 
Bénévent  le  7.  Avril  15-44  &  Nonce  à 
Venife  au  commencement  du  mois  d'Août 
de  la  même  année  1 5*44.  Voyez  ci-des* 
fous  l'article  fuivant.  Paul  IV.  le  fit  feu- 
lement Secrétaire  de  fts  Brefs.  Il  n'eft 
pas  vrai  au  refte  qu'on  a<'t  donné  à  Jan  de 
la  Café  en  plein  Conlïftoîre  l'exckilïon 
pour  le  Cardinalat.  Voyez  ci-defïus  à 
l'article  du  Prélidant  de  Thon. 

Mr  J  iiRiEU,  dans  fon  Apologie 
pour  les  Réformateurs  chapitre  ix.  Si 
Con  tenait  regitre  dç  ces  Onvrages  qui  ont 

gâté 


yoo       Anti-Baillet.  P.II. 

gâté  tant  d'efprits  &  appris  tant  d'abomi- 
nations ,  on  trouver  oit  que  de  mille  ou  de 
dix  mille ,  il  n'y  en  a  pas  un  composé  par 
des  gens  Proteftans  de  Piofeffion.  Les 
Auteurs  étoient  Papiftes:  £ff  quelques-uns 
membres  du  Clergé  :  &  même  des  plus  dis»  \ 
tinguez  par  les  grandes  diçnitez  de  l'Egli-  l 
fe.  Témoin  le  Livre  du  célèbre  y  an  de  la 
Café ,  le  Ciceron  ,  le  Virgile ,  &  l'Horace 
de  l'Italie  moderne  :  ly original  &  le  mode  lie 
fur  lequel  tous  les  Poètes  &  les  Orateurs 
Italiens  ont  travaillé  du  depuis.  Notre 
"Balzac  nous  dit ,  qu'il  a  écrit  en  profe  C59 
en  vers ,  en  l'une  çjf  en  l'autre  Langue ,  & 
avec  tel  fuccès  dans  la  vulgaire ,  qu'aujour- 
d'hui il  efl  propofé  pour  exemple  à  ceux  qui 
cherchent  la  pompe  &  la  dignité  du  Jiy  le  r 
qui  veulent  ajouter  la  force  &  l'éclat  à  la 
douceur  &  à  la  clarté.  Il  faillit  a  être  Car- 
dinal. Mais  Balzac  dit  qu'on  lui  donna 
l 'exclu fion  en  plein  Confiftoire,  à  caufe  de 
je  ne  fai  quoi  que  je  vous  dirai  à  Toreil- 
le.  Ce  que  Balzac  promet  de  dire  à  l'oreiU 
le  de  fon  ami ,  je  vous  le  dirai  tout  haut  t 
&  fans  détour.  Il  avoit  écrit  un  Livre  en 
vers  Italiens  de  Laudibus  Sodomix:  dans 

lequel  ilfoutient  que  la ,eft  un  Art  fw~ 

gulier  :  que  c'eft  une  Oeuvre,  non  feule- 
ment bonne ,  mais  divine  :  qu'il  le  fait  par 
expérience  :  &   qu'il  n'y  avoit  aucun  plat- 

fir  de auquel  il  fe  plût   davantage 

qu'à  celui-là.  Voilà ,  Monfieur  ,  un  célè- 
bre Catholique  Romain  ?  qui  fe  vante  & 
qui  s'accufe  dans  toutes  les  formes  du  plus 
exécrable  de  tous  les  crimes.  Il  avoue  qu'il 
avoit  goûté  de  tous  les  plaifirs  de  la  chair: 

qv'il: 


Anti-Baillet.  P. II.       foi 

q u'il   avoit   mis  en  pratique  les  effroiables 
théories  de  l'Aretin  :  £3*  qu'après  avoir  goû- 
te' de  tout;  il  s'en  tenait  à  cet  horrible  péché 
qui  fit  descendre  des  torrens  de  feu  &  de 
\ouffre  fur  Sodome.     Ce  Livre  de  Jan  de 
la  Café  parut  en  ly^O.  à  Venife,  imprimé  ilpaïutdcs 
chez   Trajan    Nœvus  :    &  les  Poèmes  de  1538- 
Beze  furent  imprimez  à  Paris  l'an  15*48.  cet  Impri- 
Beze   a  donc  précédé  de  deux  ans  :  mais  «n«u  dont 
l'autre  Pa  emporté  en  impur  et  ez.  de  mille  V^^\u 
millions  de  devrez.     Les   Poèfies  de  Beze  s'appel'oit 
font  des  bagatelles  c^  des  fottifes,   &  celles  Tr*jan  Né- 
de  Jan  de  la  Café  Jont  des  blafphémes  c^  **' 
des  chofes  à  faire  frémir  ^horreur  les  plus 
libertins.     Cependant ,  Monfieur  ,   ce  Jan 
de  la  Café  fût  Archevêque  de  Bénévent  au 
Royaume  de  Naplcs,  Segretaire  des  Brefs , 
Doyen  de  la  Chambre  Papale,  &  Légat 
à  llatere  vers  la  République  de  Venife.    Il 
me  femble  que  ce  font  la  les  premières  di- 
gnité z  de  VEglife.     Thomas  Harding,  Pa- 
pijle  Anglois  ,  a  voulu  diminuer  l'horreur 
de  ce  fait  :  mais  il  s'y  prend  d'une  manière  qui 
mérite  que  vous  y  fajfiez  attention.  Premiè- 
rement ,  il  avoue  que  Jan  de  la  Café  dans  fa 
première  jeunejje  &  avant  que  d'être  entré 
dans  le  Clergé \&  par  conféquant  avant  que 
d'être  ni  Archevêque ,  ni  Légat  du  Pape^ 
avoit  écrit  quelques  vers  amoureux  en  vers 
Italiens,  à  V imitation  de  Pétrarque  icfpéce 
d'écrits  auquel  les  gens  Italiens  qui  ont  de 
l'efprit ,  Ce  plaifent  extrêmement.     Il  ajou- 
te ,  que  dans  ce  Livre  Jan  de  la  Café  ,Jans 
nommer  perfonne  ,  tâcha  d'en  diminuer  par 
les  fauffes  couleurs  de  la  Rhétorique  la  hai- 
ne qu'on  avoit  four  cet  horrible  péché ',  plu- 
tôt 


foi       Anti-Baillet.  P.il. 

têt  qu'il  ne  le  loua.     En  quoi  pourtant  ,d'.t- 
il,  nous  avouons  qu'il  a  tort ■;<&  étant  d'ail- 
leurs  pourvu  de  merveilleux  avantages  de 
i' ef prit , pour  cette  feule  faute  de  fa  je  une ffe, 
il  fut  privé  toute  fa  vie  du  Chapeau  de  C  ar- 
dm  al.     Il  y  a  dans  cette  Apologie  bien  des 
chofes  p.ngulieres ,  fans  conter  celles  qui  font 
faufjes.    Premièrement  il  eft  faux  que  fan 
de    la  Cafa  ait  fait   cet  abominable  Livre 
dans  fa  première  jeunejfe  :  adhuc  imberbis 
{comme  dit  Hardinf)  avant  que  d'être  entré 
dans  le  Clergé.     Car  fon .Livre  parut  Pan 
iyyo.  &  il  fut  avancé  quatre  ou  cinq  ans 
après.     Sous  le  Pontificat  de  Paul  lif.  il 
fut  fait  Secrétaire  des  Brefs,  &  Archevê- 
que de  Bér^évent  au  Royaume  de  N.iples. 
Ce  fi  Balzac   qui  nous  le  dit.     En  quatre 
qu  cinq  ans  on  ne  dp vient  pas  vieux:  & 
l'on  ne  pajfe  pas  Çuccejfivement  par  tant  de 
digniîez  Ecclefiajliques,     Mais  n'admirez- 
vous  pas  ce  que  dit  Hardmg  que  "fan  de  la 
Café  ne  loua  pas  h  proprement  parler  ce  cri- 
me :  qu'il  travailla  feulement  à  diminuer 
l'horreur  qu'on  avait  pour   lui.     Cela  ne 
Jied-il  pas    bien    à   un  célèbre  Douleur  ex 
Théologie   d'exténuer  C35   d'excufer  un  Li- 
vre détejlable,   comme  celui-ci^  qui  a  pour 
fujet,  de  Laudibns  Sodomise  ?  Outre  cela, 
trouvez-vous   que  ce  ne  fait  pas  proprement 
louer  un  Crime  que  de  l'appeler  une  bonne 
Oeuvre  ?  Une  Oeuvre  divine?  Enfin  ne 
trouvez-vous  pas  que  llard'mg  a  une  mo- 
rale 

«f  i.   Après  avoir  dit  que  Jean  de  la  Csfe  fut  fait 
Archevêque  de  Be^éver.t  le  7.  Avril  154*.  ce  n'eil 
p.is  fans  doure  parler  jufte  ,   d'ajouter  immédiate-  ' 
■nient,  qu'il  etoit  Nonce  à  Veaiie  dès  jj4A  d'au- 
tant 


A*nti-Baillet.  P. II.       *Q3 

r,f!e  bien  fevcre  ?  //  trouve  que  Jean  de  lu 
Café  a  été  bien  puni  pour  avoir  publié  le 
crime  qu'il  avoit  commis ,  parce  qu'il  n'a 
été  qu'Archevêque  ,  Doyen  de  la  Chambre, 
if  Légat  à  Latere  ,  &  n'a  pu  obtenir  le 
Chapeau  de  Cardinal.  Voilà  comme  on  pu- 
ni JjVit  fév  ère  ment  à.Kome  dans  le  fiéclepaffé 
ce  crime  déteftable.  Ce  Jean  de  la  Café 
fut  privé  du  Chapenu  de  Cardinal ,  non  par- 
ce qu'il  avoit  eu  .l'infamie  de  commettre  ce 
crime  y  mais  parce  .qu'il  avoit  V impudence 
de  s'en  vanter  devant  toute  la  terre  par  un 
Livre  imprimé.  Pour  flêtrijfure  ,  //  lui 
fut  dit,  Vous  ne  ferez  jamais  Cardinal  : 
.niais  à  cela  près,  vous  ferez  tout  ce  qu'il 
-vous  plaira.  Après  cela  ,  on  ne  peut  pas 
fe  plaindre  du  relâchement  de  la  Morale 
de  l'Eglife? 

Me.  de  Baliac  a  trompé  Mr.  Jurîen. 
•jan  de  la  Café  fut  fait  Archevêque  de 
Bénéveut,  &  Nonce  à  Venife,  par  Paul 
III.  comme  il  a  été  remarqué,  &  non  pas 
-par  Paul  EV.  Sleidan,  qui  ne  doit  pas  être 
fufpcct  à  Mr.  Jurieu,  fait  mention  de  Jan 
de  la  Café  en  ces  deux  qualitez  en  1^48. 
&  Paul  IV.  comme  il  a  été  auiîi  remar- 
qué, ne  fut  Pape  qu'en  kfff..  Jan  de  1* 
Café  fut  fait  Archevêque  de  Bénévent  le 
7.  Avril  15*44.  comme  l'a  écrit  Ferdînan- 
do  U^hello  dans  fon  Italia  Sacra, ix\  cha- 
pitre des  Archevêques  de  Bénévent:  &  il 
-étoit   (1)  Nonce  à  Venife  dès  15*46.  car 

c'elt 

tant  plus  que  douze  lignes  plus  bas,  J:  trois  pages 
plus  haut  ,  M.  Ménage  lui-même  recoB.ncit  que 
Jean  de  la  Café  étoit  Nonce  à  Venife  dès  le  com- 
meacement  du  mois  d'Août  1544» 


504      Anti-Baillet.  P.  II. 

c'eft  lui  dont  a  parle  Fra  Paolo  dans  fem 
Hiftofre  du  Concile  de  Trente,  lorfqu'il 
a  dit  en  1546.  parlant  du  Vergerio,  Evê- 
que  de  Capo  d'Iftria:  Ma  giunto  a  Vene- 
Zta  ,gli  fà  proihito  d'andar  al  Vefcovato  dal 
Noncto  :  quale  aveva  ricevuto  ordine  diRo- 
ma  di  formar  procejfb  contro  di  lui  :  ce  qui 
a  été  véritablement  remarqué  par  Mr.  A- 
melot  de  la  Houffaye  dans  fa  Note  margi- 
nale fur  cet  endroit  de  Fra  Paolo.  (1) 
J'apprens  de  la  Lettre  16.  du  Livre  onziè- 
me des  Lettres  Italiennes  du  Cardinal 
Bembo,  écrite  à  Girolamo  Quirino,  que 
Monfeigneur  de  la  Café  fut  envoyé  Non- 
ce à  Venife  la  même  année  1544.  au  com- 
mencement du  mois  d'Août.  Voyez  ci- 
defïus  à  l'article  de  Mr.  de  Balzac.  Ce 
que  Thomas  Harding  a  dit  que  Jan  de  la 
Café  avoit  fait  dans  fon  extrême  jeunefTe 
le  Livre  dont  on  le  blâmoit ,  eft  donc 
très-véritable.  Je  l'ai  démontré  au  chapi- 
tre précédent.  Et  Mr.  Jurîeu  qui  prêtent 
que  ce  Livre  fut  fait  en  1550.  c'eft-à-dire 
neuf  ans  feulement  avant  la  mort  du  Cafa; 
(car  le  Cafa  (2)  mourut  en  15-5-9.  &  non 
pas,  comme  l'a  écrit  Mr.  Baillet,  en 
1 5-56.)  s'elt  encore  trompé  en  cet  article. 
Et  ce  qu'il  dit  que  Monfeigneur  de  laCa- 
fe  fe  vante,  dans  le  Poème  dont  eft  ques- 
tion ,  du  plus  exécrable  de  tous  les  cri- 
mes :  qu'il  y  dit  que  ce  crime  eft  non  feu- 
lement 


%  1.  Pour  citer  nettement  &  exactement  il  faloit 
dire;  J'apprens  du  fécond  Volume  des  Lettres  Italiennes  du 
Bembo   Lettre  16.  du  Livre  II. 

z  %  Jean  Baprifte  Cafotti ,  Académicien  de  la  Crus- 

ca, 


A  nti-Baillet.  P.  II.       s°S 

lement  une  bonne  œuvre ,  mais  une 
œuvre  divine:  qu'il  le  lait  par  expérience: 
&  qu'il  n'y  avoît  aucun  plaiiïr  de  la  chair 
auquel  il  fe  plût  davantage  qu'à  celui-là: 
qu'il  avoit  mis  en  pratique  les  éfroiables 
théories  de  l'Arétin  :  &  qu'après  avoir 
goûté  de  tout,  il  s'en  tenoit  à  cet  horri- 
ble péché  &c.  ne  fe  trouve  point  dans  le 
Capitolo  del  Forno  :  ce  qui  fait  voir  que 
Mr.  Jurieu  n'a  point  lu  ce  Poème:  & 
qu'il  n'en  a  parlé  que  fur  le  témoignage 
de  Charles  du  Moulin:  lequel  a  été  réfu- 
té cbdeiTus.  Il  eft  d'ailleurs  à  remarquer 
que  Mr.  Jurieu  eft  Proteftant,  &  ardant 
Proteftanr  ;  &  que  ce  qu'il  a  dit  contre 
Monfeîgneur  de  la  Café,  il  l'a  dit  dans 
un  Livre  fait  pour  décrier  les  Catholiques. 
Et  là-deiTus  je  renvoyé  Mr.  Baillet  à  fon 
Traité  des  Préjugés.  J'oubliois  à  remar- 
quer que  Mr.  Juiieu  s'eft  encore  mépris 
en  difant  que  l'édition  des  Poëfies  de  Be- 
ze  a  précédé  celle  du  prétendu  Livre  de 
Jan  de  la  Café.  Voyez  ci-defïus  ce  qui  a 
été  dit  de  la  première  édition  du  Capitol* 
<lel  Forno. 

Encore  une  fois:  Mr.  Baillet  qui  eft  un 
Prêtre,  doit  être  bien  déplaifant  &  bien  hon- 
teux d'avoir  aidé  aux  Proteftans  à  diffamer 
un  Archevêque  &  un  Nonce,  &  un  des 
plus  honnêtes  hommes  du  monde. 

Il  eft  au  relie  à  remarquer,  que  Mr. 

Baillet 

ca,  qui  a  écrit  la  Vie  du  Cafa  ,  Se  examiné  avec 
foin  l'époque  dont  il  s'agit,  dit  que  le  Cafa  né  le 
28.  Juin  1503.  mourut  le  14.  Novembre  1556. 

rom.  FIL  Part.  L  Y 


$-06       Anti-Baillet.  P.  Iî. 

Baillet  n'a  lu  dans  les  Originaux*  aucun 
paiFage  de  tous  ceux  qu'il  cite  dans  Tes 
Preuves  pour  la  confirmation  de  ce  qu'il 
a  dit  contre  Monfeigneur  de  la  Café;  à  la 
referve  du  pillage  de  Mr.  Jurieu;  &  qu'il 
a  pris  toutes  fes  autres  citations  de  cet  en- 
droit de  la  France  Orientale  de  Mr.  Co 
lomiez,  page  142.  Quod  carmen  è  noftris 
(le  Poème  prétendu  de  Jan  de  la  Café) 
culpant  Job.  Sleidanus  ad  annum  154S. 
Carolus  Mêlinceus  in  Oratiwe  habita  Tu- 
bingce  anno  1 5"^4-  referente  IVolphio  Leéiio- 
num  Mentor  abi  Hum  centenario  16.  Simle- 
rus  in  Epitome  Bibliotkecœ  Gefneri ,  Tho- 
mas Naogeorçus  ad  finem  Regni  Papiftici: 
Henri  Ejîienne  ,  chapitre  13.  du  premier 
Livre  de  fon  Apologie  d?  Hérodote .  Cyprianus 
a  Paiera ,  in  Tractât  h  Hifpanico  de  Papa, 
pag.  234.  Johannes  Ivellus  in  Apologia 
Ecclefice  Anglican*.? ,  pag.  69.  Andréas 
Khetus  fub  finem  capitis  tertii  Cajligatio- 
num  Notarum  in  Epiflolam  Molinœi  ad 
Balzac um.  Gisbertus  Voetius  in  Difputa' 
tionibus  Seleèlis ,  Tomo  I.  pag.  205*.  &  a- 
lii.  Sed  nemo ,  quod  fciam  ,  prater  rêve* 
rendum  parentem  ,  animadverth  ,  idem 
jPoëma  cenfurâ  notatum  a  Guillelmo  Can- 
tero ,  Pontifie io  ,  Theodori  fratre,  qui  in 
hxc  verba,  Prœfatione  in  Propertium  edi- 
tionis  Plamint  ï  5-69.  Quis  ferat  ,  quod 
fuperioribus  annis  accidit  Cafalem  quem- 
dam,  fummum  propè  dignitatis  in  Hierar- 
chia  gradum  obtinentem ,  carmin ibus  tur- 
pifïimis  infanda  flagitia  publicè  prasdicare? 
En  egregium  familiae  divinas  columen  :  eu- 
jus  turpitudo  latis  per  fe  magna  non  duci- 

tur, 


Anti-Baillet.  P.II.         fZJ 

fur,  niiï  ad  cam  impudentifîîma  accédât 
gloriatio.  JJtcc  ,  &  dia  **  Ubcilo  nojlro 
infcrtpto  Raretez  d'Etude.  Mr.  Baillet 
n'eil  qu'un  Copilte. 

Je  finis  ce  long  chapitre  par  un  extrait 
d'une  Lettre   de  Monrïeur  de   la  Mon- 
noie  à  Mr.  l'Abbé  Nicaife,  &  par  un  au- 
tre extrait  d'une  Lettre  de  Mr.  Magliabe- 
chi  à  Mr.  Bigot.     Voici   l'endroit   de  la 
Lettre  de  Mr.  de  la  Monnaie:  Il  eft  fur 
que  fi  les  emplois  que  le  mérite  de  Monfei- 
gneur  de  la  Café  lui  procura ,  ne  Cujfent  o- 
bligé ',  en  qualité  de  Nonce,  à   rechercher 
les  personnes  qui  de  fon  tems  prévariquoicnt 
dans  la  Religion,  on  ri *  aurait  non  plus :  fèu- 
géà  fon  Capitol O  qu'a  ceux  du  Bernia ,  du 
i  o  ,  du  Molza ,  qui  ne  font  pas  moins 
licentieux  :  çsf  que  le  feul  bonheur  d'avoir 
été  faits  par  des  Auteurs  fans  conféquay.ce , 
*  fauve z  de  la  cenfure  des  Proteflans.    Les 
Protefians  fe  voyant  pourfuivis  par  cet  Ar- 
chevêque ,  après  avoir  examiné  fa  vie,  ne 
trouvèrent  que  ce  petit  péché  de  jeune  [je  a 
lui  reprocher.     La  même  chofe  cfl  arrivée  à 
Beze.     S'il  fût    demeuré  Catholique  :  ou 
même  fi  fe  fefant  Huguenot ,  /'/  fe  fût  moins 
diftingué  dais  fon  parti,  CT  qu'il  ne  nous 
ût  pas   irritez  par  les  Livres   qzSil    écri- 
vait contre  notre  Religion  ,    nous  ne  nout 
fuffions  pas  écriez  ,  comme  nous  avons  fait , 
contre  fon  Epigramme  de  Candide  £3?  df  Au- 
debert.     Voici  celui  de  la  Lettre  de  Mr. 
Magliabéehi:  Certo  .  che  fit  fua  grandi ffi- 
rna  difgrazia  (c'eft  da  Cafa  dont  parle  Mr. 
Magliabéehi)  Paver  per  nemico  PietroPao- 
b  Vergerio  ,  uomo  ,  toltane  f  empiéta ,  di 
Y  2  gran* 


$o8       Anti-Bai ll et.  P. II. 

grande  ftima  ,  fi  per  lettere ,  corne  per  al- 
tri  cap ,  corne  V*  S.  llluftrijfima  avrà  po- 
tuto  vedere  dalla  Dedicatorta   che  gli  fa 
Andréa  Divo ,   Giuftinopolitano  ,  délia  jua 
Traduzzione  cTOmero  ;   da  Giorgio  Logo, 
Silejio  ,   ne"*  verfi  indirizzati  ad  effo ,  che 
fono    in  principio   délia  fua   edizzione    di 
Grazzio  ,  e  degli  altri  Poëti  de  Venatio- 
ne  :  e  da  cento  e  cento  altri  Scrittori  noftri 
Cattolici  :  per  t râla fc tare  i  Preteftanti  ;  nel 
numéro  dé*  quali  il  Vergerio  per  fua  difgra- 
zia  entra  ,  apoftatando   dalla  nuftra  fanta 
Fede.     Io  non  intendo  di  far  qui  rApslogis- 
ta  del  Cafa  :  troppo  chiare  fono  Pinfamità 
che  fi  leggono  in  quel  fuo  fporco  Capitolo, 
&c.     Contuttocio,  corne   o   detto  ,  fit  fua 
gran  dfgrazzia  V aver  per  nemico  il  Verge- 
rio.    Ognvn   vede   le  orribiïi  infamità  nel 
medefimo  génère  che  fi  tro'vano  nel  Bernia 
nel  Capitolo  a  M.  Antonio  da  Bibbiena^  e 
neW  altro  Capitolo  fopra  un  Garzone  ,  ed 
in  mille  altri  luoghi  :  in  Curzio  da  Mari- 
gnoMe  :  nel  Ruffoli  :  in   Marco  Lamberti  : 
nel  Perfiani  :  ed  in  cento  e  mille  altri  nos- 
tri  Poêti  Fiorentini  ;  per  tralafciare   altri 
quafi  infiniti  di  altre  patrie.     Ne"*  foli  So- 
netti  del  nofiro  Luigi  Pulci,    e  del  nojlro 
Matteo  Franco  ,   fono  ,  oltre  aW  ofcenità^ 
cofe  tanto  efjeciandamente  empie  ,    che  un 
ateo  affatto  non  potrebbe  fcrivere  piit  fcel" 
leratamente   di    quel  che  fi  facciam    effi. 
ISliuno  ad  ogni  modo  di  effi  parla:  e  con- 
trat Cafa  firide  tutto  il  Mondo ,  perche  eb- 
be  per  nemico  Pietro  PaoU  Vergerio.  Ctrca 
a  quelh  che  V.  S.  llluflrijfima  mi  domanda, 
cioè ,  fe  niuno  à  faite  Apologie  fiel  detto  Ca- 


Anti-Baillet.  P.  II.       f09 

fa,  le  rifpondero,  che  ejjo  medefimo  nel  pri- 
mo luogofi  dtfende  in  alcunifuoi  verfi  La- 
uni  ad  Germanosr  cbefi  trovano  ftampati 
a  carte  25-4.  e  %ff.  de/ primo  Tomo  di  Car- 
mina  iilullrium  Poctarum,  &c  Una  al- 
irafua  Apologta  contro  il  Verger  io  0  10  ma~ 
nofcritta  nella  mia  povera  Librerinola  :  che 
è  anche  cofa  a (/'ai  grande  ,  e  degna  di  ejfere 
Jlampata. 

CXXI. 

Addition*  au  chapitre  de  Chalcondyle. 

Quelques  partie  ularitez  touchant 

Melchior  Volmar. 


Tom.  2. 
Part.  3. 


Monsieur  Baille  t.  Vojjîus 
prétand  que  Chalcoxdyle  eft  plus  plein 
que  Chryfolorc.  Il  ajoute,  que  Pierre  Da-  fa8'  î39 
nés  Evcque  de  Lavaur  avoit  coutume  de 
cxcefjivement  les  Qjtejîioy/s  ou  les  E- 
r utime s  de  Chalcondyle  ,  &  que  Bude  les 
fit  mettre  au  jour  par  Melchior  Volmar. 

Me  mage.  La  Préface  que  Melchior 
Volmar  de  Rotville,  Profeflèur  à  Tubi  li- 
ge, ou,  comme  Ta  appelle  JoachïmusCa- 
merarius ,  Melior  Volmar  ,  eft  un  chef- 
d'œuvre  en  matière  de  Préface.  Et  Mr. 
Baiilet,  qui  eft  un  Grand  Bibliothécaire  & 
un  Savant,  devroit  l'avoir  vue.  Et  il  pa- 
roît  qu'il  ne  l'a  point  vue  par  ce  qu'il 
rapporte  ici  de  VorTîus  :  qui  fe  trouve  dans 
cette  Préface.  Quoi  que  Melchior  Vol- 
mar fût  un  homme  favant  en  Grec  &  en 
Latin ,  il  n'a  pourtant  jamais  rien  impri- 
mé que  cette  Préface,  11  on  en  croit  Be- 
Y  3  it 


jto  Amti-Baillet.  P.  II. 
ze  dans  le  Portrait  qu'il  a  fait  de  Volmar. 
Fuit  autem  vir  ifte  omnibus  tum  corporis 
tum  animi  dotibus  exccllens ,  ac  prccfertim 
eximiâ  in  pauperes  munificent! â  infignis, 
ÊlT  ab  omni  ambitione  tam  remotus  ,  ut , 
quamvis  Grœcè,  &  Latine  fcribendo  excel- 
ler et,  nihil  tamen  prœter  unicam  père  le* 
gantera  Priefationem ,  Grammaiiccs  Grœcce 
Demetrii  Chalcondylœ  prœpqfitam  ,  edide- 
rit.  Mais  il  ne  faut  pas  l'en  croire:  Vol- 
mar ayant  fait  imprimer  en  1513-  à  Paris 
in-4-  un  Commentaire  fur  les  deux  pre- 
miers Livres  de  l'Ilhde  d'Homère.  Il  dit 
dans  la  Préface  de  ce  Commentaire,  qu'il 
a  été  Correcteur  d'Imprimerie  de  Gour- 
mont.  Beze  avoit  vu  ce  Commentaire  : 
car  c'e/ï  far  ce  Commentaire  qu'il  a  fait 
cette  Epigramme: 

AUenidem  ingrat!  privârant  lumine  Dlvi ,  &c. 

Laquelle  a  pour  titre,  De  Commentants 
D.  Meîcbioi <is  Volmarii ,  prœceptoris  charis- 
fimi,  in  Homeri  Poêfim.  Elle  efl  impri- 
mée à  la  page  5-9.  de  la  première  édition 
des  Poé'lies  de  B^ze.  Et  il  ell  étrange  que 
Beze  ne  fefoit  pas  fouvenu  de  l'avoir  vue. 
BwZe  dédia  à  Volmar  cette  première  édi- 
tion de  les  Poëfies ,  qui  eft  de  Paris  i^S. 
Ec  il  a  fait  plusieurs  vers  à  fa  louange  & 
à  la  louange  de  fa  femme,  qui  mourut  le 
même  jour  que  lui  en  15-61.  à  Ifne.  Beze 
avoit  été  fon  difciple  à  Orléans.  Car  Vol- 
mar avoit  en  feigne  à  Orléans  les  Lettres 
Humaines.  11  les  enfeigua  enfuite  à  Bour- 
ges :  ou  il  ut  Calvin  pour  difciple.    J'ap- 

prens 


Anti-Baillet.  P.  IL       Su 

prens  de  Mr.  Catherinot  Avocat  du  Roi 
de  Bourges  ,  qu'au  fnjet  de  Volmar  la 
Ville  de  Bourges  ordonna  qu'à  l'avenir. 
aucun  homme  de  la  Religion  pre'tendue 
Rérbrmée  ne  régenteroit  à  Bourges. 

CXXII. 

Addition  an  chapitre  de  Ficin ,  C33  à  celui 

de  Pajferat.  Ignorance  de  Mr.  Baillet 

dans  Jon  métier  de  Bibliothécaire. 

Monsieur  Baillet.  Nannim a  Tom.  2. 
écrit  ,  que  par  la  TraJ.uâion  de  F:-  p^r-  * 
cm  on  voit  ayez  bien  ce  que  F  Auteur  a  dit,  °' 
ma' s  qiion  ne  voit  pas  comment  il  C a  dit  : 
•qu'il  n'a  point  feeu  exprimer ,  ni  le  mouve- 
ment des  pajjions  ,  ni  la  grâce  des  figures , 
ni  la  force  ,  ni  la  beauté,  ni  les  agrément y 
ni  la  dignité ,  ni  Inélégance,  ni  les  plaifan- 
teries,  ni  les  fubtilitez  de  [es  Auteurs:  Et 
que  quoique  qu'on  syapperçoive  affez,  far 
exemple,  dans  la  ver/ion  de  Platon,  de  ce 
que  ce  Philosophe  a  voulu  dire  ,  néanmoins 
ji  Platon  pouvait  revenir  au  monde  pour  la 
lire ,  /'/  ne  lui  feroit  prefque  pas  pojjible  de 
s'y  reconnaître  lui-même.  Car  on  ne  trou- 
ve point  dans  le  Latin  cette  force  héroïque  % 
cette  fublimité ,  cette  élévation  du  grand 
ftyle,  &  cette  heureufe  abondance  de  P Ori- 
ginal Grec. 

M  e  n  a  G  e.  Pincianus  a  encore  enché- 
ri fur  Nannius.  Voici  fes  termes;  qui 
font  de  fes  Rétractations  fur  Pomponius 
Mêla,  Livre  2.  chapitre  1.  Tu  m  Sta- 
tion e  atqie  Morte.  Emendavi- 
Y  4  mus , 


f)  2  A  N  TI  -  B  A  I  L  L  E  T   P.  II. 

mus,  Tali  ftatîone  atque  morte,  teftimc- 
nio  multorum  Auclorum..    Nec  fubiit  tune 
Platonem  citare  in  D:ahgo  qui  inferibitur  : 
Minos  ,  vel  de  Lege.  Ejus  verba,.  ex  tra~ 
ïatione  Marfilii  Ficini  funt :  Eo  plane, \t* 
luti  Legum  Cuftode,  per  urbem  ufus  eft 
Minos,  ad  reiiquam  vero  creatam  eufto- 
de  Talo.    Talus  enim  ter  quotannis  pa- 
gos  omnes  lultrabat,  Leges  eorum  obier- 
vaturus,tabulis  sereis  Leges  infculptas  cir- 
cumferens  :  unde  sereas  nominatœ   funt. 
Hœc  Plato  :  cujus  pojlrema  il/a  verba ,  un- 
de aereos  nominatae.  funt,  perperam  vertit 
Marfilitts  :  homo  quidem  mediocri  ingénia 
&  éruditions ,  mediocri  item  Gracœ  ac  La* 
tinte  Linguœ  cognitione  prœditus  ,  verkm 
in  humanis  ftudtis  parum  verfatus ,  fuper- 
que  afper  &  durus  nimis  Interpres.  Tram* 
ferre  igitur  debuit  Ficinus  y  Unde  asreus 
appellatus  eft.     Sic  enim  Graca  praferunt 
exemplaria.     Et  Talus  ipfe  ,  ut  probavi  y 
ter  eus  a  Poe  fis  fiel  us  ,   appellatufque   eft, 
non  Leges,     Sed  de   erroribus  Marfilii  in 
Tralatione  Plaionisyal'w  loco  diduri  fumus 
uberius. 
Tom.  a-         Mr.   Bail  LE  T.    Pafferat  a  fait    des 
**"*  T2;tf      Commentaires  fur  Catulle ,  Tibulle  &  Pro- 
perce, que  Mr.  de  Thou  e  (lime  fort  accom- 
plis &  très- dignes  des  louanges  de  tout  le 
monde      On  en  a  auffi  de  lui  fur  Plaute  , 
qui  ne  font  pas  moins  ejlimez. 

Ménage.  Il  n'eft  point  vrai  qu'on  ait 

des 

Ç  r.  Le  I\  Lâbbe  néanmoins  pag.  371.  de  fa  nou- 
velle Biblieth.  de  MiT.  dit  qu'Ifaac  Herauld  fils  de 
Didier  lui  montra  un  jour  uu  Catalogue  de  MfT. 

venus . 


pag.  istf. 


Anti-Baillet.  P.  II.       5-13 

des  Commentaires  de  PaiTerat  fur  Plaute. 
Ce  que  PaiTerat  avoir  fait  fur  ce  Poète, 
non  feulement  n'a  jamais  été  imprimé , 
mais  il  n'a  jamais  paru  écrit  à  la  main. 
Atque  utinam  quœ  in  Ctceroncm  ,  Plaw 
tum  ,  çjf  altos  Linguœ  Latinœ  pnecipuos 
Auéiures  accuratè  ac  diïigenter  adyiotav'ît , 
aliquando  quoque  prodeant ,  kcc  diuùàs  in 
tenebris  magno  ftudiolorum  incommodo  Je- 
pul'.a  delttefcant  ,  dit  Scévole  de  Sainte 
Marthe  dans  l'Eloge  de  PaiTerat.  (1)  Et 
je  mets  en  fait  ,  qu'il  n'y  a  préfentement 
perfonne  au  monde  qui  ait  vu  ces  Com- 
mentaires. 

Je  ne  faî  au  refte  où  Mr.  Baillet  a  pris 
cette  grande  eftime  de  Mr.  de  Thou  pour 
les  Commentaires  de  PaiTerat  fur  Catulle, 
Tibulle,  &  Properce.  Il  n'en  eft  parlé, 
ni  dans  le  1  27.  Livre  de  l'Hifloire  de  Mr. 
de  Thou  ,  à  l'endroit  où  Mr.  de  Thou  a 
écrit  la  mort  &  l'éloge  de  PaiTerat,  ni  dans 
aucun  autre  endroit  de  fes  Ouvrages;  ni 
dans  l'Eloge  de  Pafferat  de  Sainte  Mar- 
the; ni  dans  fa  Vie  imprimée  à  la  tête  de 
fcs  Opufcules.  Mr.  Baillet  devoit  remar- 
quer que  les  Commentaires  de  Pafferat 
fur  Properce  font  admirez  par  Schiopius. 
Voici  comme  Schiopius  en  parle:  InPro- 
pertïum  Commentarius  Johannis  Pajfera- 
tii:  quo  numquam  quicquam  vifum  fuit' 
perfefiius.  C'eft  dans  fon  Syllabus  Auç- 
iorum  Lingu*  Latin*  aîatis  aureœ. 

CXXIIL 

venus  d'Angleterre  parmi  kfquels  ,  e'toient  des 
Commentaires  de  Paflerat  fui  trois  Comédies  de 
yiauiCj  Miltt  gorwfHs ,  Ca/în*,  &  MojiilUria* 

Y  s- 


5"i4      Anti-Baillet.  P.  IL 
CXXIII. 

Jujlificaîlon  des  vers  que  fat  faits,  après 
avoir  dit  que  je  n^en  fer  ois  plus. 

J'Ai  fait  une  Epigramme  Latine,  par  la- 
quelle j'ai  dit  adieu  aux  Mufes,  en  ces 
termes  : 

Musis  vale  dicitMenagius 

Hum  mihi  fervebat  juvenïlï  m  corpore  fangnis, 
Et  decuit ,  numeris  lufimus  mnumtris. 

Turpe  Jenex  Vates  :  fenior  ,  calamofque,  ly- 
ramque, 
Ceteraque  hic  fono  Ittdicra;  Mufa  vale. 

Et  depuis  ce  tems-là  j'ai  continué  d'en  fai- 
re. Mr.  Baillet  fe  déchaîne  Ià-defîiis  con- 
tre moi  avec  fureur,  comme  fi  j'ctois  le 
plus  grand  parjure  du  monde.  Je  répon- 
drai ici  à  fon  accufation  quoique  fon  ac- 
cufatîon  ne  mérite  pas  de  réponfe.  On  a 
dit  que  les  fermens  des  Amans  n'entroient 
point  dans  les  oreilles  des  Dieux:  que  Ju- 
piter s'en  mocquoit  :  qu'autant  en  empor- 
toit  le  vent.  Il  en  elt  de  même  des  fer- 
mens des  Poètes.  Et  j'ofe  afïurer  qu'il  n'y 
a  jamais  eu  de  Poète  qu'il  n'ait  fait  des 
vers  après  avoir  dit  en  public  ou  en  par- 
ticulier qu'il  n'en  feroit  plus. 
Horace  a  dit  dans  fa  première  Epitre, 

Nunc  itaque ,  v  verfus ,  &  cetera  Indicra  pono, 

Et 


Amti-Baillet.  P.  II.  si? 
Et  depuis  ce  tems-là  il  a  fait  un  grand 
nombre  de  vers. 

Bucanan ,  étant  Régent  à  Paris  au  Col- 
lège de  Sainte  Barbe,  écrivit  une  Elégie 
fur  la  mifére  des  Régents  de  Paris,  dans 
laquelle  il  dit  adieu  aux  Mufes. 

ke  levés  nug&  flerilefqiu  valete  Camen&9 
Grata-jue  Phoebdo  Ca/lalis  unda  Choro. 
Ite  :  fat  eft  :  prlmos   vobïfcum  ahfumpfimus 


annos 


Opùma  pars  vit  a  deperiitque  tnet,  &c. 

Iteigitur,  Muftfteriles,  alïumque  m'tniftyum 
Qxiri-te:  nos  alto  fors,  ariimufquc  vocat. 

Et  depuis  ce  tems-là  il  a  fait  un  million 
de  vers. 

Ronfard  a  dit,   dans  l'Ode  cinquième 
du  Livre  trolliéme  de  fes  Odes  : 


Toi  qui  chantes  l'honneur  des  Pvois 
Polyhymnie,  ma  douce  Mufe, 
Ce  dernier  labeur  de  mes  doits 
Dcflus  ton  Luth  ne  me  refufe. 

J'ai  fouvenance  que  tes  mains 
Jeune  Garçon  me  couronnèrent. 
Quand  j'eus  mâché  les  lauriers  faints 
Que  tes  compagnes  me  donnèrent. 

Mais  or,  par  le  commandement 
Du  Roi,  la  lyre  j'abandonne, 
Pour  entonner  plus  hautement 
L'Airain  enroué  de  Bellonne. 

Y  6  Tou- 


?i&      Anti-Baillet.  P. II. 

Toutefois,  ains  que  de  tenter 
L' Infiniment  de  telle  Guerrière, 
Encourage-moi  de  chanter 
Pour  adieu  cette  Ode  dernière: 

Et  il  a  fait  plusieurs  Odes  depuis  cetems-là. 
Malherbe  avo^t  fait  de  grands  fermens, 
entre  les  mains  des  Mines  ,  de  ne  pîus 
faire  de  vers  après  qu'il  auroit  célébré  la 
Reine  Marie  de  Médicis  : 

Non  ,  Vierges,  non,  je  me  retire 
De  tous  ces  frivoles  difcours: 
Ma  Reine  eft  un  but  à  ma  lyre 
Plus  jufte  que  nulles  amours. 
Et  quand  j'aurai,  comme  j'efpére». 
Fait  ouïr  du  Gange  à  l'Ibère 
Sa  louange  à  tout  l'Univers, 
Permefle  me  foit  un  Cocytr-, 
Si  jamais  je  vous  follicite 
De  m 'aider  à  faire  des  vers: 

Et  depuis  ce  tems  là  il  a  fait  un  nombre 
infini  de  Vers. 

Mr.  Halle  de  Caen  a  dit  dans  un  de  fes 
Poèmes,  par  lequel  il  invite  les  Poètes  à 
faire  des  vers  fur  l'immaculée  Conception . 
de  la  Vierge, 

Hac  Mariana  Hwmtftm  J*t  EpmUm  %  noftris 
Cantîbus  emodulatfl9  oh  fartai  ai  Styge  pal* 

Ctkatum  cr  Styji  Çaput  obtrùuwft  Dra~ 
tonis* 


Anti-Bait.let.  P.  II.       5-17 
Jam  me  grandtvum  t  cejfare  in  car  mina,  tem- 

pus, 
Ato^ue  voie  cafits  dtcrnum  dicere  Mujts» 
Tejjusego  hicpkftrum,  citharamaue  tartemqMg 

repono  : 

Et  depuis  cetems-là  il  a  fait  un  grand  nom- 
bre de  vers  fur  le  même  fujet. 

Mr.  Saralin  ayant  été  accu fé  d'avoir  fait, 
des  vers  contre  le  Cardinal  Mazarin,  fit 
de  grands  fermens  de  ne  faire  jamais  de 
vers.  Oeft  le  fujet  de  l'Elégie  Latine  que 
j'ai  ad  reliée  à  Mr.  le  Prince  Louïs  de 
Bourbon.  Voici  l'endroit  de  cette  Elégie 
qui  regarde  cette  particularité  : 

llie  tuus  VatâSy  nojiri  Saracenus  amores , . 

Cujus  Amor  verjus  çr  Venus  ipja  canit , 

Heu  !    Solitam   abjecit  juratus  Appolîims  ar- 
tem , 

Freftt  cr  irata  plcëlra  canora  manu. 
Ah  auoties ,  er  au& ,  mittebat  carmim  nobis , 

Per  ludum  reddens  mutua  ,  perçut  jocum  ? 
Nunc  canimtts  Jurdc  :  fcopulis  tactturnior  ip* 

Menagio  reddit  carmina  nullafu*. 
Si  potui  placmjje  tibït  jarantia  verba 

(Namque  potes)  foktum  pondus  habere  vtîcl 
bivim  ce  1er  es  Vatis  perjuria  ventes 

Per  mare y  per  terras  irrita  ferre  jubé: 

Et  depuis  ce  tems  -  là  il  a  fait  un  grand 
nombre  de  vers. 

Y  7  Mîr 


5*18       An  ti-Baillet.  P.  II. 

Mr.  Corneille  avoït  protefté  publique- 
ment qu'il  ne  feroit  plus  de  Pièces  de  Théâ- 
tre: Et  quelques  années  après,  aiant  été 
prié  par  Mr.  Fouquet,  Surintendant  des 
Finances,  de  faire  POedîpe ,  il  le  fît  :  & 
il  a  fait  enfuite  plulîeurs  autres  Tragé- 
dies. 

Mr.  Santeuîl,  de  Saint  Vi&or,  a  pro- 
tefté hautement  dans  la  Dédicace  de  fes 
Hymnes  à  Mr.  PéliiTon  qu'il  neferoitplus 
devers  fur  des  matières  profanes,  &  de- 
puis ce  tans -là  il  en  a  fait  un  très  -grand 
nombre. 

Mr.  de  la  Fontaine  avoit  juré  haute- 
ment qu'il  ne  feroit  plus  de  Contes  en 
vers:  &  deux  jours  après  il  recommança 
à  en  faire.  C'eft  ce  que  nous  apprenons 
de  cet  endroit  de  fon  Conte  de  la  Clo- 
chette: 

O  combien  l'homme  eft  inconflant,  divers, 
Foible,  léger,  tenant  mal  fa  parole  ! 
J'avois  juré  hautement  en  mes  vers 
De  renoncer  à  tout  conte  frivole. 
Et  quand  juré?  C'eft  ce  qui  me  confond. 
Depuis  deux  jours  j'ai  fait  cette  promefie. 
Puis  fiez-vous  à  Rimeur  qui  répond 
D'un  feul  moment. 

Encore  une  fois:  il  n'y  a  jamais  û  de 
Poêle  qui  n'ait  fait  des  vers  après  avoir 
dit  qu'il  n'en  feroit  plus. 


CXVIL 


Anti-Baillet.  P.  II.       5-19 

CXVII. 

y  ujlifi  cation  des  Vers  de  Galanterie  que  'fat 
faits  après  avoir  protejlé  que  je  n'en  fe- 
rois  plus. 

MAis  j'ai  protefté  dans  une  de  mes 
Elégies  Latines  ,  que  je  ne  ferois 
plus  de  Vers  de  Galanterie:  &  j'ai  conti- 
nué d'en  faire.  Nous  voyons ,  dft  Mr.  Bail- 
let,  que  Mr.  Ménage  ejl  retourne'  à  fes  pré" 
miéres  habitudes  peu  de  tems  après  avoir 
formé  fa  Componàion  Chrétienne  :  (il  parle 
d'un  de  mes  Madrigaux  Italiens,  intitulé 
Chriftiana  Compunzione)  &  qu'il  eft  re- 
tombé dans  les  mêmes  engagemens  qu'il  nous 
avoit  dépeints  comme  fort  criminels*  Cefh 
ce  qu'il  nous  apprend  lui  -  même  dans  une 
Elégie  Latine  ,  où  le  repentir  V ayant  re- 
pris une  fegonde  fois,  il  témoigne  pour  ce 
coup  être  entièrement  converti  :  fe  trouvant 
chargé  d'une  nouvelle  confufion  de  voir  que 
favieille/fe  n'était  pas  moins  ambarajfée  dans 
ce  commerce  que  F  avoit  été  fa  jcuneffe.  Il 
demande  enfuit  e  à  fan  Eve  que,  au  Médecin 
de  (on  ame ,  qu'il  le  réduife  en  pénitence  z 
qu'il  le  mette  dans  le  fac  &  fous  la  cendre  : 
qu'il  lui  ordonne  des  jeûnes ,  des  difciplines , 
Cjf  tout  ce  qu'il  voudra  :  qiî'il  efl  prépare  à 
tout.  On  s*  imaginer  oit  peut-être  que  Mr. 
Ménage  a  fait  des  crimes  énormes,  parce 
que  [on  humilité  lui  fait  demander  d'être 
confondu  parmi  les  fcélérats.  Cependant  Mr. 
Ménage  a  toujours  mené  une  vie  irrépro- 
chable aux  yeux  des  hommes.  Il  a  toujours 

vie  h 


fio  Anti-Baillet.  P.  II. 
vécu  avec  honneur.  Et  lui-même ,  tout 
abandonné  qu'il  efl  à  la  componction  de  [on 
cœur ,  n'efl  pas  affez  hardi  pour  ofer  dire 
qu'il  ait  jamais  fait  d'autre  mal  en  public 
que  et avoir  fait  des  vers  trop  libres  &  trop 
galons  ,ç«f  d'avoir  contrefait  l'Amant.  C'efl 
donc  de  fes  vers  dont  il  s'aceufe,  &  dont  il 
veut  faire  pénitence  :  jugeant  avec  toutes 
les  perfonnes  judicieufes,  que  ce  ne  font  pas 
toujours  les  Pièces  les  plus  diffolues  qui  cor- 
rompent davantage  les  mœurs  :  foit  parce 
qu'on  efl  en  garde  contre  le  poifon  qu'elles 
préfentent  à  découvert  :  foit  parce  qu'il  n'y 
a  que  ceux  qui  font  déjà  corrompus  qui  les- 
lifcnt  :  mais  que  celles  qui  renferment  le 
poifon  fous  des  expreffions  chafles  &  inno- 
centes ,  font  beaucoup  plus  criminelles.  De 
forte  -lue  fi  depuis  cette  déclaration  publique 
Mr.  Ménage  efl  encore  retombé  dans  je  s  an- 
ciennes habitudes ,  qui  efl  celui  qui  aura  le 
cœur  a/fez  dur  pour  n'être  point  touché  de 
la  foibleffe  de  l'homme  ? 

Quelle  rage  ?  quelle  fureur  ?'  Mais  à 
quel  propGS   Mr.  Baillet  dit -il   de   moi 
toutes  ces  chofes  injurieufes?  Son  deffein: 
eft  de  faire  un  Livre  des  Jugemens  des  Sa- 
vans  fur  les  principaux  Ouvrages  des  Au- 
teurs. Il  proteJte  en  plus  d'un  endroit  de- 
fon  Livre  qu'il  n'y  dit  rien  de  fa  tête.  Ce 
font  fes  termes:  Y  a-t-il  û  quelques  Sa- 
vans  qui  m'âyent  aceufé  dans  leurs  Ou» 
vrages   comme  d'un  crime  ,    d'avoir  fait' 
des  vers  trop  libres  &  rrop  galands  ,   &: 
d'avoir  contrefait   l'Amant?   Mr.   Halle 
de  Caen  au  contraire  a  loué  l'honnêteté 
de.  mes  vers  :  - 


ANTI-B  AILLET.  P.ll.         521 


Vir  faftus  ad  unguem 


Mtnagiui  :  Mu/a  Andino  eut  molle  decorum^ut 
Andïni  annmrunt  Vatis ,  tenerique  pudicat 
Nafonis  icneres. 

C'eft  ce  qu'il  a  dit  de  moi  dans  fon  Poè- 
me fur  la  mort  du  Père  Bourbon.  Mr. 
Baillet  dit  que  je  demeure  d'accord  moi- 
même  de  ce  crime  dans  une  de  mes  Elé- 
gies Latines  ;  cette  Elégie  eft  celle  que  je 
fis,  en  retournant  dans  ma  patrie,  d'où 
j'avois  été  abfent  pendant  vingt  ans.  Je 
prans  droit  par  les  charges.  Et  pour  cela, 
je  fupplie  mes  Lecteurs  de  trouver  bon 
que  je  produife  ici  l'Elégie  dont  eft  ques- 
tion. La  voici:. 

jJEgidius  Menagius  post  annos  XX» 
Patriam  revisens. 

Salve ,  &c. 

Où  eft-  il  dit  dans  cette  Elégie  que  c'eft 
pour  avoir  fait  des  vers  trop  libres  &  trop 
galans,  &  pour  avoir  contrefait  l'Amant, 
que  j'ai  demandé  à  mon  Evéque  d'être 
mis  en  penitance?  Ces  vers, 

Et  mea  non  umquam  nugari  defùt  âtas  : 
Et  nondurn  lufus ,  deferuique  jocos  : 

comprennent  une  exprefîlon  générale  : 
qui  ne  veut  dire  autre  chofe ,  linon  que 
j'avois  badiné  toute  ma  vie  ;  &  qu'à  l'âge 

où 


Sii  Anti-Baillet.  P.IÏ. 
où  j'étois ,  qui  approchoit  de  foixante  ans , 
je  n'avois  pas  même  encore  tout-à-fait  re- 
noncé aux  badineries.  Cette  expreffion  ne 
A  comprent  pas  plutôt  mes  écrits  que  mes 
sciions  :  plutôt  mes  vers  que  ma  pro- 
fe:  plutôt  mes  vers  Erotiques,  pour  ufer 
du  terme  de  Mr.  Baillet ,  que  mes  vers 
Satiriques. 

Que  fi  Mr.  Baillet  dit  que  j'ai  protégé 
dans  cette  Elégie  de  ne  plus  écrire  fur  des 
fujets  profanes, 


Vit  a  quodcumque  fejuetur, 


Hec;  ùbi  ,Jumme  furent ,  hoc  tibi ,  Chrijle ,  dict. 

Et  que  je  n'ai  pas  îaifTé  cependant  depuis  ce 
tems-là  ,  d'écrire  des  chofes  galantes,  je 
lui  demanderai,  fi  ayant  promis  à  Dieu 
de  ne  plus  retomber  dans  quelque  péché 
mortel,  il  n'y  eft  point  retombé:  car  qui 
efi:  l'homme  qui  ne  pèche  point?  Il  n'y  a 
•*«*'*■  guère  de  Poète  Chrétien  qui  n'ait  fait 
Si^Marc'  quelques  vers  de  dévotion,  dans  lesquels 
Améle.  il  n'ait  promis  à  Dieu  de  ne  plus  faire  de 
vers  profanes ,  &  qui  n'en  ait  fait  nonobs- 
tant cette  promette.  Monfieur  Godeau  , 
Evêque  de  GrafTe  ,  que  je  nomme  par 
honneur  ;  après  avoir  protefté  publique- 
ment qu'il  ne  feroit  plus  que  des  vers  de 
dévotion ,  non  feulement  a  fait  un  grand 
nombre  de  vers  profanes,  mais  il  a  même 
fait  des  vers  de  galanterie,  comme  je  le 
ferai  voir  au  chapitre  dernier  de  ces  Re- 
marques. Monfignor  délia  Cafa,  Arche- 
vêque de  Bénévent ,  après  avoir  fait  ce 
beau  Sonnet  de  dévotion, 


Anti-Baillet.  P. II.       52.3 

lo ,  che  l'etk  folea  viver  nelftngo, 
Qg£'»  mutaîo  il  cor  da  quel  ch'ï  foglio  , 
D'ogni  immondo  penfer  mi  purgo  e  fpoglio , 
E'I  mio  lungo  fallir  correggo  ,  e  piango. 

Di  feguir  falfo  duce  mi  rimango. 
A  te  mi  dono ,  ad  ogni  altro  mi  togl'w. 
Ne  rot  ta  nave  mai  parti  da  fcogli» 
Si  penttta  del  mar ,  com  io  rimango. 

E  poicb'  al  mort  al  rijchio  è  gita  invano , 
E  fenza  frutto  i  cari  gwrni  à  fpefi 
Que/la  mi  a  vit  a ,  in  porto  or  mai  ÏAccclgo. 

Reggami  per  pieià  tuafanta  mai%o , 
Padre  del  Ciel:  che  poicb' a  te  mi  volgt, 
Tanto  t' adorer  0  quant' io  foffefi. 

Il  a  fait  en  fuite  un  très  grand  nombre  de 
vers  d'Amour. 

Malherbe  dans  le  Sonnet  qu'il  a  fait  fur 
les  Oeuvres  Spirituelles  de  Mr.  du  Mai- 
ne ,  a  dit , 

Je  renonce  à  l'amour ,  je  quite  fon  em- 
pire; 
Et  ne  veux  point  d'excufc  à  mon  impiété; 
Si  la  beauté  des  Cieux  n'eft  l'unique  beauté 
Dont  on  m'orra  jamais  les  merveilles  écrire. 

Et  il  a  fait  enfuite  un  nombre  infini  de  vers 
d'Amour. 

Le  Fcre  VavafTeur  de  la  Compagnie  de 
Jéfus  avoit  fait  ferment  de  ne  plus  faire  de 

vers 


j24       Anti-Baillet.  P.  IF. 
vers  fur  des  matières  profanes,  &  fur  des 
performes  vivantes:  comme  il  paroîc  par 
cet  endroit  de  fon  Elégie  fur  la  mort  du 
Père  Bourbon: 

Omihitotlongos  traclari ,  Mufa,  ptr  annos 
Défit  a  y  jamque  proculjujfa  vaïere ,  reàu 

S&pe  ego  vivorum  juravi  fafta  filere  : 
Sipe  loqui  mftrisnïl,  nififacra,  moiïs. 

Nec  mut  or:  facer  efi  Vates,  ç?  mortum  :  huis- 
me 
Jufla,  liât  fer  m,  folven  jujfît  amâr. 

Et  depuis  ce  tems-là  il  a  fait  un  nombre 
infini  de  vers  fur  des  matières  profanes  & 
fur  des  perfonnes  vivantes.  11  y  a  mille 
autres  femblables  exemples  dans  les  Poè- 
tes Chrétiens  de  toute  forte  de  matié- 
res. 

Je  reviens  à  mon  Elégie.  Quoique  je 
n'aye  pas  fuivi  ponctuellement  la  réfolu- 
tion  que  j'avois  prife  de  ne  plus  travailler 
fur  des  fujets  profanes ,  il  ne  s'en  faut  pour- 
tant guère  que  je  ne  l'aye  fui  vie.  J'ai  fait 
depuis  ce  tems-là  une  Epigramme  pour 
mettre  fous  l'image  de  St  Bruno:  j'ai  fait 
(i)  un  Epimphe  Chrétien  pour  Guionne 
Ménage  ma  fœur  :  j'ai  fait  une  Hymne 
à  la  Vierge:  j'ai  fait  une  Elégie  à  Aiade- 
moifelle  le  Fêvre  ,  qui  eft  aujourd'hui 
Madame  Dacier  ,  pour  la  convier  âe  Ce 

faire 

^f  r.  On  dit  plutôt  aujourd'hui  Epiupbe  Chrétienne.. 
M.  Ménage  a  dit  de  même  pag.  53.1.  Epitapbe impri- 
mé pour  imprimée. 


Anti-Baillet.  P.  IL     fs% 

faire  Catholique.  J'ai  fait  une  Epïgramme 
fur  ma  réconciliation  Chrétienne  avec 
Monfieur  Chapelain,  j'ai  fait  des  vers  à 
la  louange  du  Pape,  au  fujet  de  la  levée 
du  Siège  de  Vienne.  J'ai  fait  des  vers  pour 
le  Roi  au  fujtt  des  Temples  des  Hugue- 
nots qu'il  a  démolis.  11  eft  à  remarquer 
que  mes  Poèmes  n'ont  pas  été  imprimez 
par  l'ordre  du  tans  qu'ils  ont  été  faits. 

Mais  quoique  je  ne  me  trouve  pas  cou- 
pable du  crime  dont  m'accule  ici  Mr. 
Baillet,  &  que  je  fois  comme  afTuré  que 
jamais  mes.  vers  n'ont  fait  pécher  mes 
Lecleurs  du  côté  de  l'amour ,  je  demeu- 
re d'accord  que  je  fuis  un  grand  pécheur, 
&  que  je  fuis  coupable  envers  Dieu  de 
plufieurs  crimes  confidérables  ,  &  beau- 
coup plus  confidérables  que  celui  dont 
m'accufe  ici  Mr.  Baillet. 

CXXXIII. 

Juftificat'îon  des  Vers  que  f  \ù  faits  dans  un 


J'Ai  dit  dans  la  dernière  de  mes  Epi- 
grammes  Latines ,  que  c'eft  une  vilaine 
chofe  qu'un  vieux  Poê'te.  Turpefenex  Va- 
tes.  J'ai  dit  la  même  chofe  dans  mon  Elé- 
gie à  Mr.  de  Sorbiere. 

Dejine ,  Sorberi ,  nos  pofcere  define  verfus  : 
Lu/ira  decem  Mufas  erîpnêre  m':hï. 

Scilîcet  Aonidum  juvenes  chorus  il!e  Sororum 
Dïligit ,  çrfférda  refpicit  aure/enet. 

Tr$n» 


526       Anti-Baillet.  P.  II. 

Trondibus  Aternïs  canos  ornare  capillos 
Jpfe  fugït  fiavis  pukher  Apollo  comis. 

Dedecet  incanum  calamo  trïvïjfe  labellum. 
Turpe  ftnex  Miles  :  turpe  Vo'èta  fcnex. 

J'ai  dît  dans  mon  Elégie  à  Mr.  Grsvius 
fur  la  mort  de  Mr.  Heiniius , 

Heinfiadi,  mortem ,  Reinfixdn  mihi  funera  nar- 
ras: 

Et  tu  me  carmen  fcribere,  amice  ,  jubés. 
S'mgultus  inter ,  gemhus  ïnter ,    lacrimafque , 

Dulce  qutat  quifquam  concinuijje  melos  ? 
Cantatrix  cœlum  pofcit  Philomela  ferenum. 

Turbati  ripam  flum'mis  odit  olor. 
Et  tuus  horribilis  ,    Gravi,  mihi  nuncius 
omnes 

Expulit  ex  omni  pettcre  Utitias ,  ctt. 
Scribere  me  carmen  jineret  dolor ,  haud  finit  <£- 
tas. 

Jam  mihi  bis  feptem  lujfra  pera5îa  feni. 
Scandere  me  prohibent  divini  culmina  montis , 

Infirmique  pedes ,  invalidumque  latus. 

Et  j'ai  dit  dans  mon  Ode  Anacréontîque 
à  Meilleurs  de  Court  &  Dacier, 

K*Aj}  <pt?i&iv  Irai  poil 
gvvttptçt  &  ètxipot 
'EpctG-nioi ,  wfinvoi  , 
Micrw  fte  ■&ço7pé7Tte-6e  l 
JAè  vvv  yepovTU,  v/u.7* 

«or- 


Anti-Baillet.  P.  II.       P7 

Tïpma.e,  ù  <Pi^h<n, 

<bî<jyn  Kcépwtt  Xtvy.x. 
Kci>.ov  y.tÀoç  -ZJ-et^c-nt 
K.«cÀ4»  vsotç  ipxçxTç, 

Ato-%çov ,  ytpuv  îjiftiçi 

A(T^/.ctj   yéfat  zrott;7ytç. 

Mr.  Baïlîet  fe  fert  de  ces  deux  premiers 
endroits  de  mes  Poèiies ,  pour  me  con- 
vaincre par  mon  propre  témoignage  d'a- 
voir fait  ane  vilaine  action  ;  ou  du  moins 
une  action  indécente;  en  fefant  des  Vers 
dans  un  âge  avancé.  Je  réponds  à  Mr. 
Baillet,  que  dans  un  autre  endroit  j'ai  loué 
les  Poètes  vieillards  :  c'eft  dans  mon  Elé- 
gie à  Mgr.  le  Daumi  : 

Tu  vatem  ne  fperne  fenem ,  maiura  Seneftus 
Cuîta  magis  condlt  carmina,  do5la  magls, 

Dulcior  eccidui  fulgei  lux  Linguida  Pbxbi  : 
Dulciits  V  cantat  mox  moriturui  olor  : 

Et  que  les  Poètes  &  les  Orateurs  difent 
fouvent  en  différents  endroits  des  chofes 
contraires  les  unes  aux  autres ,  félon  ce 
qui  fait  à  leur  propos.  Nos  ,  Poëtarum 
more,  uti  fe  res  dederit ,  ita,  vcl  pop.'ili, 
nieï eruditurum  hrninum  Çentenùam  noftro 
qwtdam  jure  fcquimur  :  atque  alias ,  fi  fit 
optes  ,  aliter  de  eadem  dteimus  ,  dit  l'ex- 
cellent Monlignor  délia  Gala,  Archevê- 
que 


^it      Anti-Baillet.  P.  II. 

que  de  Bénévent,  dans  une  de  fes  Lettres 
i  Vi&orius.  Et  Euftathius  fur  le  vers  181. 
du  fegond  Livre  de  l'Odyffée  &  fur  le  243. 
du  douzième  de  l'Iliade,  a  remarqué  qu'Ho- 
mère avoit  dit  en  ces  endroits  des  chofes 
touchant  les  augures ,  qui  étoient  contrai- 
res à  celles  qu'il  avoit  dites  ailleurs  :  ce 
qu'il  appelle  to  ùfj,(pOTSÇ)ô'y\u<r(rcv.  J'ai  donc 
dit  en  ces  premiers  endroits  de  mes  Poè- 
lîes  que  je  viens  d'alléguer  ,   que  c'étoit 
une  vilaine  chofe  qu'un  vieux  Poète,  par- 
ce que  cela  fefoit  à  mon  fujet:  mais  cela 
n'empêche   pas  que  je  ne  puifle  dire  ail- 
leurs le   contraire  fi  l'occafion  s'en  pré- 
fante:  &  particulièrement  étant  véritable 
qu'il  y  a  un  million  de  Poètes  illuftres  qui 
ont  fait  des  vers  dans  leur  vieilleffe,  avec 
approbation  de  tout  le  monde.  Tous  les 
anciens  Poètes  de  profelïion,  &  Grecs  & 
Latins ,  ont  fait  des  vers  toute  leur  vie  : 
Mr.  Baillet  en  demeure  d'accord  :  Sopho* 
cle  étoit  dans  une  extrême  vieilleife ,  quand 
il  fit  fon  Oedipe  Colonée.  Saint  Grégoi- 
re de  Nazianze,  qui  étoit  un  Père  de  l'E- 
glife,  a  fait  des  vers  toute  fa  vie.  Pétrar- 
que, le  Bembe  ,  le  Molfa,  l'Ariofte,  le 
TafTe,  le  Guarin  ont  fait  des  vers  toute 
leur  vie:  peu  de  tans  avant  ili  mort  Pé- 
trarque fit  ces  vers  pour  fon  Epitaphe. 

Frigida  Irancifci  tegit  hic  lapis  ojfa  Petrarc*. 
Sufcipe,  Virgopartnsi  animant;  fate  Virgint, 

parce  : 
Tejfaquejam  terris,  eœli  requiefcat  in  arce. 


Mellin  de  St.  Gelais  a  fait  des  vers  tou 

te 


' 


ànti-Baillet.  P.  II.  5*29 
te  fa  vie  :  &  il  fît  cette  Epi^ramme  en 
mourant: 

Barbite,  qui  varios  lenifii  peSioris  &Jlus, 

Dum  juvenem  nunc  fors ,  nunc  agit  Abat  <f- 
mor , 

Perfice  ad  txtremutn  ;  rapid&que  incendia  Jebrh> 
6}uâ  potes  y  infirmo  fac  leviora  feni, 

Certe  ego  u  faciarn,  fuperas  evetïus  ad  oras% 
lnfignem  ad  Cithar&fidus  habere  locum. 

Le  Cafa  a  fait  des  vers  toute  fa  vie.  Par- 
mi fes  Lettres  Italiennes  que  j'ai  manus- 
crites ,  il  y  en  a  une  qui  commence  de  la 
forte,  lo  credo  cby  io  faro  Sonetti  venti  cin- 

fue  anni,  0  trenta,  poi  che  io  faro  morto. 
)orat,  Ronfard,  Baïf,  Belleau  ont  fait 
des  vers  toute  leur  vie.  Et  Ronfard,  félon 
le  te'moignage  de  Binet  &  du  Président  de 
Thou ,  en  fît  un  moment  avant  fa  mort. 
Voyet  ci  delTous  au  chapitre  dernier.  Les 
deux  Scaligers  ont  fait  des  vers  toute  leur 
vie  :  &  Jules  Scaliger  en  fît  le  jour  même 
de  fa  mort.    Beze  avoit  8i.  ans  qu'il  fe- 
foit  encore  des  vers.    Defportes  a  fait  des 
vers  toute  fa  vie.     Et  ce  qu'a  écrit  Mr. 
Baillet  fur  le  témoignage  de  la  Croix  du 
Maine  ,   qu'il  renonça  à  la  Poëfîe  avant 
que  de  pouvoir  paiTer  pour  vieillard,  eil 
trcs-faux.    Il  fit  fes  Pfaumes  dans  un  âge 
avancé.    Le  Cardinal  du  Perron,  fon  in- 
time, le  dît  en  termes  exprès  dans  le  Per- 
roniana.     Voici    l'endroit  :   La    moindre 
(hofe  de  tout  ce  que  Mr.  de  Tiron  a  fait,  ce 
font  fes  Pfeaumes.     Cela  vient  de  ce  qu'il 
lom.VlLPart.l*  Z  éutt 


Î06 


,530  Anti-Baillet.  P. IL 
étoit  en  Ça  vieillejfe.  LePrelident.de  Th 
a  fait  des  vers  toute  fa  vie  :  &  il  en  fit  (ur 
fa  maladie  un  peu  avant  fa  mort.  Pafferat 
a  fait  des  vers  toute  fa  vie:  &  il  rit  ion 
Epitaphe  un  peu  avant  fa  mort.  Malher- 
be a  fait  des  vers  toute  fa  vie,  comme  il 
l'a  témoigné  lui-même  par  cette  Stance  û 
célèbre, 

-Les  puiflantes  faveurs  dont  Parnaflc  m'ho- 
nore , 

Non  loin  de  mon  berceau  commencèrent 
leur  cours. 

Je  les  poflédai  jeune,  &  les  pofleie  encore 

A  la  fin  de  mes  jours.   . 

Mr.  Maynard  a  fait  des  vers  toute  fa  vie: 
comme  il  paroi t  par  ce  quatrain, 

En  cheveux  blancs  il  me  faut  donc  aller 
Comme  un  enfant  tous  les  jours  à  1  Ecole. 
-Que  je  fuis  fou  d'apprendre  à  bien  parler, 
Lorfque  la  Mort  vient  m'ôter  la  parole, 

Abraham  Ravaut,  dit  Rtmi ,  du  Village 
de  Remî,  lieu  de  fa  naiflance  ,  dens  le 
-voiiïnage  de  Gournai  ,  au  Diocéfe  de 
Beauvais;  ce  que  Mr.  Baillet  a  appris  de 
ceivx  à  qui  je  Pavois  appris;  fit  fon  £pi- 
taphe  en  vers  le  jour  de  fa  mort.  Cet  El 
pitaphe  eft  imprimé  dans  fes  Poclîes. 
Gombaud  a  vécu  près  de  cent  ans:  &  il 
a  fait  des  vers  jufqu'à  fa  mort.  Mr.  de 
Racan,  Mr.  Godeau  ,  Mr.  Chapelain, 
M.r,  de  Balzac ,  Antoine  Halle  ,  l'Abbé 

de 


1 


Anti  -Ba  illet.  P.  II.       5-31 

tte  Boisrobert ,  le  Perc  Bourbon,  Madele- 
net,  ont  fait  des  vers  toute  leur  vie.  Le 
Père  V'avalfcur  a  fait  des  vers  toute  fa  \  ;e. 
Le  Père  Labbe  fît  des  vers  peu  de  tans  a- 
vant  fa  mort;  au  fujet  defquels  le  Perc 
Gommire  a  fait  ces  beaux  Hendécafyl- 
Jabes  : 

Dum  venisfurit  tfi-tofa  febris, 
Et  lentis  coqult  ïimbus  medulla:, 
Labbeus  Canif,   çrfuos  tendlls 
Mulcet  hendêcafyllabls  labores , 
Mort  if  que  immemor  imminemii ,  cre 
Kd  mort  aie  fonat. 

Le  Père  Pétau  a  prefque  fini  fa  vie  par 
ces  vers;  qui  .font  de  fan  dernier  Pocine 
à  Sainte  Gtncvie've; 

Dicebam  ,  fuprema  rmhi  jam  venitur  &tas , 

Petavius  &gir  , 

Cantabat  veteris  qu&rens  folatia  morb'i. 

J'allègue  ces  vers  du  Père  Petau  avec 
ceux  du  Père  Commire ,  pour  répondre 
aux  railleries  que  Mr.  Baillet  fait  de  moi, 
au  fujet  des  vers  que  j'ai  fait  dans  un  âge 
avancé:  difant  que  je  tiens  bon  contre  la 
vieillefïe,  &  que  je  veux  mourir  en  chan- 
tant. Germain  Vaillant,  Abbé  de  Pin> 
pont,  a  fait  des  vers  toute  fa  vie.  Et 
comme  l'a  écrit  Sainte  Marthe,  dans  fon 
Eloge,  ni  ft  dignité  de  Confeiller  du  Par- 
lement de  Paris,  ni  celle  d'Evéque  d'Or- 
Z  2  Icans, 


5*32       Anti-Baillet.  P.  II. 

léans,  ne  l'empêchérent-point  de  cultiver 
les  Mufes.  Sccvole  de  Sainte  Marthe  à 
l'âge  de  87.  ans  fit  une  Epigramme  fur  le 
Livre  de  Théophrafre  Renaudot  du  foin 
des  pauvres.  Cette  Epigramme  eft  impri- 
mée dans  les  Oeuvres  de  àcévole  de  Sain- 
te Marthe  ;  avec  cette  Note  :  propria  ma- 
nu :  dum  ammum  ageret  ottogefimum  fep- 
tïmum  ,  II/.  Januarii,  M.  DG.  XX III. 

Monfieur  Patris  a  vécu  So.  ans,  &  il  a 
fait  des  vers  toute  fa  vie.  Et  deux  jours 
avant  fa  mort  il  fit  ces  vers  fi  célèbres: 

Je  fongeois  cette  nuit  que  de  mal  confumé 
Côte  à  côte   d'un  pauvre  on  m'avoit  in- 
humé, 
Et  que  n'en  pouvant  pas  foufrirle  voiimage 
En  mort  de  qualité  je  lui  tins  ce  langage  : 
Retire  toi  Coquin,  va  pourrir  loin  d'ici, 
11  ne  t'appartient  pas  de  m'approcher  ainfi: 
Coquin  !  ce  me  dit-il  d'une  arrogance  ex- 
trême, 

Va  chercher  tes  coquins  ailleurs ,  Coquin 
toi-même, 

Ici  tous  font  égaux,  je  ne  te  dois  plus  rien, 
Je  fuis  fur  mon  fumier ,  comme  toi  fur  le 
tien. 

Mais  ma  principale  défanfe  à  l'égard  de 
l'aceufation  qu'a  formée  ici  contre  moi 
Mr.  Baiilet,  c'eft  que  la  Poéfie  a  .toujours 
été  la  moindre  de  mes  occupations ,  com- 
me il  paroît  par  le  grand  nombre  d'Ouvra- 
ges que  j'ai  faits  en  profe,  &  que  je  n'ai 
fait  des  vers  que  par  divertuTement. 

CXXXIV, 


Anti-Baillet.  P.  IL      535 
CXXXIV. 

Ju/Hficatlon  de  ce  que  fat  dit  dans  mei 
Hendécafyllabes  fur  le  Livre  de  Mr.  Bail» 
let ,  que  Mr.  Bail/et  avoit  maltraité  U 
Père  Sirmovd. 

J'Ai  dit  dans  mes  Hende'cafyllabes  fur  le 
Livre  de  Mr.  Bailkt  qu'il  avoit  maltrai- 
té dans  Ton  Livre  les  plus  célèbres  Ecri- 
vains de  France. 

Queis  aflurgert  débet  y  eruditos 

Carpit ,  vellicat ,  C71  UceJJtt  omnes, 

Pindi  nomma  magna  GaUïcani 

Ridet  SalmafiGS ,  Valefeofque. 

Ridet  Petaviofque ,  Labbiofque. 

Te  ludos  quoquejïcity  HAiduiw. 

N*#  ?  Sirmonde ,  tibï ,  9  [ceins  !  pepercit, 

Mr.  Baillet  prêtant  que  je  lui  ai  impofé  à 
l'cgard  du  Père  Sirmond:  car  pour  le  Pè- 
re Pétau,  le  Père  Labbe ,  le  Père  Har- 
douin  y  Mr.  de  Saumaife,  &  Mr.  de  Va- 
lois, \\  ne  dit  point  que  je  lui  aye  impofé. 
Voici  les  chofes  désobligeantes  qu'il  a 
dites  du  Père  Sirmond: 

Page  Z74-  Tome  2.  Partie  2.  Comme  le 
Père  Sirmond  étoit  homme  auffi  bien  que 
:s  dur  cli  us ,  il  lajffa  échaper  à  fa  mo- 
destie quelques  termes  rudes  &  choquants , 
que  la  chaleur  &  le  reffentiment  lui  déro» 
bérent  ,  y  qui  p  enfer  ent  donner  quelque 
altemte  k  fa  réputation^  &  lui  faire  per- 
Z  3  drs 


f 34       Anti-Baillet.   P.  II 
dre  quelque  chofe  de  la  bonne  opinion  que  le 
Public  avoit  eue  iurqu  alors  de  Ja  modéra' 
tion  rrf  Je  fon  honnêteté. 

Et  page  275-  Le  Père  Pétau  était ,  fans 
Contredit ,  le  plus  [avant  homme  de  toute 
la  Société  des  J  épates,  il  pajf oit  non  feu- 
lement le  LJere  Sirmond ,  mati  encore  Mr. 
de  Saumaife  de  plu  fleurs  coudées.  Remar- 
quez qu'il  fait  ici  Mr.  de  Saumaife  plu* 
lavant  que  le  Père  Sirmond  ,  &  qu'il  a 
traité  ailleurs  Mr.  de  Saumaife  d'ignorant 
en  toutes  fortes  de  Sciences.  Voyez  ci-* 
deffus  le  chapitre  2.  de  ces  Remarques. 

Et  page  277.  Mr.  le  Premier  Préfident 
de  Lamat^non  faifant  quelquefois  réflexion 
fur  les  défauts  du  Père  Pétau,  difo.t  qu'il 
auroit  volontiers  préféré  la  médiocrité  du 
Père  Sirmond  avec  fon  humeur  facile  & 
commode  ,  à  la  profondeur  &  la  va/le  éten- 
due de  V érudition  du  Père  Pétau,  accom- 
pagnée de  cette  humeur  auftere&  farvuche, 
qui  le  rendoit  prefque  inacceffible ,  &  par 
conséquent  moins  utile  au  Public  que  le 
Père  Sirmond.  Mr.  le  Premier  Préfidant 
de  Lamoignon  fe  connoiiïbit  trop  bien  en 
érudition,  pour  dire  que  celle  du  Père  Sir- 
mond étoit  médiocre.  Et  je  mets  en  fait 
que  Mr.  le  Premier  Préfidant  de  Lamoi- 
gnon n'a  jamais  rien  dit  de  femblable  du 
Père  Sirmond:  ce  qui  feroir  un  blafphéme. 
C'a  été  che2  le  Père  Sirmond  que  j'ai  vu 
la  première  fois,  Mr.  le  Premier  Préfidant 
de  Lamoignon.  Il  étoît  en  ce  tems-là 
Confeiller  au  Parlement.  Et  comme  nous 
avions  fait  connoiiTance  chez  le  Père  Sir 
tnond  ,  6c  fi  je  l'ofe  dire,  amitié,  nou 

nou 


Anti-Bail  le  t.  P.IÎ.  £§f 
nous  entretenions  fou  vent  du  Père  ^Sir- 
mond. Et  en  me  parlant  du  Père  Sir- 
.mond  &  du  Père  Pétau,  Mr.  le  Premier 
Prélidant  de  Lamoignon  m'a  dit  plus  a'u- 
nc  fois,  que  le  Père  Pétau  avoit  plus  d'é- 
tendue de  favoir  que  le  Père  Sirmond, 
mais  que  le  Père  Sirmond  avoit  plus  de 
jugement,  &  qu'il  lavoit  mieux  ce  qu'il 
favoit  :  &  qu'il  afmeroit  mieux  être  le 
Père  Sirmond  que  le  Père  Pétau.  Il  a  dit 
la  même  chofe  au  Père  Rapîn  :  dont  le 
Père  Rapin  a  rendu  témoignage  chez  moi. 
eu  préfence  de  plusieurs  perlonnes. 

A  la  même  page:  Le  Père Sif*môttd  & 
le  Père  Pétait  étaient  fokijent  en  différant 
nble\  Et  comme  un  -our  un  ae  leurs 
-ères  (le  Père  Talon}  fui  aimoit  à  ri- 
re ;  les  eut  Jur pris  au  f oser  public,  difpu- 
tant  feuls,  fans  témoins,  rjr/è  querellant 
tout  de  bon ,  il  ne  put  s'empêcher  de  s'' écrier 
qu'il  avoit  trouvé  le  Calepin  £«f  le  Polyan- 
fhée  brouillés  F  un  avec  ï  autre.  Ce  conte 
rit  ridicule:  car  il  elt  ridicule  de  traiter  de 
Grammairiens  les  deux  premiers  Thé  »lo- 
giens  de  l'Europe.  Je  remarquerai  ici  en 
paffant,  qu'il  faut  dire  Polyanthéa^h  non 
pas  Polyanthée. 

Je  prens  la  liberté  de  demander  ici  à  mes 
Lecteurs, fi  toutes  ces  chofes  désobligean- 
tes que  Mr.  Bailler  a  dites  du  P.  Sirmond, 
n'ont  pas  pu  m'engager  à  dire  que  R  r. 
Bailler  n'avoit  pas  même  pardonné  au  Pè- 
re Sirmond.  Nec ,  Sirmonde,  tibi ,  S  fee- 
lus  !  pepercit.  Cependant  Mr.  Bail1- 1 
me  traite,  au  fujet  de  ces  vers  ,  de  Vieil- 
lard 


f$6       Anti-Baillet.  P.  IL 

lard    qui  radote      Voici    fes   termes  : 

//  n'y  a  point  d'Auteurs  dans  tout  mon 
Recueil  dont  j'aye  tâché  de  relever  le  mé- 
rite avec  plus  d'inclination  &  de  plaifir  ^ 
que  le  Père   Sirmond^  quelque  T§me  que 
l'on  en  veuille  ouvrir ,  on  y  découvrira  ai- 
fément  le  foin  particulier  que  f  ai  eu  démar- 
quer en  toutes  rencontres  les  grands  fenti- 
ments  d'eftime  £g?  de  vénération  dont  j'ai 
toujours  été  pénétré  à  [on  égard,  depuis  que 
j'ai  commencé  a  lire  Jes  Ouvrages.     Aies 
Adverfaires  qui  prétendent  que  j'ai  fait  ce- 
J a  gratuitement  &  fans  leur  ordre,  ne  m'en 
veulent  pas  tenir  compte  :  CST1  Us  ont  raifony 
puifque  je  n'ai  rien  fait  pour   eux    en   ce 
point.     Néanmoins  je  ne  penfe  pas   qu'oie 
puifje  les  excufer  d'être  tombez  aans  un  des 
vices  les  plus  ordinaires  aux  mauvais  Cri- 
tiques ,  lorfqu'ils  ont  voulu  me  chicaner  fur 
un  mot  dont  ils  ont  cru  pouvoir  employer 
f ambiguïté  pour  me  faire  un  procès.     Mais 
quoique  je  n'aye  pas  fongé  à  prendre   des 
précautions  contr'eux  ni  contre  les   autres 
chicaneurs  quand  j'ai  dit  que  quelqu'un  a- 
voit  jugé  la  médiocrité  du  Père  Sirmond 
préférable  à  la  profondeur  &  à  la  vafte  é- 
tendue  de  l'érudition  du    Père   Pétau,  le 
mot  de  médfocrité  ne  laiffe  pas  de  fe  trou- 
ver à  l'épreuve  de  leur  Critique.     Car  fi 
ces  Meffteurs  n'ont  point  encore  oublié   ce 
point   de    leur    Grammaire,    il  ne  tiendra 
qu'à  eux  de  nous  dire  que  la  médiocrité n'eft 
autre  cbofe  qu%un   iufte  milieu  entre  le  trop 
&f  le  trop  peu.    C'ejî  une  vertu  fi  rare  par~ 
mi  les   Savant  >.  qu'il  efl  plus  aifé  de  les 

trou* 


A  nti-Bail  le  t.  P. II.        f37 

trouver  à  quelqu'une  des  extrémitez  de  U 
Science  ,  que  de  les  voir  toucher  ce  milieu 
qui  ne  confifie  que  dans  un  point.     Cejl  «• 
ne   vertu  qui  ejî  le  centre  de  toutes  les  au- 
tres ,  &  qui  femble  même  en  être  la  mefu- 
re.     Elle  a  toujours  été  en  très-grande  con- 
fideration  parmi  les  Anciens  comme  parmi  ' 
nous  :  fort  prix  n'a  point  été  moins  connu, 
des   Païens  que  des  Chrétiens.     Ces  Mes-  - 
fleurs  qui  font  Gens  de  Lettres  ,  pourroient 
nous   apprendre   que  Se  fi  cette  médiocrité 
dont  Horace  a  fait  de  fi  grands  éloges ;  que 
c'efi  elle  qu' Aulugelle  a  louée  dans  Térence,  -, 
quand  il  l'a  oppofée  à  V abondance  de  Pacu-  • 
vius    &    à   la  Jécherejfe  de   Lucilius  ,  & 
quand  il  a  relevé  l'avantage  qu'il  avoit  d'en- 
tre au  milieu  de  ces  extrémitez,  :  que  c'eji 
telle  qui  a  tant  fervi  à  diflinguer  Virgile 
d'avec   Homère  ,    &  qui  a  porté  le  Père 
Rap:n  ,    &  Jules  Scaliger  avant    lue  ,    i  i 
donner  la  préfé an-ce  au  Poète  Latin  fur  le 
Grec  :   que  c'eft  celle  que  Mr.  de  T$alz,aç 
appelle  toute  d'or,  toute  pure  ,  &  toute 
brillante,  &  qu'il  eflime  plus  que  le  genre  ' 
fublime  dans  les  Comédies  de  'Térence  ,d' A- 
riofle  ,    &c.     Ils   ne  trouveront   donc  pas 
mauvais  que  ce  [oit  aujji  celle  qu'unMagis-  - 
trat  qui  n' et  oit  pas *  ce  me  femble\  fufpeB 
de  mauvais  goût,  a  jugé  préférable  dans  le 
Père  Sirmond  a  toute  l'immenfité  du  Père 
Pétau,  pour  les  ra'ifons  que  j'ai  marquées 
lorfqu'il  en  étoit  question.    Ainfi  je  n'ai  pas 
fujet  de  craindre  que  le  plus  capable  de  tous 
mes  Cexfeurs ,  avec  toute  fa  fuffifrnce  &  ' 
toute  fa  préemption ,   puijfe  venir  à  bout  de 
ferfuadtr  au  Public  que  ce  que  j'éii  dit  de 
Z  f  la 


J38       Anti-Baillet.  P.  lî. 

ta  médiocrité  du  P.  Sirmond,  foi*  un  éloge 
médiocre ,  dès  qu'elle  l' }  élevé  au-deffus  du 
mérite  du  Père  Péîau  :  qui  partît  infini 
d'ailleurs  lors  qu'on  le  conjidére  à  part ,  ou 
qt-iGn  l'oppofe  à  d'autres  qu'au  P.  Sirmond. 
Après  cela,  je  ne  voi  pas  avec  quelle  con- 
fiance un  Poète  plufque  feptuagénaire  s'e(i 
imaginé  pouvoir  obtenir  difpenfe  d'âge  & 
de  fagejje ,  pour  dire  à  mon  fujet, 

Nec,  Sirmonde,  tibi,  ôfcelus!  pepcrcit. 

La  médiocrité  du  Père  Sirmond ,  dans 
ce  que  fait  dire  Mr.  Baillet  à  Mr.  le  pre- 
mier Prélidcnt  de  Lamoignon ,  étant  op- 
pofée  à  la  profondeur  &  à  l'étendue  de  l'é- 
rudition du  Père  Pétau,  doit  s'entendre 
incontefîablement  d'une  médiocrité  d'éru- 
dition. Et  tout  ce  lieu  commun  que  dé- 
bite ici  Mr.  Baillet  au  fujet  de  la  médio- 
crité en  général,  eft  li  ridicule,  fi  imper- 
tinent, &  li  puéril,  qu'il  ne  mérite  pas 
de  réponfe  :  &  c'eft  aflez  l'avoir  réfuté, 
que  de  l'avoir  produit. 

cxxxv; 

Contradiction  de  Mr.  Baillet  au  fujet  dî- 
mes vers.  Le  Style  des  Eglogues  ,peut 
être  quelquefois  élevé. 

MOnfieur  Baillet,  après  avoir  dit 
que  je  n'ai  pu  m'élever  dans  mes 
vers  au-defius  du  caractère  médiocre,  dit 
eji fuite,  en  parlant  de  mon  Eglogue  in- 
litulée.-  C  H  &  I  5  TIN  £  :  Lesp-enfées  y  .font  I 

nobles: 


A  m  ti- Bail  le  t.  P.  II.       5-39 

KVbles  &  hautes ,  les  vers  pompeux  £5*  ma- 
gnifiques :  çjf  plus  même  que  cette  forte  de 
Poe  11c  ne  le  permet  :  par  ce  que  le  véritable  ca- 
ractère de  F Eglogue  doit  être  fvmple  &  pro- 
portionné à  la  portée  des  Bergères  &  à  la 
bafj'effe  des  Cabanes  :  au  lieu  que  Mr.  Mé- 
nage le  rendfuperbe  &  fomptueux  jufqu'à 
le  rendre  propre  pour  les  Héroïnes  &  pour 
Ips  Palaiy  ;  en  quoi  on  prétend qu 'il a  abufê 'de 
V exemple  de  Virgile  :  parce  qu'encore  que 
ce  Poète,  fait  élevé  dans  fa  lif.JaVI.  & 
fa  X.  Eglogue ,  /'/  y  a  toujours  gardé  une 
médiocrité  qui  fe  fait  beaucoup  difiinguer 
■de  r Enéide.  Si  Mr.  Biillet  m'avoit  fait 
cette  objection  de  fon  chef,  je  n'y  répon- 
drois  pas  :  car  j'ai  protefté  en  plufîeurs  en- 
droits de  ces  Remarques-  que  je  lui  aban- 
donne^ tous  mes  écrits,  &  que  je  demeu- 
rons d'accord  généralement  de  toutes  les 
choies  qu'il  y  trouvoit  à  dire.  Mais 
comme  il  me  fait  cette  objection  fous 
le  nom  de  Monlieur  Boileau,  je  veux  y 
répondre: 

Il  eft  vrai  que  le  ftyfe  des  Egîoguesdoit 
être  bas.  Mais  comme  la  Comédie  élevé 
quelquefois  fa  voix  ,  l'EgJogue  cleve 
aufïi  quelquefois  la  tienne;  Panlo  majora 
canamus ,  dit  Virgile,  dans  une  de  fes  E- 
glogues.  ÎKè  gia  fuofna  la  mi  a  fampogna 
Uftttl  corne  foleva  :  Ma  di  voce  più  altéra  e 
più  [onora,  Emula  délie  trombe ,  empie  le 
Selve,  dit  le  Taffe  dans  fon  Amynte.  De 
dix  Eglogues  que  Virgile  a  faites,  il  y  en 
a  trois  de  haut  ftyle:  Théocrite,  Bion  & 
Mofchus  ont  aufîi  fait  des  Idylles  d'un  ca- 
ractère élevé.  Sanna-^nr  a  frit  une  Eglo- 
Z6  gu€ 


f4&         A  NT  Ï-B  AILLE  T.   P.  II. 

gue  du  mime  fi  y  le.     C'cft  celle  qui  corn* 
mence  par  ces  mots , 

Nunc  prlmum    notas  velis  majoribus  undat 
Currimus. 

Il  faut  voîr  préfentement  fi  mon  Eglo- 
gue  eft  plus  élevée  que  ces  trois  de  Virgile 
dont  je  viens  de  parier  ;  &  fi  j'ai  abufé  de 
l'exemple  de  ce  grand  Poète  comme  le 
dit  Mr.  Boileau.  Pour  cela  ,  je  fupplie 
mes  Lecteurs  de  conférer  mes  vers  avec 
ceux  de  Virgile.  Voici  ceux  de  Virgile,, 
de  PEglogue  quatrième: 

Sueîides  Mufs, ,  pauïb  majora  cavamus ,  &C 
Vltima  Cum&i  venit  jam  carminis  dtas  : 
Magnus  ab  integro  [eclorum  nafcHur  or  do  : 
Jam  redit  or  Virgo ,  redeunt  Saturnia  régna  : 
Jam  nova  progenies  cœlo  demittitur  alto, 
lu  modo  nafcenti  puero  ,  quo  ferrea  prlmum 
Definet ,  ac  toto  furget  gens  aurea  mundo , 
Cafia  fave ,  Lucina  :  tuus  jam  régnât  j4pcll$> 
Teque  adeo  decus  hoc  &vi ,  te  Confule  >inibit 
Pollio  :  z?  ïncïpîent  magni  procedere  menfes. 
Te  duce,  fi  qua  marient  [céleris  vefiigia  nojiri  s 
Irrita  perpétua  folvent  formidine  terras, 
llle  Deûm  vitam  accipiet ,  Divifqiu  videbit 
Permixtos  Hercas ,  &  ipfe  videbitur  Hits  : 
Pacatumque  reget  patriis  virtutibus  orbem.  Scd 
Pauca  tamen  Juherunt  priÇcA  vefiigia  fraudis, 
6Lu£  tentare  Thet'm  ratibus,qu&  cingere  mûris 
pppida  }%u£Jubeant  tslluri  infindçrt  fulcos. 

Alttr 


Anti-Baillet.  P.lî.       f4t 

jilter  erit  tum  liphys ,  i?  altéra  qiu  vehat 

Argo 
"Deleftos  Heroas.  Erunt  etiam  altéra  bella, 
Atque  ïterum  ad  Jrojam  magnus  mittetur  A- 

ch'ûles. 
Z-ilnc ,  ubi  jam  firmata  vlrum  te  fecerit  Atas9 
Cedetçr  ipfe  mari  veclor  :  ne-  nautica  pinus 
Mutahit  merces  :    omnis  feret   omnia   telltii» 
&c. 

Aggredere  6  magnos  (aderit  jam  tempus)  hono- 
res; 

Cara  Deûm  /oboles ,  magnum  Jovis  incrément 
tum! 

Adfpi.e  convexo  nutantem pondère  pfundum, 

Terrafque,  traclufque  maris,  cœlumque  pre* 
fundum  : 

Adfpice ,  venturo  Uteniur  ut  omnia  f&clok 

Voici  ceux  de  la  fixiéme. 

Nec  tantum  Phœbo  gaudet  Parnaffia  rupesl 
Nec  tantum  Rhodope  m'irantur  c?  Ifmarus  O/y 

phea. 
Namque  canebat ,  uti  magnum  perinane  coaSîa 

Semina,  tirrarumque^nimAque,  marifquefufc- 
[ent% 

Et  Yiquidi  fimul  ignis:  ut  his  exordia  primh 
Omnia  ,  c  ipfe  tentr  mundi  contrevent  orbi£ 
Tum  dur  are  folum ,  cr  difcludere  Nerea  pont» 
Coeperit ,  e?  rerum  paulaùm  fumer e  formas. 
Jamque  novum  terr&  (lupeant  lucefcere  Soleml 
Aldus  atque  cadant  fummotis  nubibus  imbrer. 

é7  m 


flï       Ânti-Baillet.   P.  II. 

Incipiant  filvA  tum  primum  furgere ,  cumque 
Rara  per  ignotos  errent  animalïa  montes. 
Hmc  lapides  Pyrrha  jaëlos ,  Saturnia  régna , 
Cauca/eafque  refert  v&lucres ,  furtumque  Pro- 
mettiez 

Bis  adjungit Hylam  ,  naut&  quo  fonte  reliclkm 
ClamaJJent.  &c. 

Voici  ceux  de  la  dixième. 

Nunc  infanus  amer  dur!  me  Marris  in  armis. 
Tela  inter  média  atque  adverfos  detinet  hottes. 
Th  precul  à  patria  (nec  fit  mthi  creiere)  ta,r- 

tum 
Alpinas ,  ah  dura,  nives  <&  frigera  Rheni', 
Me  fine ,  fola  vides.    &o. 
Inter ea  mijiis  luftrabo  AUnala  Nymphis , 
Aut  acres  venabor  apros.  Non  me  ulla  veta- 

bunt 
Frigora  Parthenios  cantons  circumdare  faltus. 
^am  mihi  per  rupesvideor ,  lucofquefonzntes  r 
Ire:  libet  Part  ho  torquere  Cydonia  cornu 
Spicula. 

Y  a- 1  il  rien  dans  l'Eneïde  de  plus  élè- 
ve que  tous  ces  endroits  de  ces  trois 
Eglogues  de  Virgile  ?  Voyons  mainte- 
nant les  vers  de  mon  Eglogue,  où  Mr. 
Boileau  trouve  trop  d'élévation.  Les 
voici  : 

Oui,  je  quite  ces  lieux  pour  ces  nobles  cli- 
mats) 

La,: 


A  nt  i- Baille  t.   P.  IT.        5-43 

La  demeure  autrefois  des  vens  &  des  fri- 
mais, 

Aujourd'hui  le  féjour  de  l'amoureufe  Flore, 

Plus  riant  que  les  lieux  où  fe  lève  l'Aurore. 

Par  fes  divins  appas ,  par  fes  attraits  char- 
mans. 

Une  Nymphe  célefte  a  fait  ces  change  mens*. 

D    A    F    H    N    I    S. 

Quelle  eft  donc  cette  Nymphe  en  charmes 

fi  féconde, 
Et  qui  change  à  fon  gré  l'air,  oc  la  terre,  & 

l'onde  ? 

M    E    N   A    L    Q   U    E. 

Ceft  ce  nouveau  Soleil ,  ce  chéd'œuvre  des 

Cicux , 
Si  vanté  des  mortels  &  fi  chéri  des  Dieux. 
Cette  jeune  Beauté,  cette  Nymphe  divine, 

Ce  miracle  étonnant,  l'adorable  Chris- 
tine: 

Superbe  rejeton  du  Monarque  du  Nort, 
Qui  fut  des  affligez  l'afyle  &  le  fupport: 
De  ce  grand  Conquérant,  l'invincible  G  u  s- 

T  AVE, 

Qui  fît  &  la  Victoire  &  la  Fortune  efclave: 
Et  dont  le  bras  fatal  par  cent  combas  divers, 
Domtant  la  Germanie  ,  étonna  l'Univers. 
Le  Rhein  vit  fes  combas,  &  jufque  dans  fa 

fource 
D'épouvante  furpris  en  arrêta  fa  courfe: 
Le  Danube  en  trembla  caché  dans  fes  ro- 

feaux , 

Et 


f44       Anti-Baillet.  P.  IF. 

Et  faifi  de  frayeur  précipita  fes  eaux, 
Tu  fais  combien  de  fois  le  bruit  de  fa  vail- 
lance 
De  nos  fombies  vallons  a  troublé  le  filance , 
Et  que  du  bruit  tonnant  de  fes  rares  explois 

Cent  fois  ont  retenti  les  échos  de  nos  Bois , 
&c. 
Comme  de  fes  Etats,  de  fa  vertu  guerrière 
Tu  fauras  qu'aujourd'hui  Christine  eft 

héritière. 

Jamais  du  Thermodon  le  rivage  écumeux 
Ne  vit  tant  de  hauts  faits,  ni  tant  d'exploits 
fameux , 

Qu'aux  rivages  bruians  des  ondes  Germani- 
ques 

Qu'aux  rivages  Danois ,  qu'aux  rivages  Bal- 
thiques, 

Par  les  vaillantes  mains  de  fes  braves  Guer- 
riers, 

Cette  jeune  Amazone  a  cueuilli  de  Lau- 
riers. 
Un  jour  ,  qui  n'eft  pas  loin  ,  fes  fuperbes 

Armées 
Joindront  à  fes  Lauriers  les  palmes  Idumées: 
Et  l'on  verra  pâlir  l'infidelle  Croiflant 
A  l'afpeeY  lumineux  de  cet  aftre  naiflant. 
Mais  fâche  encor ,  Daphnis  ,  que  fa  main 
adorable , 

En  adreiTe,  en  valeur,  à  nulle  autre  fem- 

blable , 

Au  milieu  de  la  guerre  &  dans  les  champs 
de  Mars, 

Cultive  les  yertus  &  fait  fleurir  les  Arts. 

Toat 


Anti-Baillet.  P.Iî.       54f 

Des  plus  brillantes  fleurs  de  Grèce  &  d'Italie, 
Tout  leNort  étonné  voit  fon  ame  embellie* 
Elle  a  de  l'Orient  pillé  tous  les  tréfors  : 

Des  Parleurs  de  Solyme  elle  entend  les  ac- 
cords: 

Et  fon   rare  favoir ,   non  moins  que  fon 
courage 

La  fait  nommer  par  tout  la  Pallas  de  nô- 
tre âge. 
Pour  voir  cette  Pallas  le  favant  Apollon 

Quitte  l'onde  divine  &  le  facré  Vallon. 

Les  Filles  de  Mémoire    abandonnant    la 
Grèce, 

Et  le  double  Sommet,  &  les  flots  de  Per- 
méfie , 

Vont  habiter  les  monts  &  les  rivesduNortg. 

Et  jouir  en  ces  lieux  d'un  favorable  fort. 

De  mille  endroits  divers  mille  doctes  Or«j 

phées 
Y  fuivent  à  l'envi  ces  neuf  fa  vantes  Fées. 
Mille  cygnes  fameux  en  mille  endroits  épar§. 
Vers  ces  lieux  fortunés  volent  de  toutes  parts, 

Ceux  qui  le  long  des  eaux  Ôt  de  Loire  8c 

de  Seine 
Soupirent  doucement  leur  amour eufe  peine: 
Ceux  qu'aux  rives  du  Tibre  on  voit  en  cent 

façons 
Comme  des  roffignoîs  varier  leurs  chantons: 

Ceux  qui  parent  les  bords  &  de  l'Ebre  ôc  du 

Tage  : 
Ceux  qui  du  Borifthéne  habitent  le  rivage: 
Ceux  de  qui  le  Danube  entant  les  doux  ac-! 

cords  ; 

Eî 


f^6      Anti-Bail  le  t.  P.  II. 

Et  ceux  que  la  Tamife  élevé  fur  fes  borefs  : 
Et  de  tout  les  accens  de  tant  de  voix  é- 
tranges 

.  Se  forme  pour  Christine  un  concert  de 
louanges. 
Pour  moi ,  de  qui  le  chant  n'a  rien  de  gra- 
cieux, 
Je  n'ulTe  ofé,  Daphnis,  les  fuivre  dans  ces 

lieux, 
Sans  les  ordres  facrex  de  l'augure  Caa  1  s- 

T  I  NE> 

Et  les  attraits  puiffans  de  fa  bonté  divine. 

Christine,  pour  ouïr  mes  trèfles  chalu- 
meaux, 

Veut  que  dans  fes  vallons  je  garde  fes  trou- 
peaux. 

Qu'il  me  tarde,  Daphnis, que  je  ne  la  con- 
temple 

'  Cette  Reine  du  Nort,  des  Monarques  l'e- 
xemple ! 

Animé  par  fa  voix,  é'chaufé  par  fes  yeux, 

On  me  verra  porter  fon  nom  jufques  aux 
d'eux. 

Tant  d'aimables  appas,  tant  de  rares  mer- 
veilles, 

Seront  le  doux  objet  de  mes  pénibles  veilles; 
A  fes  hautes  vertus,  à  fes  fameux  exploits, 
Je  confacre,  Daphnis,  &  ma  Mufe,  &  ma 
voix. 

Outre  que  ces  vers  font  bien  moins  pom- 
peux que  ceux  de  Virgile  que  j'ai  rappor- 
tez, il  e 11  à  remarquer  qu'ils  ont  été  faits 
pour  une  Reine,  ci  que  la  Maje-fté  de  ces 

per- 


An  ti- Baille  T.  P.  IL  5-47 
perfonnes  demande  des  vers  majeftueux. 
11  cfl  à  remarquer  qu'ils  font  dits  par  un 
Palruir  qui  a  été  décrit  comme  un  Pas- 
teur favant.  Il  eft  à  remarquer  qu'ils  font 
remplis  de  termes  de  Paileurs.  Et  ainrl, 
quoi  qu'ils  ibient  de  haut  flyle,ils  ne  lais- 
fent  pas  d'être  bucoliques.  Et  c'eft  ainfi 
que  Virgile  dans  la  première  de  fes  Eglo- 
gnes  a  fait  des  vers  pompeux  avec  des  ex* 

>ns  de  Berger: 

Anù  levés  ergo  pafcentur  in  £there  cervi, 
Aut  fréta  deftïtusnt  nudos  in  litore  fifcts. 

Parlons  maintenant  des  Idylles  Grecs. 
Il  y  a  dans  Théocrite  ,  qui  elt  le  Prince 
des  Poètes  Bucoliques,  plulîeurs  Idylles 
qui  ne  font  point  bucoliques:  l'Idylle  do 
Ptolomce:  celui  des  Syracuiiennes  :  celui 
de  Caftor  &  de  Pollux:  celui  de  l'Epitha* 
lame  d'Héleine.  Bion  dans  fon  Idylle  de 
l'Epirhalame  dTAchille  &  de  Deïdamée 
fait  dire  à  un  Berger  des  vers,  qui  font 
très-magnifiques  &  trèsfublimes  : 

'  '-  l%&>T6iTo  0'  à  Actxioaipav. 


'Ovr$  Mvxwcc'uv  t  *V  ''HXiiïeç  t   t*Tf  Actxwm- 
Axvêdve  è'   tv  xâçcctç  AvKofttjiïtrt   ft£y«s  \A;ç/A- 

Aft/ç  , 

'Etoix  à'  ù:6'  ottA*»  iotê'âc-xtTO  ,    &C. 

Qvuo*  c'"Ap<ûç  ù-^t ,  xx)  tcvépoç  iï%ti  tpeirct, 

Mos- 


54^       Anti-Baillet.  P.  IL 
Mofchus  ,  dans  fon  Idylle  feptiéme,  fait 
parler  Tes  Bergers  d'un  ton  qui  n'eft  pas 
moins  haut. 

Ec-Trepc ,  7«?ç  èpxTctçxçvviovdtueç'Apçeyeietccç, 
XLff-TTf^f  ,    xvxtexç  iepov  Çlte  VVKTCÇ  ccyxbftot, 
Tevov  à<pot.v  pore  pat  /n^vetç  otrcv  V|«^oç  ârçat 
'AnTi  <reX<*9<t,ix,s  rv  £ica  Çccoç ,   &C. 

Son  Idylle  fur  la  mort  de  Bion  eft  rem- 
pli d'ailleurs  d'une  érudition  au-ddius  de 
celle  d'un  Berger.  Il  y  eft  parlé  de  Villes 
éloignées  :  de  Poètes  Epiques  :  de  Poètes 
Lyriques  :  de  Fables  Héroïques  :de  Mem- 
non,  d'Achille,  de  Ménélaus ,  d'Hercu- 
le, &  d'Orphée,  defcendant  dans  les  en^ 
fers. 

J'ajoute  à  toutes  ces  considérations ,  que 
cette  grande  lïmplicité  de  ityle  bucolique 
pratiquée  par  les  Anciens  ,  n'eft  pas  du 
goût  des  François:  ce  qui  a  écé  très-véri- 
tablement remarqué  par  Mr.  de  Longe- 
pierre  dans  fa  belle  Préface  fur  fes  Idylles. 
Et  un  Poète  François  qui  fe  ferviroît  au- 
jourd'hui dans  fes  Eglogues  des  termes  de 
Bouvier  >  de  Vacher  ,  de  Chevr'ier  ,  de 
Porcher,  feroit  fîrlé. 

11  paroît  par  toutes  les  chofes  que  je 
viens  de  dire,  que  ce  que  le  Père  Rapin  a 
dit  de  l'Eglogue  dans  fes  Réfrénions  fur  la 
Poétique  ,  doit  être  entend  ut  avec  excep- 
tion. L'Eglogue ,  dit- il ,  eft  une  image  de 
la  vie  des  Bergers.  A  in  fi  fa  maiiAe  eft  pe- 
tite ,  Es3  fon  génie  n'a  rien  de  grand.  Elle 
s'occupe  à  décrire  les  amours ,  les  jeux ,   les 

ani" 


Anti-Baillet.  P^II.      $4$ 

unimo/itez  ,   les  jaloujies  ,  les  di/putes ,  Us 
querelles,  les  intrigues ,  les p  a/fions ,  /^J"  a- 
vantures  ,  ^f  toutes  les  petites  affaires  des 
Bergers.     De  forte  que  fan  caractère  doit 
être  tendre  ;  [on  ejprtt,  aifé\  fon  exprejfion, 
commune.     Elle  ne  doit  avoir  rien   d'ex- 
quis, ni  dans  Ces  /entimens ,  ni  dans  fe 7  pa- 
roles ,  'ni  dans  aucune  de  [es  manières.     En 
quoi  les  Italiens  qui  ont  écrit  en  ce  genre  de 
vers ,  fe  font  trompé).   Car  fis  veulent  tou- 
jours avoir  trop  d'efprit ,  C£T  dire  les  chafes 
trop  finement.      Le  véritable  caractère  de 
PEglogue  eft  la  /implicite,  la  pudeu   ,  & 
la   modejhe.     Ses  figures  font  douces  :  fis 
paffions  tendres  :  Jès  mouvemens  tranquil- 
les.    Et  quoiqu'elle  pu  j/e  quelquefo  s  être 
pa/fionnée,  &  avoir  de  petits  emportemens 
&  de  petits  defef  otrs  qui  ne  vont  à  rien  de 
fâcheux,  toutefois  elle  rfeft  jamais  ni  fier e, 
ni  violente.   Ses  narrations  font  courtes:  fe  s 
defcriptians  font  petites  :   fes  penfées  font 
ingénues  :fes  mœurs  font  innocentes  :  fa  dic- 
tion, pure  :  fon  vers,  coulant  :  je  s  maniè- 
res ,  unies ,  &  tous  fes  difcours ,  naturels. 
Car  ce  n'eft  point  une  grande  parleufe ,  qui 
fe  plaife  à  faire  du  bruit.     Il  paroit,  dis- 
je,  par  toutes  les  chofes  que  je  viens  de 
dire  touchant  l'Ëglogue,  que  ce  qu'en  a 
dit  le  Père  Rapin  dans  le  palfage  allégué, 
doit  s'entendre  de  la  plupart  des  Eglogues, 
&  non  pas  de  toutes  les  Eglogues.     Le 
Père  Rapin  lui-même  dans  ce  même  Li- 
vre des  Réflexions  fur  la  Poétique,  à  l'ar- 
ticle 31.  blâme  les  Eglogues  de   Mr.  de 
Lalane  ,  pour  être  fans  vigueur  &  fans  élé- 
vation.   Et  lui-même  a  fait   des  Eglo- 
gues 


$ço      Anti-Baillet.  P.  II. 

gués  d'un  ftyle  très-pompeux  «5c  très-ma- 
gnifique. 

Ingens  ad  Uvatn  tollit  fe  lucus  :  ubi  omnis 
XZ&de  madet  tellus ,  er  rorant  fanguine  vêpres» 
Hîc  pafior  pugnavit  :  e?  hoc  immane  leonis 
Cum  jaculo  viâîor  fpolium  fufpendit  ab  ulmo. 
Cogite  oves>  pueri ,  filva  dédit  urfus  ab  ait  a 
Ingentem  fcnitum  ,  fe d  qua  vejl'-gla  tcrquej 
Bellua ,  Je  tollit ,  contra,    dtxtràque  prehen* 

jam. 
împlkap ,  e?  molli  opprejjam  difserfitinberba. 
Stat  pecus ,    attonitumque  metu  refpefttt  ,  ty 

horret 

Hirfutumque  fupercilium  ,  villofaque  terga. 
Ducite*  ut  ante,  grèges ,  e?  reddite  car  mina 

filv'is, 
Paflores;  mcttâ  viclcrem  ornât e  coronâ: 

Nam  pat  ri  a  fera  monfira  ifio  fub  monte  père- 

mit. 
Parce  tamen  viclor  procedere  :  gramme  in  alto 
Ctruleuslatet  anguis:  habit  fub  dente  venenum, 
Ntc  quidam  pafior  fugit  avius  avia  ferpens 
jîfflavit  tabo  Ute,  infecitque  veneno. 

Et  ce  qui  fuit.     C'eft  dans  la  première  de 
fes  Eglogues. 

Il  eft  à  remarquer,  que  de  huit  Eglo- 
gues  que  j'ai  faites,  je  n'en  ai  fait  qu'une 
d'un  ftyle  élevé. 

FIN  de  la  première  Partie  du  Tome  VU 

rweA 


Nvi'enaia 


1 


a   Bibliothèque 
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Échéance 

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